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	<title>FNEEQ - 50 ans à faire école par nos luttes - Contributions de l’utilisateur [fr]</title>
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	<updated>2026-11-07T02:12:46Z</updated>
	<subtitle>Contributions de l’utilisateur</subtitle>
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		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=472</id>
		<title>LaPréhistoire</title>
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		<updated>2021-08-10T15:09:14Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : /* Dans les écoles spécialisées */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La préhistoire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:003.png|thumb]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant du XXe siècle, l’emprise de la religion sur le système scolaire québécois est totale. Les comités catholiques et protestants ont l’autorité exclusive sur les programmes et le personnel enseignant des écoles publiques. Du côté francophone, presque tout l’enseignement donnant accès à l’université est privé et relève d’institutions religieuses. Les écoles publiques sont sous-financées et peinent à se voir reconnaitre par le niveau de l’enseignement supérieur, lui aussi privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baby-boom qui survient après 1945 pose problème du côté francophone. Le nombre grandissant d’enfants dans les systèmes d’éducation public et privé – le nombre d’étudiants réguliers double entre 1945 et 1962, atteignant les 1 350 000 &amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec,première partie ou tome I – Les structures supérieures du système scolaire, 1963, p. 77, consultée sur le site Web de l’assemblée nationale le 23 septembre 2019, assnat.qc.ca/bibliotheque.&amp;lt;/ref&amp;gt; –, le peu de places disponibles et le manque d’infrastructures exigent un sérieux coup de barre.  Le gouvernement libéral de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lesage Jean Lesage], élu en 1960, accélère le processus, met en place la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Parent commission Parent], crée le ministère de l’Éducation, modifie les ordres d’enseignement en créant un réseau collégial public, le chainon manquant. Le secteur de l’éducation est en pleine transformation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à approcher la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_des_syndicats_nationaux Confédération des syndicats nationaux (CSN)] viennent des collèges privés et des écoles gouvernementales, ceux du primaire et du secondaire étant déjà à la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), l’ancêtre de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1947, une première convention collective est signée dans l’enseignement privé, au [https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9minaire_de_Qu%C3%A9bec Séminaire de Québec]. C’est le travail de l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire (APPLES). L’Association représente la dizaine de professeures et professeurs laïques du Séminaire et en regroupe, en tout, une quarantaine de divers collèges classiques de Montréal, Québec et Rimouski.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une idée du peu d’enseignantes et d’enseignants ne faisant pas partie du clergé, on trouve à ce moment-là à peine 75 professeures et professeurs laïques dans les écoles privées, les collèges classiques et divers séminaires de la province, les religieux formant la quasitotalité du corps professoral de ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir des années 1940, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) modernise son fonctionnement et devient petit à petit le mouvement syndical progressiste que nous connaissons aujourd’hui. Sa déconfessionnalisation est complétée au Congrès de septembre 1960, alors que la CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Le Québec et la CSN sont au début d’un vaste mouvement qui sera baptisé [https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_tranquille Révolution tranquille]. La CSN voit rapidement tout le potentiel qu’offre la syndicalisation du secteur public québécois, en pleine réorganisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les premiers syndicats ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à adhérer à la CSN, l’APPES et l’Association professionnelle des professeurs-laïcs des collèges classiques (APPLEC) le font à la faveur de ce vaste mouvement de syndicalisation du début des années 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, les quelque 1400 professeurs des écoles publiques spécialisées se regroupent dans l’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPLES) et prennent contact avec la CSN.  À la même époque, l’APPLEC fait la même démarche à la recherche d’une affiliation syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux associations intègrent la CSN en 1964. L’APPLES le fait grâce au tout nouveau Code du travail. L’APPLEC la rejoint pour faire face à la situation créée par le nouveau ministère de l’Éducation, les conclusions du rapport Parent et la mise en place prochaine des instituts projetés, qui allaient intégrer grand nombre des collèges classiques et séminaires. Les collèges classiques verraient ainsi leur clientèle se redistribuer dans les niveaux d’enseignement préconisés par le rapport Parent : primaire, secondaire et collégial (préuniversitaire).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n’y a pas de fédération d’enseignantes et d’enseignants à la CSN à ce moment-là, les deux syndicats s’affilient directement à la Confédération, un fait inhabituel, mais temporaire, tout le monde regardant la possibilité de créer une fédération du personnel enseignant. Dans le mouvement d’affiliation, l’APPES devient le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et l’APPLEC, le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE). En intégrant une centrale ouvrière – un cas unique dans le syndicalisme enseignant –, ces deux syndicats manifestent ainsi clairement leur solidarité et leur appartenance au mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux syndicats seuls, regroupant à peine 1500 membres, n’ont pas les reins assez solides pour soutenir une structure de fédération au sein de la centrale, mais la création des sept premiers cégeps en 1967, rapidement suivis par cinq autres, puis par douze autres en 1968, change la donne, fournissant la masse critique pour donner naissance en 1969 à la nouvelle fédération d’enseignantes et d’enseignants, la FNEQ – Fédération nationale des enseignants québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète souvent que la CSN a forcé la création de cette fédération d’enseignantes et d’enseignants : ce n’est pas exact. Oui, la CSN a voté en conseil puis en Congrès la nécessité de créer cette fédération, mais elle ne faisait qu'entériner la volonté des enseignants, depuis longtemps exprimée, de se doter d'une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
=== Le Code du travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:004.png|thumb|Paul Doyon a été une personne clé pour amener à la CSN les enseignantes et les enseignants des écoles spécialisées et des collèges classiques]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L’adoption du Code du travail (1964) et de la Loi sur la fonction publique (1965) sont deux moments importants de l’histoire des relations du travail au Québec. Le Code du travail reconnaît certains droits syndicaux fondamentaux, dont le droit d’association ainsi que le droit de grève dans les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires. En 1965, les enseignantes et les enseignants obtiennent à leur tour le droit de grève, de même que les fonctionnaires. De plus, ces derniers ont dorénavant le droit de s’affilier à une centrale syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gains sont le fruit d’un compromis social plus large. En fait, les acteurs de l’époque cherchent à pacifier les relations du travail en structurant l’exercice du droit de grève. En effet, après 1964, l’exercice de ce droit est reconnu exclusivement aux syndicats. De plus, le droit de grève ne pourra s’exercer qu’en période de négociation, et ce, en fonction du respect de nombreux critères prévus par la loi &amp;lt;ref&amp;gt;« Historique des lois spéciales », document élaboré par le comité de stratégie de la FNEEQ, 26 octobre 2015, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Paul Doyon ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paul Doyon devient conseiller syndical à la CSN dès 1964, avant que n’existe la FNEQ. Il est recruté principalement pour sa connaissance du secteur de l’enseignement spécialisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employé au Devoir jusqu’en 1959, il rencontre André L’Heureux qui, avant d’être à la CSN, a été un des secrétaires de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_G%C3%A9rin-Lajoie Paul Gérin-Lajoie], preuve de l’effervescence de la prise du pouvoir des libéraux. Au Ministère, il rencontre Arthur Tremblay et devient secrétaire du comité technique sur les études techniques et professionnelles qu’il préside. Doyon constate alors que les écoles à vocation particulière sont plus dynamiques que les autres écoles techniques du fait de leur plus grande autonomie. Il comprend alors l’importance du contrôle local des écoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La CSN, en la personne de Robert Sauvé, m’a offert de travailler avec les enseignants, particulièrement ceux des écoles spécialisées, qu’ils cherchaient à syndiquer. J’ai toujours cru important le rôle des profs dans la gestion de leurs établissements. À cette époque, c’était dans l’air, les comités des relations professionnelles allaient dans ce sens. Le but: donner de l’autonomie aux professeurs, qui allaient ensuite former des étudiants autonomes. En plein mon idéologie syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevues accordées à Jacques Gauthier par Paul Doyon les 22 mars et 8 mai 2019 sur les pre­mières années de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les collèges privés ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:006.png|thumb|Jean-Pierre Boutin, du SPEQ, deviendra en 1969 le premier président de la nouvelle Fédération nationale des enseignants québécois]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin des années 1930 et le début des années 1940, des professeures et professeurs laïques tentent de pénétrer le monde clos des écoles privées, collèges classiques et séminaires, contrôlés par le clergé. L’accueil ne leur est pas favorable, les institutions n’ayant pas les fonds nécessaires, disent-elles, pour payer des salaires à des laïques. Il leur faudrait une aide gouvernementale qui ne vient pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:010.png|thumb|Les représentants du SPEQ signent leur première convention collective avec le ministre Marcel Masse, de l’Union nationale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1945, quelques professeures et professeurs laïques à l’emploi des collèges classiques de Québec, Montréal et Rimouski se regroupent sous le vocable APPLES, Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire &amp;lt;ref&amp;gt;Une bizarrerie qu’il faut noter : l’appellation « enseignement secon- daire » appartenait alors exclusivement aux collèges classiques, une sorte de marque de commerce. Les écoles publiques ne pouvaient se dire « secondaires », elles employaient pour désigner les études au-delà du primaire le terme «primaire supérieur». Une telle inscription existe encore sur la façade de l’école primaire Le Plateau, dans le parc Lafontaine à Montréal.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:008.png|thumb|Claude de Lorimier, Paul Doyon et Claude Sabourin discutent stratégie]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association, qui compte alors une quarantaine de membres sur les 75 professeures et professeurs laïques de la province, signe en janvier 1947 sa toute première convention avec le Petit séminaire de Québec, le plus ancien syndicat de la FNEEQ. La dizaine de professeures et professeurs laïques qui s’y trouvent négocient ainsi pour la première fois leurs conditions de travail. Le journal Le Soleil de Québec rend compte de la cérémonie de signature et du contentement de Paul Laberge, secrétaire de l’APPLES : «M. Laberge a tenu à exprimer la reconnaissance de l’Association pour le Séminaire de Québec qui vient de reconnaître officiellement et de façon pratique leur groupe professionnel. Son geste est aussi un hommage aux professeurs-laïcs qui ont toujours coopéré dans la province pour maintenir notre enseignement secondaire au haut niveau auquel l’ont porté nos institutions religieuses d’enseignement &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 23 mars 1947, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1950, sous la pression démographique et une présence de plus en plus grande des sciences dans l’enseignement, les écoles privées font appel en plus grand nombre à des professeures et professeurs laïques &amp;lt;ref&amp;gt;La Presse, 20 juin 1952, p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Vers 1953, selon le quotidien Le Soleil, on évalue leur nombre à 150, soit le tiers du corps enseignant de ces institutions &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 22 juin 1953, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.  C’est dire la petitesse du système d’éducation francophone menant à l’université ou au grand séminaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, l’APPLES devient l’APPLEC, troquant le vocable «secondaire» pour celui de «classique». Au début des années 1960, le nombre de professeures et professeurs laïques présents dans ces collèges augmente et des sections existent à Québec, Montréal, Chicoutimi, Rimouski, Hauterive et Mont-Laurier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1964, l’Association s’affilie à la CSN et devient l’année suivante le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE-CSN), à la faveur des changements introduits dans le nouveau Code du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1964, l’APPLEC négocie sur une base locale. Les conditions de travail s’avèrent donc différentes d’un collège à l’autre. «Les négociations (sont) soumises aux conditions du milieu», nous dit Michel Dumas, secrétaire exécutif du syndicat. «Dans les années 60, ajoutet-il, on voit même la FCC [NDLR : Fédération des collèges classiques], organisme patronal, statuer sur les conditions de travail des professeurs. L’APPLEC, alors beaucoup moins représentative, dut accepter ce renversement des rôles à une époque où les professeurs-laïcs étaient souvent considérés comme des frères coadjuteurs… &amp;lt;ref&amp;gt;Michel DUMAS,E «Comment le SPE a été conduit à la négociation provinciale», texte d’une allocution de Michel Dumas, secrétaire exécutif du SPE, 1967. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965, le syndicat prend de l’ampleur avec son affiliation à la CSN : ouverture d’un bureau permanent, publication d’un journal et collaborations avec son colocataire, le Syndicat des enseignants des écoles gouvernementales (SPEQ), un autre syndicat d’enseignantes et d’enseignants qui vient d’adhérer à la CSN &amp;lt;ref&amp;gt;L’APPLEC, vol. 10, n o 2, octobre 1964, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même année, le syndicat crée le «pool de Montréal», un regroupement de dix collèges qui veulent renégocier ensemble leur convention collective. Ils croient que le temps est venu pour une négociation commune: les dix collèges se trouvent sur un même territoire, dans une même zone économique. Aucune raison donc d’avoir des conditions de travail différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant une menace de grève, les collèges font des concessions: ils acceptent la cogestion et la permanence après deux ans. Ce succès amène le syndicat à vouloir une négociation provinciale. Les différentes sections du SPE s’entendent sur un projet commun de convention collective et exigent la négociation provinciale. Trente-deux collèges sur trente-quatre acceptent la proposition. Les négociations commencent le 11 août 1967, mais elles trainent. La partie patronale ne semble pas pressée. La Fédération des collèges classiques attend la manne gouvernementale pour ouvrir ses coffres. Or, les représentants gouvernementaux ne s’engagent pas, même s’ils sont présents à la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En congrès, en 1967, le SPE adopte à l’unanimité le projet d’une fédération du personnel enseignant affiliée à la CSN. Le syndicat veut lutter avec tous les autres membres de la centrale pour l’amélioration de la vie politique et économique des citoyens et pour leur droit à une démocratisation de l’enseignement sous toutes ses formes &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération,&lt;br /&gt;
vol. 1, n o 1, mars 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La structure prévue est composée de trois secteurs: cégep, gouvernemental (SPEQ) et privé (SPE). Le projet fait le tour des secteurs. La fédération imaginée à ce moment-là est un regroupement de secteurs, chacun ayant son assemblée générale et son exécutif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce système est adopté lors du Congrès de fondation et perdure jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier budget de la Fédération est évalué à 121 200$ pour une cotisation annuelle de 26,33$ par membre &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération, vol. 1, n o 3, juin 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== La main invisible ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les professeurs des institutions privées savent très bien que la main invisible à la table de négociations est celle du ministre de l’Éducation. Loin de s’opposer au rôle déterminant de l’État en éducation, les professeurs du SPE souhaitent que le ministre de l’Éducation s’affiche une fois pour toutes comme le seul interlocuteur valable dans les négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les professeurs du SPE, la question de revendications salariales n’est pas prioritaire. Ils sont prêts à discuter et à accepter rapidement un traitement juste, conforme à leur formation universitaire, à la fonction sociale qu’ils exercent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, les professeurs du SPE estiment que leur droit de participer à l’élaboration des politiques pédagogiques, c’est-à-dire professionnelles, est un droit indéniable qu’on doit inscrire dans une convention collective de travail, même dans celles des institutions privées. Comme les institutions publiques, les institutions privées exercent une fonction sociale et à ce titre elles doivent laisser une place, dans leurs centres de décisions administratifs, aux spécialistes de la pédagogie. Cette revendication n’a rien à voir avec le droit de gérance. On veut que le professeur forme des esprits autonomes, capables d’imaginer les solutions aux problèmes de notre société en évolution accélérée et qu’on accorde alors au professeur la liberté d’inventer lui-même les solutions aux problèmes de sa propre profession. Présentement, le refus du gouvernement de s’affirmer comme un interlocuteur valable dans les négociations du SPE conduit à des conséquences graves, de nature à retarder sérieusement les réformes que tous souhaitent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Noël ROULEAU, Éducation Québécoise, vol. 1, no 7, avril 1968&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les écoles spécialisées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPES) est née en 1961, dans la foulée des réformes envisagées dans les relations de travail entre le gouvernement et les personnes qu’il emploie. L’Association regroupe alors les 1400 professeures et professeurs enseignant dans des écoles gouvernementales, techniques ou de métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès sa création en 1961, ce groupe d’enseignantes et d’enseignants approche la CSN. En février 1962, leur association demande une incorporation en vertu de la Loi des syndicats professionnels, malgré le fait que la loi les régissant leur interdit le recours à une sentence exécutoire ainsi qu’à toute grève et à toute affiliation à une centrale syndicale. En mars, le gouvernement refuse donc l’incorporation, sans autre explication que son bon vouloir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant tout ce temps, l’APPES participe activement à l’effort de syndicalisation de la CSN auprès des employés et employées du gouvernement. En 1963, l’Association demande à la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_sur_les_relations_ouvri%C3%A8res Commission des relations ouvrières (CRO)] une reconnaissance comme regroupement syndical. Une rencontre avec la Commission a lieu le 30 janvier 1963 en compagnie de trois autres associations faisant des démarches similaires : celle des employés de la Régie des alcools, celle des employés de l’Office des autoroutes et celle des inspecteurs d’écoles. Cette rencontre, selon l’APPES, « marquera le prélude de la syndicalisation des employés de la fonction publique &amp;lt;ref&amp;gt;Le journal de l’APPES, vol. 1, n o 2, janvier 1963.&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 aout 1963, la CRO reconnait l’Association. C’est le début de son ère syndicale; elle devient le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants membre de la CSN. La décision de la CRO indique que l’Association est la seule représentante et l’agente négociatrice pour tous les professeurs de l’enseignement spécialisé et que le gouvernement, comme employeur, est tenu de respecter la loi sur les relations ouvrières et doit négocier même s’il n’a pas encore statué sur la forme que prendra cette négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adoption en 1964 du nouveau Code du travail accorde aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic le droit de grève,&lt;br /&gt;
duquel sont privés les fonctionnaires et le personnel enseignant. Ils l’obtiennent cependant en 1965. Leur syndicat respectif peut également s’affilier à une centrale syndicale, ce que font aussitôt le SPE et le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), anciennement nommé l’APPES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce nouveau statut, le SPEQ entreprend la négociation avec le gouvernement pour arriver à une première convention collective négociée depuis sa création en 1961. En avril 1966, le blocage des négociations amène les membres à déclencher une grève de trois semaines, à laquelle le gouvernement répond par des injonctions ordonnant le retour au travail. Devant le refus syndical de se conformer, la Cour supérieure condamne le SPEQ à une amende de 2000$ et 12 de ses dirigeants ainsi que leur conseiller technique à 20 jours de prison. La cause est portée en appel. Le Congrès de la CSN manifeste son appui au syndicat devant le Parlement de Québec. Cette solidarité montre aux membres des deux syndicats nouvellement affiliés que l’appui du mouvement ouvrier est acquis à leur lutte et qu’ils peuvent compter sur la CSN pour les défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat obtient finalement ce premier contrat de travail. Le journal de la CSN en fait état: «On peut maintenant espérer, souligne leur conseiller technique, le confrère Paul Doyon, qu’en outre des avantages acquis, les professeurs, par leur grève, auront appris au gouvernement et aux employeurs qu’il ne sert à rien de se retrancher, comme des pharisiens, derrière la légalité et les injonctions pour refuser les justes revendications d’un groupe de travailleurs &amp;lt;ref&amp;gt;« Une leçon pour le gouvernement », Le Travail, mai 1966, vol. 42, n o 4, p. 12&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, la Cour d’appel confirme le jugement de la Cour supérieure. Le SPEQ doit payer l’amende de 2000$ et les dirigeants ainsi que le conseiller technique doivent faire les 20 jours de prison auxquels ils ont été condamnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les 13 du SPEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file: 005.png|thumb|100px]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 13 personnes condamnées à 20 jours de prison: Claude DeLorimier, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal et secrétaire exécutif du SPEQ, membre du Conseil supérieur de l’Éducation; Claude Desroches, professeur à l’Institut des Arts graphiques de Montréal; Paul Doyon, conseiller technique du SPEQ; Jean-Guy Farrier, professeur à l’Institut de technologie de Shawinigan; André Lamontagne, trésorier du SPEQ et professeur à l’Institut de technologie de Lauzon; Charles-Auguste Langlois, professeur à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière; Claude Legendre, professeur à l’École des métiers de Rimouski; Léonce Marcotte, professeur à l’École des métiers de Laprairie; Claude Poissant, professeur à l’École des métiers d’Amos; Jean Rioux, professeur à l’École normale Laval à Québec; Jean-Paul Simard, professeur à l’École des métiers d’Alma; Claude Sabourin, professeur à l’École normale d’enseignement technique à Montréal; Raymond Vézina, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les nouveaux syndicats des cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats des cégeps &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 9, juin 1968, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt; naissent avec la création des nouveaux collèges. La période de syndicalisation oppose la CEQ et la CSN, qui l’emporte dans la grande majorité des collèges. Les syndicats des cégeps deviennent rapidement le secteur le plus important de la Fédération. Tout comme les autres syndicats d’enseignantes et d’enseignants – SPE et SPEQ – membres de la CSN, leur affiliation se fait directement à la Confédération en l’absence d’une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nouveaux syndicats créent le secteur cégep dès 1967. Contrairement au SPE et au SPEQ, qui sont des syndicats provinciaux avec des sections locales, chaque syndicat d’enseignantes et d’enseignants de cégep est autonome et libre de son destin. Comme leurs vis-à-vis du SPE et du SPEQ, le secteur adhère à la CSN «pour exiger une société plus juste et bâtie pour l’homme» avec les autres travailleurs organisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1968, ils entament la négociation d’une première convention collective &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 10, juillet-aout 1968, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Neuf syndicats de cégep sont membres de la CSN à ce moment-là. En cette période de transition, la partie patronale est hybride: représentants du gouvernement, membres de corporations de CÉGEP et supérieurs de collèges. La convention collective nationale qui en résulte comprend la norme 1/15, le début d’une définition de la tâche… et d’une longue discussion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La commission Parent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage lance un vaste chantier en éducation. C’est un dossier prioritaire, dont la mesure centrale est la création de la Commission d’enquête sur l’enseignement, dite la Commission Parent. La Commission siège de 1961 à 1966. En 1964, elle propose la création d’instituts offrant à la fois des parcours techniques et pré-universitaires avec pour objectif de démocratiser l'accès à l'éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des sept premiers [https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9gep cégeps] (Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou, Hull, Rimouski et Sainte-Foy) se fait en catastrophe. Leur création est décidée en juin 1967 pour une ouverture en septembre. Aucun cégep n’est prévu à ce moment-là dans la région de Montréal. On planifie plutôt la création d’une vingtaine d’autres cégeps durant l’année 1967-1968. À la suite de manifestations et de protestations, la mission qui décide de l’ouverture des cégeps annonce en aout que les cinq projets les plus avancés de la région métropolitaine verront le jour immédiatement et ouvriront leurs portes à la mi-septembre 1967. Ainsi naissent en quelques semaines des cégeps à Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse et Montréal (ceux de Maisonneuve et d’Ahuntsic). En 1967, il y a donc douze cégeps. En 1968, douze autres cégeps s’ajoutent: cinq sont situés à Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne et Dawson), trois dans la région métropolitaine (Joliette, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu), deux au Centre-du-Québec (Trois-Rivières et Shawinigan), un autre en Estrie (Sherbrooke) et le dernier en Gaspésie (Gaspé). Dawson, le premier cégep anglophone, n’ouvrira finalement qu’en 1969.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, voici comment on décrit la fondation du cégep de Saint-Hyacinthe dans le bulletin du Centre d’histoire et d’archives du travail CHAT &amp;lt;ref&amp;gt;La mémoire du travail, vol. 6, n o 2, printemps 2019, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le cégep de Saint-Hyacinthe a été créé en 1968 dans la foulée de la création du réseau des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). À l’origine, le cégep regroupait l’enseignement collégial du Séminaire de Saint-Hyacinthe, du Collège Saint-Maurice, de l’Institut des textiles, de l’Institut familial, des écoles normales et de l’École des infirmières.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Congrès de la CSN vote la création d’une fédération du personnel enseignant ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, le bureau confédéral de la CSN décide qu’aucun syndicat n’aura une affiliation directe à la centrale. Le SPE, le SPEQ et les nouveaux syndicats des cégeps sont concernés. Au Congrès confédéral qui suit, fin 1968, deux importantes résolutions sont votées: la mise sur pied d’une fédération du personnel enseignant ainsi qu’une modification des structures; les fédérations auront dorénavant la responsabilité de leurs salariés et salariées en lieu et place de la Confédération. Au même congrès, le président Marcel Pepin propose, dans son rapport au Congrès, d’ouvrir un deuxième front de lutte et de mettre sur pied des comités d’action politique dans les régions. Ce document d’orientation est majeur dans l’histoire de la centrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1968 représente aussi le moment de la lutte McGill français, de la crise linguistique à Saint-Léonard, de la création de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_du_Qu%C3%A9bec l’Université du Québec], de la grève des étudiants dans plusieurs cégeps et facultés universitaires et de la naissance du Parti québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=Ex%C3%A9cutifs_FNEEQ-CSN_-_1969_%C3%A0_aujourd%27hui&amp;diff=471</id>
		<title>Exécutifs FNEEQ-CSN - 1969 à aujourd'hui</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=Ex%C3%A9cutifs_FNEEQ-CSN_-_1969_%C3%A0_aujourd%27hui&amp;diff=471"/>
		<updated>2021-07-01T16:03:17Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;= Exécutifs FNEEQ-CSN - 1969 à aujourd'hui =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Septembre 1969 - Assemblée de fondation de la FNEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Boutin à la présidence, Francine Lalonde au secrétariat et Gilles Gauthier à la trésorerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Novembre 1969 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Chaput à la présidente, Thérèse Gravel au secrétariat et Yvon Hamel à la trésorerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-­Pierre Boutin démissionne lors du Bureau fédéral du 29 novembre 1969 puisqu’il sera candidat aux élections provinciales d’avril 1970. Le BF élit immédiatement un nouveau pré­sident, Bernard Chaput, par acclamation. Les présidences de secteur complètent l’exécutif avec trois postes à la vice-­présidence. On y retrouve Francine Lalonde (cégeps), Gilles Gauthier (SPEQ) et Jean-­Marie Boutin (SPE).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès novembre 1970 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Thérèse Gravel au secrétariat et Yvanhoé Leclerc à la trésorerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès février 1972 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Thérèse Gravel au secrétariat et Yvanhoé Leclerc à la trésorerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral 1972 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Christophe Auger au secrétariat général et Lucille Beauchemin à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral 1974 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Marcel Gilbert au secrétariat général et Guy Demers à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseils fédéraux de juin et août 1976 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marcel Gilbert à la présidence,	Annette Gélinas au secrétariat général et Lucille Beauchemin à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1977 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lucille Beauchemin à la présidence, Annette Gélinas au secrétariat général et Ubald Cloutier à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1978 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lucille Beauchemin à la présidence, Audette Landry au secrétariat général et Claude Chamberland à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral février 1979 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Démission en bloc de l’exécutif. Intérim assumé par le Bureau fédéral avec comité de « suivis»: Robert Couillard, Harout Géraniam, Yves Couture, Pierre Léonard et Shirley Roy.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral mars 1979 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Pierre Léonard au secrétariat général et Shirley Roy à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral septembre 1980 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Pierre Léonard au secrétariat général et Shirley Roy à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1981 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Pierre Léonard au secrétariat général, Shirley Roy à la 1re vice-présidence et Gérard Dionne à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral octobre 1981 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Claude Gauthier devient président suite à la démission de Francine Lalonde. Le reste de l'exécutif est le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1982 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Claude Gauthier à la présidence, Pierre Léonard au secrétariat général, Flavie Achard à la 1re vice-présidence et Rose Pellerin à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1983 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rose Pellerin à la présidence, Denis Choinière au secrétariat général,	Flavie Achard à la 1re vice-présidence et Paul Jones à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1984 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rose Pellerin à la présidence, Denis Choinière au secrétariat général, Flavie Achard à la 1re vice-présidence et Paul Jones à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1986 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rose Pellerin à la présidence, Denis Choinière au secrétariat général,	Lise Pomerleau à la 1re vice-présidence et Paul Jones à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1988 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Lise Pomerleau au secrétariat général, Lyne Boyer à la 1re vice-présidence et Laval Rioux à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 1989 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Pierre Patry au secrétariat général, Lyne Boyer à la 1re vice-présidence et Laval Rioux à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 1991 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Pierre Patry au secrétariat général, Lyne Boyer à la 1re vice-présidence et Nacer Mazani à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 1993 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Jean Salmon au secrétariat général, Édith Massicotte à la 1re vice-présidence et Nacer Mazani à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre avril 94 et juin 94, il y a le départ d’Édith Massicotte et de Jean Salmon. Les postes demeurent vacants jusqu’au Conseil fédéral spécial de septembre 1994. Quant au reste de l'exécutif, il demeure ainsi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral septembre 1994 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Oliva Bouchard au secrétariat général, Madeleine Ferland à la 1re vice-présidence et Nacer Mazani à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Bureau fédéral des 30 novembre, 1er, 2 et 3 décembre 1994, départ de Nacer Mazani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral janvier 1995 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Oliva Bouchard au secrétariat général, Madeleine Ferland à la 1re vice-présidence et Marie­-Claire Chouinard à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Congrès mai 1995 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oliva Bouchard à la présidence, Pierre Patry au secrétariat général, Marie-Claire Chouinard à la 1re vice-présidence et Denise Trudeau à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 1997 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry à la présidence, Hélène Boileau au secrétariat général, Marie-Claire Chouinard à la 1re vice-présidence et Denise Trudeau à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Congrès mai 2000 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry à la présidence, Ronald Cameron au secrétariat général, François Cyr à la 1re vice-présidence et Denise Trudeau à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral mai 2001 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Senneville prend place à la 2e vice-présidence. Le reste de l'exécutif étant le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2003 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry à la présidence, Ronald Cameron au secrétariat général, François Cyr à la 1re vice-présidence et Caroline Senneville à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral mars 2004 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron à la présidence, Caroline Senneville au secrétariat général, François Cyr à la 1re vice-présidence et Jean Trudelle à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2006 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron à la présidence, Caroline Senneville au secrétariat général, Marie Blais à la 1re vice-présidence et Jean Trudelle à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2009 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Trudelle à la présidence, Caroline Senneville au secrétariat général, Marie Blais à la 1re vice-présidence et Micheline Thibodeau à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2012 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Senneville à la présidence, Jean Murdock au secrétariat général et trésorerie, Micheline Thibodeau à la vice-présidence du regroupement cégep, Caroline Quesnel à la vice-présidence du regroupement privé et Sylvain Marois à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2015 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Senneville à la présidence, Jean Murdock au secrétariat général et trésorerie, Nicole Lefebvre à la vice-présidence du regroupement cégep, Caroline Quesnel à la vice-présidence du regroupement privé et Sylvain Marois à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Senneville quitte en mai 2017. Le reste de l'exécutif étant le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral septembre 2017 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Murdock à la présidence, Caroline Quesnel au secrétariat général et trésorerie, Nicole Lefebvre à la vice-présidence du regroupement cégep, Léandre Lapointe à la vice-présidence du regroupement privé et Sylvain Marois à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2018 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Quesnel à la présidence, Benoît Lacoursière au secrétariat général et trésorerie, Josée Chevalier à la vice-présidence du regroupement cégep, Léandre Lapointe à la vice-présidence du regroupement privé et Richard Bousquet à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Départ de Josée Chevalier en février 2019. Le reste de l'exécutif étant le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral mai 2019 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Quesnel à la présidence, Benoît Lacoursière au secrétariat général et trésorerie, Yves De Repentigny à la vice-présidence du regroupement cégep, Léandre Lapointe à la vice-présidence du regroupement privé et Richard Bousquet à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 2021 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Quesnel à la présidence, Benoît Lacoursière au secrétariat général et trésorerie, Yves De Repentigny à la vice-présidence du regroupement cégep, Léandre Lapointe à la vice-présidence du regroupement privé et Christine Gauthier à la vice-présidence du regroupement université.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=470</id>
		<title>LaPréhistoire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=470"/>
		<updated>2021-06-08T18:28:31Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La préhistoire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:003.png|thumb]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant du XXe siècle, l’emprise de la religion sur le système scolaire québécois est totale. Les comités catholiques et protestants ont l’autorité exclusive sur les programmes et le personnel enseignant des écoles publiques. Du côté francophone, presque tout l’enseignement donnant accès à l’université est privé et relève d’institutions religieuses. Les écoles publiques sont sous-financées et peinent à se voir reconnaitre par le niveau de l’enseignement supérieur, lui aussi privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baby-boom qui survient après 1945 pose problème du côté francophone. Le nombre grandissant d’enfants dans les systèmes d’éducation public et privé – le nombre d’étudiants réguliers double entre 1945 et 1962, atteignant les 1 350 000 &amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec,première partie ou tome I – Les structures supérieures du système scolaire, 1963, p. 77, consultée sur le site Web de l’assemblée nationale le 23 septembre 2019, assnat.qc.ca/bibliotheque.&amp;lt;/ref&amp;gt; –, le peu de places disponibles et le manque d’infrastructures exigent un sérieux coup de barre.  Le gouvernement libéral de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lesage Jean Lesage], élu en 1960, accélère le processus, met en place la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Parent commission Parent], crée le ministère de l’Éducation, modifie les ordres d’enseignement en créant un réseau collégial public, le chainon manquant. Le secteur de l’éducation est en pleine transformation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à approcher la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_des_syndicats_nationaux Confédération des syndicats nationaux (CSN)] viennent des collèges privés et des écoles gouvernementales, ceux du primaire et du secondaire étant déjà à la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), l’ancêtre de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1947, une première convention collective est signée dans l’enseignement privé, au [https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9minaire_de_Qu%C3%A9bec Séminaire de Québec]. C’est le travail de l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire (APPLES). L’Association représente la dizaine de professeures et professeurs laïques du Séminaire et en regroupe, en tout, une quarantaine de divers collèges classiques de Montréal, Québec et Rimouski.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une idée du peu d’enseignantes et d’enseignants ne faisant pas partie du clergé, on trouve à ce moment-là à peine 75 professeures et professeurs laïques dans les écoles privées, les collèges classiques et divers séminaires de la province, les religieux formant la quasitotalité du corps professoral de ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir des années 1940, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) modernise son fonctionnement et devient petit à petit le mouvement syndical progressiste que nous connaissons aujourd’hui. Sa déconfessionnalisation est complétée au Congrès de septembre 1960, alors que la CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Le Québec et la CSN sont au début d’un vaste mouvement qui sera baptisé [https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_tranquille Révolution tranquille]. La CSN voit rapidement tout le potentiel qu’offre la syndicalisation du secteur public québécois, en pleine réorganisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les premiers syndicats ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à adhérer à la CSN, l’APPES et l’Association professionnelle des professeurs-laïcs des collèges classiques (APPLEC) le font à la faveur de ce vaste mouvement de syndicalisation du début des années 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, les quelque 1400 professeurs des écoles publiques spécialisées se regroupent dans l’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPLES) et prennent contact avec la CSN.  À la même époque, l’APPLEC fait la même démarche à la recherche d’une affiliation syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux associations intègrent la CSN en 1964. L’APPLES le fait grâce au tout nouveau Code du travail. L’APPLEC la rejoint pour faire face à la situation créée par le nouveau ministère de l’Éducation, les conclusions du rapport Parent et la mise en place prochaine des instituts projetés, qui allaient intégrer grand nombre des collèges classiques et séminaires. Les collèges classiques verraient ainsi leur clientèle se redistribuer dans les niveaux d’enseignement préconisés par le rapport Parent : primaire, secondaire et collégial (préuniversitaire).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n’y a pas de fédération d’enseignantes et d’enseignants à la CSN à ce moment-là, les deux syndicats s’affilient directement à la Confédération, un fait inhabituel, mais temporaire, tout le monde regardant la possibilité de créer une fédération du personnel enseignant. Dans le mouvement d’affiliation, l’APPES devient le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et l’APPLEC, le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE). En intégrant une centrale ouvrière – un cas unique dans le syndicalisme enseignant –, ces deux syndicats manifestent ainsi clairement leur solidarité et leur appartenance au mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux syndicats seuls, regroupant à peine 1500 membres, n’ont pas les reins assez solides pour soutenir une structure de fédération au sein de la centrale, mais la création des sept premiers cégeps en 1967, rapidement suivis par cinq autres, puis par douze autres en 1968, change la donne, fournissant la masse critique pour donner naissance en 1969 à la nouvelle fédération d’enseignantes et d’enseignants, la FNEQ – Fédération nationale des enseignants québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète souvent que la CSN a forcé la création de cette fédération d’enseignantes et d’enseignants : ce n’est pas exact. Oui, la CSN a voté en conseil puis en Congrès la nécessité de créer cette fédération, mais elle ne faisait qu'entériner la volonté des enseignants, depuis longtemps exprimée, de se doter d'une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
=== Le Code du travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:004.png|thumb|Paul Doyon a été une personne clé pour amener à la CSN les enseignantes et les enseignants des écoles spécialisées et des collèges classiques]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L’adoption du Code du travail (1964) et de la Loi sur la fonction publique (1965) sont deux moments importants de l’histoire des relations du travail au Québec. Le Code du travail reconnaît certains droits syndicaux fondamentaux, dont le droit d’association ainsi que le droit de grève dans les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires. En 1965, les enseignantes et les enseignants obtiennent à leur tour le droit de grève, de même que les fonctionnaires. De plus, ces derniers ont dorénavant le droit de s’affilier à une centrale syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gains sont le fruit d’un compromis social plus large. En fait, les acteurs de l’époque cherchent à pacifier les relations du travail en structurant l’exercice du droit de grève. En effet, après 1964, l’exercice de ce droit est reconnu exclusivement aux syndicats. De plus, le droit de grève ne pourra s’exercer qu’en période de négociation, et ce, en fonction du respect de nombreux critères prévus par la loi &amp;lt;ref&amp;gt;« Historique des lois spéciales », document élaboré par le comité de stratégie de la FNEEQ, 26 octobre 2015, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Paul Doyon ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paul Doyon devient conseiller syndical à la CSN dès 1964, avant que n’existe la FNEQ. Il est recruté principalement pour sa connaissance du secteur de l’enseignement spécialisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employé au Devoir jusqu’en 1959, il rencontre André L’Heureux qui, avant d’être à la CSN, a été un des secrétaires de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_G%C3%A9rin-Lajoie Paul Gérin-Lajoie], preuve de l’effervescence de la prise du pouvoir des libéraux. Au Ministère, il rencontre Arthur Tremblay et devient secrétaire du comité technique sur les études techniques et professionnelles qu’il préside. Doyon constate alors que les écoles à vocation particulière sont plus dynamiques que les autres écoles techniques du fait de leur plus grande autonomie. Il comprend alors l’importance du contrôle local des écoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La CSN, en la personne de Robert Sauvé, m’a offert de travailler avec les enseignants, particulièrement ceux des écoles spécialisées, qu’ils cherchaient à syndiquer. J’ai toujours cru important le rôle des profs dans la gestion de leurs établissements. À cette époque, c’était dans l’air, les comités des relations professionnelles allaient dans ce sens. Le but: donner de l’autonomie aux professeurs, qui allaient ensuite former des étudiants autonomes. En plein mon idéologie syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevues accordées à Jacques Gauthier par Paul Doyon les 22 mars et 8 mai 2019 sur les pre­mières années de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les collèges privés ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:006.png|thumb|Jean-Pierre Boutin, du SPEQ, deviendra en 1969 le premier président de la nouvelle Fédération nationale des enseignants québécois]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin des années 1930 et le début des années 1940, des professeures et professeurs laïques tentent de pénétrer le monde clos des écoles privées, collèges classiques et séminaires, contrôlés par le clergé. L’accueil ne leur est pas favorable, les institutions n’ayant pas les fonds nécessaires, disent-elles, pour payer des salaires à des laïques. Il leur faudrait une aide gouvernementale qui ne vient pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:010.png|thumb|Les représentants du SPEQ signent leur première convention collective avec le ministre Marcel Masse, de l’Union nationale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1945, quelques professeures et professeurs laïques à l’emploi des collèges classiques de Québec, Montréal et Rimouski se regroupent sous le vocable APPLES, Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire &amp;lt;ref&amp;gt;Une bizarrerie qu’il faut noter : l’appellation « enseignement secon- daire » appartenait alors exclusivement aux collèges classiques, une sorte de marque de commerce. Les écoles publiques ne pouvaient se dire « secondaires », elles employaient pour désigner les études au-delà du primaire le terme «primaire supérieur». Une telle inscription existe encore sur la façade de l’école primaire Le Plateau, dans le parc Lafontaine à Montréal.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:008.png|thumb|Claude de Lorimier, Paul Doyon et Claude Sabourin discutent stratégie]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association, qui compte alors une quarantaine de membres sur les 75 professeures et professeurs laïques de la province, signe en janvier 1947 sa toute première convention avec le Petit séminaire de Québec, le plus ancien syndicat de la FNEEQ. La dizaine de professeures et professeurs laïques qui s’y trouvent négocient ainsi pour la première fois leurs conditions de travail. Le journal Le Soleil de Québec rend compte de la cérémonie de signature et du contentement de Paul Laberge, secrétaire de l’APPLES : «M. Laberge a tenu à exprimer la reconnaissance de l’Association pour le Séminaire de Québec qui vient de reconnaître officiellement et de façon pratique leur groupe professionnel. Son geste est aussi un hommage aux professeurs-laïcs qui ont toujours coopéré dans la province pour maintenir notre enseignement secondaire au haut niveau auquel l’ont porté nos institutions religieuses d’enseignement &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 23 mars 1947, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1950, sous la pression démographique et une présence de plus en plus grande des sciences dans l’enseignement, les écoles privées font appel en plus grand nombre à des professeures et professeurs laïques &amp;lt;ref&amp;gt;La Presse, 20 juin 1952, p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Vers 1953, selon le quotidien Le Soleil, on évalue leur nombre à 150, soit le tiers du corps enseignant de ces institutions &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 22 juin 1953, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.  C’est dire la petitesse du système d’éducation francophone menant à l’université ou au grand séminaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, l’APPLES devient l’APPLEC, troquant le vocable «secondaire» pour celui de «classique». Au début des années 1960, le nombre de professeures et professeurs laïques présents dans ces collèges augmente et des sections existent à Québec, Montréal, Chicoutimi, Rimouski, Hauterive et Mont-Laurier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1964, l’Association s’affilie à la CSN et devient l’année suivante le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE-CSN), à la faveur des changements introduits dans le nouveau Code du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1964, l’APPLEC négocie sur une base locale. Les conditions de travail s’avèrent donc différentes d’un collège à l’autre. «Les négociations (sont) soumises aux conditions du milieu», nous dit Michel Dumas, secrétaire exécutif du syndicat. «Dans les années 60, ajoutet-il, on voit même la FCC [NDLR : Fédération des collèges classiques], organisme patronal, statuer sur les conditions de travail des professeurs. L’APPLEC, alors beaucoup moins représentative, dut accepter ce renversement des rôles à une époque où les professeurs-laïcs étaient souvent considérés comme des frères coadjuteurs… &amp;lt;ref&amp;gt;Michel DUMAS,E «Comment le SPE a été conduit à la négociation provinciale», texte d’une allocution de Michel Dumas, secrétaire exécutif du SPE, 1967. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965, le syndicat prend de l’ampleur avec son affiliation à la CSN : ouverture d’un bureau permanent, publication d’un journal et collaborations avec son colocataire, le Syndicat des enseignants des écoles gouvernementales (SPEQ), un autre syndicat d’enseignantes et d’enseignants qui vient d’adhérer à la CSN &amp;lt;ref&amp;gt;L’APPLEC, vol. 10, n o 2, octobre 1964, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même année, le syndicat crée le «pool de Montréal», un regroupement de dix collèges qui veulent renégocier ensemble leur convention collective. Ils croient que le temps est venu pour une négociation commune: les dix collèges se trouvent sur un même territoire, dans une même zone économique. Aucune raison donc d’avoir des conditions de travail différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant une menace de grève, les collèges font des concessions: ils acceptent la cogestion et la permanence après deux ans. Ce succès amène le syndicat à vouloir une négociation provinciale. Les différentes sections du SPE s’entendent sur un projet commun de convention collective et exigent la négociation provinciale. Trente-deux collèges sur trente-quatre acceptent la proposition. Les négociations commencent le 11 août 1967, mais elles trainent. La partie patronale ne semble pas pressée. La Fédération des collèges classiques attend la manne gouvernementale pour ouvrir ses coffres. Or, les représentants gouvernementaux ne s’engagent pas, même s’ils sont présents à la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En congrès, en 1967, le SPE adopte à l’unanimité le projet d’une fédération du personnel enseignant affiliée à la CSN. Le syndicat veut lutter avec tous les autres membres de la centrale pour l’amélioration de la vie politique et économique des citoyens et pour leur droit à une démocratisation de l’enseignement sous toutes ses formes &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération,&lt;br /&gt;
vol. 1, n o 1, mars 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La structure prévue est composée de trois secteurs: cégep, gouvernemental (SPEQ) et privé (SPE). Le projet fait le tour des secteurs. La fédération imaginée à ce moment-là est un regroupement de secteurs, chacun ayant son assemblée générale et son exécutif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce système est adopté lors du Congrès de fondation et perdure jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier budget de la Fédération est évalué à 121 200$ pour une cotisation annuelle de 26,33$ par membre &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération, vol. 1, n o 3, juin 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== La main invisible ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les professeurs des institutions privées savent très bien que la main invisible à la table de négociations est celle du ministre de l’Éducation. Loin de s’opposer au rôle déterminant de l’État en éducation, les professeurs du SPE souhaitent que le ministre de l’Éducation s’affiche une fois pour toutes comme le seul interlocuteur valable dans les négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les professeurs du SPE, la question de revendications salariales n’est pas prioritaire. Ils sont prêts à discuter et à accepter rapidement un traitement juste, conforme à leur formation universitaire, à la fonction sociale qu’ils exercent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, les professeurs du SPE estiment que leur droit de participer à l’élaboration des politiques pédagogiques, c’est-à-dire professionnelles, est un droit indéniable qu’on doit inscrire dans une convention collective de travail, même dans celles des institutions privées. Comme les institutions publiques, les institutions privées exercent une fonction sociale et à ce titre elles doivent laisser une place, dans leurs centres de décisions administratifs, aux spécialistes de la pédagogie. Cette revendication n’a rien à voir avec le droit de gérance. On veut que le professeur forme des esprits autonomes, capables d’imaginer les solutions aux problèmes de notre société en évolution accélérée et qu’on accorde alors au professeur la liberté d’inventer lui-même les solutions aux problèmes de sa propre profession. Présentement, le refus du gouvernement de s’affirmer comme un interlocuteur valable dans les négociations du SPE conduit à des conséquences graves, de nature à retarder sérieusement les réformes que tous souhaitent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Noël ROULEAU, Éducation Québécoise, vol. 1, no 7, avril 1968&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les écoles spécialisées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPES) est née en 1961, dans la foulée des réformes envisagées dans les relations de travail entre le gouvernement et les personnes qu’il emploie. L’Association regroupe alors les 1400 professeures et professeurs enseignant dans des écoles gouvernementales, techniques ou de métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès sa création en 1961, ce groupe d’enseignantes et d’enseignants approche la CSN. En février 1962, leur association demande une incorporation en vertu de la Loi des syndicats professionnels, malgré le fait que la loi les régissant leur interdit le recours à une sentence exécutoire ainsi qu’à toute grève et à toute affiliation à une centrale syndicale. En mars, le gouvernement refuse donc l’incorporation, sans autre explication que son bon vouloir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant tout ce temps, l’APPES participe activement à l’effort de syndicalisation de la CSN auprès des employés et employées du gouvernement. En 1963, l’Association demande à la Commission des relations ouvrières (CRO) une reconnaissance comme regroupement syndical. Une rencontre avec la Commission a lieu le 30 janvier 1963 en compagnie de trois autres associations faisant des démarches similaires : celle des employés de la Régie des alcools, celle des employés de l’Office des autoroutes et celle des inspecteurs d’écoles. Cette rencontre, selon l’APPES, « marquera le prélude de la syndicalisation des employés de la fonction publique &amp;lt;ref&amp;gt;Le journal de l’APPES, vol. 1, n o 2, janvier 1963.&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 aout 1963, la CRO reconnait l’Association. C’est le début de son ère syndicale; elle devient le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants membre de la CSN. La décision de la CRO indique que l’Association est la seule représentante et l’agente négociatrice pour tous les professeurs de l’enseignement spécialisé et que le gouvernement, comme employeur, est tenu de respecter la loi sur les relations ouvrières et doit négocier même s’il n’a pas encore statué sur la forme que prendra cette négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adoption en 1964 du nouveau Code du travail accorde aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic le droit de grève,&lt;br /&gt;
duquel sont privés les fonctionnaires et le personnel enseignant. Ils l’obtiennent cependant en 1965. Leur syndicat respectif peut également s’affilier à une centrale syndicale, ce que font aussitôt le SPE et le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), anciennement nommé l’APPES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce nouveau statut, le SPEQ entreprend la négociation avec le gouvernement pour arriver à une première convention collective négociée depuis sa création en 1961. En avril 1966, le blocage des négociations amène les membres à déclencher une grève de trois semaines, à laquelle le gouvernement répond par des injonctions ordonnant le retour au travail. Devant le refus syndical de se conformer, la Cour supérieure condamne le SPEQ à une amende de 2000$ et 12 de ses dirigeants ainsi que leur conseiller technique à 20 jours de prison. La cause est portée en appel. Le Congrès de la CSN manifeste son appui au syndicat devant le Parlement de Québec. Cette solidarité montre aux membres des deux syndicats nouvellement affiliés que l’appui du mouvement ouvrier est acquis à leur lutte et qu’ils peuvent compter sur la CSN pour les défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat obtient finalement ce premier contrat de travail. Le journal de la CSN en fait état: «On peut maintenant espérer, souligne leur conseiller technique, le confrère Paul Doyon, qu’en outre des avantages acquis, les professeurs, par leur grève, auront appris au gouvernement et aux employeurs qu’il ne sert à rien de se retrancher, comme des pharisiens, derrière la légalité et les injonctions pour refuser les justes revendications d’un groupe de travailleurs &amp;lt;ref&amp;gt;« Une leçon pour le gouvernement », Le Travail, mai 1966, vol. 42, n o 4, p. 12&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, la Cour d’appel confirme le jugement de la Cour supérieure. Le SPEQ doit payer l’amende de 2000$ et les dirigeants ainsi que le conseiller technique doivent faire les 20 jours de prison auxquels ils ont été condamnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== Les 13 du SPEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file: 005.png|thumb|100px]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 13 personnes condamnées à 20 jours de prison: Claude DeLorimier, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal et secrétaire exécutif du SPEQ, membre du Conseil supérieur de l’Éducation; Claude Desroches, professeur à l’Institut des Arts graphiques de Montréal; Paul Doyon, conseiller technique du SPEQ; Jean-Guy Farrier, professeur à l’Institut de technologie de Shawinigan; André Lamontagne, trésorier du SPEQ et professeur à l’Institut de technologie de Lauzon; Charles-Auguste Langlois, professeur à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière; Claude Legendre, professeur à l’École des métiers de Rimouski; Léonce Marcotte, professeur à l’École des métiers de Laprairie; Claude Poissant, professeur à l’École des métiers d’Amos; Jean Rioux, professeur à l’École normale Laval à Québec; Jean-Paul Simard, professeur à l’École des métiers d’Alma; Claude Sabourin, professeur à l’École normale d’enseignement technique à Montréal; Raymond Vézina, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les nouveaux syndicats des cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats des cégeps &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 9, juin 1968, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt; naissent avec la création des nouveaux collèges. La période de syndicalisation oppose la CEQ et la CSN, qui l’emporte dans la grande majorité des collèges. Les syndicats des cégeps deviennent rapidement le secteur le plus important de la Fédération. Tout comme les autres syndicats d’enseignantes et d’enseignants – SPE et SPEQ – membres de la CSN, leur affiliation se fait directement à la Confédération en l’absence d’une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nouveaux syndicats créent le secteur cégep dès 1967. Contrairement au SPE et au SPEQ, qui sont des syndicats provinciaux avec des sections locales, chaque syndicat d’enseignantes et d’enseignants de cégep est autonome et libre de son destin. Comme leurs vis-à-vis du SPE et du SPEQ, le secteur adhère à la CSN «pour exiger une société plus juste et bâtie pour l’homme» avec les autres travailleurs organisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1968, ils entament la négociation d’une première convention collective &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 10, juillet-aout 1968, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Neuf syndicats de cégep sont membres de la CSN à ce moment-là. En cette période de transition, la partie patronale est hybride: représentants du gouvernement, membres de corporations de CÉGEP et supérieurs de collèges. La convention collective nationale qui en résulte comprend la norme 1/15, le début d’une définition de la tâche… et d’une longue discussion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La commission Parent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage lance un vaste chantier en éducation. C’est un dossier prioritaire, dont la mesure centrale est la création de la Commission d’enquête sur l’enseignement, dite la Commission Parent. La Commission siège de 1961 à 1966. En 1964, elle propose la création d’instituts offrant à la fois des parcours techniques et pré-universitaires avec pour objectif de démocratiser l'accès à l'éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des sept premiers [https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9gep cégeps] (Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou, Hull, Rimouski et Sainte-Foy) se fait en catastrophe. Leur création est décidée en juin 1967 pour une ouverture en septembre. Aucun cégep n’est prévu à ce moment-là dans la région de Montréal. On planifie plutôt la création d’une vingtaine d’autres cégeps durant l’année 1967-1968. À la suite de manifestations et de protestations, la mission qui décide de l’ouverture des cégeps annonce en aout que les cinq projets les plus avancés de la région métropolitaine verront le jour immédiatement et ouvriront leurs portes à la mi-septembre 1967. Ainsi naissent en quelques semaines des cégeps à Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse et Montréal (ceux de Maisonneuve et d’Ahuntsic). En 1967, il y a donc douze cégeps. En 1968, douze autres cégeps s’ajoutent: cinq sont situés à Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne et Dawson), trois dans la région métropolitaine (Joliette, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu), deux au Centre-du-Québec (Trois-Rivières et Shawinigan), un autre en Estrie (Sherbrooke) et le dernier en Gaspésie (Gaspé). Dawson, le premier cégep anglophone, n’ouvrira finalement qu’en 1969.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, voici comment on décrit la fondation du cégep de Saint-Hyacinthe dans le bulletin du Centre d’histoire et d’archives du travail CHAT &amp;lt;ref&amp;gt;La mémoire du travail, vol. 6, n o 2, printemps 2019, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le cégep de Saint-Hyacinthe a été créé en 1968 dans la foulée de la création du réseau des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). À l’origine, le cégep regroupait l’enseignement collégial du Séminaire de Saint-Hyacinthe, du Collège Saint-Maurice, de l’Institut des textiles, de l’Institut familial, des écoles normales et de l’École des infirmières.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Congrès de la CSN vote la création d’une fédération du personnel enseignant ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, le bureau confédéral de la CSN décide qu’aucun syndicat n’aura une affiliation directe à la centrale. Le SPE, le SPEQ et les nouveaux syndicats des cégeps sont concernés. Au Congrès confédéral qui suit, fin 1968, deux importantes résolutions sont votées: la mise sur pied d’une fédération du personnel enseignant ainsi qu’une modification des structures; les fédérations auront dorénavant la responsabilité de leurs salariés et salariées en lieu et place de la Confédération. Au même congrès, le président Marcel Pepin propose, dans son rapport au Congrès, d’ouvrir un deuxième front de lutte et de mettre sur pied des comités d’action politique dans les régions. Ce document d’orientation est majeur dans l’histoire de la centrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1968 représente aussi le moment de la lutte McGill français, de la crise linguistique à Saint-Léonard, de la création de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_du_Qu%C3%A9bec l’Université du Québec], de la grève des étudiants dans plusieurs cégeps et facultés universitaires et de la naissance du Parti québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=469</id>
		<title>LaPréhistoire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=469"/>
		<updated>2021-06-08T18:25:43Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La préhistoire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:003.png|thumb]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant du XXe siècle, l’emprise de la religion sur le système scolaire québécois est totale. Les comités catholiques et protestants ont l’autorité exclusive sur les programmes et le personnel enseignant des écoles publiques. Du côté francophone, presque tout l’enseignement donnant accès à l’université est privé et relève d’institutions religieuses. Les écoles publiques sont sous-financées et peinent à se voir reconnaitre par le niveau de l’enseignement supérieur, lui aussi privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baby-boom qui survient après 1945 pose problème du côté francophone. Le nombre grandissant d’enfants dans les systèmes d’éducation public et privé – le nombre d’étudiants réguliers double entre 1945 et 1962, atteignant les 1 350 000 &amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec,première partie ou tome I – Les structures supérieures du système scolaire, 1963, p. 77, consultée sur le site Web de l’assemblée nationale le 23 septembre 2019, assnat.qc.ca/bibliotheque.&amp;lt;/ref&amp;gt; –, le peu de places disponibles et le manque d’infrastructures exigent un sérieux coup de barre.  Le gouvernement libéral de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lesage Jean Lesage], élu en 1960, accélère le processus, met en place la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Parent commission Parent], crée le ministère de l’Éducation, modifie les ordres d’enseignement en créant un réseau collégial public, le chainon manquant. Le secteur de l’éducation est en pleine transformation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à approcher la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_des_syndicats_nationaux Confédération des syndicats nationaux (CSN)] viennent des collèges privés et des écoles gouvernementales, ceux du primaire et du secondaire étant déjà à la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), l’ancêtre de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1947, une première convention collective est signée dans l’enseignement privé, au [https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9minaire_de_Qu%C3%A9bec Séminaire de Québec]. C’est le travail de l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire (APPLES). L’Association représente la dizaine de professeures et professeurs laïques du Séminaire et en regroupe, en tout, une quarantaine de divers collèges classiques de Montréal, Québec et Rimouski.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une idée du peu d’enseignantes et d’enseignants ne faisant pas partie du clergé, on trouve à ce moment-là à peine 75 professeures et professeurs laïques dans les écoles privées, les collèges classiques et divers séminaires de la province, les religieux formant la quasitotalité du corps professoral de ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir des années 1940, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) modernise son fonctionnement et devient petit à petit le mouvement syndical progressiste que nous connaissons aujourd’hui. Sa déconfessionnalisation est complétée au Congrès de septembre 1960, alors que la CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Le Québec et la CSN sont au début d’un vaste mouvement qui sera baptisé [https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_tranquille Révolution tranquille]. La CSN voit rapidement tout le potentiel qu’offre la syndicalisation du secteur public québécois, en pleine réorganisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les premiers syndicats ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à adhérer à la CSN, l’APPES et l’Association professionnelle des professeurs-laïcs des collèges classiques (APPLEC) le font à la faveur de ce vaste mouvement de syndicalisation du début des années 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, les quelque 1400 professeurs des écoles publiques spécialisées se regroupent dans l’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPLES) et prennent contact avec la CSN.  À la même époque, l’APPLEC fait la même démarche à la recherche d’une affiliation syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux associations intègrent la CSN en 1964. L’APPLES le fait grâce au tout nouveau Code du travail. L’APPLEC la rejoint pour faire face à la situation créée par le nouveau ministère de l’Éducation, les conclusions du rapport Parent et la mise en place prochaine des instituts projetés, qui allaient intégrer grand nombre des collèges classiques et séminaires. Les collèges classiques verraient ainsi leur clientèle se redistribuer dans les niveaux d’enseignement préconisés par le rapport Parent : primaire, secondaire et collégial (préuniversitaire).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n’y a pas de fédération d’enseignantes et d’enseignants à la CSN à ce moment-là, les deux syndicats s’affilient directement à la Confédération, un fait inhabituel, mais temporaire, tout le monde regardant la possibilité de créer une fédération du personnel enseignant. Dans le mouvement d’affiliation, l’APPES devient le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et l’APPLEC, le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE). En intégrant une centrale ouvrière – un cas unique dans le syndicalisme enseignant –, ces deux syndicats manifestent ainsi clairement leur solidarité et leur appartenance au mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux syndicats seuls, regroupant à peine 1500 membres, n’ont pas les reins assez solides pour soutenir une structure de fédération au sein de la centrale, mais la création des sept premiers cégeps en 1967, rapidement suivis par cinq autres, puis par douze autres en 1968, change la donne, fournissant la masse critique pour donner naissance en 1969 à la nouvelle fédération d’enseignantes et d’enseignants, la FNEQ – Fédération nationale des enseignants québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète souvent que la CSN a forcé la création de cette fédération d’enseignantes et d’enseignants : ce n’est pas exact. Oui, la CSN a voté en conseil puis en Congrès la nécessité de créer cette fédération, mais elle ne faisait qu'entériner la volonté des enseignants, depuis longtemps exprimée, de se doter d'une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
=== Le Code du travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:004.png|thumb|Paul Doyon a été une personne clé pour amener à la CSN les enseignantes et les enseignants des écoles spécialisées et des collèges classiques]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L’adoption du Code du travail (1964) et de la Loi sur la fonction publique (1965) sont deux moments importants de l’histoire des relations du travail au Québec. Le Code du travail reconnaît certains droits syndicaux fondamentaux, dont le droit d’association ainsi que le droit de grève dans les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires. En 1965, les enseignantes et les enseignants obtiennent à leur tour le droit de grève, de même que les fonctionnaires. De plus, ces derniers ont dorénavant le droit de s’affilier à une centrale syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gains sont le fruit d’un compromis social plus large. En fait, les acteurs de l’époque cherchent à pacifier les relations du travail en structurant l’exercice du droit de grève. En effet, après 1964, l’exercice de ce droit est reconnu exclusivement aux syndicats. De plus, le droit de grève ne pourra s’exercer qu’en période de négociation, et ce, en fonction du respect de nombreux critères prévus par la loi &amp;lt;ref&amp;gt;« Historique des lois spéciales », document élaboré par le comité de stratégie de la FNEEQ, 26 octobre 2015, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Paul Doyon ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paul Doyon devient conseiller syndical à la CSN dès 1964, avant que n’existe la FNEQ. Il est recruté principalement pour sa connaissance du secteur de l’enseignement spécialisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employé au Devoir jusqu’en 1959, il rencontre André L’Heureux qui, avant d’être à la CSN, a été un des secrétaires de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_G%C3%A9rin-Lajoie Paul Gérin-Lajoie], preuve de l’effervescence de la prise du pouvoir des libéraux. Au Ministère, il rencontre Arthur Tremblay et devient secrétaire du comité technique sur les études techniques et professionnelles qu’il préside. Doyon constate alors que les écoles à vocation particulière sont plus dynamiques que les autres écoles techniques du fait de leur plus grande autonomie. Il comprend alors l’importance du contrôle local des écoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La CSN, en la personne de Robert Sauvé, m’a offert de travailler avec les enseignants, particulièrement ceux des écoles spécialisées, qu’ils cherchaient à syndiquer. J’ai toujours cru important le rôle des profs dans la gestion de leurs établissements. À cette époque, c’était dans l’air, les comités des relations professionnelles allaient dans ce sens. Le but: donner de l’autonomie aux professeurs, qui allaient ensuite former des étudiants autonomes. En plein mon idéologie syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevues accordées à Jacques Gauthier par Paul Doyon les 22 mars et 8 mai 2019 sur les pre­mières années de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les collèges privés ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:006.png|thumb|Jean-Pierre Boutin, du SPEQ, deviendra en 1969 le premier président de la nouvelle Fédération nationale des enseignants québécois]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin des années 1930 et le début des années 1940, des professeures et professeurs laïques tentent de pénétrer le monde clos des écoles privées, collèges classiques et séminaires, contrôlés par le clergé. L’accueil ne leur est pas favorable, les institutions n’ayant pas les fonds nécessaires, disent-elles, pour payer des salaires à des laïques. Il leur faudrait une aide gouvernementale qui ne vient pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:010.png|thumb|Les représentants du SPEQ signent leur première convention collective avec le ministre Marcel Masse, de l’Union nationale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1945, quelques professeures et professeurs laïques à l’emploi des collèges classiques de Québec, Montréal et Rimouski se regroupent sous le vocable APPLES, Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire &amp;lt;ref&amp;gt;Une bizarrerie qu’il faut noter : l’appellation « enseignement secon- daire » appartenait alors exclusivement aux collèges classiques, une sorte de marque de commerce. Les écoles publiques ne pouvaient se dire « secondaires », elles employaient pour désigner les études au-delà du primaire le terme «primaire supérieur». Une telle inscription existe encore sur la façade de l’école primaire Le Plateau, dans le parc Lafontaine à Montréal.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:008.png|thumb|Claude de Lorimier, Paul Doyon et Claude Sabourin discutent stratégie]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association, qui compte alors une quarantaine de membres sur les 75 professeures et professeurs laïques de la province, signe en janvier 1947 sa toute première convention avec le Petit séminaire de Québec, le plus ancien syndicat de la FNEEQ. La dizaine de professeures et professeurs laïques qui s’y trouvent négocient ainsi pour la première fois leurs conditions de travail. Le journal Le Soleil de Québec rend compte de la cérémonie de signature et du contentement de Paul Laberge, secrétaire de l’APPLES : «M. Laberge a tenu à exprimer la reconnaissance de l’Association pour le Séminaire de Québec qui vient de reconnaître officiellement et de façon pratique leur groupe professionnel. Son geste est aussi un hommage aux professeurs-laïcs qui ont toujours coopéré dans la province pour maintenir notre enseignement secondaire au haut niveau auquel l’ont porté nos institutions religieuses d’enseignement &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 23 mars 1947, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1950, sous la pression démographique et une présence de plus en plus grande des sciences dans l’enseignement, les écoles privées font appel en plus grand nombre à des professeures et professeurs laïques &amp;lt;ref&amp;gt;La Presse, 20 juin 1952, p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Vers 1953, selon le quotidien Le Soleil, on évalue leur nombre à 150, soit le tiers du corps enseignant de ces institutions &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 22 juin 1953, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.  C’est dire la petitesse du système d’éducation francophone menant à l’université ou au grand séminaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, l’APPLES devient l’APPLEC, troquant le vocable «secondaire» pour celui de «classique». Au début des années 1960, le nombre de professeures et professeurs laïques présents dans ces collèges augmente et des sections existent à Québec, Montréal, Chicoutimi, Rimouski, Hauterive et Mont-Laurier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1964, l’Association s’affilie à la CSN et devient l’année suivante le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE-CSN), à la faveur des changements introduits dans le nouveau Code du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1964, l’APPLEC négocie sur une base locale. Les conditions de travail s’avèrent donc différentes d’un collège à l’autre. «Les négociations (sont) soumises aux conditions du milieu», nous dit Michel Dumas, secrétaire exécutif du syndicat. «Dans les années 60, ajoutet-il, on voit même la FCC [NDLR : Fédération des collèges classiques], organisme patronal, statuer sur les conditions de travail des professeurs. L’APPLEC, alors beaucoup moins représentative, dut accepter ce renversement des rôles à une époque où les professeurs-laïcs étaient souvent considérés comme des frères coadjuteurs… &amp;lt;ref&amp;gt;Michel DUMAS,E «Comment le SPE a été conduit à la négociation provinciale», texte d’une allocution de Michel Dumas, secrétaire exécutif du SPE, 1967. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965, le syndicat prend de l’ampleur avec son affiliation à la CSN : ouverture d’un bureau permanent, publication d’un journal et collaborations avec son colocataire, le Syndicat des enseignants des écoles gouvernementales (SPEQ), un autre syndicat d’enseignantes et d’enseignants qui vient d’adhérer à la CSN &amp;lt;ref&amp;gt;L’APPLEC, vol. 10, n o 2, octobre 1964, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même année, le syndicat crée le «pool de Montréal», un regroupement de dix collèges qui veulent renégocier ensemble leur convention collective. Ils croient que le temps est venu pour une négociation commune: les dix collèges se trouvent sur un même territoire, dans une même zone économique. Aucune raison donc d’avoir des conditions de travail différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant une menace de grève, les collèges font des concessions: ils acceptent la cogestion et la permanence après deux ans. Ce succès amène le syndicat à vouloir une négociation provinciale. Les différentes sections du SPE s’entendent sur un projet commun de convention collective et exigent la négociation provinciale. Trente-deux collèges sur trente-quatre acceptent la proposition. Les négociations commencent le 11 août 1967, mais elles trainent. La partie patronale ne semble pas pressée. La Fédération des collèges classiques attend la manne gouvernementale pour ouvrir ses coffres. Or, les représentants gouvernementaux ne s’engagent pas, même s’ils sont présents à la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En congrès, en 1967, le SPE adopte à l’unanimité le projet d’une fédération du personnel enseignant affiliée à la CSN. Le syndicat veut lutter avec tous les autres membres de la centrale pour l’amélioration de la vie politique et économique des citoyens et pour leur droit à une démocratisation de l’enseignement sous toutes ses formes &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération,&lt;br /&gt;
vol. 1, n o 1, mars 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La structure prévue est composée de trois secteurs: cégep, gouvernemental (SPEQ) et privé (SPE). Le projet fait le tour des secteurs. La fédération imaginée à ce moment-là est un regroupement de secteurs, chacun ayant son assemblée générale et son exécutif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce système est adopté lors du Congrès de fondation et perdure jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier budget de la Fédération est évalué à 121 200$ pour une cotisation annuelle de 26,33$ par membre &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération, vol. 1, n o 3, juin 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== La main invisible ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les professeurs des institutions privées savent très bien que la main invisible à la table de négociations est celle du ministre de l’Éducation. Loin de s’opposer au rôle déterminant de l’État en éducation, les professeurs du SPE souhaitent que le ministre de l’Éducation s’affiche une fois pour toutes comme le seul interlocuteur valable dans les négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les professeurs du SPE, la question de revendications salariales n’est pas prioritaire. Ils sont prêts à discuter et à accepter rapidement un traitement juste, conforme à leur formation universitaire, à la fonction sociale qu’ils exercent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, les professeurs du SPE estiment que leur droit de participer à l’élaboration des politiques pédagogiques, c’est-à-dire professionnelles, est un droit indéniable qu’on doit inscrire dans une convention collective de travail, même dans celles des institutions privées. Comme les institutions publiques, les institutions privées exercent une fonction sociale et à ce titre elles doivent laisser une place, dans leurs centres de décisions administratifs, aux spécialistes de la pédagogie. Cette revendication n’a rien à voir avec le droit de gérance. On veut que le professeur forme des esprits autonomes, capables d’imaginer les solutions aux problèmes de notre société en évolution accélérée et qu’on accorde alors au professeur la liberté d’inventer lui-même les solutions aux problèmes de sa propre profession. Présentement, le refus du gouvernement de s’affirmer comme un interlocuteur valable dans les négociations du SPE conduit à des conséquences graves, de nature à retarder sérieusement les réformes que tous souhaitent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Noël ROULEAU, Éducation Québécoise, vol. 1, no 7, avril 1968&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les écoles spécialisées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPES) est née en 1961, dans la foulée des réformes envisagées dans les relations de travail entre le gouvernement et les personnes qu’il emploie. L’Association regroupe alors les 1400 professeures et professeurs enseignant dans des écoles gouvernementales, techniques ou de métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès sa création en 1961, ce groupe d’enseignantes et d’enseignants approche la CSN. En février 1962, leur association demande une incorporation en vertu de la Loi des syndicats professionnels, malgré le fait que la loi les régissant leur interdit le recours à une sentence exécutoire ainsi qu’à toute grève et à toute affiliation à une centrale syndicale. En mars, le gouvernement refuse donc l’incorporation, sans autre explication que son bon vouloir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant tout ce temps, l’APPES participe activement à l’effort de syndicalisation de la CSN auprès des employés et employées du gouvernement. En 1963, l’Association demande à la Commission des relations ouvrières (CRO) une reconnaissance comme regroupement syndical. Une rencontre avec la Commission a lieu le 30 janvier 1963 en compagnie de trois autres associations faisant des démarches similaires : celle des employés de la Régie des alcools, celle des employés de l’Office des autoroutes et celle des inspecteurs d’écoles. Cette rencontre, selon l’APPES, « marquera le prélude de la syndicalisation des employés de la fonction publique &amp;lt;ref&amp;gt;Le journal de l’APPES, vol. 1, n o 2, janvier 1963.&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 aout 1963, la CRO reconnait l’Association. C’est le début de son ère syndicale; elle devient le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants membre de la CSN. La décision de la CRO indique que l’Association est la seule représentante et l’agente négociatrice pour tous les professeurs de l’enseignement spécialisé et que le gouvernement, comme employeur, est tenu de respecter la loi sur les relations ouvrières et doit négocier même s’il n’a pas encore statué sur la forme que prendra cette négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adoption en 1964 du nouveau Code du travail accorde aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic le droit de grève,&lt;br /&gt;
duquel sont privés les fonctionnaires et le personnel enseignant. Ils l’obtiennent cependant en 1965. Leur syndicat respectif peut également s’affilier à une centrale syndicale, ce que font aussitôt le SPE et le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), anciennement nommé l’APPES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce nouveau statut, le SPEQ entreprend la négociation avec le gouvernement pour arriver à une première convention collective négociée depuis sa création en 1961. En avril 1966, le blocage des négociations amène les membres à déclencher une grève de trois semaines, à laquelle le gouvernement répond par des injonctions ordonnant le retour au travail. Devant le refus syndical de se conformer, la Cour supérieure condamne le SPEQ à une amende de 2000$ et 12 de ses dirigeants ainsi que leur conseiller technique à 20 jours de prison. La cause est portée en appel. Le Congrès de la CSN manifeste son appui au syndicat devant le Parlement de Québec. Cette solidarité montre aux membres des deux syndicats nouvellement affiliés que l’appui du mouvement ouvrier est acquis à leur lutte et qu’ils peuvent compter sur la CSN pour les défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat obtient finalement ce premier contrat de travail. Le journal de la CSN en fait état: «On peut maintenant espérer, souligne leur conseiller technique, le confrère Paul Doyon, qu’en outre des avantages acquis, les professeurs, par leur grève, auront appris au gouvernement et aux employeurs qu’il ne sert à rien de se retrancher, comme des pharisiens, derrière la légalité et les injonctions pour refuser les justes revendications d’un groupe de travailleurs &amp;lt;ref&amp;gt;« Une leçon pour le gouvernement », Le Travail, mai 1966, vol. 42, n o 4, p. 12&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, la Cour d’appel confirme le jugement de la Cour supérieure. Le SPEQ doit payer l’amende de 2000$ et les dirigeants ainsi que le conseiller technique doivent faire les 20 jours de prison auxquels ils ont été condamnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== Les 13 du SPEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file: 005.png|thumb|100px]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 13 personnes condamnées à 20 jours de prison: Claude DeLorimier, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal et secrétaire exécutif du SPEQ, membre du Conseil supérieur de l’Éducation; Claude Desroches, professeur à l’Institut des Arts graphiques de Montréal; Paul Doyon, conseiller technique du SPEQ; Jean-Guy Farrier, professeur à l’Institut de technologie de Shawinigan; André Lamontagne, trésorier du SPEQ et professeur à l’Institut de technologie de Lauzon; Charles-Auguste Langlois, professeur à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière; Claude Legendre, professeur à l’École des métiers de Rimouski; Léonce Marcotte, professeur à l’École des métiers de Laprairie; Claude Poissant, professeur à l’École des métiers d’Amos; Jean Rioux, professeur à l’École normale Laval à Québec; Jean-Paul Simard, professeur à l’École des métiers d’Alma; Claude Sabourin, professeur à l’École normale d’enseignement technique à Montréal; Raymond Vézina, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les nouveaux syndicats des cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats des cégeps &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 9, juin 1968, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt; naissent avec la création des nouveaux collèges. La période de syndicalisation oppose la CEQ et la CSN, qui l’emporte dans la grande majorité des collèges. Les syndicats des cégeps deviennent rapidement le secteur le plus important de la Fédération. Tout comme les autres syndicats d’enseignantes et d’enseignants – SPE et SPEQ – membres de la CSN, leur affiliation se fait directement à la Confédération en l’absence d’une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nouveaux syndicats créent le secteur cégep dès 1967. Contrairement au SPE et au SPEQ, qui sont des syndicats provinciaux avec des sections locales, chaque syndicat d’enseignantes et d’enseignants de cégep est autonome et libre de son destin. Comme leurs vis-à-vis du SPE et du SPEQ, le secteur adhère à la CSN «pour exiger une société plus juste et bâtie pour l’homme» avec les autres travailleurs organisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1968, ils entament la négociation d’une première convention collective &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 10, juillet-aout 1968, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Neuf syndicats de cégep sont membres de la CSN à ce moment-là. En cette période de transition, la partie patronale est hybride: représentants du gouvernement, membres de corporations de CÉGEP et supérieurs de collèges. La convention collective nationale qui en résulte comprend la norme 1/15, le début d’une définition de la tâche… et d’une longue discussion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La commission Parent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage lance un vaste chantier en éducation. C’est un dossier prioritaire, dont la mesure centrale est la création de la Commission d’enquête sur l’enseignement, dite la Commission Parent. La Commission siège de 1961 à 1966. En 1964, elle propose la création d’instituts offrant à la fois des parcours techniques et pré-universitaires avec pour objectif de démocratiser l'accès à l'éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des sept premiers [https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9gep cégeps] (Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou, Hull, Rimouski et Sainte-Foy) se fait en catastrophe. Leur création est décidée en juin 1967 pour une ouverture en septembre. Aucun cégep n’est prévu à ce moment-là dans la région de Montréal. On planifie plutôt la création d’une vingtaine d’autres cégeps durant l’année 1967-1968. À la suite de manifestations et de protestations, la mission qui décide de l’ouverture des cégeps annonce en aout que les cinq projets les plus avancés de la région métropolitaine verront le jour immédiatement et ouvriront leurs portes à la mi-septembre 1967. Ainsi naissent en quelques semaines des cégeps à Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse et Montréal (ceux de Maisonneuve et d’Ahuntsic). En 1967, il y a donc douze cégeps. En 1968, douze autres cégeps s’ajoutent: cinq sont situés à Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne et Dawson), trois dans la région métropolitaine (Joliette, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu), deux au Centre-du-Québec (Trois-Rivières et Shawinigan), un autre en Estrie (Sherbrooke) et le dernier en Gaspésie (Gaspé). Dawson, le premier cégep anglophone, n’ouvrira finalement qu’en 1969.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, voici comment on décrit la fondation du cégep de Saint-Hyacinthe dans le bulletin du Centre d’histoire et d’archives du travail CHAT &amp;lt;ref&amp;gt;La mémoire du travail, vol. 6, n o 2, printemps 2019, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le cégep de Saint-Hyacinthe a été créé en 1968 dans la foulée de la création du réseau des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). À l’origine, le cégep regroupait l’enseignement collégial du Séminaire de Saint-Hyacinthe, du Collège Saint-Maurice, de l’Institut des textiles, de l’Institut familial, des écoles normales et de l’École des infirmières.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Congrès de la CSN vote la création d’une fédération du personnel enseignant ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, le bureau confédéral de la CSN décide qu’aucun syndicat n’aura une affiliation directe à la centrale. Le SPE, le SPEQ et les nouveaux syndicats des cégeps sont concernés. Au Congrès confédéral qui suit, fin 1968, deux importantes résolutions sont votées: la mise sur pied d’une fédération du personnel enseignant ainsi qu’une modification des structures; les fédérations auront dorénavant la responsabilité de leurs salariés et salariées en lieu et place de la Confédération. Au même congrès, le président Marcel Pepin propose, dans son rapport au Congrès, d’ouvrir un deuxième front de lutte et de mettre sur pied des comités d’action politique dans les régions. Ce document d’orientation est majeur dans l’histoire de la centrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1968 représente aussi le moment de la lutte McGill français, de la crise linguistique à Saint-Léonard, de la création de l’Université du Québec, de la grève des étudiants dans plusieurs cégeps et facultés universitaires et de la naissance du Parti québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=NaissanceDeLaFNEQ&amp;diff=468</id>
		<title>NaissanceDeLaFNEQ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=NaissanceDeLaFNEQ&amp;diff=468"/>
		<updated>2021-06-08T18:00:36Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:Naissance de la FNEQ: premières luttes 1969-1981}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-07 FrontCommun1972 ForumMontreal.png|vignette|Rassemblement du Front Commun au Forum de Montréal le 7 mars 1972]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=Premières luttes=&lt;br /&gt;
Si les années 1960 sont celles du changement et de la transition au Québec, celles qui voient et qui suivent la création de la FNEQ sont marquées par l’affirmation et la revendication. Le développement accéléré et la syndicalisation des secteurs public et parapublic modifient complètement l’équilibre des forces dans la société. Les soins de santé, l’éducation, la prise de parole : tout se démocratise, les lieux d’expression se multiplient. Les syndicats y participent et en sont souvent le fer de lance. La CSN est particulièrement active.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La voix de l’éducation à la CSN, la voix de la CSN en éducation==&lt;br /&gt;
La FNEQ nait dans l’enthousiasme en septembre 1969 à Lac-Beauport, dans la région de Québec. Les trois groupes d’enseignantes et d’enseignants affiliés à la CSN (SPE-SPEQ-CEGEP) s’unissent alors pour créer la Fédération nationale des enseignants québécois (FNEQ)&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal de l’assemblée de fondation d’une fédération des enseignants à la CSN (regroupant les enseignantes et les enseignants&lt;br /&gt;
du Syndicat professionnel des Enseignants (SPE), du Syndicat des Professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et des syndicats de CEGEP affiliés au Secteur CEGEP (CSN) tenue au Manoir Saint-Castin (Lac Beauport), les 19, 20 et 21 septembre 1969.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la douzième fédération de la CSN. Ils choisissent la CSN pour être partie prenante de la lutte de tous les travailleurs du Québec, pas seulement de celle des enseignantes et des enseignants. Ils aspirent à être la voix de l’éducation à la CSN et la voix de la CSN en éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines après le Congrès de fondation, Bernard Chaput remplace Jean-Pierre Boutin, démissionnaire pour se porter candidat du [https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_qu%C3%A9b%C3%A9cois Parti québécois (PQ)] aux prochaines élections provinciales. Le conseiller juridique de la FNEQ, Robert Burns, se porte aussi candidat du PQ. Ces départs participent au débat interne sur l’indépendance de la CSN vis-à-vis des partis politiques. [https://fr.wikipedia.org/wiki/Francine_Lalonde Francine Lalonde], fervente indépendantiste, est alors présidente du secteur cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À peine un an plus tard, automne 1970, Bernard Chaput doit à son tour quitter ses fonctions alors qu’il obtient un poste de professeur à l’Université de Sherbrooke. La [https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_d%27Octobre crise d’Octobre] par l’action du [https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_lib%C3%A9ration_du_Qu%C3%A9bec Front de libération du Québec (FLQ)] empêche la réunion des instances et force M. Chaput à rester en poste jusqu’au Congrès de décembre, à la suite duquel Francine Lalonde est élue présidente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==Qu'est-ce qu’un individu isolé, dans un monde agité==&lt;br /&gt;
Vous avez […] besoin d’un syndicalisme fort, bien structuré, militant, tant pour vous affirmer et vous défendre comme salariés dans une situation souvent tumultueuse et mouvante, que pour faire peser tout le poids de votre influence professionnelle dans les grands débats culturels, pédagogiques, sociaux et politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’est-ce qu’un individu isolé, dans un monde ainsi agité, aussi changeant ? Qu’est-ce qu’un syndicat isolé ? Qu’est-ce qu’une profession qui s’isolerait, dans une conjoncture pareille ? Peu de chose ! Vous devez être à la fois syndiqués, fédérés, affiliés, appuyés sur un vaste mouvement démocratique et progressiste, pour que votre profession s’organise vraiment, pour qu’elle soit une force, pour que la bureaucratie ne puisse pas régner sur l’éducation, pour que vous ne soyez pas les jouets du pouvoir, et pour que ce soit vous qui inspiriez et défendiez les valeurs et les progrès du monde de l’éducation dans une société qui aurait tôt fait, autrement, de vous utiliser au gré de ce pouvoir. […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] Les autres travailleurs auront d’ailleurs besoin de vous, de votre réflexion, de votre formation générale, comme vous aurez besoin des leurs, différente souvent, mais aussi réelle. Vous ne faites pas partie d’une Église dogmatique. Vous faites partie d’un mouvement. Ne craignez pas d’y être à l’étroit. Le syndicalisme, à la CSN, a tendance, ce qui est précieux, à s’agrandir à la mesure des pensées&lt;br /&gt;
libres qui s’y exercent. Je ne dis pas qu’il y réussit toujours, ce serait impossible. Mais je dis que nous faisons notre possible, tous ensemble, malgré des divergences parfois très sérieuses, pour faire à la liberté la place dont elle a besoin pour rayonner et féconder ce mouvement dont on constate à maints égards que, loin de vieillir, il a heureusement tendance à rajeunir. […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;Extraits du discours de Marcel Pepin au Congrès de fondation de la FNEQ, 21 septembre 1969&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-09 FrontCommun1972 VoteGreve 09-v3.png|vignette|Le front commun vote la grève le 3 mars 1972. Au centre, Michèle Juneau, conseillère aux communications, et Géraldine Dumas, une des plus grandes responsables du succès de l’organisation devant le tableau des résultats pour la FNEQ.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==De 1969 à 1972, les secteurs sont rois et maîtres==&lt;br /&gt;
Cette première mouture de la FNEQ est extrêmement décentralisée, où les trois secteurs, SPE, SPEQ et cégeps, jouissent d’une autonomie quasi complète, chacun ayant son propre exécutif et son congrès. Les secteurs ont le pouvoir et la FNEQ agit pratiquement comme une confédération de secteurs. Les délégations au Congrès fédéral sont choisies par les secteurs. Le comité exécutif – présidence, secrétariat général et trésorerie élus en Congrès fédéral – est complété à la vice-présidence par les trois présidences de secteur. Il en est ainsi jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPEQ, fort de sa lutte de 1968, en retire un certain pouvoir, une autorité, à tout le moins du prestige : ses membres se sont battus, ont fait la grève et la prison. Mais c’est un secteur en perte de vitesse, vidé de sa substance parce que tout le côté technique et technologique – le plus important – est passé sous le contrôle des commissions scolaires, des cégeps et des universités. Ne reste plus au SPEQ que les secteurs de l’enseignement supérieur (écoles normales et École des Beaux-Arts de Québec), des conservatoires de musique et d’art dramatique, de l’enseignement professionnel (enseignement spécialisé des écoles de divers ministères) et de l’enseignement agricole (professeures et professeurs des instituts de technologie agricole). En 1969 et 1970, le syndicat est en négociation. En 1972, après la réforme des structures, le SPEQ ne s’y retrouve plus ; amoindri, il se désaffilie de la FNEQ et de la CSN.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1969, le SPE est encore un syndicat centralisé avec sections locales. Il a surtout perdu beaucoup de membres au profit de la nouvelle structure collégiale publique. En fait, on retrouve des écoles privées à la base de tous les nouveaux cégeps. Il reste quand même vigoureux grâce à ses 26 sections locales dans les collèges privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cégeps – le mot n’est pas encore dans le dictionnaire en 1969 – prennent de plus en plus de place, d’importance, par le nombre et avec ce mélange de militants d’expérience issus des collèges classiques et des écoles techniques ou spécialisées et des militants plus jeunes, souvent fraichement sortis de l’université. Ce mélange crée une dynamique, le secteur est en pleine croissance. En 1969, déjà 21 des 30 cégeps sont membres de la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;Le ???, vol. 1 no 00, novembre 1969, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette prédominance des secteurs à la Fédération perdure jusqu’en juin 1972, alors que le conseil fédéral laisse tomber un constat d’échec et propose de déplacer le pouvoir de décision vers les membres, les syndicats locaux et les instances fédérales. Un revirement complet. La réforme de 1972 remet le pouvoir à la Fédération. Le Congrès est aboli. Le pouvoir se déplace. Le conseil fédéral de mai-juin (aux deux ans) tient lieu d’assemblée générale et remplace le Congrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Art. 13 POUVOIRS&lt;br /&gt;
::Le Conseil fédéral est l’autorité suprême de la Fédération. Il détermine les grands objectifs d’éducation, d’enseignement et de négociation de la Fédération, de même que ses priorités syndicales, sociales et politiques&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Congrès FNEEQ, février 1972, p. 57.&amp;lt;/ref&amp;gt; […]&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
::Le Conseil fédéral doit se réunir au moins trois (3) fois par année dont une assemblée en mai ou juin constitue l’assemblée annuelle pour fin de constitution, cotisation, budget et affiliation. Le Conseil fédéral élit les membres du Bureau fédéral et du Comité exécutif au cours de cette assemblée, tous les deux (2) ans&amp;lt;ref&amp;gt;Id., p. 59.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Congrès établit également l’abolition des syndicats provinciaux et l’autonomie à chaque syndicat local. Le SPE est évidemment touché, mais n’entre pas dans les délais pour redonner légalement l’autonomie à toutes ses sections. C’est donc en 1975 que nous assistons à la dissolution du SPE et à l’affiliation directe des collèges privés à la FNEQ. Les syndicats d’enseignantes et d’enseignants de dix-huit collèges privés sont concernés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Plusieurs syndicats des collèges privés discutent actuellement du problème de l’affiliation et pour cause. En effet, l’accréditation des syndicats des collèges privés de la FNEQ était, jusqu’à maintenant détenue à l’échelle provinciale par le Syndicat professionnel des Enseignants (SPE), secteur dissout lors de la restructuration de la FNEQ. Dorénavant, et ce, d’ici le 30 juin 1975, chaque section devra demander et détenir sa propre accréditation pour ensuite s’affilier directement à la FNEQ. Cette opération ne constitue pas simplement un transfert de juridiction, mais représente une orientation réelle visant à ramener la décision au plan local. Chaque syndicat reconnu et autonome pourra librement décider de son affiliation. C’est un geste normal qui s’inscrit dans la grande tradition de la CSN. Le droit de décider est un droit inaliénable qui doit se situer à la base de tout regroupement. Si la situation était jusqu’ici autre, c’est dû à des raisons historiques et légales, aujourd’hui périmées&amp;lt;ref&amp;gt;« L’affiliation à la FNEQ (CSN) », Nouveau Pouvoir, vol. 6, no 3, février 1975, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===&amp;lt;u&amp;gt;NE COMPTONS QUE SUR NOS PROPRES MOYENS&amp;lt;/u&amp;gt;===&lt;br /&gt;
En 1971, un document confédéral propose le rejet du capitalisme et prône de se battre pour une société socialiste. Le document n’est jamais adopté par les instances, mais prend une place majeure dans l’histoire de la CSN à ce moment-là et depuis. Il devient une des raisons de la scission au sein de l’exécutif de la CSN et de la création de la CSD en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au même moment, la FTQ et la CEQ publient aussi des manifestes politiques très orientés à gauche : « L’État rouage de notre exploitation » (FTQ) et « L’école au service de la classe dominante » (CEQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Les négociations==&lt;br /&gt;
Le travail d’une fédération à la CSN, c’est de négocier et d’appliquer des conventions collectives. À la FNEQ, les cadres de négociation sont alors bien différents d’un secteur à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPEQ a perdu son lustre d’antan, il s’est beaucoup affaibli syndicalement, ses sections les plus militantes ayant intégré le cégep ou l’université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les collèges privés, la situation est tout autre, malgré le transfert de plusieurs d’entre eux vers le secteur public. La volonté de s’intégrer à la FNEEQ est forte, et la dissolution du SPE ne fait que renforcer l’adhésion des sections, devenues syndicats autonomes. L’autonomie des syndicats donne cependant un argument aux directions pour refuser la négociation à une table unique, comme cela s’était fait sous le SPE. Le gouvernement, qui participe au financement, l’aurait préféré, mais les collèges refusent. Le refus des syndicats des collèges privés de participer à une table commune FNEQ n’aide pas non plus. Les négociations ont donc lieu collège par collège. La difficile réalité de la négociation s’impose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux cégeps, c’est tout nouveau, tout beau : on veut déjà négocier la meilleure convention, l’ultime. La réalité même du réseau des cégeps incite à cette quête. Après une première négociation en 1969, considérée par plusieurs comme une reddition, le moral est plutôt bas, le désir de vengeance, élevé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===DANS LE SECTEUR PUBLIC===&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1971-1972&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
La CSN a créé en 1970 le comité de coordination des négociations du secteur public (CCNSP), dont font partie la FNEQ et les trois autres fédérations ayant des membres dans les secteurs public et parapublic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette coordination s’élargit lorsque, à l’invitation du président Marcel Pepin, la CSN, la FTQ et la CEQ s’unissent en front commun en janvier 1972. Un front uni devant un employeur unique. Ils obtiennent une table centrale de négociation pour les questions salariales. Les négociations des clauses normatives se font aux tables sectorielles. À la table centrale, les négociations se heurtent rapidement à l’intransigeance gouvernementale, qui refuse de négocier les demandes du front commun : salaire minimal de 100 $, indexation, sécurité d’emploi, régimes d’assurance et de retraite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-09 FrontCommun1972 VoteGreve 05.png|vignette|La couverture médiatique donne l’importance dans notre histoire de ce premier vote de grève du secteur public le 9 mars 1972. Lors de la conférence de presse annonçant les résultats, en soirée, on remarque à la table Nicole Gladu du Montréal Matin, Gisèle Tremblay du Devoir et Pierre Vennat de La Presse, trois journalistes importants à ce moment­-là pour le mouvement syndical.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour débloquer la situation, les personnes syndiquées des trois centrales se donnent rapidement un mandat de grève générale illimitée, qu’elles exercent en mars puis en avril jusqu’à ce que la loi 19 rende la grève illégale. Tout s’enclenche ensuite à grande vitesse et mène au début de mai à l’emprisonnement des présidents de la CSN, la FTQ et la CEQ pour non-respect de la loi d’exception. La révolte gagne alors les quatre coins du Québec. Le mois de mai 1972 est mouvementé : on voit le déclenchement de débrayages massifs, tant au privé qu’au public, en plus de l’occupation de quelques villes. Les enseignantes et les enseignants des cégeps y participent activement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette loi 19 est une des premières utilisées dans le secteur public 35 québécois pour contrer des mouvements de grève. Les différents gouvernements québécois, de toute allégeance, useront largement par la suite de cette arme législative dans leurs relations de travail, la loi ordonnant le retour immédiat au travail après 11 jours de grève. La négociation se termine en décembre 1972, alors que le gouvernement décrète les conditions de travail des enseignantes et des enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette période a défini le syndicalisme pratiqué à la CSN. La négociation de 1972 a d’ailleurs permis des gains appréciables, y compris pour les enseignantes et les enseignants : la mise en place d’un régime de retraite indexé, le RREGOP, l’instauration en dernière année de convention d’un salaire minimal de 100 $ par semaine pour les personnes salariées de l’État, et des hausses salariales de plus de 22 % sur 4 ans en plus de l’indexation des salaires au cout de la vie. Les enseignantes et les enseignants obtiennent aussi un régime amélioré de sécurité d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseiller syndical Guy Beaulieu, qui sera plus tard conseiller à la FNEEQ, dit de cette période : « Le mouvement syndical québécois vit des moments historiques avec la mise en place du premier front commun syndical face au gouvernement employeur. La revendication du 100 $ par semaine pour tous était la demande phare de ce front commun. Or que les enseignantes et les enseignants, des privilégiés de ce point de vue, se battent pour un tel objectif était grandiose. Nous étions crédibles dans la population. Le mouvement syndical avait un rôle de locomotive à cette époque. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la CSN implose. L’orientation politique de la centrale, le front commun, la grève dans le secteur public ainsi que les occupations de villes en mai 1972 amplifient le malaise au sein du comité exécutif, et la centrale se divise. C’est la scission. Les trois dissidents Dion, Dalpé et Daigle quittent l’exécutif et la centrale, entrainant avec eux quelques dizaines de milliers de personnes syndiquées, principalement du secteur privé. Elles se réunissent dans une nouvelle centrale, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). Dans la contestation, plusieurs syndicats de la fonction publique quittent aussi le navire pour devenir indépendants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;ATTAQUER LE DÉCRET&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
La période de transition entre les négociations de 1972 et celles de 1975 n’est pas de tout repos. Les syndicats de la FNEQ n’ont qu’une idée en tête : attaquer le décret, principalement sur la question de la participation des enseignantes et des enseignants à la vie pédagogique que le gouvernement veut limiter, sinon éliminer. Des conflits locaux éclatent au COFI de Laprairie et au cégep de Saint-Hyacinthe. Au premier conseil fédéral qui suit le décret, à la mi-février, la stratégie présentée dans le document « Les mêmes objectifs, d’autres moyens » est étudiée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« Les objectifs visés par le gouvernement et les administrations locales sont clairs : démunir les professeurs en les isolant, en les coupant de leur moyen d’organisation, le syndicat ; rendre les recours plus difficiles ; mais aussi asseoir et garantir le pouvoir et les privilèges des administrations locales. Comment ? En voulant faire du chef de département, un patron ; en constituant une commission pédagogique fantoche ; en offrant un CRT décisionnel, mais qui nous coupe de possibilités de griefs ; en faisant du comité de sélection des professeurs, un organisme patronal ; en se voulant unilatéralement maître de la classification &amp;lt;ref&amp;gt;« Les mêmes objectifs, d’autres moyens », annexe au Procès-verbal du conseil fédéral, 17 février 1973, p. 2.. »&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est cependant sur ce point de la classification des enseignantes et des enseignants que la mobilisation va se construire. En février, la Fédération n’a pas encore saisi l’ampleur de la crise de la déclassification. Elle démarre une enquête puis une autre. Le portrait se précise à la mi-mars, lorsque le gouvernement est dans l’obligation de payer la rétroactivité des salaires comme stipulé dans le décret. Pour les enseignantes et les enseignants, le salaire se calcule selon l’ancienneté et la scolarité, facteurs qui sont remis en cause pour 35 % des enseignantes et des enseignants dans la déclassification gouvernementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Commencé en 1969, le classement des enseignantes et des enseignants par comité paritaire se voit interrompu et remplacé en 1971 par un manuel de classification rédigé par la partie patronale. Le décret de décembre 1972 fait le reste du travail : le ministre seul décide à la fois de la manière de classer et du classement, sans droit de regard de l’enseignante ou de l’enseignant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une opposition au décret s’organise : peut-on accepter que les droits des enseignantes et des enseignants soient ainsi bafoués, qu’on les prive rétroactivement d’une partie parfois importante de leur salaire sans qu’ils ne puissent rien dire ? Il semble que non. Gel des cours, retenue des notes et journées d’étude se succèdent. Les syndiqués du cégep de Saint-Laurent mènent la lutte et tiennent trois mois en grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nouvelle classification dévalue à la fois les années de scolarité et les années d’expérience. Les enseignantes et les enseignants du secteur technique sont particulièrement touchés. De même, si une enseignante ou un enseignant a combiné deux années d’étude en une seule, cela compte pour une seule année de scolarité. Certaines directions de cégep sont sensibles au sort de leur personnel enseignant. Le conseil d’administration du cégep Vanier, par exemple, décide de payer cette rétroactivité salariale selon son propre classement provisoire, sans tenir compte du manuel gouvernemental. Le gouvernement réagit en gelant les fonds du cégep à la banque. Même chose au cégep de Saint-Laurent, où les enseignantes et les enseignants décident de geler les cours. Le cégep est mis en tutelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril, les syndicats de huit collèges ont gelé les cours. Une semaine plus tard, le gouvernement revient à la table de négociation et fait une proposition pour régler la rétroactivité, que les syndicats rejettent. Une semaine plus tard, 24 syndicats gèlent les cours. La retenue des notes s’ensuit, ainsi qu’une nouvelle proposition gouvernementale sur la rétroactivité et un nouveau rejet par les présidentes et présidents des syndicats. La lutte est reportée à l’automne. La session est annulée au cégep de Saint-Laurent. Pour appuyer le personnel enseignant touché, le conseil lui verse une allocation de grève de 100 $ par semaine. En aout, les négociations reprennent sur l’annulation de la session. Finalement, une entente de principe intervient en septembre, une entente satisfaisant les principales revendications de la Fédération, y compris l’absence de représailles pour les syndiqués qui ont mené l’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Mêmes objectifs, d’autres moyens était le mot d’ordre que nous lancions dès janvier 1973 lors d’une réunion de présidents. Il s’agissait alors de rendre inopérantes ::plusieurs clauses du décret concernant la participation par la cohésion syndicale dans chaque CEGEP.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La loi 19 et le décret pesaient lourd alors sur la vie syndicale. Il n’était pas facilement pensable que les professeurs soient prêts quelques mois plus tard à ::entreprendre des actions sur un point du décret. Même la réunion des présidents du 31 mars, la première portant sur la déclassification, ne permettait pas de penser ::que le mouvement pourrait reprendre. Il ne faut pas négliger ici l’impact du nouveau moyen d’action généré par l’action elle-même, au CÉGEP de Saint-Laurent : le gel ::de cours, et ce, même si le Gouvernement a annulé la session.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La déclassification a pris les professeurs de plusieurs collèges par surprise. Ils ont réagi, ont fait preuve de solidarité, en particulier, devant l’acharnement du ::ministère de l’Éducation envers le syndicat du CÉGEP de Saint-Laurent. Les réunions de présidents ont joué le rôle de comité de stratégie et ont servi à mobiliser et ::informer ceux qui ne participaient pas encore à l’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::L’entente intervenue permet d’atteindre complètement ou dans une large mesure les principaux objectifs que nous nous étions fixés lors du Conseil fédéral du 5 mai […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La meilleure façon de ne plus avoir de décret, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait pas, dans les faits, de décret. La déclassification, c’était un des articles du ::décret dont les effets étaient inacceptables. Il y en a d’autres&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 4, no 4, septembre 2013, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;AU COFI DE LAPRAIRIE&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 2, no 5, 4 octobre 1971. Le numéro complet est consacré à la situation au COFI de Laprairie.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
En 1972 et 1973, le gouvernement alimente l’insécurité dans les Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI), qu’il met en place depuis 1970. La question de l’intégration des immigrants à la culture majoritaire est alors une question de société. C’était avant la loi 101 et l’obligation de franciser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignantes et les enseignants du COFI de Laprairie s’organisent en syndicat et arrachent durement de bonnes conditions de travail après un long lockout de cinq semaines. Quelques mois plus tard, la direction ministérielle à l’Immigration ferme des classes à Laprairie pour en ouvrir dans des écoles désaffectées de la CÉCM. La moitié des enseignantes et enseignants sont immédiatement touchés et tous sont menacés de perdre leur emploi à court terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les revendications des enseignantes et des enseignants sont claires : augmenter les heures de cours de français de 20 heures à 40 heures tout en conservant les 20 heures de cours d’anglais et assurer une certaine sécurité d’emploi au personnel enseignant afin de permettre une véritable carrière de spécialistes de l’enseignement aux immigrants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Bienvenue, ministre de l’Immigration, veut de toute évidence casser le mouvement de syndicalisation dans ces centres d’intégration des immigrants. Finalement, il y a entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::[…] le conflit au COFI de Laprairie a pris fin le 20 novembre. Les professeurs et autres employés ont approuvé la convention collective signée aux conditions du ::syndicat. Du même coup, l’administration en a profité pour congédier une vingtaine d’employés non syndiqués&amp;lt;ref&amp;gt;Le Travail, vol. 48, no 18, novembre 1972, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les COFI ont été abolis en 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;AU CÉGEP DE SAINT-HYACINTHE&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 3, no 7, novembre 1972. Tout le journal est consacré au conflit au cégep de Saint-Hyacinthe.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit au campus de Saint-Hyacinthe du cégep Bourgchemin éclate autour d’une expérience de collégialité dans les services aux étudiants du campus et de la répression qui s’en est suivie. Certaines directions de cégep semblent prendre à leur compte l’attitude autoritaire du gouvernement, sur l’idée de la participation, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Début 1971, les intervenants des services aux étudiants du campus 39 de Saint-Hyacinthe entreprennent une réflexion sur la gestion de leur service. Ils réalisent que la mise en commun de leurs connaissances en atelier, quel que soit le rôle de chacun dans l’organisation, rend leur travail plus intéressant et plus efficace. Lorsque le directeur des services démissionne en juin, ils en demandent l’autogestion. La direction refuse, puis demande que l’atelier de cogestion soit démembré. Deux points agacent particulièrement la direction : l’aspect décisionnel de l’atelier et la participation du personnel de soutien. Une menace pour le pouvoir, un mauvais exemple pour la communauté collégiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Madeleine Jacques, animatrice aux activités socioculturelles, est congédiée en septembre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« L’arrêt de l’expérience et l’attitude de l’administration jusqu’à maintenant (menaces, congédiement, retenues de salaires, télégrammes et lettres exigeant une ::soumission inconditionnelle à leur idéologie) montrent sans l’ombre d’un doute que dans la conception actuelle de la démocratie, l’individu est libre de poursuivre ::ses fins et intérêts individuels sur la base des conditions générales existantes, mais qu’il n’est pas libre de poursuivre la transformation de ces conditions ::générales selon des fins et des besoins communs&amp;lt;ref&amp;gt;Madeleine JACQUES, « L’autogestion, bête noire des patrons », Nouveau Pouvoir, vol. 3, no 2, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, l’animateur à la pastorale est à son tour congédié, pour son refus de se conformer aux décisions de la direction. Le jour même, les enseignantes et les enseignants réagissent, une quarantaine d’entre eux débraient. Une soixantaine de personnes rencontrent quatre membres de la direction, les questionnant sur les raisons des deux congédiements. Revirement : ces quatre membres de la régie interne font parvenir à la direction générale une lettre demandant la poursuite de l’expérience d’autogestion et le réengagement des deux personnes congédiées, sans quoi ils démissionnent. Dans les jours qui suivent, ils déclarent avoir subi des pressions de la part de 23 enseignantes et enseignants, « les personnes agissantes », qu’ils identifient. Ces derniers sont appelés par pli recommandé à leur domicile à se présenter devant le directeur du campus. Ils y vont en groupe de 60 personnes, ceux n’ayant pas été convoqués agissant en tant que membres de leur syndicat. La direction refuse la rencontre dans ces conditions. Le conflit durera neuf semaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LE COMITÉ ÉCOLE ET SOCIÉTÉ&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité école et société, créé en 1975, est l’équipe de recherche, le laboratoire d’idées de la FNEQ, sa force diront plusieurs. Formé d’enseignantes et d’enseignants libérés de leur tâche régulière, parfois aussi peu que trois ou quatre, le comité alimente par ses recherches les grands débats qui traversent la Fédération. Dès sa création, il travaille beaucoup sur les positions de la CSN en éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière donne la mesure de l’importance du comité :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Le travail du comité école et société depuis 1975 donne une idée de tous les grands débats qui ont eu lieu à la FNEEQ. Tous les sujets discutés au comité tracent un ::portrait éloquent des oppositions et des politiques, des débats à la FNEEQ. Je ne peux pas décrire l’histoire de mon exécutif sans parler du travail du comité école, ::des 30 mémoires qu’on a déposés au gouvernement, ni à combien de commissions parlementaires nous avons participé. J’ai rencontré 12 ministres de l’Éducation durant ::mon mandat. En rendre compte serait un immense travail&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1975-1976&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nouvelle ronde de négociation des secteurs public et parapublic débute en 1975. Il y a beaucoup d’inquiétude dans les cégeps, où la mobilisation est plutôt faible. Le décret de 1972 a fait mal et de nombreuses directions de collège en profitent pour s’imposer face aux syndicats. Il y a aussi un important malaise concernant la centralisation des négociations de 1972. Il n’est pas question de répéter cette erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nouvelle structure, les 40, a été mise en place. Quarante parce qu’il y a 40 cégeps au sein de la FNEQ ayant chacun son délégué au comité de négociation. Cela crée une dynamique invraisemblable qui ouvre la négociation avec force. Plus tard, on apprendra que la partie patronale surnommait la structure « Francine Lalonde et ses 40 voleurs ». La perte d’un syndicat de cégep fait en sorte que le comité devient le comité des 39 pendant la négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les priorités de négociation à la table sectorielle : la tâche, la classification et les salaires, la participation et la reconnaissance syndicale, l’éducation aux adultes et la sécurité d’emploi. À la table centrale : les salaires, une échelle unique de classement et une réduction des écarts salariaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tâche est le dossier chaud pour les enseignantes et les enseignants. La norme 1/15 négociée en 1969 a montré ses limites, particulièrement en enseignement professionnel, où elle ne peut être appliquée de manière uniforme. Marcel Gilbert, le négociateur pour la FNEQ, qui en devient le président en juin 1976, propose diverses formules mathématiques pour susciter la discussion. La version H est choisie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon cette formule, le calcul de la tâche n’est plus basé sur une charge individuelle, mais sur une allocation de postes à chaque collège selon les inscriptions reçues. Ensuite, le collège fait la répartition selon la convention collective. Les enseignantes et les enseignants obtiennent aussi une enveloppe budgétaire protégée, qui ne peut servir qu’à eux, ce qui équivaut à un plancher d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« À chaque négociation, les syndicats doivent défendre cette enveloppe que la partie patronale voudrait « ouvrir » pour l’utiliser à d’autres fins que l’enseignement ::(équipements, immobilisations, etc.). Les syndicats doivent aussi régulièrement défendre la structure départementale et son autonomie, considérées par les professeurs ::comme des leviers essentiels de leur compétence. La première lutte en ce sens eut lieu en 1975, au moment où le Rapport Nadeau voulait remplacer les départements par ::des modules. Les professeurEs devaient être regroupéEs selon le programme (module) et non selon la discipline. Par exemple, le module de soins infirmiers devait ::regrouper les professeurEs de soins infirmiers, mais également ceux de biologie, de psychologie et de sociologie enseignant aux étudiantEs de soins ::infirmiers&amp;lt;ref&amp;gt;Flavie ACHARD, « Menaces sur l’enseignement collégial », Nouveaux cahiers du socialisme, no 8, automne 2012, p. 114.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette négociation permet une nouvelle fois au gouvernement de peaufiner son arsenal juridique comme soutien à la négociation. Des lois spéciales sont votées pour contrôler les mouvements de grève dans les services de santé (loi 61 pour mettre fin à une grève tournante de 37 jours des infirmières) et dans l’enseignement (loi 23 pour mettre fin à une grève tournante de huit jours dans les collèges et les commissions scolaires). Ces nouvelles lois spéciales ne se contentent pas de mettre fin aux débrayages, elles s’attaquent directement aux syndicats et à leurs membres : présomption de culpabilité pour les grévistes, pénalités pour les représentants syndicaux, poursuites devant les tribunaux, suspension de la formule Rand, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une mobilisation grandissante, des mouvements de grève et de débrayage, une forte présence à la table de négociation font en sorte que la présidente Francine Lalonde et son équipe arrachent une convention exemplaire, qui est toujours la base de la convention actuelle des enseignantes et des enseignants de cégep. Cette convention a été obtenue par décret, mais les technocrates et les codirections de collèges l’ont qualifiée de « décret syndical ». Vingt-trois jours de grève non consécutifs ont appuyé cet effort de négociation. Le vote d’une loi spéciale en avril 1976, la loi 23, visant à empêcher tout mouvement de grève en enseignement, a un effet mobilisateur sur les membres et leur syndicat. Son caractère excessif a relancé la mobilisation au lieu de la réprimer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-Marcel Gilbert-grey.png|vignette|Lors des négociations de 1975, Marcel Gilbert pose les premières pierres qui permettront avec le temps de mieux définir la tâche d’enseignement.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats considèrent que la loi 23 a permis de donner un second 43 souffle à la mobilisation. Plusieurs d’entre eux notent que le débat et la consultation sur la résistance à une éventuelle loi ayant été fait [sic] dès le début, les assemblées votèrent de défoncer la loi dans un climat bien différent de celui de 1972 pour la loi 19. Cette loi par trop excessive a stimulé la combativité des troupes et permis de réunir le secteur de l’éducation à celui des affaires sociales, déjà aux prises avec la loi 253 sur les services essentiels depuis janvier&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 4, Annexe 8, mai 1978, p. 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;UNE ENTREVUE AVEC FRANCINE LALONDE 20 ANS PLUS TARD&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
« Q : Avez-vous des souvenirs particuliers de la FNEQ, des souvenirs heureux de négociatrice ou de présidente ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
R : J’en ai beaucoup. En particulier, le règlement de 1976 pour les cégeps, quand j’étais enceinte jusqu’au cou. J’ai accouché le 2 juillet et le règlement s’était fait en avril. Les négociateurs patronaux s’inquiétaient pour moi, mais je les rassurais. Nous étions passés à travers la phase finale dans la nuit, après trente-six heures d’affilée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut une victoire arrachée, un extraordinaire moment pour moi, personnellement. Après l’affront des décrets de 1972, ce règlement pour les cégeps était une remise au monde. La nouvelle sécurité d’emploi qu’on avait alors obtenue allait nous permettre de faire les débats sur l’importance de la pédagogie, d’avoir une liberté d’action, de consolider nos bases. Quand on a commencé à faire du syndicalisme enseignant, on avait deux choix : soit on faisait un syndicalisme ordinaire en délaissant les questions pédagogiques, soit on tentait de faire un syndicalisme qui se sente responsable de la pédagogie. C’est fondamental, comme engagement professionnel et syndical, d’occuper le terrain de la pédagogie&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue avec Francine LALONDE, FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995, p. 13-15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==L’ENTRE DEUX==&lt;br /&gt;
À la fin des années 1970, les relations de la Fédération avec le gouvernement du Parti québécois sont, disons, partagées. D’un côté la revendication d’un pays, de l’autre la revendication syndicale. Le dilemme n’est pas nouveau. La Fédération demande à la CSN de prendre position sur la question nationale, mais certaines actions du gouvernement péquiste sont très mal reçues dans les rangs syndicaux. L’idée que l’économie va mal, qu’il faut réduire les dépenses et se serrer la ceinture est bien implantée. Les politiques d’austérité font leur apparition autant au palier fédéral qu’au provincial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 octobre 1976, le mouvement syndical canadien au complet déclenche une grève générale de 24 heures pour protester contre les lois fédérale (C-73) et provinciale (loi 64) imposant des mesures de contrôle des salaires. Ce sont 5500 des 8000 membres de la FNEQ qui participent au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-10-14 ManifestationLoiC73 20.png|vignette|Manifestation des centrales syndicales contre les mesures Trudeau (loi c­73) le 14 octobre 1976.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, le gouvernement Lévesque publie son Livre blanc sur les collèges, élaboré sans consultation auprès du milieu syndical. Un virage rondement mené, puisque dès l’année suivante, il vote les lois 24 et 25 qui modifient considérablement l’équilibre des forces dans l’enseignement collégial. La loi 24 crée le Conseil des collèges, « une sorte d’organisme de surveillance des collèges au service du MEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;», alors que la loi 25 concentre le pouvoir au Ministère et chez le ministre. Les lois adoptées, le mouvement syndical n’a que 12 jours pour préparer et présenter un mémoire au gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA CRISE DU NON-RENOUVÈLEMENT&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Les relations patronales-syndicales se basent sur le rapport de force que les deux parties établissent entre elles. La FNEQ pense avoir établi au long des années 1970 un excellent rapport de force dans son environnement : vis-à-vis les patrons et vis-à-vis les syndicats membres. Le décret « syndical » de 1976 en est une démonstration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les patrons, et plus particulièrement les directions de collège, cherchent à faire mal à la structure syndicale et à prendre l’initiative dans les négociations qui s’en viennent. Coordonnés, ils attaquent collège par collège les règles de sécurité d’emploi incluses dans la convention de 1976.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque la question se retrouve devant les instances fédérales, la majorité des syndicats refuse d’en faire une lutte commune. La suite est une série de luttes locales, avec des résolutions diverses. Plusieurs collèges sont touchés (Saint-Jérôme, Saint-Hyacinthe, Vanier, Joliette, André-Laurendeau, Saint-Laurent, Lévis-Lauzon, Trois-Rivières…). La clause 8-4.12 prévoit que toute enseignante ou tout enseignant ayant 75 % ou plus d’une tâche complète doit la compléter par des cours à l’éducation aux adultes ou autre cours. Les directions de certains collèges ne déclarent une enseignante ou un enseignant temps complet que lorsqu’il a atteint son 100 %. Les syndicats ne sont évidemment pas d’accord et soutiennent que le soin de combler le 75 % revient au collège. Et si le collège n’arrive pas à ce 100 %, il doit quand même déclarer l’enseignante ou l’enseignant concerné à temps complet et le rémunérer comme tel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant le malaise que cette lutte syndicale non coordonnée a suscité dans la Fédération, le secteur cégep – premier concerné – crée un comité d’enquête. Son rapport arrive à un constat majeur : cette épreuve de force sur la sécurité d’emploi a été un échec. Perte de confiance des membres envers la Fédération, manifestation de faiblesses devant les patrons, manque de solidarité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==TURBULENCES DEVANT==&lt;br /&gt;
En prévision de la négociation à venir, le conseil fédéral définit en 1978 un ensemble de politiques, dites fédérales, encadrant la négociation et vote une politique de ralliement. Lorsqu’une décision est prise, la minorité se rallie à la majorité. En principe, les regroupements devaient appliquer les politiques fédérales adoptées en conseil. Cela ne s’est pas révélé aussi simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christophe Auger a vécu cette négociation : « Dans la négociation de 1976, quand les 39 ou 40 décidaient, tous les syndicats se ralliaient. Autrement, il est absurde et irréaliste qu’on revendique une négociation centralisée et qu’ensuite on puisse dire dans le syndicat local : «Cela n’a pas d’importance, faites ce que vous voulez&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Christophe Auger et Pierre Léonard le 8 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fonctionnement est lourd. Certains conseils fédéraux durent jusqu’à six jours et ne se terminent qu’avec une entente sur toutes les revendications de tous les secteurs par tout le monde. La Fédération n’est jamais allée aussi loin dans la recherche de la convention collective parfaite. Lucille Beauchemin, du public, et Denis Choinière, du privé, défendent une fédération unitaire, une fédération politique plutôt que de services.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière participait aux instances : « Tout cela a eu raison de l’équipe Beauchemin, démissionnaire en février 1979. Il devenait de plus en plus difficile de garder une ligne, de maintenir les politiques fédérales, les regroupements se prononçant contre les décisions du conseil. On a assisté à une fronde des regroupements contre la Fédération. Selon eux, il y avait contradiction entre les politiques fédérales et leur application dans la convention collective. Dans une telle situation, les comités de négociation devenaient les maitres du débat et, par le fait même, prenaient le contrôle des services et des ressources. S’il y a problème entre négociation et politiques fédérales, les politiques fédérales s’appliquent&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA DÉMISSION DE L’EXÉCUTIF BEAUCHEMIN&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Dans un tel contexte, la Fédération est difficile à gouverner. Les positions semblent irréconciliables. Une ligne de fracture syndicale, qui en voisine une autre, politique, concernant la question nationale. Le Parti québécois au pouvoir prépare un référendum sur la souveraineté, mais doit se comporter en patron face à des organisations syndicales qui lui sont plutôt favorables. Et beaucoup de militantes et militants syndicaux tant à la CSN qu’à la FNEEQ sont des souverainistes qui poursuivent politiquement le même but que le PQ. Ils ne veulent pas nuire à la cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, les trois membres du comité exécutif de la Fédération démissionnent. Pierre Léonard, qui accepte de faire partie de l’exécutif suivant, a vécu la situation de près : « C’est le vide complet, on finalise le projet de convention collective, les négociations vont commencer bientôt et il n’y a personne qui veut aller à l’exécutif. Un comité intérimaire de six ou sept personnes essaie de tenir le fort, une situation vraiment difficile. Quelques-uns sont approchés et finalement décident de faire le pas. On demande à Francine Lalonde de revenir. Battue à la vice-présidence de la CSN, elle est retournée travailler au cégep. Elle accepte et forme un nouvel exécutif avec Shirley Roy et moi-même. Nous ne savions pas dans quoi nous nous embarquions, nous avons ramassé les pots cassés&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée&lt;br /&gt;
à Jacques Gauthier par Christophe Auger et Pierre Léonard le 8 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1978-FNEEQ Lucille Beauchemin 097-grey.png|vignette|Audette Landry, secrétaire générale, et Lucille Beauchemin, présidente de la FNEQ, lors d’une rencontre des exécutifs de la fédération le 25 août 1978.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est sous la présidence de Francine Lalonde qu’on ajoute un quatrième membre au comité exécutif, avec une obligation que les trois secteurs y soient représentés. Un gain pour le secteur privé. Apparaissent aussi les ateliers sectoriels, véritables ancêtres des regroupements tels qu’ils existent maintenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1980-Nadine Pirotte 2-grey.png|vignette|Rencontre des délégations des cégeps pendant la négociation de 1979­-1980. Nadine Pirotte au micro.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-10-Debrayage24Heures.19791025.1-v2.png|vignette|Débrayage de 24 heures du secteur public le 25 octobre 1979.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1979&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Pendant ce temps vient la négociation, où deux lignes s’affrontent : le premier courant affirme que beaucoup de gains ont été réalisés en 1976, le temps du peaufinage approche ; le deuxième courant désire obtenir la convention parfaite dès maintenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on ajoute à cette fracture les problèmes de gouvernance, les incompréhensions entre le public et le privé, les négociations simultanées des deux secteurs, le refus d’accès à la table centrale pour le privé, la négociation du SPUQ et le SCCUQ en pleine organisation, on peut dire que la marmite bout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 1979, le gouvernement rencontre le front commun syndical, constitué de nouveau. Les demandes syndicales concernent les salaires, le régime de retraite, les primes d’éloignement et les droits parentaux, la mise en place d’un réseau universel et gratuit de garderies et l’éducation permanente. Les enjeux liés à la sécurité d’emploi et à l’application de la clause 8-4.12 incitent à une amélioration du processus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les droits parentaux deviennent un enjeu majeur de la négociation à la table centrale. À la table sectorielle, la partie patronale cherche à renforcer ses droits de gestion et à réduire la marge de manœuvre des professeures et professeurs et de leur syndicat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Début novembre, les personnes syndiquées rejettent à 90 % les offres patronales ; un vote de grève générale illimitée, qui devrait débuter le 13 novembre, est pris à 56 %. La veille, le gouvernement vote une loi spéciale, qui suspend le droit de grève et de lockout jusqu’à la fin du mois. La loi est peu défiée. La partie syndicale est dans l’obligation de présenter les offres patronales aux assemblées générales et de procéder à un vote secret. Le front commun demande aux syndicats de défier la loi et de reporter le débrayage au 19 novembre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contrairement aux syndicats de la Fédération des affaires sociales, seulement sept syndicats de la FNEQ – pour 44 % des membres – se prononcent pour défier la loi. Des négociations intensives se poursuivent et le 19 novembre, comme voté, les syndicats des affaires sociales de la CSN sont en grève illégale. Deux jours plus tard, il y a entente à la table centrale et à la table des affaires sociales. Le projet de règlement est présenté à la FNEQ et la présidente Lalonde le déclare inacceptable. Des négociations intensives reprennent aux tables sectorielles et le comité de négociation présente aux 40, une semaine plus tard, un projet de règlement soumis aux assemblées générales comme stipulé par la loi spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La règle de la double majorité (majorité de syndicats et majorité de personnes syndiquées) n’est pas obtenue : 55 % des syndicats approuvent l’entente, mais 52 % des personnes syndiquées la rejettent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le projet rejeté, les 40 recommandent le recours à la grève générale. Un nouveau projet de règlement est déposé par la partie patronale et est aussi rejeté. Les personnes syndiquées de la FNEQ s’opposent de nouveau à la grève générale. De leur côté, les enseignantes et enseignants de la FEC-CEQ, ceux du primaire et du secondaire, les professionnels non enseignants et les employés de soutien du secteur scolaire et des cégeps sortent en grève, paralysant 22 cégeps syndiqués à la FNEQ. Cette grève durera de quelques semaines à plusieurs semaines selon les secteurs. Finalement, début mars, le comité de négociation de la FNEQ recommande l’acceptation des offres, à certaines conditions&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, no 9, mars 1980, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sortir de cette négociation, les gains syndicaux sont tangibles : congé de maternité de 20 semaines ; congé de paternité de cinq jours ; congé d’adoption de dix semaines ; congé sans traitement de deux ans après l’accouchement ; primes de disparité régionale en hausse de 60 % ; gain salarial de 42,9 % sur 4 ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut une période difficile. Pour beaucoup, la graine de la désaffiliation, qui surviendra à la fin des années 1980, était semée. Beaucoup de double discours, décalage entre ce qui se dit dans les instances et dans les syndicats, clivage entre les assemblées syndicales et la structure. Dynamique malsaine dans le fonctionnement syndical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DANS LES ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS==&lt;br /&gt;
En 1972, les établissements privés sont décrétés tout comme ceux du public, sur le normatif et le salarial. C’est la seule fois que cela se produit, puisque le gouvernement ne voudra plus s’occuper des conditions de travail, surtout pas localement. C’est surtout une indication que les conditions salariales et de travail du privé s’aligneront de plus en plus sur celles du public, ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. Les enseignantes et les enseignants du privé ont souvent eu de meilleures conditions de travail que leurs vis-à-vis du public, principalement concernant la tâche. De négociation en négociation, cet avantage de qualité, sur lequel le privé a tablé pour son recrutement, tend à diminuer sinon à disparaitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sentiment d’insatisfaction des syndicats du privé envers la Fédération grandit. Ils voient leur rapport de force diminuer et ne se sentent pas appréciés dans leur Fédération, même s’ils sont parmi les fondateurs. Ils ne sentent surtout pas que la Fédération met autant d’énergie qu’au public pour appuyer la négociation. Beaucoup choisiraient d’être membres de la CSN sans affiliation fédérale si cela avait été possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La position floue de la Fédération sur la présence du secteur privé dans l’offre en éducation ne règle rien, et irrite les membres du privé. En fait, tout le monde sait qu’elle est contre, même si elle ne l’affirme pas ainsi. En 1976, l’élection du PQ, qui s’est prononcé dans son programme pour l’abolition du secteur privé en éducation, augmente leur insécurité. Qui va les défendre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car la FNEEQ est absente du débat. Cela vient surtout de l’indifférence des syndicats de cégep à leur égard, voire de l’hostilité : pourquoi sont-ils ici ? Voici un exemple de cette indifférence : le syndicat du collège de Lévis, très militant, négocie en 1976 sans l’aide de la FNEQ. Ses membres arrachent une bonne convention, mais refusent de signer : ils attendent l’entente sur le salarial négocié par le secteur public. Ils auraient aimé faire partie des négociations du secteur public. Pour manifester leur solidarité, ils choisissent de débrayer en même temps que les syndicats de cégep. Ils demandent donc à la FNEQ de faire partie de la chaine téléphonique qui diffuse les mots d’ordre de débrayage, mais ils attendent les communications en vain. Ils se débrouillent donc seuls : chaque jour un militant se lève tôt le matin, s’informe par la radio sur les actions à venir et démarre en cas d’action la chaine téléphonique mise en place. Et ils débrayent comme les syndicats du public. Finalement, ils gagnent leur point et, encore aujourd’hui, ils ont la même échelle de salaires que le secteur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le débat sur la pertinence du secteur privé dans l’enseignement a été tenu sous le boisseau depuis la création de la FNEQ. Les positions sont ambigües, n’ont jamais été définies clairement. La parution du rapport Nadeau, qui prône un financement public égal pour le public et le privé, force la Fédération à se positionner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mandaté en 1973 pour rédiger un rapport sur l’éducation collégiale, le comité Nadeau remet son rapport en 1975. Parmi les points traités, celui du collégial privé. Le comité recommande que le public et le privé soient traités sur un même pied, à financement égal :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« À la FNEQ, le débat sur l’enseignement privé a resurgi à l’occasion de l’étude du Rapport Nadeau. Les participants à une session de travail, en mars dernier, s’opposaient au financement public des écoles privées. Ces participants étaient en majorité des membres des syndicats d’enseignants de cégep&amp;lt;ref&amp;gt;Lucille BEAUCHEMIN, « La question de l’enseignement privé », Nouveau Pouvoir, vol. 8, no 1, janvier 1977, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vis-à-vis de ses membres et de la CEQ qui prône la suppression du financement des institutions privées, la Fédération se doit d’adopter une position claire par rapport au secteur privé. Un des premiers mandats du comité école et société est alors de clarifier cette position. Un numéro complet du journal de la Fédération est consacré à la question&amp;lt;ref&amp;gt;« L’enseignement privé au Québec, droits ou privilèges ? », Nouveau Pouvoir, vol. 7, no 3, (numéro spécial), mai 1976.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après une consultation des syndicats du privé, le bureau fédéral puis le conseil prennent position dans les années 1976-1977. La Fédération favorise l’intégration du secteur privé dans le secteur public tout en protégeant les emplois des enseignantes et des enseignants qui y travaillent&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 16 au 19 juin 1977, document de travail à l’intention du conseil fédéral sur la question de l’enseignement privé, p. 125-145.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::[…] le Conseil fédéral de novembre 1977 adopte la désormais célèbre proposition en 5 points. Cette proposition a pour but l’intégration du privé au public. Il ne ::serait pas inutile de la rappeler :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::— QUE le gouvernement déclare publiques et traite comme telles les actuelles institutions privées dispensant des enseignements réguliers qui se soumettront au régime&lt;br /&gt;
::pédagogique, aux critères d’accessibilité par la clientèle scolaire et aux normes de financement du réseau public ;&lt;br /&gt;
::— QUE les institutions ne répondant pas à ces critères ne soient plus subventionnées par l’État ; &lt;br /&gt;
::— QUE les employés des actuelles institutions privées soient donc intégrés au réseau public avec leur unité d’accréditation et, par conséquent, les garanties ::syndicales nécessaires (expérience, ancienneté, classement, sécurité d’emploi, etc.) ;&lt;br /&gt;
::— QUE le gouvernement révise ses politiques de formation des nouveaux maîtres de manière à rendre possible l’intégration du personnel en place sans provoquer de&lt;br /&gt;
::coûts additionnels ;&lt;br /&gt;
::— QUE la FNEQ dénonce : a) la fermeture d’écoles publiques lorsque ce n’est pas strictement nécessaire ; b) la fermeture d’une école publique tant qu’existe une école ::privée dans cette région ; c) l’ouverture de nouvelles écoles privées.&amp;lt;ref&amp;gt; « Les syndicats du privé dans la Fédération », Interaction, 11 novembre 1978, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, enseignant au Petit Séminaire de Québec, a participé aux discussions : « L’éducation, selon la décision, est un service public et on doit abolir les écoles privées sans que cela se fasse sur le dos des personnes qui y travaillent. Donc vous nous intégrez. C’est une position forte. Les assemblées ont approuvé cette position. Cela favorisait même notre rapport de force dans la négociation : si ça ne va pas, on demande l’intégration&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis&lt;br /&gt;
Choinière, Pierre Patry, Ronald Cameron et Jean Murdock le 29 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette politique de la FNEQ sur le secteur privé – on négocie un financement correct et on les intègre dans le secteur public – n’a vu sa réalisation que dans quatre collèges : le Petit Séminaire de Saint-Georges, qui devient le cégep Beauce-Appalaches (1990) ; le Collège Marie-Victorin, qui devient le cégep Marie-Victorin (1993) ; l’École de musique Sainte-Croix, qui est intégrée au cégep de Saint-Laurent (1997) et le Collège de l’Assomption, qui est intégré au cégep régional de Lanaudière (1998).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette politique fédérale ne sera révisée qu’en 2015.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=Les négociations=&lt;br /&gt;
Quand le Syndicat professionnel des enseignants (SPE) est aboli entre 1972 et 1976, au fil de la transformation des sections locales en syndicats autonomes, les employeurs se déclarent libérés de l’obligation de négociation provinciale. Effectivement, les négociations qui suivent se font collège par collège. Pour plusieurs, les syndicats du privé et la Fédération ont eu tort de ne pas défendre à ce moment-là la négociation provinciale. Le privé est donc confronté à des négociations locales difficiles et fait même face à des grèves importantes au Petit Séminaire de Québec ainsi qu’au Collège Notre-Dame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DES CONFLITS MARQUANTS DANS DEUX ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS==&lt;br /&gt;
Les membres du Syndicat des enseignants du Petit Séminaire de Québec ont fait la grève en 1975 pour obtenir une convention collective satisfaisante. Les 57 enseignantes et enseignants laïques qui y travaillent, au secondaire comme au collégial, y assurent la grande majorité des charges de cours. Après plusieurs mois de négociation infructueuse et de moyens de pression divers, les enseignantes et les enseignants déclenchent la grève le 24 janvier après l’avoir votée à 95 %. Au cœur du litige : les salaires et les avantages sociaux ainsi que la sécurité d’emploi et la charge de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde, alors présidente de la FNEQ, donne la mesure du conflit dans le journal de la Fédération :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi parler de la grève du Séminaire de Québec ? Parce que cette institution résume peut-être de diverses manières les problèmes et les attitudes retrouvés dans l’ensemble du réseau et que de ce fait, ce conflit met en lumière la nécessité  de ne pas sous-estimer la résistance patronale vis-à-vis les revendications syndicales. S’il y a grève au Séminaire de Québec, c’est que quelque chose a changé tant chez tes syndiqués que chez les employeurs des institutions privées. Si cette grève dure si longtemps, c’est que ces changements n’iront pas sans heurter des habitudes et des mentalités. En ceci, la grève au Séminaire mérite une analyse afin d’en tirer des leçons, là comme ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Francine LALONDE, « Quelque chose a changé », Nouveau Pouvoir, vol. 6, no 2, février 1975, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;AU COLLÈGE NOTRE-DAME&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
La négociation au Collège Notre-Dame (CND) se déroule autrement. La congrégation des frères de Sainte-Croix, propriétaires du Collège Notre-Dame et de l’Oratoire, tente un coup de force. Sous la gouverne du frère Bastien, franchement anti-CSN, antisyndicale, antisocialiste, la congrégation donne du poing sur la table et se distingue. Le collège participe à une négociation regroupée avec sept autres collèges. Leurs huit syndicats d’enseignantes et d’enseignants remportent cette table unique de négociation (le Collège Jean-de-Brébeuf, le Séminaire de Saint-Hyacinthe, le Séminaire de Joliette, le Séminaire Saint-François de Cap-Rouge, le Séminaire des Salésiens (Sherbrooke), le Séminaire Saint-Georges-de-Beauce et le Collège Notre-Dame). Alors que les négociations communes sont entreprises depuis mai 1975, qu’elles progressent plus que lentement, voilà qu’en novembre la partie patronale dissout la table de négociation et renvoie le tout au niveau local. Le syndicat du CND ne l’entend pas ainsi et tient un vote de grève. Les négociations reprennent au niveau local, difficilement, jusqu’au 18 décembre, où le syndicat rejette les offres patronales en assemblée générale et renouvèle son vote de grève au moment jugé opportun. Informée, la partie patronale déclenche le lockout dès le lendemain, à la veille du congé des Fêtes. Ce lockout ne touche que les 34 professeures et professeurs syndiqués du Collège, les privant ainsi de leur paye de vacances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lockout est levé le 3 janvier, mais le 5 janvier les professeures et professeurs ne rentrent pas au travail, aucune condition de retour au travail n’ayant été négociée. C’est la grève. Malgré cela, le collège reste ouvert au moyen d’une restructuration des groupes-cours et des horaires et d’une vaste entreprise de communication de la partie patronale vers les parents d’élèves. Dans le but de faire croire que rien n’a changé, que tout se passe pour le mieux. Neuf étudiants, qui se sont informés de la situation auprès du syndicat, sont mis à la porte. La grève se termine le 3 mars.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde en parle ainsi dans son rapport au conseil fédéral du 5 mars 1976 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Il faut souligner avec force que malgré toutes les difficultés rencontrées et la détermination des frères de Sainte-Croix forts de l’appui de l’Association des ::Institutions de l’Enseignement privé de casser le syndicat, les professeurs du Collège Notre-Dame pourront rentrer au travail la tête haute lundi matin. Il y a, bien ::sûr, entre le projet de convention et la convention, un écart important, mais des gains certains laissent loin derrière le décret, et ce, à plusieurs égards. L’appui ::certain que nous avons apporté, en tant que fédération, a été lent à s’organiser – il a fallu compter avec le rodage des structures d’appui des cégeps et le retour ::tardif à la session d’hiver des professeurs de cégep – mais il y a certes un autre facteur qui a joué, et c’est l’enseignement privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Il y a des professeurs de collèges privés qui s’identifient au système d’enseignement privé, comme des travailleurs d’autres secteurs à leur usine par exemple, mais ::avec, en plus, le rôle d’intellectuels de service. C’est une constatation qu’il faut faire. Il y a aussi des professeurs de cégeps [sic] et d’universités [sic] qui ::identifient les professeurs des collèges privés à l’enseignement privé. Quand les syndicats des collèges privés seront tous combattifs comme quelques-uns qui ont fait ::leurs preuves, l’enseignement privé ne sera plus ce havre à l’abri des conflits syndicaux où tout se passe comme il y a 20 ans. Les conditions de lutte sont plus ::difficiles pour les syndicats des collèges privés : ils sont petits, très près des patrons – qui-agissent-en-propriétaires-paternalistes – et constamment menacés de ::fermeture du collège. Lors de la prochaine ronde de négociation, il faudra établir une coordination plus étroite entre les négociations des collèges privés, des ::cégeps et, souhaitons-le, de l’Université du Québec&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 5 et 6 mars 1976, annexe 2, p. 2-3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1979&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Neuf des 16 syndicats que compte la FNEQ dans les établissements privés veulent une négociation commune, un comité de négociation unique. Ils aimeraient une table provinciale où tous les patrons seraient réunis. De plus, ils revendiquent leur place au front commun, aux côtés des enseignantes et des enseignants des cégeps, dont ils partagent les objectifs&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, no 2, 27 aout 1979.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs points de leurs conventions se ressemblent d’un collège à l’autre, mais ils recherchent une harmonisation plus poussée des conditions de travail dans les établissements concernés. Surtout, ils recherchent un mécanisme de sécurité d’emploi comme celui des cégeps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’esprit de collaboration – ou le rapport de force – qui existait au temps du SPE semble avoir disparu. Une négociation commune n’est plus à l’ordre du jour chez les patrons, qui rejettent la table provinciale à la faveur de négociations locales. Ils y ajoutent pour un temps le refus de libérer le comité de négociation syndical&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, 21 janvier 1979, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le public comme dans le privé, les syndicats n’arrivent pas à faire libérer leurs comités de négociation. Simplement de la mauvaise foi, une volonté d’exacerber la situation, de faire perdre du temps à la partie syndicale. Un affrontement éclate au Collège de Rosemont, où la direction refuse de réengager un professeur de philosophie, au mépris de la recommandation majoritaire du comité de sélection de ce département. La décision relève de la discrimination politique, la direction disant que ce professeur avait appuyé la grève étudiante lors de la session précédente et y avait même participé en présidant des assemblées générales. Le bras de fer dure une dizaine de jours et, finalement, le Collège réengage le professeur, « compte tenu des plus grandes difficultés appréhendées suite à la décision de votre A.G. [sic ]&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8, février 1979, p. 2&amp;lt;/ref&amp;gt;.» L’assemblée syndicale avait décidé de faire connaitre sur plusieurs tribunes la discrimination politique exercée par la direction du cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les comités de négociation syndicaux libérés, chaque collège mène sa négociation de son côté, ce qui n’empêche pas la coordination. Tous sont partis sur la base des politiques fédérales décidées en conseil. Certains syndicats, dont celui du Séminaire de Saint-Georges de Beauce, arrachent une convention pratiquement identique à celle développée en conseil fédéral, exception faite du chapitre sur la sécurité d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Syndicat des moniteurs en conduite automobile&lt;br /&gt;
Ce nouveau syndicat accrédité depuis juillet 1979, rencontre toutes les difficultés imaginables que peut rencontrer un nouveau syndicat que le patron veuf [sic] absolument pas voir s’installer dans sa boîte: congédiement pour activités syndicales, tentatives pour marauder à l’aide d’un syndicat de boutique, tentatives pour faire démissionner des membres en leur promettant la concession de nouvelles franchises, non-prélèvement des cotisations syndicales, lenteurs indues pour déposer les propositions patronales (qui ne respectent même pas les conditions minimales de travail prévues à la Loi). Certaines des sections de ce syndicat (celles regroupant les écoles de conduite Lauzon ) ont déclenché une grève de 3 semaines durant l’été et ont dû y mettre fin suite à une nouvelle procédure de contestation de leur accréditation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nouveau Pouvoir, vol. 10, no 1, octobre 1980, p. 4&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l'Université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Syndicat des Professeurs de L’Université du Québec (SPUC) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Université du Québec est instituée en 1968 et son campus montréalais, l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ouvre ses portes en 1969. Dès l’ouverture, des professeures et professeurs s’organisent en association, qui est rejetée, puis en syndicat. Le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec (SPUQ) est créé en 1970, s’affilie à la FNEEQ et à la CSN, et est accrédité en 1971. Il est le premier syndicat de professeures et professeurs d’université à s’affilier à une centrale ouvrière. En 2019, il est toujours membre de la CSN, mais a quitté la FNEEQ pour la Fédération des professionnèles (FP-CSN) en 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-SPUQ Greve 1976 1-v2.png|vignette|Ligne de piquetage lors de la grève de 1977.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès leur première négociation à l’automne 1971, les professeures et professeurs tiennent une grève de deux semaines et demie, prolongée de trois jours après l’entente afin que l’Université donne un plein salaire aux employés de soutien qui n’avaient pas traversé leurs lignes de piquetage. Ils obtiennent la permanence des enseignantes et des enseignants ainsi que l’autonomie départementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPUQ joue un rôle déterminant dans la formation, en 1973, du Comité de liaison intersyndical de l’Université du Québec (CLIUQ), une instance de concertation pour les syndicats de professeures et professeurs des différentes constituantes de l’Université du Québec. Louis Gill, professeur d’économie à l’UQAM et membre du SPUQ, nous raconte: « À l’initiative du CLIUQ, un comité de coordination des négociations dans le secteur universitaire (CCNSU) a vu le jour en 1975, réunissant les syndicats de professeurs des constituantes de Montréal, Trois-Rivières et Rimouski, alors affiliés à la CSN, et les syndicats de professeurs de la constituante de Chicoutimi, de l’INRS et du Centre universitaire de l’Ouest québécois (CEUOQ), alors affiliés à la CEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Louis Gill, « Vingt-cinq années de syndicalisme universitaire 1971-1996 », 25 ans de&lt;br /&gt;
syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p. 48&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-SPUQ Greve 1976 2.png|vignette|En 1977, le SPUQ fait la grève pendant 123 jours, tenant tête à l'Université qui s'attaque à l'autonomie départementale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1977, le SPUQ fera une autre grève, plus dure celle-là, qui durera 123 jours. La préservation des salaires des employées et employés de soutien sera encore un enjeu dans le règlement, et un gain comme en 1971. Jean-Marc Piotte nous raconte : « Le siège social – l’Université du Québec – voulait casser le syndicat. On a gagné, mais ce fut difficile. Les profs de Science de la gestion continuaient de donner leurs cours dans d’autres locaux, avec salaires. Cela est ensuite devenu impossible avec la loi anti-scabs que notre grève a concouru à créer. Une grève très dure avec comme enjeu le contrôle de la commission des études. Nous y avions la majorité, que nous avons perdue avec l’ajout des chargées et chargés de cours et des étudiantes et étudiants&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean-Marc Piotte le 18 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. » L’assemblée départementale, composée uniquement de professeures et professeurs, conserve l’approbation du choix des nouveaux profs. Sur les autres sujets, ses décisions doivent être entérinés par la commission des études. Il revient aussi à l’assemblée générale du syndicat de désigner les délégations professorales aux instances universitaires. Ce contrôle échappe ainsi à la direction de l’Université, qui le revendiquait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce conflit marque un jalon important dans l’histoire de l’Université du	Québec, comme l’écrit Simone Landry, présidente du SPUQ de 1993 à 1997, dans le document syndical du 25e : « […] la plus grande offensive des années soixante-dix contre la démocratie universitaire dans le réseau de l’UQ se retrouve dans le projet de réforme du président Robert Després, adopté par l’Assemblée des gouverneurs le 26 juin 1974. Cette réforme centralisatrice visait à transformer en profondeur l’Université du Québec et l’ensemble de ses constituantes. […] Une grève de quatre mois à l’UQAM, en 1976 et 1977, événement mythique dans l’histoire de notre syndicat, eut raison de cet effort inouï pour détruire l’autonomie des universités en même temps que la démocratie universitaire. À l’UQAM, ce fut le dernier grand affrontement sur ces principes fondamentaux, qui furent maintenus dans les conventions collectives subséquentes&amp;lt;ref&amp;gt;Simone Landry, « Démocratie et syndicalisme universitaires en contexte de décroissance économique », 25 ans de syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p. 34&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit du SPUQ suscite de nombreux appuis de syndicats, fédérations et centrales syndicales, de personnalités du monde des arts, des sciences et des médias, et du monde universitaire. Le SPUQ bénéficie également à l’interne de l’appui du SEUQAM, du SCCUQ et de l’AGEUQAM&amp;lt;ref&amp;gt;SPUQ, « Historique du syndicat », Qui sommes-nous ?, [en ligne]. [spuq.uqam.ca/ profil/ historique/ faits_ marquants/] (page consultée le 10 juin 2019)&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fortes tensions au sein du SPUQ. À l’assemblée générale statutaire du printemps 1979, pour la première fois dans l’histoire du syndicat, deux équipes complètes sont candidates à la direction du syndicat, l’une incarnant la continuité militante du syndicat, jusque-là en contrôle; l’autre plus modérée, voire conservatrice, qui l’emporte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1970, dans les Universités, les syndicats de professeures et professeurs et de chercheuses et chercheurs suivants sont affiliés à la FNEQ-CSN :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Chercheurs de l’Université du Québec (SCUQ), qui représente les employés des groupes bureau, métier et service, aide technique, professionnel et technique de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Le SCUQ comprend plus de deux cents membres répartis dans quatre centres de recherche ainsi qu’à l’administration générale. Il sera affilié à la FESP après avoir quitté la FNEQ ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Professeurs de l’Université du Québec (SPUQ) à l’UQAM ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Professeurs de l’Université du Québec à l’UQTR, Trois-Rivières ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec à l’UQAR, Rimouski, affilié en 1976.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre mois à peine après la création du Centre d’études universitaires de Rimouski, premier nom de l’UQAR, une association de professeurs et de professeures se crée en novembre 1969. Ce regroupement se transforme en syndicat professionnel l’automne suivant, puis devient un syndicat accrédité en février 1973.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1974-1975, un mouvement de centralisation des pouvoirs patronaux entre les mains de la direction de l’Université du Québec, à l’initiative du président Robert Després, incite les membres du SPPUQAR à s’affilier à la CSN en mars 1976, où se trouvent déjà nos collègues de l’UQAM (SPUQ). Le premier résultat tangible de ce mouvement est l’obtention, en 1977, d’une nouvelle convention collective, mais celle-là modelée sur celle du SPUQ et dont l’armature essentielle subsiste encore aujourd’hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la deuxième partie des années 1980, un sentiment de malaise croissant est ressenti par les membres du SPPUQAR à l’égard de la CSN et ils décident de se désaffilier de la centrale en octobre 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les Chargées et Chargés de Cours ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire des chargées et chargés de cours à la FNEEQ est exceptionnelle. Avant leur syndicalisation, ces travailleuses et ces travailleurs sont carrément le lumpenprolétariat de l’enseignement à l’université. Ils sont précaires, mal payés, mais éduqués. Leur niveau de frustration très élevé leur donne la force de se regrouper et d’innover. Il n’est pas exagéré de dire que les conditions de travail des chargées et chargés de cours au Québec sont aujourd’hui les meilleures en Amérique du Nord dans cette catégorie d’emploi. Un modèle, initié par les chargées et chargés de cours de l’UQAM dans les années 1970. Le choix était simple: soit on répartissait la misère, soit on s’attaquait à la précarité pour en arriver à avoir un travail intéressant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précaires et sans protection, les chargées et chargés de cours de l’UQAM des années 1970 y donnent la moitié des cours au premier cycle. Ils sont dans une position ambigüe : le SPUQ aimerait bien avoir une section « chargées et chargés de cours», mais ces derniers craignent de se retrouver dans le même syndicat que leurs « patrons ». Après un bref regroupement des chargés de cours (RCC), le SCCUQ demande son accréditation en décembre 1976, en pleine grève du SPUQ. Il est accrédité 14 mois plus tard, en février 1978.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les relations SPUQ et SCCUQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis Gill : « Dès 1972, s’est développé à l’UQAM un mouvement de syndicalisation des chargés de cours. Le SPUQ, qui a appuyé ce mouvement dès le départ, favorisait cette syndicalisation dans le cadre d’une section du SPUQ. L’équipe qui s’est emparée du projet au moment de la grève de 1976-1977 a plutôt opté pour la formation d’un syndicat indépendant. Déjà tendus au moment de cette formation, les rapports entre le SPUQ et le SCCUQ se sont considérablement détériorés, plus particulièrement au cours de la première grève que le SCCUQ a menée en 1979. Ces rapports se sont améliorés par la suite pour s’envenimer de nouveau en 1987 au cours de la deuxième grève du SCCUQ. Dans un climat beaucoup plus serein aujourd’hui subsistent néanmoins des germes de tension. Ceux-ci tiennent à des conceptions fondamentalement différentes, voire diamétralement opposées, de l’enseignement universitaire et de ses liens essentiels avec la recherche&amp;lt;ref&amp;gt;Louis Gill, « Vingt-cinq années de syndicalisme universitaire 1971-1996 », 25 ans de syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p.  47-48&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-04-SCCUQ Viree 26041979-v2.png|vignette|Les chargées et chargés de cours de l'UQAM reçoivent l'appui des autres syndicats de l'Université lors de leur grève de 1979.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, alors que le SCCUQ négocie sa première convention collective, chargées et chargés de cours ainsi que professeures et professeurs s’entendent sur un protocole d’harmonisation de leurs conventions collectives. Cette première négociation du SCCUQ, marquée par une grève de deux mois à la session d’hiver, se soldera par une première convention collective de haut niveau, même si imposée par voie d’arbitrage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et les chargés de cours de l’Université de Montréal s’organisent à compter de l’été 1978. Insatisfaits de leurs conditions de travail et de l’indifférence du syndicat des professeurs (SGPUM) à leur égard, une quarantaine de chargées et chargés de cours mettent sur pied un syndicat et entreprennent une campagne de signatures de cartes. Ils vont mettre huit ans avant de négocier une première convention !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève des permanents de la CSN ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1980, un événement exceptionnel se produit dans l’univers de la CSN: les permanents – c’est ainsi qu’on nommait alors les conseillers et les employés de soutien – se mettent en grève. Il y a incompréhension entre les employés et la partie confédérale sur la question du pouvoir. Les uns désirent plus d’autonomie dans leur travail, privilégient le travail d’équipe et la coordination, alors que les autres craignent de perdre le contrôle. Une histoire qui pourrait ressembler à ce qui s’est passé dans les années 1970 dans les cégeps. Ce n’est donc pas surprenant que la FNEQ ait joué un rôle important dans la résolution du conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Comité école et société ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Le laboratoire d’idées de la Fédération =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sixième année d’existence de la FNEQ (1974-1975) se déroule dans un climat social et syndical tendu, voire explosif: le taux annuel d’inflation dépasse les 10 %, le deuxième front commun a été formé de peine et de misère sous fond de tensions et de luttes intersyndicales (notamment dans les chantiers de construction à la Baie-James et au futur stade olympique), la lutte pour la défense de la langue française continue à prendre de l’ampleur&amp;lt;ref&amp;gt;En juillet 1974, le gouvernement libéral de Robert Bourassa fait adopter le controversé projet de loi 22 qui fait du français la seule langue officielle au Québec. Au cours de l’année, le Conseil fédéral de la FNEQ recommande aux comités exécutifs syndicaux de soumettre au vote de leur assemblée générale la recommandation suivante : « le Syndicat des professeurs recommande à ses membres d’exiger désormais de leurs fournisseurs l’emploi de la langue française, dans les factures que ces derniers leur adressent.» procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt; malgré des avancées récentes, des conflits de travail surgissent dans tous les domaines et l’essoufflement de l’élan de la Révolution tranquille se constate de plus en plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas moins de quinze nouveaux syndicats s’étant affiliés à la FNEQ durant l’année&amp;lt;ref&amp;gt;Les syndicats des établissements suivants : Cégep Ahuntsic, Cégep Champlain-St.Lawrence, Collège Jean-de-Brébeuf (collégial et secondaire), Collège de Lévis, Séminaire Saint-Georges, Collège Sainte-Anne de la Pocatière, Séminaire Saint-François, Séminaire Salésien, Séminaire de Joliette, Collège Saint-Damien, Collège Notre-Dame, Séminaire de Chicoutimi, Séminaire de Saint-Hyacinthe, Collège du Lac-Saint-Jean (Alma)&amp;lt;/ref&amp;gt;, on devine que les besoins entourant cette forte croissance sont imposants. Le rapport du vice-président, Guy Demers, fait état de la profusion des mandats donnés par les conseils fédéraux et de la difficulté de les remplir tous, notamment par manque de disponibilité des membres des comités ad hoc de la Fédération et du trop grand nombre de réunions auxquelles doivent assister les membres du comité exécutif. Il termine sa présentation par un cri du cœur : « Moins mais mieux&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt;! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De toute évidence, la Fédération a un urgent besoin de renforts. Lors du conseil fédéral de juin, un sous-comité du bureau fédéral recommande que la FNEQ se dote d’un comité sur l’école et la société qui mènerait deux types de recherche : l’une, à court terme, pour procéder à une analyse détaillée des rapports sur l’éducation publiés récemment par différents organismes&amp;lt;ref&amp;gt;On fait allusion, plus spécifiquement, au rapport du comité de liaison enseignement supérieur – enseignement collégial (CLESEC) paru en janvier 1975, ainsi que le rapport Nadeau du Conseil supérieur de l’éducation paru en juillet 1975, dont les conclusions menacent tous deux la sécurité d’emploi des enseignantes et des enseignants&amp;lt;/ref&amp;gt; ; la seconde, à moyen terme, dont l’objectif serait de « former une équipe qui aurait comme tâche d’expliciter la politique de la FNEQ en matière d’éducation dans une perspective socialiste, préparant les futurs travailleurs et travailleuses à avoir prise sur la société dans laquelle ils vivent et ils vont vivre&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le coup d’envoi du Comité école et société, le tout premier comité permanent créé par la FNEQ. À l’origine, il est constitué de deux personnes militantes, libérées partiellement de leurs fonctions d’enseignement, ainsi que du vice-président ou de la vice-présidente de la Fédération. Le conseil fédéral adopte, l’année suivante, un budget annuel récurrent pour en assurer la pérennité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une orientation politique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que la création de ce comité s’inscrit résolument dans l’optique d’un élargissement des fronts de résistance de la Fédération. Il s’agit d’un geste syndical significatif et audacieux qui transcende la défense traditionnelle des intérêts immédiats, tels que les conditions de travail et les salaires. Le comité école et société est conçu comme un véhicule du deuxième front ; Guy Demers assure que « c’est la seule façon de stopper l’asservissement de plus en plus marqué de l’enseignement aux impératifs de la division sociale et de l’entreprise privée au détriment de la démocratie, de la culture, de la critique&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, août 1976&amp;lt;/ref&amp;gt; ». La Fédération a fait le choix délibéré de miser sur l’expertise terrain de celles et ceux qui œuvrent dans le milieu. En résulte une lecture engagée et toujours actualisée des débats du monde de l’enseignement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès les débuts, on demande au comité école et société de centrer son action autour de deux missions complémentaires : la réflexion et l’orientation. Il pose son regard sur l’actualité québécoise, tout en s’inspirant des courants de pensée sur l’éducation à travers le monde afin de renseigner les membres et d’éclairer leurs débats pour que la Fédération prenne des positions sur les enjeux qui touchent le monde de l’éducation. Jusqu’à ce jour, le comité est resté fidèle à son engagement politique et à ses mandats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une bibliothèque vivante ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La publication de mémoires, d’avis et de documents de référence constitue le mode principal de diffusion des idées du comité école et société. Au cours des années, suivant l’actualité, le comité a proposé quantité d’analyses sur des sujets très variés. Pour donner une idée de l’ampleur de ses travaux, le tableau suivant dresse une liste non exhaustive des sujets abordés par le comité école et société au cours des quatre décennies de son existence :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1975-1985 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation professionnelle – Réforme de l’enseignement collégial – Nouveau programme pédagogique au secondaire – Changements technologiques – Rôle de l’école publique – Éducation des adultes –	Plateforme de pédagogie progressiste – Modes d’évaluation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1985-1995 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Privatisation des services publics en éducation – Plateforme CSN en éducation – Impact du libre-échange – Autonomie professionnelle – Précarisation de l’emploi – Dossier sur l’école privée – Modifications aux lois – Financement des universités&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1995-2005 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Populations étudiantes diversifiées – Relève enseignante – Harmonisation interordres – États généraux sur l’éducation – Nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) – Formation professionnelle et technique – Réforme de l’éducation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 2005 à aujourd’hui ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bilan de la réforme – Évaluation de l’enseignement – Financement de l’école privée – Enseignement de l’histoire – Internationalisation&lt;br /&gt;
– États généraux de l’enseignement supérieur – Violences à caractère sexuel – Formation des maîtres – Téléenseignement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’à la fin des années 1980, le comité école et société organisait des « sessions », environ deux fois par année, afin d’assurer la diffusion des idées et de nourrir sa réflexion au contact des membres de la Fédération. Lors de ces rencontres, les représentants et représentantes des comités école et société locaux étaient invités à partager leur expérience, à étudier des documents de travail sur des enjeux collectifs et à proposer des pistes permettant éventuellement de baliser les positions de la Fédération. La formule a été renouvelée à partir des années 2000 avec la préparation ponctuelle de formations ou de tournées du comité afin de rejoindre les membres des syndicats, notamment dans les régions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir de 2007, le comité école et société choisit d’ajouter une autre corde à son arc en publiant régulièrement des chroniques. La brièveté de ce format lui permet de faire un compte rendu de ses travaux, mais aussi de cibler des sujets qui marquent l’actualité du monde de l’éducation ici et ailleurs : décrochage scolaire, plateformes électorales des partis, comptes rendus de colloques, finances publiques, etc. Souvent reprises dans les journaux syndicaux locaux, ces chroniques marquent les moments forts des quinze dernières années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour terminer ce portrait du comité école et société, laissons la parole à ses rédacteurs et rédactrices. Même s’il n’est pas facile de faire un choix parmi les 85 chroniques, nous proposons d’abord la lecture de la toute première, qui porte sur la libéralisation du commerce international (dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS)) et ses impacts, notamment, sur le secteur de l’éducation. Il s’agit d’une question récurrente abordée par le comité. La chronique sur la mobilisation étudiante du printemps érable, écrite en mai 2012, nous semble un véritable incontournable, car elle montre la portée sociale et politique de cet événement tout en témoignant de l’effervescence de cette période. Enfin, nous avons choisi de partager la chronique du comité publiée à la veille de la première rencontre des États généraux de l’enseignement supérieur à Québec, car elle présente à la fois les enjeux et l’ampleur de cet événement. Ces chroniques, publiées à cinq années d’intervalle, donnent le pouls de l’actualité de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 1 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résistance contre l’AGCS ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les nouvelles stratégies ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Septembre 2006 – la suspension des négociations du cycle de Doha à l’organisation mondiale du commerce (OMC), en juillet 2006, n’a pas sou­ levé une grande attention médiatique. pourtant, cet événement aura des conséquences majeures sur les populations des 149 pays membres de cette grande organisation, qui a comme objectif de libéraliser le com­merce international.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons les faits. Le cycle de Doha, appelé fallacieusement « cycle du développement », proposait principalement l’élimination des subventions et des barrières tarifaires dans le domaine de l’agriculture, la réduction des tarifs douaniers pour les produits non agricoles et une libéralisation des services suite à une complexe opération de marchandage, à travers laquelle les pays demanderaient la soumission de certains secteurs – tels éducation, eau, poste et courrier, télécommunications, etc. – aux règles de la concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’arrêt des négociations a eu comme conséquence de paralyser l’en­semble de l’OMC. Ainsi était-­il prévu, dans le cadre de l’AGCS, de s’attaquer aux réglementations intérieures, normes, qualifications, standards pouvant être vus comme des « obstacles au commerce ». Ces lois pour­raient être soumises à des « tests de nécessité », forçant les pays à les défendre devant des panels d’experts à l’OMC. subissant les contre­ coups de l’échec du cycle de Doha, ces négociations semblent elles aussi stoppées. Mais l’OMC n’a jamais cessé de nous réserver des surprises : à tout moment, les négociations peuvent reprendre. Plusieurs pays ont exprimé la volonté que soit relancé le cycle de Doha et de nombreux négociateurs s’activent dans l’ombre pour remettre l’OMC sur ses rails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur de l’éducation – entre autres par la voie de l’internationale de l’éducation – a manifesté à plusieurs reprises son désaccord avec les politiques de l’OMC et avec la façon dont on considère l’éducation dans l’accord général sur le commerce des services (AGCS). Selon de nombreux intervenants, ce secteur ne doit pas se plier aux lois de l’offre et de la demande ; il doit éviter une marchandisation généralisée qui empê­cherait de rendre l’école accessible à tous, qui la rendrait servile aux besoins du marché et accorderait une importance démesurée au critère de rentabilité. Pourtant, plusieurs pays ont affirmé leur volonté de libé­raliser leur secteur de l’éducation dans les négociations reliées au cycle de Doha. Suite au dernier sommet de l’OMC, qui a eu lieu à Hong Kong en décembre 2005, un groupe de pays, dirigé par la Nouvelle­Zélande, a adressé des demandes de libéralisation qui concernent, entre autres, l’éducation supérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des pays tels que l’Inde et le Canada défendent ce qu’on appelle, dans le jargon de l’OMC, le « mode 4 ». Ce « mode » permettrait, dans le secteur de l’éducation par exemple, l’exportation d’enseignants pour un temps limité. Les conditions de travail de ces enseignants se rapprocheraient de celles du pays d’origine, et non pas de celles du pays d’accueil. Ceci provo­querait une inquiétante concurrence entre les travailleurs et aurait comme conséquence de dégrader de façon considérable les conditions d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du temps pour résister, revoir ses stratégies ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc considérer la suspension des négociations comme une excellente nouvelle. Plusieurs opposants à l’AGCS étaient déconcertés par les pas de géant avec lesquels l’OMC avançait. Comment pouvait-­on alarmer les populations sur des sujets larges et complexes, alors que le cycle de Doha devait se terminer en décembre 2006 et que tout devait se résoudre avant que George W. Bush ne perde, en juillet 2007, son&lt;br /&gt;
« fast track », obtenu le lendemain du 11 septembre ? (ce « fast track » lui permet de faire adopter tout accord de commerce sans que ceux-­ci ne puissent être amendés par le congrès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, il ne faut pas oublier que la suspension des négociations n’est en rien reliée à une remise en question de la libéralisation des services. Le cycle de Doha a échoué parce que les pays membres de l’OMC ne parvenaient pas à s’entendre sur la question de l’agriculture, essentiellement. L’AGCS reste donc intact.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les opposants à l’AGCS ont désormais un allié précieux : ils ont du temps. Ils ne sont plus bousculés par des échéances trop serrées, ils peuvent s’organiser, réfléchir à des stratégies de lutte, à des alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conjoncture internationale leur est désormais favorable. Les plans d’ajustement structurel dans les pays du sud, qui exigeaient une libé­ralisation systématique des services, ont donné des résultats catastrophiques. Le fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, qui prônent cette libéralisation, sont désormais en crise, et de nombreux pays évitent désormais d’avoir recours à eux. Dans les pays du nord, des libéralisations dans des secteurs vitaux comme l’eau et les transports ont donné, comme dans le sud, des résultats déplorables. Exemple parmi tant d’autres : la privatisation du chemin de fer au Royaume-Uni a été un flagrant échec ; le prix des billets a augmenté, la qualité du service a diminué et les accidents sont devenus plus nombreux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La libéralisation des services se défend donc très mal. Pourtant elle reste à l’agenda politique dans tous les pays, elle continue à être souhaitée par les grandes compagnies et l’AGCS demeure pour celles­-ci un instrument privilégié permettant de la favoriser à une très large échelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De nouveaux Fronts de résistance ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les villes ont été parmi les premières à agir activement contre l’AGCS. À la suite de Vancouver en 2000, de nombreuses municipalités ont demandé une exemption de l’AGCS, ce que leur a refusé le gouvernement cana­ dien. En Europe, de très nombreuses villes, régions, communes se sont déclarées hors AGCS. Au Québec, plus de trente villes, dont Montréal et Québec, ainsi que les deux fédérations de municipalités, ont adopté des résolutions qui s’opposent à cet accord. Depuis trois ans, en Europe, les collectivités locales contre l’AGCS se réunissent une fois par année pour organiser la lutte et défendre les services publics. Cette année, leur convention, qui rassemble aussi bien des élus, des syndicalistes et des représentants de la société civile, se veut internationale et aura lieu à Genève les 28 et 29 octobre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le secteur de l’éducation, l’Internationale de l’éducation est deve­nue l’un des observateurs les plus attentifs de l’évolution des négo­ciations dans le cadre de l’AGCS. ses rapports nous renseignent avec précision sur les positions des différents pays quant à la libéralisation du secteur. Cette solide connaissance du dossier permet de faire pres­sion sur les négociateurs et d’interpeller plus efficacement les représen­tants des gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Québec et au canada, se sont créés de façon informelle des comi­tés AGCS, composés de syndicats et de regroupements de citoyens. Ces comités ont comme objectifs d’informer les populations québécoise et canadienne sur les méfaits de l’AGCS et de sensibiliser les élus aux conséquences d’une libéralisation étendue du secteur des services. La suspension des négociations à l’OMC laisse place à une grande remise en question de cette libéralisation effrénée dans laquelle nous sommes engagés. Comment la mise aux enchères des services peut-­elle profiter à l’ensemble des populations ? Comment peut-­on valoriser, répandre et rendre plus efficaces les services publics ? Y a-­t-­il moyen de revoir le financement des services publics par une fiscalité plus équitable, plutôt que de tout abandonner à l’entreprise privée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà des questions qui concernent tous les citoyens et auxquelles il fau­dra répondre suite à un vaste débat. La suspension des négociations à l’OMC nous en donne clairement la possibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 47 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Un printemps québécois ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un printemps québécois : Les étudiants portent l’étendard du Bien Commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mai 2012, les jeunes Québécois se sont mobilisés pour la défense col­lective d’un héritage issu du pacte social québécois : l’équité dans la dis­tribution des richesses et la transmission des acquis sociaux entre les générations. La FNEEQ et la CSN ont largement appuyé leur lutte, qui est aussi la nôtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une mobilisation exemplaire ! ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les manifestations urbaines se sont multipliées dans les rues, tout au long des mois de mars et d’avril, mobilisant des masses popu­laires dépassant tout ce qu’on a vu depuis longtemps. De nombreuses citoyennes et citoyens de tous âges et de toutes allégeances s’y sont joints, et plusieurs ont signalé leur sympathie à la cause commune. Il ne faudrait pas croire que cette lutte, comme certains ont voulu la réduire, était l’expression de l’égoïsme d’une génération immature, celle qui refuse d’assumer sa « juste part » des coûts toujours croissants de la formation. La jeunesse fait face à un déni de démocratie de repré­sentation, tout en vivant une expérience concrète d’éducation à la par­ticipation politique. Elle a appris que l’exercice cynique et méprisant du pouvoir doit être dénoncé. Avec la hausse des frais de scolarité, le gouvernement du Québec a choisi les étudiants comme première cible dans sa stratégie pour transformer le rôle de l’état. Il savait que les jeunes n’avaient pas en leur faveur la protection des lois du travail ni d’autres lois protégeant les moins nantis. La plupart de ces jeunes ne paient pas d’impôt, travaillent au salaire minimum et n’ont pas droit à l’aide sociale. Les voilà boucs émissaires d’un gouvernement autoritaire qui recherche la division sociale et impose aux plus pauvres des tarifications élevées et des augmentations de taxes, des mesures nettement régressives. Les jeunes répondent très justement : la grève est étudiante, la lutte est populaire. Leur victoire sera celle de tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des enjeux de société ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La riposte à cette stratégie ignoble s’est manifestée par un appui popu­laire que les prétendus sondages par internet – peu fiables­ ont mal éva­lué et que les médias ont claironné : la société québécoise est divisée sur l’enjeu des frais de scolarité, mais elle serait prête à payer plus d’impôt pour le maintien des services sociaux, selon un récent sondage fiable, celui­-là (NPD canada). L’éducation supérieure est un service public de premier ordre, qui devrait être assumé par tous et non un bénéfice per­sonnel acquis comme marchandise. Il n’y a pas d’investissement collectif plus important pour l’avenir et pour les nouvelles générations. Les aînés qui ont connu la révolution tranquille le savent bien et ils ont encouragé leurs enfants (les babyboumeurs) à faire des études poussées jusqu’à l’université, si possible. c’est en ce sens que Guy Rocher a rappelé que le	rapport Parent, dont il était l’un des auteurs, préconisait la gratuité sco­laire, et ce, même jusqu’à l’université. C’est aussi la revendication émise par de nombreux groupes sociaux et qui est reprise dans la nouvelle plateforme CSN en éducation ( première orientation et proposition 46 ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte des étudiantes et des étudiants se joint à celle de la grande coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics qui regroupe plus d’une centaine d’organisations de la société civile pour la défense du bien commun (dont l’ASSE et la FECQ), contre la dégradation de notre pacte social de solidarité collective. Comme pour nous tous, c’est cet enjeu principal que défendent actuellement les étudiants. La contestation étudiante soulève un important débat de société ; elle s’attaque à des mesures qui menacent tous les services publics et notre devenir collectif. Les citoyennes et les citoyens du Québec ne doivent pas se diviser sur cet enjeu, comme certains incitent à le faire en stigmatisant l’actuelle lutte étudiante par des pirouettes sémantiques et des propos démagogues. Il suffit d’entendre les blâmes unanimes des ténors de la droite pour comprendre à quel point on cherche à monter la population contre les grévistes. Cette stratégie du gouvernement mène à un cul-­de-­sac. Elle est irresponsable, autoritaire et divisante. Nous devons la dénoncer fermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le dénouement à venir ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement libéral du Québec semble ne rien comprendre à l’im­portant mouvement social qui bouleverse le Québec. Il est empêtré dans un fouillis des scandales depuis deux ans et plus. Il n’arrive plus à sur­ monter les crises, et pas seulement celle du mouvement étudiant. Un gouvernement désemparé est un mauvais gouvernement, car il sème de l’inquiétude plutôt que d’assurer la cohésion sociale. La flopée d’injonctions infligées aux universités et aux cégeps révèle bien ce désarroi de nos dirigeants. Aux droits collectifs démocratiquement exprimés, on a opposé des droits individuels et privés, brimant ainsi le droit de mani­fester librement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Québec vit la renaissance d’un mouvement social en action. De nombreux citoyennes et citoyens prennent la rue comme lors du grand rassemblement pour la défense du bien commun, le Jour de la terre, le 22 avril. Le mouvement spontané des profs contre la hausse a aussi su s’affirmer. Les enseignantes et les enseignants qui en font partie tra­vaillent quotidiennement avec les étudiants et sont très conscients des enjeux de la grève. Certains leur reprochent d’avoir un parti­ pris en faveur de la cause étudiante !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après onze semaines de grève, plusieurs groupes et personnalités ont proposé des plans de sortie de crise, ou d’agir comme médiateurs, mais le gouvernement a refusé et s’est entêté dans son intransigeance. Des&lt;br /&gt;
blagues désobligeantes du Premier ministre sur les étudiants, le 20 avril dernier, ont ajouté l’insulte à l’injure et ont fait la preuve de sa grande incompréhension des revendications étudiantes. Une trêve a été accep­tée par les associations étudiantes afin d’entreprendre la négociation, mais le gouvernement a ensuite décidé de négocier sur la place publique, en tentant au passage de diviser le mouvement étudiant. L’issue reste incertaine au moment d’écrire ces lignes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Québec est mûr pour aller aux urnes afin de déloger ce gouvernement irresponsable qui a trop duré, un gouvernement qui brade nos richesses et qui met en péril notre pacte social de solidarité. « libérez-­nous des libéraux », disait Loco Locas ; mais aussi de la corrup­tion, des amis du régime et du cynisme de nos dirigeants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 78 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== États généraux de l’enseignement supérieur au Québec ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mai 2017 ­- le coup d’envoi des états généraux de l’enseignement supé­rieur (ÉGES) aura lieu le 18 mai 2017 à l’Université Laval, à Québec. L’objectif visé par cet événement consistera, notamment, à définir différentes stratégies communes pour identifier des éléments de conver­gence et tenter de dégager une vision commune de l’enseignement supérieur émancipateur, de qualité et gratuit et en faire une priorité poli­ tique d’ici les prochaines élections provinciales. Il s’agit d’un événement unique, voire historique. Jamais, dans l’histoire récente du Québec, n’a­ t­on vu une telle convergence de l’ensemble des acteurs de l’éducation supérieure pour l’organisation d’une telle rencontre citoyenne, non par­ tisane, libre, ouverte et gratuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait facile, voire plus simple, de baisser les bras et d’abandonner face à la montée du fondamentalisme managérial, plutôt que de com­battre cette tendance qui s’incruste de plus en plus profondément dans tous les secteurs de l’éducation. De moins en moins collégiale et de plus en plus néolibérale, la gouvernance de l’enseignement supérieur tend maintenant plutôt vers le profit, l’efficience, la performance et la compé­tition que vers la création et la diffusion d’un savoir libre, démocratique et gratuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’éducation « humaniste », celle qui vise, entre autres, à faciliter l’inté­gration citoyenne, le développement de soi et le progrès social, est en perte de vitesse un peu partout dans le monde. Elle est progressivement remplacée par une éducation toute proche des besoins des entreprises. Bien qu’elle puisse avoir sa place en principe, cette « adéquation forma­tion ­emploi » ne fait que répondre aux pressions des entrepreneurs et du privé, aux dépens des besoins de la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment s’opposer, ralentir voire renverser ce mouvement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) a déjà fait obstacle à plusieurs assauts contre l’enseigne­ment supérieur, comme les projets de loi sur la gouvernance ou l’instauration de l’assurance qualité. Elle a soutenu les missions humanistes d’enseignement, de recherche et de création spécifiques à l’enseigne­ment supérieur ainsi que la nécessité de préserver la liberté acadé­mique et l’autonomie professionnelle du personnel enseignant. Elle a toujours milité en faveur de l’amélioration des conditions de travail, et a fermement soutenu les chargées et chargés de cours, et les autres caté­gories de personnel dont la contractualisation est maintenant devenue la norme. Mais la tendance managériale en enseignement est dominante et nos institutions sont mises à mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis plusieurs années, la FNEEQ souhaitait la tenue d’états généraux de l’enseignement supérieur pour faire le point sur la condition de nos institutions collégiales et universitaires, et proposer de nouvelles pers­pectives pour que l’éducation supérieure retrouve une place prioritaire dans la construction d’une société juste et prospère. On rappelle qu’en 2012­-2013, le gouvernement du Québec avait organisé un sommet de l’enseignement supérieur et que la FNEEQ, à l’instar d’autres acteurs en enseignement supérieur, y avait participé, malgré les risques d’instru­mentalisation par une entreprise de légitimation politique du parti qué­bécois, sans grandes avancées pour l’éducation supérieure. Nous avions alors l’espoir de nous faire entendre, notamment sur l’instauration d’une structure de gestion participative des universités, sur la gratuité sco­laire et sur l’offre des programmes dans le réseau collégial. Quelques mois plus tard, dans la cadre d’une instance fédérale, considérant que le sommet était loin d’avoir apporté les avancées espérées, la FNEEQ recevait le mandat d’organiser des états généraux de l’enseignement supérieur, le tout avec le plus grand nombre possible de partenaires des secteurs universitaires et collégiaux. Le grand défi était de créer une vaste coalition. Grâce à plusieurs activités, toutes axées sur les divers secteurs de l’enseignement supérieur, la coalition a pris forme. Notre premier véritable test a été l’organisation de l’espace éducation dans le cadre du Forum social mondial de Montréal en août 2016. Lors du bilan, très positif, de ce travail collectif, nous avons présenté notre pro­ jet d’états généraux aux partenaires de l’enseignement supérieur. Les discussions ont été longues et les intérêts des différents partenaires étaient diversifiés, mais pas incompatibles. Ces derniers ont rapidement reconnu l’importance de se porter ensemble à la défense de l’enseigne­ment supérieur. Le projet a ainsi pris forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ÉGES sont organisés par des syndicats d’enseignantes et d’ensei­gnants, de personnel de soutien, de professionnels, d’associations étudiantes, de groupes communautaires ainsi que d’organisations inté­ressées à l’enseignement supérieur. Les objectifs qui font consensus sont les suivants :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	Créer un espace de débat et de réflexion autour des enjeux en enseignement supérieur ;&lt;br /&gt;
—	Se servir de cet événement pour remettre à l’ordre du jour certains enjeux, tels que : la gratuité scolaire, l’aide finan­cière aux étudiants-­es, la marchandisation, l’assurance qualité, le financement (mal­financement, sous­finance­ ment, définancement), la gouvernance, l’éducation popu­laire et la formation continue, l’accessibilité, la recherche, la tâche enseignante, etc. ;&lt;br /&gt;
—	Créer ou renforcer les liens avec d’autres organisations qui œuvrent en éducation pour partager nos analyses et unir nos actions et faire de l’éducation une priorité nationale ;&lt;br /&gt;
—	Débattre des solutions qui correspondent à notre vision de l’enseignement supérieur et des conditions nécessaires à sa réalisation ;&lt;br /&gt;
—	prévoir un plan d’action et mobiliser la société québécoise pour faire pression sur les pouvoirs politiques pour aller dans ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque des élections provinciales auront lieu en octobre 2018, les organisations souhaitent utiliser ce premier rendez-­vous comme levier politique, mais au­-delà du calendrier électoral, cette démarche donne d’emblée à la communauté de l’enseignement supérieur une voix nou­velle. Il reste à espérer que ce grand rassemblement permettra de raffermir les points de convergence et d’identifier des objectifs et des stratégies communes afin de devenir une force incontournable. Car s’il est vrai que l’éducation est menacée, il est tout aussi vrai qu’une oppo­sition concertée a plus de chance de réussir à l’orienter dans le sens que nous souhaitons. nous sommes toujours plus forts unis que divisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève des permanents de 1980 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 13 mai 1980, les personnes salariées de la CSN ont déclenché une grève générale illimitée qui va durer onze semaines. La FNEQ va jouer un rôle significatif dans le dénouement de ce conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 7 mai 1979, Pierre Léonard assiste, en compagnie de Francine Lalonde, à son premier bureau confédéral, réunion où il est question de la confrontation entre la CSN et ses personnes salariées. Nous sommes un an avant le conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Guy Morin, secrétaire général de la CSN, et son conseiller, Gilles Grenier, déposent alors le document « Orientation pour l’utilisation optimale du personnel». Ce document décrit les droits que devraient détenir les officières et les officiers sur le personnel pour promouvoir les intérêts des travailleuses et des travailleurs. En résumé, la centrale est un instrument de lutte et les droits des travailleuses et des travailleurs doivent prédominer sur l’ancienneté, la volonté et les caprices des permanentes et des permanents. Il y a aussi en arrière-plan la crainte du pouvoir parallèle du personnel permanent, qui évoluent vers le travail d’équipe et l’obsession de l’infiltration communiste de la centrale par le biais du Syndicat des employés de la CSN (SECSN)&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019 et Pierre Boulet, « une grève vraiment pas comme les autres », Le Soleil, 5 juillet 1980, page B-1&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La CSN et ses organisations affiliées composent, parfois difficilement, avec certaines et certains membres et salariés associés à l’extrême gauche. Les débats menés par les gauchistes sont purement idéologiques et toute proposition peut être interprétée comme une collaboration avec le pouvoir. La CSN est une organisation syndicale qui, bien qu’aspirant à un socialisme démocratique, doit rester indépendante de toute idéologie partisane, quoiqu’en disent ou qu’en souhaitent certaines personnes militantes et salariées du mouvement. Le rôle des personnes salariées devrait se limiter, selon plusieurs, à appuyer techniquement les élues et élus lors de l’exécution de leurs mandats et ils ne devraient pas être impliqués dans le processus décisionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La bonne personne à la bonne place ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, le 13 juin 1979, la partie confédérale dépose le « Document de réflexion et de travail sur le rôle des salariés de la CSN» qui propose quatre changements majeurs à la convention collective du SECSN: 1) la formation des nouvelles personnes salariées sera déterminée par la seule partie confédérale ; 2) la mobilité des personnes salariées sera décidée par la partie confédérale, le principe de la bonne personne à la bonne place s’appliquera sans égard pour l’ancienneté; 3) la permanence sera accordée après six ans pour les conseillers et les conseillères et trois ans pour les employés et les employées de bureau, « Ce n’est pas un job à vie » ; 4) des mesures disciplinaires pouvant aller jusqu’au congédiement peuvent s’appliquer pour des personnes salariées qui ne servent plus adéquatement la classe ouvrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C’est de la dynamite. Vous voulez une grève de combien de temps?» fut la première réaction de Francine Lalonde&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. La mèche est allumée, le feu est mis aux poudres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors de la ronde de négociation précédente, les deux parties s’étaient entendues sur la mise en place d’équipes de travail. Jacques Deveault, ex-professeur au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu et conseiller syndical à la FNEQ, libéré par le SECSN pour la négociation&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981, p. 6&amp;lt;/ref&amp;gt; de 1980, propose un nouveau mode de nomination des coordinations calquée sur celui des chefs de département dans les cégeps. Cependant, une coordonnatrice ou un coordonnateur membre de l’unité de négociation et libéré de ses dossiers de conseillère ou conseiller syndical est manifestement incompatible avec la position confédérale tout comme un éventuel droit de veto syndical sur les mesures disciplinaires. Ces demandes sont au cœur du litige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le document de la partie confédérale est l’objet de discussions en assemblée générale du SECSN les 15, 16 et 17 juin 1979. La décision des salariés et salariées est unanime :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le document de la partie confédérale intitulé « Document de réflexion et de travail sur le rôle des salariés de la CSN » ne peut servir de document de base à une discussion saine et sérieuse et qu’en conséquence, l’assemblée générale du SECSN rejette ce document.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l’assemblée générale réaffirme cependant que le SECSN est toujours disposé à débattre avec la partie confédérale des difficultés réelles vécues à la CSN ou soulevées par l’application de la convention collective&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal de l’assemblée du SECSN, 15, 16 et 17 juin 1979&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat défend sa position dans un document déposé le 31 janvier 1980, « Le SECSN : Une démarche différente, engageante et liée à la nature même de notre milieu de travail ». Le syndicat y affirme que, bien qu’il soit conscient des nombreuses confusions et divergences qui existent sur le rôle des personnes salariées, les textes de la partie confédérale, quant à eux, sont des caricatures&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid. p. 20&amp;lt;/ref&amp;gt;. Remettre en question pratiquement tous les mécanismes codécisionnels de la convention collective, c’est de les renvoyer au niveau d’objets serviles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations débutent le 8 avril 1980. Le 3 mai, les membres du SECSN votent à 93,5 % un mandat de grève générale illimitée, qu’ils appliquent dix jours plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une grève médiatisée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève des permanents ne sera pas une grève comme les autres. Ce n’est pas un conflit de travail ordinaire du seul fait qu’il concerne une centrale syndicale, fer de lance du syndicalisme de combat, et ses personnes salariées, qui revendiquent essentiellement ce que la centrale revendique pour ses membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guy Marsolais, secrétaire du SECSN, affirmera au journaliste Pierre Boulet que cette grève vise un partage des responsabilités pour faire contrepoids aux dirigeants élus trop influencés par les pressions extérieures&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Boulet, « une grève vraiment pas comme les autres », Le Soleil, 5 juillet 1980, page B-1&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le malaise est profond. Les médias, et particulièrement le journal Le Devoir, s’emparent de la nouvelle et assimilent le conflit à une lutte de pouvoir. Pour le journaliste Jean-Claude Leclerc, le litige aurait dû être débattu au sein des instances de la centrale&amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Claude Leclerc,&lt;br /&gt;
« Le pouvoir à la CSN », Le Devoir, 15 mai 1980, p. 10&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il en appelle même à un arbitrage décisif par les congressistes de la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;Le 50e Congrès de&lt;br /&gt;
la CSN a lieu la semaine du 26 mai 1980, soit pendant la grève&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le rôle de la FNEQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEQ voit la situation d’un autre œil. Ses salariées et ses salariés sont respectés et travaillent en étroite collaboration avec les personnes élues. On n’y trouve ni lien hiérarchique ni guerre de pouvoir : les moyens financiers et le niveau de connaissance des élus leur accordent une grande autonomie tant pour les négociations que pour l’application des conventions collectives et la gestion syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981, p. 10&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde, Shirley Roy et Pierre Léonard, lequel fait partie du comité de négociation confédéral, sont professeures et professeur de cégep et sont donc familiers avec la collégialité. Forts de cette expérience, selon Pierre Léonard, ils auraient pu accepter facilement l’équivalent d’un chef de département dans les cégeps, mais ils doivent rester solidaires avec la partie confédérale. Le protocole de fonctionnement confédéral exige l’unanimité des organisations membres pour la signature de la convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 19 mai, la négociation se poursuit en comité restreint afin de dégager des pistes de solution. C’est Pierre Gingras, conseiller syndical à la FNEQ, qui convainc Michel Gauthier d’accepter ce fonctionnement&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pierre Léonard, Sylvio Gagnon de la Fédération de la métallurgie et Jean-Guy Morin, secrétaire général de la CSN, représentent la partie confédérale. La négociation se poursuit du 22 mai au 5 juin et un compromis sera trouvé et ratifié en assemblée générale du SECSN le 25 juillet, mettant ainsi fin à la grève&amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de l’exécutif du SECSN pour l’année 1979-1980, 28 octobre 1980, p. 15&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question délicate de la nomination de la coordination ne trouvera son issue que trois ans plus tard. Entretemps, chacune des parties produit un document de réflexion sur le travail en équipe et la coordination. Un groupe de travail produit un document unique à présenter aux instances des différentes organisations&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981,&lt;br /&gt;
p. 1&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pierre Léonard siège aussi à ce comité et il est le principal rédacteur du texte final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour toutes sortes de raisons, dont la période de vacances des membres, la grève n’a pas eu à la FNEQ l’impact qu’elle a pu avoir dans les autres fédérations en termes de désorganisation des services. Elle n’a pas davantage suscité d’animosité ou de confrontation entre les personnes élues et salariées de la Fédération. Mais il est clair à ce moment-là que la Fédération, comme la CSN, doit s’interroger sur le rôle respectif des personnes élues et salariées dans une organisation syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des syndicats de la FNEQ revendiquent même d’être impliqués directement dans ce débat, citant Norbert Rodrigue : « Le mouvement appartient aux travailleuses et aux travailleurs affiliés ». Il y va du pouvoir qu’ils détiennent sur leur propre organisation&amp;lt;ref&amp;gt;« un débat qui doit se faire ! Un enjeu qui nous concerne ! », lettre du Syndicat des enseignants du cégep Champlain aux délégués du Conseil fédéral, le 17 juin 1981&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La syndicalisation des chargées et chargés de cours ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier syndicat de contractuels précaires en Amérique du Nord a été accrédité en février 1978. Mais la naissance du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ) et son adhésion à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) ne se sont pas réalisées sans heurts ni en harmonie avec les autres composantes de l’Université. Effectuons un petit retour dans le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’établissement nait le 9 avril 1968 et le Syndicat des professeurs de l’UQAM (SPUQ), accrédité en janvier 1971, est le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants universitaires à s’affilier à la FNEEQ. La moitié des charges de cours du premier cycle sont toutefois données par des chargées et chargés de cours aux conditions de travail difficiles: aucune sécurité d’emploi, aucun avantage social au-delà des normes minimales du travail, aucune liste de pointage ni de liste de rappel. « Leur sort est à la merci de la convention collective du SPUQ, soumis aux humeurs arbitraires des assemblées départementales auxquelles ils sont rattachés et aux relations plus ou moins bonnes qu’ils entretiennent avec le corps professoral », peut-on lire dans le numéro spécial du SCCUQ@, produit à l’occasion du 25e anniversaire du syndicat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une première tentative du SPUQ de syndiquer les chargées et chargés de cours pour contrôler les nouvelles embauches en limitant les charges données par les chargées et chargés de cours s’avère un échec au printemps 1971. Puis, en octobre de la même année, les membres du SPUQ font la première grève de professeurs et professeures universitaires en Amérique du Nord, ce qui leur permet d’obtenir parmi les meilleures conditions au sein des universités. Dans le cadre d’un autre renouvèlement de convention marquée par une grève d’octobre 1976 à février 1977, ils négocient une clause engageant l’UQAM à ouvrir 383 postes d’ici la fin 1982, clause que l’Université n’applique finalement pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des chargées et chargés de cours entreprennent une campagne de recrutement en octobre 1976 en vue de mettre en place un syndicat. Ce syndicat appuie la grève des professeures et professeurs. Au cœur de cette campagne, une question est débattue : le syndicat doit-il être une section autonome au sein du SPUQ ou devenir un syndicat à part entière? Lors de l’assemblée de fondation, le 12 novembre, les membres optent pour la formation d’un syndicat indépendant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Une certaine méfiance se dégage des positions du SPUQ envers les chargés de cours. L’attitude paternaliste ou le comportement de &amp;quot;petit boss&amp;quot; de certains professeures et professeurs créait une certaine animosité chez plusieurs chargés de cours. La position majoritaire de ces derniers était de ne pas se retrouver dans la même situation que leurs consœurs et confrères des cégeps, c’est-à-dire membres du même syndicat que les professeures et professeurs, où leurs conditions étaient peu souvent prises en considération », peut-on lire dans un autre extrait du spécial 25e anniversaire du SCCUQ@. Les intérêts divergents et le lien de subordination entre les chargées et chargés de cours et le corps professoral ont prévalu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La requête en accréditation du SCCUQ est d’abord refusée par le commissaire enquêteur Charles Devlin, le 13 juin 1977, sur la base que les conditions de travail sont régies par la convention collective du SPUQ et qu’il n’est pas utile que les personnes chargées de cours aient leur propre syndicat. Ces dernières font appel et, le 9 février 1978, le juge René Beaudry renverse la décision et reconnait le caractère spécifique des chargées et chargés de cours, l’homogénéité du groupe et leur non-participation à la gestion interne de la communauté universitaire. Entretemps, la direction du SCCUQ se démobilise et ses principaux leadeurs perdent leurs charges de cours en guise d’intimidation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Première convention collective du SCCUQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation d’une première convention collective est ardue pour les quelque 500 chargées et chargés de cours. Ils partent de loin. Le salaire de base se situe alors à 1200 $ par charge, le tiers payable à la mi-session et le reste, après la remise des notes. Ils ne reçoivent ni avantages sociaux, ni fonds de pension ou assurances, ni allocations de vacances. Les premières négociations débutent le 10 aout 1978. Le SCCUQ doit composer avec la direction de l’Université, qui tente de limiter les concessions, et le SPUQ, qui cherche à réduire les charges confiées aux personnes chargées de cours. Ces dernières doivent recourir à la grève du 6 mars au 1er mai 1979. Cette grève de 55 jours sera la plus longue de l’histoire du SCCUQ. Le retour au travail est ordonné en vertu de la loi 45, qui impose l’arbitrage d’une première convention lorsque la négociation ne permet pas une entente. Il s’agit tout de même de la première convention collective pour un syndicat de chargées et chargés de cours québécois, et elle viendra à échéance en aout 1980.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le spécial 25e anniversaire du SCCUQ@ précise que cette « première négociation laissera cependant un profond malaise dans les relations entre le SPUQ et le SCCUQ. Plusieurs membres du corps professoral perçoivent très mal le conflit et entraineront le SPUQ dans une démarche plus défensive et corporatiste. Par cette grève, la place, le rôle et l’importance des [personnes chargées] de cours figurent désormais sur la place publique.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une longue saga judiciaire à l’UdeM ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’Université de Montréal, les chargées et chargés de cours doivent affronter l’administration universitaire, qui résiste à leur démarche de syndicalisation dès la fin des années 1970, et le Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal (SGPUM). « Tout comme cela s’était produit à l’UQAM, les relations entre les chargées, chargés de cours de l’Université de Montréal et le SGPUM se sont vite envenimées pour donner lieu à une campagne parallèle de syndicalisation lancée par l’exécutif du syndicat des professeurs», explique Henri Goulet dans son ouvrage intitulé Histoire du syndicat des chargé-e-s de cours de l’Université de Montréal, 1978-1998. Leur démarche contraste avec l’indifférence généralisée à l’égard de la situation des chargées et chargés de cours jusque-là. Cette campagne s’avère un échec. L’assemblée de fondation du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal (SCCCUM) se tient le 8 juin 1978. Ils choisissent d’adhérer à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) plutôt qu’à la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ). La requête en accréditation du syndicat est déposée le 13 décembre 1978 et accordée en janvier 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors une véritable saga judiciaire qui ne prend fin qu’en aout 1988, l’Université utilisant tous les moyens à sa disposition pour bloquer juridiquement la reconnaissance du SCCCUM. Le SCCCUM est officiellement accrédité le 11 décembre 1979, le commissaire René Gosselin considérant que les chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal constituent « un groupe approprié » selon le Code du travail et que ce groupe est distinct de celui des professeures et professeurs, tout comme à l’UQAM. L’Université obtient la permission de porter sa cause en appel et tente d’amener le litige jusqu’à la Cour suprême sans succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Laval et Rimouski ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université Laval (SCCCUL) obtient une première accréditation le 11 avril 1986, accréditation qui est contestée par l’Université. Le Commissaire général du travail confirme l’accréditation du SCCCUL le 5 mars 1987.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un débat similaire sur l’autonomie syndicale a lieu dans d’autres composantes de l’Université du Québec. Les chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Rimouski optent d’abord pour une section distincte au sein du Syndicat des professeurs et des professeures de l’Université du Québec à Rimouski (SPPUQAR) en 1981, mais le processus d’autonomie prend de l’ampleur jusqu’au départ du SPPUQAR de la FNEEQ et de la CSN en juin 1988. Le certificat d’accréditation sera divisé en 1989. Le SPUQ quittera également la FNEEQ au printemps 1988, mais pas la CSN. Il aboutira à la Fédération des professionnèles.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=NaissanceDeLaFNEQ&amp;diff=467</id>
		<title>NaissanceDeLaFNEQ</title>
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		<updated>2021-06-08T17:58:55Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:Naissance de la FNEQ: premières luttes 1969-1981}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-07 FrontCommun1972 ForumMontreal.png|vignette|Rassemblement du Front Commun au Forum de Montréal le 7 mars 1972]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=Premières luttes=&lt;br /&gt;
Si les années 1960 sont celles du changement et de la transition au Québec, celles qui voient et qui suivent la création de la FNEQ sont marquées par l’affirmation et la revendication. Le développement accéléré et la syndicalisation des secteurs public et parapublic modifient complètement l’équilibre des forces dans la société. Les soins de santé, l’éducation, la prise de parole : tout se démocratise, les lieux d’expression se multiplient. Les syndicats y participent et en sont souvent le fer de lance. La CSN est particulièrement active.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La voix de l’éducation à la CSN, la voix de la CSN en éducation==&lt;br /&gt;
La FNEQ nait dans l’enthousiasme en septembre 1969 à Lac-Beauport, dans la région de Québec. Les trois groupes d’enseignantes et d’enseignants affiliés à la CSN (SPE-SPEQ-CEGEP) s’unissent alors pour créer la Fédération nationale des enseignants québécois (FNEQ)&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal de l’assemblée de fondation d’une fédération des enseignants à la CSN (regroupant les enseignantes et les enseignants&lt;br /&gt;
du Syndicat professionnel des Enseignants (SPE), du Syndicat des Professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et des syndicats de CEGEP affiliés au Secteur CEGEP (CSN) tenue au Manoir Saint-Castin (Lac Beauport), les 19, 20 et 21 septembre 1969.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la douzième fédération de la CSN. Ils choisissent la CSN pour être partie prenante de la lutte de tous les travailleurs du Québec, pas seulement de celle des enseignantes et des enseignants. Ils aspirent à être la voix de l’éducation à la CSN et la voix de la CSN en éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines après le Congrès de fondation, Bernard Chaput remplace Jean-Pierre Boutin, démissionnaire pour se porter candidat du [https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_qu%C3%A9b%C3%A9cois Parti québécois (PQ)] aux prochaines élections provinciales. Le conseiller juridique de la FNEQ, Robert Burns, se porte aussi candidat du PQ. Ces départs participent au débat interne sur l’indépendance de la CSN vis-à-vis des partis politiques. [https://fr.wikipedia.org/wiki/Francine_Lalonde Francine Lalonde], fervente indépendantiste, est alors présidente du secteur cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À peine un an plus tard, automne 1970, Bernard Chaput doit à son tour quitter ses fonctions alors qu’il obtient un poste de professeur à l’Université de Sherbrooke. La crise d’Octobre par l’action du Front de libération du Québec (FLQ) empêche la réunion des instances et force M. Chaput à rester en poste jusqu’au Congrès de décembre, à la suite duquel Francine Lalonde est élue présidente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==Qu'est-ce qu’un individu isolé, dans un monde agité==&lt;br /&gt;
Vous avez […] besoin d’un syndicalisme fort, bien structuré, militant, tant pour vous affirmer et vous défendre comme salariés dans une situation souvent tumultueuse et mouvante, que pour faire peser tout le poids de votre influence professionnelle dans les grands débats culturels, pédagogiques, sociaux et politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’est-ce qu’un individu isolé, dans un monde ainsi agité, aussi changeant ? Qu’est-ce qu’un syndicat isolé ? Qu’est-ce qu’une profession qui s’isolerait, dans une conjoncture pareille ? Peu de chose ! Vous devez être à la fois syndiqués, fédérés, affiliés, appuyés sur un vaste mouvement démocratique et progressiste, pour que votre profession s’organise vraiment, pour qu’elle soit une force, pour que la bureaucratie ne puisse pas régner sur l’éducation, pour que vous ne soyez pas les jouets du pouvoir, et pour que ce soit vous qui inspiriez et défendiez les valeurs et les progrès du monde de l’éducation dans une société qui aurait tôt fait, autrement, de vous utiliser au gré de ce pouvoir. […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] Les autres travailleurs auront d’ailleurs besoin de vous, de votre réflexion, de votre formation générale, comme vous aurez besoin des leurs, différente souvent, mais aussi réelle. Vous ne faites pas partie d’une Église dogmatique. Vous faites partie d’un mouvement. Ne craignez pas d’y être à l’étroit. Le syndicalisme, à la CSN, a tendance, ce qui est précieux, à s’agrandir à la mesure des pensées&lt;br /&gt;
libres qui s’y exercent. Je ne dis pas qu’il y réussit toujours, ce serait impossible. Mais je dis que nous faisons notre possible, tous ensemble, malgré des divergences parfois très sérieuses, pour faire à la liberté la place dont elle a besoin pour rayonner et féconder ce mouvement dont on constate à maints égards que, loin de vieillir, il a heureusement tendance à rajeunir. […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;Extraits du discours de Marcel Pepin au Congrès de fondation de la FNEQ, 21 septembre 1969&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-09 FrontCommun1972 VoteGreve 09-v3.png|vignette|Le front commun vote la grève le 3 mars 1972. Au centre, Michèle Juneau, conseillère aux communications, et Géraldine Dumas, une des plus grandes responsables du succès de l’organisation devant le tableau des résultats pour la FNEQ.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==De 1969 à 1972, les secteurs sont rois et maîtres==&lt;br /&gt;
Cette première mouture de la FNEQ est extrêmement décentralisée, où les trois secteurs, SPE, SPEQ et cégeps, jouissent d’une autonomie quasi complète, chacun ayant son propre exécutif et son congrès. Les secteurs ont le pouvoir et la FNEQ agit pratiquement comme une confédération de secteurs. Les délégations au Congrès fédéral sont choisies par les secteurs. Le comité exécutif – présidence, secrétariat général et trésorerie élus en Congrès fédéral – est complété à la vice-présidence par les trois présidences de secteur. Il en est ainsi jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPEQ, fort de sa lutte de 1968, en retire un certain pouvoir, une autorité, à tout le moins du prestige : ses membres se sont battus, ont fait la grève et la prison. Mais c’est un secteur en perte de vitesse, vidé de sa substance parce que tout le côté technique et technologique – le plus important – est passé sous le contrôle des commissions scolaires, des cégeps et des universités. Ne reste plus au SPEQ que les secteurs de l’enseignement supérieur (écoles normales et École des Beaux-Arts de Québec), des conservatoires de musique et d’art dramatique, de l’enseignement professionnel (enseignement spécialisé des écoles de divers ministères) et de l’enseignement agricole (professeures et professeurs des instituts de technologie agricole). En 1969 et 1970, le syndicat est en négociation. En 1972, après la réforme des structures, le SPEQ ne s’y retrouve plus ; amoindri, il se désaffilie de la FNEQ et de la CSN.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1969, le SPE est encore un syndicat centralisé avec sections locales. Il a surtout perdu beaucoup de membres au profit de la nouvelle structure collégiale publique. En fait, on retrouve des écoles privées à la base de tous les nouveaux cégeps. Il reste quand même vigoureux grâce à ses 26 sections locales dans les collèges privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cégeps – le mot n’est pas encore dans le dictionnaire en 1969 – prennent de plus en plus de place, d’importance, par le nombre et avec ce mélange de militants d’expérience issus des collèges classiques et des écoles techniques ou spécialisées et des militants plus jeunes, souvent fraichement sortis de l’université. Ce mélange crée une dynamique, le secteur est en pleine croissance. En 1969, déjà 21 des 30 cégeps sont membres de la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;Le ???, vol. 1 no 00, novembre 1969, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette prédominance des secteurs à la Fédération perdure jusqu’en juin 1972, alors que le conseil fédéral laisse tomber un constat d’échec et propose de déplacer le pouvoir de décision vers les membres, les syndicats locaux et les instances fédérales. Un revirement complet. La réforme de 1972 remet le pouvoir à la Fédération. Le Congrès est aboli. Le pouvoir se déplace. Le conseil fédéral de mai-juin (aux deux ans) tient lieu d’assemblée générale et remplace le Congrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Art. 13 POUVOIRS&lt;br /&gt;
::Le Conseil fédéral est l’autorité suprême de la Fédération. Il détermine les grands objectifs d’éducation, d’enseignement et de négociation de la Fédération, de même que ses priorités syndicales, sociales et politiques&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Congrès FNEEQ, février 1972, p. 57.&amp;lt;/ref&amp;gt; […]&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
::Le Conseil fédéral doit se réunir au moins trois (3) fois par année dont une assemblée en mai ou juin constitue l’assemblée annuelle pour fin de constitution, cotisation, budget et affiliation. Le Conseil fédéral élit les membres du Bureau fédéral et du Comité exécutif au cours de cette assemblée, tous les deux (2) ans&amp;lt;ref&amp;gt;Id., p. 59.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Congrès établit également l’abolition des syndicats provinciaux et l’autonomie à chaque syndicat local. Le SPE est évidemment touché, mais n’entre pas dans les délais pour redonner légalement l’autonomie à toutes ses sections. C’est donc en 1975 que nous assistons à la dissolution du SPE et à l’affiliation directe des collèges privés à la FNEQ. Les syndicats d’enseignantes et d’enseignants de dix-huit collèges privés sont concernés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Plusieurs syndicats des collèges privés discutent actuellement du problème de l’affiliation et pour cause. En effet, l’accréditation des syndicats des collèges privés de la FNEQ était, jusqu’à maintenant détenue à l’échelle provinciale par le Syndicat professionnel des Enseignants (SPE), secteur dissout lors de la restructuration de la FNEQ. Dorénavant, et ce, d’ici le 30 juin 1975, chaque section devra demander et détenir sa propre accréditation pour ensuite s’affilier directement à la FNEQ. Cette opération ne constitue pas simplement un transfert de juridiction, mais représente une orientation réelle visant à ramener la décision au plan local. Chaque syndicat reconnu et autonome pourra librement décider de son affiliation. C’est un geste normal qui s’inscrit dans la grande tradition de la CSN. Le droit de décider est un droit inaliénable qui doit se situer à la base de tout regroupement. Si la situation était jusqu’ici autre, c’est dû à des raisons historiques et légales, aujourd’hui périmées&amp;lt;ref&amp;gt;« L’affiliation à la FNEQ (CSN) », Nouveau Pouvoir, vol. 6, no 3, février 1975, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===&amp;lt;u&amp;gt;NE COMPTONS QUE SUR NOS PROPRES MOYENS&amp;lt;/u&amp;gt;===&lt;br /&gt;
En 1971, un document confédéral propose le rejet du capitalisme et prône de se battre pour une société socialiste. Le document n’est jamais adopté par les instances, mais prend une place majeure dans l’histoire de la CSN à ce moment-là et depuis. Il devient une des raisons de la scission au sein de l’exécutif de la CSN et de la création de la CSD en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au même moment, la FTQ et la CEQ publient aussi des manifestes politiques très orientés à gauche : « L’État rouage de notre exploitation » (FTQ) et « L’école au service de la classe dominante » (CEQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Les négociations==&lt;br /&gt;
Le travail d’une fédération à la CSN, c’est de négocier et d’appliquer des conventions collectives. À la FNEQ, les cadres de négociation sont alors bien différents d’un secteur à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPEQ a perdu son lustre d’antan, il s’est beaucoup affaibli syndicalement, ses sections les plus militantes ayant intégré le cégep ou l’université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les collèges privés, la situation est tout autre, malgré le transfert de plusieurs d’entre eux vers le secteur public. La volonté de s’intégrer à la FNEEQ est forte, et la dissolution du SPE ne fait que renforcer l’adhésion des sections, devenues syndicats autonomes. L’autonomie des syndicats donne cependant un argument aux directions pour refuser la négociation à une table unique, comme cela s’était fait sous le SPE. Le gouvernement, qui participe au financement, l’aurait préféré, mais les collèges refusent. Le refus des syndicats des collèges privés de participer à une table commune FNEQ n’aide pas non plus. Les négociations ont donc lieu collège par collège. La difficile réalité de la négociation s’impose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux cégeps, c’est tout nouveau, tout beau : on veut déjà négocier la meilleure convention, l’ultime. La réalité même du réseau des cégeps incite à cette quête. Après une première négociation en 1969, considérée par plusieurs comme une reddition, le moral est plutôt bas, le désir de vengeance, élevé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===DANS LE SECTEUR PUBLIC===&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1971-1972&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
La CSN a créé en 1970 le comité de coordination des négociations du secteur public (CCNSP), dont font partie la FNEQ et les trois autres fédérations ayant des membres dans les secteurs public et parapublic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette coordination s’élargit lorsque, à l’invitation du président Marcel Pepin, la CSN, la FTQ et la CEQ s’unissent en front commun en janvier 1972. Un front uni devant un employeur unique. Ils obtiennent une table centrale de négociation pour les questions salariales. Les négociations des clauses normatives se font aux tables sectorielles. À la table centrale, les négociations se heurtent rapidement à l’intransigeance gouvernementale, qui refuse de négocier les demandes du front commun : salaire minimal de 100 $, indexation, sécurité d’emploi, régimes d’assurance et de retraite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-09 FrontCommun1972 VoteGreve 05.png|vignette|La couverture médiatique donne l’importance dans notre histoire de ce premier vote de grève du secteur public le 9 mars 1972. Lors de la conférence de presse annonçant les résultats, en soirée, on remarque à la table Nicole Gladu du Montréal Matin, Gisèle Tremblay du Devoir et Pierre Vennat de La Presse, trois journalistes importants à ce moment­-là pour le mouvement syndical.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour débloquer la situation, les personnes syndiquées des trois centrales se donnent rapidement un mandat de grève générale illimitée, qu’elles exercent en mars puis en avril jusqu’à ce que la loi 19 rende la grève illégale. Tout s’enclenche ensuite à grande vitesse et mène au début de mai à l’emprisonnement des présidents de la CSN, la FTQ et la CEQ pour non-respect de la loi d’exception. La révolte gagne alors les quatre coins du Québec. Le mois de mai 1972 est mouvementé : on voit le déclenchement de débrayages massifs, tant au privé qu’au public, en plus de l’occupation de quelques villes. Les enseignantes et les enseignants des cégeps y participent activement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette loi 19 est une des premières utilisées dans le secteur public 35 québécois pour contrer des mouvements de grève. Les différents gouvernements québécois, de toute allégeance, useront largement par la suite de cette arme législative dans leurs relations de travail, la loi ordonnant le retour immédiat au travail après 11 jours de grève. La négociation se termine en décembre 1972, alors que le gouvernement décrète les conditions de travail des enseignantes et des enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette période a défini le syndicalisme pratiqué à la CSN. La négociation de 1972 a d’ailleurs permis des gains appréciables, y compris pour les enseignantes et les enseignants : la mise en place d’un régime de retraite indexé, le RREGOP, l’instauration en dernière année de convention d’un salaire minimal de 100 $ par semaine pour les personnes salariées de l’État, et des hausses salariales de plus de 22 % sur 4 ans en plus de l’indexation des salaires au cout de la vie. Les enseignantes et les enseignants obtiennent aussi un régime amélioré de sécurité d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseiller syndical Guy Beaulieu, qui sera plus tard conseiller à la FNEEQ, dit de cette période : « Le mouvement syndical québécois vit des moments historiques avec la mise en place du premier front commun syndical face au gouvernement employeur. La revendication du 100 $ par semaine pour tous était la demande phare de ce front commun. Or que les enseignantes et les enseignants, des privilégiés de ce point de vue, se battent pour un tel objectif était grandiose. Nous étions crédibles dans la population. Le mouvement syndical avait un rôle de locomotive à cette époque. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la CSN implose. L’orientation politique de la centrale, le front commun, la grève dans le secteur public ainsi que les occupations de villes en mai 1972 amplifient le malaise au sein du comité exécutif, et la centrale se divise. C’est la scission. Les trois dissidents Dion, Dalpé et Daigle quittent l’exécutif et la centrale, entrainant avec eux quelques dizaines de milliers de personnes syndiquées, principalement du secteur privé. Elles se réunissent dans une nouvelle centrale, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). Dans la contestation, plusieurs syndicats de la fonction publique quittent aussi le navire pour devenir indépendants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;ATTAQUER LE DÉCRET&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
La période de transition entre les négociations de 1972 et celles de 1975 n’est pas de tout repos. Les syndicats de la FNEQ n’ont qu’une idée en tête : attaquer le décret, principalement sur la question de la participation des enseignantes et des enseignants à la vie pédagogique que le gouvernement veut limiter, sinon éliminer. Des conflits locaux éclatent au COFI de Laprairie et au cégep de Saint-Hyacinthe. Au premier conseil fédéral qui suit le décret, à la mi-février, la stratégie présentée dans le document « Les mêmes objectifs, d’autres moyens » est étudiée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« Les objectifs visés par le gouvernement et les administrations locales sont clairs : démunir les professeurs en les isolant, en les coupant de leur moyen d’organisation, le syndicat ; rendre les recours plus difficiles ; mais aussi asseoir et garantir le pouvoir et les privilèges des administrations locales. Comment ? En voulant faire du chef de département, un patron ; en constituant une commission pédagogique fantoche ; en offrant un CRT décisionnel, mais qui nous coupe de possibilités de griefs ; en faisant du comité de sélection des professeurs, un organisme patronal ; en se voulant unilatéralement maître de la classification &amp;lt;ref&amp;gt;« Les mêmes objectifs, d’autres moyens », annexe au Procès-verbal du conseil fédéral, 17 février 1973, p. 2.. »&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est cependant sur ce point de la classification des enseignantes et des enseignants que la mobilisation va se construire. En février, la Fédération n’a pas encore saisi l’ampleur de la crise de la déclassification. Elle démarre une enquête puis une autre. Le portrait se précise à la mi-mars, lorsque le gouvernement est dans l’obligation de payer la rétroactivité des salaires comme stipulé dans le décret. Pour les enseignantes et les enseignants, le salaire se calcule selon l’ancienneté et la scolarité, facteurs qui sont remis en cause pour 35 % des enseignantes et des enseignants dans la déclassification gouvernementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Commencé en 1969, le classement des enseignantes et des enseignants par comité paritaire se voit interrompu et remplacé en 1971 par un manuel de classification rédigé par la partie patronale. Le décret de décembre 1972 fait le reste du travail : le ministre seul décide à la fois de la manière de classer et du classement, sans droit de regard de l’enseignante ou de l’enseignant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une opposition au décret s’organise : peut-on accepter que les droits des enseignantes et des enseignants soient ainsi bafoués, qu’on les prive rétroactivement d’une partie parfois importante de leur salaire sans qu’ils ne puissent rien dire ? Il semble que non. Gel des cours, retenue des notes et journées d’étude se succèdent. Les syndiqués du cégep de Saint-Laurent mènent la lutte et tiennent trois mois en grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nouvelle classification dévalue à la fois les années de scolarité et les années d’expérience. Les enseignantes et les enseignants du secteur technique sont particulièrement touchés. De même, si une enseignante ou un enseignant a combiné deux années d’étude en une seule, cela compte pour une seule année de scolarité. Certaines directions de cégep sont sensibles au sort de leur personnel enseignant. Le conseil d’administration du cégep Vanier, par exemple, décide de payer cette rétroactivité salariale selon son propre classement provisoire, sans tenir compte du manuel gouvernemental. Le gouvernement réagit en gelant les fonds du cégep à la banque. Même chose au cégep de Saint-Laurent, où les enseignantes et les enseignants décident de geler les cours. Le cégep est mis en tutelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril, les syndicats de huit collèges ont gelé les cours. Une semaine plus tard, le gouvernement revient à la table de négociation et fait une proposition pour régler la rétroactivité, que les syndicats rejettent. Une semaine plus tard, 24 syndicats gèlent les cours. La retenue des notes s’ensuit, ainsi qu’une nouvelle proposition gouvernementale sur la rétroactivité et un nouveau rejet par les présidentes et présidents des syndicats. La lutte est reportée à l’automne. La session est annulée au cégep de Saint-Laurent. Pour appuyer le personnel enseignant touché, le conseil lui verse une allocation de grève de 100 $ par semaine. En aout, les négociations reprennent sur l’annulation de la session. Finalement, une entente de principe intervient en septembre, une entente satisfaisant les principales revendications de la Fédération, y compris l’absence de représailles pour les syndiqués qui ont mené l’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Mêmes objectifs, d’autres moyens était le mot d’ordre que nous lancions dès janvier 1973 lors d’une réunion de présidents. Il s’agissait alors de rendre inopérantes ::plusieurs clauses du décret concernant la participation par la cohésion syndicale dans chaque CEGEP.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La loi 19 et le décret pesaient lourd alors sur la vie syndicale. Il n’était pas facilement pensable que les professeurs soient prêts quelques mois plus tard à ::entreprendre des actions sur un point du décret. Même la réunion des présidents du 31 mars, la première portant sur la déclassification, ne permettait pas de penser ::que le mouvement pourrait reprendre. Il ne faut pas négliger ici l’impact du nouveau moyen d’action généré par l’action elle-même, au CÉGEP de Saint-Laurent : le gel ::de cours, et ce, même si le Gouvernement a annulé la session.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La déclassification a pris les professeurs de plusieurs collèges par surprise. Ils ont réagi, ont fait preuve de solidarité, en particulier, devant l’acharnement du ::ministère de l’Éducation envers le syndicat du CÉGEP de Saint-Laurent. Les réunions de présidents ont joué le rôle de comité de stratégie et ont servi à mobiliser et ::informer ceux qui ne participaient pas encore à l’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::L’entente intervenue permet d’atteindre complètement ou dans une large mesure les principaux objectifs que nous nous étions fixés lors du Conseil fédéral du 5 mai […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La meilleure façon de ne plus avoir de décret, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait pas, dans les faits, de décret. La déclassification, c’était un des articles du ::décret dont les effets étaient inacceptables. Il y en a d’autres&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 4, no 4, septembre 2013, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;AU COFI DE LAPRAIRIE&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 2, no 5, 4 octobre 1971. Le numéro complet est consacré à la situation au COFI de Laprairie.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
En 1972 et 1973, le gouvernement alimente l’insécurité dans les Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI), qu’il met en place depuis 1970. La question de l’intégration des immigrants à la culture majoritaire est alors une question de société. C’était avant la loi 101 et l’obligation de franciser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignantes et les enseignants du COFI de Laprairie s’organisent en syndicat et arrachent durement de bonnes conditions de travail après un long lockout de cinq semaines. Quelques mois plus tard, la direction ministérielle à l’Immigration ferme des classes à Laprairie pour en ouvrir dans des écoles désaffectées de la CÉCM. La moitié des enseignantes et enseignants sont immédiatement touchés et tous sont menacés de perdre leur emploi à court terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les revendications des enseignantes et des enseignants sont claires : augmenter les heures de cours de français de 20 heures à 40 heures tout en conservant les 20 heures de cours d’anglais et assurer une certaine sécurité d’emploi au personnel enseignant afin de permettre une véritable carrière de spécialistes de l’enseignement aux immigrants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Bienvenue, ministre de l’Immigration, veut de toute évidence casser le mouvement de syndicalisation dans ces centres d’intégration des immigrants. Finalement, il y a entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::[…] le conflit au COFI de Laprairie a pris fin le 20 novembre. Les professeurs et autres employés ont approuvé la convention collective signée aux conditions du ::syndicat. Du même coup, l’administration en a profité pour congédier une vingtaine d’employés non syndiqués&amp;lt;ref&amp;gt;Le Travail, vol. 48, no 18, novembre 1972, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les COFI ont été abolis en 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;AU CÉGEP DE SAINT-HYACINTHE&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 3, no 7, novembre 1972. Tout le journal est consacré au conflit au cégep de Saint-Hyacinthe.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit au campus de Saint-Hyacinthe du cégep Bourgchemin éclate autour d’une expérience de collégialité dans les services aux étudiants du campus et de la répression qui s’en est suivie. Certaines directions de cégep semblent prendre à leur compte l’attitude autoritaire du gouvernement, sur l’idée de la participation, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Début 1971, les intervenants des services aux étudiants du campus 39 de Saint-Hyacinthe entreprennent une réflexion sur la gestion de leur service. Ils réalisent que la mise en commun de leurs connaissances en atelier, quel que soit le rôle de chacun dans l’organisation, rend leur travail plus intéressant et plus efficace. Lorsque le directeur des services démissionne en juin, ils en demandent l’autogestion. La direction refuse, puis demande que l’atelier de cogestion soit démembré. Deux points agacent particulièrement la direction : l’aspect décisionnel de l’atelier et la participation du personnel de soutien. Une menace pour le pouvoir, un mauvais exemple pour la communauté collégiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Madeleine Jacques, animatrice aux activités socioculturelles, est congédiée en septembre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« L’arrêt de l’expérience et l’attitude de l’administration jusqu’à maintenant (menaces, congédiement, retenues de salaires, télégrammes et lettres exigeant une ::soumission inconditionnelle à leur idéologie) montrent sans l’ombre d’un doute que dans la conception actuelle de la démocratie, l’individu est libre de poursuivre ::ses fins et intérêts individuels sur la base des conditions générales existantes, mais qu’il n’est pas libre de poursuivre la transformation de ces conditions ::générales selon des fins et des besoins communs&amp;lt;ref&amp;gt;Madeleine JACQUES, « L’autogestion, bête noire des patrons », Nouveau Pouvoir, vol. 3, no 2, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, l’animateur à la pastorale est à son tour congédié, pour son refus de se conformer aux décisions de la direction. Le jour même, les enseignantes et les enseignants réagissent, une quarantaine d’entre eux débraient. Une soixantaine de personnes rencontrent quatre membres de la direction, les questionnant sur les raisons des deux congédiements. Revirement : ces quatre membres de la régie interne font parvenir à la direction générale une lettre demandant la poursuite de l’expérience d’autogestion et le réengagement des deux personnes congédiées, sans quoi ils démissionnent. Dans les jours qui suivent, ils déclarent avoir subi des pressions de la part de 23 enseignantes et enseignants, « les personnes agissantes », qu’ils identifient. Ces derniers sont appelés par pli recommandé à leur domicile à se présenter devant le directeur du campus. Ils y vont en groupe de 60 personnes, ceux n’ayant pas été convoqués agissant en tant que membres de leur syndicat. La direction refuse la rencontre dans ces conditions. Le conflit durera neuf semaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LE COMITÉ ÉCOLE ET SOCIÉTÉ&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité école et société, créé en 1975, est l’équipe de recherche, le laboratoire d’idées de la FNEQ, sa force diront plusieurs. Formé d’enseignantes et d’enseignants libérés de leur tâche régulière, parfois aussi peu que trois ou quatre, le comité alimente par ses recherches les grands débats qui traversent la Fédération. Dès sa création, il travaille beaucoup sur les positions de la CSN en éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière donne la mesure de l’importance du comité :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Le travail du comité école et société depuis 1975 donne une idée de tous les grands débats qui ont eu lieu à la FNEEQ. Tous les sujets discutés au comité tracent un ::portrait éloquent des oppositions et des politiques, des débats à la FNEEQ. Je ne peux pas décrire l’histoire de mon exécutif sans parler du travail du comité école, ::des 30 mémoires qu’on a déposés au gouvernement, ni à combien de commissions parlementaires nous avons participé. J’ai rencontré 12 ministres de l’Éducation durant ::mon mandat. En rendre compte serait un immense travail&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1975-1976&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nouvelle ronde de négociation des secteurs public et parapublic débute en 1975. Il y a beaucoup d’inquiétude dans les cégeps, où la mobilisation est plutôt faible. Le décret de 1972 a fait mal et de nombreuses directions de collège en profitent pour s’imposer face aux syndicats. Il y a aussi un important malaise concernant la centralisation des négociations de 1972. Il n’est pas question de répéter cette erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nouvelle structure, les 40, a été mise en place. Quarante parce qu’il y a 40 cégeps au sein de la FNEQ ayant chacun son délégué au comité de négociation. Cela crée une dynamique invraisemblable qui ouvre la négociation avec force. Plus tard, on apprendra que la partie patronale surnommait la structure « Francine Lalonde et ses 40 voleurs ». La perte d’un syndicat de cégep fait en sorte que le comité devient le comité des 39 pendant la négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les priorités de négociation à la table sectorielle : la tâche, la classification et les salaires, la participation et la reconnaissance syndicale, l’éducation aux adultes et la sécurité d’emploi. À la table centrale : les salaires, une échelle unique de classement et une réduction des écarts salariaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tâche est le dossier chaud pour les enseignantes et les enseignants. La norme 1/15 négociée en 1969 a montré ses limites, particulièrement en enseignement professionnel, où elle ne peut être appliquée de manière uniforme. Marcel Gilbert, le négociateur pour la FNEQ, qui en devient le président en juin 1976, propose diverses formules mathématiques pour susciter la discussion. La version H est choisie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon cette formule, le calcul de la tâche n’est plus basé sur une charge individuelle, mais sur une allocation de postes à chaque collège selon les inscriptions reçues. Ensuite, le collège fait la répartition selon la convention collective. Les enseignantes et les enseignants obtiennent aussi une enveloppe budgétaire protégée, qui ne peut servir qu’à eux, ce qui équivaut à un plancher d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« À chaque négociation, les syndicats doivent défendre cette enveloppe que la partie patronale voudrait « ouvrir » pour l’utiliser à d’autres fins que l’enseignement ::(équipements, immobilisations, etc.). Les syndicats doivent aussi régulièrement défendre la structure départementale et son autonomie, considérées par les professeurs ::comme des leviers essentiels de leur compétence. La première lutte en ce sens eut lieu en 1975, au moment où le Rapport Nadeau voulait remplacer les départements par ::des modules. Les professeurEs devaient être regroupéEs selon le programme (module) et non selon la discipline. Par exemple, le module de soins infirmiers devait ::regrouper les professeurEs de soins infirmiers, mais également ceux de biologie, de psychologie et de sociologie enseignant aux étudiantEs de soins ::infirmiers&amp;lt;ref&amp;gt;Flavie ACHARD, « Menaces sur l’enseignement collégial », Nouveaux cahiers du socialisme, no 8, automne 2012, p. 114.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette négociation permet une nouvelle fois au gouvernement de peaufiner son arsenal juridique comme soutien à la négociation. Des lois spéciales sont votées pour contrôler les mouvements de grève dans les services de santé (loi 61 pour mettre fin à une grève tournante de 37 jours des infirmières) et dans l’enseignement (loi 23 pour mettre fin à une grève tournante de huit jours dans les collèges et les commissions scolaires). Ces nouvelles lois spéciales ne se contentent pas de mettre fin aux débrayages, elles s’attaquent directement aux syndicats et à leurs membres : présomption de culpabilité pour les grévistes, pénalités pour les représentants syndicaux, poursuites devant les tribunaux, suspension de la formule Rand, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une mobilisation grandissante, des mouvements de grève et de débrayage, une forte présence à la table de négociation font en sorte que la présidente Francine Lalonde et son équipe arrachent une convention exemplaire, qui est toujours la base de la convention actuelle des enseignantes et des enseignants de cégep. Cette convention a été obtenue par décret, mais les technocrates et les codirections de collèges l’ont qualifiée de « décret syndical ». Vingt-trois jours de grève non consécutifs ont appuyé cet effort de négociation. Le vote d’une loi spéciale en avril 1976, la loi 23, visant à empêcher tout mouvement de grève en enseignement, a un effet mobilisateur sur les membres et leur syndicat. Son caractère excessif a relancé la mobilisation au lieu de la réprimer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-Marcel Gilbert-grey.png|vignette|Lors des négociations de 1975, Marcel Gilbert pose les premières pierres qui permettront avec le temps de mieux définir la tâche d’enseignement.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats considèrent que la loi 23 a permis de donner un second 43 souffle à la mobilisation. Plusieurs d’entre eux notent que le débat et la consultation sur la résistance à une éventuelle loi ayant été fait [sic] dès le début, les assemblées votèrent de défoncer la loi dans un climat bien différent de celui de 1972 pour la loi 19. Cette loi par trop excessive a stimulé la combativité des troupes et permis de réunir le secteur de l’éducation à celui des affaires sociales, déjà aux prises avec la loi 253 sur les services essentiels depuis janvier&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 4, Annexe 8, mai 1978, p. 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;UNE ENTREVUE AVEC FRANCINE LALONDE 20 ANS PLUS TARD&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
« Q : Avez-vous des souvenirs particuliers de la FNEQ, des souvenirs heureux de négociatrice ou de présidente ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
R : J’en ai beaucoup. En particulier, le règlement de 1976 pour les cégeps, quand j’étais enceinte jusqu’au cou. J’ai accouché le 2 juillet et le règlement s’était fait en avril. Les négociateurs patronaux s’inquiétaient pour moi, mais je les rassurais. Nous étions passés à travers la phase finale dans la nuit, après trente-six heures d’affilée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut une victoire arrachée, un extraordinaire moment pour moi, personnellement. Après l’affront des décrets de 1972, ce règlement pour les cégeps était une remise au monde. La nouvelle sécurité d’emploi qu’on avait alors obtenue allait nous permettre de faire les débats sur l’importance de la pédagogie, d’avoir une liberté d’action, de consolider nos bases. Quand on a commencé à faire du syndicalisme enseignant, on avait deux choix : soit on faisait un syndicalisme ordinaire en délaissant les questions pédagogiques, soit on tentait de faire un syndicalisme qui se sente responsable de la pédagogie. C’est fondamental, comme engagement professionnel et syndical, d’occuper le terrain de la pédagogie&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue avec Francine LALONDE, FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995, p. 13-15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==L’ENTRE DEUX==&lt;br /&gt;
À la fin des années 1970, les relations de la Fédération avec le gouvernement du Parti québécois sont, disons, partagées. D’un côté la revendication d’un pays, de l’autre la revendication syndicale. Le dilemme n’est pas nouveau. La Fédération demande à la CSN de prendre position sur la question nationale, mais certaines actions du gouvernement péquiste sont très mal reçues dans les rangs syndicaux. L’idée que l’économie va mal, qu’il faut réduire les dépenses et se serrer la ceinture est bien implantée. Les politiques d’austérité font leur apparition autant au palier fédéral qu’au provincial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 octobre 1976, le mouvement syndical canadien au complet déclenche une grève générale de 24 heures pour protester contre les lois fédérale (C-73) et provinciale (loi 64) imposant des mesures de contrôle des salaires. Ce sont 5500 des 8000 membres de la FNEQ qui participent au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-10-14 ManifestationLoiC73 20.png|vignette|Manifestation des centrales syndicales contre les mesures Trudeau (loi c­73) le 14 octobre 1976.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, le gouvernement Lévesque publie son Livre blanc sur les collèges, élaboré sans consultation auprès du milieu syndical. Un virage rondement mené, puisque dès l’année suivante, il vote les lois 24 et 25 qui modifient considérablement l’équilibre des forces dans l’enseignement collégial. La loi 24 crée le Conseil des collèges, « une sorte d’organisme de surveillance des collèges au service du MEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;», alors que la loi 25 concentre le pouvoir au Ministère et chez le ministre. Les lois adoptées, le mouvement syndical n’a que 12 jours pour préparer et présenter un mémoire au gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA CRISE DU NON-RENOUVÈLEMENT&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Les relations patronales-syndicales se basent sur le rapport de force que les deux parties établissent entre elles. La FNEQ pense avoir établi au long des années 1970 un excellent rapport de force dans son environnement : vis-à-vis les patrons et vis-à-vis les syndicats membres. Le décret « syndical » de 1976 en est une démonstration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les patrons, et plus particulièrement les directions de collège, cherchent à faire mal à la structure syndicale et à prendre l’initiative dans les négociations qui s’en viennent. Coordonnés, ils attaquent collège par collège les règles de sécurité d’emploi incluses dans la convention de 1976.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque la question se retrouve devant les instances fédérales, la majorité des syndicats refuse d’en faire une lutte commune. La suite est une série de luttes locales, avec des résolutions diverses. Plusieurs collèges sont touchés (Saint-Jérôme, Saint-Hyacinthe, Vanier, Joliette, André-Laurendeau, Saint-Laurent, Lévis-Lauzon, Trois-Rivières…). La clause 8-4.12 prévoit que toute enseignante ou tout enseignant ayant 75 % ou plus d’une tâche complète doit la compléter par des cours à l’éducation aux adultes ou autre cours. Les directions de certains collèges ne déclarent une enseignante ou un enseignant temps complet que lorsqu’il a atteint son 100 %. Les syndicats ne sont évidemment pas d’accord et soutiennent que le soin de combler le 75 % revient au collège. Et si le collège n’arrive pas à ce 100 %, il doit quand même déclarer l’enseignante ou l’enseignant concerné à temps complet et le rémunérer comme tel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant le malaise que cette lutte syndicale non coordonnée a suscité dans la Fédération, le secteur cégep – premier concerné – crée un comité d’enquête. Son rapport arrive à un constat majeur : cette épreuve de force sur la sécurité d’emploi a été un échec. Perte de confiance des membres envers la Fédération, manifestation de faiblesses devant les patrons, manque de solidarité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==TURBULENCES DEVANT==&lt;br /&gt;
En prévision de la négociation à venir, le conseil fédéral définit en 1978 un ensemble de politiques, dites fédérales, encadrant la négociation et vote une politique de ralliement. Lorsqu’une décision est prise, la minorité se rallie à la majorité. En principe, les regroupements devaient appliquer les politiques fédérales adoptées en conseil. Cela ne s’est pas révélé aussi simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christophe Auger a vécu cette négociation : « Dans la négociation de 1976, quand les 39 ou 40 décidaient, tous les syndicats se ralliaient. Autrement, il est absurde et irréaliste qu’on revendique une négociation centralisée et qu’ensuite on puisse dire dans le syndicat local : «Cela n’a pas d’importance, faites ce que vous voulez&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Christophe Auger et Pierre Léonard le 8 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fonctionnement est lourd. Certains conseils fédéraux durent jusqu’à six jours et ne se terminent qu’avec une entente sur toutes les revendications de tous les secteurs par tout le monde. La Fédération n’est jamais allée aussi loin dans la recherche de la convention collective parfaite. Lucille Beauchemin, du public, et Denis Choinière, du privé, défendent une fédération unitaire, une fédération politique plutôt que de services.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière participait aux instances : « Tout cela a eu raison de l’équipe Beauchemin, démissionnaire en février 1979. Il devenait de plus en plus difficile de garder une ligne, de maintenir les politiques fédérales, les regroupements se prononçant contre les décisions du conseil. On a assisté à une fronde des regroupements contre la Fédération. Selon eux, il y avait contradiction entre les politiques fédérales et leur application dans la convention collective. Dans une telle situation, les comités de négociation devenaient les maitres du débat et, par le fait même, prenaient le contrôle des services et des ressources. S’il y a problème entre négociation et politiques fédérales, les politiques fédérales s’appliquent&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA DÉMISSION DE L’EXÉCUTIF BEAUCHEMIN&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Dans un tel contexte, la Fédération est difficile à gouverner. Les positions semblent irréconciliables. Une ligne de fracture syndicale, qui en voisine une autre, politique, concernant la question nationale. Le Parti québécois au pouvoir prépare un référendum sur la souveraineté, mais doit se comporter en patron face à des organisations syndicales qui lui sont plutôt favorables. Et beaucoup de militantes et militants syndicaux tant à la CSN qu’à la FNEEQ sont des souverainistes qui poursuivent politiquement le même but que le PQ. Ils ne veulent pas nuire à la cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, les trois membres du comité exécutif de la Fédération démissionnent. Pierre Léonard, qui accepte de faire partie de l’exécutif suivant, a vécu la situation de près : « C’est le vide complet, on finalise le projet de convention collective, les négociations vont commencer bientôt et il n’y a personne qui veut aller à l’exécutif. Un comité intérimaire de six ou sept personnes essaie de tenir le fort, une situation vraiment difficile. Quelques-uns sont approchés et finalement décident de faire le pas. On demande à Francine Lalonde de revenir. Battue à la vice-présidence de la CSN, elle est retournée travailler au cégep. Elle accepte et forme un nouvel exécutif avec Shirley Roy et moi-même. Nous ne savions pas dans quoi nous nous embarquions, nous avons ramassé les pots cassés&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée&lt;br /&gt;
à Jacques Gauthier par Christophe Auger et Pierre Léonard le 8 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1978-FNEEQ Lucille Beauchemin 097-grey.png|vignette|Audette Landry, secrétaire générale, et Lucille Beauchemin, présidente de la FNEQ, lors d’une rencontre des exécutifs de la fédération le 25 août 1978.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est sous la présidence de Francine Lalonde qu’on ajoute un quatrième membre au comité exécutif, avec une obligation que les trois secteurs y soient représentés. Un gain pour le secteur privé. Apparaissent aussi les ateliers sectoriels, véritables ancêtres des regroupements tels qu’ils existent maintenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1980-Nadine Pirotte 2-grey.png|vignette|Rencontre des délégations des cégeps pendant la négociation de 1979­-1980. Nadine Pirotte au micro.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-10-Debrayage24Heures.19791025.1-v2.png|vignette|Débrayage de 24 heures du secteur public le 25 octobre 1979.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1979&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Pendant ce temps vient la négociation, où deux lignes s’affrontent : le premier courant affirme que beaucoup de gains ont été réalisés en 1976, le temps du peaufinage approche ; le deuxième courant désire obtenir la convention parfaite dès maintenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on ajoute à cette fracture les problèmes de gouvernance, les incompréhensions entre le public et le privé, les négociations simultanées des deux secteurs, le refus d’accès à la table centrale pour le privé, la négociation du SPUQ et le SCCUQ en pleine organisation, on peut dire que la marmite bout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 1979, le gouvernement rencontre le front commun syndical, constitué de nouveau. Les demandes syndicales concernent les salaires, le régime de retraite, les primes d’éloignement et les droits parentaux, la mise en place d’un réseau universel et gratuit de garderies et l’éducation permanente. Les enjeux liés à la sécurité d’emploi et à l’application de la clause 8-4.12 incitent à une amélioration du processus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les droits parentaux deviennent un enjeu majeur de la négociation à la table centrale. À la table sectorielle, la partie patronale cherche à renforcer ses droits de gestion et à réduire la marge de manœuvre des professeures et professeurs et de leur syndicat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Début novembre, les personnes syndiquées rejettent à 90 % les offres patronales ; un vote de grève générale illimitée, qui devrait débuter le 13 novembre, est pris à 56 %. La veille, le gouvernement vote une loi spéciale, qui suspend le droit de grève et de lockout jusqu’à la fin du mois. La loi est peu défiée. La partie syndicale est dans l’obligation de présenter les offres patronales aux assemblées générales et de procéder à un vote secret. Le front commun demande aux syndicats de défier la loi et de reporter le débrayage au 19 novembre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contrairement aux syndicats de la Fédération des affaires sociales, seulement sept syndicats de la FNEQ – pour 44 % des membres – se prononcent pour défier la loi. Des négociations intensives se poursuivent et le 19 novembre, comme voté, les syndicats des affaires sociales de la CSN sont en grève illégale. Deux jours plus tard, il y a entente à la table centrale et à la table des affaires sociales. Le projet de règlement est présenté à la FNEQ et la présidente Lalonde le déclare inacceptable. Des négociations intensives reprennent aux tables sectorielles et le comité de négociation présente aux 40, une semaine plus tard, un projet de règlement soumis aux assemblées générales comme stipulé par la loi spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La règle de la double majorité (majorité de syndicats et majorité de personnes syndiquées) n’est pas obtenue : 55 % des syndicats approuvent l’entente, mais 52 % des personnes syndiquées la rejettent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le projet rejeté, les 40 recommandent le recours à la grève générale. Un nouveau projet de règlement est déposé par la partie patronale et est aussi rejeté. Les personnes syndiquées de la FNEQ s’opposent de nouveau à la grève générale. De leur côté, les enseignantes et enseignants de la FEC-CEQ, ceux du primaire et du secondaire, les professionnels non enseignants et les employés de soutien du secteur scolaire et des cégeps sortent en grève, paralysant 22 cégeps syndiqués à la FNEQ. Cette grève durera de quelques semaines à plusieurs semaines selon les secteurs. Finalement, début mars, le comité de négociation de la FNEQ recommande l’acceptation des offres, à certaines conditions&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, no 9, mars 1980, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sortir de cette négociation, les gains syndicaux sont tangibles : congé de maternité de 20 semaines ; congé de paternité de cinq jours ; congé d’adoption de dix semaines ; congé sans traitement de deux ans après l’accouchement ; primes de disparité régionale en hausse de 60 % ; gain salarial de 42,9 % sur 4 ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut une période difficile. Pour beaucoup, la graine de la désaffiliation, qui surviendra à la fin des années 1980, était semée. Beaucoup de double discours, décalage entre ce qui se dit dans les instances et dans les syndicats, clivage entre les assemblées syndicales et la structure. Dynamique malsaine dans le fonctionnement syndical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DANS LES ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS==&lt;br /&gt;
En 1972, les établissements privés sont décrétés tout comme ceux du public, sur le normatif et le salarial. C’est la seule fois que cela se produit, puisque le gouvernement ne voudra plus s’occuper des conditions de travail, surtout pas localement. C’est surtout une indication que les conditions salariales et de travail du privé s’aligneront de plus en plus sur celles du public, ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. Les enseignantes et les enseignants du privé ont souvent eu de meilleures conditions de travail que leurs vis-à-vis du public, principalement concernant la tâche. De négociation en négociation, cet avantage de qualité, sur lequel le privé a tablé pour son recrutement, tend à diminuer sinon à disparaitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sentiment d’insatisfaction des syndicats du privé envers la Fédération grandit. Ils voient leur rapport de force diminuer et ne se sentent pas appréciés dans leur Fédération, même s’ils sont parmi les fondateurs. Ils ne sentent surtout pas que la Fédération met autant d’énergie qu’au public pour appuyer la négociation. Beaucoup choisiraient d’être membres de la CSN sans affiliation fédérale si cela avait été possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La position floue de la Fédération sur la présence du secteur privé dans l’offre en éducation ne règle rien, et irrite les membres du privé. En fait, tout le monde sait qu’elle est contre, même si elle ne l’affirme pas ainsi. En 1976, l’élection du PQ, qui s’est prononcé dans son programme pour l’abolition du secteur privé en éducation, augmente leur insécurité. Qui va les défendre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car la FNEEQ est absente du débat. Cela vient surtout de l’indifférence des syndicats de cégep à leur égard, voire de l’hostilité : pourquoi sont-ils ici ? Voici un exemple de cette indifférence : le syndicat du collège de Lévis, très militant, négocie en 1976 sans l’aide de la FNEQ. Ses membres arrachent une bonne convention, mais refusent de signer : ils attendent l’entente sur le salarial négocié par le secteur public. Ils auraient aimé faire partie des négociations du secteur public. Pour manifester leur solidarité, ils choisissent de débrayer en même temps que les syndicats de cégep. Ils demandent donc à la FNEQ de faire partie de la chaine téléphonique qui diffuse les mots d’ordre de débrayage, mais ils attendent les communications en vain. Ils se débrouillent donc seuls : chaque jour un militant se lève tôt le matin, s’informe par la radio sur les actions à venir et démarre en cas d’action la chaine téléphonique mise en place. Et ils débrayent comme les syndicats du public. Finalement, ils gagnent leur point et, encore aujourd’hui, ils ont la même échelle de salaires que le secteur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le débat sur la pertinence du secteur privé dans l’enseignement a été tenu sous le boisseau depuis la création de la FNEQ. Les positions sont ambigües, n’ont jamais été définies clairement. La parution du rapport Nadeau, qui prône un financement public égal pour le public et le privé, force la Fédération à se positionner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mandaté en 1973 pour rédiger un rapport sur l’éducation collégiale, le comité Nadeau remet son rapport en 1975. Parmi les points traités, celui du collégial privé. Le comité recommande que le public et le privé soient traités sur un même pied, à financement égal :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« À la FNEQ, le débat sur l’enseignement privé a resurgi à l’occasion de l’étude du Rapport Nadeau. Les participants à une session de travail, en mars dernier, s’opposaient au financement public des écoles privées. Ces participants étaient en majorité des membres des syndicats d’enseignants de cégep&amp;lt;ref&amp;gt;Lucille BEAUCHEMIN, « La question de l’enseignement privé », Nouveau Pouvoir, vol. 8, no 1, janvier 1977, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vis-à-vis de ses membres et de la CEQ qui prône la suppression du financement des institutions privées, la Fédération se doit d’adopter une position claire par rapport au secteur privé. Un des premiers mandats du comité école et société est alors de clarifier cette position. Un numéro complet du journal de la Fédération est consacré à la question&amp;lt;ref&amp;gt;« L’enseignement privé au Québec, droits ou privilèges ? », Nouveau Pouvoir, vol. 7, no 3, (numéro spécial), mai 1976.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après une consultation des syndicats du privé, le bureau fédéral puis le conseil prennent position dans les années 1976-1977. La Fédération favorise l’intégration du secteur privé dans le secteur public tout en protégeant les emplois des enseignantes et des enseignants qui y travaillent&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 16 au 19 juin 1977, document de travail à l’intention du conseil fédéral sur la question de l’enseignement privé, p. 125-145.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::[…] le Conseil fédéral de novembre 1977 adopte la désormais célèbre proposition en 5 points. Cette proposition a pour but l’intégration du privé au public. Il ne ::serait pas inutile de la rappeler :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::— QUE le gouvernement déclare publiques et traite comme telles les actuelles institutions privées dispensant des enseignements réguliers qui se soumettront au régime&lt;br /&gt;
::pédagogique, aux critères d’accessibilité par la clientèle scolaire et aux normes de financement du réseau public ;&lt;br /&gt;
::— QUE les institutions ne répondant pas à ces critères ne soient plus subventionnées par l’État ; &lt;br /&gt;
::— QUE les employés des actuelles institutions privées soient donc intégrés au réseau public avec leur unité d’accréditation et, par conséquent, les garanties ::syndicales nécessaires (expérience, ancienneté, classement, sécurité d’emploi, etc.) ;&lt;br /&gt;
::— QUE le gouvernement révise ses politiques de formation des nouveaux maîtres de manière à rendre possible l’intégration du personnel en place sans provoquer de&lt;br /&gt;
::coûts additionnels ;&lt;br /&gt;
::— QUE la FNEQ dénonce : a) la fermeture d’écoles publiques lorsque ce n’est pas strictement nécessaire ; b) la fermeture d’une école publique tant qu’existe une école ::privée dans cette région ; c) l’ouverture de nouvelles écoles privées.&amp;lt;ref&amp;gt; « Les syndicats du privé dans la Fédération », Interaction, 11 novembre 1978, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, enseignant au Petit Séminaire de Québec, a participé aux discussions : « L’éducation, selon la décision, est un service public et on doit abolir les écoles privées sans que cela se fasse sur le dos des personnes qui y travaillent. Donc vous nous intégrez. C’est une position forte. Les assemblées ont approuvé cette position. Cela favorisait même notre rapport de force dans la négociation : si ça ne va pas, on demande l’intégration&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis&lt;br /&gt;
Choinière, Pierre Patry, Ronald Cameron et Jean Murdock le 29 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette politique de la FNEQ sur le secteur privé – on négocie un financement correct et on les intègre dans le secteur public – n’a vu sa réalisation que dans quatre collèges : le Petit Séminaire de Saint-Georges, qui devient le cégep Beauce-Appalaches (1990) ; le Collège Marie-Victorin, qui devient le cégep Marie-Victorin (1993) ; l’École de musique Sainte-Croix, qui est intégrée au cégep de Saint-Laurent (1997) et le Collège de l’Assomption, qui est intégré au cégep régional de Lanaudière (1998).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette politique fédérale ne sera révisée qu’en 2015.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=Les négociations=&lt;br /&gt;
Quand le Syndicat professionnel des enseignants (SPE) est aboli entre 1972 et 1976, au fil de la transformation des sections locales en syndicats autonomes, les employeurs se déclarent libérés de l’obligation de négociation provinciale. Effectivement, les négociations qui suivent se font collège par collège. Pour plusieurs, les syndicats du privé et la Fédération ont eu tort de ne pas défendre à ce moment-là la négociation provinciale. Le privé est donc confronté à des négociations locales difficiles et fait même face à des grèves importantes au Petit Séminaire de Québec ainsi qu’au Collège Notre-Dame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DES CONFLITS MARQUANTS DANS DEUX ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS==&lt;br /&gt;
Les membres du Syndicat des enseignants du Petit Séminaire de Québec ont fait la grève en 1975 pour obtenir une convention collective satisfaisante. Les 57 enseignantes et enseignants laïques qui y travaillent, au secondaire comme au collégial, y assurent la grande majorité des charges de cours. Après plusieurs mois de négociation infructueuse et de moyens de pression divers, les enseignantes et les enseignants déclenchent la grève le 24 janvier après l’avoir votée à 95 %. Au cœur du litige : les salaires et les avantages sociaux ainsi que la sécurité d’emploi et la charge de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde, alors présidente de la FNEQ, donne la mesure du conflit dans le journal de la Fédération :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi parler de la grève du Séminaire de Québec ? Parce que cette institution résume peut-être de diverses manières les problèmes et les attitudes retrouvés dans l’ensemble du réseau et que de ce fait, ce conflit met en lumière la nécessité  de ne pas sous-estimer la résistance patronale vis-à-vis les revendications syndicales. S’il y a grève au Séminaire de Québec, c’est que quelque chose a changé tant chez tes syndiqués que chez les employeurs des institutions privées. Si cette grève dure si longtemps, c’est que ces changements n’iront pas sans heurter des habitudes et des mentalités. En ceci, la grève au Séminaire mérite une analyse afin d’en tirer des leçons, là comme ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Francine LALONDE, « Quelque chose a changé », Nouveau Pouvoir, vol. 6, no 2, février 1975, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;AU COLLÈGE NOTRE-DAME&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
La négociation au Collège Notre-Dame (CND) se déroule autrement. La congrégation des frères de Sainte-Croix, propriétaires du Collège Notre-Dame et de l’Oratoire, tente un coup de force. Sous la gouverne du frère Bastien, franchement anti-CSN, antisyndicale, antisocialiste, la congrégation donne du poing sur la table et se distingue. Le collège participe à une négociation regroupée avec sept autres collèges. Leurs huit syndicats d’enseignantes et d’enseignants remportent cette table unique de négociation (le Collège Jean-de-Brébeuf, le Séminaire de Saint-Hyacinthe, le Séminaire de Joliette, le Séminaire Saint-François de Cap-Rouge, le Séminaire des Salésiens (Sherbrooke), le Séminaire Saint-Georges-de-Beauce et le Collège Notre-Dame). Alors que les négociations communes sont entreprises depuis mai 1975, qu’elles progressent plus que lentement, voilà qu’en novembre la partie patronale dissout la table de négociation et renvoie le tout au niveau local. Le syndicat du CND ne l’entend pas ainsi et tient un vote de grève. Les négociations reprennent au niveau local, difficilement, jusqu’au 18 décembre, où le syndicat rejette les offres patronales en assemblée générale et renouvèle son vote de grève au moment jugé opportun. Informée, la partie patronale déclenche le lockout dès le lendemain, à la veille du congé des Fêtes. Ce lockout ne touche que les 34 professeures et professeurs syndiqués du Collège, les privant ainsi de leur paye de vacances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lockout est levé le 3 janvier, mais le 5 janvier les professeures et professeurs ne rentrent pas au travail, aucune condition de retour au travail n’ayant été négociée. C’est la grève. Malgré cela, le collège reste ouvert au moyen d’une restructuration des groupes-cours et des horaires et d’une vaste entreprise de communication de la partie patronale vers les parents d’élèves. Dans le but de faire croire que rien n’a changé, que tout se passe pour le mieux. Neuf étudiants, qui se sont informés de la situation auprès du syndicat, sont mis à la porte. La grève se termine le 3 mars.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde en parle ainsi dans son rapport au conseil fédéral du 5 mars 1976 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Il faut souligner avec force que malgré toutes les difficultés rencontrées et la détermination des frères de Sainte-Croix forts de l’appui de l’Association des ::Institutions de l’Enseignement privé de casser le syndicat, les professeurs du Collège Notre-Dame pourront rentrer au travail la tête haute lundi matin. Il y a, bien ::sûr, entre le projet de convention et la convention, un écart important, mais des gains certains laissent loin derrière le décret, et ce, à plusieurs égards. L’appui ::certain que nous avons apporté, en tant que fédération, a été lent à s’organiser – il a fallu compter avec le rodage des structures d’appui des cégeps et le retour ::tardif à la session d’hiver des professeurs de cégep – mais il y a certes un autre facteur qui a joué, et c’est l’enseignement privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Il y a des professeurs de collèges privés qui s’identifient au système d’enseignement privé, comme des travailleurs d’autres secteurs à leur usine par exemple, mais ::avec, en plus, le rôle d’intellectuels de service. C’est une constatation qu’il faut faire. Il y a aussi des professeurs de cégeps [sic] et d’universités [sic] qui ::identifient les professeurs des collèges privés à l’enseignement privé. Quand les syndicats des collèges privés seront tous combattifs comme quelques-uns qui ont fait ::leurs preuves, l’enseignement privé ne sera plus ce havre à l’abri des conflits syndicaux où tout se passe comme il y a 20 ans. Les conditions de lutte sont plus ::difficiles pour les syndicats des collèges privés : ils sont petits, très près des patrons – qui-agissent-en-propriétaires-paternalistes – et constamment menacés de ::fermeture du collège. Lors de la prochaine ronde de négociation, il faudra établir une coordination plus étroite entre les négociations des collèges privés, des ::cégeps et, souhaitons-le, de l’Université du Québec&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 5 et 6 mars 1976, annexe 2, p. 2-3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1979&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Neuf des 16 syndicats que compte la FNEQ dans les établissements privés veulent une négociation commune, un comité de négociation unique. Ils aimeraient une table provinciale où tous les patrons seraient réunis. De plus, ils revendiquent leur place au front commun, aux côtés des enseignantes et des enseignants des cégeps, dont ils partagent les objectifs&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, no 2, 27 aout 1979.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs points de leurs conventions se ressemblent d’un collège à l’autre, mais ils recherchent une harmonisation plus poussée des conditions de travail dans les établissements concernés. Surtout, ils recherchent un mécanisme de sécurité d’emploi comme celui des cégeps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’esprit de collaboration – ou le rapport de force – qui existait au temps du SPE semble avoir disparu. Une négociation commune n’est plus à l’ordre du jour chez les patrons, qui rejettent la table provinciale à la faveur de négociations locales. Ils y ajoutent pour un temps le refus de libérer le comité de négociation syndical&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, 21 janvier 1979, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le public comme dans le privé, les syndicats n’arrivent pas à faire libérer leurs comités de négociation. Simplement de la mauvaise foi, une volonté d’exacerber la situation, de faire perdre du temps à la partie syndicale. Un affrontement éclate au Collège de Rosemont, où la direction refuse de réengager un professeur de philosophie, au mépris de la recommandation majoritaire du comité de sélection de ce département. La décision relève de la discrimination politique, la direction disant que ce professeur avait appuyé la grève étudiante lors de la session précédente et y avait même participé en présidant des assemblées générales. Le bras de fer dure une dizaine de jours et, finalement, le Collège réengage le professeur, « compte tenu des plus grandes difficultés appréhendées suite à la décision de votre A.G. [sic ]&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8, février 1979, p. 2&amp;lt;/ref&amp;gt;.» L’assemblée syndicale avait décidé de faire connaitre sur plusieurs tribunes la discrimination politique exercée par la direction du cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les comités de négociation syndicaux libérés, chaque collège mène sa négociation de son côté, ce qui n’empêche pas la coordination. Tous sont partis sur la base des politiques fédérales décidées en conseil. Certains syndicats, dont celui du Séminaire de Saint-Georges de Beauce, arrachent une convention pratiquement identique à celle développée en conseil fédéral, exception faite du chapitre sur la sécurité d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Syndicat des moniteurs en conduite automobile&lt;br /&gt;
Ce nouveau syndicat accrédité depuis juillet 1979, rencontre toutes les difficultés imaginables que peut rencontrer un nouveau syndicat que le patron veuf [sic] absolument pas voir s’installer dans sa boîte: congédiement pour activités syndicales, tentatives pour marauder à l’aide d’un syndicat de boutique, tentatives pour faire démissionner des membres en leur promettant la concession de nouvelles franchises, non-prélèvement des cotisations syndicales, lenteurs indues pour déposer les propositions patronales (qui ne respectent même pas les conditions minimales de travail prévues à la Loi). Certaines des sections de ce syndicat (celles regroupant les écoles de conduite Lauzon ) ont déclenché une grève de 3 semaines durant l’été et ont dû y mettre fin suite à une nouvelle procédure de contestation de leur accréditation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nouveau Pouvoir, vol. 10, no 1, octobre 1980, p. 4&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l'Université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Syndicat des Professeurs de L’Université du Québec (SPUC) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Université du Québec est instituée en 1968 et son campus montréalais, l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ouvre ses portes en 1969. Dès l’ouverture, des professeures et professeurs s’organisent en association, qui est rejetée, puis en syndicat. Le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec (SPUQ) est créé en 1970, s’affilie à la FNEEQ et à la CSN, et est accrédité en 1971. Il est le premier syndicat de professeures et professeurs d’université à s’affilier à une centrale ouvrière. En 2019, il est toujours membre de la CSN, mais a quitté la FNEEQ pour la Fédération des professionnèles (FP-CSN) en 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-SPUQ Greve 1976 1-v2.png|vignette|Ligne de piquetage lors de la grève de 1977.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès leur première négociation à l’automne 1971, les professeures et professeurs tiennent une grève de deux semaines et demie, prolongée de trois jours après l’entente afin que l’Université donne un plein salaire aux employés de soutien qui n’avaient pas traversé leurs lignes de piquetage. Ils obtiennent la permanence des enseignantes et des enseignants ainsi que l’autonomie départementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPUQ joue un rôle déterminant dans la formation, en 1973, du Comité de liaison intersyndical de l’Université du Québec (CLIUQ), une instance de concertation pour les syndicats de professeures et professeurs des différentes constituantes de l’Université du Québec. Louis Gill, professeur d’économie à l’UQAM et membre du SPUQ, nous raconte: « À l’initiative du CLIUQ, un comité de coordination des négociations dans le secteur universitaire (CCNSU) a vu le jour en 1975, réunissant les syndicats de professeurs des constituantes de Montréal, Trois-Rivières et Rimouski, alors affiliés à la CSN, et les syndicats de professeurs de la constituante de Chicoutimi, de l’INRS et du Centre universitaire de l’Ouest québécois (CEUOQ), alors affiliés à la CEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Louis Gill, « Vingt-cinq années de syndicalisme universitaire 1971-1996 », 25 ans de&lt;br /&gt;
syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p. 48&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-SPUQ Greve 1976 2.png|vignette|En 1977, le SPUQ fait la grève pendant 123 jours, tenant tête à l'Université qui s'attaque à l'autonomie départementale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1977, le SPUQ fera une autre grève, plus dure celle-là, qui durera 123 jours. La préservation des salaires des employées et employés de soutien sera encore un enjeu dans le règlement, et un gain comme en 1971. Jean-Marc Piotte nous raconte : « Le siège social – l’Université du Québec – voulait casser le syndicat. On a gagné, mais ce fut difficile. Les profs de Science de la gestion continuaient de donner leurs cours dans d’autres locaux, avec salaires. Cela est ensuite devenu impossible avec la loi anti-scabs que notre grève a concouru à créer. Une grève très dure avec comme enjeu le contrôle de la commission des études. Nous y avions la majorité, que nous avons perdue avec l’ajout des chargées et chargés de cours et des étudiantes et étudiants&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean-Marc Piotte le 18 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. » L’assemblée départementale, composée uniquement de professeures et professeurs, conserve l’approbation du choix des nouveaux profs. Sur les autres sujets, ses décisions doivent être entérinés par la commission des études. Il revient aussi à l’assemblée générale du syndicat de désigner les délégations professorales aux instances universitaires. Ce contrôle échappe ainsi à la direction de l’Université, qui le revendiquait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce conflit marque un jalon important dans l’histoire de l’Université du	Québec, comme l’écrit Simone Landry, présidente du SPUQ de 1993 à 1997, dans le document syndical du 25e : « […] la plus grande offensive des années soixante-dix contre la démocratie universitaire dans le réseau de l’UQ se retrouve dans le projet de réforme du président Robert Després, adopté par l’Assemblée des gouverneurs le 26 juin 1974. Cette réforme centralisatrice visait à transformer en profondeur l’Université du Québec et l’ensemble de ses constituantes. […] Une grève de quatre mois à l’UQAM, en 1976 et 1977, événement mythique dans l’histoire de notre syndicat, eut raison de cet effort inouï pour détruire l’autonomie des universités en même temps que la démocratie universitaire. À l’UQAM, ce fut le dernier grand affrontement sur ces principes fondamentaux, qui furent maintenus dans les conventions collectives subséquentes&amp;lt;ref&amp;gt;Simone Landry, « Démocratie et syndicalisme universitaires en contexte de décroissance économique », 25 ans de syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p. 34&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit du SPUQ suscite de nombreux appuis de syndicats, fédérations et centrales syndicales, de personnalités du monde des arts, des sciences et des médias, et du monde universitaire. Le SPUQ bénéficie également à l’interne de l’appui du SEUQAM, du SCCUQ et de l’AGEUQAM&amp;lt;ref&amp;gt;SPUQ, « Historique du syndicat », Qui sommes-nous ?, [en ligne]. [spuq.uqam.ca/ profil/ historique/ faits_ marquants/] (page consultée le 10 juin 2019)&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fortes tensions au sein du SPUQ. À l’assemblée générale statutaire du printemps 1979, pour la première fois dans l’histoire du syndicat, deux équipes complètes sont candidates à la direction du syndicat, l’une incarnant la continuité militante du syndicat, jusque-là en contrôle; l’autre plus modérée, voire conservatrice, qui l’emporte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1970, dans les Universités, les syndicats de professeures et professeurs et de chercheuses et chercheurs suivants sont affiliés à la FNEQ-CSN :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Chercheurs de l’Université du Québec (SCUQ), qui représente les employés des groupes bureau, métier et service, aide technique, professionnel et technique de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Le SCUQ comprend plus de deux cents membres répartis dans quatre centres de recherche ainsi qu’à l’administration générale. Il sera affilié à la FESP après avoir quitté la FNEQ ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Professeurs de l’Université du Québec (SPUQ) à l’UQAM ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Professeurs de l’Université du Québec à l’UQTR, Trois-Rivières ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec à l’UQAR, Rimouski, affilié en 1976.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre mois à peine après la création du Centre d’études universitaires de Rimouski, premier nom de l’UQAR, une association de professeurs et de professeures se crée en novembre 1969. Ce regroupement se transforme en syndicat professionnel l’automne suivant, puis devient un syndicat accrédité en février 1973.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1974-1975, un mouvement de centralisation des pouvoirs patronaux entre les mains de la direction de l’Université du Québec, à l’initiative du président Robert Després, incite les membres du SPPUQAR à s’affilier à la CSN en mars 1976, où se trouvent déjà nos collègues de l’UQAM (SPUQ). Le premier résultat tangible de ce mouvement est l’obtention, en 1977, d’une nouvelle convention collective, mais celle-là modelée sur celle du SPUQ et dont l’armature essentielle subsiste encore aujourd’hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la deuxième partie des années 1980, un sentiment de malaise croissant est ressenti par les membres du SPPUQAR à l’égard de la CSN et ils décident de se désaffilier de la centrale en octobre 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les Chargées et Chargés de Cours ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire des chargées et chargés de cours à la FNEEQ est exceptionnelle. Avant leur syndicalisation, ces travailleuses et ces travailleurs sont carrément le lumpenprolétariat de l’enseignement à l’université. Ils sont précaires, mal payés, mais éduqués. Leur niveau de frustration très élevé leur donne la force de se regrouper et d’innover. Il n’est pas exagéré de dire que les conditions de travail des chargées et chargés de cours au Québec sont aujourd’hui les meilleures en Amérique du Nord dans cette catégorie d’emploi. Un modèle, initié par les chargées et chargés de cours de l’UQAM dans les années 1970. Le choix était simple: soit on répartissait la misère, soit on s’attaquait à la précarité pour en arriver à avoir un travail intéressant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précaires et sans protection, les chargées et chargés de cours de l’UQAM des années 1970 y donnent la moitié des cours au premier cycle. Ils sont dans une position ambigüe : le SPUQ aimerait bien avoir une section « chargées et chargés de cours», mais ces derniers craignent de se retrouver dans le même syndicat que leurs « patrons ». Après un bref regroupement des chargés de cours (RCC), le SCCUQ demande son accréditation en décembre 1976, en pleine grève du SPUQ. Il est accrédité 14 mois plus tard, en février 1978.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les relations SPUQ et SCCUQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis Gill : « Dès 1972, s’est développé à l’UQAM un mouvement de syndicalisation des chargés de cours. Le SPUQ, qui a appuyé ce mouvement dès le départ, favorisait cette syndicalisation dans le cadre d’une section du SPUQ. L’équipe qui s’est emparée du projet au moment de la grève de 1976-1977 a plutôt opté pour la formation d’un syndicat indépendant. Déjà tendus au moment de cette formation, les rapports entre le SPUQ et le SCCUQ se sont considérablement détériorés, plus particulièrement au cours de la première grève que le SCCUQ a menée en 1979. Ces rapports se sont améliorés par la suite pour s’envenimer de nouveau en 1987 au cours de la deuxième grève du SCCUQ. Dans un climat beaucoup plus serein aujourd’hui subsistent néanmoins des germes de tension. Ceux-ci tiennent à des conceptions fondamentalement différentes, voire diamétralement opposées, de l’enseignement universitaire et de ses liens essentiels avec la recherche&amp;lt;ref&amp;gt;Louis Gill, « Vingt-cinq années de syndicalisme universitaire 1971-1996 », 25 ans de syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p.  47-48&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-04-SCCUQ Viree 26041979-v2.png|vignette|Les chargées et chargés de cours de l'UQAM reçoivent l'appui des autres syndicats de l'Université lors de leur grève de 1979.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, alors que le SCCUQ négocie sa première convention collective, chargées et chargés de cours ainsi que professeures et professeurs s’entendent sur un protocole d’harmonisation de leurs conventions collectives. Cette première négociation du SCCUQ, marquée par une grève de deux mois à la session d’hiver, se soldera par une première convention collective de haut niveau, même si imposée par voie d’arbitrage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et les chargés de cours de l’Université de Montréal s’organisent à compter de l’été 1978. Insatisfaits de leurs conditions de travail et de l’indifférence du syndicat des professeurs (SGPUM) à leur égard, une quarantaine de chargées et chargés de cours mettent sur pied un syndicat et entreprennent une campagne de signatures de cartes. Ils vont mettre huit ans avant de négocier une première convention !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève des permanents de la CSN ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1980, un événement exceptionnel se produit dans l’univers de la CSN: les permanents – c’est ainsi qu’on nommait alors les conseillers et les employés de soutien – se mettent en grève. Il y a incompréhension entre les employés et la partie confédérale sur la question du pouvoir. Les uns désirent plus d’autonomie dans leur travail, privilégient le travail d’équipe et la coordination, alors que les autres craignent de perdre le contrôle. Une histoire qui pourrait ressembler à ce qui s’est passé dans les années 1970 dans les cégeps. Ce n’est donc pas surprenant que la FNEQ ait joué un rôle important dans la résolution du conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Comité école et société ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Le laboratoire d’idées de la Fédération =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sixième année d’existence de la FNEQ (1974-1975) se déroule dans un climat social et syndical tendu, voire explosif: le taux annuel d’inflation dépasse les 10 %, le deuxième front commun a été formé de peine et de misère sous fond de tensions et de luttes intersyndicales (notamment dans les chantiers de construction à la Baie-James et au futur stade olympique), la lutte pour la défense de la langue française continue à prendre de l’ampleur&amp;lt;ref&amp;gt;En juillet 1974, le gouvernement libéral de Robert Bourassa fait adopter le controversé projet de loi 22 qui fait du français la seule langue officielle au Québec. Au cours de l’année, le Conseil fédéral de la FNEQ recommande aux comités exécutifs syndicaux de soumettre au vote de leur assemblée générale la recommandation suivante : « le Syndicat des professeurs recommande à ses membres d’exiger désormais de leurs fournisseurs l’emploi de la langue française, dans les factures que ces derniers leur adressent.» procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt; malgré des avancées récentes, des conflits de travail surgissent dans tous les domaines et l’essoufflement de l’élan de la Révolution tranquille se constate de plus en plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas moins de quinze nouveaux syndicats s’étant affiliés à la FNEQ durant l’année&amp;lt;ref&amp;gt;Les syndicats des établissements suivants : Cégep Ahuntsic, Cégep Champlain-St.Lawrence, Collège Jean-de-Brébeuf (collégial et secondaire), Collège de Lévis, Séminaire Saint-Georges, Collège Sainte-Anne de la Pocatière, Séminaire Saint-François, Séminaire Salésien, Séminaire de Joliette, Collège Saint-Damien, Collège Notre-Dame, Séminaire de Chicoutimi, Séminaire de Saint-Hyacinthe, Collège du Lac-Saint-Jean (Alma)&amp;lt;/ref&amp;gt;, on devine que les besoins entourant cette forte croissance sont imposants. Le rapport du vice-président, Guy Demers, fait état de la profusion des mandats donnés par les conseils fédéraux et de la difficulté de les remplir tous, notamment par manque de disponibilité des membres des comités ad hoc de la Fédération et du trop grand nombre de réunions auxquelles doivent assister les membres du comité exécutif. Il termine sa présentation par un cri du cœur : « Moins mais mieux&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt;! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De toute évidence, la Fédération a un urgent besoin de renforts. Lors du conseil fédéral de juin, un sous-comité du bureau fédéral recommande que la FNEQ se dote d’un comité sur l’école et la société qui mènerait deux types de recherche : l’une, à court terme, pour procéder à une analyse détaillée des rapports sur l’éducation publiés récemment par différents organismes&amp;lt;ref&amp;gt;On fait allusion, plus spécifiquement, au rapport du comité de liaison enseignement supérieur – enseignement collégial (CLESEC) paru en janvier 1975, ainsi que le rapport Nadeau du Conseil supérieur de l’éducation paru en juillet 1975, dont les conclusions menacent tous deux la sécurité d’emploi des enseignantes et des enseignants&amp;lt;/ref&amp;gt; ; la seconde, à moyen terme, dont l’objectif serait de « former une équipe qui aurait comme tâche d’expliciter la politique de la FNEQ en matière d’éducation dans une perspective socialiste, préparant les futurs travailleurs et travailleuses à avoir prise sur la société dans laquelle ils vivent et ils vont vivre&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le coup d’envoi du Comité école et société, le tout premier comité permanent créé par la FNEQ. À l’origine, il est constitué de deux personnes militantes, libérées partiellement de leurs fonctions d’enseignement, ainsi que du vice-président ou de la vice-présidente de la Fédération. Le conseil fédéral adopte, l’année suivante, un budget annuel récurrent pour en assurer la pérennité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une orientation politique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que la création de ce comité s’inscrit résolument dans l’optique d’un élargissement des fronts de résistance de la Fédération. Il s’agit d’un geste syndical significatif et audacieux qui transcende la défense traditionnelle des intérêts immédiats, tels que les conditions de travail et les salaires. Le comité école et société est conçu comme un véhicule du deuxième front ; Guy Demers assure que « c’est la seule façon de stopper l’asservissement de plus en plus marqué de l’enseignement aux impératifs de la division sociale et de l’entreprise privée au détriment de la démocratie, de la culture, de la critique&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, août 1976&amp;lt;/ref&amp;gt; ». La Fédération a fait le choix délibéré de miser sur l’expertise terrain de celles et ceux qui œuvrent dans le milieu. En résulte une lecture engagée et toujours actualisée des débats du monde de l’enseignement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès les débuts, on demande au comité école et société de centrer son action autour de deux missions complémentaires : la réflexion et l’orientation. Il pose son regard sur l’actualité québécoise, tout en s’inspirant des courants de pensée sur l’éducation à travers le monde afin de renseigner les membres et d’éclairer leurs débats pour que la Fédération prenne des positions sur les enjeux qui touchent le monde de l’éducation. Jusqu’à ce jour, le comité est resté fidèle à son engagement politique et à ses mandats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une bibliothèque vivante ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La publication de mémoires, d’avis et de documents de référence constitue le mode principal de diffusion des idées du comité école et société. Au cours des années, suivant l’actualité, le comité a proposé quantité d’analyses sur des sujets très variés. Pour donner une idée de l’ampleur de ses travaux, le tableau suivant dresse une liste non exhaustive des sujets abordés par le comité école et société au cours des quatre décennies de son existence :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1975-1985 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation professionnelle – Réforme de l’enseignement collégial – Nouveau programme pédagogique au secondaire – Changements technologiques – Rôle de l’école publique – Éducation des adultes –	Plateforme de pédagogie progressiste – Modes d’évaluation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1985-1995 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Privatisation des services publics en éducation – Plateforme CSN en éducation – Impact du libre-échange – Autonomie professionnelle – Précarisation de l’emploi – Dossier sur l’école privée – Modifications aux lois – Financement des universités&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1995-2005 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Populations étudiantes diversifiées – Relève enseignante – Harmonisation interordres – États généraux sur l’éducation – Nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) – Formation professionnelle et technique – Réforme de l’éducation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 2005 à aujourd’hui ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bilan de la réforme – Évaluation de l’enseignement – Financement de l’école privée – Enseignement de l’histoire – Internationalisation&lt;br /&gt;
– États généraux de l’enseignement supérieur – Violences à caractère sexuel – Formation des maîtres – Téléenseignement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’à la fin des années 1980, le comité école et société organisait des « sessions », environ deux fois par année, afin d’assurer la diffusion des idées et de nourrir sa réflexion au contact des membres de la Fédération. Lors de ces rencontres, les représentants et représentantes des comités école et société locaux étaient invités à partager leur expérience, à étudier des documents de travail sur des enjeux collectifs et à proposer des pistes permettant éventuellement de baliser les positions de la Fédération. La formule a été renouvelée à partir des années 2000 avec la préparation ponctuelle de formations ou de tournées du comité afin de rejoindre les membres des syndicats, notamment dans les régions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir de 2007, le comité école et société choisit d’ajouter une autre corde à son arc en publiant régulièrement des chroniques. La brièveté de ce format lui permet de faire un compte rendu de ses travaux, mais aussi de cibler des sujets qui marquent l’actualité du monde de l’éducation ici et ailleurs : décrochage scolaire, plateformes électorales des partis, comptes rendus de colloques, finances publiques, etc. Souvent reprises dans les journaux syndicaux locaux, ces chroniques marquent les moments forts des quinze dernières années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour terminer ce portrait du comité école et société, laissons la parole à ses rédacteurs et rédactrices. Même s’il n’est pas facile de faire un choix parmi les 85 chroniques, nous proposons d’abord la lecture de la toute première, qui porte sur la libéralisation du commerce international (dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS)) et ses impacts, notamment, sur le secteur de l’éducation. Il s’agit d’une question récurrente abordée par le comité. La chronique sur la mobilisation étudiante du printemps érable, écrite en mai 2012, nous semble un véritable incontournable, car elle montre la portée sociale et politique de cet événement tout en témoignant de l’effervescence de cette période. Enfin, nous avons choisi de partager la chronique du comité publiée à la veille de la première rencontre des États généraux de l’enseignement supérieur à Québec, car elle présente à la fois les enjeux et l’ampleur de cet événement. Ces chroniques, publiées à cinq années d’intervalle, donnent le pouls de l’actualité de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 1 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résistance contre l’AGCS ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les nouvelles stratégies ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Septembre 2006 – la suspension des négociations du cycle de Doha à l’organisation mondiale du commerce (OMC), en juillet 2006, n’a pas sou­ levé une grande attention médiatique. pourtant, cet événement aura des conséquences majeures sur les populations des 149 pays membres de cette grande organisation, qui a comme objectif de libéraliser le com­merce international.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons les faits. Le cycle de Doha, appelé fallacieusement « cycle du développement », proposait principalement l’élimination des subventions et des barrières tarifaires dans le domaine de l’agriculture, la réduction des tarifs douaniers pour les produits non agricoles et une libéralisation des services suite à une complexe opération de marchandage, à travers laquelle les pays demanderaient la soumission de certains secteurs – tels éducation, eau, poste et courrier, télécommunications, etc. – aux règles de la concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’arrêt des négociations a eu comme conséquence de paralyser l’en­semble de l’OMC. Ainsi était-­il prévu, dans le cadre de l’AGCS, de s’attaquer aux réglementations intérieures, normes, qualifications, standards pouvant être vus comme des « obstacles au commerce ». Ces lois pour­raient être soumises à des « tests de nécessité », forçant les pays à les défendre devant des panels d’experts à l’OMC. subissant les contre­ coups de l’échec du cycle de Doha, ces négociations semblent elles aussi stoppées. Mais l’OMC n’a jamais cessé de nous réserver des surprises : à tout moment, les négociations peuvent reprendre. Plusieurs pays ont exprimé la volonté que soit relancé le cycle de Doha et de nombreux négociateurs s’activent dans l’ombre pour remettre l’OMC sur ses rails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur de l’éducation – entre autres par la voie de l’internationale de l’éducation – a manifesté à plusieurs reprises son désaccord avec les politiques de l’OMC et avec la façon dont on considère l’éducation dans l’accord général sur le commerce des services (AGCS). Selon de nombreux intervenants, ce secteur ne doit pas se plier aux lois de l’offre et de la demande ; il doit éviter une marchandisation généralisée qui empê­cherait de rendre l’école accessible à tous, qui la rendrait servile aux besoins du marché et accorderait une importance démesurée au critère de rentabilité. Pourtant, plusieurs pays ont affirmé leur volonté de libé­raliser leur secteur de l’éducation dans les négociations reliées au cycle de Doha. Suite au dernier sommet de l’OMC, qui a eu lieu à Hong Kong en décembre 2005, un groupe de pays, dirigé par la Nouvelle­Zélande, a adressé des demandes de libéralisation qui concernent, entre autres, l’éducation supérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des pays tels que l’Inde et le Canada défendent ce qu’on appelle, dans le jargon de l’OMC, le « mode 4 ». Ce « mode » permettrait, dans le secteur de l’éducation par exemple, l’exportation d’enseignants pour un temps limité. Les conditions de travail de ces enseignants se rapprocheraient de celles du pays d’origine, et non pas de celles du pays d’accueil. Ceci provo­querait une inquiétante concurrence entre les travailleurs et aurait comme conséquence de dégrader de façon considérable les conditions d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du temps pour résister, revoir ses stratégies ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc considérer la suspension des négociations comme une excellente nouvelle. Plusieurs opposants à l’AGCS étaient déconcertés par les pas de géant avec lesquels l’OMC avançait. Comment pouvait-­on alarmer les populations sur des sujets larges et complexes, alors que le cycle de Doha devait se terminer en décembre 2006 et que tout devait se résoudre avant que George W. Bush ne perde, en juillet 2007, son&lt;br /&gt;
« fast track », obtenu le lendemain du 11 septembre ? (ce « fast track » lui permet de faire adopter tout accord de commerce sans que ceux-­ci ne puissent être amendés par le congrès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, il ne faut pas oublier que la suspension des négociations n’est en rien reliée à une remise en question de la libéralisation des services. Le cycle de Doha a échoué parce que les pays membres de l’OMC ne parvenaient pas à s’entendre sur la question de l’agriculture, essentiellement. L’AGCS reste donc intact.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les opposants à l’AGCS ont désormais un allié précieux : ils ont du temps. Ils ne sont plus bousculés par des échéances trop serrées, ils peuvent s’organiser, réfléchir à des stratégies de lutte, à des alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conjoncture internationale leur est désormais favorable. Les plans d’ajustement structurel dans les pays du sud, qui exigeaient une libé­ralisation systématique des services, ont donné des résultats catastrophiques. Le fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, qui prônent cette libéralisation, sont désormais en crise, et de nombreux pays évitent désormais d’avoir recours à eux. Dans les pays du nord, des libéralisations dans des secteurs vitaux comme l’eau et les transports ont donné, comme dans le sud, des résultats déplorables. Exemple parmi tant d’autres : la privatisation du chemin de fer au Royaume-Uni a été un flagrant échec ; le prix des billets a augmenté, la qualité du service a diminué et les accidents sont devenus plus nombreux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La libéralisation des services se défend donc très mal. Pourtant elle reste à l’agenda politique dans tous les pays, elle continue à être souhaitée par les grandes compagnies et l’AGCS demeure pour celles­-ci un instrument privilégié permettant de la favoriser à une très large échelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De nouveaux Fronts de résistance ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les villes ont été parmi les premières à agir activement contre l’AGCS. À la suite de Vancouver en 2000, de nombreuses municipalités ont demandé une exemption de l’AGCS, ce que leur a refusé le gouvernement cana­ dien. En Europe, de très nombreuses villes, régions, communes se sont déclarées hors AGCS. Au Québec, plus de trente villes, dont Montréal et Québec, ainsi que les deux fédérations de municipalités, ont adopté des résolutions qui s’opposent à cet accord. Depuis trois ans, en Europe, les collectivités locales contre l’AGCS se réunissent une fois par année pour organiser la lutte et défendre les services publics. Cette année, leur convention, qui rassemble aussi bien des élus, des syndicalistes et des représentants de la société civile, se veut internationale et aura lieu à Genève les 28 et 29 octobre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le secteur de l’éducation, l’Internationale de l’éducation est deve­nue l’un des observateurs les plus attentifs de l’évolution des négo­ciations dans le cadre de l’AGCS. ses rapports nous renseignent avec précision sur les positions des différents pays quant à la libéralisation du secteur. Cette solide connaissance du dossier permet de faire pres­sion sur les négociateurs et d’interpeller plus efficacement les représen­tants des gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Québec et au canada, se sont créés de façon informelle des comi­tés AGCS, composés de syndicats et de regroupements de citoyens. Ces comités ont comme objectifs d’informer les populations québécoise et canadienne sur les méfaits de l’AGCS et de sensibiliser les élus aux conséquences d’une libéralisation étendue du secteur des services. La suspension des négociations à l’OMC laisse place à une grande remise en question de cette libéralisation effrénée dans laquelle nous sommes engagés. Comment la mise aux enchères des services peut-­elle profiter à l’ensemble des populations ? Comment peut-­on valoriser, répandre et rendre plus efficaces les services publics ? Y a-­t-­il moyen de revoir le financement des services publics par une fiscalité plus équitable, plutôt que de tout abandonner à l’entreprise privée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà des questions qui concernent tous les citoyens et auxquelles il fau­dra répondre suite à un vaste débat. La suspension des négociations à l’OMC nous en donne clairement la possibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 47 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Un printemps québécois ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un printemps québécois : Les étudiants portent l’étendard du Bien Commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mai 2012, les jeunes Québécois se sont mobilisés pour la défense col­lective d’un héritage issu du pacte social québécois : l’équité dans la dis­tribution des richesses et la transmission des acquis sociaux entre les générations. La FNEEQ et la CSN ont largement appuyé leur lutte, qui est aussi la nôtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une mobilisation exemplaire ! ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les manifestations urbaines se sont multipliées dans les rues, tout au long des mois de mars et d’avril, mobilisant des masses popu­laires dépassant tout ce qu’on a vu depuis longtemps. De nombreuses citoyennes et citoyens de tous âges et de toutes allégeances s’y sont joints, et plusieurs ont signalé leur sympathie à la cause commune. Il ne faudrait pas croire que cette lutte, comme certains ont voulu la réduire, était l’expression de l’égoïsme d’une génération immature, celle qui refuse d’assumer sa « juste part » des coûts toujours croissants de la formation. La jeunesse fait face à un déni de démocratie de repré­sentation, tout en vivant une expérience concrète d’éducation à la par­ticipation politique. Elle a appris que l’exercice cynique et méprisant du pouvoir doit être dénoncé. Avec la hausse des frais de scolarité, le gouvernement du Québec a choisi les étudiants comme première cible dans sa stratégie pour transformer le rôle de l’état. Il savait que les jeunes n’avaient pas en leur faveur la protection des lois du travail ni d’autres lois protégeant les moins nantis. La plupart de ces jeunes ne paient pas d’impôt, travaillent au salaire minimum et n’ont pas droit à l’aide sociale. Les voilà boucs émissaires d’un gouvernement autoritaire qui recherche la division sociale et impose aux plus pauvres des tarifications élevées et des augmentations de taxes, des mesures nettement régressives. Les jeunes répondent très justement : la grève est étudiante, la lutte est populaire. Leur victoire sera celle de tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des enjeux de société ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La riposte à cette stratégie ignoble s’est manifestée par un appui popu­laire que les prétendus sondages par internet – peu fiables­ ont mal éva­lué et que les médias ont claironné : la société québécoise est divisée sur l’enjeu des frais de scolarité, mais elle serait prête à payer plus d’impôt pour le maintien des services sociaux, selon un récent sondage fiable, celui­-là (NPD canada). L’éducation supérieure est un service public de premier ordre, qui devrait être assumé par tous et non un bénéfice per­sonnel acquis comme marchandise. Il n’y a pas d’investissement collectif plus important pour l’avenir et pour les nouvelles générations. Les aînés qui ont connu la révolution tranquille le savent bien et ils ont encouragé leurs enfants (les babyboumeurs) à faire des études poussées jusqu’à l’université, si possible. c’est en ce sens que Guy Rocher a rappelé que le	rapport Parent, dont il était l’un des auteurs, préconisait la gratuité sco­laire, et ce, même jusqu’à l’université. C’est aussi la revendication émise par de nombreux groupes sociaux et qui est reprise dans la nouvelle plateforme CSN en éducation ( première orientation et proposition 46 ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte des étudiantes et des étudiants se joint à celle de la grande coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics qui regroupe plus d’une centaine d’organisations de la société civile pour la défense du bien commun (dont l’ASSE et la FECQ), contre la dégradation de notre pacte social de solidarité collective. Comme pour nous tous, c’est cet enjeu principal que défendent actuellement les étudiants. La contestation étudiante soulève un important débat de société ; elle s’attaque à des mesures qui menacent tous les services publics et notre devenir collectif. Les citoyennes et les citoyens du Québec ne doivent pas se diviser sur cet enjeu, comme certains incitent à le faire en stigmatisant l’actuelle lutte étudiante par des pirouettes sémantiques et des propos démagogues. Il suffit d’entendre les blâmes unanimes des ténors de la droite pour comprendre à quel point on cherche à monter la population contre les grévistes. Cette stratégie du gouvernement mène à un cul-­de-­sac. Elle est irresponsable, autoritaire et divisante. Nous devons la dénoncer fermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le dénouement à venir ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement libéral du Québec semble ne rien comprendre à l’im­portant mouvement social qui bouleverse le Québec. Il est empêtré dans un fouillis des scandales depuis deux ans et plus. Il n’arrive plus à sur­ monter les crises, et pas seulement celle du mouvement étudiant. Un gouvernement désemparé est un mauvais gouvernement, car il sème de l’inquiétude plutôt que d’assurer la cohésion sociale. La flopée d’injonctions infligées aux universités et aux cégeps révèle bien ce désarroi de nos dirigeants. Aux droits collectifs démocratiquement exprimés, on a opposé des droits individuels et privés, brimant ainsi le droit de mani­fester librement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Québec vit la renaissance d’un mouvement social en action. De nombreux citoyennes et citoyens prennent la rue comme lors du grand rassemblement pour la défense du bien commun, le Jour de la terre, le 22 avril. Le mouvement spontané des profs contre la hausse a aussi su s’affirmer. Les enseignantes et les enseignants qui en font partie tra­vaillent quotidiennement avec les étudiants et sont très conscients des enjeux de la grève. Certains leur reprochent d’avoir un parti­ pris en faveur de la cause étudiante !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après onze semaines de grève, plusieurs groupes et personnalités ont proposé des plans de sortie de crise, ou d’agir comme médiateurs, mais le gouvernement a refusé et s’est entêté dans son intransigeance. Des&lt;br /&gt;
blagues désobligeantes du Premier ministre sur les étudiants, le 20 avril dernier, ont ajouté l’insulte à l’injure et ont fait la preuve de sa grande incompréhension des revendications étudiantes. Une trêve a été accep­tée par les associations étudiantes afin d’entreprendre la négociation, mais le gouvernement a ensuite décidé de négocier sur la place publique, en tentant au passage de diviser le mouvement étudiant. L’issue reste incertaine au moment d’écrire ces lignes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Québec est mûr pour aller aux urnes afin de déloger ce gouvernement irresponsable qui a trop duré, un gouvernement qui brade nos richesses et qui met en péril notre pacte social de solidarité. « libérez-­nous des libéraux », disait Loco Locas ; mais aussi de la corrup­tion, des amis du régime et du cynisme de nos dirigeants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 78 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== États généraux de l’enseignement supérieur au Québec ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mai 2017 ­- le coup d’envoi des états généraux de l’enseignement supé­rieur (ÉGES) aura lieu le 18 mai 2017 à l’Université Laval, à Québec. L’objectif visé par cet événement consistera, notamment, à définir différentes stratégies communes pour identifier des éléments de conver­gence et tenter de dégager une vision commune de l’enseignement supérieur émancipateur, de qualité et gratuit et en faire une priorité poli­ tique d’ici les prochaines élections provinciales. Il s’agit d’un événement unique, voire historique. Jamais, dans l’histoire récente du Québec, n’a­ t­on vu une telle convergence de l’ensemble des acteurs de l’éducation supérieure pour l’organisation d’une telle rencontre citoyenne, non par­ tisane, libre, ouverte et gratuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait facile, voire plus simple, de baisser les bras et d’abandonner face à la montée du fondamentalisme managérial, plutôt que de com­battre cette tendance qui s’incruste de plus en plus profondément dans tous les secteurs de l’éducation. De moins en moins collégiale et de plus en plus néolibérale, la gouvernance de l’enseignement supérieur tend maintenant plutôt vers le profit, l’efficience, la performance et la compé­tition que vers la création et la diffusion d’un savoir libre, démocratique et gratuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’éducation « humaniste », celle qui vise, entre autres, à faciliter l’inté­gration citoyenne, le développement de soi et le progrès social, est en perte de vitesse un peu partout dans le monde. Elle est progressivement remplacée par une éducation toute proche des besoins des entreprises. Bien qu’elle puisse avoir sa place en principe, cette « adéquation forma­tion ­emploi » ne fait que répondre aux pressions des entrepreneurs et du privé, aux dépens des besoins de la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment s’opposer, ralentir voire renverser ce mouvement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) a déjà fait obstacle à plusieurs assauts contre l’enseigne­ment supérieur, comme les projets de loi sur la gouvernance ou l’instauration de l’assurance qualité. Elle a soutenu les missions humanistes d’enseignement, de recherche et de création spécifiques à l’enseigne­ment supérieur ainsi que la nécessité de préserver la liberté acadé­mique et l’autonomie professionnelle du personnel enseignant. Elle a toujours milité en faveur de l’amélioration des conditions de travail, et a fermement soutenu les chargées et chargés de cours, et les autres caté­gories de personnel dont la contractualisation est maintenant devenue la norme. Mais la tendance managériale en enseignement est dominante et nos institutions sont mises à mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis plusieurs années, la FNEEQ souhaitait la tenue d’états généraux de l’enseignement supérieur pour faire le point sur la condition de nos institutions collégiales et universitaires, et proposer de nouvelles pers­pectives pour que l’éducation supérieure retrouve une place prioritaire dans la construction d’une société juste et prospère. On rappelle qu’en 2012­-2013, le gouvernement du Québec avait organisé un sommet de l’enseignement supérieur et que la FNEEQ, à l’instar d’autres acteurs en enseignement supérieur, y avait participé, malgré les risques d’instru­mentalisation par une entreprise de légitimation politique du parti qué­bécois, sans grandes avancées pour l’éducation supérieure. Nous avions alors l’espoir de nous faire entendre, notamment sur l’instauration d’une structure de gestion participative des universités, sur la gratuité sco­laire et sur l’offre des programmes dans le réseau collégial. Quelques mois plus tard, dans la cadre d’une instance fédérale, considérant que le sommet était loin d’avoir apporté les avancées espérées, la FNEEQ recevait le mandat d’organiser des états généraux de l’enseignement supérieur, le tout avec le plus grand nombre possible de partenaires des secteurs universitaires et collégiaux. Le grand défi était de créer une vaste coalition. Grâce à plusieurs activités, toutes axées sur les divers secteurs de l’enseignement supérieur, la coalition a pris forme. Notre premier véritable test a été l’organisation de l’espace éducation dans le cadre du Forum social mondial de Montréal en août 2016. Lors du bilan, très positif, de ce travail collectif, nous avons présenté notre pro­ jet d’états généraux aux partenaires de l’enseignement supérieur. Les discussions ont été longues et les intérêts des différents partenaires étaient diversifiés, mais pas incompatibles. Ces derniers ont rapidement reconnu l’importance de se porter ensemble à la défense de l’enseigne­ment supérieur. Le projet a ainsi pris forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ÉGES sont organisés par des syndicats d’enseignantes et d’ensei­gnants, de personnel de soutien, de professionnels, d’associations étudiantes, de groupes communautaires ainsi que d’organisations inté­ressées à l’enseignement supérieur. Les objectifs qui font consensus sont les suivants :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	Créer un espace de débat et de réflexion autour des enjeux en enseignement supérieur ;&lt;br /&gt;
—	Se servir de cet événement pour remettre à l’ordre du jour certains enjeux, tels que : la gratuité scolaire, l’aide finan­cière aux étudiants-­es, la marchandisation, l’assurance qualité, le financement (mal­financement, sous­finance­ ment, définancement), la gouvernance, l’éducation popu­laire et la formation continue, l’accessibilité, la recherche, la tâche enseignante, etc. ;&lt;br /&gt;
—	Créer ou renforcer les liens avec d’autres organisations qui œuvrent en éducation pour partager nos analyses et unir nos actions et faire de l’éducation une priorité nationale ;&lt;br /&gt;
—	Débattre des solutions qui correspondent à notre vision de l’enseignement supérieur et des conditions nécessaires à sa réalisation ;&lt;br /&gt;
—	prévoir un plan d’action et mobiliser la société québécoise pour faire pression sur les pouvoirs politiques pour aller dans ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque des élections provinciales auront lieu en octobre 2018, les organisations souhaitent utiliser ce premier rendez-­vous comme levier politique, mais au­-delà du calendrier électoral, cette démarche donne d’emblée à la communauté de l’enseignement supérieur une voix nou­velle. Il reste à espérer que ce grand rassemblement permettra de raffermir les points de convergence et d’identifier des objectifs et des stratégies communes afin de devenir une force incontournable. Car s’il est vrai que l’éducation est menacée, il est tout aussi vrai qu’une oppo­sition concertée a plus de chance de réussir à l’orienter dans le sens que nous souhaitons. nous sommes toujours plus forts unis que divisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève des permanents de 1980 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 13 mai 1980, les personnes salariées de la CSN ont déclenché une grève générale illimitée qui va durer onze semaines. La FNEQ va jouer un rôle significatif dans le dénouement de ce conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 7 mai 1979, Pierre Léonard assiste, en compagnie de Francine Lalonde, à son premier bureau confédéral, réunion où il est question de la confrontation entre la CSN et ses personnes salariées. Nous sommes un an avant le conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Guy Morin, secrétaire général de la CSN, et son conseiller, Gilles Grenier, déposent alors le document « Orientation pour l’utilisation optimale du personnel». Ce document décrit les droits que devraient détenir les officières et les officiers sur le personnel pour promouvoir les intérêts des travailleuses et des travailleurs. En résumé, la centrale est un instrument de lutte et les droits des travailleuses et des travailleurs doivent prédominer sur l’ancienneté, la volonté et les caprices des permanentes et des permanents. Il y a aussi en arrière-plan la crainte du pouvoir parallèle du personnel permanent, qui évoluent vers le travail d’équipe et l’obsession de l’infiltration communiste de la centrale par le biais du Syndicat des employés de la CSN (SECSN)&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019 et Pierre Boulet, « une grève vraiment pas comme les autres », Le Soleil, 5 juillet 1980, page B-1&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La CSN et ses organisations affiliées composent, parfois difficilement, avec certaines et certains membres et salariés associés à l’extrême gauche. Les débats menés par les gauchistes sont purement idéologiques et toute proposition peut être interprétée comme une collaboration avec le pouvoir. La CSN est une organisation syndicale qui, bien qu’aspirant à un socialisme démocratique, doit rester indépendante de toute idéologie partisane, quoiqu’en disent ou qu’en souhaitent certaines personnes militantes et salariées du mouvement. Le rôle des personnes salariées devrait se limiter, selon plusieurs, à appuyer techniquement les élues et élus lors de l’exécution de leurs mandats et ils ne devraient pas être impliqués dans le processus décisionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La bonne personne à la bonne place ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, le 13 juin 1979, la partie confédérale dépose le « Document de réflexion et de travail sur le rôle des salariés de la CSN» qui propose quatre changements majeurs à la convention collective du SECSN: 1) la formation des nouvelles personnes salariées sera déterminée par la seule partie confédérale ; 2) la mobilité des personnes salariées sera décidée par la partie confédérale, le principe de la bonne personne à la bonne place s’appliquera sans égard pour l’ancienneté; 3) la permanence sera accordée après six ans pour les conseillers et les conseillères et trois ans pour les employés et les employées de bureau, « Ce n’est pas un job à vie » ; 4) des mesures disciplinaires pouvant aller jusqu’au congédiement peuvent s’appliquer pour des personnes salariées qui ne servent plus adéquatement la classe ouvrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C’est de la dynamite. Vous voulez une grève de combien de temps?» fut la première réaction de Francine Lalonde&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. La mèche est allumée, le feu est mis aux poudres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors de la ronde de négociation précédente, les deux parties s’étaient entendues sur la mise en place d’équipes de travail. Jacques Deveault, ex-professeur au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu et conseiller syndical à la FNEQ, libéré par le SECSN pour la négociation&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981, p. 6&amp;lt;/ref&amp;gt; de 1980, propose un nouveau mode de nomination des coordinations calquée sur celui des chefs de département dans les cégeps. Cependant, une coordonnatrice ou un coordonnateur membre de l’unité de négociation et libéré de ses dossiers de conseillère ou conseiller syndical est manifestement incompatible avec la position confédérale tout comme un éventuel droit de veto syndical sur les mesures disciplinaires. Ces demandes sont au cœur du litige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le document de la partie confédérale est l’objet de discussions en assemblée générale du SECSN les 15, 16 et 17 juin 1979. La décision des salariés et salariées est unanime :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le document de la partie confédérale intitulé « Document de réflexion et de travail sur le rôle des salariés de la CSN » ne peut servir de document de base à une discussion saine et sérieuse et qu’en conséquence, l’assemblée générale du SECSN rejette ce document.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l’assemblée générale réaffirme cependant que le SECSN est toujours disposé à débattre avec la partie confédérale des difficultés réelles vécues à la CSN ou soulevées par l’application de la convention collective&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal de l’assemblée du SECSN, 15, 16 et 17 juin 1979&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat défend sa position dans un document déposé le 31 janvier 1980, « Le SECSN : Une démarche différente, engageante et liée à la nature même de notre milieu de travail ». Le syndicat y affirme que, bien qu’il soit conscient des nombreuses confusions et divergences qui existent sur le rôle des personnes salariées, les textes de la partie confédérale, quant à eux, sont des caricatures&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid. p. 20&amp;lt;/ref&amp;gt;. Remettre en question pratiquement tous les mécanismes codécisionnels de la convention collective, c’est de les renvoyer au niveau d’objets serviles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations débutent le 8 avril 1980. Le 3 mai, les membres du SECSN votent à 93,5 % un mandat de grève générale illimitée, qu’ils appliquent dix jours plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une grève médiatisée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève des permanents ne sera pas une grève comme les autres. Ce n’est pas un conflit de travail ordinaire du seul fait qu’il concerne une centrale syndicale, fer de lance du syndicalisme de combat, et ses personnes salariées, qui revendiquent essentiellement ce que la centrale revendique pour ses membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guy Marsolais, secrétaire du SECSN, affirmera au journaliste Pierre Boulet que cette grève vise un partage des responsabilités pour faire contrepoids aux dirigeants élus trop influencés par les pressions extérieures&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Boulet, « une grève vraiment pas comme les autres », Le Soleil, 5 juillet 1980, page B-1&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le malaise est profond. Les médias, et particulièrement le journal Le Devoir, s’emparent de la nouvelle et assimilent le conflit à une lutte de pouvoir. Pour le journaliste Jean-Claude Leclerc, le litige aurait dû être débattu au sein des instances de la centrale&amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Claude Leclerc,&lt;br /&gt;
« Le pouvoir à la CSN », Le Devoir, 15 mai 1980, p. 10&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il en appelle même à un arbitrage décisif par les congressistes de la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;Le 50e Congrès de&lt;br /&gt;
la CSN a lieu la semaine du 26 mai 1980, soit pendant la grève&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le rôle de la FNEQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEQ voit la situation d’un autre œil. Ses salariées et ses salariés sont respectés et travaillent en étroite collaboration avec les personnes élues. On n’y trouve ni lien hiérarchique ni guerre de pouvoir : les moyens financiers et le niveau de connaissance des élus leur accordent une grande autonomie tant pour les négociations que pour l’application des conventions collectives et la gestion syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981, p. 10&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde, Shirley Roy et Pierre Léonard, lequel fait partie du comité de négociation confédéral, sont professeures et professeur de cégep et sont donc familiers avec la collégialité. Forts de cette expérience, selon Pierre Léonard, ils auraient pu accepter facilement l’équivalent d’un chef de département dans les cégeps, mais ils doivent rester solidaires avec la partie confédérale. Le protocole de fonctionnement confédéral exige l’unanimité des organisations membres pour la signature de la convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 19 mai, la négociation se poursuit en comité restreint afin de dégager des pistes de solution. C’est Pierre Gingras, conseiller syndical à la FNEQ, qui convainc Michel Gauthier d’accepter ce fonctionnement&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pierre Léonard, Sylvio Gagnon de la Fédération de la métallurgie et Jean-Guy Morin, secrétaire général de la CSN, représentent la partie confédérale. La négociation se poursuit du 22 mai au 5 juin et un compromis sera trouvé et ratifié en assemblée générale du SECSN le 25 juillet, mettant ainsi fin à la grève&amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de l’exécutif du SECSN pour l’année 1979-1980, 28 octobre 1980, p. 15&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question délicate de la nomination de la coordination ne trouvera son issue que trois ans plus tard. Entretemps, chacune des parties produit un document de réflexion sur le travail en équipe et la coordination. Un groupe de travail produit un document unique à présenter aux instances des différentes organisations&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981,&lt;br /&gt;
p. 1&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pierre Léonard siège aussi à ce comité et il est le principal rédacteur du texte final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour toutes sortes de raisons, dont la période de vacances des membres, la grève n’a pas eu à la FNEQ l’impact qu’elle a pu avoir dans les autres fédérations en termes de désorganisation des services. Elle n’a pas davantage suscité d’animosité ou de confrontation entre les personnes élues et salariées de la Fédération. Mais il est clair à ce moment-là que la Fédération, comme la CSN, doit s’interroger sur le rôle respectif des personnes élues et salariées dans une organisation syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des syndicats de la FNEQ revendiquent même d’être impliqués directement dans ce débat, citant Norbert Rodrigue : « Le mouvement appartient aux travailleuses et aux travailleurs affiliés ». Il y va du pouvoir qu’ils détiennent sur leur propre organisation&amp;lt;ref&amp;gt;« un débat qui doit se faire ! Un enjeu qui nous concerne ! », lettre du Syndicat des enseignants du cégep Champlain aux délégués du Conseil fédéral, le 17 juin 1981&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La syndicalisation des chargées et chargés de cours ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier syndicat de contractuels précaires en Amérique du Nord a été accrédité en février 1978. Mais la naissance du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ) et son adhésion à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) ne se sont pas réalisées sans heurts ni en harmonie avec les autres composantes de l’Université. Effectuons un petit retour dans le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’établissement nait le 9 avril 1968 et le Syndicat des professeurs de l’UQAM (SPUQ), accrédité en janvier 1971, est le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants universitaires à s’affilier à la FNEEQ. La moitié des charges de cours du premier cycle sont toutefois données par des chargées et chargés de cours aux conditions de travail difficiles: aucune sécurité d’emploi, aucun avantage social au-delà des normes minimales du travail, aucune liste de pointage ni de liste de rappel. « Leur sort est à la merci de la convention collective du SPUQ, soumis aux humeurs arbitraires des assemblées départementales auxquelles ils sont rattachés et aux relations plus ou moins bonnes qu’ils entretiennent avec le corps professoral », peut-on lire dans le numéro spécial du SCCUQ@, produit à l’occasion du 25e anniversaire du syndicat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une première tentative du SPUQ de syndiquer les chargées et chargés de cours pour contrôler les nouvelles embauches en limitant les charges données par les chargées et chargés de cours s’avère un échec au printemps 1971. Puis, en octobre de la même année, les membres du SPUQ font la première grève de professeurs et professeures universitaires en Amérique du Nord, ce qui leur permet d’obtenir parmi les meilleures conditions au sein des universités. Dans le cadre d’un autre renouvèlement de convention marquée par une grève d’octobre 1976 à février 1977, ils négocient une clause engageant l’UQAM à ouvrir 383 postes d’ici la fin 1982, clause que l’Université n’applique finalement pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des chargées et chargés de cours entreprennent une campagne de recrutement en octobre 1976 en vue de mettre en place un syndicat. Ce syndicat appuie la grève des professeures et professeurs. Au cœur de cette campagne, une question est débattue : le syndicat doit-il être une section autonome au sein du SPUQ ou devenir un syndicat à part entière? Lors de l’assemblée de fondation, le 12 novembre, les membres optent pour la formation d’un syndicat indépendant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Une certaine méfiance se dégage des positions du SPUQ envers les chargés de cours. L’attitude paternaliste ou le comportement de &amp;quot;petit boss&amp;quot; de certains professeures et professeurs créait une certaine animosité chez plusieurs chargés de cours. La position majoritaire de ces derniers était de ne pas se retrouver dans la même situation que leurs consœurs et confrères des cégeps, c’est-à-dire membres du même syndicat que les professeures et professeurs, où leurs conditions étaient peu souvent prises en considération », peut-on lire dans un autre extrait du spécial 25e anniversaire du SCCUQ@. Les intérêts divergents et le lien de subordination entre les chargées et chargés de cours et le corps professoral ont prévalu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La requête en accréditation du SCCUQ est d’abord refusée par le commissaire enquêteur Charles Devlin, le 13 juin 1977, sur la base que les conditions de travail sont régies par la convention collective du SPUQ et qu’il n’est pas utile que les personnes chargées de cours aient leur propre syndicat. Ces dernières font appel et, le 9 février 1978, le juge René Beaudry renverse la décision et reconnait le caractère spécifique des chargées et chargés de cours, l’homogénéité du groupe et leur non-participation à la gestion interne de la communauté universitaire. Entretemps, la direction du SCCUQ se démobilise et ses principaux leadeurs perdent leurs charges de cours en guise d’intimidation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Première convention collective du SCCUQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation d’une première convention collective est ardue pour les quelque 500 chargées et chargés de cours. Ils partent de loin. Le salaire de base se situe alors à 1200 $ par charge, le tiers payable à la mi-session et le reste, après la remise des notes. Ils ne reçoivent ni avantages sociaux, ni fonds de pension ou assurances, ni allocations de vacances. Les premières négociations débutent le 10 aout 1978. Le SCCUQ doit composer avec la direction de l’Université, qui tente de limiter les concessions, et le SPUQ, qui cherche à réduire les charges confiées aux personnes chargées de cours. Ces dernières doivent recourir à la grève du 6 mars au 1er mai 1979. Cette grève de 55 jours sera la plus longue de l’histoire du SCCUQ. Le retour au travail est ordonné en vertu de la loi 45, qui impose l’arbitrage d’une première convention lorsque la négociation ne permet pas une entente. Il s’agit tout de même de la première convention collective pour un syndicat de chargées et chargés de cours québécois, et elle viendra à échéance en aout 1980.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le spécial 25e anniversaire du SCCUQ@ précise que cette « première négociation laissera cependant un profond malaise dans les relations entre le SPUQ et le SCCUQ. Plusieurs membres du corps professoral perçoivent très mal le conflit et entraineront le SPUQ dans une démarche plus défensive et corporatiste. Par cette grève, la place, le rôle et l’importance des [personnes chargées] de cours figurent désormais sur la place publique.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une longue saga judiciaire à l’UdeM ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’Université de Montréal, les chargées et chargés de cours doivent affronter l’administration universitaire, qui résiste à leur démarche de syndicalisation dès la fin des années 1970, et le Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal (SGPUM). « Tout comme cela s’était produit à l’UQAM, les relations entre les chargées, chargés de cours de l’Université de Montréal et le SGPUM se sont vite envenimées pour donner lieu à une campagne parallèle de syndicalisation lancée par l’exécutif du syndicat des professeurs», explique Henri Goulet dans son ouvrage intitulé Histoire du syndicat des chargé-e-s de cours de l’Université de Montréal, 1978-1998. Leur démarche contraste avec l’indifférence généralisée à l’égard de la situation des chargées et chargés de cours jusque-là. Cette campagne s’avère un échec. L’assemblée de fondation du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal (SCCCUM) se tient le 8 juin 1978. Ils choisissent d’adhérer à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) plutôt qu’à la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ). La requête en accréditation du syndicat est déposée le 13 décembre 1978 et accordée en janvier 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors une véritable saga judiciaire qui ne prend fin qu’en aout 1988, l’Université utilisant tous les moyens à sa disposition pour bloquer juridiquement la reconnaissance du SCCCUM. Le SCCCUM est officiellement accrédité le 11 décembre 1979, le commissaire René Gosselin considérant que les chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal constituent « un groupe approprié » selon le Code du travail et que ce groupe est distinct de celui des professeures et professeurs, tout comme à l’UQAM. L’Université obtient la permission de porter sa cause en appel et tente d’amener le litige jusqu’à la Cour suprême sans succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Laval et Rimouski ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université Laval (SCCCUL) obtient une première accréditation le 11 avril 1986, accréditation qui est contestée par l’Université. Le Commissaire général du travail confirme l’accréditation du SCCCUL le 5 mars 1987.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un débat similaire sur l’autonomie syndicale a lieu dans d’autres composantes de l’Université du Québec. Les chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Rimouski optent d’abord pour une section distincte au sein du Syndicat des professeurs et des professeures de l’Université du Québec à Rimouski (SPPUQAR) en 1981, mais le processus d’autonomie prend de l’ampleur jusqu’au départ du SPPUQAR de la FNEEQ et de la CSN en juin 1988. Le certificat d’accréditation sera divisé en 1989. Le SPUQ quittera également la FNEEQ au printemps 1988, mais pas la CSN. Il aboutira à la Fédération des professionnèles.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=466</id>
		<title>LaPréhistoire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=466"/>
		<updated>2021-06-08T17:54:06Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La préhistoire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:003.png|thumb]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant du XXe siècle, l’emprise de la religion sur le système scolaire québécois est totale. Les comités catholiques et protestants ont l’autorité exclusive sur les programmes et le personnel enseignant des écoles publiques. Du côté francophone, presque tout l’enseignement donnant accès à l’université est privé et relève d’institutions religieuses. Les écoles publiques sont sous-financées et peinent à se voir reconnaitre par le niveau de l’enseignement supérieur, lui aussi privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baby-boom qui survient après 1945 pose problème du côté francophone. Le nombre grandissant d’enfants dans les systèmes d’éducation public et privé – le nombre d’étudiants réguliers double entre 1945 et 1962, atteignant les 1 350 000 &amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec,première partie ou tome I – Les structures supérieures du système scolaire, 1963, p. 77, consultée sur le site Web de l’assemblée nationale le 23 septembre 2019, assnat.qc.ca/bibliotheque.&amp;lt;/ref&amp;gt; –, le peu de places disponibles et le manque d’infrastructures exigent un sérieux coup de barre.  Le gouvernement libéral de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lesage Jean Lesage], élu en 1960, accélère le processus, met en place la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Parent commission Parent], crée le ministère de l’Éducation, modifie les ordres d’enseignement en créant un réseau collégial public, le chainon manquant. Le secteur de l’éducation est en pleine transformation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à approcher la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_des_syndicats_nationaux Confédération des syndicats nationaux (CSN)] viennent des collèges privés et des écoles gouvernementales, ceux du primaire et du secondaire étant déjà à la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), l’ancêtre de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1947, une première convention collective est signée dans l’enseignement privé, au [https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9minaire_de_Qu%C3%A9bec Séminaire de Québec]. C’est le travail de l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire (APPLES). L’Association représente la dizaine de professeures et professeurs laïques du Séminaire et en regroupe, en tout, une quarantaine de divers collèges classiques de Montréal, Québec et Rimouski.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une idée du peu d’enseignantes et d’enseignants ne faisant pas partie du clergé, on trouve à ce moment-là à peine 75 professeures et professeurs laïques dans les écoles privées, les collèges classiques et divers séminaires de la province, les religieux formant la quasitotalité du corps professoral de ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir des années 1940, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) modernise son fonctionnement et devient petit à petit le mouvement syndical progressiste que nous connaissons aujourd’hui. Sa déconfessionnalisation est complétée au Congrès de septembre 1960, alors que la CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Le Québec et la CSN sont au début d’un vaste mouvement qui sera baptisé [https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_tranquille Révolution tranquille]. La CSN voit rapidement tout le potentiel qu’offre la syndicalisation du secteur public québécois, en pleine réorganisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les premiers syndicats ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à adhérer à la CSN, l’APPES et l’Association professionnelle des professeurs-laïcs des collèges classiques (APPLEC) le font à la faveur de ce vaste mouvement de syndicalisation du début des années 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, les quelque 1400 professeurs des écoles publiques spécialisées se regroupent dans l’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPLES) et prennent contact avec la CSN.  À la même époque, l’APPLEC fait la même démarche à la recherche d’une affiliation syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux associations intègrent la CSN en 1964. L’APPLES le fait grâce au tout nouveau Code du travail. L’APPLEC la rejoint pour faire face à la situation créée par le nouveau ministère de l’Éducation, les conclusions du rapport Parent et la mise en place prochaine des instituts projetés, qui allaient intégrer grand nombre des collèges classiques et séminaires. Les collèges classiques verraient ainsi leur clientèle se redistribuer dans les niveaux d’enseignement préconisés par le rapport Parent : primaire, secondaire et collégial (préuniversitaire).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n’y a pas de fédération d’enseignantes et d’enseignants à la CSN à ce moment-là, les deux syndicats s’affilient directement à la Confédération, un fait inhabituel, mais temporaire, tout le monde regardant la possibilité de créer une fédération du personnel enseignant. Dans le mouvement d’affiliation, l’APPES devient le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et l’APPLEC, le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE). En intégrant une centrale ouvrière – un cas unique dans le syndicalisme enseignant –, ces deux syndicats manifestent ainsi clairement leur solidarité et leur appartenance au mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux syndicats seuls, regroupant à peine 1500 membres, n’ont pas les reins assez solides pour soutenir une structure de fédération au sein de la centrale, mais la création des sept premiers cégeps en 1967, rapidement suivis par cinq autres, puis par douze autres en 1968, change la donne, fournissant la masse critique pour donner naissance en 1969 à la nouvelle fédération d’enseignantes et d’enseignants, la FNEQ – Fédération nationale des enseignants québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète souvent que la CSN a forcé la création de cette fédération d’enseignantes et d’enseignants : ce n’est pas exact. Oui, la CSN a voté en conseil puis en Congrès la nécessité de créer cette fédération, mais elle ne faisait qu'entériner la volonté des enseignants, depuis longtemps exprimée, de se doter d'une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
=== Le Code du travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:004.png|thumb|Paul Doyon a été une personne clé pour amener à la CSN les enseignantes et les enseignants des écoles spécialisées et des collèges classiques]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L’adoption du Code du travail (1964) et de la Loi sur la fonction publique (1965) sont deux moments importants de l’histoire des relations du travail au Québec. Le Code du travail reconnaît certains droits syndicaux fondamentaux, dont le droit d’association ainsi que le droit de grève dans les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires. En 1965, les enseignantes et les enseignants obtiennent à leur tour le droit de grève, de même que les fonctionnaires. De plus, ces derniers ont dorénavant le droit de s’affilier à une centrale syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gains sont le fruit d’un compromis social plus large. En fait, les acteurs de l’époque cherchent à pacifier les relations du travail en structurant l’exercice du droit de grève. En effet, après 1964, l’exercice de ce droit est reconnu exclusivement aux syndicats. De plus, le droit de grève ne pourra s’exercer qu’en période de négociation, et ce, en fonction du respect de nombreux critères prévus par la loi &amp;lt;ref&amp;gt;« Historique des lois spéciales », document élaboré par le comité de stratégie de la FNEEQ, 26 octobre 2015, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Paul Doyon ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paul Doyon devient conseiller syndical à la CSN dès 1964, avant que n’existe la FNEQ. Il est recruté principalement pour sa connaissance du secteur de l’enseignement spécialisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employé au Devoir jusqu’en 1959, il rencontre André L’Heureux qui, avant d’être à la CSN, a été un des secrétaires de Paul Gérin-Lajoie, preuve de l’effervescence de la prise du pouvoir des libéraux. Au Ministère, il rencontre Arthur Tremblay et devient secrétaire du comité technique sur les études techniques et professionnelles qu’il préside. Doyon constate alors que les écoles à vocation particulière sont plus dynamiques que les autres écoles techniques du fait de leur plus grande autonomie. Il comprend alors l’importance du contrôle local des écoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La CSN, en la personne de Robert Sauvé, m’a offert de travailler avec les enseignants, particulièrement ceux des écoles spécialisées, qu’ils cherchaient à syndiquer. J’ai toujours cru important le rôle des profs dans la gestion de leurs établissements. À cette époque, c’était dans l’air, les comités des relations professionnelles allaient dans ce sens. Le but: donner de l’autonomie aux professeurs, qui allaient ensuite former des étudiants autonomes. En plein mon idéologie syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevues accordées à Jacques Gauthier par Paul Doyon les 22 mars et 8 mai 2019 sur les pre­mières années de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les collèges privés ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:006.png|thumb|Jean-Pierre Boutin, du SPEQ, deviendra en 1969 le premier président de la nouvelle Fédération nationale des enseignants québécois]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin des années 1930 et le début des années 1940, des professeures et professeurs laïques tentent de pénétrer le monde clos des écoles privées, collèges classiques et séminaires, contrôlés par le clergé. L’accueil ne leur est pas favorable, les institutions n’ayant pas les fonds nécessaires, disent-elles, pour payer des salaires à des laïques. Il leur faudrait une aide gouvernementale qui ne vient pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:010.png|thumb|Les représentants du SPEQ signent leur première convention collective avec le ministre Marcel Masse, de l’Union nationale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1945, quelques professeures et professeurs laïques à l’emploi des collèges classiques de Québec, Montréal et Rimouski se regroupent sous le vocable APPLES, Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire &amp;lt;ref&amp;gt;Une bizarrerie qu’il faut noter : l’appellation « enseignement secon- daire » appartenait alors exclusivement aux collèges classiques, une sorte de marque de commerce. Les écoles publiques ne pouvaient se dire « secondaires », elles employaient pour désigner les études au-delà du primaire le terme «primaire supérieur». Une telle inscription existe encore sur la façade de l’école primaire Le Plateau, dans le parc Lafontaine à Montréal.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:008.png|thumb|Claude de Lorimier, Paul Doyon et Claude Sabourin discutent stratégie]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association, qui compte alors une quarantaine de membres sur les 75 professeures et professeurs laïques de la province, signe en janvier 1947 sa toute première convention avec le Petit séminaire de Québec, le plus ancien syndicat de la FNEEQ. La dizaine de professeures et professeurs laïques qui s’y trouvent négocient ainsi pour la première fois leurs conditions de travail. Le journal Le Soleil de Québec rend compte de la cérémonie de signature et du contentement de Paul Laberge, secrétaire de l’APPLES : «M. Laberge a tenu à exprimer la reconnaissance de l’Association pour le Séminaire de Québec qui vient de reconnaître officiellement et de façon pratique leur groupe professionnel. Son geste est aussi un hommage aux professeurs-laïcs qui ont toujours coopéré dans la province pour maintenir notre enseignement secondaire au haut niveau auquel l’ont porté nos institutions religieuses d’enseignement &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 23 mars 1947, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1950, sous la pression démographique et une présence de plus en plus grande des sciences dans l’enseignement, les écoles privées font appel en plus grand nombre à des professeures et professeurs laïques &amp;lt;ref&amp;gt;La Presse, 20 juin 1952, p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Vers 1953, selon le quotidien Le Soleil, on évalue leur nombre à 150, soit le tiers du corps enseignant de ces institutions &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 22 juin 1953, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.  C’est dire la petitesse du système d’éducation francophone menant à l’université ou au grand séminaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, l’APPLES devient l’APPLEC, troquant le vocable «secondaire» pour celui de «classique». Au début des années 1960, le nombre de professeures et professeurs laïques présents dans ces collèges augmente et des sections existent à Québec, Montréal, Chicoutimi, Rimouski, Hauterive et Mont-Laurier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1964, l’Association s’affilie à la CSN et devient l’année suivante le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE-CSN), à la faveur des changements introduits dans le nouveau Code du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1964, l’APPLEC négocie sur une base locale. Les conditions de travail s’avèrent donc différentes d’un collège à l’autre. «Les négociations (sont) soumises aux conditions du milieu», nous dit Michel Dumas, secrétaire exécutif du syndicat. «Dans les années 60, ajoutet-il, on voit même la FCC [NDLR : Fédération des collèges classiques], organisme patronal, statuer sur les conditions de travail des professeurs. L’APPLEC, alors beaucoup moins représentative, dut accepter ce renversement des rôles à une époque où les professeurs-laïcs étaient souvent considérés comme des frères coadjuteurs… &amp;lt;ref&amp;gt;Michel DUMAS,E «Comment le SPE a été conduit à la négociation provinciale», texte d’une allocution de Michel Dumas, secrétaire exécutif du SPE, 1967. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965, le syndicat prend de l’ampleur avec son affiliation à la CSN : ouverture d’un bureau permanent, publication d’un journal et collaborations avec son colocataire, le Syndicat des enseignants des écoles gouvernementales (SPEQ), un autre syndicat d’enseignantes et d’enseignants qui vient d’adhérer à la CSN &amp;lt;ref&amp;gt;L’APPLEC, vol. 10, n o 2, octobre 1964, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même année, le syndicat crée le «pool de Montréal», un regroupement de dix collèges qui veulent renégocier ensemble leur convention collective. Ils croient que le temps est venu pour une négociation commune: les dix collèges se trouvent sur un même territoire, dans une même zone économique. Aucune raison donc d’avoir des conditions de travail différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant une menace de grève, les collèges font des concessions: ils acceptent la cogestion et la permanence après deux ans. Ce succès amène le syndicat à vouloir une négociation provinciale. Les différentes sections du SPE s’entendent sur un projet commun de convention collective et exigent la négociation provinciale. Trente-deux collèges sur trente-quatre acceptent la proposition. Les négociations commencent le 11 août 1967, mais elles trainent. La partie patronale ne semble pas pressée. La Fédération des collèges classiques attend la manne gouvernementale pour ouvrir ses coffres. Or, les représentants gouvernementaux ne s’engagent pas, même s’ils sont présents à la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En congrès, en 1967, le SPE adopte à l’unanimité le projet d’une fédération du personnel enseignant affiliée à la CSN. Le syndicat veut lutter avec tous les autres membres de la centrale pour l’amélioration de la vie politique et économique des citoyens et pour leur droit à une démocratisation de l’enseignement sous toutes ses formes &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération,&lt;br /&gt;
vol. 1, n o 1, mars 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La structure prévue est composée de trois secteurs: cégep, gouvernemental (SPEQ) et privé (SPE). Le projet fait le tour des secteurs. La fédération imaginée à ce moment-là est un regroupement de secteurs, chacun ayant son assemblée générale et son exécutif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce système est adopté lors du Congrès de fondation et perdure jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier budget de la Fédération est évalué à 121 200$ pour une cotisation annuelle de 26,33$ par membre &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération, vol. 1, n o 3, juin 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== La main invisible ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les professeurs des institutions privées savent très bien que la main invisible à la table de négociations est celle du ministre de l’Éducation. Loin de s’opposer au rôle déterminant de l’État en éducation, les professeurs du SPE souhaitent que le ministre de l’Éducation s’affiche une fois pour toutes comme le seul interlocuteur valable dans les négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les professeurs du SPE, la question de revendications salariales n’est pas prioritaire. Ils sont prêts à discuter et à accepter rapidement un traitement juste, conforme à leur formation universitaire, à la fonction sociale qu’ils exercent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, les professeurs du SPE estiment que leur droit de participer à l’élaboration des politiques pédagogiques, c’est-à-dire professionnelles, est un droit indéniable qu’on doit inscrire dans une convention collective de travail, même dans celles des institutions privées. Comme les institutions publiques, les institutions privées exercent une fonction sociale et à ce titre elles doivent laisser une place, dans leurs centres de décisions administratifs, aux spécialistes de la pédagogie. Cette revendication n’a rien à voir avec le droit de gérance. On veut que le professeur forme des esprits autonomes, capables d’imaginer les solutions aux problèmes de notre société en évolution accélérée et qu’on accorde alors au professeur la liberté d’inventer lui-même les solutions aux problèmes de sa propre profession. Présentement, le refus du gouvernement de s’affirmer comme un interlocuteur valable dans les négociations du SPE conduit à des conséquences graves, de nature à retarder sérieusement les réformes que tous souhaitent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Noël ROULEAU, Éducation Québécoise, vol. 1, no 7, avril 1968&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les écoles spécialisées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPES) est née en 1961, dans la foulée des réformes envisagées dans les relations de travail entre le gouvernement et les personnes qu’il emploie. L’Association regroupe alors les 1400 professeures et professeurs enseignant dans des écoles gouvernementales, techniques ou de métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès sa création en 1961, ce groupe d’enseignantes et d’enseignants approche la CSN. En février 1962, leur association demande une incorporation en vertu de la Loi des syndicats professionnels, malgré le fait que la loi les régissant leur interdit le recours à une sentence exécutoire ainsi qu’à toute grève et à toute affiliation à une centrale syndicale. En mars, le gouvernement refuse donc l’incorporation, sans autre explication que son bon vouloir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant tout ce temps, l’APPES participe activement à l’effort de syndicalisation de la CSN auprès des employés et employées du gouvernement. En 1963, l’Association demande à la Commission des relations ouvrières (CRO) une reconnaissance comme regroupement syndical. Une rencontre avec la Commission a lieu le 30 janvier 1963 en compagnie de trois autres associations faisant des démarches similaires : celle des employés de la Régie des alcools, celle des employés de l’Office des autoroutes et celle des inspecteurs d’écoles. Cette rencontre, selon l’APPES, « marquera le prélude de la syndicalisation des employés de la fonction publique &amp;lt;ref&amp;gt;Le journal de l’APPES, vol. 1, n o 2, janvier 1963.&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 aout 1963, la CRO reconnait l’Association. C’est le début de son ère syndicale; elle devient le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants membre de la CSN. La décision de la CRO indique que l’Association est la seule représentante et l’agente négociatrice pour tous les professeurs de l’enseignement spécialisé et que le gouvernement, comme employeur, est tenu de respecter la loi sur les relations ouvrières et doit négocier même s’il n’a pas encore statué sur la forme que prendra cette négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adoption en 1964 du nouveau Code du travail accorde aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic le droit de grève,&lt;br /&gt;
duquel sont privés les fonctionnaires et le personnel enseignant. Ils l’obtiennent cependant en 1965. Leur syndicat respectif peut également s’affilier à une centrale syndicale, ce que font aussitôt le SPE et le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), anciennement nommé l’APPES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce nouveau statut, le SPEQ entreprend la négociation avec le gouvernement pour arriver à une première convention collective négociée depuis sa création en 1961. En avril 1966, le blocage des négociations amène les membres à déclencher une grève de trois semaines, à laquelle le gouvernement répond par des injonctions ordonnant le retour au travail. Devant le refus syndical de se conformer, la Cour supérieure condamne le SPEQ à une amende de 2000$ et 12 de ses dirigeants ainsi que leur conseiller technique à 20 jours de prison. La cause est portée en appel. Le Congrès de la CSN manifeste son appui au syndicat devant le Parlement de Québec. Cette solidarité montre aux membres des deux syndicats nouvellement affiliés que l’appui du mouvement ouvrier est acquis à leur lutte et qu’ils peuvent compter sur la CSN pour les défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat obtient finalement ce premier contrat de travail. Le journal de la CSN en fait état: «On peut maintenant espérer, souligne leur conseiller technique, le confrère Paul Doyon, qu’en outre des avantages acquis, les professeurs, par leur grève, auront appris au gouvernement et aux employeurs qu’il ne sert à rien de se retrancher, comme des pharisiens, derrière la légalité et les injonctions pour refuser les justes revendications d’un groupe de travailleurs &amp;lt;ref&amp;gt;« Une leçon pour le gouvernement », Le Travail, mai 1966, vol. 42, n o 4, p. 12&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, la Cour d’appel confirme le jugement de la Cour supérieure. Le SPEQ doit payer l’amende de 2000$ et les dirigeants ainsi que le conseiller technique doivent faire les 20 jours de prison auxquels ils ont été condamnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== Les 13 du SPEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file: 005.png|thumb|100px]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 13 personnes condamnées à 20 jours de prison: Claude DeLorimier, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal et secrétaire exécutif du SPEQ, membre du Conseil supérieur de l’Éducation; Claude Desroches, professeur à l’Institut des Arts graphiques de Montréal; Paul Doyon, conseiller technique du SPEQ; Jean-Guy Farrier, professeur à l’Institut de technologie de Shawinigan; André Lamontagne, trésorier du SPEQ et professeur à l’Institut de technologie de Lauzon; Charles-Auguste Langlois, professeur à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière; Claude Legendre, professeur à l’École des métiers de Rimouski; Léonce Marcotte, professeur à l’École des métiers de Laprairie; Claude Poissant, professeur à l’École des métiers d’Amos; Jean Rioux, professeur à l’École normale Laval à Québec; Jean-Paul Simard, professeur à l’École des métiers d’Alma; Claude Sabourin, professeur à l’École normale d’enseignement technique à Montréal; Raymond Vézina, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les nouveaux syndicats des cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats des cégeps &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 9, juin 1968, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt; naissent avec la création des nouveaux collèges. La période de syndicalisation oppose la CEQ et la CSN, qui l’emporte dans la grande majorité des collèges. Les syndicats des cégeps deviennent rapidement le secteur le plus important de la Fédération. Tout comme les autres syndicats d’enseignantes et d’enseignants – SPE et SPEQ – membres de la CSN, leur affiliation se fait directement à la Confédération en l’absence d’une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nouveaux syndicats créent le secteur cégep dès 1967. Contrairement au SPE et au SPEQ, qui sont des syndicats provinciaux avec des sections locales, chaque syndicat d’enseignantes et d’enseignants de cégep est autonome et libre de son destin. Comme leurs vis-à-vis du SPE et du SPEQ, le secteur adhère à la CSN «pour exiger une société plus juste et bâtie pour l’homme» avec les autres travailleurs organisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1968, ils entament la négociation d’une première convention collective &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 10, juillet-aout 1968, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Neuf syndicats de cégep sont membres de la CSN à ce moment-là. En cette période de transition, la partie patronale est hybride: représentants du gouvernement, membres de corporations de CÉGEP et supérieurs de collèges. La convention collective nationale qui en résulte comprend la norme 1/15, le début d’une définition de la tâche… et d’une longue discussion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La commission Parent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage lance un vaste chantier en éducation. C’est un dossier prioritaire, dont la mesure centrale est la création de la Commission d’enquête sur l’enseignement, dite la Commission Parent. La Commission siège de 1961 à 1966. En 1964, elle propose la création d’instituts offrant à la fois des parcours techniques et pré-universitaires avec pour objectif de démocratiser l'accès à l'éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des sept premiers cégeps (Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou, Hull, Rimouski et Sainte-Foy) se fait en catastrophe. Leur création est décidée en juin 1967 pour une ouverture en septembre. Aucun cégep n’est prévu à ce moment-là dans la région de Montréal. On planifie plutôt la création d’une vingtaine d’autres cégeps durant l’année 1967-1968. À la suite de manifestations et de protestations, la mission qui décide de l’ouverture des cégeps annonce en aout que les cinq projets les plus avancés de la région métropolitaine verront le jour immédiatement et ouvriront leurs portes à la mi-septembre 1967. Ainsi naissent en quelques semaines des cégeps à Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse et Montréal (ceux de Maisonneuve et d’Ahuntsic). En 1967, il y a donc douze cégeps. En 1968, douze autres cégeps s’ajoutent: cinq sont situés à Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne et Dawson), trois dans la région métropolitaine (Joliette, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu), deux au Centre-du-Québec (Trois-Rivières et Shawinigan), un autre en Estrie (Sherbrooke) et le dernier en Gaspésie (Gaspé). Dawson, le premier cégep anglophone, n’ouvrira finalement qu’en 1969.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, voici comment on décrit la fondation du cégep de Saint-Hyacinthe dans le bulletin du Centre d’histoire et d’archives du travail CHAT &amp;lt;ref&amp;gt;La mémoire du travail, vol. 6, n o 2, printemps 2019, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le cégep de Saint-Hyacinthe a été créé en 1968 dans la foulée de la création du réseau des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). À l’origine, le cégep regroupait l’enseignement collégial du Séminaire de Saint-Hyacinthe, du Collège Saint-Maurice, de l’Institut des textiles, de l’Institut familial, des écoles normales et de l’École des infirmières.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Congrès de la CSN vote la création d’une fédération du personnel enseignant ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, le bureau confédéral de la CSN décide qu’aucun syndicat n’aura une affiliation directe à la centrale. Le SPE, le SPEQ et les nouveaux syndicats des cégeps sont concernés. Au Congrès confédéral qui suit, fin 1968, deux importantes résolutions sont votées: la mise sur pied d’une fédération du personnel enseignant ainsi qu’une modification des structures; les fédérations auront dorénavant la responsabilité de leurs salariés et salariées en lieu et place de la Confédération. Au même congrès, le président Marcel Pepin propose, dans son rapport au Congrès, d’ouvrir un deuxième front de lutte et de mettre sur pied des comités d’action politique dans les régions. Ce document d’orientation est majeur dans l’histoire de la centrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1968 représente aussi le moment de la lutte McGill français, de la crise linguistique à Saint-Léonard, de la création de l’Université du Québec, de la grève des étudiants dans plusieurs cégeps et facultés universitaires et de la naissance du Parti québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=465</id>
		<title>LaPréhistoire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=465"/>
		<updated>2021-06-08T17:33:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La préhistoire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:003.png|thumb]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant du XXe siècle, l’emprise de la religion sur le système scolaire québécois est totale. Les comités catholiques et protestants ont l’autorité exclusive sur les programmes et le personnel enseignant des écoles publiques. Du côté francophone, presque tout l’enseignement donnant accès à l’université est privé et relève d’institutions religieuses. Les écoles publiques sont sous-financées et peinent à se voir reconnaitre par le niveau de l’enseignement supérieur, lui aussi privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baby-boom qui survient après 1945 pose problème du côté francophone. Le nombre grandissant d’enfants dans les systèmes d’éducation public et privé – le nombre d’étudiants réguliers double entre 1945 et 1962, atteignant les 1 350 000 &amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec,première partie ou tome I – Les structures supérieures du système scolaire, 1963, p. 77, consultée sur le site Web de l’assemblée nationale le 23 septembre 2019, assnat.qc.ca/bibliotheque.&amp;lt;/ref&amp;gt; –, le peu de places disponibles et le manque d’infrastructures exigent un sérieux coup de barre.  Le gouvernement libéral de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lesage Jean Lesage], élu en 1960, accélère le processus, met en place la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Parent commission Parent], crée le ministère de l’Éducation, modifie les ordres d’enseignement en créant un réseau collégial public, le chainon manquant. Le secteur de l’éducation est en pleine transformation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à approcher la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_des_syndicats_nationaux Confédération des syndicats nationaux (CSN)] viennent des collèges privés et des écoles gouvernementales, ceux du primaire et du secondaire étant déjà à la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), l’ancêtre de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1947, une première convention collective est signée dans l’enseignement privé, au Séminaire de Québec. C’est le travail de l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire (APPLES). L’Association représente la dizaine de professeures et professeurs laïques du Séminaire et en regroupe, en tout, une quarantaine de divers collèges classiques de Montréal, Québec et Rimouski.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une idée du peu d’enseignantes et d’enseignants ne faisant pas partie du clergé, on trouve à ce moment-là à peine 75 professeures et professeurs laïques dans les écoles privées, les collèges classiques et divers séminaires de la province, les religieux formant la quasitotalité du corps professoral de ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir des années 1940, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) modernise son fonctionnement et devient petit à petit le mouvement syndical progressiste que nous connaissons aujourd’hui. Sa déconfessionnalisation est complétée au Congrès de septembre 1960, alors que la CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Le Québec et la CSN sont au début d’un vaste mouvement qui sera baptisé [https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_tranquille Révolution tranquille]. La CSN voit rapidement tout le potentiel qu’offre la syndicalisation du secteur public québécois, en pleine réorganisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les premiers syndicats ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à adhérer à la CSN, l’APPES et l’Association professionnelle des professeurs-laïcs des collèges classiques (APPLEC) le font à la faveur de ce vaste mouvement de syndicalisation du début des années 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, les quelque 1400 professeurs des écoles publiques spécialisées se regroupent dans l’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPLES) et prennent contact avec la CSN.  À la même époque, l’APPLEC fait la même démarche à la recherche d’une affiliation syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux associations intègrent la CSN en 1964. L’APPLES le fait grâce au tout nouveau Code du travail. L’APPLEC la rejoint pour faire face à la situation créée par le nouveau ministère de l’Éducation, les conclusions du rapport Parent et la mise en place prochaine des instituts projetés, qui allaient intégrer grand nombre des collèges classiques et séminaires. Les collèges classiques verraient ainsi leur clientèle se redistribuer dans les niveaux d’enseignement préconisés par le rapport Parent : primaire, secondaire et collégial (préuniversitaire).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n’y a pas de fédération d’enseignantes et d’enseignants à la CSN à ce moment-là, les deux syndicats s’affilient directement à la Confédération, un fait inhabituel, mais temporaire, tout le monde regardant la possibilité de créer une fédération du personnel enseignant. Dans le mouvement d’affiliation, l’APPES devient le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et l’APPLEC, le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE). En intégrant une centrale ouvrière – un cas unique dans le syndicalisme enseignant –, ces deux syndicats manifestent ainsi clairement leur solidarité et leur appartenance au mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux syndicats seuls, regroupant à peine 1500 membres, n’ont pas les reins assez solides pour soutenir une structure de fédération au sein de la centrale, mais la création des sept premiers cégeps en 1967, rapidement suivis par cinq autres, puis par douze autres en 1968, change la donne, fournissant la masse critique pour donner naissance en 1969 à la nouvelle fédération d’enseignantes et d’enseignants, la FNEQ – Fédération nationale des enseignants québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète souvent que la CSN a forcé la création de cette fédération d’enseignantes et d’enseignants : ce n’est pas exact. Oui, la CSN a voté en conseil puis en Congrès la nécessité de créer cette fédération, mais elle ne faisait qu'entériner la volonté des enseignants, depuis longtemps exprimée, de se doter d'une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
=== Le Code du travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:004.png|thumb|Paul Doyon a été une personne clé pour amener à la CSN les enseignantes et les enseignants des écoles spécialisées et des collèges classiques]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L’adoption du Code du travail (1964) et de la Loi sur la fonction publique (1965) sont deux moments importants de l’histoire des relations du travail au Québec. Le Code du travail reconnaît certains droits syndicaux fondamentaux, dont le droit d’association ainsi que le droit de grève dans les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires. En 1965, les enseignantes et les enseignants obtiennent à leur tour le droit de grève, de même que les fonctionnaires. De plus, ces derniers ont dorénavant le droit de s’affilier à une centrale syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gains sont le fruit d’un compromis social plus large. En fait, les acteurs de l’époque cherchent à pacifier les relations du travail en structurant l’exercice du droit de grève. En effet, après 1964, l’exercice de ce droit est reconnu exclusivement aux syndicats. De plus, le droit de grève ne pourra s’exercer qu’en période de négociation, et ce, en fonction du respect de nombreux critères prévus par la loi &amp;lt;ref&amp;gt;« Historique des lois spéciales », document élaboré par le comité de stratégie de la FNEEQ, 26 octobre 2015, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Paul Doyon ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paul Doyon devient conseiller syndical à la CSN dès 1964, avant que n’existe la FNEQ. Il est recruté principalement pour sa connaissance du secteur de l’enseignement spécialisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employé au Devoir jusqu’en 1959, il rencontre André L’Heureux qui, avant d’être à la CSN, a été un des secrétaires de Paul Gérin-Lajoie, preuve de l’effervescence de la prise du pouvoir des libéraux. Au Ministère, il rencontre Arthur Tremblay et devient secrétaire du comité technique sur les études techniques et professionnelles qu’il préside. Doyon constate alors que les écoles à vocation particulière sont plus dynamiques que les autres écoles techniques du fait de leur plus grande autonomie. Il comprend alors l’importance du contrôle local des écoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La CSN, en la personne de Robert Sauvé, m’a offert de travailler avec les enseignants, particulièrement ceux des écoles spécialisées, qu’ils cherchaient à syndiquer. J’ai toujours cru important le rôle des profs dans la gestion de leurs établissements. À cette époque, c’était dans l’air, les comités des relations professionnelles allaient dans ce sens. Le but: donner de l’autonomie aux professeurs, qui allaient ensuite former des étudiants autonomes. En plein mon idéologie syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevues accordées à Jacques Gauthier par Paul Doyon les 22 mars et 8 mai 2019 sur les pre­mières années de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les collèges privés ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:006.png|thumb|Jean-Pierre Boutin, du SPEQ, deviendra en 1969 le premier président de la nouvelle Fédération nationale des enseignants québécois]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin des années 1930 et le début des années 1940, des professeures et professeurs laïques tentent de pénétrer le monde clos des écoles privées, collèges classiques et séminaires, contrôlés par le clergé. L’accueil ne leur est pas favorable, les institutions n’ayant pas les fonds nécessaires, disent-elles, pour payer des salaires à des laïques. Il leur faudrait une aide gouvernementale qui ne vient pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:010.png|thumb|Les représentants du SPEQ signent leur première convention collective avec le ministre Marcel Masse, de l’Union nationale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1945, quelques professeures et professeurs laïques à l’emploi des collèges classiques de Québec, Montréal et Rimouski se regroupent sous le vocable APPLES, Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire &amp;lt;ref&amp;gt;Une bizarrerie qu’il faut noter : l’appellation « enseignement secon- daire » appartenait alors exclusivement aux collèges classiques, une sorte de marque de commerce. Les écoles publiques ne pouvaient se dire « secondaires », elles employaient pour désigner les études au-delà du primaire le terme «primaire supérieur». Une telle inscription existe encore sur la façade de l’école primaire Le Plateau, dans le parc Lafontaine à Montréal.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:008.png|thumb|Claude de Lorimier, Paul Doyon et Claude Sabourin discutent stratégie]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association, qui compte alors une quarantaine de membres sur les 75 professeures et professeurs laïques de la province, signe en janvier 1947 sa toute première convention avec le Petit séminaire de Québec, le plus ancien syndicat de la FNEEQ. La dizaine de professeures et professeurs laïques qui s’y trouvent négocient ainsi pour la première fois leurs conditions de travail. Le journal Le Soleil de Québec rend compte de la cérémonie de signature et du contentement de Paul Laberge, secrétaire de l’APPLES : «M. Laberge a tenu à exprimer la reconnaissance de l’Association pour le Séminaire de Québec qui vient de reconnaître officiellement et de façon pratique leur groupe professionnel. Son geste est aussi un hommage aux professeurs-laïcs qui ont toujours coopéré dans la province pour maintenir notre enseignement secondaire au haut niveau auquel l’ont porté nos institutions religieuses d’enseignement &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 23 mars 1947, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1950, sous la pression démographique et une présence de plus en plus grande des sciences dans l’enseignement, les écoles privées font appel en plus grand nombre à des professeures et professeurs laïques &amp;lt;ref&amp;gt;La Presse, 20 juin 1952, p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Vers 1953, selon le quotidien Le Soleil, on évalue leur nombre à 150, soit le tiers du corps enseignant de ces institutions &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 22 juin 1953, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.  C’est dire la petitesse du système d’éducation francophone menant à l’université ou au grand séminaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, l’APPLES devient l’APPLEC, troquant le vocable «secondaire» pour celui de «classique». Au début des années 1960, le nombre de professeures et professeurs laïques présents dans ces collèges augmente et des sections existent à Québec, Montréal, Chicoutimi, Rimouski, Hauterive et Mont-Laurier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1964, l’Association s’affilie à la CSN et devient l’année suivante le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE-CSN), à la faveur des changements introduits dans le nouveau Code du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1964, l’APPLEC négocie sur une base locale. Les conditions de travail s’avèrent donc différentes d’un collège à l’autre. «Les négociations (sont) soumises aux conditions du milieu», nous dit Michel Dumas, secrétaire exécutif du syndicat. «Dans les années 60, ajoutet-il, on voit même la FCC [NDLR : Fédération des collèges classiques], organisme patronal, statuer sur les conditions de travail des professeurs. L’APPLEC, alors beaucoup moins représentative, dut accepter ce renversement des rôles à une époque où les professeurs-laïcs étaient souvent considérés comme des frères coadjuteurs… &amp;lt;ref&amp;gt;Michel DUMAS,E «Comment le SPE a été conduit à la négociation provinciale», texte d’une allocution de Michel Dumas, secrétaire exécutif du SPE, 1967. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965, le syndicat prend de l’ampleur avec son affiliation à la CSN : ouverture d’un bureau permanent, publication d’un journal et collaborations avec son colocataire, le Syndicat des enseignants des écoles gouvernementales (SPEQ), un autre syndicat d’enseignantes et d’enseignants qui vient d’adhérer à la CSN &amp;lt;ref&amp;gt;L’APPLEC, vol. 10, n o 2, octobre 1964, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même année, le syndicat crée le «pool de Montréal», un regroupement de dix collèges qui veulent renégocier ensemble leur convention collective. Ils croient que le temps est venu pour une négociation commune: les dix collèges se trouvent sur un même territoire, dans une même zone économique. Aucune raison donc d’avoir des conditions de travail différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant une menace de grève, les collèges font des concessions: ils acceptent la cogestion et la permanence après deux ans. Ce succès amène le syndicat à vouloir une négociation provinciale. Les différentes sections du SPE s’entendent sur un projet commun de convention collective et exigent la négociation provinciale. Trente-deux collèges sur trente-quatre acceptent la proposition. Les négociations commencent le 11 août 1967, mais elles trainent. La partie patronale ne semble pas pressée. La Fédération des collèges classiques attend la manne gouvernementale pour ouvrir ses coffres. Or, les représentants gouvernementaux ne s’engagent pas, même s’ils sont présents à la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En congrès, en 1967, le SPE adopte à l’unanimité le projet d’une fédération du personnel enseignant affiliée à la CSN. Le syndicat veut lutter avec tous les autres membres de la centrale pour l’amélioration de la vie politique et économique des citoyens et pour leur droit à une démocratisation de l’enseignement sous toutes ses formes &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération,&lt;br /&gt;
vol. 1, n o 1, mars 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La structure prévue est composée de trois secteurs: cégep, gouvernemental (SPEQ) et privé (SPE). Le projet fait le tour des secteurs. La fédération imaginée à ce moment-là est un regroupement de secteurs, chacun ayant son assemblée générale et son exécutif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce système est adopté lors du Congrès de fondation et perdure jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier budget de la Fédération est évalué à 121 200$ pour une cotisation annuelle de 26,33$ par membre &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération, vol. 1, n o 3, juin 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== La main invisible ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les professeurs des institutions privées savent très bien que la main invisible à la table de négociations est celle du ministre de l’Éducation. Loin de s’opposer au rôle déterminant de l’État en éducation, les professeurs du SPE souhaitent que le ministre de l’Éducation s’affiche une fois pour toutes comme le seul interlocuteur valable dans les négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les professeurs du SPE, la question de revendications salariales n’est pas prioritaire. Ils sont prêts à discuter et à accepter rapidement un traitement juste, conforme à leur formation universitaire, à la fonction sociale qu’ils exercent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, les professeurs du SPE estiment que leur droit de participer à l’élaboration des politiques pédagogiques, c’est-à-dire professionnelles, est un droit indéniable qu’on doit inscrire dans une convention collective de travail, même dans celles des institutions privées. Comme les institutions publiques, les institutions privées exercent une fonction sociale et à ce titre elles doivent laisser une place, dans leurs centres de décisions administratifs, aux spécialistes de la pédagogie. Cette revendication n’a rien à voir avec le droit de gérance. On veut que le professeur forme des esprits autonomes, capables d’imaginer les solutions aux problèmes de notre société en évolution accélérée et qu’on accorde alors au professeur la liberté d’inventer lui-même les solutions aux problèmes de sa propre profession. Présentement, le refus du gouvernement de s’affirmer comme un interlocuteur valable dans les négociations du SPE conduit à des conséquences graves, de nature à retarder sérieusement les réformes que tous souhaitent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Noël ROULEAU, Éducation Québécoise, vol. 1, no 7, avril 1968&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les écoles spécialisées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPES) est née en 1961, dans la foulée des réformes envisagées dans les relations de travail entre le gouvernement et les personnes qu’il emploie. L’Association regroupe alors les 1400 professeures et professeurs enseignant dans des écoles gouvernementales, techniques ou de métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès sa création en 1961, ce groupe d’enseignantes et d’enseignants approche la CSN. En février 1962, leur association demande une incorporation en vertu de la Loi des syndicats professionnels, malgré le fait que la loi les régissant leur interdit le recours à une sentence exécutoire ainsi qu’à toute grève et à toute affiliation à une centrale syndicale. En mars, le gouvernement refuse donc l’incorporation, sans autre explication que son bon vouloir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant tout ce temps, l’APPES participe activement à l’effort de syndicalisation de la CSN auprès des employés et employées du gouvernement. En 1963, l’Association demande à la Commission des relations ouvrières (CRO) une reconnaissance comme regroupement syndical. Une rencontre avec la Commission a lieu le 30 janvier 1963 en compagnie de trois autres associations faisant des démarches similaires : celle des employés de la Régie des alcools, celle des employés de l’Office des autoroutes et celle des inspecteurs d’écoles. Cette rencontre, selon l’APPES, « marquera le prélude de la syndicalisation des employés de la fonction publique &amp;lt;ref&amp;gt;Le journal de l’APPES, vol. 1, n o 2, janvier 1963.&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 aout 1963, la CRO reconnait l’Association. C’est le début de son ère syndicale; elle devient le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants membre de la CSN. La décision de la CRO indique que l’Association est la seule représentante et l’agente négociatrice pour tous les professeurs de l’enseignement spécialisé et que le gouvernement, comme employeur, est tenu de respecter la loi sur les relations ouvrières et doit négocier même s’il n’a pas encore statué sur la forme que prendra cette négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adoption en 1964 du nouveau Code du travail accorde aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic le droit de grève,&lt;br /&gt;
duquel sont privés les fonctionnaires et le personnel enseignant. Ils l’obtiennent cependant en 1965. Leur syndicat respectif peut également s’affilier à une centrale syndicale, ce que font aussitôt le SPE et le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), anciennement nommé l’APPES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce nouveau statut, le SPEQ entreprend la négociation avec le gouvernement pour arriver à une première convention collective négociée depuis sa création en 1961. En avril 1966, le blocage des négociations amène les membres à déclencher une grève de trois semaines, à laquelle le gouvernement répond par des injonctions ordonnant le retour au travail. Devant le refus syndical de se conformer, la Cour supérieure condamne le SPEQ à une amende de 2000$ et 12 de ses dirigeants ainsi que leur conseiller technique à 20 jours de prison. La cause est portée en appel. Le Congrès de la CSN manifeste son appui au syndicat devant le Parlement de Québec. Cette solidarité montre aux membres des deux syndicats nouvellement affiliés que l’appui du mouvement ouvrier est acquis à leur lutte et qu’ils peuvent compter sur la CSN pour les défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat obtient finalement ce premier contrat de travail. Le journal de la CSN en fait état: «On peut maintenant espérer, souligne leur conseiller technique, le confrère Paul Doyon, qu’en outre des avantages acquis, les professeurs, par leur grève, auront appris au gouvernement et aux employeurs qu’il ne sert à rien de se retrancher, comme des pharisiens, derrière la légalité et les injonctions pour refuser les justes revendications d’un groupe de travailleurs &amp;lt;ref&amp;gt;« Une leçon pour le gouvernement », Le Travail, mai 1966, vol. 42, n o 4, p. 12&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, la Cour d’appel confirme le jugement de la Cour supérieure. Le SPEQ doit payer l’amende de 2000$ et les dirigeants ainsi que le conseiller technique doivent faire les 20 jours de prison auxquels ils ont été condamnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== Les 13 du SPEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file: 005.png|thumb|100px]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 13 personnes condamnées à 20 jours de prison: Claude DeLorimier, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal et secrétaire exécutif du SPEQ, membre du Conseil supérieur de l’Éducation; Claude Desroches, professeur à l’Institut des Arts graphiques de Montréal; Paul Doyon, conseiller technique du SPEQ; Jean-Guy Farrier, professeur à l’Institut de technologie de Shawinigan; André Lamontagne, trésorier du SPEQ et professeur à l’Institut de technologie de Lauzon; Charles-Auguste Langlois, professeur à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière; Claude Legendre, professeur à l’École des métiers de Rimouski; Léonce Marcotte, professeur à l’École des métiers de Laprairie; Claude Poissant, professeur à l’École des métiers d’Amos; Jean Rioux, professeur à l’École normale Laval à Québec; Jean-Paul Simard, professeur à l’École des métiers d’Alma; Claude Sabourin, professeur à l’École normale d’enseignement technique à Montréal; Raymond Vézina, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les nouveaux syndicats des cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats des cégeps &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 9, juin 1968, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt; naissent avec la création des nouveaux collèges. La période de syndicalisation oppose la CEQ et la CSN, qui l’emporte dans la grande majorité des collèges. Les syndicats des cégeps deviennent rapidement le secteur le plus important de la Fédération. Tout comme les autres syndicats d’enseignantes et d’enseignants – SPE et SPEQ – membres de la CSN, leur affiliation se fait directement à la Confédération en l’absence d’une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nouveaux syndicats créent le secteur cégep dès 1967. Contrairement au SPE et au SPEQ, qui sont des syndicats provinciaux avec des sections locales, chaque syndicat d’enseignantes et d’enseignants de cégep est autonome et libre de son destin. Comme leurs vis-à-vis du SPE et du SPEQ, le secteur adhère à la CSN «pour exiger une société plus juste et bâtie pour l’homme» avec les autres travailleurs organisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1968, ils entament la négociation d’une première convention collective &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 10, juillet-aout 1968, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Neuf syndicats de cégep sont membres de la CSN à ce moment-là. En cette période de transition, la partie patronale est hybride: représentants du gouvernement, membres de corporations de CÉGEP et supérieurs de collèges. La convention collective nationale qui en résulte comprend la norme 1/15, le début d’une définition de la tâche… et d’une longue discussion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La commission Parent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage lance un vaste chantier en éducation. C’est un dossier prioritaire, dont la mesure centrale est la création de la Commission d’enquête sur l’enseignement, dite la Commission Parent. La Commission siège de 1961 à 1966. En 1964, elle propose la création d’instituts offrant à la fois des parcours techniques et pré-universitaires avec pour objectif de démocratiser l'accès à l'éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des sept premiers cégeps (Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou, Hull, Rimouski et Sainte-Foy) se fait en catastrophe. Leur création est décidée en juin 1967 pour une ouverture en septembre. Aucun cégep n’est prévu à ce moment-là dans la région de Montréal. On planifie plutôt la création d’une vingtaine d’autres cégeps durant l’année 1967-1968. À la suite de manifestations et de protestations, la mission qui décide de l’ouverture des cégeps annonce en aout que les cinq projets les plus avancés de la région métropolitaine verront le jour immédiatement et ouvriront leurs portes à la mi-septembre 1967. Ainsi naissent en quelques semaines des cégeps à Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse et Montréal (ceux de Maisonneuve et d’Ahuntsic). En 1967, il y a donc douze cégeps. En 1968, douze autres cégeps s’ajoutent: cinq sont situés à Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne et Dawson), trois dans la région métropolitaine (Joliette, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu), deux au Centre-du-Québec (Trois-Rivières et Shawinigan), un autre en Estrie (Sherbrooke) et le dernier en Gaspésie (Gaspé). Dawson, le premier cégep anglophone, n’ouvrira finalement qu’en 1969.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, voici comment on décrit la fondation du cégep de Saint-Hyacinthe dans le bulletin du Centre d’histoire et d’archives du travail CHAT &amp;lt;ref&amp;gt;La mémoire du travail, vol. 6, n o 2, printemps 2019, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le cégep de Saint-Hyacinthe a été créé en 1968 dans la foulée de la création du réseau des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). À l’origine, le cégep regroupait l’enseignement collégial du Séminaire de Saint-Hyacinthe, du Collège Saint-Maurice, de l’Institut des textiles, de l’Institut familial, des écoles normales et de l’École des infirmières.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Congrès de la CSN vote la création d’une fédération du personnel enseignant ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, le bureau confédéral de la CSN décide qu’aucun syndicat n’aura une affiliation directe à la centrale. Le SPE, le SPEQ et les nouveaux syndicats des cégeps sont concernés. Au Congrès confédéral qui suit, fin 1968, deux importantes résolutions sont votées: la mise sur pied d’une fédération du personnel enseignant ainsi qu’une modification des structures; les fédérations auront dorénavant la responsabilité de leurs salariés et salariées en lieu et place de la Confédération. Au même congrès, le président Marcel Pepin propose, dans son rapport au Congrès, d’ouvrir un deuxième front de lutte et de mettre sur pied des comités d’action politique dans les régions. Ce document d’orientation est majeur dans l’histoire de la centrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1968 représente aussi le moment de la lutte McGill français, de la crise linguistique à Saint-Léonard, de la création de l’Université du Québec, de la grève des étudiants dans plusieurs cégeps et facultés universitaires et de la naissance du Parti québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=464</id>
		<title>LaPréhistoire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=464"/>
		<updated>2021-06-08T17:32:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La préhistoire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:003.png|thumb]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant du XXe siècle, l’emprise de la religion sur le système scolaire québécois est totale. Les comités catholiques et protestants ont l’autorité exclusive sur les programmes et le personnel enseignant des écoles publiques. Du côté francophone, presque tout l’enseignement donnant accès à l’université est privé et relève d’institutions religieuses. Les écoles publiques sont sous-financées et peinent à se voir reconnaitre par le niveau de l’enseignement supérieur, lui aussi privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baby-boom qui survient après 1945 pose problème du côté francophone. Le nombre grandissant d’enfants dans les systèmes d’éducation public et privé – le nombre d’étudiants réguliers double entre 1945 et 1962, atteignant les 1 350 000 &amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec,première partie ou tome I – Les structures supérieures du système scolaire, 1963, p. 77, consultée sur le site Web de l’assemblée nationale le 23 septembre 2019, assnat.qc.ca/bibliotheque.&amp;lt;/ref&amp;gt; –, le peu de places disponibles et le manque d’infrastructures exigent un sérieux coup de barre.  Le gouvernement libéral de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lesage Jean Lesage], élu en 1960, accélère le processus, met en place la commission Parent, crée le ministère de l’Éducation, modifie les ordres d’enseignement en créant un réseau collégial public, le chainon manquant. Le secteur de l’éducation est en pleine transformation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à approcher la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_des_syndicats_nationaux Confédération des syndicats nationaux (CSN)] viennent des collèges privés et des écoles gouvernementales, ceux du primaire et du secondaire étant déjà à la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), l’ancêtre de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1947, une première convention collective est signée dans l’enseignement privé, au Séminaire de Québec. C’est le travail de l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire (APPLES). L’Association représente la dizaine de professeures et professeurs laïques du Séminaire et en regroupe, en tout, une quarantaine de divers collèges classiques de Montréal, Québec et Rimouski.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une idée du peu d’enseignantes et d’enseignants ne faisant pas partie du clergé, on trouve à ce moment-là à peine 75 professeures et professeurs laïques dans les écoles privées, les collèges classiques et divers séminaires de la province, les religieux formant la quasitotalité du corps professoral de ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir des années 1940, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) modernise son fonctionnement et devient petit à petit le mouvement syndical progressiste que nous connaissons aujourd’hui. Sa déconfessionnalisation est complétée au Congrès de septembre 1960, alors que la CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Le Québec et la CSN sont au début d’un vaste mouvement qui sera baptisé [https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_tranquille Révolution tranquille]. La CSN voit rapidement tout le potentiel qu’offre la syndicalisation du secteur public québécois, en pleine réorganisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les premiers syndicats ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à adhérer à la CSN, l’APPES et l’Association professionnelle des professeurs-laïcs des collèges classiques (APPLEC) le font à la faveur de ce vaste mouvement de syndicalisation du début des années 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, les quelque 1400 professeurs des écoles publiques spécialisées se regroupent dans l’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPLES) et prennent contact avec la CSN.  À la même époque, l’APPLEC fait la même démarche à la recherche d’une affiliation syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux associations intègrent la CSN en 1964. L’APPLES le fait grâce au tout nouveau Code du travail. L’APPLEC la rejoint pour faire face à la situation créée par le nouveau ministère de l’Éducation, les conclusions du rapport Parent et la mise en place prochaine des instituts projetés, qui allaient intégrer grand nombre des collèges classiques et séminaires. Les collèges classiques verraient ainsi leur clientèle se redistribuer dans les niveaux d’enseignement préconisés par le rapport Parent : primaire, secondaire et collégial (préuniversitaire).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n’y a pas de fédération d’enseignantes et d’enseignants à la CSN à ce moment-là, les deux syndicats s’affilient directement à la Confédération, un fait inhabituel, mais temporaire, tout le monde regardant la possibilité de créer une fédération du personnel enseignant. Dans le mouvement d’affiliation, l’APPES devient le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et l’APPLEC, le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE). En intégrant une centrale ouvrière – un cas unique dans le syndicalisme enseignant –, ces deux syndicats manifestent ainsi clairement leur solidarité et leur appartenance au mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux syndicats seuls, regroupant à peine 1500 membres, n’ont pas les reins assez solides pour soutenir une structure de fédération au sein de la centrale, mais la création des sept premiers cégeps en 1967, rapidement suivis par cinq autres, puis par douze autres en 1968, change la donne, fournissant la masse critique pour donner naissance en 1969 à la nouvelle fédération d’enseignantes et d’enseignants, la FNEQ – Fédération nationale des enseignants québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète souvent que la CSN a forcé la création de cette fédération d’enseignantes et d’enseignants : ce n’est pas exact. Oui, la CSN a voté en conseil puis en Congrès la nécessité de créer cette fédération, mais elle ne faisait qu'entériner la volonté des enseignants, depuis longtemps exprimée, de se doter d'une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
=== Le Code du travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:004.png|thumb|Paul Doyon a été une personne clé pour amener à la CSN les enseignantes et les enseignants des écoles spécialisées et des collèges classiques]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L’adoption du Code du travail (1964) et de la Loi sur la fonction publique (1965) sont deux moments importants de l’histoire des relations du travail au Québec. Le Code du travail reconnaît certains droits syndicaux fondamentaux, dont le droit d’association ainsi que le droit de grève dans les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires. En 1965, les enseignantes et les enseignants obtiennent à leur tour le droit de grève, de même que les fonctionnaires. De plus, ces derniers ont dorénavant le droit de s’affilier à une centrale syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gains sont le fruit d’un compromis social plus large. En fait, les acteurs de l’époque cherchent à pacifier les relations du travail en structurant l’exercice du droit de grève. En effet, après 1964, l’exercice de ce droit est reconnu exclusivement aux syndicats. De plus, le droit de grève ne pourra s’exercer qu’en période de négociation, et ce, en fonction du respect de nombreux critères prévus par la loi &amp;lt;ref&amp;gt;« Historique des lois spéciales », document élaboré par le comité de stratégie de la FNEEQ, 26 octobre 2015, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Paul Doyon ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paul Doyon devient conseiller syndical à la CSN dès 1964, avant que n’existe la FNEQ. Il est recruté principalement pour sa connaissance du secteur de l’enseignement spécialisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employé au Devoir jusqu’en 1959, il rencontre André L’Heureux qui, avant d’être à la CSN, a été un des secrétaires de Paul Gérin-Lajoie, preuve de l’effervescence de la prise du pouvoir des libéraux. Au Ministère, il rencontre Arthur Tremblay et devient secrétaire du comité technique sur les études techniques et professionnelles qu’il préside. Doyon constate alors que les écoles à vocation particulière sont plus dynamiques que les autres écoles techniques du fait de leur plus grande autonomie. Il comprend alors l’importance du contrôle local des écoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La CSN, en la personne de Robert Sauvé, m’a offert de travailler avec les enseignants, particulièrement ceux des écoles spécialisées, qu’ils cherchaient à syndiquer. J’ai toujours cru important le rôle des profs dans la gestion de leurs établissements. À cette époque, c’était dans l’air, les comités des relations professionnelles allaient dans ce sens. Le but: donner de l’autonomie aux professeurs, qui allaient ensuite former des étudiants autonomes. En plein mon idéologie syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevues accordées à Jacques Gauthier par Paul Doyon les 22 mars et 8 mai 2019 sur les pre­mières années de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les collèges privés ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:006.png|thumb|Jean-Pierre Boutin, du SPEQ, deviendra en 1969 le premier président de la nouvelle Fédération nationale des enseignants québécois]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin des années 1930 et le début des années 1940, des professeures et professeurs laïques tentent de pénétrer le monde clos des écoles privées, collèges classiques et séminaires, contrôlés par le clergé. L’accueil ne leur est pas favorable, les institutions n’ayant pas les fonds nécessaires, disent-elles, pour payer des salaires à des laïques. Il leur faudrait une aide gouvernementale qui ne vient pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:010.png|thumb|Les représentants du SPEQ signent leur première convention collective avec le ministre Marcel Masse, de l’Union nationale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1945, quelques professeures et professeurs laïques à l’emploi des collèges classiques de Québec, Montréal et Rimouski se regroupent sous le vocable APPLES, Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire &amp;lt;ref&amp;gt;Une bizarrerie qu’il faut noter : l’appellation « enseignement secon- daire » appartenait alors exclusivement aux collèges classiques, une sorte de marque de commerce. Les écoles publiques ne pouvaient se dire « secondaires », elles employaient pour désigner les études au-delà du primaire le terme «primaire supérieur». Une telle inscription existe encore sur la façade de l’école primaire Le Plateau, dans le parc Lafontaine à Montréal.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:008.png|thumb|Claude de Lorimier, Paul Doyon et Claude Sabourin discutent stratégie]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association, qui compte alors une quarantaine de membres sur les 75 professeures et professeurs laïques de la province, signe en janvier 1947 sa toute première convention avec le Petit séminaire de Québec, le plus ancien syndicat de la FNEEQ. La dizaine de professeures et professeurs laïques qui s’y trouvent négocient ainsi pour la première fois leurs conditions de travail. Le journal Le Soleil de Québec rend compte de la cérémonie de signature et du contentement de Paul Laberge, secrétaire de l’APPLES : «M. Laberge a tenu à exprimer la reconnaissance de l’Association pour le Séminaire de Québec qui vient de reconnaître officiellement et de façon pratique leur groupe professionnel. Son geste est aussi un hommage aux professeurs-laïcs qui ont toujours coopéré dans la province pour maintenir notre enseignement secondaire au haut niveau auquel l’ont porté nos institutions religieuses d’enseignement &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 23 mars 1947, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1950, sous la pression démographique et une présence de plus en plus grande des sciences dans l’enseignement, les écoles privées font appel en plus grand nombre à des professeures et professeurs laïques &amp;lt;ref&amp;gt;La Presse, 20 juin 1952, p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Vers 1953, selon le quotidien Le Soleil, on évalue leur nombre à 150, soit le tiers du corps enseignant de ces institutions &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 22 juin 1953, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.  C’est dire la petitesse du système d’éducation francophone menant à l’université ou au grand séminaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, l’APPLES devient l’APPLEC, troquant le vocable «secondaire» pour celui de «classique». Au début des années 1960, le nombre de professeures et professeurs laïques présents dans ces collèges augmente et des sections existent à Québec, Montréal, Chicoutimi, Rimouski, Hauterive et Mont-Laurier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1964, l’Association s’affilie à la CSN et devient l’année suivante le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE-CSN), à la faveur des changements introduits dans le nouveau Code du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1964, l’APPLEC négocie sur une base locale. Les conditions de travail s’avèrent donc différentes d’un collège à l’autre. «Les négociations (sont) soumises aux conditions du milieu», nous dit Michel Dumas, secrétaire exécutif du syndicat. «Dans les années 60, ajoutet-il, on voit même la FCC [NDLR : Fédération des collèges classiques], organisme patronal, statuer sur les conditions de travail des professeurs. L’APPLEC, alors beaucoup moins représentative, dut accepter ce renversement des rôles à une époque où les professeurs-laïcs étaient souvent considérés comme des frères coadjuteurs… &amp;lt;ref&amp;gt;Michel DUMAS,E «Comment le SPE a été conduit à la négociation provinciale», texte d’une allocution de Michel Dumas, secrétaire exécutif du SPE, 1967. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965, le syndicat prend de l’ampleur avec son affiliation à la CSN : ouverture d’un bureau permanent, publication d’un journal et collaborations avec son colocataire, le Syndicat des enseignants des écoles gouvernementales (SPEQ), un autre syndicat d’enseignantes et d’enseignants qui vient d’adhérer à la CSN &amp;lt;ref&amp;gt;L’APPLEC, vol. 10, n o 2, octobre 1964, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même année, le syndicat crée le «pool de Montréal», un regroupement de dix collèges qui veulent renégocier ensemble leur convention collective. Ils croient que le temps est venu pour une négociation commune: les dix collèges se trouvent sur un même territoire, dans une même zone économique. Aucune raison donc d’avoir des conditions de travail différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant une menace de grève, les collèges font des concessions: ils acceptent la cogestion et la permanence après deux ans. Ce succès amène le syndicat à vouloir une négociation provinciale. Les différentes sections du SPE s’entendent sur un projet commun de convention collective et exigent la négociation provinciale. Trente-deux collèges sur trente-quatre acceptent la proposition. Les négociations commencent le 11 août 1967, mais elles trainent. La partie patronale ne semble pas pressée. La Fédération des collèges classiques attend la manne gouvernementale pour ouvrir ses coffres. Or, les représentants gouvernementaux ne s’engagent pas, même s’ils sont présents à la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En congrès, en 1967, le SPE adopte à l’unanimité le projet d’une fédération du personnel enseignant affiliée à la CSN. Le syndicat veut lutter avec tous les autres membres de la centrale pour l’amélioration de la vie politique et économique des citoyens et pour leur droit à une démocratisation de l’enseignement sous toutes ses formes &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération,&lt;br /&gt;
vol. 1, n o 1, mars 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La structure prévue est composée de trois secteurs: cégep, gouvernemental (SPEQ) et privé (SPE). Le projet fait le tour des secteurs. La fédération imaginée à ce moment-là est un regroupement de secteurs, chacun ayant son assemblée générale et son exécutif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce système est adopté lors du Congrès de fondation et perdure jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier budget de la Fédération est évalué à 121 200$ pour une cotisation annuelle de 26,33$ par membre &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération, vol. 1, n o 3, juin 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== La main invisible ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les professeurs des institutions privées savent très bien que la main invisible à la table de négociations est celle du ministre de l’Éducation. Loin de s’opposer au rôle déterminant de l’État en éducation, les professeurs du SPE souhaitent que le ministre de l’Éducation s’affiche une fois pour toutes comme le seul interlocuteur valable dans les négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les professeurs du SPE, la question de revendications salariales n’est pas prioritaire. Ils sont prêts à discuter et à accepter rapidement un traitement juste, conforme à leur formation universitaire, à la fonction sociale qu’ils exercent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, les professeurs du SPE estiment que leur droit de participer à l’élaboration des politiques pédagogiques, c’est-à-dire professionnelles, est un droit indéniable qu’on doit inscrire dans une convention collective de travail, même dans celles des institutions privées. Comme les institutions publiques, les institutions privées exercent une fonction sociale et à ce titre elles doivent laisser une place, dans leurs centres de décisions administratifs, aux spécialistes de la pédagogie. Cette revendication n’a rien à voir avec le droit de gérance. On veut que le professeur forme des esprits autonomes, capables d’imaginer les solutions aux problèmes de notre société en évolution accélérée et qu’on accorde alors au professeur la liberté d’inventer lui-même les solutions aux problèmes de sa propre profession. Présentement, le refus du gouvernement de s’affirmer comme un interlocuteur valable dans les négociations du SPE conduit à des conséquences graves, de nature à retarder sérieusement les réformes que tous souhaitent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Noël ROULEAU, Éducation Québécoise, vol. 1, no 7, avril 1968&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les écoles spécialisées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPES) est née en 1961, dans la foulée des réformes envisagées dans les relations de travail entre le gouvernement et les personnes qu’il emploie. L’Association regroupe alors les 1400 professeures et professeurs enseignant dans des écoles gouvernementales, techniques ou de métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès sa création en 1961, ce groupe d’enseignantes et d’enseignants approche la CSN. En février 1962, leur association demande une incorporation en vertu de la Loi des syndicats professionnels, malgré le fait que la loi les régissant leur interdit le recours à une sentence exécutoire ainsi qu’à toute grève et à toute affiliation à une centrale syndicale. En mars, le gouvernement refuse donc l’incorporation, sans autre explication que son bon vouloir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant tout ce temps, l’APPES participe activement à l’effort de syndicalisation de la CSN auprès des employés et employées du gouvernement. En 1963, l’Association demande à la Commission des relations ouvrières (CRO) une reconnaissance comme regroupement syndical. Une rencontre avec la Commission a lieu le 30 janvier 1963 en compagnie de trois autres associations faisant des démarches similaires : celle des employés de la Régie des alcools, celle des employés de l’Office des autoroutes et celle des inspecteurs d’écoles. Cette rencontre, selon l’APPES, « marquera le prélude de la syndicalisation des employés de la fonction publique &amp;lt;ref&amp;gt;Le journal de l’APPES, vol. 1, n o 2, janvier 1963.&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 aout 1963, la CRO reconnait l’Association. C’est le début de son ère syndicale; elle devient le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants membre de la CSN. La décision de la CRO indique que l’Association est la seule représentante et l’agente négociatrice pour tous les professeurs de l’enseignement spécialisé et que le gouvernement, comme employeur, est tenu de respecter la loi sur les relations ouvrières et doit négocier même s’il n’a pas encore statué sur la forme que prendra cette négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adoption en 1964 du nouveau Code du travail accorde aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic le droit de grève,&lt;br /&gt;
duquel sont privés les fonctionnaires et le personnel enseignant. Ils l’obtiennent cependant en 1965. Leur syndicat respectif peut également s’affilier à une centrale syndicale, ce que font aussitôt le SPE et le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), anciennement nommé l’APPES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce nouveau statut, le SPEQ entreprend la négociation avec le gouvernement pour arriver à une première convention collective négociée depuis sa création en 1961. En avril 1966, le blocage des négociations amène les membres à déclencher une grève de trois semaines, à laquelle le gouvernement répond par des injonctions ordonnant le retour au travail. Devant le refus syndical de se conformer, la Cour supérieure condamne le SPEQ à une amende de 2000$ et 12 de ses dirigeants ainsi que leur conseiller technique à 20 jours de prison. La cause est portée en appel. Le Congrès de la CSN manifeste son appui au syndicat devant le Parlement de Québec. Cette solidarité montre aux membres des deux syndicats nouvellement affiliés que l’appui du mouvement ouvrier est acquis à leur lutte et qu’ils peuvent compter sur la CSN pour les défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat obtient finalement ce premier contrat de travail. Le journal de la CSN en fait état: «On peut maintenant espérer, souligne leur conseiller technique, le confrère Paul Doyon, qu’en outre des avantages acquis, les professeurs, par leur grève, auront appris au gouvernement et aux employeurs qu’il ne sert à rien de se retrancher, comme des pharisiens, derrière la légalité et les injonctions pour refuser les justes revendications d’un groupe de travailleurs &amp;lt;ref&amp;gt;« Une leçon pour le gouvernement », Le Travail, mai 1966, vol. 42, n o 4, p. 12&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, la Cour d’appel confirme le jugement de la Cour supérieure. Le SPEQ doit payer l’amende de 2000$ et les dirigeants ainsi que le conseiller technique doivent faire les 20 jours de prison auxquels ils ont été condamnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== Les 13 du SPEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file: 005.png|thumb|100px]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 13 personnes condamnées à 20 jours de prison: Claude DeLorimier, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal et secrétaire exécutif du SPEQ, membre du Conseil supérieur de l’Éducation; Claude Desroches, professeur à l’Institut des Arts graphiques de Montréal; Paul Doyon, conseiller technique du SPEQ; Jean-Guy Farrier, professeur à l’Institut de technologie de Shawinigan; André Lamontagne, trésorier du SPEQ et professeur à l’Institut de technologie de Lauzon; Charles-Auguste Langlois, professeur à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière; Claude Legendre, professeur à l’École des métiers de Rimouski; Léonce Marcotte, professeur à l’École des métiers de Laprairie; Claude Poissant, professeur à l’École des métiers d’Amos; Jean Rioux, professeur à l’École normale Laval à Québec; Jean-Paul Simard, professeur à l’École des métiers d’Alma; Claude Sabourin, professeur à l’École normale d’enseignement technique à Montréal; Raymond Vézina, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les nouveaux syndicats des cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats des cégeps &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 9, juin 1968, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt; naissent avec la création des nouveaux collèges. La période de syndicalisation oppose la CEQ et la CSN, qui l’emporte dans la grande majorité des collèges. Les syndicats des cégeps deviennent rapidement le secteur le plus important de la Fédération. Tout comme les autres syndicats d’enseignantes et d’enseignants – SPE et SPEQ – membres de la CSN, leur affiliation se fait directement à la Confédération en l’absence d’une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nouveaux syndicats créent le secteur cégep dès 1967. Contrairement au SPE et au SPEQ, qui sont des syndicats provinciaux avec des sections locales, chaque syndicat d’enseignantes et d’enseignants de cégep est autonome et libre de son destin. Comme leurs vis-à-vis du SPE et du SPEQ, le secteur adhère à la CSN «pour exiger une société plus juste et bâtie pour l’homme» avec les autres travailleurs organisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1968, ils entament la négociation d’une première convention collective &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 10, juillet-aout 1968, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Neuf syndicats de cégep sont membres de la CSN à ce moment-là. En cette période de transition, la partie patronale est hybride: représentants du gouvernement, membres de corporations de CÉGEP et supérieurs de collèges. La convention collective nationale qui en résulte comprend la norme 1/15, le début d’une définition de la tâche… et d’une longue discussion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La commission Parent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage lance un vaste chantier en éducation. C’est un dossier prioritaire, dont la mesure centrale est la création de la Commission d’enquête sur l’enseignement, dite la Commission Parent. La Commission siège de 1961 à 1966. En 1964, elle propose la création d’instituts offrant à la fois des parcours techniques et pré-universitaires avec pour objectif de démocratiser l'accès à l'éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des sept premiers cégeps (Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou, Hull, Rimouski et Sainte-Foy) se fait en catastrophe. Leur création est décidée en juin 1967 pour une ouverture en septembre. Aucun cégep n’est prévu à ce moment-là dans la région de Montréal. On planifie plutôt la création d’une vingtaine d’autres cégeps durant l’année 1967-1968. À la suite de manifestations et de protestations, la mission qui décide de l’ouverture des cégeps annonce en aout que les cinq projets les plus avancés de la région métropolitaine verront le jour immédiatement et ouvriront leurs portes à la mi-septembre 1967. Ainsi naissent en quelques semaines des cégeps à Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse et Montréal (ceux de Maisonneuve et d’Ahuntsic). En 1967, il y a donc douze cégeps. En 1968, douze autres cégeps s’ajoutent: cinq sont situés à Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne et Dawson), trois dans la région métropolitaine (Joliette, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu), deux au Centre-du-Québec (Trois-Rivières et Shawinigan), un autre en Estrie (Sherbrooke) et le dernier en Gaspésie (Gaspé). Dawson, le premier cégep anglophone, n’ouvrira finalement qu’en 1969.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, voici comment on décrit la fondation du cégep de Saint-Hyacinthe dans le bulletin du Centre d’histoire et d’archives du travail CHAT &amp;lt;ref&amp;gt;La mémoire du travail, vol. 6, n o 2, printemps 2019, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le cégep de Saint-Hyacinthe a été créé en 1968 dans la foulée de la création du réseau des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). À l’origine, le cégep regroupait l’enseignement collégial du Séminaire de Saint-Hyacinthe, du Collège Saint-Maurice, de l’Institut des textiles, de l’Institut familial, des écoles normales et de l’École des infirmières.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Congrès de la CSN vote la création d’une fédération du personnel enseignant ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, le bureau confédéral de la CSN décide qu’aucun syndicat n’aura une affiliation directe à la centrale. Le SPE, le SPEQ et les nouveaux syndicats des cégeps sont concernés. Au Congrès confédéral qui suit, fin 1968, deux importantes résolutions sont votées: la mise sur pied d’une fédération du personnel enseignant ainsi qu’une modification des structures; les fédérations auront dorénavant la responsabilité de leurs salariés et salariées en lieu et place de la Confédération. Au même congrès, le président Marcel Pepin propose, dans son rapport au Congrès, d’ouvrir un deuxième front de lutte et de mettre sur pied des comités d’action politique dans les régions. Ce document d’orientation est majeur dans l’histoire de la centrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1968 représente aussi le moment de la lutte McGill français, de la crise linguistique à Saint-Léonard, de la création de l’Université du Québec, de la grève des étudiants dans plusieurs cégeps et facultés universitaires et de la naissance du Parti québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=463</id>
		<title>LaPréhistoire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=463"/>
		<updated>2021-06-08T17:30:00Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La préhistoire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:003.png|thumb]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant du XXe siècle, l’emprise de la religion sur le système scolaire québécois est totale. Les comités catholiques et protestants ont l’autorité exclusive sur les programmes et le personnel enseignant des écoles publiques. Du côté francophone, presque tout l’enseignement donnant accès à l’université est privé et relève d’institutions religieuses. Les écoles publiques sont sous-financées et peinent à se voir reconnaitre par le niveau de l’enseignement supérieur, lui aussi privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baby-boom qui survient après 1945 pose problème du côté francophone. Le nombre grandissant d’enfants dans les systèmes d’éducation public et privé – le nombre d’étudiants réguliers double entre 1945 et 1962, atteignant les 1 350 000 &amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec,première partie ou tome I – Les structures supérieures du système scolaire, 1963, p. 77, consultée sur le site Web de l’assemblée nationale le 23 septembre 2019, assnat.qc.ca/bibliotheque.&amp;lt;/ref&amp;gt; –, le peu de places disponibles et le manque d’infrastructures exigent un sérieux coup de barre.  Le gouvernement libéral de Jean Lesage, élu en 1960, accélère le processus, met en place la commission Parent, crée le ministère de l’Éducation, modifie les ordres d’enseignement en créant un réseau collégial public, le chainon manquant. Le secteur de l’éducation est en pleine transformation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à approcher la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_des_syndicats_nationaux Confédération des syndicats nationaux (CSN)] viennent des collèges privés et des écoles gouvernementales, ceux du primaire et du secondaire étant déjà à la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), l’ancêtre de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1947, une première convention collective est signée dans l’enseignement privé, au Séminaire de Québec. C’est le travail de l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire (APPLES). L’Association représente la dizaine de professeures et professeurs laïques du Séminaire et en regroupe, en tout, une quarantaine de divers collèges classiques de Montréal, Québec et Rimouski.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une idée du peu d’enseignantes et d’enseignants ne faisant pas partie du clergé, on trouve à ce moment-là à peine 75 professeures et professeurs laïques dans les écoles privées, les collèges classiques et divers séminaires de la province, les religieux formant la quasitotalité du corps professoral de ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir des années 1940, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) modernise son fonctionnement et devient petit à petit le mouvement syndical progressiste que nous connaissons aujourd’hui. Sa déconfessionnalisation est complétée au Congrès de septembre 1960, alors que la CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Le Québec et la CSN sont au début d’un vaste mouvement qui sera baptisé [https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_tranquille Révolution tranquille]. La CSN voit rapidement tout le potentiel qu’offre la syndicalisation du secteur public québécois, en pleine réorganisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les premiers syndicats ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à adhérer à la CSN, l’APPES et l’Association professionnelle des professeurs-laïcs des collèges classiques (APPLEC) le font à la faveur de ce vaste mouvement de syndicalisation du début des années 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, les quelque 1400 professeurs des écoles publiques spécialisées se regroupent dans l’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPLES) et prennent contact avec la CSN.  À la même époque, l’APPLEC fait la même démarche à la recherche d’une affiliation syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux associations intègrent la CSN en 1964. L’APPLES le fait grâce au tout nouveau Code du travail. L’APPLEC la rejoint pour faire face à la situation créée par le nouveau ministère de l’Éducation, les conclusions du rapport Parent et la mise en place prochaine des instituts projetés, qui allaient intégrer grand nombre des collèges classiques et séminaires. Les collèges classiques verraient ainsi leur clientèle se redistribuer dans les niveaux d’enseignement préconisés par le rapport Parent : primaire, secondaire et collégial (préuniversitaire).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n’y a pas de fédération d’enseignantes et d’enseignants à la CSN à ce moment-là, les deux syndicats s’affilient directement à la Confédération, un fait inhabituel, mais temporaire, tout le monde regardant la possibilité de créer une fédération du personnel enseignant. Dans le mouvement d’affiliation, l’APPES devient le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et l’APPLEC, le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE). En intégrant une centrale ouvrière – un cas unique dans le syndicalisme enseignant –, ces deux syndicats manifestent ainsi clairement leur solidarité et leur appartenance au mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux syndicats seuls, regroupant à peine 1500 membres, n’ont pas les reins assez solides pour soutenir une structure de fédération au sein de la centrale, mais la création des sept premiers cégeps en 1967, rapidement suivis par cinq autres, puis par douze autres en 1968, change la donne, fournissant la masse critique pour donner naissance en 1969 à la nouvelle fédération d’enseignantes et d’enseignants, la FNEQ – Fédération nationale des enseignants québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète souvent que la CSN a forcé la création de cette fédération d’enseignantes et d’enseignants : ce n’est pas exact. Oui, la CSN a voté en conseil puis en Congrès la nécessité de créer cette fédération, mais elle ne faisait qu'entériner la volonté des enseignants, depuis longtemps exprimée, de se doter d'une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
=== Le Code du travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:004.png|thumb|Paul Doyon a été une personne clé pour amener à la CSN les enseignantes et les enseignants des écoles spécialisées et des collèges classiques]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L’adoption du Code du travail (1964) et de la Loi sur la fonction publique (1965) sont deux moments importants de l’histoire des relations du travail au Québec. Le Code du travail reconnaît certains droits syndicaux fondamentaux, dont le droit d’association ainsi que le droit de grève dans les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires. En 1965, les enseignantes et les enseignants obtiennent à leur tour le droit de grève, de même que les fonctionnaires. De plus, ces derniers ont dorénavant le droit de s’affilier à une centrale syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gains sont le fruit d’un compromis social plus large. En fait, les acteurs de l’époque cherchent à pacifier les relations du travail en structurant l’exercice du droit de grève. En effet, après 1964, l’exercice de ce droit est reconnu exclusivement aux syndicats. De plus, le droit de grève ne pourra s’exercer qu’en période de négociation, et ce, en fonction du respect de nombreux critères prévus par la loi &amp;lt;ref&amp;gt;« Historique des lois spéciales », document élaboré par le comité de stratégie de la FNEEQ, 26 octobre 2015, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Paul Doyon ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paul Doyon devient conseiller syndical à la CSN dès 1964, avant que n’existe la FNEQ. Il est recruté principalement pour sa connaissance du secteur de l’enseignement spécialisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employé au Devoir jusqu’en 1959, il rencontre André L’Heureux qui, avant d’être à la CSN, a été un des secrétaires de Paul Gérin-Lajoie, preuve de l’effervescence de la prise du pouvoir des libéraux. Au Ministère, il rencontre Arthur Tremblay et devient secrétaire du comité technique sur les études techniques et professionnelles qu’il préside. Doyon constate alors que les écoles à vocation particulière sont plus dynamiques que les autres écoles techniques du fait de leur plus grande autonomie. Il comprend alors l’importance du contrôle local des écoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La CSN, en la personne de Robert Sauvé, m’a offert de travailler avec les enseignants, particulièrement ceux des écoles spécialisées, qu’ils cherchaient à syndiquer. J’ai toujours cru important le rôle des profs dans la gestion de leurs établissements. À cette époque, c’était dans l’air, les comités des relations professionnelles allaient dans ce sens. Le but: donner de l’autonomie aux professeurs, qui allaient ensuite former des étudiants autonomes. En plein mon idéologie syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevues accordées à Jacques Gauthier par Paul Doyon les 22 mars et 8 mai 2019 sur les pre­mières années de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les collèges privés ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:006.png|thumb|Jean-Pierre Boutin, du SPEQ, deviendra en 1969 le premier président de la nouvelle Fédération nationale des enseignants québécois]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin des années 1930 et le début des années 1940, des professeures et professeurs laïques tentent de pénétrer le monde clos des écoles privées, collèges classiques et séminaires, contrôlés par le clergé. L’accueil ne leur est pas favorable, les institutions n’ayant pas les fonds nécessaires, disent-elles, pour payer des salaires à des laïques. Il leur faudrait une aide gouvernementale qui ne vient pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:010.png|thumb|Les représentants du SPEQ signent leur première convention collective avec le ministre Marcel Masse, de l’Union nationale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1945, quelques professeures et professeurs laïques à l’emploi des collèges classiques de Québec, Montréal et Rimouski se regroupent sous le vocable APPLES, Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire &amp;lt;ref&amp;gt;Une bizarrerie qu’il faut noter : l’appellation « enseignement secon- daire » appartenait alors exclusivement aux collèges classiques, une sorte de marque de commerce. Les écoles publiques ne pouvaient se dire « secondaires », elles employaient pour désigner les études au-delà du primaire le terme «primaire supérieur». Une telle inscription existe encore sur la façade de l’école primaire Le Plateau, dans le parc Lafontaine à Montréal.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:008.png|thumb|Claude de Lorimier, Paul Doyon et Claude Sabourin discutent stratégie]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association, qui compte alors une quarantaine de membres sur les 75 professeures et professeurs laïques de la province, signe en janvier 1947 sa toute première convention avec le Petit séminaire de Québec, le plus ancien syndicat de la FNEEQ. La dizaine de professeures et professeurs laïques qui s’y trouvent négocient ainsi pour la première fois leurs conditions de travail. Le journal Le Soleil de Québec rend compte de la cérémonie de signature et du contentement de Paul Laberge, secrétaire de l’APPLES : «M. Laberge a tenu à exprimer la reconnaissance de l’Association pour le Séminaire de Québec qui vient de reconnaître officiellement et de façon pratique leur groupe professionnel. Son geste est aussi un hommage aux professeurs-laïcs qui ont toujours coopéré dans la province pour maintenir notre enseignement secondaire au haut niveau auquel l’ont porté nos institutions religieuses d’enseignement &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 23 mars 1947, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1950, sous la pression démographique et une présence de plus en plus grande des sciences dans l’enseignement, les écoles privées font appel en plus grand nombre à des professeures et professeurs laïques &amp;lt;ref&amp;gt;La Presse, 20 juin 1952, p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Vers 1953, selon le quotidien Le Soleil, on évalue leur nombre à 150, soit le tiers du corps enseignant de ces institutions &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 22 juin 1953, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.  C’est dire la petitesse du système d’éducation francophone menant à l’université ou au grand séminaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, l’APPLES devient l’APPLEC, troquant le vocable «secondaire» pour celui de «classique». Au début des années 1960, le nombre de professeures et professeurs laïques présents dans ces collèges augmente et des sections existent à Québec, Montréal, Chicoutimi, Rimouski, Hauterive et Mont-Laurier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1964, l’Association s’affilie à la CSN et devient l’année suivante le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE-CSN), à la faveur des changements introduits dans le nouveau Code du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1964, l’APPLEC négocie sur une base locale. Les conditions de travail s’avèrent donc différentes d’un collège à l’autre. «Les négociations (sont) soumises aux conditions du milieu», nous dit Michel Dumas, secrétaire exécutif du syndicat. «Dans les années 60, ajoutet-il, on voit même la FCC [NDLR : Fédération des collèges classiques], organisme patronal, statuer sur les conditions de travail des professeurs. L’APPLEC, alors beaucoup moins représentative, dut accepter ce renversement des rôles à une époque où les professeurs-laïcs étaient souvent considérés comme des frères coadjuteurs… &amp;lt;ref&amp;gt;Michel DUMAS,E «Comment le SPE a été conduit à la négociation provinciale», texte d’une allocution de Michel Dumas, secrétaire exécutif du SPE, 1967. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965, le syndicat prend de l’ampleur avec son affiliation à la CSN : ouverture d’un bureau permanent, publication d’un journal et collaborations avec son colocataire, le Syndicat des enseignants des écoles gouvernementales (SPEQ), un autre syndicat d’enseignantes et d’enseignants qui vient d’adhérer à la CSN &amp;lt;ref&amp;gt;L’APPLEC, vol. 10, n o 2, octobre 1964, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même année, le syndicat crée le «pool de Montréal», un regroupement de dix collèges qui veulent renégocier ensemble leur convention collective. Ils croient que le temps est venu pour une négociation commune: les dix collèges se trouvent sur un même territoire, dans une même zone économique. Aucune raison donc d’avoir des conditions de travail différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant une menace de grève, les collèges font des concessions: ils acceptent la cogestion et la permanence après deux ans. Ce succès amène le syndicat à vouloir une négociation provinciale. Les différentes sections du SPE s’entendent sur un projet commun de convention collective et exigent la négociation provinciale. Trente-deux collèges sur trente-quatre acceptent la proposition. Les négociations commencent le 11 août 1967, mais elles trainent. La partie patronale ne semble pas pressée. La Fédération des collèges classiques attend la manne gouvernementale pour ouvrir ses coffres. Or, les représentants gouvernementaux ne s’engagent pas, même s’ils sont présents à la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En congrès, en 1967, le SPE adopte à l’unanimité le projet d’une fédération du personnel enseignant affiliée à la CSN. Le syndicat veut lutter avec tous les autres membres de la centrale pour l’amélioration de la vie politique et économique des citoyens et pour leur droit à une démocratisation de l’enseignement sous toutes ses formes &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération,&lt;br /&gt;
vol. 1, n o 1, mars 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La structure prévue est composée de trois secteurs: cégep, gouvernemental (SPEQ) et privé (SPE). Le projet fait le tour des secteurs. La fédération imaginée à ce moment-là est un regroupement de secteurs, chacun ayant son assemblée générale et son exécutif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce système est adopté lors du Congrès de fondation et perdure jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier budget de la Fédération est évalué à 121 200$ pour une cotisation annuelle de 26,33$ par membre &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération, vol. 1, n o 3, juin 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== La main invisible ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les professeurs des institutions privées savent très bien que la main invisible à la table de négociations est celle du ministre de l’Éducation. Loin de s’opposer au rôle déterminant de l’État en éducation, les professeurs du SPE souhaitent que le ministre de l’Éducation s’affiche une fois pour toutes comme le seul interlocuteur valable dans les négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les professeurs du SPE, la question de revendications salariales n’est pas prioritaire. Ils sont prêts à discuter et à accepter rapidement un traitement juste, conforme à leur formation universitaire, à la fonction sociale qu’ils exercent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, les professeurs du SPE estiment que leur droit de participer à l’élaboration des politiques pédagogiques, c’est-à-dire professionnelles, est un droit indéniable qu’on doit inscrire dans une convention collective de travail, même dans celles des institutions privées. Comme les institutions publiques, les institutions privées exercent une fonction sociale et à ce titre elles doivent laisser une place, dans leurs centres de décisions administratifs, aux spécialistes de la pédagogie. Cette revendication n’a rien à voir avec le droit de gérance. On veut que le professeur forme des esprits autonomes, capables d’imaginer les solutions aux problèmes de notre société en évolution accélérée et qu’on accorde alors au professeur la liberté d’inventer lui-même les solutions aux problèmes de sa propre profession. Présentement, le refus du gouvernement de s’affirmer comme un interlocuteur valable dans les négociations du SPE conduit à des conséquences graves, de nature à retarder sérieusement les réformes que tous souhaitent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Noël ROULEAU, Éducation Québécoise, vol. 1, no 7, avril 1968&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les écoles spécialisées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPES) est née en 1961, dans la foulée des réformes envisagées dans les relations de travail entre le gouvernement et les personnes qu’il emploie. L’Association regroupe alors les 1400 professeures et professeurs enseignant dans des écoles gouvernementales, techniques ou de métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès sa création en 1961, ce groupe d’enseignantes et d’enseignants approche la CSN. En février 1962, leur association demande une incorporation en vertu de la Loi des syndicats professionnels, malgré le fait que la loi les régissant leur interdit le recours à une sentence exécutoire ainsi qu’à toute grève et à toute affiliation à une centrale syndicale. En mars, le gouvernement refuse donc l’incorporation, sans autre explication que son bon vouloir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant tout ce temps, l’APPES participe activement à l’effort de syndicalisation de la CSN auprès des employés et employées du gouvernement. En 1963, l’Association demande à la Commission des relations ouvrières (CRO) une reconnaissance comme regroupement syndical. Une rencontre avec la Commission a lieu le 30 janvier 1963 en compagnie de trois autres associations faisant des démarches similaires : celle des employés de la Régie des alcools, celle des employés de l’Office des autoroutes et celle des inspecteurs d’écoles. Cette rencontre, selon l’APPES, « marquera le prélude de la syndicalisation des employés de la fonction publique &amp;lt;ref&amp;gt;Le journal de l’APPES, vol. 1, n o 2, janvier 1963.&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 aout 1963, la CRO reconnait l’Association. C’est le début de son ère syndicale; elle devient le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants membre de la CSN. La décision de la CRO indique que l’Association est la seule représentante et l’agente négociatrice pour tous les professeurs de l’enseignement spécialisé et que le gouvernement, comme employeur, est tenu de respecter la loi sur les relations ouvrières et doit négocier même s’il n’a pas encore statué sur la forme que prendra cette négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adoption en 1964 du nouveau Code du travail accorde aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic le droit de grève,&lt;br /&gt;
duquel sont privés les fonctionnaires et le personnel enseignant. Ils l’obtiennent cependant en 1965. Leur syndicat respectif peut également s’affilier à une centrale syndicale, ce que font aussitôt le SPE et le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), anciennement nommé l’APPES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce nouveau statut, le SPEQ entreprend la négociation avec le gouvernement pour arriver à une première convention collective négociée depuis sa création en 1961. En avril 1966, le blocage des négociations amène les membres à déclencher une grève de trois semaines, à laquelle le gouvernement répond par des injonctions ordonnant le retour au travail. Devant le refus syndical de se conformer, la Cour supérieure condamne le SPEQ à une amende de 2000$ et 12 de ses dirigeants ainsi que leur conseiller technique à 20 jours de prison. La cause est portée en appel. Le Congrès de la CSN manifeste son appui au syndicat devant le Parlement de Québec. Cette solidarité montre aux membres des deux syndicats nouvellement affiliés que l’appui du mouvement ouvrier est acquis à leur lutte et qu’ils peuvent compter sur la CSN pour les défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat obtient finalement ce premier contrat de travail. Le journal de la CSN en fait état: «On peut maintenant espérer, souligne leur conseiller technique, le confrère Paul Doyon, qu’en outre des avantages acquis, les professeurs, par leur grève, auront appris au gouvernement et aux employeurs qu’il ne sert à rien de se retrancher, comme des pharisiens, derrière la légalité et les injonctions pour refuser les justes revendications d’un groupe de travailleurs &amp;lt;ref&amp;gt;« Une leçon pour le gouvernement », Le Travail, mai 1966, vol. 42, n o 4, p. 12&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, la Cour d’appel confirme le jugement de la Cour supérieure. Le SPEQ doit payer l’amende de 2000$ et les dirigeants ainsi que le conseiller technique doivent faire les 20 jours de prison auxquels ils ont été condamnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== Les 13 du SPEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file: 005.png|thumb|100px]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 13 personnes condamnées à 20 jours de prison: Claude DeLorimier, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal et secrétaire exécutif du SPEQ, membre du Conseil supérieur de l’Éducation; Claude Desroches, professeur à l’Institut des Arts graphiques de Montréal; Paul Doyon, conseiller technique du SPEQ; Jean-Guy Farrier, professeur à l’Institut de technologie de Shawinigan; André Lamontagne, trésorier du SPEQ et professeur à l’Institut de technologie de Lauzon; Charles-Auguste Langlois, professeur à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière; Claude Legendre, professeur à l’École des métiers de Rimouski; Léonce Marcotte, professeur à l’École des métiers de Laprairie; Claude Poissant, professeur à l’École des métiers d’Amos; Jean Rioux, professeur à l’École normale Laval à Québec; Jean-Paul Simard, professeur à l’École des métiers d’Alma; Claude Sabourin, professeur à l’École normale d’enseignement technique à Montréal; Raymond Vézina, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les nouveaux syndicats des cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats des cégeps &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 9, juin 1968, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt; naissent avec la création des nouveaux collèges. La période de syndicalisation oppose la CEQ et la CSN, qui l’emporte dans la grande majorité des collèges. Les syndicats des cégeps deviennent rapidement le secteur le plus important de la Fédération. Tout comme les autres syndicats d’enseignantes et d’enseignants – SPE et SPEQ – membres de la CSN, leur affiliation se fait directement à la Confédération en l’absence d’une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nouveaux syndicats créent le secteur cégep dès 1967. Contrairement au SPE et au SPEQ, qui sont des syndicats provinciaux avec des sections locales, chaque syndicat d’enseignantes et d’enseignants de cégep est autonome et libre de son destin. Comme leurs vis-à-vis du SPE et du SPEQ, le secteur adhère à la CSN «pour exiger une société plus juste et bâtie pour l’homme» avec les autres travailleurs organisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1968, ils entament la négociation d’une première convention collective &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 10, juillet-aout 1968, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Neuf syndicats de cégep sont membres de la CSN à ce moment-là. En cette période de transition, la partie patronale est hybride: représentants du gouvernement, membres de corporations de CÉGEP et supérieurs de collèges. La convention collective nationale qui en résulte comprend la norme 1/15, le début d’une définition de la tâche… et d’une longue discussion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La commission Parent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage lance un vaste chantier en éducation. C’est un dossier prioritaire, dont la mesure centrale est la création de la Commission d’enquête sur l’enseignement, dite la Commission Parent. La Commission siège de 1961 à 1966. En 1964, elle propose la création d’instituts offrant à la fois des parcours techniques et pré-universitaires avec pour objectif de démocratiser l'accès à l'éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des sept premiers cégeps (Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou, Hull, Rimouski et Sainte-Foy) se fait en catastrophe. Leur création est décidée en juin 1967 pour une ouverture en septembre. Aucun cégep n’est prévu à ce moment-là dans la région de Montréal. On planifie plutôt la création d’une vingtaine d’autres cégeps durant l’année 1967-1968. À la suite de manifestations et de protestations, la mission qui décide de l’ouverture des cégeps annonce en aout que les cinq projets les plus avancés de la région métropolitaine verront le jour immédiatement et ouvriront leurs portes à la mi-septembre 1967. Ainsi naissent en quelques semaines des cégeps à Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse et Montréal (ceux de Maisonneuve et d’Ahuntsic). En 1967, il y a donc douze cégeps. En 1968, douze autres cégeps s’ajoutent: cinq sont situés à Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne et Dawson), trois dans la région métropolitaine (Joliette, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu), deux au Centre-du-Québec (Trois-Rivières et Shawinigan), un autre en Estrie (Sherbrooke) et le dernier en Gaspésie (Gaspé). Dawson, le premier cégep anglophone, n’ouvrira finalement qu’en 1969.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, voici comment on décrit la fondation du cégep de Saint-Hyacinthe dans le bulletin du Centre d’histoire et d’archives du travail CHAT &amp;lt;ref&amp;gt;La mémoire du travail, vol. 6, n o 2, printemps 2019, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le cégep de Saint-Hyacinthe a été créé en 1968 dans la foulée de la création du réseau des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). À l’origine, le cégep regroupait l’enseignement collégial du Séminaire de Saint-Hyacinthe, du Collège Saint-Maurice, de l’Institut des textiles, de l’Institut familial, des écoles normales et de l’École des infirmières.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Congrès de la CSN vote la création d’une fédération du personnel enseignant ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, le bureau confédéral de la CSN décide qu’aucun syndicat n’aura une affiliation directe à la centrale. Le SPE, le SPEQ et les nouveaux syndicats des cégeps sont concernés. Au Congrès confédéral qui suit, fin 1968, deux importantes résolutions sont votées: la mise sur pied d’une fédération du personnel enseignant ainsi qu’une modification des structures; les fédérations auront dorénavant la responsabilité de leurs salariés et salariées en lieu et place de la Confédération. Au même congrès, le président Marcel Pepin propose, dans son rapport au Congrès, d’ouvrir un deuxième front de lutte et de mettre sur pied des comités d’action politique dans les régions. Ce document d’orientation est majeur dans l’histoire de la centrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1968 représente aussi le moment de la lutte McGill français, de la crise linguistique à Saint-Léonard, de la création de l’Université du Québec, de la grève des étudiants dans plusieurs cégeps et facultés universitaires et de la naissance du Parti québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=462</id>
		<title>LaPréhistoire</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaPr%C3%A9histoire&amp;diff=462"/>
		<updated>2021-06-08T17:28:20Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La préhistoire}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:003.png|thumb]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant du XXe siècle, l’emprise de la religion sur le système scolaire québécois est totale. Les comités catholiques et protestants ont l’autorité exclusive sur les programmes et le personnel enseignant des écoles publiques. Du côté francophone, presque tout l’enseignement donnant accès à l’université est privé et relève d’institutions religieuses. Les écoles publiques sont sous-financées et peinent à se voir reconnaitre par le niveau de l’enseignement supérieur, lui aussi privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le baby-boom qui survient après 1945 pose problème du côté francophone. Le nombre grandissant d’enfants dans les systèmes d’éducation public et privé – le nombre d’étudiants réguliers double entre 1945 et 1962, atteignant les 1 350 000 &amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec,première partie ou tome I – Les structures supérieures du système scolaire, 1963, p. 77, consultée sur le site Web de l’assemblée nationale le 23 septembre 2019, assnat.qc.ca/bibliotheque.&amp;lt;/ref&amp;gt; –, le peu de places disponibles et le manque d’infrastructures exigent un sérieux coup de barre.  Le gouvernement libéral de Jean Lesage, élu en 1960, accélère le processus, met en place la commission Parent, crée le ministère de l’Éducation, modifie les ordres d’enseignement en créant un réseau collégial public, le chainon manquant. Le secteur de l’éducation est en pleine transformation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à approcher la [https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_des_syndicats_nationaux Confédération des syndicats nationaux (CSN)] viennent des collèges privés et des écoles gouvernementales, ceux du primaire et du secondaire étant déjà à la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), l’ancêtre de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1947, une première convention collective est signée dans l’enseignement privé, au Séminaire de Québec. C’est le travail de l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire (APPLES). L’Association représente la dizaine de professeures et professeurs laïques du Séminaire et en regroupe, en tout, une quarantaine de divers collèges classiques de Montréal, Québec et Rimouski.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une idée du peu d’enseignantes et d’enseignants ne faisant pas partie du clergé, on trouve à ce moment-là à peine 75 professeures et professeurs laïques dans les écoles privées, les collèges classiques et divers séminaires de la province, les religieux formant la quasitotalité du corps professoral de ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir des années 1940, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) modernise son fonctionnement et devient petit à petit le mouvement syndical progressiste que nous connaissons aujourd’hui. Sa déconfessionnalisation est complétée au Congrès de septembre 1960, alors que la CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Le Québec et la CSN sont au début d’un vaste mouvement qui sera baptisé Révolution tranquille. La CSN voit rapidement tout le potentiel qu’offre la syndicalisation du secteur public québécois, en pleine réorganisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les premiers syndicats ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers syndicats d’enseignantes et d’enseignants à adhérer à la CSN, l’APPES et l’Association professionnelle des professeurs-laïcs des collèges classiques (APPLEC) le font à la faveur de ce vaste mouvement de syndicalisation du début des années 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, les quelque 1400 professeurs des écoles publiques spécialisées se regroupent dans l’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPLES) et prennent contact avec la CSN.  À la même époque, l’APPLEC fait la même démarche à la recherche d’une affiliation syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux associations intègrent la CSN en 1964. L’APPLES le fait grâce au tout nouveau Code du travail. L’APPLEC la rejoint pour faire face à la situation créée par le nouveau ministère de l’Éducation, les conclusions du rapport Parent et la mise en place prochaine des instituts projetés, qui allaient intégrer grand nombre des collèges classiques et séminaires. Les collèges classiques verraient ainsi leur clientèle se redistribuer dans les niveaux d’enseignement préconisés par le rapport Parent : primaire, secondaire et collégial (préuniversitaire).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme il n’y a pas de fédération d’enseignantes et d’enseignants à la CSN à ce moment-là, les deux syndicats s’affilient directement à la Confédération, un fait inhabituel, mais temporaire, tout le monde regardant la possibilité de créer une fédération du personnel enseignant. Dans le mouvement d’affiliation, l’APPES devient le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et l’APPLEC, le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE). En intégrant une centrale ouvrière – un cas unique dans le syndicalisme enseignant –, ces deux syndicats manifestent ainsi clairement leur solidarité et leur appartenance au mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces deux syndicats seuls, regroupant à peine 1500 membres, n’ont pas les reins assez solides pour soutenir une structure de fédération au sein de la centrale, mais la création des sept premiers cégeps en 1967, rapidement suivis par cinq autres, puis par douze autres en 1968, change la donne, fournissant la masse critique pour donner naissance en 1969 à la nouvelle fédération d’enseignantes et d’enseignants, la FNEQ – Fédération nationale des enseignants québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On répète souvent que la CSN a forcé la création de cette fédération d’enseignantes et d’enseignants : ce n’est pas exact. Oui, la CSN a voté en conseil puis en Congrès la nécessité de créer cette fédération, mais elle ne faisait qu'entériner la volonté des enseignants, depuis longtemps exprimée, de se doter d'une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
=== Le Code du travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:004.png|thumb|Paul Doyon a été une personne clé pour amener à la CSN les enseignantes et les enseignants des écoles spécialisées et des collèges classiques]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«L’adoption du Code du travail (1964) et de la Loi sur la fonction publique (1965) sont deux moments importants de l’histoire des relations du travail au Québec. Le Code du travail reconnaît certains droits syndicaux fondamentaux, dont le droit d’association ainsi que le droit de grève dans les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires. En 1965, les enseignantes et les enseignants obtiennent à leur tour le droit de grève, de même que les fonctionnaires. De plus, ces derniers ont dorénavant le droit de s’affilier à une centrale syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces gains sont le fruit d’un compromis social plus large. En fait, les acteurs de l’époque cherchent à pacifier les relations du travail en structurant l’exercice du droit de grève. En effet, après 1964, l’exercice de ce droit est reconnu exclusivement aux syndicats. De plus, le droit de grève ne pourra s’exercer qu’en période de négociation, et ce, en fonction du respect de nombreux critères prévus par la loi &amp;lt;ref&amp;gt;« Historique des lois spéciales », document élaboré par le comité de stratégie de la FNEEQ, 26 octobre 2015, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Paul Doyon ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Paul Doyon devient conseiller syndical à la CSN dès 1964, avant que n’existe la FNEQ. Il est recruté principalement pour sa connaissance du secteur de l’enseignement spécialisé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Employé au Devoir jusqu’en 1959, il rencontre André L’Heureux qui, avant d’être à la CSN, a été un des secrétaires de Paul Gérin-Lajoie, preuve de l’effervescence de la prise du pouvoir des libéraux. Au Ministère, il rencontre Arthur Tremblay et devient secrétaire du comité technique sur les études techniques et professionnelles qu’il préside. Doyon constate alors que les écoles à vocation particulière sont plus dynamiques que les autres écoles techniques du fait de leur plus grande autonomie. Il comprend alors l’importance du contrôle local des écoles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« La CSN, en la personne de Robert Sauvé, m’a offert de travailler avec les enseignants, particulièrement ceux des écoles spécialisées, qu’ils cherchaient à syndiquer. J’ai toujours cru important le rôle des profs dans la gestion de leurs établissements. À cette époque, c’était dans l’air, les comités des relations professionnelles allaient dans ce sens. Le but: donner de l’autonomie aux professeurs, qui allaient ensuite former des étudiants autonomes. En plein mon idéologie syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevues accordées à Jacques Gauthier par Paul Doyon les 22 mars et 8 mai 2019 sur les pre­mières années de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les collèges privés ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:006.png|thumb|Jean-Pierre Boutin, du SPEQ, deviendra en 1969 le premier président de la nouvelle Fédération nationale des enseignants québécois]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vers la fin des années 1930 et le début des années 1940, des professeures et professeurs laïques tentent de pénétrer le monde clos des écoles privées, collèges classiques et séminaires, contrôlés par le clergé. L’accueil ne leur est pas favorable, les institutions n’ayant pas les fonds nécessaires, disent-elles, pour payer des salaires à des laïques. Il leur faudrait une aide gouvernementale qui ne vient pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:010.png|thumb|Les représentants du SPEQ signent leur première convention collective avec le ministre Marcel Masse, de l’Union nationale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1945, quelques professeures et professeurs laïques à l’emploi des collèges classiques de Québec, Montréal et Rimouski se regroupent sous le vocable APPLES, Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement secondaire &amp;lt;ref&amp;gt;Une bizarrerie qu’il faut noter : l’appellation « enseignement secon- daire » appartenait alors exclusivement aux collèges classiques, une sorte de marque de commerce. Les écoles publiques ne pouvaient se dire « secondaires », elles employaient pour désigner les études au-delà du primaire le terme «primaire supérieur». Une telle inscription existe encore sur la façade de l’école primaire Le Plateau, dans le parc Lafontaine à Montréal.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file:008.png|thumb|Claude de Lorimier, Paul Doyon et Claude Sabourin discutent stratégie]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association, qui compte alors une quarantaine de membres sur les 75 professeures et professeurs laïques de la province, signe en janvier 1947 sa toute première convention avec le Petit séminaire de Québec, le plus ancien syndicat de la FNEEQ. La dizaine de professeures et professeurs laïques qui s’y trouvent négocient ainsi pour la première fois leurs conditions de travail. Le journal Le Soleil de Québec rend compte de la cérémonie de signature et du contentement de Paul Laberge, secrétaire de l’APPLES : «M. Laberge a tenu à exprimer la reconnaissance de l’Association pour le Séminaire de Québec qui vient de reconnaître officiellement et de façon pratique leur groupe professionnel. Son geste est aussi un hommage aux professeurs-laïcs qui ont toujours coopéré dans la province pour maintenir notre enseignement secondaire au haut niveau auquel l’ont porté nos institutions religieuses d’enseignement &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 23 mars 1947, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1950, sous la pression démographique et une présence de plus en plus grande des sciences dans l’enseignement, les écoles privées font appel en plus grand nombre à des professeures et professeurs laïques &amp;lt;ref&amp;gt;La Presse, 20 juin 1952, p. 17.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Vers 1953, selon le quotidien Le Soleil, on évalue leur nombre à 150, soit le tiers du corps enseignant de ces institutions &amp;lt;ref&amp;gt;Le Soleil, 22 juin 1953, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.  C’est dire la petitesse du système d’éducation francophone menant à l’université ou au grand séminaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, l’APPLES devient l’APPLEC, troquant le vocable «secondaire» pour celui de «classique». Au début des années 1960, le nombre de professeures et professeurs laïques présents dans ces collèges augmente et des sections existent à Québec, Montréal, Chicoutimi, Rimouski, Hauterive et Mont-Laurier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1964, l’Association s’affilie à la CSN et devient l’année suivante le Syndicat des professionnels de l’enseignement (SPE-CSN), à la faveur des changements introduits dans le nouveau Code du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1964, l’APPLEC négocie sur une base locale. Les conditions de travail s’avèrent donc différentes d’un collège à l’autre. «Les négociations (sont) soumises aux conditions du milieu», nous dit Michel Dumas, secrétaire exécutif du syndicat. «Dans les années 60, ajoutet-il, on voit même la FCC [NDLR : Fédération des collèges classiques], organisme patronal, statuer sur les conditions de travail des professeurs. L’APPLEC, alors beaucoup moins représentative, dut accepter ce renversement des rôles à une époque où les professeurs-laïcs étaient souvent considérés comme des frères coadjuteurs… &amp;lt;ref&amp;gt;Michel DUMAS,E «Comment le SPE a été conduit à la négociation provinciale», texte d’une allocution de Michel Dumas, secrétaire exécutif du SPE, 1967. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965, le syndicat prend de l’ampleur avec son affiliation à la CSN : ouverture d’un bureau permanent, publication d’un journal et collaborations avec son colocataire, le Syndicat des enseignants des écoles gouvernementales (SPEQ), un autre syndicat d’enseignantes et d’enseignants qui vient d’adhérer à la CSN &amp;lt;ref&amp;gt;L’APPLEC, vol. 10, n o 2, octobre 1964, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette même année, le syndicat crée le «pool de Montréal», un regroupement de dix collèges qui veulent renégocier ensemble leur convention collective. Ils croient que le temps est venu pour une négociation commune: les dix collèges se trouvent sur un même territoire, dans une même zone économique. Aucune raison donc d’avoir des conditions de travail différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant une menace de grève, les collèges font des concessions: ils acceptent la cogestion et la permanence après deux ans. Ce succès amène le syndicat à vouloir une négociation provinciale. Les différentes sections du SPE s’entendent sur un projet commun de convention collective et exigent la négociation provinciale. Trente-deux collèges sur trente-quatre acceptent la proposition. Les négociations commencent le 11 août 1967, mais elles trainent. La partie patronale ne semble pas pressée. La Fédération des collèges classiques attend la manne gouvernementale pour ouvrir ses coffres. Or, les représentants gouvernementaux ne s’engagent pas, même s’ils sont présents à la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En congrès, en 1967, le SPE adopte à l’unanimité le projet d’une fédération du personnel enseignant affiliée à la CSN. Le syndicat veut lutter avec tous les autres membres de la centrale pour l’amélioration de la vie politique et économique des citoyens et pour leur droit à une démocratisation de l’enseignement sous toutes ses formes &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération,&lt;br /&gt;
vol. 1, n o 1, mars 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La structure prévue est composée de trois secteurs: cégep, gouvernemental (SPEQ) et privé (SPE). Le projet fait le tour des secteurs. La fédération imaginée à ce moment-là est un regroupement de secteurs, chacun ayant son assemblée générale et son exécutif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce système est adopté lors du Congrès de fondation et perdure jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier budget de la Fédération est évalué à 121 200$ pour une cotisation annuelle de 26,33$ par membre &amp;lt;ref&amp;gt;SPE, Info-Fédération, vol. 1, n o 3, juin 1968. Archives CSN.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== La main invisible ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Les professeurs des institutions privées savent très bien que la main invisible à la table de négociations est celle du ministre de l’Éducation. Loin de s’opposer au rôle déterminant de l’État en éducation, les professeurs du SPE souhaitent que le ministre de l’Éducation s’affiche une fois pour toutes comme le seul interlocuteur valable dans les négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour les professeurs du SPE, la question de revendications salariales n’est pas prioritaire. Ils sont prêts à discuter et à accepter rapidement un traitement juste, conforme à leur formation universitaire, à la fonction sociale qu’ils exercent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En revanche, les professeurs du SPE estiment que leur droit de participer à l’élaboration des politiques pédagogiques, c’est-à-dire professionnelles, est un droit indéniable qu’on doit inscrire dans une convention collective de travail, même dans celles des institutions privées. Comme les institutions publiques, les institutions privées exercent une fonction sociale et à ce titre elles doivent laisser une place, dans leurs centres de décisions administratifs, aux spécialistes de la pédagogie. Cette revendication n’a rien à voir avec le droit de gérance. On veut que le professeur forme des esprits autonomes, capables d’imaginer les solutions aux problèmes de notre société en évolution accélérée et qu’on accorde alors au professeur la liberté d’inventer lui-même les solutions aux problèmes de sa propre profession. Présentement, le refus du gouvernement de s’affirmer comme un interlocuteur valable dans les négociations du SPE conduit à des conséquences graves, de nature à retarder sérieusement les réformes que tous souhaitent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Noël ROULEAU, Éducation Québécoise, vol. 1, no 7, avril 1968&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les écoles spécialisées ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Association professionnelle des professeurs de l’enseignement spécialisé (APPES) est née en 1961, dans la foulée des réformes envisagées dans les relations de travail entre le gouvernement et les personnes qu’il emploie. L’Association regroupe alors les 1400 professeures et professeurs enseignant dans des écoles gouvernementales, techniques ou de métier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès sa création en 1961, ce groupe d’enseignantes et d’enseignants approche la CSN. En février 1962, leur association demande une incorporation en vertu de la Loi des syndicats professionnels, malgré le fait que la loi les régissant leur interdit le recours à une sentence exécutoire ainsi qu’à toute grève et à toute affiliation à une centrale syndicale. En mars, le gouvernement refuse donc l’incorporation, sans autre explication que son bon vouloir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant tout ce temps, l’APPES participe activement à l’effort de syndicalisation de la CSN auprès des employés et employées du gouvernement. En 1963, l’Association demande à la Commission des relations ouvrières (CRO) une reconnaissance comme regroupement syndical. Une rencontre avec la Commission a lieu le 30 janvier 1963 en compagnie de trois autres associations faisant des démarches similaires : celle des employés de la Régie des alcools, celle des employés de l’Office des autoroutes et celle des inspecteurs d’écoles. Cette rencontre, selon l’APPES, « marquera le prélude de la syndicalisation des employés de la fonction publique &amp;lt;ref&amp;gt;Le journal de l’APPES, vol. 1, n o 2, janvier 1963.&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 aout 1963, la CRO reconnait l’Association. C’est le début de son ère syndicale; elle devient le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants membre de la CSN. La décision de la CRO indique que l’Association est la seule représentante et l’agente négociatrice pour tous les professeurs de l’enseignement spécialisé et que le gouvernement, comme employeur, est tenu de respecter la loi sur les relations ouvrières et doit négocier même s’il n’a pas encore statué sur la forme que prendra cette négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’adoption en 1964 du nouveau Code du travail accorde aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic le droit de grève,&lt;br /&gt;
duquel sont privés les fonctionnaires et le personnel enseignant. Ils l’obtiennent cependant en 1965. Leur syndicat respectif peut également s’affilier à une centrale syndicale, ce que font aussitôt le SPE et le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), anciennement nommé l’APPES.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort de ce nouveau statut, le SPEQ entreprend la négociation avec le gouvernement pour arriver à une première convention collective négociée depuis sa création en 1961. En avril 1966, le blocage des négociations amène les membres à déclencher une grève de trois semaines, à laquelle le gouvernement répond par des injonctions ordonnant le retour au travail. Devant le refus syndical de se conformer, la Cour supérieure condamne le SPEQ à une amende de 2000$ et 12 de ses dirigeants ainsi que leur conseiller technique à 20 jours de prison. La cause est portée en appel. Le Congrès de la CSN manifeste son appui au syndicat devant le Parlement de Québec. Cette solidarité montre aux membres des deux syndicats nouvellement affiliés que l’appui du mouvement ouvrier est acquis à leur lutte et qu’ils peuvent compter sur la CSN pour les défendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat obtient finalement ce premier contrat de travail. Le journal de la CSN en fait état: «On peut maintenant espérer, souligne leur conseiller technique, le confrère Paul Doyon, qu’en outre des avantages acquis, les professeurs, par leur grève, auront appris au gouvernement et aux employeurs qu’il ne sert à rien de se retrancher, comme des pharisiens, derrière la légalité et les injonctions pour refuser les justes revendications d’un groupe de travailleurs &amp;lt;ref&amp;gt;« Une leçon pour le gouvernement », Le Travail, mai 1966, vol. 42, n o 4, p. 12&amp;lt;/ref&amp;gt; .»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, la Cour d’appel confirme le jugement de la Cour supérieure. Le SPEQ doit payer l’amende de 2000$ et les dirigeants ainsi que le conseiller technique doivent faire les 20 jours de prison auxquels ils ont été condamnés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;background-color:#ddd&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
== Les 13 du SPEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[file: 005.png|thumb|100px]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 13 personnes condamnées à 20 jours de prison: Claude DeLorimier, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal et secrétaire exécutif du SPEQ, membre du Conseil supérieur de l’Éducation; Claude Desroches, professeur à l’Institut des Arts graphiques de Montréal; Paul Doyon, conseiller technique du SPEQ; Jean-Guy Farrier, professeur à l’Institut de technologie de Shawinigan; André Lamontagne, trésorier du SPEQ et professeur à l’Institut de technologie de Lauzon; Charles-Auguste Langlois, professeur à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière; Claude Legendre, professeur à l’École des métiers de Rimouski; Léonce Marcotte, professeur à l’École des métiers de Laprairie; Claude Poissant, professeur à l’École des métiers d’Amos; Jean Rioux, professeur à l’École normale Laval à Québec; Jean-Paul Simard, professeur à l’École des métiers d’Alma; Claude Sabourin, professeur à l’École normale d’enseignement technique à Montréal; Raymond Vézina, professeur à l’École normale Jacques-Cartier à Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les nouveaux syndicats des cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats des cégeps &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 9, juin 1968, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt; naissent avec la création des nouveaux collèges. La période de syndicalisation oppose la CEQ et la CSN, qui l’emporte dans la grande majorité des collèges. Les syndicats des cégeps deviennent rapidement le secteur le plus important de la Fédération. Tout comme les autres syndicats d’enseignantes et d’enseignants – SPE et SPEQ – membres de la CSN, leur affiliation se fait directement à la Confédération en l’absence d’une fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nouveaux syndicats créent le secteur cégep dès 1967. Contrairement au SPE et au SPEQ, qui sont des syndicats provinciaux avec des sections locales, chaque syndicat d’enseignantes et d’enseignants de cégep est autonome et libre de son destin. Comme leurs vis-à-vis du SPE et du SPEQ, le secteur adhère à la CSN «pour exiger une société plus juste et bâtie pour l’homme» avec les autres travailleurs organisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1968, ils entament la négociation d’une première convention collective &amp;lt;ref&amp;gt;Éducation Québécoise, vol. 1, n o 10, juillet-aout 1968, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt; . Neuf syndicats de cégep sont membres de la CSN à ce moment-là. En cette période de transition, la partie patronale est hybride: représentants du gouvernement, membres de corporations de CÉGEP et supérieurs de collèges. La convention collective nationale qui en résulte comprend la norme 1/15, le début d’une définition de la tâche… et d’une longue discussion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La commission Parent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage lance un vaste chantier en éducation. C’est un dossier prioritaire, dont la mesure centrale est la création de la Commission d’enquête sur l’enseignement, dite la Commission Parent. La Commission siège de 1961 à 1966. En 1964, elle propose la création d’instituts offrant à la fois des parcours techniques et pré-universitaires avec pour objectif de démocratiser l'accès à l'éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des sept premiers cégeps (Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou, Hull, Rimouski et Sainte-Foy) se fait en catastrophe. Leur création est décidée en juin 1967 pour une ouverture en septembre. Aucun cégep n’est prévu à ce moment-là dans la région de Montréal. On planifie plutôt la création d’une vingtaine d’autres cégeps durant l’année 1967-1968. À la suite de manifestations et de protestations, la mission qui décide de l’ouverture des cégeps annonce en aout que les cinq projets les plus avancés de la région métropolitaine verront le jour immédiatement et ouvriront leurs portes à la mi-septembre 1967. Ainsi naissent en quelques semaines des cégeps à Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse et Montréal (ceux de Maisonneuve et d’Ahuntsic). En 1967, il y a donc douze cégeps. En 1968, douze autres cégeps s’ajoutent: cinq sont situés à Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne et Dawson), trois dans la région métropolitaine (Joliette, Saint-Hyacinthe et Saint-Jean-sur-Richelieu), deux au Centre-du-Québec (Trois-Rivières et Shawinigan), un autre en Estrie (Sherbrooke) et le dernier en Gaspésie (Gaspé). Dawson, le premier cégep anglophone, n’ouvrira finalement qu’en 1969.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par exemple, voici comment on décrit la fondation du cégep de Saint-Hyacinthe dans le bulletin du Centre d’histoire et d’archives du travail CHAT &amp;lt;ref&amp;gt;La mémoire du travail, vol. 6, n o 2, printemps 2019, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le cégep de Saint-Hyacinthe a été créé en 1968 dans la foulée de la création du réseau des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). À l’origine, le cégep regroupait l’enseignement collégial du Séminaire de Saint-Hyacinthe, du Collège Saint-Maurice, de l’Institut des textiles, de l’Institut familial, des écoles normales et de l’École des infirmières.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le Congrès de la CSN vote la création d’une fédération du personnel enseignant ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1968, le bureau confédéral de la CSN décide qu’aucun syndicat n’aura une affiliation directe à la centrale. Le SPE, le SPEQ et les nouveaux syndicats des cégeps sont concernés. Au Congrès confédéral qui suit, fin 1968, deux importantes résolutions sont votées: la mise sur pied d’une fédération du personnel enseignant ainsi qu’une modification des structures; les fédérations auront dorénavant la responsabilité de leurs salariés et salariées en lieu et place de la Confédération. Au même congrès, le président Marcel Pepin propose, dans son rapport au Congrès, d’ouvrir un deuxième front de lutte et de mettre sur pied des comités d’action politique dans les régions. Ce document d’orientation est majeur dans l’histoire de la centrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1968 représente aussi le moment de la lutte McGill français, de la crise linguistique à Saint-Léonard, de la création de l’Université du Québec, de la grève des étudiants dans plusieurs cégeps et facultés universitaires et de la naissance du Parti québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LuttePourLaReconnaissance&amp;diff=460</id>
		<title>LuttePourLaReconnaissance</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LuttePourLaReconnaissance&amp;diff=460"/>
		<updated>2021-05-17T19:43:36Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : /* Des organisations de Blancs? */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:Lutte pour la reconnaissance 1995-2019}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FNEEQ est aujourd’hui une fédération en santé et ce n’est pas à grâce au gouverne­ment et aux administrations locales qui ont tout tenté, surtout depuis les années 1980, pour déstabiliser les organisations syndicales et démoraliser les enseignantes et les enseignants. L’organisation a tenu le coup dans la tempête, ses militantes et ses militants se sont retroussé les manches et ont trouvé les parades et les solutions.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la résilience, la FNEEQ en a. Elle a connu plus que sa part d’attaques et d’incompréhension. La philosophie néolibérale qui a déferlé sur l’Occident dans les années 1980 n’a pas épargné le Québec et a charmé ses élites financières et ses gouvernements. L’éducation, comme d’autres secteurs sous responsabilité publique, en a largement fait les frais : compressions dans les budgets, précarisation de l’emploi, privatisation des programmes. La Fédération n’a pas cédé et a sans cesse défendu la cause de l’éducation accessible pour toutes et tous, partout sur le territoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La fédération =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats d’enseignantes et d’enseignants sont aux prises avec des administrations et des gouvernements qui rêvent d’entreprises privées et de contrôle. Ils agissent pour enlever tout moyen d’action aux syndicats. Leur gestion est de plus en plus opaque: insatisfaits des résultats obtenus à la régulière, ils utilisent les moyens de répression de l’État; lois spéciales, décrets. Les désaffiliations de 1989 ainsi que l’assurance avec laquelle ils imposent ou tentent d’imposer de nouvelles règles: tout semble concourir à une démobilisation syndicale ou tout au moins à un affaiblissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas le cas. Malgré les embuches et les discours creux, les syndicats et la Fédération s’organisent, s’adaptent aux nouvelles réalités et acceptent la lutte, mais sur un terrain syndical. L’organisation évolue et leurs revendications sont porteuses: ils vont se battre pour le respect et la reconnaissance de leur rôle dans l’enseignement et dans la société. À la FNEEQ, le deuxième front n’est jamais loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les attaques au système d’éducation se multiplient et depuis longtemps. La qualité de l’enseignement et la reconnaissance de la profession sont sous une menace constante. La FNEEQ se bat sur les deux fronts. Que le gouvernement soit libéral ou péquiste, elle dénonce la politique de l’État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] il faut insister sur l’interminable succession de compressions budgétaires imposées par les gouvernements libéral et péquiste au cours des dernières années qui a attaqué durement le monde de l’éducation. Chaque regroupement de la FNEEQ en a subi les contrecoups: coupures dans les services directs aux étudiants dans les cégeps et les universités, abolition de charges de cours et de cours dans les universités, pertes d’emplois et fermetures de collèges au secteur privé. La FNEEQ a, maintes fois, dénoncé l’obsession gouvernementale d’atteindre le déficit zéro, elle s’est prononcée contre les politiques d’austérité et le démantèlement des services publics&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Fédération dénonce aussi une forme de répression qui se manifeste de manière insidieuse au-delà des mesures d’austérité par la judiciarisation des relations de travail, mais aussi de la contestation sociale: règlements municipaux pour limiter la liberté d’expression, recours au devoir de loyauté pour museler les travailleuses et les travailleurs, dont les enseignantes et les enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la FNEEQ les exemples sont éloquents : la suspension du président du Syndicat des enseignantes et des enseignants du cégep Lévis Lauzon pour son travail syndical, la suspension des deux enseignants du cégep d’Alma pour leurs propos concernant leurs inquiétudes sur le climat de travail, l’escalade de la répression à l’UQAM engendrée par l’attitude de l’administration ou la requête du CPNC [Comité patronal de négociation des collèges] auprès de la Commission des relations du travail qui a mené aux remontrances et aux mesures disciplinaires contre plusieurs de nos camarades pour leur participation à la grève sociale du 1er mai&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès de la FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une belle victoire cependant: à la même époque, l’École de musique Sainte-Croix, propriété des sœurs de Sainte-Croix et opérant à l’intérieur du Cégep de Saint-Laurent, menace de fermer. Il y a 55 enseignantes et enseignants impliqués, surtout des femmes. L’école veut passer au secteur public. Si on applique strictement les règles d’intégration du collégial public, seulement une quinzaine de professeures et de professeurs peuvent sauver leur emploi, ce qui signifie la fin de l’École telle qu’elle est. La négociation se poursuit pendant cinq mois et les 55 emplois sont finalement sauvés. Une belle bataille de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, la Fédération de enseignants de cégep FEC) et la Fédération autonome du collégial (FAC) discutent de la possibilité de fusionner&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, juin 2000, rapport des activités de la fédération, p. 10-11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Affaiblie par les départs en 1989 alors qu’elle se retrouve avec 17 000 membres et 54 syndicats, la Fédération se refait graduellement une santé et aujourd’hui, 30 ans plus tard, elle fédère plus de 34 000 membres et 100 syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’enseignement en 1995 n’est pas présenté comme une profession d’avenir. On vante l’importance de l’éducation, mais on dénigre les personnes qui la dispensent quotidiennement. Les gains réalisés en négociation sont continuellement remis en cause, que ce soit l’autonomie pédagogique, la lutte à la précarité, la réduction de la tâche ou les salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron, qui arrive au comité exécutif en 2000, voit ainsi la situation: «La FNEEQ doit rompre avec le traumatisme de 1989 et réaffirmer son autonomie. Nous sommes une fédération autonome et solidaire de l’ensemble de la classe ouvrière. Sur la planète entière, il y a très peu de fédérations d’enseignants affiliées à une centrale ouvrière, c’est surtout très rare dans l’enseignement supérieur. Or cette appartenance est dans l’acte de naissance de la FNEEQ: autonomie et solidarité. La création de la FAC a forcé la FNEEQ à réfléchir à nouveau sur sa place dans une centrale ouvrière. Et elle a réaffirmé son acte de naissance. La CSN a joué un rôle majeur dans l’évolution du syndicalisme enseignant; elle a toujours résisté aux attaques gouvernementales contre les services publics&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Ronald Cameron le 29 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les états généraux de L’éducation et le sommet socio-économique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1995, le gouvernement convoque les États généraux de l’éducation. Les relations des syndicats avec le gouvernement péquiste ne sont pas très bonnes. L’austérité et son pendant, le déficit zéro, font mal. Le discours du gouvernement est axé sur la réussite et la performance, du préscolaire à l’université, mais en réalité sa préoccupation principale est de diminuer les couts du système, d’en arriver au déficit zéro.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes leur réticence, les syndicats de la FNEEQ y participent. Ils sont méfiants, mais ne peuvent rester à l’écart. Ils revendiquent depuis longtemps une discussion de fond sur l’éducation au Québec et toutes les tribunes doivent être utilisées. Durant ces États généraux, la Fédération maintient la nécessité d’investir en éducation:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos choix syndicaux pour l’éducation passent plutôt par l’articulation d’un financement adéquat avec l’ensemble des besoins de formation. Ils passent par le développement d’une politique nationale de l’éducation qui touche tous les ordres d’enseignement, intégrant l’harmonisation et le principe de formation continue. Ils nécessitent de tisser des liens opérationnels avec les milieux de travail en matière de formation professionnelle et technique. Ils passent surtout par la valorisation de la profession enseignante et la participation réelle des enseignantes et enseignants aux mécanismes de décision touchant l’éducation&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès de la FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact réel de ces États généraux est plus médiatique que pratique. Ils servent à préparer le secteur de l’éducation au Sommet socio-économique qui suit et qui doit définir les limites du cadre budgétaire que le gouvernement veut respecter. C’est le déficit zéro, de nouvelles compressions, des mises à la retraite anticipée et plus de privatisation de services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ et la CSN ont une autre vision. Les difficultés économiques devraient plutôt être l’occasion d’une réorganisation du travail, une occasion d’introduire les personnels dans les processus de décision, autant dans les établissements d’enseignement que dans les entreprises. Une telle lutte serait favorable aux travailleuses et travailleurs précaires, dont les chargées et chargés de cours à l’université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est évident que pour les chargé-es de cours comme pour d’autres personnes à statut précaire dans la société, la perspective d’une réorganisation du travail apparaît comme une ouverture vers quelque chose de mieux dans un monde du travail par ailleurs fermé&amp;lt;ref&amp;gt;«Réorganiser le travail», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;[…].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les universités sont sous la loupe du gouvernement. Répondent-elles aux besoins de la société (comprendre des entreprises) ? Le système d’enseignement au Québec a atteint un niveau de performance reconnu. Les cégeps y sont pour beaucoup et la formation technique y a grandement contribué. Elle s'attribue une des missions traditionnelles de l’université, celle de former des travailleuses et des travailleurs de haut niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un contexte de remise en cause de l’université, les attentes sont grandes pour la reconnaissance des chargées et chargés de cours. Ils se sont mis en évidence lors des États généraux et ont vigoureusement plaidé leur cause. Certes les conditions de travail s’améliorent continuellement, mais il y a toujours un hic : quelle est leur place dans l’université ? Cette quête devient leur dossier principal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est de retour sur le comité exécutif de la Fédération en 1995 et confirme son avancée: « Les [chargées et chargés] de cours, soutenus par la Fédération, ont profité des États généraux pour défendre leur position d’une meilleure intégration au sein de l’université. Les professeurs sont reconnus, ont leur place dans la structure alors que les [chargées et chargés] de cours ne se retrouvent nulle part; comme s’ils ne font que donner leurs cours et retourner chez eux&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ministre Marois rend publique sa politique de l’éducation au début de 1997, sous l’intitulé ''Prendre le virage du succès''. Elle annonce alors « d’importants bouleversements dans les façons de faire, une nouvelle répartition des pouvoirs et une modification de nos habitudes&amp;lt;ref&amp;gt;Comité école et société, «une autre réforme en éducation», FNEEQ actualité, vol. 11, no 1, mars 1997, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;». On serait porté à rectifier ainsi: «que du nouveau pour le système d’éducation!»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mettre en place une nouvelle réforme tout en imposant des compressions budgétaires et des coupures? Oui, si la réforme se limite à comprimer et à réduire encore. La Fédération, en tout cas, ne voit pas trop comment le gouvernement pourra réussir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De 1994 à 1999, les universités se sont vu amputer de 450 millions de dollars et les cégeps de 250 millions, ce qui constitue environ 25 % des budgets de ces établissements. Les établissements d’enseignement privé subissaient des compressions équivalentes à celles effectuées dans le secteur public. Les coupures en éducation ont été, toute proportion gardée, plus importantes que celles effectuées dans la santé. Alors que les dépenses en éducation représentaient 24 % du budget du Québec, les compressions en éducation ont représenté 29% du total des coupures&amp;lt;ref&amp;gt;Mot du comité exécutif, Procès-verbal du 24e Congrès de la FNEEQ, juin 2000, p. 84.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ministre Marois cherche à briser le tronc commun de formation et favorise un enseignement technique « allégé » qui réponde plus directement aux besoins des entreprises. La FNEEQ défend un enseignement collégial de qualité égale partout, comme le voulait le rapport Parent il y a plus de 40 ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La force des programmes techniques, leur reconnaissance par les employeurs, leur attrait auprès des jeunes tiennent à la qualité d’une formation générale et polyvalente qui associe un fond culturel commun à un champ de spécialisation assurant une réelle insertion professionnelle. C’est là le véritable défi de l’arrimage de la formation générale et de la formation technique&amp;lt;ref&amp;gt;Comité école et société, «La défense de l’enseignement collégial», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’engage à fond dans la campagne visant à contrer une décentralisation majeure des responsabilités de l’enseignement collégial, qui mettrait en péril l’avenir du réseau. Il s’engage de plain-pied dans la bataille contre l’habilitation des collèges à décerner le diplôme d’études collégiales (DEC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’engage à fond dans la campagne visant à contrer une décentralisation majeure des responsabilités de l’enseignement collégial, qui mettrait en péril l’avenir du réseau. Il s’engage de plain-pied dans la bataille contre l’habilitation des collèges à décerner le diplôme d’études collégiales (DEC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1999, la question du classement de l’enseignement collégial revient sur la table: dans un mémoire sur la formation du personnel enseignant au collégial, la Fédération affirme à nouveau que les enseignantes et&lt;br /&gt;
les enseignants du collégial constituent une catégorie distincte de celle du personnel enseignant du primaire et du secondaire et affirme qu’ils font partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le plan de l’organisation, au lendemain de la négociation de 2000 et au regard des résultats, la FNEEQ relance la FAC et l’invite à débattre de l’unité des forces syndicales. La FAC refuse parce que la FNEEQ est membre d’une centrale syndicale. Mais de l’aveu même de la FAC, cette question d’unité provoque de nombreux débats dans ses instances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La loi 111 jugée inconstitutionnelle ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En décembre 2000, les trois juges de la Cour d’appel, le plus haut tribunal du Québec, déclarent à l’unanimité la loi 111 inconstitutionnelle:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les salarié-es ayant déposé des griefs concernant les pertes subies en vertu de cette loi pourront donc réclamer les pertes encourues avec intérêt. Adoptée par l’Assemblée nationale du Québec en février 1983, la Loi 111 visait à assurer la reprise des services dans les collèges et écoles du secteur public. La loi mettait fin aux grèves et obligeait les salarié-es à travailler selon les conditions prescrites par les Lois 70 et 105. Ces dernières, promulguées en juin 1982, déterminaient les conditions de travail et de rémunération des enseignantes et enseignants du secteur public du 1erjanvier 1983 au 31 décembre 1985. Près de 30000 plaintes pénales avaient été déposées par le gouvernement, mais la Cour suprême du Canada déclarait lesdites lois inconstitutionnelles en février 1990.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’inconstitutionnalité de la Loi 111 signifie l’acquittement de quelque 8000 membres de la FNEEQ et évite à la FNEEQ et à la CSN de payer des amendes qui auraient pu varier de 1,5 million à 14 millions de dollars&amp;lt;ref&amp;gt;France Desaulniers, «Les juges unanimes à déclarer la loi 111 inconstitutionnelle», Carnets, no 1, p. 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’internationale de l’éducation ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ adhère à l’Internationale de l’Éducation (IE)&amp;lt;ref&amp;gt;L’internationale de l’éducation (IE) regroupe 32 millions d’employées et employés de l’éducation réunis dans 391 organisations réparties dans&lt;br /&gt;
179 pays et territoires à travers le monde. [ei-ie.org/ fr/detailpage/4350/a-pro- pos-de-lie].&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2000. Elle s’implique au comité éducation supérieure, où elle est un incontournable, selon Laval Rioux&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Laval Rioux le 29 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle s’était déjà engagée au Congrès de 1997 à développer des axes d’intervention à l’international, dont une affiliation à la Confédération des éducateurs américains (CEA). La FNEEQ participe de manière assidue aux instances de ces organisations, congrès, colloques, actions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La présence de la Fédération à l’IE l’a mise en lien avec les syndicats canadiens et américains. Ils sont jaloux des conditions de travail que les chargées et chargés de cours québécois ont obtenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2001, autour du Sommet des Amériques qui se tient à Québec en avril, la FNEEQ réunit plus de 300 personnes dans un colloque sur l’éducation et la mondialisation&amp;lt;ref&amp;gt;France Desaulniers, «L’éducation face à la mondialisation», Carnets, vol. 1, no 2, juin 2001.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les effets de la mondialisation sur l’éducation sont peut-être moins apparents que dans d’autres secteurs d’activités, mais ils sont tout aussi pernicieux et dommageables pour l’ensemble de la population. L’éducation est essentielle au développement de la démocratie, il importe de contrer le principal danger qui la guette, soit une vision utilitariste qui compromet l’objectif de formation de citoyennes et de citoyens libres et actifs&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Patry, «extraits du mot de bienvenue de Pierre Patry», Carnets, vol. 1, no 2, juin 2001, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Carmen Quintana ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La solidarité internationale fait partie de l’ADN du mouvement syndical. Denis Choinière nous raconte un moment émouvant vécu lors d’un conseil de la Fédération des affaires sociales, aujourd’hui FSSS-CSN, au début des années 2000, où il accompagne Carmen Quintana. Pour mémoire, en 1986, au Chili, cette étudiante de 18 ans manifeste dans un quartier populaire contre le régime Pinochet en compagnie d’un ami photographe, Rodrigo Rojas, 19 ans, de retour d’exil des États-Unis et ayant vécu quatre ans au Québec. Durant la manifestation, ils sont pris à partie par une patrouille militaire, aspergés d’essence et brulés vifs puis laissés pour morts dans un champ. Des paysans les trouvent et les transportent à l’hôpital. Le photographe décède alors que Carmen survit avec des brulures au troisième degré sur plus de 60 % du corps. Elle sera soignée à Montréal : « La FAS manquait de temps à l’horaire et se montrait réticente à ce que Quintana s’adresse au conseil sur une question de privilège. Nous avons insisté et on nous a finalement alloué quatre minutes. Après 15 ou 20 minutes, Quintana parlait toujours, la traduction simultanée avait cessé, c’était en espagnol seulement, les gens écoutaient comme jamais même si la plupart ne comprenaient pas ce qu’elle disait, plusieurs pleuraient. On a fait une collecte et on a récolté près de 50000 $ d’un coup. Pour moi, ce fut un moment de solidarité exceptionnel&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Des années plus tard, en 2019, un juge chilien condamne six militaires pour ces actes atroces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le réseau collégial à nouveau menacé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès juin 2003, le nouveau gouvernement libéral annonce son intention de procéder rapidement à la réorganisation, la réingénierie, de l’État québécois. Axée principalement sur une remise en question du rôle de l’État et des services publics et de fortes réductions d’impôts, cette réorganisation ne peut qu’entrainer une remise en question du système éducatif. Dans la mire du gouvernement se trouve le réseau collégial. La Fédération des commissions scolaires du Québec propose même d’abolir le réseau collégial et de partager sa dépouille avec l’université. Dès lors, la FNEEQ annonce qu’elle sera de tous les rendez-vous pour défendre le réseau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette suggestion d’abolition allait très loin, probablement beaucoup plus que ce que le ministre de l’Éducation d’alors, Pierre Reid, avait en tête. Les universités, au début plus ou moins réceptives à l’idée, allaient au bout de quelques mois commencer à y trouver un intérêt. Le ministre quant à lui n’a rien fait pour calmer le jeu, lorsqu’il a annoncé qu’au Forum sur l’avenir de l’enseignement collégial, tenu au printemps 2004, tout serait sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Coalition-cégeps, mise sur pied en octobre 2003, regroupe les associations étudiantes, les parents et l’ensemble des personnels à l’œuvre quotidiennement dans les cégeps. Elle réaffirme que le réseau collégial tel qu’il a été créé favorise l’accessibilité aux études supérieures : le cégep est un acquis pour tous les jeunes et tous les adultes partout au Québec. La création des cégeps a permis le développement d’une société plus démocratique, plus ouverte sur le monde et mieux adaptée aux changements en cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrive le forum, voulu par le ministre Reid, sur l’avenir des cégeps. Surprise : les enseignantes et les enseignants ne sont pas invités. Le forum sera l’affaire des directions et des conseils d’administration. On reste entre gens bien. La Coalition et le regroupement cégep organisent la riposte, investissent le Forum par toutes les ouvertures possibles et tiennent un contre-forum sur les Plaines d’Abraham, où 2000 personnes se questionnent sur le bienfondé des réformes envisagées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce branlebas semble fonctionner. Les orientations ministérielles promises pour la fin de l’été 2004 n’arrivent qu’en début 2005. Le loup est devenu agneau : il laisse intactes les fondations du réseau collégial et reconnait l’importance de la formation générale pour tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’hydre néolibérale a la vie dure. En 2006, les Lucides font surface. Ils revendiquent moins d’intervention de l’État, une plus grande présence du secteur privé, plus de productivité et un système d’éducation au service de l’entreprise. Selon eux, on travaille mieux et plus au privé. La FNEEQ n’a pas l’intention de rester les bras croisés devant ces pyromanes qui tentent de mettre le feu aux services publics. La Coalition-cégeps se réunit à Québec à la fin de novembre et fait le point sur le sous-financement du réseau collégial:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les investissements dans les cégeps, annoncés en décembre dernier par le gouvernement du Québec, étaient de l’ordre de 20 millions de dollars par année. Cela ne représente que 25% des nouvelles sommes consenties en enseignement supérieur, alors que la dépense courante de l’État pour les cégeps représente 40% de l’ensemble des dépenses pour le même secteur. Par ailleurs, nous sommes bien loin des 300 millions de dollars estimés par la Fédération des cégeps pour retrouver le niveau de financement du milieu des années 90, et encore plus loin de ce qui serait nécessaire pour permettre au réseau un développement répondant aux défis du nouveau siècle&amp;lt;ref&amp;gt;Micheline Thibodeau, «Le sous-financement a assez duré: investissons dans le réseau des cégeps!», Carnet collégial, no 1, mars 2007, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dossier sur la table depuis longtemps trouve un dénouement en 2006: les syndicats de la fonction publique et parapublique et le gouvernement s’entendent sur l’équité salariale. Plus de 30000 travailleuses sont concernées, un règlement estimé à plus de 700 millions de dollars.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le défi des Petits marchés ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des acquis de la révolution tranquille et du rapport parent est sans aucun doute l’accessibilité à l’éducation supérieure partout au Québec. Il faut se rappeler la situation antérieure, où cette accessibilité était très limitée, davantage encore pour les gens vivant en région.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant des années 2000, le gouvernement modifie le mode de financement du réseau collégial, fixé désormais selon le nombre d’étu­diantes et d’étudiants  inscrits.  Moins  de  personnes  inscrites  signi­fie moins d’argent, moins de programmes offerts, moins de personnel enseignant, moins de cours, moins d’attraction. Daniel Mary, enseignant au cégep de Saint-Félicien, en a vécu les conséquences: «cela a affecté tout de suite les petits cégeps, particulièrement ceux dans les régions en baisse démographique. certains ont dû fermer des programmes d’étude. la question est devenue comment survivre. Le nombre d’étu­diantes et d’étudiants régionaux diminuant, les conditions de travail du personnel, moins nombreux, se sont détériorées et il y a eu une augmen­tation de la tâche pour les enseignantes et enseignants restants. Cela affecte aussi la région. Un programme d’étude qui ferme est une perte d’expertise technique, sociale et humaine pour la région. Une perte de personnes compétentes et actives, qui vont souvent aller chercher un emploi ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Daniel Mary le 12 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Les établissements ont développé différentes straté­gies pour pallier à la situation: développement de programmes pointus pour attirer des étudiantes et étudiants d’autres régions et recrutement de clientèle étrangère. Plusieurs établissements ne survivent que grâce à leur créativité à trouver des solutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation est la même chose pour les universités. Traditionnellement, elles se retrouvent dans les grands centres. Avec le réseau de l’UQ, elles sont arrivées en régions et ont favorisé une accessibilité à des étudiantes et des étudiants qui seraient partis étudier ailleurs. Défavorisées par les règles de financement, les universités régionales font de plus en plus appel à la clientèle internationale ou à la délocalisation. L'UQAC a maintenant un pavillon à Montréal. À quand un volet de financement qui maintiendrait le rôle des universités en région?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Implosion de la fac ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats qui ont quitté la Fédération en 1989 pour créer la FAC y reviennent graduellement. Les premiers à bouger sont les enseignantes et les enseignants du collège de Valleyfield, qui choisissent en mars 2006 de revenir à la FNEEQ. Caroline Senneville est secrétaire générale de la Fédération à ce moment-là: «La création de la FAC, je ne l’ai pas vécue, mais sa mort, oui. Le retour de Valleyfield fut un grand moment. L’accueil au conseil fédéral restera mémorable. Ce fut un moment emballant, historique. Il est rare qu’un groupe qui quitte une organisation y revienne, même si les personnes ont changé&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Senneville le 14 juin 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2008, un deuxième verrou saute. Les enseignantes et les enseignants du Cégep Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, choisissent la FNEEQ-CSN dans une proportion de 72% au détriment de la FEC-CSQ. En 2009, lorsque les enseignantes et les enseignants du Collège Dawson choisissent à leur tour la FNEEQ, ils signent en quelque sorte l’arrêt de mort de la FAC. Elle annonce sa dissolution à l’été 2009, mais auparavant deux autres syndicats l’auront quittée, ceux du Collège Vanier et du Centre d’études collégiales Baie-des-Chaleurs en Gaspésie. Les 12 syndicats qui restent choisissent leur nouvelle affiliation. Au total, 11 syndicats choisissent la FNEEQ et six la FEC-CSQ. Le seul syndicat du collégial privé membre de la FAC, celui du campus Notre-Dame-de-Foy, choisit aussi la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’arrivée massive de ces nouveaux syndicats rend nécessaire la tenue d’un Congrès spécial, qui a lieu à Montréal en novembre 2009. La FNEEQ représente dorénavant 46 des 59 syndicats de cégep et 84% des enseignantes et enseignants du collégial. Déjà une force majeure chez les chargées et chargés de cours universitaires et dans le domaine de l’enseignement privé, la Fédération est devenue la fédération de l’enseignement collégial. Jean Trudelle, président de la FNEEQ en 2009, est un artisan majeur du retour de ces syndicats dans le giron de la CSN.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, le comité de direction de la Fédération passe à cinq membres alors que trois postes de vice-présidence sont ajoutés pour chacun des regroupements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Grève étudiante ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 suscite un mouvement de contestation sans précédent. Les personnels des établissements touchés respectent en général les lignes de piquetage dressées par les étudiantes et les étudiants. Le pouvoir tente la répression à plusieurs moments, sans trop de succès. Police dans la rue, loi spéciale exigeant le retour des personnels au travail, escouade antiémeute à l’Université de Montréal, poursuites des «carrés verts» contre les actions des «carrés rouges», tout est tenté sans que la situation ne bascule. Dans l’étrange position dans laquelle se trouvent les enseignantes et les enseignants des établissements touchés, la CSN et son fonds de défense professionnelle appuient la FNEEQ et ses syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Sommet sur l’enseignement supérieur ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la crise étudiante, le Parti québécois est de nouveau aux commandes. Il convoque en 2013 le Sommet sur l’enseignement supérieur, qui regroupe cette fois des représentants de l’enseignement supérieur et de la société civile. La Fédération défend l’accessibilité à l’enseignement supérieur et s’oppose à sa marchandisation. Elle y amène deux revendications claires: une reconnaissance du rôle des chargées et chargés de cours à l’université et celle de l’enseignement collégial comme partie intégrante et essentielle de l’enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’exercice satisfait les chargées et chargés de cours, qui trouvent à ce Sommet une visibilité qu’ils n’ont pas au sein de l’université, où ils sont exclus des décisions, des orientations et de la planification. La restructuration salariale des enseignantes et des enseignants de cégep continue d’avancer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2014, le Parti libéral revient au pouvoir à la faveur de nouvelles élections. Sourd et aveugle, il remet de l’avant sa réingénierie et la destruction des programmes et des services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces politiques s’inscrivent directement dans cette mouvance idéologique mondiale de la nouvelle gestion publique (NGP) qui vise essentiellement à appliquer à l’État les logiques du marché. Les secteurs de la santé et des services sociaux et de l’éducation sont devenus des exemples éloquents des résultats de l’application de cette orientation idéologique. Privatisation, sous-traitance, dérèglementation, concurrence, tarification, fusions, antisyndicalisme, hiérarchie, assurance qualité, centralisation de l’organisation du travail; voici les visages de la (NGP)&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport des activités 2015-2018, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les états généraux de l’enseignement supérieur  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme s’il n’a rien retenu de l’effervescence de 2012, le gouvernement Couillard fait face en 2015 à une mobilisation croissante contre ses mesures d’austérité et à des grèves en 2016 dans le cadre des négociations du secteur public. Le Sommet sur l’enseignement supérieur de 2013 a laissé tout le monde sur sa faim, ce qui incite la FNEEQ, sous la pression de son conseil, à mettre de l’avant la tenue d’États généraux de l’enseignement supérieur (ÉGES). La Fédération s’y attaque et implique un collectif regroupant les principaux acteurs des cégeps et des universités. Leur but: dégager une vision commune de l’enseignement supérieur et tisser des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier rendez-vous se tient en 2017 à l’Université Laval. Plus de 500 personnes y participent sous le thème «L’enseignement supérieur: un droit collectif, un service public». C’est un succès. Trois enjeux ressortent : le financement, la gouvernance et la précarité. Les échanges se continuent dans des rencontres régionales à l’hiver et au printemps 2018, qui permettent une mobilisation plus large et une meilleure connaissance de la réalité quotidienne dans les cégeps et les universités partout au Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un deuxième rendez-vous des ÉGES se tient à Montréal en mai 2018. Tous les partenaires du milieu y sont. Les trois thèmes issus des premiers ÉGES, financement, administration et précarité, alimentent les débats. Sous la plume de Marie-Hélène Alarie, la présidente Caroline Quesnel explique dans le quotidien Le Devoir:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le financement est toujours au cœur des revendications des partenaires du collectif, et de la FNEEQ en particulier. «On le sait, le réinvestissement consenti par le gouvernement lors du dernier budget n’est pas à la hauteur, ce n’est même pas un rattrapage par rapport à ce qu’on avait il y a cinq ou six ans. Cette perte est très dangereuse puisqu’elle amène les administrations d’université ou de cégep à se considérer comme des entités qui doivent générer des revenus. On entre alors dans une logique où l’enseignement est perçu comme une marchandise», déplore Caroline Quesnel.[…]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La gouvernance, la gestion et la transparence sont d’autres éléments déterminants du projet. «C’est la revendication de tous les acteurs du milieu : avoir son mot à dire, que ce soit dans les CA, dans les conseils d’études ou dans le processus de réflexion, dit la présidente. C’est l’inclusion et la transparence qu’on réclame.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième thème discuté regroupe les précarités, et on a bien insisté sur le pluriel de ce thème, explique Caroline Quesnel. «On considère ici non seulement les conditions de travail du personnel, mais aussi les conditions d’études des étudiants, puisqu’eux aussi ont à conjuguer plusieurs rôles.» Ces conditions ont un impact direct sur la santé psychologique, et particulièrement sur celle des étudiants puisqu’ils subissent une immense pression qui affecte leur santé. C’est une pression semblable qui est présente partout dans le monde de l’enseignement, où par définition l’enseignant est soumis à un stress constant&amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Hélène Alarie, «Pour des solutions concrètes en enseignement supérieur», collaboration spéciale Le Devoir, 25 aout 2018.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La judiciarisation des relations de travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La judiciarisation occupe une place toujours grandissante dans les relations de travail pour la Fédération et les syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette judiciarisation entraine des coûts faramineux tant pour les établissements où œuvrent nos membres que pour la fédération. Une simple demande d’un document se retrouve, le plus souvent, devant la Commission d’accès à l’information du Québec. Des violations flagrantes de nos contrats de travail aboutissent devant l’arbitre de grief. Bien qu’un très grand nombre de décisions arbitrales nous soit favorable, rares sont celles qui ne seront pas contestées par la partie patronale devant les tribunaux supérieurs. Ces deux situations, pour ne nommer que celles-là, entrainent obligatoirement un référé du dossier au service juridique de la CSN et impliquent pour l’organisation des frais que nous ne pouvons contrôler. Il faut se rappeler que l’équipe avait, dans ce contexte, émis le souhait de réduire le nombre de dossier transmis à des procureurs du service juridique de la CSN. Bien qu’un travail colossal ait été fait et qu’une très grande majorité de dossiers aient été assumés à l’interne, les frais juridiques sont demeurés très élevés, et ce, précisément par le nombre grandissant d’audiences devant les tribunaux supérieurs&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, Bilan des services, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de cégep ont souvent fait face à des lois spéciales. Retrouver le droit de négocier est la priorité, mais la restructuration salariale est toujours à l’avant-plan ainsi que la vulnérabilité des cégeps en région qui prend de plus en plus d’importance. La question qui va rapidement s’imposer cependant est celle de l’existence même du réseau des cégeps. La mobilisation pour sa défense a refait l’unité de la Fédération. L’attaque sur les cégeps a réuni contre un ennemi commun ceux qui s’opposaient hier encore au sein de la Fédération. Et la CSN a répondu présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Reid, ministre de l’Éducation, suggère en 2004 l’abolition des cégeps. La CSN organise une vaste mobilisation nationale et plusieurs mobilisations régionales. Une grosse manifestation a lieu sur les Plaines le 9 juin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseiller syndical Guy Beaulieu a vécu cette période difficile:&lt;br /&gt;
«On craint vraiment la fin des cégeps, la menace est réelle. Dans les négociations, la FNEEQ est toujours la dernière à régler et ce n’est pas un hasard : l’employeur veut notre peau. Mais la FSSS a toujours pris soin d’inclure les cégeps dans le règlement. Grâce à la force de la CSN dans le secteur public, la FSSS pouvait dire à la table : on ne règle pas si la FNEEQ ne règle pas&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La menace sur les cégeps s’éloigne un temps. L’employeur possède d’autres moyens et le regroupement, une force nouvelle:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le coup de force du gouvernement Charest, en décembre dernier [le décret de 2005], a été vécu comme une insulte législative, une marque de mépris pour les employé-es des services publics en général et, peut-on ajouter, pour les enseignantes et enseignants de cégep en particulier. L’arsenal répressif de la Loi concernant les conditions de travail dans le secteur public est tel qu’il va nécessairement bouleverser, pour un temps du moins, la pratique de nos actions syndicales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui importe […] c’est de constater que, fort d’une cohésion nouvelle, le regroupement et les assemblées syndicales se sont tenues debout, tout au long de ces mois passés à défendre les cégeps, la formation générale, la nécessité d’un réseau et la survie des cégeps en région, de même qu’à dénoncer la lourdeur de la tâche et le sort fait aux enseignantes et aux enseignants à statut précaire&amp;lt;ref&amp;gt;«Une profession engagée», Procès-verbal du 27e Congrès FNEEQ, juin 2006, Bilan du regroupement cégep, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) demande que le baccalauréat devienne le diplôme d’entrée dans la profession infirmière. Elle remet ainsi en question la valeur qualifiante du DEC en sciences infirmières. La FNEEQ s’oppose et prépare la réaction. Le ministre de la Santé et des Services sociaux annonce en ouverture du Congrès de l’OIIQ qu’il met sur pied un comité interministériel sur la formation de la relève infirmière. La FNEEQ est exclue du comité, mais y fait des représentations. Le comité remet un rapport où il n’y a pas consensus. La revendication de l’OIIQ tombe à plat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2016, le gouvernement remet l’enseignement supérieur sur la sellette. Il consulte sur un projet de création de deux conseils ainsi que d’une commission mixte, de même qu’il propose des suggestions de modifications au Règlement sur le régime des études collégiales (RREC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’est penché sur ces projets et s’est prononcé sur le contenu des mémoires présenté par la CSN conjointement avec la FNEEQ, la FEESP et la FP. La facture du projet ministériel a particulièrement agacé les déléguées et les délégués du regroupement qui ont décrié l’omniprésence du vocabulaire de la performance qu’on retrouve tout au long du document à travers les notions d’assurance qualité, d’amélioration continue et de recherche des meilleures pratiques. Si le regroupement cégep se montre, malgré tout, favorable à la création d’un lieu permettant davantage de collaboration et de cohésion entre les établissements tant collégiaux qu’universitaires, ce n’est toutefois pas dans la perspective d’inféoder l’enseignement supérieur à une conception marchande et managériale de l’éducation&amp;lt;ref&amp;gt;«État des effectifs étudiants à la rentrée automne 2015-2016», carnets collégial, no 18, septembre 2015, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mobilisation sur le thème «Un DEC, c’est un DEC, partout au Québec!» porte ses fruits et le ministère ne retient pas plusieurs éléments soumis à la consultation concernant la création d’un conseil des collèges et les modifications au RREC proposées à l’automne 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un portrait des cégeps en 2015 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon la Fédération des cégeps, le nombre d’étudiantes et d’étudiants inscrits au cégep public cette année [2015] est stable par rapport à l’an­née dernière. Ils seront 178 131 étudiants, en majorité des filles (57,7%), répartis dans les 48 établissements du Québec, parmi lesquels 78 785 nouveaux venus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La population étudiante sera en nette hausse à Laval, qui accueillera 377 étudiants de plus (+5,2%) à la rentrée. Les effectifs seront en aug­mentation plus modérée dans les cégeps de la Côte-Nord (+2,4%), de la Montérégie (+2%) et de l’Outaouais (+1%).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sera en nette baisse en revanche au Saguenay–Lac-Saint-­Jean, avec 434 étudiants en moins par rapport à la rentrée 2014 (­5,2%), en Gaspésie et aux Îles-­de-­la-­Madeleine (­4,5%), en Abitibi-Témiscamingue (­4,4%), en Mauricie (­2,3%), dans le Centre-­du-­Québec (­2,1%), en Estrie (­1,5%) et à Québec (­1%).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partout ailleurs, à Montréal, dans les Laurentides, dans Lanaudière, dans la région de Chaudière-Appalaches et au Bas-Saint-Laurent, les chiffres sont quasi stables. Cette stabilité vient contredire les prévisions ministérielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cégépiens sont inscrits à parts égales dans le secteur technique (46,9 %) et le secteur préuniversitaire (46,5%), contre 6,6% au tremplin [sic] Dec. Les programmes soins infirmiers (11 121 étudiantes et étu­diants) et gestion de commerces (5146) sont les plus fréquentés dans le secteur technique, tandis que les sciences humaines (43 654) et les sciences de la nature (21 792) sont les programmes les plus populaires du préuniversitaire&amp;lt;ref&amp;gt;Nicole Lefebvre, «Échos des regroupements», Carnets 34, automne 2016, p. 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous étions, entre autres, fortement opposés à la décentralisation vers les collèges de l’élaboration de deux des compétences des programmes d’études et aux modifications visant à accroître l’autonomie des collèges relativement à la gestion des programmes d’études. Nous devons toutefois rester vigilants puisque la fédération des cégeps s’est dit insatisfaite. Elle pourrait être à l’offensive, car elle voyait là une solution au délai trop long de révision et de mise à jour des programmes d’études&amp;lt;ref&amp;gt;Nicole Lefebvre, «Échos des regroupements», Carnets 36, automne 2017, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les universités ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1995, le rôle principal du regroupement université demeure la concertation lors des négociations et la coordination dans l’application des conventions collectives, mais la précarité du statut des chargées et chargés de cours est toujours au centre des discussions, d’autant plus que les universités rencontrent des problèmes de financement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La part du financement gouvernemental dans les universités a chuté de 25% dans les trois dernières années et on prévoit de nouvelles compressions budgétaires pour les deux années à venir. Cela exige des établissements universitaires des efforts de rationalisation qui touchent aussi bien les structures administratives et académiques que les programmes. On réduit la taille des administrations, on regroupe des unités académiques et des services, on ferme des programmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette situation financière précaire fait également pression sur les conditions salariales des personnes chargées de cours de sorte que des syndicats ont dû faire des concessions à cet égard et renoncer à une progression salariale normale lors de la dernière ronde de négociations&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», 24e congrès FNEEQ, juin 1997, Annexe 10, rapport-bilan du regroupement université, p. 6-7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours, malgré des gains en négociation, demeurent insatisfaits de leur place dans l’université. Ils veulent améliorer leur statut et multiplient les efforts pour faire reculer la marginalité à laquelle ils sont confinés. Plusieurs syndicats ont fait des gains qui les mènent sur la bonne voie, notamment au niveau de la participation institutionnelle et de la réalisation de projets d’intégration pédagogique. Mais une question demeure et les chargées et chargés de cours la posent:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sommes-nous tous et toutes condamnés, nonobstant notre statut d’emploi, à limiter notre prestation de travail dans le strict cadre d’un court mandat à durée déterminée ? Pouvons-nous envisager une importante modification de l’ampleur de notre tâche, notamment au chapitre d’une contribution accrue de l’encadrement étudiant?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certain que des milliers de chargé-es de cours, parmi les plus précaires, aspirent à un régime d’emploi, où l’obligation de compléter leur maigre revenu annuel au moyen de prestations de chômage ne sera plus qu’un mauvais souvenir&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, juin 2000, annexe 7, rapport des activités de la fédération, p.28.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation évolue à l’aube des années 2000. Les chargées et chargés de cours donnent en moyenne 50 % des cours de premier cycle dans l’ensemble des établissements universitaires québécois. Les syndicats du regroupement revendiquent l’équité salariale avec les professeurs réguliers pour une prestation de cours. Le regroupement s’appuie sur une étude de l’Institut de la statistique du Québec de 2009 sur l’écart entre la rémunération de ses membres et celle des professeurs. Les gains sont appréciables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’effet des réductions dans les subventions aux universités se fait sentir dans la décennie suivante. Les universités revoient leurs priorités et diminuent l’offre de cours, ce qui affecte particulièrement les enseignantes et les enseignants à statut précaire. Les administrations sont en demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement université a travaillé à consolider sa négociation regroupée et à accroître son rapport de force collectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet effort de cohésion a été confronté à des attaques d’une grande violence, sans compter la série de compressions survenues dans le secteur de l’éducation depuis 2014. Alors que la quasi-totalité des syndicats du regroupement université est en négociation, ces luttes, même si elles ont mené à plusieurs gains, ont été difficiles dans un tel contexte. Les impacts néfastes des compressions sauvages dans le financement des universités ont d’ailleurs laissé des traces profondes, peut-être indélébiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, il faut s’indigner devant la disparition de nombreux cours, programmes, voire même de facultés, car ceux-ci ne reverront sans doute jamais le jour. On a même entendu un vice-recteur parler de ne conserver que les programmes « rentables». On assiste présentement à l’élagage de l’échantillon des cours offerts, à l’amincissement du savoir disponible et donc à la disparition de tout un pan des connaissances. Ainsi, non seulement, le parcours étudiant passe de plus en plus obligatoirement par des cours à distance, il s’effectue maintenant dans des classes de plus en plus bondées, face à une offre de cours déficiente et à des coûts toujours plus élevés&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Grands dossiers du regroupement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs universités explorent le modèle d’affaires à la mode, la formation à distance. Elles cherchent ainsi à combler les pertes de financement en exportant l’expertise que les enseignantes et les enseignants ont développée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc réfléchir ensemble sur le droit d’auteur, les droits de suite, la rémunération, le nombre d’étudiants, bref sur plusieurs enjeux. L’objectif est de pouvoir ainsi mieux baliser nos conventions collectives&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements », Carnets 34, automne 2016, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La transformation de la gouvernance des universités depuis au moins le milieu des années 1990, qui est passée de collégiale à managériale, préoccupe les chargées et chargés de cours. Cette approche managériale issue du monde des affaires n’est pas étrangère aux difficultés vécues dans les relations de travail et à la présence accrue d’avocats aux tables de négociations. La situation est complexe et exige de tenir compte de multiples facteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’augmentation des dépenses liées aux frais juridiques et aux arbitrages est incontestable. Toutefois, la réflexion doit dépasser largement celle de l’argent. La défense de nos droits est et doit demeurer prioritaire. Mais, on ne peut dénoncer une telle situation sans réfléchir à notre participation à la judiciarisation. Cela dit, comment faire en sorte de rétablir des relations de travail saines au sein des universités tout en défendant nos droits&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La privatisation inquiète également. La situation vécue par le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université (STTTU) fait craindre une dégradation des conditions de travail. Une université publique, l'Université TÉLUQ, crée un statut d’enseignant encore plus précaire que celui des chargées et chargés de cours en sous-traitant à l’entreprise privée l’encadrement des étudiantes et des étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en résulte une grève des tuteurs et tutrices de plus de six mois qui est résolue sur la base des recommandations d’un conciliateur. Les emplois des tuteurs et tutrices sont protégés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans le privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement privé a connu une forte croissance dans les années 2000. Alors que le nombre de syndicats plafonne toujours autour de la vingtaine jusque-là, voilà que le regroupement compte maintenant plus de 42 syndicats. La position clarifiée de la Fédération sur l’école privée y est certainement pour beaucoup. Ce qui caractérise surtout ce regroupement et qui le distingue des deux autres, c’est la grande variété des établissements qui le compose, allant du préscolaire à l’universitaire en passant par tous les ordres: primaire, secondaire et collégial&amp;lt;ref&amp;gt;Un établissement offre des cours du préscolaire jusqu’au collégial; deux, des cours de niveaux secondaire et collégial; un n’offre que le primaire; onze, le secondaire seulement; deux, le collégial seulement dont un se limite au collégial technique; un se retrouve dans le secteur universitaire. Il y a également une école de conduite automobile, deux écoles spécialisées en enfance inadaptée et enfin une école de musique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Coordonner les négociations et l’application des conventions collectives dans un tel contexte relève de l’exploit. D’autant plus que les conditions de l’exercice syndical varient énormément d’un établissement à l’autre, mais présentent une caractéristique commune: la pratique de l’action syndicale y est difficile et beaucoup de syndicats ne participent pas ou peu aux activités de la Fédération. La coordination et la concertation entre syndicats en souffrent. La situation change au début des années 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Question d’illustrer l’exercice du syndicalisme dans un établissement privé, la présidente Caroline Quesnel, enseignante au collège Jean-de-Brébeuf, nous raconte: «J’enseigne au collégial, où les enseignantes et les enseignants sont regroupés dans le Syndicat des professeurs de l’enseignement universitaire du Collège Jean-de-Brébeuf, un des plus vieux syndicats de la FNEEQ, qui a fêté ses 50 ans en 2015. J’ai participé à la négociation locale en 2005. C’est la première négociation à Brébeuf avec un conseiller venu de la Fédération. La première fois aussi que notre syndicat obtient des libérations pour toutes les activités syndicales. Un fait exceptionnel pour le privé&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Quesnel le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2005, la Fédération précise sa position sur l’existence des établissements privés, qui réconcilie son engagement en faveur d’un réseau d’éducation public de qualité pour toutes et tous ainsi que la protection des emplois des personnels du secteur privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Historique de la position FNEEQ sur les établissements privés», 31e congrès FNEEQ, 26-29 mai 2015, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Trudelle participe à ces discussions : « La position de la Fédération sur le privé est courageuse. Quel que soit le lieu de l’enseignement, chacun a droit à de bonnes conditions de travail. Nous nous sommes aussi opposés à ce moment-là [à] la ségrégation scolaire, qui existe aussi dans le public. Notre position a amené beaucoup de syndicats du privé à la FNEEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Trudelle le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Pouliot, du Collège de Lévis, identifie deux grands moments qui ont favorisé l’acceptation du privé à la FNEEQ: «En juin 2008, lors du conseil fédéral, les syndicats du privé font accepter que le financement du privé ne puisse ni être diminué ni aboli. Le débat a eu lieu. Il est toujours facile d’avoir les [chargées et chargés] de cours de notre côté. Ils connaissent la précarité. Même chose pour les cégeps en région, qui comprennent nos problèmes. Leur situation est aussi précaire. Mais c’est plus difficile de s’entendre avec les gros cégeps. Ils nous ont finalement donné leur appui&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Pouliot le 9 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’existence des établissements privés reste un sujet sensible, souvent remis en discussion. Des positions contradictoires s’affrontent. Ont-ils droit à un financement public? Le gouvernement Marois de 2012-2013 remet en cause ce financement des établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, lors du Congrès de la FNEEQ à Shawinigan, la question revient sur la table. Jean Pouliot explique: «Les syndicats du privé sont bien préparés. La position défendue: on ne diminue pas nos subventions, et on prône l’intégration dans le secteur public s’il y a fermeture d’une école privée. Nous voulons éviter la situation vécue par notre collège en 2000, alors que le Cégep Lévis-Lauzon a refusé de nous intégrer. On a encore gagné notre point. La vieille mentalité sur l’abolition du privé a été battue et la Fédération a réitéré sa position sur la préservation de l’emploi. Nous avons aussi expliqué que la vision que le privé recrute par sélection n’est plus valable, la plupart des collèges ne font plus de sélection. Nous avons la même clientèle que l’école publique. La position des établissements privés a changé comme les écoles ont aussi changé. Ce n’est plus l’élite qu’on recrute, et aujourd’hui les élèves sont libres d’y venir sans sélection. La CSQ continuant de revendiquer l’abolition du privé, la Fédération recrute de nouveaux syndicats&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier mandat de Caroline Senneville est marqué par une vague de syndicalisation. Une douzaine de syndicats s’ajoutent. Caroline Quesnel indique: «Ce n’est peut-être pas anodin. Cela correspond à la période des coupes gouvernementales dans l’éducation et particulièrement dans l’école privée, ce qui a amené une détérioration des conditions de travail. Cela a suscité cet élan de syndicalisation&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Quesnel le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le contexte de baisse démographique et de compressions budgétaires au MELS et au MESRS a grandement fragilisé le réseau des écoles privées depuis quelques années. Les fermetures successives de trois de nos établissements ont constitué des événements tristement marquants de ce mandat. L’échec de la conversion du Collège Antoine-Girouard au réseau public a profondément ébranlé les membres du regroupement qui ont exprimé le désir de mettre à jour la position de la FNEEQ sur les établissements privés afin qu’elle reflète la réalité et qu’elle défende mieux les emplois de ses membres&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», procès-verbal du 32e congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Confronté par la fragilité du système privé d’éducation, le regroupement demande en effet en 2018 une modification de la position de la FNEEQ sur l’enseignement privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la lumière de l’échec récent de l’intégration du Collège Antoine-Girouard à la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, les membres du privé considèrent que la position fédérale accuse un décalage par rapport à la réalité et qu’elle devrait se porter plus concrètement à la défense des emplois dans les collèges privés. Par conséquent, le regroupement privé a constitué un comité de réflexion pour proposer des idées de renouvellement de la position de la FNEEQ sur le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan regroupement privé, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne manquera jamais de défis à relever pour le regroupement privé. Le premier: favoriser la participation des membres du regroupement privé aux activités de la Fédération. Déjà la participation étant meilleure au regroupement, il reste aux syndicats à être plus présents aux activités de la Fédération, surtout aux conseils et aux congrès. La question des libérations syndicales est à résoudre. D’un point de vue professionnel, l’état de la situation demande une attention particulière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autonomie professionnelle et la valorisation de la profession enseignante sont de plus en plus mises à mal. Dans leur quotidien, les enseignants du privé observent qu’ils ont moins de latitude pour exercer leur travail. L’ingérence des parents et des directions dans la gestion de la classe, dans les évaluations et dans leur jugement professionnel, discréditent la compétence des enseignants et rendent leur travail de plus en plus difficile&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan regroupé.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et signe d’une évolution positive, le regroupement monte en 2016 un projet pilote de négociation coordonnée, selon le modèle de celui de l’université. Quatre syndicats en négociation dans les deux prochaines années participent au projet, deux conseillers y sont attachés. De même, les syndicats du collégial privé vont se rapprocher de ceux du collégial public, puisque leur sort y est lié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Les négociations =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce début de période, les parties patronales des trois secteurs, université, privé et cégep, remettent en question les acquis des conventions collectives. Elles sont bien appuyées par le discours public, tout axé sur le déficit zéro et les générations futures, comme si l’éducation ne concernait pas les « générations futures». Les cégeps sont en négociation permanente et mobilisent beaucoup d’énergie à la Fédération. Les syndicats des universités ne sont pas de reste. Ils viennent tous de renouveler leur convention collective. Dans les établissements privés, où la négociation est locale, sans trop de ligne directrice, plusieurs ententes sont conclues. Contrairement à l’université et au cégep, le secteur privé est si diversifié qu’une concertation poussée semble impossible. Ce qui n’empêche pas le patron d’un collège privé d’avouer que ce sont les syndicats de la FNEEQ qui ont conservé les meilleures conventions collectives dans le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, annexe 14, rapport-bilan des services 1995-1997, p. 8&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Au cégep ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au regroupement cégep, les négociations occupent pratiquement tout l’espace. La préparation, les consultations, puis les négociations peuvent souvent durer plus de deux ans, que le résultat soit une convention signée ou un décret. Puis, tout est à recommencer pour la suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1995 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation de 1995 se déroule en même temps que le référendum de 1995: toute l’animosité est concentrée vis-à-vis le gouvernement péquiste. On se demande: «Fait-on la grève pendant la période référendaire?». La chape de plomb du Parti québécois (PQ) telle que ressentie à la CSN est importante. Une situation qui rappelle le référendum de 1980 et qui fait craindre une répétition des lois spéciales qui ont suivi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’automne 1995 a été une période particulièrement intense au chapitre de la négociation. Celle-ci, amorcée depuis quelques mois déjà, s’est intensifiée en aout, septembre et octobre pour en arriver à une entente de principe à la fin d’octobre 1995. Compte tenu de l’imminence du référendum sur la souveraineté du Québec, le gouvernement souhaitait arriver à un règlement avec les composantes du secteur public avant le 30 octobre 1995, ce qui a donné lieu à un blitz de négociation&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, annexe 12, rapport-bilan du regroupement cégep, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’entente est obtenue juste avant le référendum et comporte des gains, principalement pour les enseignantes et les enseignants à statut précaire. La demande patronale comporte la suppression de poste de 1200 enseignantes et enseignants ETC (équivalent temps complet) alors que le regroupement cégep s’en sort avec 144 et une heure d’encadrement gratuite. La convention n’est signée qu’en avril 1996.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette entente, bien qu’elle comportait [sic] des concessions au chapitre des ressources — 144 ETC pris dans les fonctions dites périphériques — apportait une amélioration significative aux conditions de travail des enseignantes et enseignants à statut précaire et des bonifications au chapitre des salaires et de la retraite. Par ailleurs, l’introduction d’une mesure visant à améliorer le taux de réussite des élèves — l’heure d’encadrement — a permis d’empêcher une diminution accrue des ressources, telle que le souhaitait la partie patronale obsédée par la réduction immédiate des coûts, ce qui a constitué l’originalité de l’entente FNEEQ (CSN) en regard des deux autres fédérations d’enseignantes et d’enseignants de cégep [NDLR: FEC et FAC] qui ont dû endosser à 100 % les objectifs patronaux&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, Bilan du regroupement cégep, p. 3-4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le référendum de 1995 passé, le mouvement syndical se trouve confronté par le gouvernement Bouchard à un vaste programme d’austérité. Le PQ se lance alors dans la lutte au déficit public. À l’automne 1996, il convoque un Sommet sur l’économie et l’emploi pour discuter de l’avenir social et économique du Québec. Syndicats, patrons et groupes communautaires s’y retrouvent pour discuter de compressions de plus de 3 milliards de dollars dans le budget de l’État dans le but de rééquilibrer le budget à l’aube de l’an 2000. Un autre sommet est convoqué en octobre 1996 pour discuter d’emploi. Le gouvernement «propose» une réduction des dépenses de l’État de 6%, que chaque partenaire doit appliquer à son niveau. Cela inclut les établissements publics, les collèges privés et les universités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les départs volontaires, nombreux, une réduction du temps de travail et une ponction dans les surplus du régime de retraite ne sont pas suffisants. Il exige une ouverture des conventions au chapitre de la tâche et du plancher d’emploi. C’est rejeté. En mars, le couperet tombe. L’Assemblée nationale vote la loi 104.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ est la seule organisation à refuser de signer la reddition. Elle se retrouve aussi la seule visée par la loi. Les autres groupes du secteur public signent à la dernière minute. La FAC et la FEC acceptent des concessions salariales et ouvrent sur la tâche. La loi 104 vise les trois regroupements. Des moments difficiles pour la FNEEQ, dont tous les syndicats se retrouvent ainsi sous le coup de la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats [de cégep] décidèrent alors d’intensifier la grève du zèle et de mandater leurs représentantes et représentants afin qu’ils cherchent à conclure une entente comportant, en sus des économies réalisées par les départs à la retraite, des concessions salariales, et ce, afin d’éviter une hausse de tâche et les pertes d’emploi massives que cela aurait occasionnées. Des démarches ont alors été entreprises et, finalement, une entente conforme à ces objectifs est intervenue au début d’avril, laquelle fut adoptée par les assemblées. Une telle entente qui préserve l’emploi n’a été possible qu’au prix d’une réduction salariale de 3,57% accordée sous forme de congés compensatoires sans traitement. […] plusieurs dossiers, dont la reconnaissance des heures pour l’assurance emploi, la réduction et l’aménagement du temps de travail, la reconnaissance des années d’enseignement effectuées dans les écoles d’infirmières aux fins de la retraite et la mise en application du mandat concernant l’heure d’encadrement, ont été réglés dans la foulée de cette entente&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Patry, «La négociation dans le secteur public», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu’est connue la décision gouvernementale d’inclure le privé et les universités dans la loi 104, FNEEQ et CSN interpellent le gouvernement et entreprennent de les exclure de la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet des universités, nous avons dû rappeler au gouvernement qu’au cours des dernières années, celui-ci avait coupé de 25% son aide au milieu universitaire. Les fluctuations à la baisse du financement des universités avaient d’ailleurs produit des effets sans précédent: alourdissement de la tâche d’enseignement, diminution significative de la masse salariale des chargé-es de cours, diminution importante du nombre de charges de cours, etc. Pourtant les chargé-es de cours ont toujours constitué une mesure d’économie pour les universités québécoises. En effet, ils donnent à peu près 50% de l’enseignement pour le cinquième des coûts relatifs à l’enseignement universitaire!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui a trait aux établissements d’enseignement privé agréés aux fins de subventions, l’aide gouvernementale au financement a également été réduite de 15 % au cours des trois dernières années. Tout comme leurs camarades des universités, les enseignantes et enseignants du secteur privé ont fait largement leur part pour répondre aux diminutions récurrentes des subventions. Ces diminutions se sont notamment traduites par un alourdissement de la tâche d’enseignement et, pour certains, par des diminutions de salaire&amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Claire Chouinard, Denise Trudeau, «La loi 104, non merci», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril, le gouvernement renonce à appliquer sa médecine à ces deux groupes. Le privé a livré une bataille exemplaire menée par Denise Trudeau et Pierre Lachance: mobilisations importantes, retenue des notes. Cette dernière action a particulièrement l’heur de déplaire à la Fédération des cégeps. Pour répondre à la réduction des couts de 3,57 % imposée par la loi 104, la FNEEQ donne comme mot d’ordre de retenir les notes pendant 3,57 jours. Le mot d’ordre est appliqué dans 21 des 34 établissements syndiqués à la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tout se règle avant le Congrès de 1997. Tout le monde sort de la loi 104.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une particularité lors de cette négociation, la présence d’une femme au comité de négociation avec une préoccupation féministe. Flavie Achard accepte ce rôle : « On avait aussi développé l’idée de la présence d’une femme, la négociatrice, [au] comité de négo. J’ai joué ce rôle en 1995, avec l’appui du réseau femmes. Me retrouver à ce poste en tant que femme n’a pas été facile, l’opposition a été rude. Après un premier vote négatif au regroupement, j’ai eu ma nomination à la réunion suivante&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Flavie Achard le 5 juin 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une session femmes négo-cégep se tient en mars 1998 afin d’élaborer les demandes en matière de harcèlement sexuel, de droits parentaux et d’accès à l’égalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Regroupement cégep n’a pas retenu la structure particulière qui sous-tendait la négociation des dossiers femmes et, conséquemment, a mis fin à la désignation d’une négociatrice recevant ses mandats du Comité femmes ou des sessions femmes&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, Bilan du comité femmes, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1999 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après 18 mois de négociation, les centrales syndicales s’entendent juste avant Noël avec les représentants du gouvernement du Québec sur le renouvellement des conventions collectives du secteur public. La nouvelle convention, qui s’étendra jusqu’au 30 juin 2002, prévoit des augmentations de 9% sur trois ans pour les 400 000 personnes employées syndiquées du secteur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre négociation difficile où les trois fédérations du collégial, FNEEQ, FAC et FEC, ne peuvent s’entendre sur un cadre stratégique malgré de nombreuses rencontres. Pierre Patry est alors président de la Fédération: «Le règlement est arrivé juste avant Noël, comme c’est souvent le cas. Après des années de lois spéciales, la négociation de 1999 en fut une vraie, la première depuis 1989. Nous avons fait des gains sur le plancher d’emploi et la diminution de salaire de 3,57% a presque été effacée. On retrouvait le droit de négocier&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron se souvient d’avoir été actif dans l’acceptation de cette réduction de 3,57%: «J’avais mis tout mon poids pour la reconnaissance de la précarité et l’acceptation de cette coupure temporaire plutôt que de s’en prendre aux précaires. Tout le monde n’était pas d’accord, mais ce fut un élément majeur dans la reconstruction de la FNEEQ. Le règlement de 1999, tout en ne laissant pas tomber les précaires, a fait beaucoup pour compléter le travail de reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Ronald Cameron le 29 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2002 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans conteste, le succès le plus important de cette négociation est l’entente sur la structure salariale, l’aboutissement pour la FNEEQ d’une longue lutte, de recherches et de discussions qui ont mené à une conclusion logique: les enseignantes et enseignants de cégep font bel et bien partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors de cette négociation de 2002, les trois fédérations du collégial, FNEEQ, FAC et FEC, préparent un projet commun de négociation. Trois thèmes sont retenus: le financement, la tâche et la formation continue. Le projet avorte une fois de plus, la FEC et la FAC mettent fin aux travaux communs et rompent l’alliance pour des raisons distinctes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociateurs gouvernementaux proposent une prolongation d’un an de la convention de 1999. La FEC accepte cette prolongation et classe la négociation entreprise sur la structure salariale comme partie de la discussion sur l’équité salariale. Ce qui est un pieux mensonge, car les enseignantes et enseignants de cégep n’ont pas vraiment de comparatif. La FAC, de son côté, se prononce contre la prolongation et dit ne pas avoir d’opinion arrêtée sur la structure salariale. La FNEEQ refuse cette prolongation. La raison majeure de ce refus est que la tâche a augmenté de façon telle qu’il devient difficile de cautionner le prolongement de l’application des conditions de travail. La revendication de la FNEEQ est un allègement de 10% de la tâche. La FNEEQ se voit alors offrir une négociation sur la structure salariale, rendue nécessaire par l’acceptation par la CSQ de l’échelle unique du primaire au collégial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La reconnaissance par le Conseil du trésor des services professionnels rendus par les enseignantes et les enseignants du collégial ouvre la porte à une entente. Les négociations s’accélèrent en décembre et l’accord survient en janvier, alors que les diplômes de maitrise et de doctorat sont reconnus au collégial pour fin de rémunération. La FNEEQ est la seule fédération syndicale à avoir exigé ce statut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] au lendemain de la prolongation et en pleine consultation sur les demandes sectorielles, et tout en poursuivant la bataille sur l’habilitation, nous avons développé une véritable stratégie de mobilisation, adaptée aux circonstances. Ça nous a permis de nous positionner auprès du Conseil du trésor pour faire valoir ce que nous avions toujours défendu depuis plusieurs années. L’enseignement collégial appartient à l’enseignement supérieur et la profession enseignante doit être reconnue à ce titre&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation… pour agir!», Procès-verbal du 26e Congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p. 9-10.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La restructuration salariale ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2002, la CSQ règle sur la question de l’échelle unique. Si la FNEEQ n’arrive pas à une entente différente sur la question, à peu près la moitié des enseignantes et les enseignants de cégep vont gagner moins que celles et ceux du primaire et secondaire. D’où la nécessité d’un échelon supplémentaire pour un diplôme de maitrise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Fédération a donc travaillé sur deux choses: d’abord elle maintient que les enseignantes et les enseignants de cégep constituent une catégorie d’emplois distincte qui doit avoir une structure salariale qui lui est propre. De plus, dans la loi même sur l’équité salariale, il est dit qu’on peut justifier des différences salariales sur la base de la diplomation. Le regroupement introduit donc la maitrise dans l’équation. À l’époque, 35% des enseignantes et enseignants au collégial avaient une maitrise, contre 5% ou 6% au secondaire. Cette question de la scolarité fait pencher la balance du côté de la FNEEQ, qui obtient cette reconnaissance des cégeps comme partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pouvait justifier notre différence par notre scolarité. Nous avons demandé l’introduction d’un échelon particulier pour la maîtrise. On a réglé avec Marcel Gilbert au Conseil du trésor. Nous avons alors obtenu la reconnaissance que l’enseignement collégial était du domaine de l’enseignement supérieur. D’une importance majeure, car cela ouvrait la porte à une révision plus profonde de la structure professionnelle des profs du collégial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est alors président de la FNEEQ: «On n’a pas fait dans la facilité. Nous défendions le principe que personne ne devait perdre de salaire, mais une catégorie de membres n’en gagnait pas avec ce règlement. La FNEEQ a proposé de devancer les augmentations de salaire pour contrer cette conséquence. Le négociateur du Conseil du trésor a répondu que notre demande équivalait au cout de l’introduction de la maitrise dans la structure salariale. La FNEEQ a refusé ce troc. Tout le monde aurait gagné, individuellement, mais on n’aurait pas fait reconnaitre les enseignantes et enseignants de cégep comme une catégorie distincte des profs du primaire [et du] secondaire et on n’aurait probablement pas obtenu le rangement 23 en 2019. Le vote sur la restructuration salariale qui a suivi a été très disputé. Lorsque nous sommes entrés en instance, notre position était perdante, mais a finalement prévalu à plus de deux tiers des votes&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2005 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est assez courant lorsque commencent les négociations du secteur public que le gouvernement fasse tout à coup le constat que les finances publiques sont au plus mal. Cela ne diffère pas cette fois encore. La négociation de 2005 se déroule sous le signe de la contrainte. Le gouvernement Charest continue d’imposer ses politiques néolibérales et veut une entente à ses conditions, brandissant la menace d’un décret. Tout semble écrit d’avance. Les négociateurs patronaux veulent amener les syndicats à accepter des clauses de convention sur lesquelles il n’y a même pas eu de négociation. Tout le processus d’ailleurs est un excellent exemple de non-négociation planifiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 2004, le gouvernement dépose ses offres et met dans le même cadre financier l’équité et les augmentations salariales pour l’ensemble de son personnel, incluant même le traitement des médecins et des députés, soit une augmentation de 12,6% sur six ans et neuf mois. Le front commun syndical travaille pour un règlement à l’automne 2005. La cohésion syndicale ne dure pas: la CSQ quitte le bateau pour s’allier au Secrétariat intersyndical des services publics à la recherche d’un règlement au printemps 2005. C’est un échec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Auparavant, en octobre 2004, la FNEEQ lance une invitation pour une alliance sectorielle avec la FAC et la FEC (CSQ). Elle apprend en novembre la formation d’un cartel FAC-FEC (CSQ) constitué à son insu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron, président de la Fédération, commente cette alliance dans la revue de la Fédération:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La constitution de ce cartel n’est pas surprenante. Depuis sa fondation, la FAC a toujours privilégié les relations avec la FEC-CSQ plutôt qu’avec la FNEEQ. Créée à la suite du départ de syndicats de la FNEEQ, il est plus facile pour elle de se tourner vers la FEC-CSQ que de revenir vers la FNEEQ. Représentant au total le tiers du personnel enseignant des cégeps, ces deux groupes cherchent de toute évidence à constituer ainsi un pôle alternatif à la FNEEQ. Or la relation entre la FAC et la FEC-CSQ s’est renforcée d’autant plus que la FAC avait écarté une proposition d’alliance avec la FNEEQ sur une nouvelle structure salariale pour le personnel enseignant de cégep, consentie par le Conseil du trésor en décembre 2002. Nous revenons sur cet épisode dans le numéro spécial du bulletin INFO NÉGO sur la négociation dans les cégeps&amp;lt;ref&amp;gt;Ronald Cameron, «Les limites du syndicalisme indépendant», Carnets, no 12, hiver 2005, p. 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire pression sur le gouvernement, des mouvements de grève sont organisés, comme celle du 25 avril dans les cégeps et les quatre journées de grève votées par la CSN et la FTQ à exercer de façon rotative par région à l’automne. Ce vote de grève reçoit l’appui de 97% des membres de la FNEEQ. Une première à la Fédération. Trois vagues de débrayage se succèdent en novembre et décembre. Si la mobilisation n’a pas donné les résultats escomptés au national, elle donne de l’élan au niveau local.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Front commun syndical soumet une contre-proposition salariale à l’automne 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la mi-décembre, le gouvernement donne 18 heures aux parties syndicales pour accepter les offres sinon il y aura décret. Il y a décret. Les conventions sont renouvelées jusqu’en mars 2010.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] ce décret constitue un coup de force pour réduire la place des services publics au Québec et un élément stratégique majeur pour renforcer le plan de «réingénierie» du gouvernement Charest. C’est une pièce maîtresse de sa politique générale, qui vient compléter ce qui a été entrepris dans différents secteurs, entre autres par le projet de partenariats privé-public (PPP)&amp;lt;ref&amp;gt;«Une profession engagée», Procès-verbal du 27e Congrès FNEEQ, juin 2006, rapport du comité exécutif de la FNEEQ, p. 114.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement offre aux parties syndicales de signer la nouvelle convention. La FAC et la FEC le font, ce que la FNEEQ refuse. Le résultat des négociations de 2005 est décevant. Les syndicats du regroupement sont mobilisés, font la grève, mais à la fin le gouvernement décrète. Une constatation: d’un décret à l’autre, le pouvoir d’achat des enseignantes et des enseignants diminue, leur tâche s’alourdit et ils se trouvent continuellement sous la menace de voir le réseau démantelé et leur mode de négociation autant à la table centrale qu’à la table sectorielle disparaitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’en sera-t-il de la négociation de 2010?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2010 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le front commun du secteur public de 2010 réunit 475 000 syndiquées et syndiqués, le plus grand nombre à ce jour pour une négociation au Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois n'est pas coutume; la négociation de 2010 est rapide. Le dépôt se fait le 30 octobre 2009, la signature, le 24 juin 2010. Jean Trudelle est président de la Fédération lors de cette négociation:&lt;br /&gt;
«Entre 2005-2010, un comité conjoint syndical patronal réalise une étude sur la condition enseignante, à laquelle participe une équipe syndicale très solide. Lorsque les négociations de 2010 arrivent, la partie patronale sait très bien que nous allons revendiquer sur la tâche, puisque l'étude conjointe identifie le problème.&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Trudelle le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;» La FNEEQ dresse le portrait:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nécessité de réinvestir dans les services publics n’est pas à démontrer. Les pénuries de main-d’œuvre qui se font durement sentir, dans les services de santé et dans l’éducation, sont directement à mettre en lien avec des conditions de travail qui se sont dégradées. Dans le réseau des cégeps, on relève partout des difficultés de recrutement d’enseignantes et d’enseignants, et ce, dans toutes les disciplines. Le nombre de départs à la retraite n’explique pas le phénomène, bien plus lié à la lourdeur de la tâche et au retard important de la rémunération par rapport à des emplois comparables&amp;lt;ref&amp;gt;Micheline Thibodeau, «Les négociations du secteur public», Carnets, no 20, printemps 2009, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement demande un ajout de 1200 nouvelles enseignantes et nouveaux enseignants (calculés en équivalents temps complet ou ETC). Ce sont finalement 403 postes qui s'ajouteront sur une période de cinq ans, un gain important compte tenu des reculs subis dans le passé. L’entente est signée le 13 juin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Localement, il semble y avoir concertation entre beaucoup de directions pour remettre en cause la représentativité syndicale, particulièrement sur les questions touchant la pédagogie. La convention est claire: les enseignantes et les enseignants siégeant aux divers comités sont nommés par l’assemblée syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2015 ===&lt;br /&gt;
La négociation de 2015 s'est distinguée par l'obtention du rangement 23 pour les enseignantes et les enseignants du réseau collégial, un gain de dernière seconde. Le gouvernement a d’abord tenté un rangement 21. Alors que l’entente est sur la table, que la fin approchait, le négociateur syndical, Norman Thibault, un conseiller de la FNEEQ, a suspendu l'entente pour régler une fois pour toutes la question du rangement 23, un dossier en marche depuis 2002. Un coup d'éclat réussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une surprise dans cette négociation: la FEC et la FNEEQ créent l'Alliance des syndicats des professeures et des professeurs de cégep (ASPPC). Pour la première fois, les enseignantes et les enseignants de cégep vont négocier d'une seule voix. Un protocole conclu en automne 2014 prévoit un mode de fonctionnement basé sur le consensus, un cahier commun de demandes, un seul comité de négociation et une instance commune regroupant les représentantes et les représentants des syndicats de la FNEEQ et de la FEC-CSQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tant à la table centrale qu'à la table sectorielle, des ententes de principe sont conclues en décembre 2015. La rédaction de la convention s'est poursuivie jusqu'en juin 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Et le futur? ===&lt;br /&gt;
Il reste de nombreux défis à relever, mais surtout le défi de la consolidation du réseau: diminuer la précarité et travailler à l’intégration de la formation continue au secteur régulier, consolider la place des cégeps en région, renforcer l’autonomie professionnelle et la culture de la collégialité, assurer le respect de notre vision humaniste dans la transformation du réseau, limiter et baliser le développement des partenariats et du téléenseignement et revendiquer des moyens et des ressources qui tiennent compte de la diversité grandissante de la population étudiante&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l'horizon des possibles», procès-verbal, 32e congrès FNEEQ, mai 2018, rapport du comité exécutif, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;[…]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l'université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l'université la situation est ambivalente. En même temps que la concertation entre les syndicats évolue et se peaufine, que les conventions s'améliorent, la situation économique et les coupes dans les budgets mettent de la pression sur les administrations. Les chargées et chargés de cours, le les salariés les plus précaires du milieu universitaire, sont les plus touchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années 1995-2005 verront la négociation regroupée prendre vraiment son envol. De 1995 à 1997, l'ensemble des syndicats du regroupement université sont en négociation. Les premiers règlements entre les personnes chargées de cours et les administrations interviennent à l'Université du Québec à Hull (UQAH), qui devient l'UQO en 2002 (Université du Québec en Outaouais) et à Concordia, suivis de l'UQAM. À l'Université de Montréal, une entente est signée en novembre 1996, après des négociations ardues et un vote de grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de l'Université du Québec à Rimouski, à Chicoutimi et en Abitibi-Témiscamingue de même que celui de l'ÉTS et des maîtres de langues de Laval finalisent leurs négociations au printemps 1997. Les règlements à l'Université Laval et à l'Université McGill ferment le cycle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le processus de négociation regroupée mis en place pendant ces négociations comporte deux objectifs: 1) favoriser des échanges rapides d'information entre les syndicats et la coordination du regroupement pour enrichir les négociations de chacun et 2) élaborer un tronc commun de discours sur les différents sujets de négociation pour avoir plus d'impact sur la place publique et dans les négociations locales&amp;lt;ref&amp;gt;«L'éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p. 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il sert à la fois à la négociation et à la concertation, sur la loi 104 par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1997, lorsque le gouvernement Bouchard adopte sa loi 104 sur la diminution des coûts de main-d'œuvre dans le secteur public – qui ne s'adresse qu'à la FNEEQ finalement –, on constate avec étonnement qu'elle s'applique aussi à l'université et au privé alors que le gouvernement n'a rien à voir avec la négociation dans ces deux secteurs. La CSN et la FNEEQ réagissent et le gouvernement recule, excluant les deux secteurs de la loi après quelques mois d'hésitation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Chargées et Chargés de cours sont Là pour rester sur le plan syndical, la désormais fameuse bataille du rattrapage salarial avec les professeurs d'université a donné lieu à une première série de gains salariaux importants mais aussi à un élargissement des démarches d'intégration pédagogique et politique des chargées et chargés de cours. mais le principal fait saillant de ce cycle de négociations est sans contredit l'acceptation consensuelle, 25 ans après la création du premier syndicat de chargés de cours, de la thèse fondatrice de ce type de syndicalisme qu'on croyait impossible. Les chargées et chargés de cours ne sont pas un accident de l'histoire dont la résorption se fera naturellement par l'élargissement des effectifs du corps régulier des professeurs. Cette masse de salariés précaires est là pour rester et son existence a notamment permis aux universités d'assurer leur mission de démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur. Civiliser la précarité en organisant syndicalement les chargées et chargés de cours et en négociant des conventions collectives de plus en plus complète[s] et contraignante[s] pour les employeurs: tel[le] fut la contribution du syndicalisme des chargées et chargés de cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce sens, le syndicalisme des chargées et chargés de cours apparaît avec le recul comme une forme de réponse sociale au sein des universités à ce profond bouleversement dans le monde du travail caractérisé entre autres choses par la flexibilité accrue des conditions de travail, par la précarisation du travail. C'est d'ailleurs un peu pour mesurer l'ampleur de ce phénomène et les réponses sociales et syndicales qu'il suscite, que le regroupement université de concert avec d'autres regroupements et comités a organisé à Montréal la cinquième édition de COCAL.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réseau nord-américain d'enseignantes et d'enseignants précaires, organisé syndicalement ou pas, la ''Coalition of Contingent academic Labor'' met en relief le caractère généralisé de ce phénomène de précarisation du travail dans les institutions d’enseignement en Amérique du nord et l'importance stratégique décisive du syndicalisme affilié pour lutter contre cette nouvelle forme d’exclusion sociale qu'est l'explosion du travail précaire. Rendons à César ce qui appartient à César en soulignant, au passage, que la FNEEQ fut la première fédération syndicale en Amérique du nord à saisir l'importance de ce combat et à accueillir les premiers syndicats de chargées et chargés de cours et leur bien étrange discours fortement imprégné d’indignation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l'aube de l'an 2000, la concertation prend un nouvel élan: on ajoute le besoin d'actions communes au partage d'information et au discours commun. Une série d'actions s'organise. Ainsi, le 22 novembre 2000, les syndicats tiennent la première Journée nationale des chargés de cours dans leurs établissements, une opération de reconnaissance et de visibilité. À l'automne 2001, les présidences de syndicats du regroupement se rendent à Chicoutimi, en appui à leurs collègues du SCCCUQAC en négociation. En mars 2002, le regroupement tient une réunion à Québec afin de soutenir le SCCCUL en campagne de rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'histoire du regroupement, cette négociation marque une avancée importante: outre la nécessité d'un discours commun, la concertation des actions est apparue primordiale. Les gains ont été appréciables autant en ce qui a trait aux conditions normatives de travail que de la rémunération – un rattrapage salarial variant de 8% à 11%, ainsi que les paramètres du secteur public et parapublic. Lors de cette négociation, les chargées et chargés de cours sont parvenus à une reconnaissance certaine dans le monde universitaire et dans l'opinion publique&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l'éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, rapport bilan du regroupement université, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours connaissent ensuite une série de négociations gagnantes sur tous les points de la plateforme commune de revendications. Tout au long, la solidarité se manifeste dans le plus grand respect de l'autonomie de chaque syndicat, particulièrement lors des grèves à l'Université Laval et à l'Université TÉLUQ.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
[…] La rémunération d'une charge de cours […] est passée en dix ans de 5000$ à 8000$, soit une augmentation moyenne de 6% par année. Au fil du temps, l'expérimentation de la négociation regroupée a mis en lumière certains éléments essentiels à la réussite, notamment la bonne préparation d'un cycle de négociation. De l'élaboration de la plateforme commune aux sessions de formation, c'est un ensemble de facteurs qui permettent aux syndicats de s'outiller afin d'arriver fin prêts aux tables locales&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation… pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, Bilan du regroupement université, p.3-4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase de négociation 2005-2009 se termine avec la signature de la convention à l'UQAT. Ce cycle, marqué par des grèves à l'Université Laval, à l'Université du Québec en Outaouais et à la TÉLUQ, a permis un important rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement dit du cycle suivant qu'il est «sans doute une des négociations regroupées les plus importantes entre des syndicats CSN.» Neuf syndicats en provenance de six régions sont en négociation pendant cette période. Les chargées et chargés de cours veulent faire reconnaitre leur apport à l'université, eux qui donnent en moyenne 50% des cours de premier cycle dans l'ensemble des établissements universitaires  québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En décembre 2009, les syndicats se rendent à l'Université de Montréal pour manifester leur solidarité aux chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal, pris dans une négociation difficile. Ils sont les premiers à enclencher le nouveau cycle. Ils feront la grève pendant sept semaines pour éloigner les prétentions autoritaires de l'administration de l'Université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette négociation du SCCCUM marque le début de la nouvelle phase de négociation. Une quatrième entente de solidarité est entérinée par le regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sept semaines de grève ont permis des avancées notables quant à des enjeux importants, mais aussi de contrer des attaques de l'employeur, notamment la perte éventuelle du lien d'emploi à la suite d'un désistement. Le règlement prévoit une augmentation salariale de 6,55%, montant auquel s'ajouteront les paramètres négociés dans le secteur public, et ce, pour les quatre années de la convention collective&amp;lt;ref&amp;gt;Claire Tremblay, «un mode singulier, des résultats probants», Carnets, no 20, printemps 2009, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre autres syndicats du regroupement sont en négociation en 2010: ceux des chargées et chargés de cours de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), de l'Université Laval ainsi que de l'éducation permanente de l'Université Concordia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Syndicat des chargés-es de cours et instructeurs-trices de l'Université McGill (SCCIM) signe enfin une première convention collective après quatre ans de négociation. Une longue lutte pour la reconnaissance. […] De leur côté, les auxiliaires d'enseignement de McGill ont accepté l'offre de l'employeur lors d'une assemblée générale tenue le 30 septembre&amp;lt;ref&amp;gt;«Les chargé-es de cours de l’Université de Montréal: on a eu raison de faire la grève», Carnets, no 23, automne 2010, p. 8 .&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2012, les universités ont subi en quatre ans des compressions de plus de 700 millions$, une mutation entrepreneuriale et une augmentation du nombre d'étudiantes et d'étudiants par groupe les universités sont dans un piètre état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut camper les négociations dans ce contexte «austéritaire», fermé et sans dialogue. Ainsi, à l'Université de Montréal, à l'UQAM, à l'ÉTS et à Concordia, on s'arme de patience et de détermination. Les chargées et chargés de cours de l'UdeM, au cœur d'une vaste restructuration de l'université, font face à une judiciarisation croissante qui alourdit les relations de travail et qui génère aussi des coûts énormes. À l'UQAM, la situation est explosive!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les étudiantes et les étudiants salariés sont en grève depuis décembre 2015 et le conflit ne semble pas près de se résoudre. Les professeurs et les chargés de cours sont aussi en négociation, ce qui a permis de belles mobilisations intersyndicales. La solidarité est au rendez-vous, mais la vidéosurveillance et la répression aussi! À Concordia, les compressions et les menaces liées au projet de loi sur les régimes de retraite (PL 75) ont, ici aussi, permis de réaliser des travaux en intersyndicale et des actions communes, du jamais vu à Concordia. Quant à l'ÉTS, on est à négocier la première convention des chargées et chargés de cours. La progression est lente, mais stable. En 2016-2017, près de la moitié des syndicats de chargés de cours de la FNEEQ seront en négociation&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cycle de négociation 2015-2018 se termine avec des gains et sans exercice de grève. Des votes de grève forts dans plusieurs syndicats et une bonne mobilisation ont fait pencher la balance du côté syndical même si, budget après budget, les compressions continuent de s'abattre sur l'université. À croire que l'équilibre budgétaire si cher au gouvernement Couillard passe par l'université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SCCCUQ connait une autre mobilisation gagnante en 2017:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation regroupée porte ses fruits. Au début de février dernier, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ–CSN) a approuvé une entente de principe avec une augmentation totale de 8,61 % sur quatre ans, une clause remorque avec les professeurs pour 2019 et d’autres gains en matière d’accès à la recherche. Après une grande mobilisation sur le terrain et l’adoption d’une banque de jours de grève, la direction de l’Université du Québec a rapidement réglé avec le syndicat. Voilà une première leçon à retenir. La présente ronde de négociation regroupée compte sur la participation de presque tous les syndicats de chargé-es de cours affiliés à la FNEEQ — sauf deux, ce qui représente plus de 10 000 chargé-es de cours&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 33, printemps 2016, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations à l'Université de Montréal et à Concordia se passent bien et des accords sont obtenus. Un dossier cependant peine à se régler, celui des tuteurs et tutrices de l'Université TÉLUQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] tout le regroupement université (RU) se mobilise derrière le syndicat des tuteurs et des tutrices de la TÉLUQ qui fait face à une attaque frontale de la part de la partie patronale. En effet, dans un assaut d’une rare violence, l'administration transforme profondément les tâches des tuteurs et des tutrices. Ces derniers, responsables de l'encadrement, donc de l'enseignement à proprement parler, seraient relégués à un rôle d'auxiliaire et de correcteur. Il est important ici de rappeler les luttes historiques menées par le syndicat et la FNEEQ pour la professionnalisation et la reconnaissance du travail des membres du STTTU. La grève de 2008 n'aura pas été vaine et les syndicats du RU ont déjà donné leur soutien au STTTU&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation à l'Université TÉLUQ s'étend sur deux années. Exaspérés, les tutrices et les tuteurs sortent en grève générale illimitée fin janvier 2019 et y restent jusqu'à leur acceptation des recommandations du conciliateur le 10 juillet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le règlement négocié en présence d'un conciliateur du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale vient encadrer plusieurs enjeux cruciaux, dont la rémunération et la sous-traitance. Il établit également des balises protégeant les emplois des tuteurs et des tutrices. Finalement, le règlement met fin à tous les litiges en cours dans le dossier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations entre le STTTU-CSN et l'Université TÉLUQ durent depuis plus de deux ans, alors que la convention collective est échue depuis décembre 2016. Tout au long des négociations, le syndicat a dû faire face à un employeur exigeant et peu flexible, ce qui a mené au plus long conflit du monde de l'enseignement au Québec. Les membres du Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-Université-CSN ont mené, au cours des derniers mois, une mobilisation exemplaire. Ayant toutefois à cœur l'avenir de la TÉLUQ, ils ont souhaité ne pas mettre davantage en péril le parcours de leurs étudiantes et étudiants. La nouvelle convention collective prendra fin en 2024&amp;lt;ref&amp;gt;Communiqué de presse FNEEQ, publié sur le site Web de la fédération: [https://fneeq.qc.ca/fr/la-greve-a-la-teluq-prend-fin/?highlight=gr%C3%A8ve%20%C3%A0%20TELUQ https://fneeq.qc.ca/fr/ la-greve-a-la-teluq-prend- fin/].&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Au privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation dans les établissements privés, c'est un autre monde. Outre son hétérogénéité et la difficile pratique syndicale dans plusieurs établissements, ce qui caractérise le regroupement à ce stade-ci, c'est le désir de s'affirmer, de prendre sa place. De plus en plus d'enseignantes et d'enseignants du privé vont adhérer à la FNEEQ alors que des établissements ferment. La Fédération revendique la protection des emplois lorsque des établissements privés passent au public, mais lorsque le Collège Antoine-Girouard de Saint-Hyacinthe ferme, il n'y a pas d'entente, pas d'emplois protégés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le contexte de la baisse démographique en région et des compressions budgétaires fragilise le réseau des écoles privées. Les enseignantes et les enseignants des écoles privées constatent qu'ils ont de moins en moins d'autonomie professionnelle, qu'ils font face une dévalorisation constante de la profession enseignante. Les administrations tentent aussi de plus en plus de s'en remettre à la sous-traitance pour les autres catégories de personnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La présence de la sous-traitance est également de plus en plus observable dans nos institutions. Après avoir vu les dommages causés aux employés de soutien au Collège Stanislas, les dérives possibles inquiètent nos membres. Certaines directions pourraient être tentées, par souci d’économie, de sous-traiter du travail normalement effectué par nos membres syndiqués&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», procès-verbal, 32e congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan du regroupement privé, p. 26.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les compressions budgétaires imposées par le gouvernement et la baisse des subventions qui s'ensuit font mal aux établissements privés et entraînent des fermetures. Négocier dans ce contexte est difficile. Une meilleure concertation entre les syndicats et avec la Fédération devient un outil essentiel. La grande diversité des syndicats, l'absence de culture syndicale chez plusieurs, particulièrement chez les nouveaux syndicats, laisse peu de choix au regroupement, qui doit miser sur l'information, les échanges et la formation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours des années, nous constatons que les négociations s'avèrent de plus en plus ardues et complexes parce qu'elles sont tributaires, entre autres, des diminutions de subventions. Le regroupement a […] tenté de se donner les moyens de répondre aux exigences et retombées des décisions prises par le gouvernement et par les employeurs. La voie de la concertation et celle de la formation ont à cet égard été privilégiées et bien appréciées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des sessions de formation sur la négociation, le règlement des litiges et l'analyse financière ont été données aux personnes dirigeantes des syndicats en tenant compte de leurs besoins spécifiques. L'évaluation qu'elles en ont faite est positive. À l'heure présente, il semble clair que l'organisation de sessions de formation adaptées aux besoins et réalités du regroupement soit appréciée et suscite, par le fait même, une meilleure et plus grande participation des militantes et des militants&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l'éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, rapport bilan du regroupement privé, Annexe 11, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations débouchent généralement, à quelques exceptions près, sur des ententes acceptables. Personne ne veut voir son école acculée à la fermeture et le récit de quelques négociations illustre assez bien le dilemme auquel les syndicats sont confrontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs négociations ont été conclues [en 1995], telles l'École de conduite de Québec, le Petit Séminaire de Québec, les collèges de La Pocatière, de Notre-Dame-de-Lourdes, de Jean-de-Brébeuf, de Stanislas à Québec (première convention), le Pensionnat de l'école primaire Les Arbrisseaux et l'École Vanguard. Plusieurs autres syndicats sont actuellement en négociation, soit le Séminaire de Lévis (en conciliation depuis août 1996), le Séminaire Saint-François, le Collège de Montréal (première convention), l'École de musique de Jonquière, le Séminaire salésien de Sherbrooke et l'École Saint-Sacrement de Terrebonne. Dans ce secteur, le rapport de force est essentiellement lié aux fluctuations de la clientèle. Cependant, en qui concerne les conventions collectives FNEEQ, le patron d’un collège privé nous avouait dernièrement que «C'est, vous autres, à la FNEEQ, qui avez conservé les meilleures conventions dans le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, Bilan des services 1995-1997, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les employeurs ont souvent le même réflexe. En cas de baisse de revenus (clientèle ou subventions), ils tentent d'aller chercher l'argent au plus près, c'est-à-dire dans les poches des employés. C'est encore plus vrai lorsqu'un syndicat entre pour la première fois dans un établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Six syndicats envisagent d'entreprendre une première ronde de négociations pendant l'année qui vient [1998]. Le nerf de la guerre sera bien entendu de faire face aux compressions annoncées. […] Ainsi, nous devons déjà constater, chez certains employeurs, des réductions d'échelles salariales comme une alternative aux compressions budgétaires. Par ailleurs, certains syndicats (Petit Séminaire de Québec, Collège Jean-de-Brébeuf, Institut Teccart, École Notre-Dame-de-Lourdes, Collège Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, École Vanguard, Collège Mont-Royal, Séminaire St-François) ont tous convenu d'un règlement le printemps dernier. Si certains syndicats ont réussi à faire des gains, ils ont tous eu à consentir à des augmentations de tâche ou à des pertes salariales. Dans les circonstances, certains règlements ont, somme toute, été positifs pour quelques syndicats. L'année qui vient s'annonce très cruciale pour les membres du regroupement privé. Le financement du réseau est très sérieusement remis en cause. Or, la tâche des enseignantes et des enseignants est plafonnée, les services offerts par les collèges sont largement amputés et la contribution des parents atteint, dans plusieurs cas, la limite permise par la loi. Bref, la pression qui va s'exercer sur les enseignantes, les enseignants et le personnel sera, dans un proche avenir, excessivement forte&amp;lt;ref&amp;gt;Denise Trudeau, Pierre Lachance, « Dernières nouvelles», FNEEQ actualité, vol. 10, no 3, octobre 1996, p. 27.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fermeture du secteur collégial au Petit séminaire de Québec a permis de mettre en pratique la politique de la FNEEQ en cas de transfert au public dans une situation de fermeture d'établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, en ce qui concerne la relocalisation au secteur public, une entente avec le ministère de l'Éducation, les directions des cégeps de la région de Québec, les syndicats et la FNEEQ accordait à l'enseignante ou l'enseignant du Petit Séminaire de Québec qui postulait dans un de ces collèges d'être automatiquement reçu en comité de sélection. Certains enseignants et enseignantes ont ainsi pu obtenir des charges d'enseignement dans trois cégeps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] signalons que ces ententes, jumelées à celles concernant les départs à la retraite et celles sur la cessation d'emploi ont donné des résultats satisfaisants, puisqu'il n'y a pas eu de perte d'emplois au Petit Séminaire de Québec. Dans la même veine, un programme spécial de 30 crédits a été offert aux enseignantes et enseignants qui souhaitaient obtenir une autorisation pour enseigner au secondaire du Petit Séminaire de Québec&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», procès-verbal, 25e congrès FNEEQ, juin 2000, rapport bilan du regroupement privé, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un cas similaire se présente en 2002 au Collège de Lévis qui ferme son secteur collégial. Le Collège veut concentrer ses activités sur l'enseignement secondaire. Malgré la fermeture, le syndicat sauvegarde tous les emplois à la faveur de mises à la retraite, de relocalisation dans un autre collège ou d’affectation au niveau secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réforme gouvernementale de l'enseignement primaire et secondaire de la fin des années 1990 est aussi préoccupante pour les syndicats, le regroupement et la Fédération. La majorité des établissements syndiqués du regroupement privé sont au secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] L’ampleur de cette réforme est considérable et implique, en plus des changements au curriculum, aux programmes et aux méthodes pédagogiques, des répercussions sur les conditions de travail des enseignantes et des enseignants. […] ce sujet fut largement traité par le regroupement. Afin de tracer un portrait fidèle de la situation à l’intérieur des syndicats, un comité pour étudier l’impact de la réforme sur les conditions de travail fut formé. Ce travail a permis de constater un danger de précarisation des emplois dans les syndicats des établissements d’enseignement privé. En effet, l’apparition de nouveaux champs disciplinaires, la disparition des certaines disciplines [sic], les changements parfois importants imposés à la grille horaire sont autant de facteurs qui viennent fragiliser les emplois&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e  congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p.19-20.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l'équité salariale, que la CSN et la FNEEQ ont gagnée de haute lutte, n'est pas simple à appliquer dans les établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] plusieurs établissements d'enseignement privés devaient se conformer à l'obligation de s'inscrire dans une démarche d'équité dans le contexte d'une entreprise privée. Amorcée durant le […] mandat [1998-2000], le processus fut intensifié à partir de l'hiver 2000, date à laquelle la coordination du regroupement offrit aux syndicats une formation surmesure. A l'issue de ces rencontres, la majorité des comités locaux retenait le canevas CSN comme outil de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, au fur et à mesure que les travaux en équité évoluaient, des cas de figures apparaissaient et mettaient en cause le maintien de clauses de parité salariale avec le secteur public. En effet, selon les établissements, la prédominance des sexes à l'intérieur des catégories d’emploi pouvait être différente. Comment alors préserver l'intégrité des clauses de parité salariale gagnées de haute lutte?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement analysa la situation sous divers angles. De ses travaux est ressortie l’importance de maintenir la parité salariale avec le secteur public correspondant, bien que l’arrimage puisse présenter certaines difficultés d'application dans le contexte de la loi sur l'équité salariale. À cet effet, le regroupement privé entend demeurer vigilant&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p.19-20.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2005 et 2007, trois syndicats sont touchés par des conflits. La FNEEQ demande alors que les conseils d'administration de ces établissements ne soient plus cooptés et qu'il y ait élections pour y retrouver des parents et des membres du personnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est plutôt rare dans le secteur de l'enseignement privé que les syndicats utilisent la grève comme moyen de pression lors des négociations. Pour le personnel enseignant, un moyen de pression ne doit toucher les services aux élèves qu'en dernier recours. Malgré cette volonté, des syndicats du regroupement privé ont vécu des conflits de travail importants, dont deux lock-out survenus en 2005 et une grève en 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Lockout au Collège Notre-dame-de-Lourdes à LongueuiL ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 22 avril 2005, après deux années de négociation, la direction du Collège Notre-Dame-de-Lourdes à Longueuil décide de mettre ses 48 enseignants en lockout, prétextant avoir un problème de relations de travail avec leur syndicat. Pourtant, il n’y a aucun grief actif à ce moment-là. L’objectif de la direction est d’augmenter la tâche des enseignants et de restreindre l’accès à la permanence, sans raison valable. Les 800 élèves ont donc été privés d’enseignement pendant trois semaines. La direction du Collège va lever le lockout après l’intervention d’un médiateur du ministère du Travail. Malgré le retour en classe des enseignantes et enseignants, l’impasse demeure totale. Le règlement de la convention collective n’a lieu qu’un an plus tard, quelques jours après que le syndicat eut déposé une plainte pour négociation de mauvaise foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Lockout au Collège Saint-Sacrement de Terrebonne ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines après la fin du lockout au Collège Notre-Dame-de-Lourdes, c'est au tour des 65 enseignants du Collège Saint-Sacrement de Terrebonne de se retrouver à la rue. En effet, le 27 juin 2005, trois jours avant le versement des paies d'été, l'employeur décrète un lockout et tente de laisser croire aux enseignants qu'ils seront privés de leur rémunération durant la période des vacances estivales. Après 1984 et 1999, c'est la troisième fois que la direction du Collège utilise le lockout comme stratégie de négociation. La direction menace de ne pas ouvrir ses portes en septembre si une entente n'est pas signée avant la fin des vacances. La menace est mise à exécution et 1400 élèves ne peuvent reprendre les cours à la rentrée. Le conflit de travail prend fin le 30 septembre 2005 alors que les deux parties apposent leurs signatures sur une entente d'une durée de quatre ans. Ce n'est que le 4 octobre que les élèves pourront reprendre leurs cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Syndicalisation et grève au Collège Villa Maria ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de l'hiver 2005, les enseignants du Collège villa maria en ont assez de l'attitude de la direction et organisent une campagne de syndicalisation. Le manque de respect de l'employeur, l'augmentation de la charge de travail et le salaire sont au cœur des demandes des enseignantes et enseignants. Ils obtiennent leur accréditation en mai 2005, mais ceux qui espèrent avoir rapidement un premier contrat de travail se rendent compte, après quelques séances de négociations, que la partie sera difficile. Après 21 mois de négociation et de conciliation, la charge de travail, les congés sociaux et le régime d'assurance sont toujours au cœur des pourparlers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 19 novembre 2007, les 80 enseignants se prononcent à 80 % en faveur d'un mandat de grève de trois jours. Après une première et dernière journée de grève le 6 décembre, la direction s'empresse de demander l'arbitrage de première convention collective. L'arbitre rend sa décision quelques semaines plus tard en faveur des enseignantes et enseignants, dénonçant l'attitude «marchande» de l'employeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2010, le regroupement veut aller plus loin dans la concertation des négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement compte 34 syndicats, souvent très différents les uns des autres. Un projet de convention unique est impensable, mais les syndicats s'entendent sur une plateforme de revendication concernant les droits parentaux, les droits syndicaux, incluant les libérations syndicales et les divers types de congés&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Senneville, «Des objectifs communs de négociation», Carnets, no 23, automne 2010, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En quelques années, les adhésions de syndicats du privé à la FNEEQ se multiplient, amenant des gains souvent importants à ces enseignantes et ces enseignants nouvellement syndiqués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ met au service de ces nouveaux venus des ressources et une expertise qui permettent de franchir avec succès la délicate et importante étape d'une première négociation de convention collective. L'entente obtenue par le syndicat du Collège Jean de la Mennais, en février dernier [2016], en est un parfait exemple. Après deux ans de mobilisation et de rencontres, le comité de négociation a présenté aux membres un contrat de travail qui améliorait substantiellement leurs conditions de travail sur les plans de la tâche, de la consultation pédagogique, des congés et des droits parentaux. C'est la preuve éclatante que se syndiquer au XXIe siècle constitue toujours un geste collectif qui a de l'impact dans un milieu de travail&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Quesnel, «Échos des regroupements», Carnets, no 33, printemps 2016, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'année 2016-2017 est une « grosse » année de négociation: plus de la moitié des membres du regroupement sont en renouvellement de leur convention, soit près de 2 500 enseignantes, enseignants et membres du personnel des établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette perspective, la coordination a profité du cadre des réunions régulières du regroupement de l'an dernier [2016] pour préparer le terrain en proposant aux déléguées et aux délégués des formations condensées sous forme d'ateliers: en février s'est tenue la formation «Comité de relations de travail», en avril, «Membre du conseil d'administration» et nous ajouterons l'hiver prochain «Mobilisation» et «Information sur les réseaux sociaux». Cette formule adaptée à la réalité du regroupement a beaucoup plu aux déléguées et aux délégués, car ils ne bénéficient pas d'un grand nombre de libérations syndicales. Elle a favorisé les échanges et le partage d'informations&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Quesnel, «Échos des regroupements», Carnets, no 34, automne 2016, p. 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au printemps 2017, plusieurs ententes sont conclues. Cinq établissements, soit le Collège de Montréal, Villa Maria, Mont-Royal, Regina Assumpta et le Collège André-Grasset, renouvellent leur convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La coordination du regroupement privé se réjouit du fait que chaque table de négociation a pu négocier des gains significatifs à sa convention collectives: diminution de la tâche, réduction de la précarité, augmentation de la contribution de l'employeur aux assurances collective, amélioration des dispositions entourant les droits parentaux, etc. Ces améliorations locales constituent autant d'exemples que pourront évoquer les autres syndicats du regroupement dans leur propre négociation. Douze d'entre eux se préparent à négocier en 2017-2018.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le syndicat des travailleuses et des travailleurs de Mashteuiatsh ainsi que celui de l'École de joaillerie de Montréal ont obtenu leur toute première convention collective de travail en mai et en juin derniers. Ces ententes permettent à leurs enseignantes et leurs enseignants de vivre, pour la première fois, une rentrée scolaire en profitant de conditions de travail négociées&amp;lt;ref&amp;gt;Léandre Lapointe, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fondateurs de la FNEEQ, premiers syndicats d'enseignantes et d'enseignants à la CSN, on dirait bien que les syndicats des établissements privés sont de retour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La profession enseignante au cégep =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quelques jalons dans l'affirmation ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait périlleux de faire l'historique de la négociation et des luttes enseignantes dans les cégeps en quelques pages. Ainsi, trois morceaux d'histoire choisis, soit l'épanouissement de la culture de collégialité, l'obtention du rangement 23 et les questions relatives à l'accès à l'égalité, permettront d'illustrer concrètement comment l'affirmation de la profession enseignante au collégial se traduit au fil des négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L'épanouissement de la culture de collégialité ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des cégeps répond à une vision humaniste de l’éducation où les formations comprennent une dimension citoyenne essentielle. La culture de collégialité présente dans les cégeps semble également découler naturellement d’une vision humaniste qui aplanit la hiérarchie au profit de la coopération. La notion de collégialité précède d’ailleurs la création des cégeps, puisqu’elle fait partie intégrante de leur projet. Le rapport Parent de 1963 envisage en effet une gestion participative et la constitution de départements où la responsabilité est portée par la communauté du collège qui anime et oriente l’établissement:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«C’est le principal, ses assistants et le conseil des études qui porteront la responsabilité de la direction de l’enseignement. […] Le principal, ses assistants, les chefs de départements et des professeurs élus par leurs collègues formeront le Conseil des études dont les fonctions seront de première importance pour la coordination des départements, des programmes et des différentes institutions engagées dans ces programmes. C’est ce Conseil qui sera comme le centre nerveux qui animera et donnera une orientation à tout l’institut. Enfin, l’enseignement dépendra beaucoup de la valeur de chaque département. C’est dans les départements que se fera l’intégration des étudiants et des professeurs; c’est par le département que chaque étudiant se développera dans sa spécialité, en contact avec des confrères et des maîtres.&amp;lt;ref&amp;gt;Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec, Rapport Parent, Tome II Les structures pédagogiques du système scolaire, 1963, alinéa 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, le texte souligne l’importance de l’expertise du terrain et la reconnaissance de cet apport pour une coordination institutionnelle efficace:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le principal devra être choisi avec soin: surtout au début, le succès de la mise en commun des ressources dépendra largement de lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éducateur forcément spécialisé dans un secteur, il devra avoir une expérience suffisante pour comprendre les particularités de tous les programmes, pour diriger et coordonner un ensemble vraiment polyvalent&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, le rapport Parent met en évidence l’importance que la personne qui dirige l’établissement soit issue du milieu de l’enseignement et qu’elle ait une expérience disciplinaire, mais aussi du terrain, pour assurer la coordination d’un «ensemble vraiment polyvalent». Ce principe ne s’est pas incarné comme tel à travers le temps, mais il est intéressant de constater que, dès l’origine, l’expertise enseignante est identifiée comme une qualité essentielle pour la gouvernance de ce type d’établissement. Ce principe s’incarnera notamment à travers les instances collégiales que sont les départements et les comités de programme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les départements et leur coordination ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lieu où s’exprime sans doute le plus fortement la notion de collégialité est le département, qui regroupe les enseignantes et les enseignants d’une même discipline ou de plusieurs disciplines apparentées. Il est particulièrement intéressant de se pencher sur l’épanouissement du concept de collégialité à travers l’évolution de la notion de coordination départementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premières conventions collectives des enseignantes et des enseignants de cégeps prévoient, de 1969 à 1979, des chefs de département que le collège nomme en fonction d’une liste soumise par le département: c’est le collège qui fixe la date de leur entrée en fonction et la durée de leur mandat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1979, on passe de la notion de «chef de département», dont la connotation est très hiérarchique, à la désignation plus collégiale de «responsable de la coordination départementale». Cette personne est désignée par le département selon ses propres critères, puis nommée par le collège. La durée du mandat n’est plus laissée à la discrétion du collège, mais fixée à un an et le mandat peut être renouvelé, comme c’est toujours le cas dans les conventions actuelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1983, la convention collective ne parle plus de responsable à la coordination, mais simplement de coordonnateur et, depuis 1986, de coordonnatrice, la féminisation étant désormais appliquée au texte de l’ensemble de la convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, de 1972 à 1988, un supplément était accordé aux personnes qui assumaient le rôle de la coordination départementale et pouvait varier d’un département à l’autre après avoir été déterminé au comité des relations du travail. Une telle prime contribuait à créer l’impression d’une hiérarchie remplacée de nos jours par l’idée fortement ancrée que la coordination départementale est assumée par un pair parmi les pairs. Le travail de coordination départementale est reconnu selon un rapport par des ressources déterminées qui s’ajoutent à celles du département en fonction du nombre de membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’évolution de la notion de coordination départementale témoigne d’une maturation de la convention collective au fil des négociations qui a donné lieu à une plus grande démocratisation des structures par et pour les enseignantes et les enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L’approche programme et les comités de programme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’approche programme qu’instaure la réforme Robillard de 1993 ne se fait pas sans heurts dans les cégeps. La gestion des programmes par compétences est décentralisée vers les collèges, et un cadre législatif les force à se doter de politiques institutionnelles en conséquence et à mettre en place une commission des études. Témoin de ce changement, la convention collective intègre en 2000 les comités de programme, des structures interdisciplinaires comprenant des enseignantes et des enseignants de toutes les disciplines d’un programme concerné. Associée à la réforme Robillard, cette instance sera loin de faire l’unanimité et, au départ, elle fait même parfois l’objet d’un boycottage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les comités de programme ont pour fonction de participer au développement, à l’implantation et à l’évaluation des programmes ainsi que d’en assurer la qualité et l’harmonisation pédagogiques. Ils reposent sur l’expertise enseignante que suppose la complexité des savoirs enseignés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire des départements et des comités de programme nous ramène au principe énoncé dans le rapport Parent voulant que l’expertise enseignante soit au cœur de la gouvernance institutionnelle. Ainsi, la «gouvernance pédagogique» est assurée par les enseignantes et les enseignants au sein des départements et des comités de programme précisément parce qu’ils cumulent la double expertise de spécialistes disciplinaires et de spécialistes de l’enseignement de leur discipline.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le rangement 23 et la confirmation de l’appartenance à l’enseignement supérieur ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le secteur public, le processus de relativité salariale qui relève du Conseil du trésor évalue chacune des catégories d’emploi en fonction de dix-sept critères auxquels un pointage est accordé pour en déterminer l’appartenance à l’un des 28 rangements existants. À chacun des rangements correspond une rémunération maximale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant la négociation de 2015, les enseignantes et les enseignants de cégep n’étaient pas rangés, mais classés provisoirement au rangement 22 en vertu d’une clause de parité salariale, c’est-à-dire au même rangement que les enseignantes et les enseignants des commissions scolaires et selon la même rémunération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte du personnel enseignant des cégeps pour son propre rangement se fera en deux étapes : d’abord, la reconnaissance de cette catégorie d’emploi comme une catégorie mixte distincte de celle de l’enseignement primaire et secondaire; ensuite, l’inscription du rangement dans les travaux de relativité salariale plutôt que dans ceux de l’équité salariale. Il faudra dix-sept ans de travaux et de mobilisation pour atteindre l’objectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès octobre 1998, le regroupement cégep mandate le comité de stratégie — seule instance de recommandation en ce qui a trait à la négociation et à la mobilisation — pour « mener des travaux permettant d’établir la spécificité de l’enseignement collégial et le caractère distinct du groupe d’enseignantes et d’enseignants de l’ordre collégial&amp;lt;ref&amp;gt;Résolution prise par le regroupement cégep les 22 et 23 octobre 1998.&amp;lt;/ref&amp;gt;». Cette demande se précise dans le temps notamment par la revendication de la reconnaissance de l’enseignement collégial comme appartenant à l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2006, les parties nationales, alors formées du CPNC (Fédération des cégeps et ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport) ainsi que de la FNEEQ-CSN, la FEC-CSQ et la FAC&amp;lt;ref&amp;gt;CPNC: Comité patronal de négociation des collèges; FEC-CSQ: Fédération des enseignantes et enseignants de cégep; FAC: Fédération autonome du collégial, dissoute en 2009.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mènent des travaux importants qui donneront lieu au rapport ''Enseigner au collégial…Portrait de la profession'', paru en 2008. Il s’agit d’un document phare qui brosse un portrait de la profession enseignante au collégial, de l’ensemble des activités accomplies et des aspects individuel et collectif de cette pratique. Ce rapport aura une incidence sur la négociation de la convention collective, mais aussi sur la reconnaissance de la complexité, des caractéristiques et des exigences de la pratique enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2013, alors que les enseignantes et les enseignants de cégep de la FNEEQ attendent avec impatience la conclusion des discussions relatives au rangement, le Conseil du trésor marque un recul important et jette de l’huile sur le feu en déclassant le personnel enseignant des cégeps au rangement 21. Il crée une véritable onde de choc chez les enseignantes et les enseignants de la FNEEQ, qui se mobiliseront massivement avec l’opération «Dérangement 21». Cette forte mobilisation force le Conseil du trésor à revenir sur sa décision, mais il place alors le personnel enseignant au rangement 22, qui ne tient pas compte de la réalité de la pratique en enseignement supérieur. Les enseignantes et les enseignants de cégep donnent alors comme mandat à leurs représentantes et représentants nationaux à la table centrale d’inclure leur revendication pour un rangement cohérent dans la négociation nationale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’automne 2015, alors que la dernière ligne droite de la négociation se dessine, le Conseil du trésor se rend aux arguments de la FNEEQ et de la CSN, notamment sur les facteurs de l’autonomie, de l’expérience et de l’initiation à la profession qui distinguent notre catégorie d’emploi. La négociation permet de maintenir dans l’échelle salariale les échelons pour la maîtrise et le doctorat, qui n’existent dans aucune autre échelle salariale du secteur public. Le rangement 23 est ainsi obtenu, reconnaissant la profession enseignante au collégial dans sa complexité et son appartenance à l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les correctifs salariaux relatifs au rangement 23 ont pour leur part été appliqués en avril 2019.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La FNEEQ à l’avant garde sur les questions d’accès à l’égalité ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ a été une précurseure dans la réflexion sur la discrimination positive envers les femmes, qui sera plus tard désignée par la notion d’accès à l’égalité et qui s’étendra à d’autres groupes. La FNEQ intègre le féminin dans son nom et devient la FNEEQ en 1982. La féminisation de la convention collective est effective à partir de 1986-1988: désormais, «enseignantes et enseignants» remplace le masculin «professeur». Au-delà de la féminisation des textes, l’évolution des conventions collectives du personnel des cégeps place sans conteste la FNEEQ à l’avant-garde de la réflexion sur l’accès à l’égalité des femmes, puis à celle d’autres groupes qui sont, eux, minoritaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Québec, la Commission des droits de la personne et la Charte des droits et libertés de la personne sont créées en 1975 et, en 1982, des modifications apportées à la Charte rendent légaux les programmes d’accès à l’égalité pour les groupes victimes de discrimination en emploi. Si le gouvernement du Québec lance un programme de subventions pour la mise en œuvre de programmes d’accès à l’égalité pour les femmes en 1987, la convention collective les précède en mettant en place dès 1983 le comité national d’accès à l’égalité, qui a pour mandat d’établir un programme relatif aux femmes et touchant les domaines de l’embauche, de la sécurité d’emploi et du perfectionnement. Une dizaine de collèges participeront au projet de démarrage volontaire des programmes, qui ont pour objectif l’égalité entre les femmes et les hommes. La FNEEQ précède ainsi la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est intéressant de faire une parenthèse pour noter que la convention suivante, soit celle de 1986-1988, inclut deux nouvelles clauses: l’une sur la non-discrimination, l’autre sur le harcèlement sexuel. Les négociations des années 1980 sont donc marquées par une importante préoccupation syndicale pour que les conditions de travail soient liées de façon intrinsèque au cadre plus large du respect des droits de la personne et que cela se traduise dans la culture organisationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’ensemble de ces clauses apparaissent toujours dans la convention collective actuelle et, depuis 2005, des clauses sur la violence et le harcèlement psychologique s’y ajoutent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1989, des comités locaux se greffent au comité national d’accès à l’égalité. Ils ont pour mandat d’étudier tout problème d’accès à l’égalité, de faire des recommandations aux collèges et d’élaborer un programme d’accès à l’égalité au besoin. Il faut souligner que les enseignantes et les enseignants siègent aux comités de sélection et que cela rend d’autant plus pertinent le rôle qu’ils jouent quant à l’accès à l’égalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mandat des comités d’accès à l’égalité, tant sur le plan national que local, s’élargira à compter de 2000 en raison de la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics qui rend obligatoires les programmes d’accès à l’égalité au sein des organismes publics. À partir de 2000, la loi vise, en plus des femmes, les Autochtones ainsi que les personnes faisant partie des minorités visibles et des minorités ethniques et, en 2005, elle inclut les personnes handicapées. L’obligation légale à laquelle sont soumis les cégeps confirme la pertinence des comités d’accès à l’égalité, qui ont devancé la loi et qui permettent de traiter de questions cruciales avec l’expertise spécifique des gens du milieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n’est cependant acquis. On peut ressentir une grande fierté à l’égard de l’avant-garde dont fait preuve la FNEEQ en matière d’accès à l’égalité. Par contre, on doit se désoler du recul important que la partie patronale a fait en la matière lors de la négociation de 2015 alors qu’elle a travaillé avec acharnement à retirer des conventions collectives les comités d’accès à l’égalité, heureusement sans succès du côté des enseignantes et des enseignants. Elle y est quand même parvenue dans les conventions des personnels de soutien et professionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte pour préserver ces comités, dont l’importance nous est sans cesse rappelée par l’actualité, sera encore à faire. Les 50 ans de militantisme à la FNEEQ sont le parfait exemple que la force du nombre et la mobilisation nous donnent les moyens de mener nos luttes jusqu’au bout!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chargées et chargés de cours =&lt;br /&gt;
== La négociation regroupée des années 2000 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est en 1987 que les syndicats de chargées et chargés de cours des universités se sont rencontrés pour la première fois pour échanger entre eux les informations concernant leurs négociations locales. Les rondes de négociation des syndicats du regroupement université&amp;lt;ref&amp;gt;Font partie du regroupement université la majorité des syndicats de chargées et chargés de cours du Québec ainsi que le Syndicat des tuteurs et tutrices de la télé-université et l’Association des maîtres d’enseignement de l’ÉTS.&amp;lt;/ref&amp;gt; se déroulent sur une période de deux ou trois ans, à la suite de laquelle un bilan est fait par la coordination du regroupement en collaboration avec les représentants des syndicats. Lors de la ronde de négociations des années 1999-2001, les membres du regroupement se sont entendus pour formuler des demandes communes, définir un plan d’action commun et favoriser une plus grande circulation de l’information. Cette formule de négociation a permis aux syndicats de réaliser des gains majeurs, particulièrement en ce qui concerne les salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un protocole de négociation et une plateforme commune ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant chaque période de négociation, les syndicats signent ce qu’il est convenu d’appeler le «Protocole de solidarité». En signant ce protocole (ou entente), les syndicats reconnaissent l’importance de s’unir dans l’action, entre autres pour échanger de l’information et se mobiliser, de constituer une plateforme commune de revendications et d’être solidaires envers les syndicats en grève. Toute cette démarche est faite de façon volontaire: l’autonomie des syndicats n’est à aucun moment remise en question et les gains obtenus au fil du temps ont renforcé, pour les syndicats de chargées et chargés de cours, l’importance de joindre leurs forces&amp;lt;ref&amp;gt;Le texte du protocole est repris d’une année à l’autre. On peut consulter celui de la ronde 2016-2019 en accédant à ce lien: https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/Universite-Entente-mai-2016-pour-web-1.pdf?highlight=mai%202016.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De leur côté, les employeurs, se méfiant d’une telle démarche de concertation, en sont venus eux aussi à échanger informations et stratégies pour tenter de contrer les demandes syndicales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la réunion du regroupement tenue en octobre 2000, les sujets de négociation suivants ont fait l’objet de demandes communes: avantages sociaux (assurance-salaire, assurance-médicament, assurance-maladie, congé de maternité, régime de retraite, autres congés), l’intégration politique et pédagogique, le perfectionnement, le soutien pédagogique, les nouvelles formes d’enseignement (NTIC et enseignement à distance) et l’évaluation&amp;lt;ref&amp;gt;Regroupement université, ''Bilan et perspective'', juin 2002, p. 43.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La bataille principale porte toutefois sur le rattrapage salarial avec les professeurs. D’importants gains sont alors faits par les syndicats, toujours avec l’appui du regroupement, de l’équipe des personnes salariées de la FNEEQ, du Service d’action à la mobilisation et à la vie régionale (SAMVR) et de l’appui financier de la FNEEQ et du Fonds de défense professionnelle de la CSN (FDP). C’est ainsi que, par exemple, les chargées et chargés de cours de l’UQAR, de l’UQAT et de l’UQAC ont obtenu un rattrapage salarial de 16,5%; les chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal, 12%; et ceux de l’UQAH (aujourd’hui UQO), 19,4%. Tous ces gains se sont réalisés sur une période de deux ou trois ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des appuis au rattrapage salarial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour étayer leurs revendications, les chargées et chargés de cours du regroupement, qui font maintenant partie de l’Intersyndicale (SCCCUS, CUPFA et section locale 2661 du SCFP-FTQ, soit les chargées et chargés de cours de l’UQTR), peuvent compter sur une étude de l’Institut de la statistique du Québec présentée au Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQTR. Les résultats de cette étude sont divulgués publiquement le 3 novembre 1999. Cette étude, dont personne ne remet en cause le sérieux et la démarche, vient confirmer ce que tout le monde savait déjà: les chargées et chargés de cours sont payés beaucoup moins cher que les professeurs. Les membres de l’Intersyndicale s’entendent pour collaborer à une campagne portant sur le thème du rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de chargées et chargés de cours du regroupement vont chercher des appuis pour cette revendication au sein de la communauté universitaire: la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération des professionnelles et des professionnels d’université (FPPU) vont toutes appuyer la demande de rattrapage salarial des chargées et chargés de cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs documents sont produits en guise de soutien et sont distribués en dizaines de milliers d’exemplaires sur les campus universitaires. Un encart est inséré dans Le Devoir du 2 septembre 2001 (''Les chargées et chargés de cours: mieux les connaître pour enfin les reconnaître''). Un discours public commun s’articule autour de trois thèmes: la présence indispensable des chargées et chargés de cours, l’iniquité dans les conditions de travail et de rémunération; la contribution des chargées et chargés de cours à la qualité de la formation universitaire&amp;lt;ref&amp;gt;Regroupement université, ''Bilan et perspectives'', 2002, p. 22.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De 1987 à aujourd’hui: plus de 30 années de négociation coordonnée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore aujourd’hui, les syndicats de chargées et chargés de cours se réunissent pour définir des positions communes. Même si les discussions ne sont pas toujours évidentes, des priorités finissent par se dégager. L’arrimage des stratégies locales et des actions communes du regroupement présentent également certains défis. D’un autre côté, les rencontres fréquentes des membres du regroupement aident à créer une solidarité entre les membres. En brisant l’isolement du syndicat local, ces rencontres permettent de mettre en commun les bons et les moins bons coups, d’échanger sur les stratégies et de coordonner des actions. Plusieurs enjeux reviennent d’une ronde de négociations à l’autre dont l’équité de la rémunération, les assurances et l’évaluation des enseignements ne sont que quelques exemples. Certaines batailles sont plus longues que d’autres, mais les gains obtenus par l’un des syndicats du regroupement tracent bien souvent le chemin pour les autres. Le slogan de la dernière ronde de négociations (2016-2019) en est un bon exemple: «''Un gain pour les uns = un gain pour tous''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La syndicalisation des enseignants et des enseignantes en milieu autochtone =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Des organisations de Blancs? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Syndiquer un nouveau milieu n’est jamais facile, mais syndiquer un milieu autochtone est encore plus difficile. Évidemment, il y a les obstacles habituels, mais à cela s’ajoute la perception que les syndicats sont des organisations de Blancs qui viennent dire aux Autochtones comment gérer leurs relations de travail. Certaines personnes croyaient que les activités culturelles et tout ce qui faisait la particularité de notre milieu allaient disparaitre et que la syndicalisation allait appauvrir la communauté. Étrangement, ces propos ne venaient pas de notre employeur, mais de nos élèves et de nos membres syndiqués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions de travail offertes par le conseil de bande étaient acceptables et comparables à celles du Québec, jusqu’au jour où le conseil a installé des mesures restrictives pour se donner une gestion financière plus saine. Beaucoup de secteurs ont subi une coupure de deux heures dans leur semaine de travail. En compensation, le conseil a mis en place un ajustement d’horaire qui permettait de fermer les bureaux à 12h tous les vendredis. Les membres du personnel enseignant ont vu leur salaire coupé de deux heures comme les autres secteurs de la communauté, mais en continuant de travailler le même nombre d’heures, puisqu’une école ne ferme pas à midi le vendredi. Malgré les contestations du personnel des écoles, on ne tient pas compte de leurs arguments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le personnel de l’école secondaire s’opposait à la syndicalisation initiée par le personnel de l’école primaire. Lors du vote, la syndicalisation est passée avec une majorité très mince. Le 3 avril 2014, nous avons reçu notre accréditation. Il fallait maintenant négocier une première convention collective. La tâche ne s’annonçait pas facile, puisque le milieu était divisé, et nous devions composer avec l’opposition d’une bonne part des employés et des employées. Heureusement, notre employeur a facilité le travail en respectant nos droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons signé notre première convention en avril 2017. Tout était nouveau. Il y avait beaucoup de difficultés et de résistance aux changements. Malgré l’attitude fermée de certaines personnes, les membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs de l’enseignement de Mashteuiatsh (STTEM) ont été agréablement surpris par les résultats de la négociation. Les conditions de travail se sont grandement améliorées. Par exemple, comme nous sommes une communauté autochtone, l’employeur peut pratiquer une embauche préférentielle pour les membres de la communauté qui ont la qualification. Chaque année, les postes des employés et des employées qui ne sont pas membres de la bande étaient affichés. N’importe quel membre de la bande pouvait prendre le poste désiré. La syndicalisation visait une équité entre les employés. La nouvelle convention collective respectait l’embauche préférentielle, mais les membres de la bande devaient prendre le poste de la personne la plus jeune. Maintenant, les postes sont attribués par ancienneté et les personnes employées sont consultées sur leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité exécutif a dû et doit travailler encore très fort pour rassembler ses membres et pour diminuer les tensions. Actuellement, les comportements sont positifs et la participation est meilleure. Chacun et chacune est à même de constater que les valeurs du syndicat sont proches de celles des Autochtones. Nous avons la liberté de nous diriger en profitant de conseils juridiques et du soutien de personnes d’expérience. Finalement, les activités culturelles et les budgets n’ont pas été affectés par la syndicalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Activiste et solidaire! ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brosser le tableau de l’action internationale de la FNEEQ des 50 dernières années représente tout un défi! La toute jeune Fédération se préoccupe d’enjeux internationaux peu après sa fondation. La présidence représente la Fédération auprès de la Confédération syndicale mondiale de l’enseignement (CSME) associée à la Confédération mondiale du travail (CMT). C’est le comité exécutif qui voit aux demandes de solidarité d’ici et d’ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1985, devant la demande croissante d’aide et d’appuis solidaires, la FNEEQ met en place un comité d’action internationale afin de conseiller les instances de la Fédération quant aux formes de solidarité à exercer, d’assurer son implication internationale et de multiplier son action sociopolitique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Commençons donc par le nom du comité puisqu’il n’est pas anodin: il est ici question d’action internationale. Car pour la FNEEQ, la solidarité, c’est une question d’actions et d’échanges d’expériences. Au cours de cette période, la Fédération accueille bon nombre de délégations et verse des dons en appui à des luttes que mènent des organisations enseignantes du Sud, entre autres, d’Amérique latine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christiane Malet, membre-fondatrice du comité de solidarité internationale, était une militante intègre et d’une indéfectible loyauté envers ses idéaux. Emplie d’une grande empathie naturelle, elle était sensible aux réalités différentes des communautés dans le monde, particulièrement celles des femmes et des enfants, ainsi que celles de tous les enseignants, les enseignantes et les maîtres/alphabétiseurs. Les liens développés par le comité au cours des années avec des organisations enseignantes de partout dans le monde ont permis à la FNEEQ de se porter à la défense des droits humains et syndicaux hors des frontières nationales. Christiane, décédée trop tôt, en 2010, aura été et demeure une inspiration.&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Isabelle Éthier, enseignante, cégep du Vieux Montréal, membre du comité action internationale de 1985 à 2000&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ est également affiliée à la Confédération des éducateurs américains (CÉA) depuis 1997.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le tournant des années 2000 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années 2000 marquent une nouvelle ère en conjoncture internationale alors que le phénomène d’altermondialisation et la tenue de forums sociaux se manifestent avec force. Le Québec est l’un des foyers de cette dimension d’action internationale et la FNEEQ, l’une des fédérations syndicales les plus actives sur la scène québécoise et internationale. L’action internationale de la Fédération se déploie bien au-delà du discours et reflète les orientations mises de l’avant par le comité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que ''Le Courrier de l’UNESCO'' rapporte en novembre 2000 que le secteur de l’éducation représente un «marché» de 2 000 milliards de dollars, les enjeux pour l’éducation sont immenses. La riposte s’organise: pas question de laisser le marché décider des finalités et de l’organisation de l’éducation. Les organisations syndicales, les organisations gouvernementales et les mouvements citoyens redoublent d’efforts pour contrecarrer ce scénario.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des Amériques solidaires pour le droit à l’éducation  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril 2001, à la veille du Deuxième Sommet des peuples des Amériques, qui se tient à Québec, quelque 300 personnes répondent à l’invitation de la Fédération et prennent part à un colloque international sous le thème «Des Amériques solidaires pour le droit à l’éducation». La FNEEQ et la CSN sentent la nécessité de développer davantage leur expertise au sujet du phénomène de la mondialisation afin de mieux analyser ses impacts sur les politiques nationales d’éducation. Cela montre une volonté clairement affirmée de contribuer au développement de véritables options syndicales populaires vis-à-vis des projets de libéralisation économique qui constituent des attaques à la souveraineté réelle des États, aux droits économiques et sociaux des populations. L’éducation est essentielle au développement de la démocratie. Ce colloque, organisé conjointement par le comité d’action internationale et le comité école et société, est un évènement déterminant dans la suite des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des lignes directrices  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2003, la Fédération adopte une politique de solidarité internationale qui définit les principaux axes d’intervention: la délégation et la représentation, les dons à des organismes reconnus et les actions solidaires, la participation de la Fédération à des activités organisées au Québec par des organismes ou des coalitions travaillant en solidarité internationale, la participation à des colloques, forums, sessions de formation en action internationale; l’information et la promotion de l’action internationale auprès des syndicats locaux; l’intervention du comité dans les publications de la Fédération, publications ad hoc du comité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ promeut et participe activement aux activités en lien avec les Journées québécoises de solidarité internationale (JQSI) organisées par l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), avec l’appui du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec. De nombreuses activités ont alors lieu dans les écoles, les cégeps, les universités, et le personnel enseignant y joue un rôle de premier plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut aujourd’hui ignorer l’influence des dynamiques mondiales sur l’ensemble de nos conditions de travail et de vie. Le milieu syndical ne peut rester indifférent au sort de millions de travailleuses et de travailleurs à travers le monde. En ce sens, la FNEEQ a historiquement assumé un leadership important à la CSN et dans d’autres organisations en matière de solidarité internationale.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Jean Murdock, secrétaire général et trésorier de la FNEEQ-CSN de 2012 à 2017 et président de 2017 à 2018&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des lieux d’engagement politique et solidaire ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2001, la FNEEQ-CSN a officiellement joint les rangs de l’Internationale de l’éducation (IE), le secrétariat professionnel international associé à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). Au sein de cette organisation, la FNEEQ a clairement établi sa position stratégique de fédération de l’enseignement supérieur. Fait à remarquer : plusieurs organisations affiliées à l’IE sont des organisations indépendantes, ce qui permet d’établir des liens avec des réseaux qui ne se fréquentent pas normalement. Cela offre une occasion de créer des contacts bilatéraux avec des organisations que l’on ne trouve pas ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ joint sa voix à des milliers d’autres pour souligner annuellement la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants le 5 octobre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ, fédération la plus représentative en enseignement supérieur au Québec et qui regroupe la grande majorité des personnes chargées de cours, souhaitait défendre, valoriser et faire reconnaitre la contribution essentielle de ces milliers d’enseignantes et enseignants universitaires contractuels. Notre travail au sein de l’Internationale de l’Éducation (IE) a contribué à une meilleure compréhension de leurs conditions de travail et à plus de respect envers ces précaires de l’enseignement supérieur.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(Sylvain Marois, chargé de cours, université Laval, vice-­président de la FNEEQ de 2012 à 2018)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forums et missions à l’étranger ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Conformément à ses orientations, la FNEEQ donne priorité à ceux qui visent l’enseignement supérieur et la défense de l’éducation publique plus particulièrement dans des pays membres de la francophonie. La FNEEQ favorise la participation de tout membre de la Fédération à plusieurs de ces évènements. C’est ainsi que des délégations ont pris part aux Forums sociaux à Montréal en 2016, à Tunis en 2013 dans la foulée du printemps arabe (29 personnes déléguées), à Dakar en 2011, à Belém en 2009, à Caracas en 2006 (forum polycentrique, quelque 45 personnes déléguées), à Mumbai en 2004, à Porto Alegre en 2002 et à Seattle en 1999. Des délégations aussi participé au Forum social en éducation à Ramallah en 2010, au premier Forum sur la mondialisation et l’éducation à Ramallah en 2004, au Sommet des peuples à Ottawa en 2014 et à Québec en 2001 ainsi qu’au forum éducation à Porto Alegre en 2001. Cette liste n’est pas exhaustive. Mais participer à des délégations n’est pas tout; le retour s’accompagne de rapports, de bilans et de conférences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Nul n’est une île ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sein de la CSN, la FNEEQ participe activement aux rencontres du collectif international, un comité consultatif qui réunit fédérations et conseils centraux. Ces réunions sont l’occasion d’échanger avec tous les organismes de la Confédération sur les questions internationales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au fil des ans, la Fédération a joué un rôle essentiel de sensibilisation et d’information auprès de ses syndicats locaux au sujet d’Alliance Syndicats et Tiers monde (ASTM), un fonds de la CSN qui soutient des dizaines de projets dans une vingtaine de pays. Il s’agit de projets de coopération au développement, de renforcement des capacités des organisations syndicales, de souveraineté alimentaire et de défense des droits. La Fédération aussi est membre du Centre international de solidarité ouvrière (CISO) et achemine régulièrement le bulletin d’information du CISO à ses membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ soutient les initiatives des établissements par l’octroi de dons pour des projets de coopération et de solidarité internationale impliquant notamment des groupes d’étudiantes et d’étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons sont essentiels. Ils soutiennent concrètement l’engagement des enseignantes et des enseignants qui sortent des murs des classes pour donner une formation irremplaçable sur le terrain. À titre d’exemple, durant le mandat 2015-2018, la fédération a soutenu 111 projets en accordant près de 75 000$.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Caroline Quesnel, présidente de la FNEEQ&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En collaboration avec d’autres organisations (comme le CISO), la Fédération offre une formation aux stagiaires étudiantes et étudiants et aux enseignantes et aux enseignants qui accompagnent ces groupes sur les enjeux du monde du travail et sur les droits syndicaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== A Luta Continua! ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’évolution de l’action internationale à la FNEEQ illustre une volonté de poser des gestes concrets et de faire en sorte que les membres des syndicats locaux soient partie prenante de la vie internationale de la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je terminerai sur ces mots de Ronald Cameron: «Une fédération d’enseignants qui ne fait pas d’action internationale n’est pas à la hauteur des exigences contemporaines du syndicalisme!».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Solidarité d’abord =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève étudiante de 2012 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 est la plus longue et la plus importante qu’ait connu le Québec depuis le premier mouvement de grève en 1958. Du 13 février au 7 septembre 2012, des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants sont en grève dans presque tous les établissements d’enseignement supérieur. Le sommet de ce qui a été qualifié de «printemps érable» est atteint le 22 mars, alors que plus de 300 000 étudiantes et étudiants sont en grève et que près de 200 000 d’entre eux défilent dans les rues de Montréal. Les associations étudiantes protestent contre une hausse importante des frais de scolarité annoncée dans le budget de mars 2011 par le gouvernement libéral de Jean Charest, qui ferait passer les frais de scolarité de 2 168$ à 3 793$ en cinq ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs organisations, personnalités ou simples citoyens ont appuyé les étudiantes et étudiants dans le conflit avec le gouvernement: ''Profs contre la hausse, Parents contre la hausse'', sorties publiques de différentes personnalités, regroupement d’artistes, marches spontanées dans plusieurs villes du Québec après l’adoption du projet de loi 78, etc. De son côté, la FNEEQ, par sa représentativité en éducation supérieure et la tradition militante de la CSN (le 2e front), n’est pas en reste. Dès l’annonce de la hausse des droits de scolarité dans le budget présenté le 17 mars 2011 par le gouvernement libéral, la Fédération dénonce les impacts à prévoir sur la fréquentation scolaire et sur le profil socio-économique de celles et ceux qui auront désormais les moyens de fréquenter&amp;lt;ref&amp;gt;«Bienvenue l’élitisme!», FNEEQ, [en ligne], 18 mars 2011, https://fneeq.qc.ca/fr/comm-003-164/.&amp;lt;/ref&amp;gt; les établissements d’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les étudiantes et étudiants prennent le reste de l’année pour s’organiser et les votes de grève débutent en février 2012&amp;lt;ref&amp;gt;C’est le 7 février 2012, au Collège de Valleyfield, que le premier mandat de grève illimité est voté.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le mouvement étudiant est lancé et la Fédération emboite le pas, entre autres par la publication d’un numéro spécial de la revue Carnets en soutien à la cause étudiante. Sous la plume de son président Jean Trudelle, la Fédération confirme son soutien aux étudiants dans le conflit qui les oppose au gouvernement. La revue sera envoyée à toutes les associations syndicales affiliées à la FNEEQ, qui vont la faire circuler dans les établissements d’enseignement. Une place sera donnée dans la publication aux représentants des trois principales associations étudiantes, soit la FECQ, la CLASSE et la FEUQ&amp;lt;ref&amp;gt;«Le mouvement étudiant a raison», Carnets, édition spéciale, no 26, février 2012.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er mars, la Fédération réclame le gel des frais de scolarité et des États généraux sur l’avenir des universités. La question du sous-financement des universités doit être étudiée sous un angle plus large que celui de la seule question du budget et doit inclure tous les acteurs du milieu de l’enseignement&amp;lt;ref&amp;gt;«Solidaire de la lutte des étudiantes et des étudiants», FNEEQ, [en ligne], 1er mars 2012,  https://fneeq.qc.ca/fr/comm-001-956/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le président de la Fédération va aussi donner un appui public au mouvement étudiant lors de nombreuses entrevues dans les médias, tant à la télé qu’à la radio. Le rôle de la FNEEQ ne se limite pas à dénoncer publiquement les décisions gouvernementales et déclarer son soutien à la cause étudiante. Sur le terrain, les salariés et les militants s’activent : participation aux manifestations, soutien logistique et financier aux associations étudiantes (service d’ordre, location d’autobus) et à d’autres groupes&amp;lt;ref&amp;gt;Il importe de souligner l’appui important de l’équipe de salariés et d’élus du conseil central du Montréal métropolitain en matière de soutien logistique pendant cette période.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les services d’un conseiller syndical sont aussi prêtés à quatre associations étudiantes collégiales non affiliées et du soutien juridique leur est offert gratuitement&amp;lt;ref&amp;gt;Les associations étudiantes sont celles des cégeps de l’Outaouais, de Terrebonne, de Sherbrooke et de Montmorency.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au 30e Congrès de la FNEEQ qui se tient à la fin mai, un don de 30 000 $ est fait pour les fonds légaux du mouvement étudiant. Jean Trudelle, président sortant, souligne dans le rapport de la présidence le rôle important joué par la Fédération dans le conflit&amp;lt;ref&amp;gt;«Rapport des activités de la présidence: mandat 2009-2012 », FNEEQ, [en ligne], p. 10, https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/2-Rapport-des-activites-de-la-federation.pdf.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un tournant: la judiciarisation du conflit ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 30 mars 2012, une étudiante du Collège d’Alma s’adresse à la Cour supérieure pour demander une injonction du tribunal en vertu de son droit de poursuivre ses études et terminer sa scolarité dans les délais prévus&amp;lt;ref&amp;gt;''Déry'' c. ''Duchesne'', 30 mars 2012, 2012 QccS1563, décision du juge Jean Lemelin.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La FNEEQ dénonce immédiatement la décision du juge Lemelin, tout comme la judiciarisation du conflit&amp;lt;ref&amp;gt;«La FNEEQ dénonce la judiciarisation du débat» FNEEQ, [en ligne], 30 mars 2012, https://fneeq.qc.ca/fr/comm-001-163/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le syndicat des professeurs et professeures s’inquiète quant à lui de l’impact de cette décision sur le climat au Collège. Le 3 avril, une seconde demande d’injonction est faite par un étudiant de l’Université Laval. C’est à ce moment que le terme de boycott apparait pour la première fois dans une décision, le juridique empruntant au politique un terme que le gouvernement avait commencé à utiliser&amp;lt;ref&amp;gt;''Morasse'' c. ''Université Laval'', 18 avril 2012, 2012QccS 1565&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les médias le reprendront de plus en plus, malgré le refus des associations étudiantes, des syndicats, de nombreux autres groupes, incluant des juristes&amp;lt;ref&amp;gt;Association des juristes progressistes, [en ligne], http://www.ajpquebec.org/la-greve-etudiante-nest-pas-un-simple-boycott-historique-et-perspectives/.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la vingtaine de demandes d’injonctions déposées par des étudiantes et étudiants au mois d’avril, seule trois seront gagnées par les associations étudiantes, la plus marquante étant sans doute la décision du juge Marc-André Blanchard, qui reconnait la validité des arguments de l’association étudiante, allant même jusqu’à qualifier le droit à la liberté d’expression de « droit constitutionnel ou quasi-constitutionnel&amp;lt;ref&amp;gt;''Beausoleil'' c. ''Cégep régional de Lanaudière'', 23 avril 2012, 2012 QccS 1673, décision du juge Marc-André Blanchard. Le procureur de l’association étudiante est Jonathan Leblanc, conseiller syndical à la FNEEQ.&amp;lt;/ref&amp;gt;». Cette décision ne sera pourtant pas reprise, les autres juges se rangeant aux arguments du juge Lemelin, qui refuse de reconnaitre la légalité du droit de grève des étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est toute la question des droits collectifs par rapport aux droits individuels qui se pose à travers ce changement de vocabulaire. Alors que, depuis les années 1960, on a toujours parlé de grève étudiante, on se met à utiliser le terme boycott, tant au plan politique que juridique&amp;lt;ref&amp;gt;En 2005, alors que le conflit entre les étudiants et le gouvernement portait sur le régime de prêts et bourses, on parlait de grève étudiante. L’utilisation du terme boycott est spécifique au conflit de 2012.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Par le fait même, on remet en question la légitimité des processus démocratiques des associations étudiantes, l’objectif étant évidemment d’opérer un changement dans les perceptions et de renvoyer la question d’assister ou non à ses cours à un simple choix individuel, les conséquences de ne pas y assister reposant alors sur l’étudiante ou étudiant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, en dépit des nombreuses injonctions, les étudiantes et étudiants tiennent bon et la mobilisation se poursuit. Au Collège de Valleyfield, la direction tente de forcer la reprise des cours, tentative qui se solde par un échec complet, des centaines d’étudiants s’étant déplacés sur les lieux tôt le matin pour bloquer les entrées&amp;lt;ref&amp;gt;«Le collège de Valleyfield capitule devant les étudiants en grève», Radio-Canada, [en ligne], 12 avril 2012, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/557257/greve-boycott-etudiants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du côté des enseignantes et enseignants, le gouvernement semble tenir pour acquis qu’ils vont simplement retourner enseigner à partir du moment où une injonction est émise ou que la direction d’un établissement annonce la reprise des cours&amp;lt;ref&amp;gt;Émilie Bilodeau, «les enseignants invités à franchir les piquets de grève», La Presse, [en ligne], 18 février 2012 https://www.lapresse.ca/actualites/education/201202/17/01-4497345-les-enseignants-invites-a-franchir-les-piquets-de-greve.php.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La situation est pourtant loin d’être simple et soulève de nombreuses questions: comment donner ses cours dans le contexte où des étudiants font du piquetage et bloquent les entrées? Comment faire fi de la solidarité avec les étudiants? Comment franchir des piquets de grève en tant que syndicaliste? Enfin, question centrale s’il est en une: qu’en est-il de l’autonomie des enseignants? La FNEEQ et son président vont par ailleurs dénoncer la position du gouvernement et de certains collèges, en s’opposant fermement à briser la solidarité syndicale et en refusant que les professeurs soient mis devant des situations où leur santé et leur sécurité risquent d’être compromises&amp;lt;ref&amp;gt;«Communiqué du 16 avril 2012», FNEEQ, [en ligne], https://fneeq.qc.ca/fr/comm-004-440/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette position est bien illustrée par l’attitude des professeurs du Collège de Valleyfield, qui refusent d’entrer dans l’établissement malgré l’annonce de la reprise des cours par la direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que les votes de grève sont reconduits dans les établissements et que le conflit se prolonge, on s’inquiète de plus en plus des modalités entourant le retour au travail. Chaque semaine, les conseillers de la FNEEQ font la tournée des assemblées des syndicats de professeurs pour leur présenter les hypothèses de reprise des cours dans le cas où les étudiants mettent fin à la grève. Tout est à refaire en prévision de la prochaine assemblée, le calendrier de retour en classe étant différent d’une semaine à l’autre. Depuis le début du conflit, la grève est le principal sujet des relations de travail. Les conseillers de la FNEEQ ont par ailleurs mis beaucoup de temps et d’énergie à aller plaider, en soutien aux associations étudiantes, les demandes d’injonctions déposées au mois d’avril&amp;lt;ref&amp;gt;Une vingtaine de demandes d’injonction ont été déposées au mois d’avril.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’adoption de la loi 12 (ou projet de loi 178) le 18 mai oblige le retour en classe et limite le droit de manifester. La réaction citoyenne sera forte, tout comme celle des étudiants et des centrales syndicales&amp;lt;ref&amp;gt;La grève étudiante de 2012 est la première grève qui fait l’objet d’une loi spéciale au Québec.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Devant ce mouvement de protestation populaire, «aucune contravention, aucune arrestation ni aucune amende n’a été émise en vertu de la loi 78», si l’on se fie au porte-parole de la CLASSE&amp;lt;ref&amp;gt;Gabriel Nadeau-Dubois, Tenir tête, Montréal, lux éditeur, 2013, p. 224.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés de retourner en classe, les membres des syndicats vont voter des résolutions qui soulignent l’importance de leur droit de travailler dans des conditions de travail sécuritaires, propices à l’enseignement. Les salariées et salariés de la FNEEQ, quant à eux, s’affairent à négocier les protocoles de retour au travail. Deux ententes sont négociées dans les cégeps. Du côté des universités, les protocoles de retour au travail sont négociés établissement par établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Conclusion ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 a marqué la FNEEQ à bien des égards. Non seulement la FNEEQ a-t-elle répondu présente à toutes les occasions pour appuyer publiquement les étudiantes et étudiants, mais il importe de souligner aussi l’implication de son équipe de salariés. Les conseillers et les employées de bureau ont participé aux grèves, aux mobilisations, à la défense des associations étudiantes lors des demandes d’injonction. Les enseignantes et enseignants ont quant à eux soutenu les étudiants dans leurs demandes, en émettant des communiqués, en participant aux actions et, surtout, en refusant de franchir les piquets de grève, certains allant même rejoindre la masse étudiante. Enfin, s’il y a un point positif à retenir de ce conflit, au-delà de la solidarité de la FNEEQ avec les étudiants, c’est le renouvellement des effectifs syndicaux par l’arrivée d’une nouvelle génération socialement impliquée, particulièrement dans le mouvement Profs contre la hausse&amp;lt;ref&amp;gt;Plus de 1 600 professeurs ont signé le manifeste des Profs contre la hausse publié dans les pages du journal Le Devoir le 12 mars 2012: https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/345039/nous-sommes-tous-etudiants-manifeste-des-professeurs-contre-la-hausse.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaFNEEQauCarrefour&amp;diff=459</id>
		<title>LaFNEEQauCarrefour</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaFNEEQauCarrefour&amp;diff=459"/>
		<updated>2021-05-17T19:41:12Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : /* par Benoit Lacoursière */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La FNEEQ au carrefour 1988-1995}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1993-Devant députés FneeqHistoire015 pb.png|vignette]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Affaiblie par les divisions internes et les attaques répétées des parties patronales, la FNEEQ se retrouve livrée à elle-­même. Peut-­elle continuer sur la même voie? Que ce soit la baisse des effectifs, les tiraille­ments entre regroupements ou les difficul­tés économiques, différents évènements vont contribuer à la définition de la nou­velle fédération, non sans difficultés. Le regroupement cégep est pris dans des négociations qui ne mènent nulle part, les chargées et chargés de cours s’organisent pour des jours meilleurs et le regroupe ment privé connait des ratés. Mais il y a une certitude: tout le monde travaille fort à la solution. Et la question nationale est toujours d’actualité.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1988, 16 syndicats quittent la Fédération : 13 des cégeps, un des collèges privés et deux de l'Université du Québec, le Syndicat des professeurs de l'Université du Québec (SPUQ), à Montréal, et le Syndicat des professeurs de l'Université du Québec à Rimouski (SPPUQAR). C’est un total de près de 4000 membres, soit près de 20 % des effectifs. Les syndicats de cégep dissidents créent une nouvelle structure, la Fédération autonome du collégial (FAC), alors qu’un des deux syndicats d’enseignants universitaires, le SPUQ, reste fidèle à la CSN et s’intègre à une autre fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les désaffiliations ouvrent la porte à la réflexion. D’où viennent-elles ? Pourquoi ? La FNEEQ est plongée dans le débat, à la recherche d’un nouvel équilibre, le début d’une longue route. Ronald Cameron commente: « J’arrive dans le monde des cégeps à 35 ans, au début des années 1990, au moment de la transition, selon moi, entre l’ancienne et la nouvelle FNEEQ. La scission de la FAC est un événement majeur de notre histoire&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Ronald Cameron le 29 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trouver la bonne structure pour une organisation regroupant trois milieux de travail de tailles inégales, mais surtout d'environnements différents, ne semble pas simple. La Fédération, malgré les défections, est encore largement majoritaire dans les trois secteurs où elle est présente, mais il y a un déséquilibre, un secteur étant plus important numériquement que les deux autres, celui des cégeps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1989-Denis Choinière-v2 pb.png|vignette|Denis Choinière, à gauche, lors d’une réunion syndicale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, qui milite depuis les années 1970, a suivi l’évolution : « Quand les cégeps entraient en négo, les autres syndicats n’avaient plus de services. Pour nous, du privé, la FNEEQ disparaissait. Est alors arrivée l’idée des ateliers sectoriels, qui n’ont pas donné les résultats attendus, puis les regroupements, auxquels on attribue des ressources. Une évolution majeure, la structure actuelle en découle. C’était l’avenir&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’avènement de la FAC n’est pas un hasard. S’y sont concentrés tous les mécontentements des années passées : autant la droite – nous serions mieux entre nous, hors d’une centrale syndicale – que la gauche – la Fédération n’est pas assez radicale, la CSN est trop près du Parti québécois (PQ) – y trouvent des raisons de quitter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, alors président de la FNEEQ, n’est pas tendre avec le mouvement qui a amené les désaffiliations : « Pour beaucoup, dans la négociation, s’applique la théorie du ciel : le lieu où il n’y a plus de&lt;br /&gt;
rapport de force, où tout a été gagné, le résultat parfait. Ça crée des prêtres, anti-négociation, qui ont toujours raison. Il y a un catéchisme à respecter obligatoirement. Et on serait bien mieux si on n’était qu’entre profs, on éblouirait le monde et tous comprendraient notre rôle&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Guy Beaulieu, conseiller syndical à la Fédération à ce moment-là, « [l]e règlement de la négociation de 1986 a suscité la grogne et favorisé la division interne. Beaucoup jugeaient qu’on n’était pas maitres de nos destinées en étant membres de la CSN. Les décrets imposés par René Lévesque et le PQ, ils les avaient dans la gorge. Pour eux, l’appareil CSN était trop près du PQ. Cette grogne était encore plus forte dans les cégeps anglophones.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y avait aussi la prédominance de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) dans les négociations du secteur public CSN et la question de la démocratie directe. Selon les dissidents, les syndicats n’étaient pas assez consultés avant les décisions finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il faut dire que, depuis 1983, la composition du comité exécutif était problématique : la présidente Rose Pellerin et le secrétaire général, Denis Choinière, venaient tous deux du privé. Ce dernier était même responsable de la négociation des cégeps. D’évidence, cela portait beaucoup à critique&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui dit perte de membres dit aussi diminution des budgets et des services, et nouvelles difficultés au quotidien. Guy Beaulieu ajoute : « La désaffiliation nous a fait perdre non seulement de l’argent, mais aussi le tempo, la crédibilité. Et n’eût été de la stupidité des choix constitutionnels de la FAC – n’engager aucun permanent, les remplacer par des enseignants libérés pour un maximum de quatre ans –, les dissidents nous auraient fait bien plus mal. Mais la structure de la FAC a fait qu’ils n’accumulaient aucune expérience de négociation, aucune expertise leur permettant de se développer&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement de dissidence de syndicats vers la FAC s’arrête donc dès sa naissance en 1989, parce qu’ils n’ont jamais réussi à recruter d’autres membres par la suite. Ronald Cameron enseigne au cégep de Saint-Laurent lorsque la FAC tente de nouveau sa chance au milieu des années 1990 : « À mon arrivée au cegep, la situation syndicale est bloquée. En 1994-1995, il y a une tentative de désaffiliation de la FNEEQ par la FAC et ses partisans. La FAC le sait, elle y joue son avenir. Leur action réveille la vieille croute FNEEQ, qui était dormante. Et la FAC a perdu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début des années 1990, la création de la FAC fait aussi douter la Fédération des enseignants de cégep (FEC) affiliée à la CEQ. Sa faible attraction et son petit nombre de membres remettent en cause son existence même. Elle vient de perdre deux syndicats, ceux des cégeps de Sherbrooke et d’Abitibi, devenus indépendants dans un premier temps. Puis ses liens avec la FAC sont fragilisés après qu'elle ait rompu le cartel de négociation qui les liait, mettant fin à leur entente de services. Les dirigeants de la FEC lancent alors le « projet rassembleur», une sorte d’états généraux syndicaux réservés aux enseignantes et enseignants de cégep. Selon la proposition, chaque syndicat est représenté indépendamment de sa fédération syndicale, sans affiliation, pourrait-on dire. Puis, au sortir de l’exercice de discussion et de consultation, un vote d’affiliation a lieu en avril 1992.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ refuse de participer, préférant mettre son énergie sur la négociation à venir :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[...] Nous avons offert un cartel de négociation à la FEC et quelques rencontres pour discuter de l’unification des syndicats d’enseignantes et d’enseignants de cégeps. Pour nous, l’unification devrait passer par la négociation, afin que tous ensemble nous puissions travailler à l’amélioration des conditions d’exercice de la profession des membres que nous représentons&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Patry, « le travail du regroupement cégep pour 1991-1992 », FNEEQ Actualité, octobre 1991, vol. 5, no 1, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La fédération =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dans ce contexte que se tient en 1989 le premier Congrès biennal de la FNEEQ, en remplacement du conseil fédéral de juin qui tenait lieu de congrès jusque là. Ainsi se présentait la proposition de modification de structure :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette réforme vise principalement à tenir compte de nos luttes communes en même temps que de la particularité de chaque groupe qui compose la FNEEQ. Ainsi, par exemple, chaque groupe se verra attribué le contrôle sur l’application de ses conventions collectives. Le Conseil fédéral, lieu de décision sur les sujets communs, serait dorénavant dissocié des regroupements. Il y aurait un Congrès d’orientation électif, à tous les deux ans. Par ailleurs, les membres du Bureau fédéral seraient désignés par les regroupements et élus par le Congrès. Le Bureau fédéral verrait accentuées ses missions régionales&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, juin 1988, p. 55.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1992 -Nasser Mazani, madame x, choinière-grey.png|vignette|De gauche à droite : Nacer Mazani, 2e vice­ président, Lyne Boyer, 1re vice­-présidente et Denis Choinière, président, lors du Conseil fédéral de la FNEEQ le 9 avril 1992.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois regroupements sont ainsi créés : cégep (29 syndicats), privé (20 syndicats) et université (cinq syndicats). La crise et la baisse des ressources ont largement contribué à la création de ces regroupements. Sans le rôle joué par ceux-ci, la Fédération ne s’en serait peut-être pas sortie. La prise en charge des négociations par chaque regroupement est capitale dans le redressement. « Il fallait faire les négociations de manière différente», nous dit Denis Choinière, « on a modifié le processus de négociation en construisant, définissant nos demandes en regroupement. Chaque modification, chaque stratégie est approuvée au niveau du regroupement et non du comité de négociation ou de stratégie. On s’est aussi fixé une règle de majorité des deux tiers pour avancer. Clairement, on recherche le consensus&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À ce moment-là, les négociations du groupe cégep sont déjà entreprises et celles des chargées et chargés de cours sont en phase préparatoire, sans oublier que huit syndicats du regroupement privé sont bientôt en renouvellement de convention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers regroupements se constituent assez rapidement dans le privé et à l’université, mais les syndicats de cégep sont méfiants devant cette nouvelle structure. Ils mettent quelques années à constituer leur regroupement: ce n’est qu’en 1993 qu’il rejoint les deux autres dans la structure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au départ, la coordination de chaque regroupement est assumée par un membre du comité exécutif. L’absence de représentation des cégeps au comité de 1993 impose la nomination à la coordination du regroupement d’un délégué membre du bureau fédéral. Claude Racine, membre libéré du comité consultatif sur la tâche, fait consensus et est élu par ses pairs premier délégué à la coordination du regroupement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mise en place de ce regroupement change la dynamique. Dorénavant, les trois secteurs arrivent aux instances fédérales avec des décisions et des politiques sectorielles clairement établies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Va-et-vient à la direction ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Congrès de 1993, Jean Salmon remplace Pierre Patry, candidat à la présidence, comme secrétaire général. À l’élection, l’équipe Patry remporte tous les postes, sauf un, celui du président. Denis Choinière bat Patry d’un vote et se retrouve à la direction, seul de son équipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au printemps 1994, Edith Massicotte part volontairement et retourne à son collège, pour des raisons liées à sa précarité d’emploi. Quelques semaines plus tard, Jean Salmon quitte à son tour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne restent alors en position de direction que Denis Choinière et Nacer Mazani. Cela représente beaucoup de travail pour deux personnes, car commence alors la négociation des cégeps. Les deux postes vacants sont pourvus quelques mois plus tard, au conseil fédéral de septembre : Oliva Bouchard remplace Jean Salmon et Madeleine Ferland prend la place d’Édith Massicotte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité exécutif n’est pas au bout de ses peines. En décembre de la même année, Nacer Mazani annonce son départ aux membres du bureau fédéral. Le comité est de nouveau complet en janvier 1995 lorsque Marie-Claire Chouinard prend le poste vacant de Nacer Mazani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un premier syndicat d’étudiants employés ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la même époque, la FNEEQ se lance sur un terrain encore vierge au Québec, celui de la syndicalisation des étudiantes salariées et étudiants salariés de leur université. Un premier syndicat se crée à l’Université McGill en 1993, qui s’affilie à la CSN et devient membre de la FNEEQ : l’Association des étudiant-e-s diplômé-e-s employé-e-s de McGill (AÉÉDEM), mieux connue sous son vocable anglophone Association  of  Graduate  Students  Employed  at  McGill (AGSEM).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La CSN est la première organisation à se lancer dans ce type de syndicalisation et ne sera pas la dernière, puisque d’autres syndicats s’y mettent et syndiquent plusieurs universités québécoises. Denis Choinière se questionne : « Pourquoi la CSN, qui avait si bien fait à McGill, n’en a pas récolté les fruits ? Difficile à dire&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce genre de milieu est difficile à organiser : les membres étudiants ne restent pas longtemps à l’université, entre trois et quatre ans la plupart du temps. Le roulement que cela occasionne dans l’Association est difficile à gérer. L’administration le sait bien et elle a l’habitude de tout reprendre à zéro. Denis Choinière est président de la Fédération au moment de la syndicalisation de l’AÉÉDEM: « Nous avons mis beaucoup d’énergie pour trouver de nouveaux syndicats chez les chargés de cours ou dans le privé. Lorsque nous avons organisé le syndicat de l’AÉÉDEM, nous avons recueilli 825 des 842 votes. Un de nos plus beaux succès. La FNEEQ a ensuite eu des demandes de l’UQAM, de l’Université Laval et d’ailleurs, mais on les a tous échappées. On comprend mal ce qui s’est passé. Nous avions pourtant le leadeurship&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fait remarquable, plus tard, en 2011, après des années de lutte pour la reconnaissance, la Commission des relations de travail reconnait la syndicalisation des chargées et chargés de cours de l’Université McGill en les intégrant au sein de l’Association des étudiantes et étudiants diplômé-e-s employé-e-s de McGill ((AÉÉDEM). « C’est une immense victoire pour les chargées et chargés de cours et ça fait longtemps qu’on attend ce résultat » déclare alors Lerona Lewis, présidente du syndicat&amp;lt;ref&amp;gt;« les chargées et chargés de cours de l’université McGill se syndiquent», FNEEQ, [en ligne], 31 aout 2011. [https:// fneeq. qc.ca/fr/comm-006559/ ]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La réforme Robillard ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1993-Réforme cégeps pb.png|vignette|La CSN et ses deux fédérations présentes dans les cégeps – FEESP et FNEEQ – ont mené une vive campagne d’opposition à la Réforme Robillard.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1993-Réforme cégeps02-v2.png|vignette|La CSN et ses deux fédérations présentes dans les cégeps – FEESP et FNEEQ – ont mené une vive campagne d’opposition à la Réforme Robillard.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1993, la ministre Robillard met de l’avant le « renouveau collégial» et la réforme des cégeps. Un autre chapitre du discours sur l’utilitarisme : l’éducation doit servir le marché du travail, répondre aux besoins des employeurs. L’approche par compétences fait son apparition. C’est le volet « éducation » du plan gouvernemental de réingénierie de l’État pour une plus grande place au secteur privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cégeps sont entrés dans le processus de décentralisation avec la Réforme Robillard en 1993. Celle-ci a complètement décentralisé les « activités d’apprentissage » (ou cours) de la formation technique et partiellement celles de la formation générale et préuniversitaire. Le découpage des cours, leur définition et leur durée, qui étaient les mêmes pour l’ensemble des collèges, varient maintenant d’un collège à l’autre. Seuls les objectifs des cours demeurent nationaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette réforme a aussi imposé une révision des programmes autour des compétences à acquérir plutôt que des connaissances, mis en place les conditions pour que les collèges puissent éventuellement délivrer leurs propres diplômes et fractionner les programmes en modules. Elle a aussi modifié la composition du conseil d’administration pour diminuer la représentation de l’interne, remplacé la commission pédagogique par une commission des études, obligé les collèges à se doter de politiques institutionnelles diverses, etc. Cette autonomie accrue des cégeps se paie par un contrôle plus serré de la « qualité » et un processus plus élaboré de reddition de comptes. La Commission d’évaluation de l’enseignement collégial (CEEC) fut mise en place dans ce but. Son jugement se fait selon des critères formels et visant essentiellement la conformité des pratiques au cadre défini par elle&amp;lt;ref&amp;gt;Flavie Achard, « Menaces sur l’enseignement collégial », Nouveaux cahiers du socialisme, no 8, automne 2012,&lt;br /&gt;
p. 118&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Daniel Mary enseigne au cégep de Saint-Félicien : « La réforme de 1993 a changé les choses. Les programmes se sont diversifiés localement, mais sans ajout de ressources. Pour répondre aux nouvelles règles, les profs augmentent leur tâche en augmentant le nombre d’étudiants par groupe. Un groupe de 40 au lieu de 35, par exemple, amène plus d’encadrement, plus de corrections. Chaque cégep pouvait ainsi développer de nouveaux cours pour répondre à la demande locale, ajouter des options dans les programmes techniques&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Daniel Mary le 12 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l’université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1989, les 25 représentantes et représentants des cinq syndicats de chargées et chargés de cours, en réunion à Lanoraie, s’entendent sur un protocole de négociation regroupée. La négociation demeure locale, mais les syndicats se concertent sur les revendications, le déroulement des négociations et l’action. Ils mettent en place un fonds de solidarité pour les syndicats aux ressources limitées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[...] Les stratégies locales étaient soumises au débat, non pour être remises en question, mais bien dans l’esprit d’être renforcées, raffinées par les dernières informations disponibles. Il y a, en effet, entre les administrateurs d’universités, un réseau d’échange d’informations et d’expériences très actif. Ce phénomène est surtout perceptible dans le réseau de l’Université du Québec, mais également, nous l’avons constaté, entre les universités publiques et privées. La découverte des « mandats réseau» était impérative pour distinguer ce qui pouvait avoir un caractère « national » de ce qui n’était que local, donc en principe plus aisément négociable. En quelque sorte, la concertation patronale rendait encore plus nécessaire la concertation syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;« l’éducation plus que jamais», Procès-verbal, 21e Congrès FNEEQ, juin 1991, annexe 7, regroupement université, Bilan de la période 19901991, p. 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors d’une rencontre internationale des chargées et chargés de cours des Amériques, dans les années 1990, le regroupement FNEEQ impressionne ses pairs par son organisation et ses résultats. Parmi ces syndicats canadiens et états-uniens, ceux de la FNEEQ sont les seuls à faire partie d’un regroupement national. Ailleurs, la rémunération pour la charge de cours n’atteint même pas la moitié de ce qu’on touche ici en moyenne; le retour au travail de session en session est non garanti, l’administration décide. Les syndicats canadiens sont ceux qui s’approchent le plus du modèle québécois, même si pour la plupart ils sont intégrés dans les syndicats de professeurs d’université, leur laissant donc très peu d’autonomie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La montée des Chargées et Chargés de Cours ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est secrétaire général de la Fédération à cette époque:&lt;br /&gt;
« La négociation de 1988-1989 est marquante. Elle a donné un nouvel élan au mouvement de syndicalisation chez les chargées et chargés de cours. Le vent a tourné avec l’arrivée du syndicat de Sherbrooke en 1991, par une entente de services. Les États généraux sur l’éducation de 1995 ont aussi montré l’importance de la place des chargés de cours dans ce débat. Tout cela a donné un élan considérable pour la reconnaissance et l’intégration des chargés de cours dans l’enseignement&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autres syndicats d’universités viennent ensuite se joindre à la FNEEQ. En 1992, on y trouve l’Association des chargées et chargés d’enseignement de l’École de technologie supérieure (ACCEÉTS), qui deviendra en 2004 l’Association des Maîtres d’Enseignement de l’ÉTS (AMEETS). L’Association veut ainsi se distinguer des chargées et chargés de cours, car ses membres sont des enseignants réguliers, à temps plein. En 1993 s’y joignent les chargées et chargés de cours de l'Université du Québec à Hull – depuis 2002, l'Université du Québec en Outaouais –, puis celles et ceux de l’Université Concordia et de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue en 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement des chargées et chargés de cours à la FNEEQ représente alors [en 1995] plus de 70 % des 10 500 chargées et chargés de cours dans les universités québécoises&amp;lt;ref&amp;gt;« l’éducation… passionnément ! », Procès verbal, 23e Congrès FNEEQ, mai-juin 1995, annexe 6, regroupement des enseignant-es chargé-es de cours d’université, p. 2 et entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université s’ajoutera en 1996-1997.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guy Beaulieu est affecté à ce dossier en 1988 lors de l’arrivée des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal à la FNEEQ.&lt;br /&gt;
« À cette époque, les chargées et chargés de cours étaient peu considérés au sein de la Fédération et leur niveau de frustration était très élevé. En période de difficultés financières, beaucoup trouvaient qu’ils coutaient très cher à la FNEEQ. Disons que le rapport qualité-prix des syndicats des universités par rapport à ceux des cégeps n’était pas très favorable aux chargées et chargés de cours. Beaucoup d’énergie et d’argent y étaient investis. La Fédération a finalement réussi à gérer la question. La création des regroupements a aidé&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans le Privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les établissements privés souffrent de la concurrence, comme l’écrit le regroupement dans son rapport au Congrès de 1991 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[...] La logique même du libre marché implique que certains établissements doivent disparaître pour laisser la place à d’autres plus « adaptés». Ainsi, la concurrence accrue entre les institutions scolaires se vit, bien sûr, entre le réseau public et le réseau privé, mais elle se vit aussi à l’intérieur du réseau privé, comme dans le réseau public&amp;lt;ref&amp;gt;« l’éducation plus que jamais», Procès-verbal, 21e Congrès FNEEQ, juin 1991, annexe 7,&lt;br /&gt;
regroupement privé, Bilan de la période 1990-1991, p. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très peu d’établissements privés ont réussi au fil du temps à intégrer le réseau public. Quatre réussites des années 1990 sont notables : le Séminaire de Saint-Georges devient le cégep Beauce-Appalaches (1990), le Collège Marie-Victorin devient le cégep Marie-Victorin (1993), l’École de musique Sainte-Croix est intégrée au cégep de Saint-Laurent (1997) et le Collège de l’Assomption est intégré au cégep régional de Lanaudière (1998). Ce sont quand même des pertes pour le privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Séminaire de Saint-Georges n’arrive plus à joindre les deux bouts et la clientèle diminue. Après moult péripéties, tractations et négociations, l’archevêché de Québec abandonne et vend les bâtiments au nouveau cégep Chaudière-Appalaches, qui intègre les étudiantes et les étudiants de niveau collégial. Ceux du secondaire sont intégrés dans la commission scolaire locale, grâce à l’ouverture d’esprit des personnes en cause, avec l’appui du syndicat de la CEQ. À ce jour, ce cas d’intégration particulièrement réussi n’a jamais été répété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire de la conversion du Collège Marie-Victorin est différente. Au début des années 1990, le Collège connait une baisse de clientèle et doit mettre à pied une partie importante de son personnel enseignant. Ces enseignantes et enseignants se syndiquent alors à la CSN et demandent en 1991 une conversion du Collège au public. Ils croient que la FNEEQ et la CSN sont le bon véhicule pour mener le projet à terme. Ils n’ont pas tort. Le manque de places au collégial dans la région de Montréal à l’automne 1992 facilite le processus. Dès janvier suivant, le MESS annonce la création d’un cégep de 3000 places: le cégep Marie-Victorin est né.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est alors secrétaire général : « Les conversions de Saint-Georges-de-Beauce en 1990 et de Marie-Victorin en 1993 se sont réalisées dans des contextes très différents. Saint-Georges-de-Beauce avait réclamé un cégep lors du sommet économique régional, les deux institutions publiques de proximité étant trop loin, à Thetford et à Lévis. Dans le cas de Marie-Victorin, la problématique est plus simple : les cégeps montréalais sont bondés et l’est de la ville n’est pas bien desservi. Les enseignants de Collège se sont affiliés à la FNEEQ dans l’espoir de passer au secteur public. La direction et le syndicat le voulaient. La situation est identique pour le Collège de l’Assomption après 1997 avec la création du cégep régional de Lanaudière. En 1999, on assiste cependant à l’échec d’intégration du Petit Séminaire de Québec au Cégep Garneau : la communauté religieuse refuse le transfert&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement des syndicats du privé constate depuis un certain temps que la participation aux activités syndicales est problématique. À leur défense, les conditions de pratique syndicale sont difficiles dans le secteur, en comparaison de ce qu’on retrouve au cégep ou à l’université : la disparité dans le type d’établissements, l’isolement, les différents rapports vis-à-vis de l’autorité, certes, mais surtout l’absence d’une personne déléguée à la coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’obstacle majeur à la réalisation de nos objectifs a été la disponibilité des délégué-es à la coordination pour le regroupement. La bonne volonté des personnes concernées n’est absolument pas mise en cause, mais plusieurs facteurs de taille expliquent cette situation. Pensons, entre autres, aux horaires sur 7, 10 ou 15 jours lorsque la personne déléguée provient du secondaire, et surtout à la lourdeur du travail syndical local, etc. Les difficultés furent telles qu’aucune libération ne fut utilisée au cours de la deuxième année. La conséquence directe fut qu’aucun bulletin de liaison n’est paru au cours du mandat qui se termine. Malgré cette situation, le regroupement, après de longues discussions, a résolu de maintenir le poste de personne déléguée à la coordination et de consacrer de nouveaux efforts afin que « le bulletin de liaison» reprenne vie durant le mandat qui s’amorce&amp;lt;ref&amp;gt;« l'avenir en tête », FNEEQ, Procès-verbal, 22e Congrès, juin 1993, annexe 7, regroupement privé, p. 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement corrige la situation après le Congrès de 1993. On organise une tournée des syndicats pour comprendre les attentes et les besoins. Dès l’année suivante, l’atmosphère change. Le regroupement reprend vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, le financement des établissements privés inquiète, tout comme la réforme du collégial pour les quatre établissements privés de ce niveau: les collèges Jean-de-Brébeuf et de Lévis, l’Institut Teccart et le Petit Séminaire de Québec. La question de l’évaluation du personnel enseignant est sur la table. Voilà un dossier où la position de la Fédération est difficile à appliquer au privé. Le regroupement cherche une position sur laquelle les syndicats pourraient s’appuyer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, à la faveur de l’étude sur le projet de loi 141 sur l’enseignement privé, la FNEEQ témoigne et réitère sa position sur le statut de ces établissements:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La position de la CSN et de la FNEEQ est claire: « Nous revendiquons le développement d’un seul réseau public d’enseignement en s’assurant de l’intégration, à ce dernier, des personnels œuvrant actuellement dans les institutions privées.» Tel fut le cas l’an dernier, lors de la transformation du Séminaire Saint-Georges de Beauce: des enseignantes et enseignants ont été intégrés au cégep, les autres à la commission scolaire. Cette année, une campagne s’amorce dans le nord-est de Montréal visant la transformation du Collège Marie-Victorin en cégep public&amp;lt;ref&amp;gt;Line Boyer, « la révision de la loi de l’enseignement privé », FNEEQ Actualité, vol. 5, no 1, octobre 1991, p. 15&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Les négociations =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En septembre 1989, en pleine campagne électorale, les syndicats des cégeps font grève pendant six jours. On n’aurait pu croire au début de la négociation que cela pourrait se produire, plusieurs syndicats étant toujours sous le choc de la négociation précédente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations de 1989 se sont étendues sur plus de deux ans ! L’entente de principe, tant à la table CSN qu’à la table sectorielle, n’intervient que fin mars 1990. Au sectoriel, une première entente est obtenue le 29 octobre, aussitôt dénoncée par une partie patronale bicéphale qui aurait outrepassé son mandat en acceptant la clause concernant la formule de calcul de la charge de travail&amp;lt;ref&amp;gt;« l’atelier cégep recommande l’adoption de l’entente finale », FNEEQ Actualité, vol. 3, no 4, avril. 1990, p. 1&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’unification des tables sectorielles FNEEQ et FEC en février facilite le règlement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux gains concernent les conditions le travail des femmes tels que l’équité salariale, l’accès à l’égalité, le harcèlement sexuel et les droits parentaux. Mais le plus important est la reconnaissance de la discrimination salariale faite aux femmes. Des gains également sur la tâche et le plancher d’emploi, l’ajout d’environ 400 enseignantes et enseignants équivalents à temps complet dans le réseau et une clause ascenseur basée sur les inscriptions aux cours qui permettra d’ajuster le nombre d’enseignantes et d’enseignants au nombre d’inscriptions aux cours. Sur le plan salarial, nous avons obtenu la protection du pouvoir d’achat pour l’année 1990, et fort probablement pour l’année 1991, année de l’introduction de la TPS fédérale&amp;lt;ref&amp;gt;« le bilan, pour celles et ceux qui le trouvent trop long à lire », FNEEQ Actualité, vol. 4, no 2, décembre 1990, p. 13&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, président de la Fédération à ce moment, précise : « En 1989-1990, le règlement au collégial a été celui de la FNEEQ, ce qui a fait mal à l’image de la FEC. La Fédération autonome du collégial (FAC) venait d’être créée grâce au soutien de la FEC-CSQ. Cette dernière lui avait offert un cartel de négo, dans l’espoir sans doute de les intégrer. Mais la réalité s’est imposée. Si on compare les forces à ce moment-là, la FNEEQ reste dominante dans les cégeps et la FEC lutte pour sa survie&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1989-09-12 FrontCommun1989 Greve 101 pb.png|vignette|Jour de grève au Cégep de Maisonneuve. À gauche, Claudette Carbonneau, au centre Nicole Benjamin et à droite, le conseiller syndical Gilles Duceppe.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le conseiller Guy Beaulieu, « [...] la FNEEQ a toujours été dans les derniers à régler. Pourquoi ? Grâce à la force du groupe, mais aussi grâce à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) qui n’acceptait pas de règlement tant que les autres groupes n’avaient pas réglé. La FNEEQ a survécu et profité grâce à cela. Ce n’est pas le message le plus avancé à l’interne&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La « négociation » de 1992 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement libéral de Robert Bourassa ne manque pas de suite dans les idées. En 1991, devant une conjoncture économique et un contexte inflationniste difficiles, il demande aux syndicats du secteur public d’accepter une prolongation d’un an avec gel de salaires. Les organisations syndicales acceptent un gel et une prolongation de six mois, jusqu’en juin 1992.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant même l’échéance, le gouvernement renie l’entente, demande le statu quo pour deux ans sur les clauses normatives et le renoncement à l’augmentation prévue le 1er juillet 1992. Devant l’opposition syndicale, il abandonne finalement son projet. Le ministre responsable déclare alors de privilégier la négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un an plus tard, il revient avec son idée en imposant la loi 102. « Le gel des salaires pour deux ans et la récupération du 1 % de la masse salariale s’appliquent à toutes et tous les salarié-es de l’État, qu’il y ait négociation ou non. Quant à nous, la FNEEQ, les composantes CSN du secteur public et d’autres organisations syndicales, le choix a été fait : ne pas négocier la récupération à même nos conditions de travail&amp;lt;ref&amp;gt;Mot de la direction, procès-verbal du conseil fédéral, annexe 2, novembre 1993, p. 2&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Le gouvernement prolonge donc de deux ans les conventions collectives en vigueur dans le secteur public. De plus, toujours question d’économie, il menace la qualité des services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette loi remet en question les principes démocratiques et le droit de négocier. Pour la première fois dans l’histoire moderne du secteur public, les organisations syndicales ne peuvent même pas déposer leurs demandes. Pour le gouvernement, tout est clair : Faisons payer aux employées et employés cette récupération de 1 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignantes et enseignants de cégeps ne sont pas ces individus privilégiés que nous présentent la partie patronale. Trente-trois pour cent sont précaires. La négociation devait entre autres servir à en réduire les effets et à étendre les conditions de travail de l’enseignement général à l’éducation des adultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi 102 vient effectivement tout bousiller, souligne Denis Choinière. La loi 102 nous empêche de négocier des améliorations aux conditions de vie au travail et à la qualité de l’enseignement, surtout dans un contexte d’expansion des effectifs étudiants où, de nos jours, la formation de niveau collégial est indispensable&amp;lt;ref&amp;gt;« les précaires», Nouvelles CSN, no 364, 17 septembre 1993, p. 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le même gouvernement prévoit, avec sa loi 198, que d’ici cinq ans il effectuera une réduction de 20 % du personnel cadre et jusqu’à 12 % des personnes salariées. Une solution inacceptable alors que le problème principal est celui de la précarité. En effet, plus de 40 % des enseignantes et enseignants ainsi que des chargées et chargés de cours membres de la FNEEQ sont en état de précarité. Plus de 25 % de la population active du Québec est sans emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre parti pris pour les plus mal pris dépasse la question salariale. Il englobe une volonté de s’attaquer à la question du sous-emploi dans le secteur privé et à la question de la précarité des emplois dans le secteur public, le taux de précarité y étant plus élevé que dans le secteur privé. Actuellement, 55 % des salarié-es du réseau de la santé et des services sociaux et 30 % des salarié-es du réseau de l’éducation ont un emploi précaire&amp;lt;ref&amp;gt;Mot d’ouverture, procès-verbal du conseil fédéral spécial, annexe 2, septembre 1993, p. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1995 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certaines négociations sont plus courtes que d’autres. Celles de 1995 dans le secteur public, par exemple. Le Parti québécois est revenu au pouvoir et prépare un deuxième référendum sur la souveraineté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’automne 1995 a été une période particulièrement intense au chapitre de la négociation. Celle-ci, amorcée depuis quelques mois déjà, s’est intensifiée en août, septembre et octobre pour en arriver à une entente de principe à la fin d’octobre 1995. Compte tenu de l’imminence du référendum sur la souveraineté du Québec, le gouvernement souhaitait arriver à un règlement avec les composantes du secteur public avant le 30 octobre 1995, ce qui a donné lieu à un blitz de négociation. Les syndicats du regroupement ont accepté de s’inscrire dans cette démarche et ont défini à la fin août les objectifs de cette ronde. La demande patronale était considérable : elle consistait à vouloir opérer une ponction équivalant à 1200 ETC [équivalents temps complet] dans le réseau. Les négociations se sont avérées assez âpres et rapidement elles se sont transportées au plus haut niveau. Il nous a fallu, entre autres, contourner l’approche dite d’obligation de résultats. Cette ronde de négociation s’est finalement conclue par-dessus la tête du ministre de l’Éducation d’alors. D’ailleurs, celui-ci fera longuement attendre sa signature au bas de l’entente, répondant, peut-être, ainsi au souhait de la présidente de la CEQ voulant qu’il se montre « têtu » avec nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette entente, bien qu’elle comportât des concessions au chapitre des ressources – 144 ETC pris dans les fonctions dites périphériques – apportait une amélioration significative aux conditions de travail des enseignantes et enseignants à statut précaire et des bonifications aux chapitres des salaires et de la retraite. Par ailleurs, l’introduction d’une mesure visant à améliorer le taux de réussite des élèves – l’heure d’encadrement – a permis d’empêcher une diminution accrue des ressources, telle que le souhaitait la partie patronale obsédée par la réduction immédiate des coûts, ce qui a constitué l’originalité de l’entente FNEEQ (CSN) en regard des deux autres fédérations d’enseignantes et d’enseignants de cégep qui ont dû endosser à 100 % les objectifs patronaux. De plus, l’entente prévoyait la mise sur pied d’un comité paritaire dont les travaux devaient porter sur l’organisation du travail afin de tenir compte des impacts de la réforme et de la prise en compte des transformations du réseau sur l’emploi. Les travaux de ce comité prendront une importance très grande au cours des mois qui suivront&amp;lt;ref&amp;gt;rapport-bilan du regroupement cégep, congrès FNEEQ 1997, p. 3-4&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1995-Loi 102 FneeqHistoire018 pb.png|vignette|En 1995, les négociations et les actions du secteur public avaient comme but d’effacer les effets de la loi 102.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1995-05-10-FNEEQ Manifestation 05101995-v2.png|vignette|Les négociations du secteur public de 1995 ont été ponctuées de nombreuses manifestations.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l’université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours abordent les années 1990 avec confiance. Laval Rioux, qui est là depuis le début, a vécu la progression :&lt;br /&gt;
« Les chargés de cours ont constitué un des premiers regroupements, par nécessité. Les négociations locales amenaient continuellement des grèves. Finalement tous les syndicats de chargés de cours sont venus chez nous, excepté celui de l’Université du Québec à Trois-Rivières qui est allé au Syndicat canadien de la fonction publique (FTQ). J’ai vécu l’aventure tout au long depuis 1976. Nous avons adhéré à la négociation regroupée à partir de 1993, sous la coordination de Gilles Bégin, selon le modèle développé dans l’hôtellerie&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Laval Rioux le 29 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant cette coordination formelle, les chargées et chargés de cours voient le protocole de Lanoraie porter fruits. Dès 1990, plusieurs ententes s’enchainent, avec des résultats satisfaisants et très semblables d’un syndicat à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal signent en septembre 1990 une convention de rattrapage après un an de négociation. Avec succès, ils se sont mis à niveau avec les chargées et chargés de cours des autres universités affiliés à la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le négociateur Guy Beaulieu : « Au début de la négociation, le syndicat était démobilisé, épuisé par huit ans de lutte pour sa reconnaissance. Les premières assemblées générales se tenaient à 12, 15. Lorsque la négociation a commencé, tous les doyens étaient à la table. Ils ne voulaient pas d’une « convention d’usine » à l’Université de Montréal comme celle de l’UQAM. Mais pour le syndicat le problème était que des chargés de cours allaient perdre leur emploi. L’Université préférait répartir la misère sur 1300 chargés de cours alors que le budget proposé aurait permis d’améliorer les conditions de travail de 1000 d’entre eux. Ce fut un long débat&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Montréal (SCCUQ) accepte à 90 % une nouvelle convention à la fin novembre Fait à remarquer, pour la première fois sans conflit de travail. La dernière négociation avait entrainé « la grève des cœurs», une grève interrompue après sept semaines par une loi spéciale forçant le retour au travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constat est fait après cet épisode difficile que la nature des relations de travail doit changer. Un comité de suivi entre le syndicat et l’université est mis en place. Une des conclusions: il y a nécessité d’intégrer les chargées et chargés de cours à toute la vie universitaire, dans tous les aspects directement liés aux questions d’enseignement et de pédagogie&amp;lt;ref&amp;gt;Nacer MAZANi,« entente historique entre le syndicat des chargé-e-s de cours et l’administration de l’UQAM », FNEEQ Actualité, vol. 4, no 2, p. 19&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un dossier prometteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gains sont conséquents: 10 % de la masse salariale de l’Université va aux chargées et chargés de cours, qui seront représentés à la commission des études et au niveau départemental et profiteront de financement pour des projets qu’ils initieront. Enfin, il y aura coopération entre le corps professoral et les chargées et chargés de cours. De plus, l’évaluation sera désormais formative et non plus punitive. En 1993, la charge de cours sera rémunérée 5000 $ au lieu des 4100 $ en 1990&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques mois plus tard, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Chicoutimi (SCCCUQAC) approuve à 94 % une nouvelle convention qui s’aligne sur celle du SCCUQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au niveau normatif, le syndicat a réussi à repousser les volontés patronales d’opérer des « réaménagements » à l’économie de la convention collective. Des gains ont plutôt été obtenus sur l’évaluation, la reconnaissance des qualifications pour l’enseignement, sur la reconnaissance syndicale et en matière de perfectionnement. Les 435 chargées et chargés de cours, représentés par le SCCCUQAC, pourront espérer une ère nouvelle dans les relations de travail qui ont été plutôt tendues et parfois conflictuelles avec l’administration de l’UQAC, ces dernières années&amp;lt;ref&amp;gt;« un règlement à l’UQAC», FNEEQ Actualité, vol. 4, no 3, mars 1991, p. 1&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils sont imités en mai par celles et ceux de l’Université Laval, qui acceptent une nouvelle entente par un vote très serré à 55 %. La nouvelle convention est aussi bonne que celles de Chicoutimi et Montréal, mais les chargées et chargés de cours de Laval veulent passer un message d’impatience à une administration qui a généré plus de 200 griefs en trois ans&amp;lt;ref&amp;gt;Serge Morin, « un règlement à l’université Laval», FNEEQ Actualité, vol. 4, no 4, mai 1991, p. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En octobre, c’est au tour des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Rimouski d’en arriver à une entente. Selon le même modèle que les autres. Cette stratégie de miser sur la parité a des répercussions au-delà de la FNEEQ, puisque les chargées et chargés de cours de l’Université de Sherbrooke (CEQ) l’adoptent et ont gain de cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guy Beaulieu : « J’ai négocié les deux premières conventions de Montréal, les deux de Laval, la première de Chicoutimi et la première de Rimouski. La première de Chicoutimi était en rose, toute au féminin. Un travail exceptionnel a été réalisé dans le dossier des chargés de cours à la FNEEQ. Leur situation s’est grandement améliorée ! Un problème persiste cependant, l’accès au travail de professeur est pratiquement impossible. Les professeurs sont les patrons des chargés de cours, ils ne partagent pas la même salle. Il y a déjà eu des clauses passerelles qui ne fonctionnaient pas beaucoup. J’ai aussi négocié la première convention collective des étudiants diplômés employés de McGill (teaching assistants). On y a fait une grève. Ils ont travaillé très fort, ce fut le premier syndicat étudiant au Québec. Nous y avons créé la banque de répartition des tâches, qui aurait été reprise ailleurs au Canada&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Gilles Bégin a été aux premières loges de cette montée des chargées et chargés de cours : « On m’a demandé dès 1989 de travailler à la mobilisation dans les négociations des chargés de cours. Puis, au Congrès de la FNEEQ en 1991, on m’a sollicité pour le poste de délégué à la coordination, qui était alors un poste élu parmi les membres du bureau fédéral. J’étais trésorier au syndicat des chargés de cours de l’UQAC. Les négociations de 1991 marquent le début de la stabilisation des conventions des chargés de cours, qui voient leur rôle reconnu par les universités&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Gilles Bégin le 8 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré le succès, le regroupement demeure critique. Dans son rapport au Congrès de 1993, il précise l’orientation recherchée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui nous concerne, et dans la mesure où les conditions actuelles prévalent, l’avenir du regroupement des chargé-s [sic] de cours, repose sur trois éléments fondamentaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* 1 — Le respect intégral de l’autonomie de chaque syndicat.&lt;br /&gt;
* &lt;br /&gt;
* 2 — Un processus d’échange entre les syndicats, qui soit total, varié, profond sur toutes les questions relatives à la négociation.&lt;br /&gt;
* &lt;br /&gt;
* 3 — Un échange entretenu dans l’esprit de créer en priorité des références générales libres de toutes contraintes pour les uns et les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’un et l’autre de ces aspects se répondent. Il ne peut y avoir d’échange que dans le strict respect des autonomies et des choix de chaque syndicat. Il ne peut y avoir d’autonomie que l’on respecte sans que, en toute honnêteté, en toute confiance, chaque syndicat n’ait fait partager aux autres, sa réflexion, sa démarche, ses hésitations, ses conclusions sur le sens de son action. Il ne peut y avoir de confiance que si l’échange est libre de contrainte et n’aboutit qu’à créer des référents. Cela n’exclut bien sûr aucune entente plus formelle au terme du processus d’échange. Mais au terme du processus seulement et dans la mesure où cela découle de soi. L’objectif est donc l’échange, pas l’entente. L’entente n’étant qu’un résultat heureux qui s’ajoute en plus, au bonheur d’avoir échangé&amp;lt;ref&amp;gt;« l’avenir en tête », Procès verbal, 22e Congrès FNEEQ, juin 1993, annexe 5, regroupement université, p. 6-7&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années suivantes, les syndicats concentrent leurs efforts sur la préparation des négociations en cours ou à venir. Quatre négociations sont en cours, dont deux – Concordia et Université du Québec à Hull – pour une première convention, échappant ainsi aux effets de la loi 102 (gel des salaires pour deux ans et récupération de 1 % de la masse salariale). Deux autres négocient le renouvellement de leur convention collective – Université de Montréal et Université Laval. Montréal réussit à régler avantageusement avant l’application de la loi 102, ce qui n’est pas le cas pour Laval, qui cherche à obtenir la parité des chargées et chargés de cours de médecine dentaire avec leurs consœurs et confrères du reste de I’Université&amp;lt;ref&amp;gt;« l’éducation… passionnément ! », Procès verbal, 23e Congrès FNEEQ, mai-juin 1995, annexe 6, regroupement des enseignant-es chargé-es de cours d’université, p. 5-6&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans le Privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rose Pellerin écrivait dans le journal de la FNEEQ en 1989 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est aussi cette année que nous retrouvons le plus de lockouts ou de grèves dans l’ensemble du secteur privé d’enseignement et cela, autant chez les personnels enseignants que chez les personnels de soutien. Les sujets de grève : la tâche, le salaire, les mises à pied, l’ancienneté. Lors du dernier regroupement des syndicats du privé de la FNEEQ le 30 mars, nous avons pu constater que certains syndicats vivent des négociations difficiles, que les employeurs sont en demande sur la tâche, et que les déficits des administrations grossissent de mois en mois. Le niveau de la clientèle a de la difficulté à se maintenir, même dans les institutions les plus anciennes&amp;lt;ref&amp;gt;« public-privé… c’est pareil… », FNEEQ Actualité, vol. 2, no 2, mai 1989, p. 8-9&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le privé, les relations de travail et les négociations sont difficiles. Les administrations invoquent souvent des difficultés financières pour exiger des concessions sur la tâche ou les salaires. Certains menacent de fermeture, d’autres ferment réellement. On réalise mal les difficultés rencontrées par les enseignantes et enseignants qui travaillent dans ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une particularité du Privé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 1990, le Syndicat des professeurs du Petit Séminaire de Québec signe une nouvelle convention. Cette signature présente un aspect qu’on ne voit pas dans le public :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dernière signature remontait à 1982. Les crises économiques, les difficultés rencontrées dans les écoles privées, les changements de structures, une clause intérimaire et l’alignement sur les salaires du public expliquent en partie cette situation. Ce qui a été le plus complexe a été de moderniser un texte qui avait de l’âge. Quelques gains importants sur la définition de l’ancienneté, le mouvement de maind’œuvre, les congés parentaux, spécialement les congés de maternité, l’introduction d’un article sur un régime de congé à traitement différé, où une reconnaissance des coûts par le gouvernement a beaucoup facilité le règlement&amp;lt;ref&amp;gt;« l’avenir en tête », Procès-verbal, 22e Congrès FNEEQ, juin 1993, annexe 7, regroupement privé, p. 11&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’avantage de se syndiquer ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Syndicat des salarié-e-s du Pensionnat de Compton (CSN) est accrédité fin juin 1990. C’est un petit syndicat dans un pensionnat pour 170 enfants du primaire, qui regroupe la vingtaine de personnes qui y travaillent. La négociation dure plus d’un an, avec à la clé une première convention collective en janvier 1993. Des gains substantiels sont obtenus tant sur le normatif que le monétaire. L’écart salarial avec le public, qui était de 40 à 50 %, est réduit à 15 % à l’expiration en juin 1994&amp;lt;ref&amp;gt;l’avenir en tête », FNEEQ, Procès-verbal du 22e Congrès, juin 1993, annexe  7, regroupement privé, p. 5-13&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes employées du Collège de musique Sainte-Croix sont accréditées avec la CSN et entreprennent une négociation pour une première convention collective. En cours de route, elles optent finalement pour une intégration au cégep de Saint-Laurent, par un contrat de service d’abord, qui survient en début de session 1994-1995. L’école de musique Sainte-Croix devient publique et partie intégrante du cégep en 1997.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Des départs et des retours =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au fil de son histoire, la FNEEQ a été marquée par des débats qui ont parfois mené à des désaffiliations. Qu’on se rappelle le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) en 1972, les professeurs et professeures d’université dans les années 1970 et 1980, et plusieurs syndicats de cégep de la fin des années 1980 aux années 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le SPEQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la suite du front commun de 1972, le SPEQ décide de quitter la Fédération au moment où le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) quitte la CSN. Le SPEQ réagit également à la réforme des structures fédérales de 1972 qui faisait disparaitre les secteurs et appelait au démantèlement des syndicats provinciaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les Professeurs d’université ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début des années 1970, le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec (SPUQ) est formé et s’affilie à la CSN et à la Fédération. C’est la première fois en Amérique du Nord qu’un syndicat de professeurs d’université s’affilie à une centrale ouvrière&amp;lt;ref&amp;gt;Laval Rioux, « la FNEEQ au commencement, et la FNEEQ aujourd’hui», FNEEQ Actualité, vol. 3, no 1, septembre 1989, p. 11&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les professeures et professeurs de l’UQAM seront imités par ceux de l’UQAR et de l’UQTR&amp;lt;ref&amp;gt;« La FNEEQ: rappel historique», rapport du Bureau fédéral – conseil fédéral du 23 au 28 février 1979; comité des Statuts, règlements&lt;br /&gt;
et structures; « un peu d’histoire », rapport présenté au conseil fédéral du 14 au 17 avril 1988, p. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais le SPUQTR quitte la CSN et la Fédération à peine quelques années plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que les syndicats de chargées et chargés de cours se constituent durant les années 1980 et s’affilient massivement à la Fédération, les syndicats des professeurs d’université semblent s’y sentir à l’étroit. Peu après la fondation de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) en 1987, le SPUQAR quitte la FNEEQ et la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;Le syndicat quitte la FNEEQ en octobre 1988. Voir le site du Syndicat des professeures et professeurs de l’université du Québec à Rimouski, « chronologie », [en ligne] https:// sppuqar.uqar.ca/ chronologie (page consultée le 29 mai 2019)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le SPUQ demeure affilié à la CSN, mais sa juridiction est confiée, dans le cadre d’un compromis, à la Fédération des professionnèles (FP-CSN). L’affiliation du Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais (SPUQO) à la CSN et à la FP en 2014 a montré que le débat sur la juridiction des professeurs et professeures d’université n’est pas clos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La grogne dans Les Cégeps ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1988, treize syndicats de cégep se désaffilient de la FNEEQ. Cette crise était « latente depuis 1983, suite aux [sic] décrets gouvernementaux et elle s’est accentuée lors des négociations de 1985-1986&amp;lt;ref&amp;gt; « panorama historique », FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995, p. 10&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Ces syndicats forment alors la Fédération autonome du collégial (FAC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour Jean Murdock, ancien président de la FNEEQ et militant syndical au cégep de Jonquière pendant cette période, l’insatisfaction visait particulièrement le fonctionnement de la négociation du secteur public et la difficulté des cégeps d’influencer son déroulement face à la puissante Fédération des affaires sociales&amp;lt;ref&amp;gt;Elle s’intitule maintenant la fédération de la santé et des services sociaux&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le projet politique et organisationnel de la FAC visait à décentraliser le pouvoir et à secouer les syndiqués, alors en état de grande démobilisation. La FAC ne devait pas compter sur des conseillers et des conseillères permanentes, mais sur des personnes élues libérées dont les mandats seraient limités dans le temps. Dans une entrevue réalisée en 1995, l’ancienne présidente Rose Pellerin ajoute « qu’ils pensaient qu’une fois seuls, les syndicats de cégeps pourraient mieux défendre leurs intérêts. Il y avait un peu de corporatisme là-dedans&amp;lt;ref&amp;gt; « Rose Pellerin », FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995, p. 24&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Selon Denis Choinière, alors président de la FNEEQ, les désaffiliations étaient le fruit d’une alliance contre nature entre deux tendances opposées: « Un groupe ne voulait plus de syndicat et l’autre voulait des syndicats plus forts&amp;lt;ref&amp;gt; Entrevue réalisée par Jacques Gauthier, 29 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir du milieu des années 2000, des syndicats remettent en question leur affiliation à la FAC et, au printemps 2009, celle-ci annonce sa dissolution. Une dizaine d’anciens syndicats de la FAC joindront la FNEEQ-CSN. Selon Jean Murdock, les différents changements structurels opérés à la FNEEQ et à la CSN (le comité de coordination des secteurs public et parapublic fonctionnant selon la règle du consensus) ont contribué au retour de ces syndicats. De plus, certains syndicats avaient porté un jugement sévère à l’endroit de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ) lors de la négociation de 2005. En effet, alors que les deux fédérations formaient un cartel, la FEC-CSQ la quittait avant la fin de la négociation. La FAC fut d’ailleurs la seule fédération syndicale d’enseignantes et d'enseignants du collégial à se voir imposer un décret en 2005. Pour l’ancien conseiller syndical Guy Beaulieu, le mode de fonctionnement de la FAC, l’absence de permanents et la limite des mandats ne permettaient pas de conserver l’expertise&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue réalisée par Jacques Gauthier, 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le retour des anciens syndicats à la FNEEQ s’explique donc par la qualité des services offerts par la Fédération. Jean Murdock estime également que l’appartenance à une centrale ouvrière permettait d’augmenter le pouvoir au sein du rapport de force et de refaire l’unité et la solidarité du mouvement syndical des enseignantes et enseignants de cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’automne 2019, quarante-sept ans après avoir quitté la FNEQ, les enseignantes et les enseignants de l’Institut de technologie agroalimentaire ainsi que celles et ceux de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec expriment le souhait de revenir au sein de la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Regroupement privé =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Pionniers du syndicalisme enseignant ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la FNEEQ, les plus vieux certificats d’accréditation proviennent des syndicats du regroupement des établissements privés. Le syndicat du Collège François-de-Laval est, sans conteste, le doyen de la Fédération&amp;lt;ref&amp;gt;on peut ajouter que l’établissement d’enseignement, qui a longtemps porté le nom du petit Séminaire de Québec, est le plus ancien collège du Québec. il a été fondé à l’époque de la Nouvelle-France, en 1668, par le premier évêque de la colonie, Monseigneur François de Laval&amp;lt;/ref&amp;gt; : le 8 janvier 1947, la Commission des relations ouvrières accorde aux professeurs laïques à l’emploi du Séminaire de Québec (l’ancien nom du collège) « un certificat de reconnaissance syndicale aux fins de conclure une convention collective de travail, le tout conformément aux dispositions de la Loi des relations ouvrières&amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la FNEEQ, certificat d’accréditation du syndicat des professeurs du collège François-de-Laval&amp;lt;/ref&amp;gt; ». À l’époque, dans les collèges classiques, dirigés par les congrégations religieuses, les professeurs laïques doivent mener une vie professionnelle astreignante et exemplaire calquée sur celle de leurs collègues religieux qui avaient « la vocation&amp;lt;ref&amp;gt;Au Québec, les membres des communautés religieuses sont très présents dans le milieu de l’éducation. « en 1940, les religieux et religieuses représentaient 49 % du personnel enseignant dans les écoles», Thérèse Hamel,&lt;br /&gt;
« enseignantes et enseignants laïques et religieux et  formation  des  maîtres à la veille de la révolution tranquille », Revue des sciences de l’éducation, volume XVII, no 2, 1991, p. 247&amp;lt;/ref&amp;gt; ». Les conditions de travail des enseignantes et des enseignants laïques, on le devine, sont loin d’être idéales: faible rémunération, aucune possibilité d’avancement, forte emprise des membres des communautés religieuses, précarité des emplois. À l’évidence, l’Association des professeurs du Petit Séminaire de Québec fait alors partie de l’avant-garde du syndicalisme enseignant, et ce, plus de deux décennies avant la naissance de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme au Petit Séminaire, les professeurs de plusieurs collèges classiques se regroupent, à cette époque, en créant l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement classique (APPLEC). Ils posent alors les premiers jalons d’une émancipation collective de l’Église, tout en revendiquant une professionnalisation du corps enseignant au Québec. En juin 1964, lors du congrès annuel, les syndicats de l’APPLEC prennent la décision de s’affilier à la CSN. Ces quelque 30 syndicats, représentant près de 800 membres, créent un précédent: aucun groupement provincial d’enseignantes et d’enseignants n’est alors affilié à une centrale syndicale. L’Association change alors son nom pour celui du Syndicat professionnel des enseignants (SPE).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un an plus tard, le témoignage de Gilles Therrien, membre du SPE, dans Le Travail, publication mensuelle de la CSN, est particulièrement éclairant. Il explique pourquoi les professeurs des collèges classiques ont été les premiers enseignants à se joindre à une centrale ouvrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éduquer les élèves dans une perspective d’engagement syndical. Leur apprendre à respecter le monde du travail. Donner aux professionnels de demain un sens de la démocratie, de l’égalité de tous les hommes dans ce qui conditionne leur vie quotidienne, le travail […]. [Les enseignants] préparent une société où […] ils veulent faire cesser la noirceur de l’ignorance qui tient la masse ouvrière loin de l’»  élite » et entretient chez elle le sentiment de révolte. […] Comme professeur, je crois que le rapprochement avec le monde ouvrier est la seule perspective réaliste de la vie quotidienne. J’apprends alors les conditions de vie des ouvriers et j’apprends à m’engager pour eux, autrement qu’en paroles ou en vagues théories&amp;lt;ref&amp;gt;Le Travail, vol. 41, juin 1965, p. 16&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux syndicats du SPE se joignent, l’année suivante, ceux du SPEQ, et bientôt ceux des cégeps pour former, cinq ans plus tard, en 1969, une nouvelle fédération à la CSN, la Fédération nationale des enseignants québécois (FNEQ), composée de trois secteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parallèlement à la sécularisation rapide de la société québécoise, le nombre de membres des communautés religieuses dans les collèges privés décline rapidement à partir de la fin des années 1970. Conséquemment, au cours de la décennie suivante, la plupart des congrégations cèdent leurs établissements à des corporations laïques qui transforment les collèges en organismes à but non lucratif. Les religieuses et les religieux restent toutefois en poste à la direction de la plupart des collèges jusqu’au milieu des années 1990&amp;lt;ref&amp;gt;on peut signaler deux exceptions : Sœur Annette Bellavance a quitté le Collège Regina Assumpta en 2005, après avoir occupé le poste de directrice générale durant 34 ans; le père Jean-Marc Boulé est décédé alors qu’il était encore en fonction en 2013, 41 ans après être devenu directeur du Séminaire Saint-François&amp;lt;/ref&amp;gt;. Leur ouverture à l’égard du syndicalisme est, à dire vrai, inégale. La négociation des conditions de travail est parfois assortie de reproches singuliers qui n’ont pas d’équivalents ailleurs dans la Fédération : « Vos valeurs syndicales ne sont pas compatibles avec la mission du collège», « les frères considèrent la syndicalisation des professeurs comme une insulte», « vous faites de la peine aux sœurs de la Congrégation », « l’abbé est décédé par votre faute»… La militance syndicale, dans les collèges privés, est souvent accompagnée d’un supplément de culpabilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Objectif : négociation collective des conditions de travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, Sœurs de Sainte-Anne, Sœurs de la Providence, Sœurs Saint-Joseph, Jésuites, Sulpiciens, Capucins, Salésiens, Eudistes, Maristes, Clercs de Saint-Viateur, Frères des écoles chrétiennes, Frères de l’Instruction chrétienne, Pères de la Congrégation de Sainte-Croix : au départ, la liste des interlocuteurs patronaux est aussi longue que variée. Les conventions collectives des syndicats du regroupement privé ont d’ailleurs longtemps porté des traces des relations particulières avec ces employeurs congréganistes. Par exemple, bon nombre de contrats de travail prévoyaient des clauses de congés spéciaux pour « la prise d’habit, l’ordination, les vœux perpétuels de son enfant, de son frère, de sa sœur&amp;lt;ref&amp;gt;Convention collective de travail du Syndicat du Collège Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, (1998-2001),&lt;br /&gt;
p. 16&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À son arrivée à la CSN, le SPE est l’agent négociateur de ses membres. Au cours des années 1950, les négociations se déroulent localement en misant sur le fait que les gains des uns deviennent les objectifs des autres. Lors de l’arrivée des syndicats des collèges classiques à la CSN et à la FNEQ, le SPE adopte une stratégie plus ambitieuse : elle mise sur les transformations des réseaux de l’éducation pour regrouper la négociation de l’ensemble de ses syndicats. En février 1968, Le Travail rapporte que le SPE « groupe environ 1000 professeurs qui enseignent dans quelque 30 collèges classiques privés. Pour la première fois, il y a dans ce secteur une négociation d’envergure provinciale&amp;lt;ref&amp;gt;Le Travail, vol. 44, février 1968, p. 7&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Durant les douze années qui vont suivre, des efforts considérables seront déployés par la FNEQ pour réaliser cet objectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’union des forces syndicales marque la ronde de 1972 avec la création du Front commun de la CSN, de la FTQ et de la CEQ qui rassemble 210 000 employées et employés de l’État. À l’instar des cégeps et du SPEQ, les 17 syndicats des collèges privés de la FNEQ sont, eux aussi, partie prenante du Front commun. Les représentants syndicaux du SPE et leurs vis-à-vis patronaux négocient à une table qui leur est réservée. Tout comme les autres personnes syndiquées du secteur public, ils rejettent les offres du gouvernement libéral de Robert Bourassa en mars 1972 et votent la grève générale illimitée. Ils subiront eux aussi le décret gouvernemental qui les forcera à retourner au travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du conseil fédéral de la FNEQ en juin, l’heure est à un bilan mitigé. La présidente, Francine Lalonde, dénonce vigoureusement l’attitude patronale : « le conflit a éclairé de la lumière du grand jour la vraie nature des administrations locales […]. [Elles] ont agi en contremaîtresses du Ministère de l’éducation [sic] et du Gouvernement […]. Plus que jamais donc, nous sommes forcés en tant que syndicat, à la lucidité, à la prospective et à l’organisation&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 2-3-4 juin 1972&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, la transformation des structures de la FNEQ entraine la dissolution du SPE et l’affiliation séparée de chacun de ses syndicats. Par conséquent, lors de la ronde de 1975, c’est la FNEQ qui négocie au nom des syndicats des collèges privés à la table provinciale. Seule une partie des conditions de travail communes a pu être négociée à cette table, car les patrons ont fait valoir auprès du gouvernement leurs particularités locales et l’impossibilité de respecter une convention collective unique. Le rapport de cette négociation, fait lors du conseil fédéral de l’été 1976, montre que les employeurs se sont servis de la bonne vieille recette qui consiste à diviser pour mieux régner: « Quand les moyens de pression ont commencé, [les employeurs] ont tout mis en œuvre pour dissocier les syndicats locaux de la négociation provinciale, entre autres en assurant certains qu’il leur serait beaucoup plus facile d’avoir gain de cause au collège&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 16 juin et 24-25-26-27 aout 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec quelques années de recul, la FNEQ fait le constat, dans la revue Nouveau Pouvoir, que cette négociation provinciale de 1975 a été un point tournant pour les collèges privés:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré le projet commun de convention collective, c’était le début de la différence entre les syndicats. Le règlement avait devancé celui du secteur public. Les syndicats s’étaient donné des clauses remorques qui leur garantissaient le même salaire que le secteur public. Cependant, l’échéance des conventions n’était plus la même. Une stratégie patronale avait réussi à briser le regroupement naturel d’avant 1975&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, décembre 1981, p. 16&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1979, le projet d’unifier les forces syndicales des collèges privés est toujours vivant, mais le nombre de syndicats ayant réussi à coordonner leur calendrier avec celui du secteur public se limite à six. Pour ces syndicats, une table provinciale est bel et bien créée, mais la ronde de négociation se solde avec la rupture de la table et le report des négociations sur le plan local.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les compressions budgétaires imposées en 1980 mènent, sans surprise, plusieurs établissements à vivre une situation financière précaire et même à menacer de fermeture. Les pertes sont considérables en ce qui a trait aux conditions de travail qui s’éloignent de plus en plus de celles du secteur public : diminution des salaires, augmentation du rapport maitre-élèves, mises à pied, octroi de la permanence reporté indéfiniment, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1981, la FNEQ fait une dernière tentative pour regrouper les syndicats du privé en revendiquant leur inclusion à la loi 55 (Loi sur l’organisation des parties patronale et syndicale aux fins des négociations collectives dans les secteurs de l’éducation, des affaires sociales et des organismes gouvernementaux). Peine perdue : les collèges privés ne font pas partie de la liste des organismes visés par la Loi et, désormais, les négociations au secteur privé se feront exclusivement de manière locale, en conservant toutefois, dans la plupart des établissements, des clauses de parité avec le secteur public en ce qui a trait aux échelles salariales et au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’aube des années 2010, les syndicats du privé s’intéressent de près aux mécanismes de la négociation regroupée des chargées et chargés de cours des universités, qui a donné des résultats intéressants, notamment celui d’un rattrapage salarial de 60 % dans la décennie précédente. Le regroupement privé adopte alors des demandes communes concernant les congés parentaux et les congés sociaux.&lt;br /&gt;
« C’est une nouveauté qui vise à mettre en place une approche plus concertée des négociations pour les syndicats du regroupement tout en respectant l’unicité des établissements. […] Le but de cette démarche n’est pas d’avoir le même nombre de congés dans tous les établissements, mais bien de se doter d’une approche de négociation commune&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan 2009-2012 du regroupement privé, 30e congrès FNEEQ, p.8-9&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Cette première phase obtient du succès, on observe des gains dans presque tous les collèges, si bien que les syndicats du regroupement privé décident en 2015 de s’attaquer à des sujets plus ambitieux: la transparence financière, la sous-traitance, les conditions de fermeture d’établissement, le soutien auprès des EHDAA et EESH et les libérations syndicales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière demande constitue précisément le talon d’Achille des syndicats du regroupement privé. Les conditions de militance sont véritablement médiocres si on les compare à celles des deux autres regroupements de la Fédération. Les syndicats les plus anciens doivent lutter contre la tradition bien ancrée du bénévolat syndical. Quant aux milieux récemment syndiqués, la situation s’améliore un peu dans la mesure où les cotisations soutiennent davantage les libérations locales des officières et des officiers. Cela dit, peu importe l’établissement, il est clair que le petit nombre de membres à l’intérieur des syndicats du regroupement privé, conjugué à la volonté affichée des employeurs de ne pas « payer une personne qui travaille contre lui », limite grandement les moyens de reconnaitre l’engagement syndical. Par conséquent, la participation aux activités de la FNEEQ se voit limitée, le plus souvent, aux formations et aux réunions du regroupement privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La position de la FNEEQ sur le réseau privé : Ménager la chèvre et le chou ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La position de la Fédération au sujet du financement des écoles privées s’articule depuis près de 50 ans autour de deux préoccupations qui pourraient sembler contradictoires : d’une part, la revendication d’une école publique de qualité, gratuite et accessible à toutes et à tous; d’autre part, la défense des conditions de travail de celles et ceux qui œuvrent dans le secteur de l’enseignement privé. La singularité de la position de la FNEEQ tient précisément dans la réconciliation de ces deux perspectives. Cependant, il faudra plusieurs années avant d’y arriver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la foulée des recommandations du rapport Parent, le gouvernement adopte en 1969 la loi 56 sur l’enseignement privé qui entraine la disparition des collèges classiques et la création des collèges privés subventionnés par l’État. Cette réforme passe par le renoncement à l’autonomie institutionnelle et l’obligation de se conformer aux programmes officiels et aux règlements édictés par le ministère de l’Éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que certains établissements maintiennent leurs activités au secteur privé, d’autres les transfèrent dans le réseau public. La réorganisation majeure du système d’éducation entraine, peu de temps après la fondation de la FNEQ, une reconfiguration des allégeances syndicales : le nombre de membres du SPE et du SPEQ diminue considérablement au profit des cégeps et de la CEQ. Concrètement, les 30 syndicats du SPE affiliés à la CSN en 1964 ne sont plus que 17 lors de la négociation collective de 1972. La chute est encore plus brutale au SPEQ: des 25 syndicats fondateurs, il n’en reste plus que quatre cette même année, pendant laquelle ils prennent d’ailleurs la décision de quitter la FNEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’emblée, la Fédération adhère sans réserve à l’objectif central de la réforme qui vise la démocratisation de l’éducation en favorisant l’accès à un enseignement de qualité à tous les jeunes, peu importe leur statut social ou leur lieu de résidence. Cette optique crée des tensions à l’intérieur des rangs entre les collèges privés et les cégeps. Les premiers, qui voient leur groupe se décimer, cherchent un appui auprès des seconds. En 1972, les membres du SPE souhaitent faire adopter une recommandation sur la reconnaissance du système d’enseignement privé. Elle sera déposée en raison des « divisions profondes et inutiles, dans le contexte actuel, qui pourraient résulter d’une discussion et d’un vote à la FNEQ sur la proposition en cause&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 2-3-4 juin 1972&amp;lt;/ref&amp;gt;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’élection du gouvernement péquiste en 1976 ravive le débat en raison de sa volonté d’apporter de nouvelles orientations au système scolaire québécois. La FNEQ s’engage dans une tournée des syndicats de la Fédération pour nourrir une réflexion sur l’enseignement privé. Le conseil fédéral de novembre 1977 adopte une recommandation qui vise la conversion des établissements privés dans le secteur public:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	Que le gouvernement déclare publiques et traite comme telles les actuelles institutions privées dispensant des enseignements réguliers qui se soumettront au régime pédagogique, aux critères d’accessibilité par la clientèle scolaire et aux normes de financement du réseau public;&lt;br /&gt;
—	Que les institutions ne répondant pas à ces critères ne soient plus subventionnées par l’État;&lt;br /&gt;
—	Que les employés des actuelles institutions privées soient donc intégrés au réseau public avec leur unité d’accréditation et, par conséquent, les garanties syndicales nécessaires (expérience, ancienneté, classement, sécurité d’emploi, etc.);&lt;br /&gt;
—	Que le gouvernement révise ses politiques de formation des nouveaux maîtres de manière à rendre possible l’intégration du personnel en place sans provoquer des coûts additionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la FNEQ dénonce :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a)	la fermeture d’écoles publiques lorsque ce n’est pas strictement nécessaire;&lt;br /&gt;
b)	la fermeture d’une école publique tant qu’existe une école privée dans cette région;&lt;br /&gt;
c)	l’ouverture de nouvelles écoles privées&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 25-26-27 novembre 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que cette position permette de concilier la défense des droits au travail et l’engagement envers la démocratisation de l’enseignement, elle ne fait pas l’unanimité. On rapporte dans Nouveau Pouvoir que « cette position a suscité et suscite encore des divisions profondes dans les assemblées syndicales des professeurs des institutions privées. Elle apparaît à certains comme une menace à leur emploi. Plusieurs employeurs l’utilisent pour développer un sentiment antisyndical&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, décembre 1981, p. 7&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu des années 90, la position de la FNEEQ est précisée dans le cadre des consultations de la Commission sur les États généraux sur l’éducation&amp;lt;ref&amp;gt;comité de travail du regroupement des établissements privés, « Mise à jour du portrait de l’enseignement privé : une vision enseignante et syndicale », FNEEQ, juin 1996, p. 2&amp;lt;/ref&amp;gt;. À la revendication de l’intégration au secteur public s’ajoute alors la demande du maintien des subventions gouvernementales, puisque toute diminution menace directement les conditions de travail de celles et ceux qui œuvrent dans le secteur privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question revient dans les manchettes presque tous les dix ans : après les États généraux de 1995 survient une demande de suppression complète des subventions de la part de la Fédération des commissions scolaires du Québec et de la CSQ en 2005, tandis qu’en 2014, le ministre Bolduc jongle avec l’idée de réduire les subventions de 50 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces menaces secouent profondément le regroupement privé qui est aux prises avec la fermeture potentielle d’un grand nombre d’établissements et la perte des emplois de leurs membres. Elles affectent aussi la Fédération qui revisite, chaque fois, sa position tout en la maintenant à peu près identique au terme de débats particulièrement houleux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dernière recommandation, adoptée au Congrès de 2015, continue à réconcilier les deux perspectives auxquelles la Fédération adhère: son engagement en faveur d’un réseau d’éducation public de qualité pour toutes et tous, ainsi que la protection des emplois des personnels du secteur privé. Cette fois, on y ajoute la nécessité d’un protocole d’intégration négocié par le gouvernement advenant la fermeture d’un établissement ou la révision du financement du réseau privé. Cette dernière revendication est tributaire de l’échec retentissant et douloureux de la tentative d’intégration du Collège Antoine-Girouard au réseau public en 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut mentionner que la FNEEQ a réussi, au cours des années 1990, à transférer les activités d’enseignement de plusieurs établissements privés au secteur public. Ces conversions ont eu lieu au Petit Séminaire de Saint-Georges (devenu le cégep Beauce-Appalaches en 1990), au Collège Marie-Victorin (devenu cégep en 1993), à l’École de musique Sainte-Croix (intégrée au cégep Saint-Laurent en 1997), et au Collège de l’Assomption (composante du cégep régional de Lanaudière à partir de 1998). Ces conversions ont été favorisées par l’appartenance à l’ordre collégial : le passage du privé au public est facilité par l’intégrité structurelle et l’autonomie financière de chacun des cégeps appartenant au réseau public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au printemps 2013, l’annonce de la fermeture du Collège Antoine-Girouard et le projet de transfert de ses activités d’enseignement à la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe met en lumière les obstacles bien plus considérables d’une conversion à l’ordre secondaire. Les espoirs « d’une intégration, par conversion, au secteur public dans le respect des droits des personnels qui y œuvrent» sont largement contrés par le manque de planification de la direction du Collège, par l’intransigeance de la Commission scolaire ainsi que par l’absence d’ouverture de la part du syndicat FSE-CSQ en place. La FNEEQ met tout en œuvre pour amener les parties à discuter et à trouver des solutions pour maintenir les emplois des enseignantes et des enseignants qu’elle représente. Malheureusement, le Collège est racheté par la Commission scolaire, grâce à une subvention du Ministère, et en septembre 2016, le Collège rouvre ses portes en offrant les mêmes programmes en l’absence de la totalité du corps enseignant d’Antoine-Girouard&amp;lt;ref&amp;gt;à l’exception de l’entraineur de l’équipe de hockey midget AAA, les Gaulois, transférée à la commission scolaire de Saint-Hyacinthe&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Portrait de nouvelles réalités ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd’hui, le regroupement des établissements privés s’est beaucoup diversifié. Il compte 42 syndicats en provenance de presque toutes les régions du Québec. Au cours des sept dernières années, 13 nouveaux membres se sont ajoutés au regroupement, ce qui correspond à une augmentation du tiers de ses syndicats. Cette forte tendance à la hausse de la syndicalisation des travailleuses et des travailleurs des établissements privés à la FNEEQ s’explique par plusieurs facteurs: précarité accrue de l’emploi dans les collèges privés, gestion administrative plus rigide, complexification et détérioration des relations de travail, impact significatif des politiques d’austérité gouvernementales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois ordres d’enseignement sont représentés au regroupement privé de la FNEEQ, le primaire (7), le secondaire (30), le collégial (10). Plusieurs collèges offrent une formation qui couvre deux ordres d’enseignement, alors que le Collège Stanislas en compte trois : le primaire, le secondaire et le collégial. Plus récemment se sont joints de nouveaux syndicats représentant des professeurs qui enseignent dans les écoles de langue, de danse ou de musique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le français est la langue d’enseignement de la majorité des collèges, mais l’anglais est aussi parlé dans six d’entre eux et la langue innue dans deux autres. C’est près de 3700 personnes syndiquées du secteur privé que la FNEEQ représente en ce moment dans le regroupement, qui est composé principalement d’enseignantes et d’enseignants, mais aussi de professionnels et de personnel de soutien dans 17 établissements.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LuttePourLaReconnaissance&amp;diff=458</id>
		<title>LuttePourLaReconnaissance</title>
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		<updated>2021-05-17T19:34:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:Lutte pour la reconnaissance 1995-2019}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FNEEQ est aujourd’hui une fédération en santé et ce n’est pas à grâce au gouverne­ment et aux administrations locales qui ont tout tenté, surtout depuis les années 1980, pour déstabiliser les organisations syndicales et démoraliser les enseignantes et les enseignants. L’organisation a tenu le coup dans la tempête, ses militantes et ses militants se sont retroussé les manches et ont trouvé les parades et les solutions.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la résilience, la FNEEQ en a. Elle a connu plus que sa part d’attaques et d’incompréhension. La philosophie néolibérale qui a déferlé sur l’Occident dans les années 1980 n’a pas épargné le Québec et a charmé ses élites financières et ses gouvernements. L’éducation, comme d’autres secteurs sous responsabilité publique, en a largement fait les frais : compressions dans les budgets, précarisation de l’emploi, privatisation des programmes. La Fédération n’a pas cédé et a sans cesse défendu la cause de l’éducation accessible pour toutes et tous, partout sur le territoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La fédération =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats d’enseignantes et d’enseignants sont aux prises avec des administrations et des gouvernements qui rêvent d’entreprises privées et de contrôle. Ils agissent pour enlever tout moyen d’action aux syndicats. Leur gestion est de plus en plus opaque: insatisfaits des résultats obtenus à la régulière, ils utilisent les moyens de répression de l’État; lois spéciales, décrets. Les désaffiliations de 1989 ainsi que l’assurance avec laquelle ils imposent ou tentent d’imposer de nouvelles règles: tout semble concourir à une démobilisation syndicale ou tout au moins à un affaiblissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas le cas. Malgré les embuches et les discours creux, les syndicats et la Fédération s’organisent, s’adaptent aux nouvelles réalités et acceptent la lutte, mais sur un terrain syndical. L’organisation évolue et leurs revendications sont porteuses: ils vont se battre pour le respect et la reconnaissance de leur rôle dans l’enseignement et dans la société. À la FNEEQ, le deuxième front n’est jamais loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les attaques au système d’éducation se multiplient et depuis longtemps. La qualité de l’enseignement et la reconnaissance de la profession sont sous une menace constante. La FNEEQ se bat sur les deux fronts. Que le gouvernement soit libéral ou péquiste, elle dénonce la politique de l’État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] il faut insister sur l’interminable succession de compressions budgétaires imposées par les gouvernements libéral et péquiste au cours des dernières années qui a attaqué durement le monde de l’éducation. Chaque regroupement de la FNEEQ en a subi les contrecoups: coupures dans les services directs aux étudiants dans les cégeps et les universités, abolition de charges de cours et de cours dans les universités, pertes d’emplois et fermetures de collèges au secteur privé. La FNEEQ a, maintes fois, dénoncé l’obsession gouvernementale d’atteindre le déficit zéro, elle s’est prononcée contre les politiques d’austérité et le démantèlement des services publics&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Fédération dénonce aussi une forme de répression qui se manifeste de manière insidieuse au-delà des mesures d’austérité par la judiciarisation des relations de travail, mais aussi de la contestation sociale: règlements municipaux pour limiter la liberté d’expression, recours au devoir de loyauté pour museler les travailleuses et les travailleurs, dont les enseignantes et les enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la FNEEQ les exemples sont éloquents : la suspension du président du Syndicat des enseignantes et des enseignants du cégep Lévis Lauzon pour son travail syndical, la suspension des deux enseignants du cégep d’Alma pour leurs propos concernant leurs inquiétudes sur le climat de travail, l’escalade de la répression à l’UQAM engendrée par l’attitude de l’administration ou la requête du CPNC [Comité patronal de négociation des collèges] auprès de la Commission des relations du travail qui a mené aux remontrances et aux mesures disciplinaires contre plusieurs de nos camarades pour leur participation à la grève sociale du 1er mai&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès de la FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une belle victoire cependant: à la même époque, l’École de musique Sainte-Croix, propriété des sœurs de Sainte-Croix et opérant à l’intérieur du Cégep de Saint-Laurent, menace de fermer. Il y a 55 enseignantes et enseignants impliqués, surtout des femmes. L’école veut passer au secteur public. Si on applique strictement les règles d’intégration du collégial public, seulement une quinzaine de professeures et de professeurs peuvent sauver leur emploi, ce qui signifie la fin de l’École telle qu’elle est. La négociation se poursuit pendant cinq mois et les 55 emplois sont finalement sauvés. Une belle bataille de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, la Fédération de enseignants de cégep FEC) et la Fédération autonome du collégial (FAC) discutent de la possibilité de fusionner&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, juin 2000, rapport des activités de la fédération, p. 10-11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Affaiblie par les départs en 1989 alors qu’elle se retrouve avec 17 000 membres et 54 syndicats, la Fédération se refait graduellement une santé et aujourd’hui, 30 ans plus tard, elle fédère plus de 34 000 membres et 100 syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’enseignement en 1995 n’est pas présenté comme une profession d’avenir. On vante l’importance de l’éducation, mais on dénigre les personnes qui la dispensent quotidiennement. Les gains réalisés en négociation sont continuellement remis en cause, que ce soit l’autonomie pédagogique, la lutte à la précarité, la réduction de la tâche ou les salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron, qui arrive au comité exécutif en 2000, voit ainsi la situation: «La FNEEQ doit rompre avec le traumatisme de 1989 et réaffirmer son autonomie. Nous sommes une fédération autonome et solidaire de l’ensemble de la classe ouvrière. Sur la planète entière, il y a très peu de fédérations d’enseignants affiliées à une centrale ouvrière, c’est surtout très rare dans l’enseignement supérieur. Or cette appartenance est dans l’acte de naissance de la FNEEQ: autonomie et solidarité. La création de la FAC a forcé la FNEEQ à réfléchir à nouveau sur sa place dans une centrale ouvrière. Et elle a réaffirmé son acte de naissance. La CSN a joué un rôle majeur dans l’évolution du syndicalisme enseignant; elle a toujours résisté aux attaques gouvernementales contre les services publics&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Ronald Cameron le 29 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les états généraux de L’éducation et le sommet socio-économique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1995, le gouvernement convoque les États généraux de l’éducation. Les relations des syndicats avec le gouvernement péquiste ne sont pas très bonnes. L’austérité et son pendant, le déficit zéro, font mal. Le discours du gouvernement est axé sur la réussite et la performance, du préscolaire à l’université, mais en réalité sa préoccupation principale est de diminuer les couts du système, d’en arriver au déficit zéro.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes leur réticence, les syndicats de la FNEEQ y participent. Ils sont méfiants, mais ne peuvent rester à l’écart. Ils revendiquent depuis longtemps une discussion de fond sur l’éducation au Québec et toutes les tribunes doivent être utilisées. Durant ces États généraux, la Fédération maintient la nécessité d’investir en éducation:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos choix syndicaux pour l’éducation passent plutôt par l’articulation d’un financement adéquat avec l’ensemble des besoins de formation. Ils passent par le développement d’une politique nationale de l’éducation qui touche tous les ordres d’enseignement, intégrant l’harmonisation et le principe de formation continue. Ils nécessitent de tisser des liens opérationnels avec les milieux de travail en matière de formation professionnelle et technique. Ils passent surtout par la valorisation de la profession enseignante et la participation réelle des enseignantes et enseignants aux mécanismes de décision touchant l’éducation&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès de la FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact réel de ces États généraux est plus médiatique que pratique. Ils servent à préparer le secteur de l’éducation au Sommet socio-économique qui suit et qui doit définir les limites du cadre budgétaire que le gouvernement veut respecter. C’est le déficit zéro, de nouvelles compressions, des mises à la retraite anticipée et plus de privatisation de services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ et la CSN ont une autre vision. Les difficultés économiques devraient plutôt être l’occasion d’une réorganisation du travail, une occasion d’introduire les personnels dans les processus de décision, autant dans les établissements d’enseignement que dans les entreprises. Une telle lutte serait favorable aux travailleuses et travailleurs précaires, dont les chargées et chargés de cours à l’université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est évident que pour les chargé-es de cours comme pour d’autres personnes à statut précaire dans la société, la perspective d’une réorganisation du travail apparaît comme une ouverture vers quelque chose de mieux dans un monde du travail par ailleurs fermé&amp;lt;ref&amp;gt;«Réorganiser le travail», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;[…].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les universités sont sous la loupe du gouvernement. Répondent-elles aux besoins de la société (comprendre des entreprises) ? Le système d’enseignement au Québec a atteint un niveau de performance reconnu. Les cégeps y sont pour beaucoup et la formation technique y a grandement contribué. Elle s'attribue une des missions traditionnelles de l’université, celle de former des travailleuses et des travailleurs de haut niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un contexte de remise en cause de l’université, les attentes sont grandes pour la reconnaissance des chargées et chargés de cours. Ils se sont mis en évidence lors des États généraux et ont vigoureusement plaidé leur cause. Certes les conditions de travail s’améliorent continuellement, mais il y a toujours un hic : quelle est leur place dans l’université ? Cette quête devient leur dossier principal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est de retour sur le comité exécutif de la Fédération en 1995 et confirme son avancée: « Les [chargées et chargés] de cours, soutenus par la Fédération, ont profité des États généraux pour défendre leur position d’une meilleure intégration au sein de l’université. Les professeurs sont reconnus, ont leur place dans la structure alors que les [chargées et chargés] de cours ne se retrouvent nulle part; comme s’ils ne font que donner leurs cours et retourner chez eux&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ministre Marois rend publique sa politique de l’éducation au début de 1997, sous l’intitulé ''Prendre le virage du succès''. Elle annonce alors « d’importants bouleversements dans les façons de faire, une nouvelle répartition des pouvoirs et une modification de nos habitudes&amp;lt;ref&amp;gt;Comité école et société, «une autre réforme en éducation», FNEEQ actualité, vol. 11, no 1, mars 1997, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;». On serait porté à rectifier ainsi: «que du nouveau pour le système d’éducation!»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mettre en place une nouvelle réforme tout en imposant des compressions budgétaires et des coupures? Oui, si la réforme se limite à comprimer et à réduire encore. La Fédération, en tout cas, ne voit pas trop comment le gouvernement pourra réussir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De 1994 à 1999, les universités se sont vu amputer de 450 millions de dollars et les cégeps de 250 millions, ce qui constitue environ 25 % des budgets de ces établissements. Les établissements d’enseignement privé subissaient des compressions équivalentes à celles effectuées dans le secteur public. Les coupures en éducation ont été, toute proportion gardée, plus importantes que celles effectuées dans la santé. Alors que les dépenses en éducation représentaient 24 % du budget du Québec, les compressions en éducation ont représenté 29% du total des coupures&amp;lt;ref&amp;gt;Mot du comité exécutif, Procès-verbal du 24e Congrès de la FNEEQ, juin 2000, p. 84.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ministre Marois cherche à briser le tronc commun de formation et favorise un enseignement technique « allégé » qui réponde plus directement aux besoins des entreprises. La FNEEQ défend un enseignement collégial de qualité égale partout, comme le voulait le rapport Parent il y a plus de 40 ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La force des programmes techniques, leur reconnaissance par les employeurs, leur attrait auprès des jeunes tiennent à la qualité d’une formation générale et polyvalente qui associe un fond culturel commun à un champ de spécialisation assurant une réelle insertion professionnelle. C’est là le véritable défi de l’arrimage de la formation générale et de la formation technique&amp;lt;ref&amp;gt;Comité école et société, «La défense de l’enseignement collégial», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’engage à fond dans la campagne visant à contrer une décentralisation majeure des responsabilités de l’enseignement collégial, qui mettrait en péril l’avenir du réseau. Il s’engage de plain-pied dans la bataille contre l’habilitation des collèges à décerner le diplôme d’études collégiales (DEC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’engage à fond dans la campagne visant à contrer une décentralisation majeure des responsabilités de l’enseignement collégial, qui mettrait en péril l’avenir du réseau. Il s’engage de plain-pied dans la bataille contre l’habilitation des collèges à décerner le diplôme d’études collégiales (DEC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1999, la question du classement de l’enseignement collégial revient sur la table: dans un mémoire sur la formation du personnel enseignant au collégial, la Fédération affirme à nouveau que les enseignantes et&lt;br /&gt;
les enseignants du collégial constituent une catégorie distincte de celle du personnel enseignant du primaire et du secondaire et affirme qu’ils font partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le plan de l’organisation, au lendemain de la négociation de 2000 et au regard des résultats, la FNEEQ relance la FAC et l’invite à débattre de l’unité des forces syndicales. La FAC refuse parce que la FNEEQ est membre d’une centrale syndicale. Mais de l’aveu même de la FAC, cette question d’unité provoque de nombreux débats dans ses instances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La loi 111 jugée inconstitutionnelle ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En décembre 2000, les trois juges de la Cour d’appel, le plus haut tribunal du Québec, déclarent à l’unanimité la loi 111 inconstitutionnelle:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les salarié-es ayant déposé des griefs concernant les pertes subies en vertu de cette loi pourront donc réclamer les pertes encourues avec intérêt. Adoptée par l’Assemblée nationale du Québec en février 1983, la Loi 111 visait à assurer la reprise des services dans les collèges et écoles du secteur public. La loi mettait fin aux grèves et obligeait les salarié-es à travailler selon les conditions prescrites par les Lois 70 et 105. Ces dernières, promulguées en juin 1982, déterminaient les conditions de travail et de rémunération des enseignantes et enseignants du secteur public du 1erjanvier 1983 au 31 décembre 1985. Près de 30000 plaintes pénales avaient été déposées par le gouvernement, mais la Cour suprême du Canada déclarait lesdites lois inconstitutionnelles en février 1990.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’inconstitutionnalité de la Loi 111 signifie l’acquittement de quelque 8000 membres de la FNEEQ et évite à la FNEEQ et à la CSN de payer des amendes qui auraient pu varier de 1,5 million à 14 millions de dollars&amp;lt;ref&amp;gt;France Desaulniers, «Les juges unanimes à déclarer la loi 111 inconstitutionnelle», Carnets, no 1, p. 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’internationale de l’éducation ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ adhère à l’Internationale de l’Éducation (IE)&amp;lt;ref&amp;gt;L’internationale de l’éducation (IE) regroupe 32 millions d’employées et employés de l’éducation réunis dans 391 organisations réparties dans&lt;br /&gt;
179 pays et territoires à travers le monde. [ei-ie.org/ fr/detailpage/4350/a-pro- pos-de-lie].&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2000. Elle s’implique au comité éducation supérieure, où elle est un incontournable, selon Laval Rioux&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Laval Rioux le 29 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle s’était déjà engagée au Congrès de 1997 à développer des axes d’intervention à l’international, dont une affiliation à la Confédération des éducateurs américains (CEA). La FNEEQ participe de manière assidue aux instances de ces organisations, congrès, colloques, actions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La présence de la Fédération à l’IE l’a mise en lien avec les syndicats canadiens et américains. Ils sont jaloux des conditions de travail que les chargées et chargés de cours québécois ont obtenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2001, autour du Sommet des Amériques qui se tient à Québec en avril, la FNEEQ réunit plus de 300 personnes dans un colloque sur l’éducation et la mondialisation&amp;lt;ref&amp;gt;France Desaulniers, «L’éducation face à la mondialisation», Carnets, vol. 1, no 2, juin 2001.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les effets de la mondialisation sur l’éducation sont peut-être moins apparents que dans d’autres secteurs d’activités, mais ils sont tout aussi pernicieux et dommageables pour l’ensemble de la population. L’éducation est essentielle au développement de la démocratie, il importe de contrer le principal danger qui la guette, soit une vision utilitariste qui compromet l’objectif de formation de citoyennes et de citoyens libres et actifs&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Patry, «extraits du mot de bienvenue de Pierre Patry», Carnets, vol. 1, no 2, juin 2001, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Carmen Quintana ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La solidarité internationale fait partie de l’ADN du mouvement syndical. Denis Choinière nous raconte un moment émouvant vécu lors d’un conseil de la Fédération des affaires sociales, aujourd’hui FSSS-CSN, au début des années 2000, où il accompagne Carmen Quintana. Pour mémoire, en 1986, au Chili, cette étudiante de 18 ans manifeste dans un quartier populaire contre le régime Pinochet en compagnie d’un ami photographe, Rodrigo Rojas, 19 ans, de retour d’exil des États-Unis et ayant vécu quatre ans au Québec. Durant la manifestation, ils sont pris à partie par une patrouille militaire, aspergés d’essence et brulés vifs puis laissés pour morts dans un champ. Des paysans les trouvent et les transportent à l’hôpital. Le photographe décède alors que Carmen survit avec des brulures au troisième degré sur plus de 60 % du corps. Elle sera soignée à Montréal : « La FAS manquait de temps à l’horaire et se montrait réticente à ce que Quintana s’adresse au conseil sur une question de privilège. Nous avons insisté et on nous a finalement alloué quatre minutes. Après 15 ou 20 minutes, Quintana parlait toujours, la traduction simultanée avait cessé, c’était en espagnol seulement, les gens écoutaient comme jamais même si la plupart ne comprenaient pas ce qu’elle disait, plusieurs pleuraient. On a fait une collecte et on a récolté près de 50000 $ d’un coup. Pour moi, ce fut un moment de solidarité exceptionnel&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Des années plus tard, en 2019, un juge chilien condamne six militaires pour ces actes atroces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le réseau collégial à nouveau menacé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès juin 2003, le nouveau gouvernement libéral annonce son intention de procéder rapidement à la réorganisation, la réingénierie, de l’État québécois. Axée principalement sur une remise en question du rôle de l’État et des services publics et de fortes réductions d’impôts, cette réorganisation ne peut qu’entrainer une remise en question du système éducatif. Dans la mire du gouvernement se trouve le réseau collégial. La Fédération des commissions scolaires du Québec propose même d’abolir le réseau collégial et de partager sa dépouille avec l’université. Dès lors, la FNEEQ annonce qu’elle sera de tous les rendez-vous pour défendre le réseau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette suggestion d’abolition allait très loin, probablement beaucoup plus que ce que le ministre de l’Éducation d’alors, Pierre Reid, avait en tête. Les universités, au début plus ou moins réceptives à l’idée, allaient au bout de quelques mois commencer à y trouver un intérêt. Le ministre quant à lui n’a rien fait pour calmer le jeu, lorsqu’il a annoncé qu’au Forum sur l’avenir de l’enseignement collégial, tenu au printemps 2004, tout serait sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Coalition-cégeps, mise sur pied en octobre 2003, regroupe les associations étudiantes, les parents et l’ensemble des personnels à l’œuvre quotidiennement dans les cégeps. Elle réaffirme que le réseau collégial tel qu’il a été créé favorise l’accessibilité aux études supérieures : le cégep est un acquis pour tous les jeunes et tous les adultes partout au Québec. La création des cégeps a permis le développement d’une société plus démocratique, plus ouverte sur le monde et mieux adaptée aux changements en cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrive le forum, voulu par le ministre Reid, sur l’avenir des cégeps. Surprise : les enseignantes et les enseignants ne sont pas invités. Le forum sera l’affaire des directions et des conseils d’administration. On reste entre gens bien. La Coalition et le regroupement cégep organisent la riposte, investissent le Forum par toutes les ouvertures possibles et tiennent un contre-forum sur les Plaines d’Abraham, où 2000 personnes se questionnent sur le bienfondé des réformes envisagées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce branlebas semble fonctionner. Les orientations ministérielles promises pour la fin de l’été 2004 n’arrivent qu’en début 2005. Le loup est devenu agneau : il laisse intactes les fondations du réseau collégial et reconnait l’importance de la formation générale pour tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’hydre néolibérale a la vie dure. En 2006, les Lucides font surface. Ils revendiquent moins d’intervention de l’État, une plus grande présence du secteur privé, plus de productivité et un système d’éducation au service de l’entreprise. Selon eux, on travaille mieux et plus au privé. La FNEEQ n’a pas l’intention de rester les bras croisés devant ces pyromanes qui tentent de mettre le feu aux services publics. La Coalition-cégeps se réunit à Québec à la fin de novembre et fait le point sur le sous-financement du réseau collégial:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les investissements dans les cégeps, annoncés en décembre dernier par le gouvernement du Québec, étaient de l’ordre de 20 millions de dollars par année. Cela ne représente que 25% des nouvelles sommes consenties en enseignement supérieur, alors que la dépense courante de l’État pour les cégeps représente 40% de l’ensemble des dépenses pour le même secteur. Par ailleurs, nous sommes bien loin des 300 millions de dollars estimés par la Fédération des cégeps pour retrouver le niveau de financement du milieu des années 90, et encore plus loin de ce qui serait nécessaire pour permettre au réseau un développement répondant aux défis du nouveau siècle&amp;lt;ref&amp;gt;Micheline Thibodeau, «Le sous-financement a assez duré: investissons dans le réseau des cégeps!», Carnet collégial, no 1, mars 2007, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dossier sur la table depuis longtemps trouve un dénouement en 2006: les syndicats de la fonction publique et parapublique et le gouvernement s’entendent sur l’équité salariale. Plus de 30000 travailleuses sont concernées, un règlement estimé à plus de 700 millions de dollars.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le défi des Petits marchés ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des acquis de la révolution tranquille et du rapport parent est sans aucun doute l’accessibilité à l’éducation supérieure partout au Québec. Il faut se rappeler la situation antérieure, où cette accessibilité était très limitée, davantage encore pour les gens vivant en région.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant des années 2000, le gouvernement modifie le mode de financement du réseau collégial, fixé désormais selon le nombre d’étu­diantes et d’étudiants  inscrits.  Moins  de  personnes  inscrites  signi­fie moins d’argent, moins de programmes offerts, moins de personnel enseignant, moins de cours, moins d’attraction. Daniel Mary, enseignant au cégep de Saint-Félicien, en a vécu les conséquences: «cela a affecté tout de suite les petits cégeps, particulièrement ceux dans les régions en baisse démographique. certains ont dû fermer des programmes d’étude. la question est devenue comment survivre. Le nombre d’étu­diantes et d’étudiants régionaux diminuant, les conditions de travail du personnel, moins nombreux, se sont détériorées et il y a eu une augmen­tation de la tâche pour les enseignantes et enseignants restants. Cela affecte aussi la région. Un programme d’étude qui ferme est une perte d’expertise technique, sociale et humaine pour la région. Une perte de personnes compétentes et actives, qui vont souvent aller chercher un emploi ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Daniel Mary le 12 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Les établissements ont développé différentes straté­gies pour pallier à la situation: développement de programmes pointus pour attirer des étudiantes et étudiants d’autres régions et recrutement de clientèle étrangère. Plusieurs établissements ne survivent que grâce à leur créativité à trouver des solutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation est la même chose pour les universités. Traditionnellement, elles se retrouvent dans les grands centres. Avec le réseau de l’UQ, elles sont arrivées en régions et ont favorisé une accessibilité à des étudiantes et des étudiants qui seraient partis étudier ailleurs. Défavorisées par les règles de financement, les universités régionales font de plus en plus appel à la clientèle internationale ou à la délocalisation. L'UQAC a maintenant un pavillon à Montréal. À quand un volet de financement qui maintiendrait le rôle des universités en région?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Implosion de la fac ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats qui ont quitté la Fédération en 1989 pour créer la FAC y reviennent graduellement. Les premiers à bouger sont les enseignantes et les enseignants du collège de Valleyfield, qui choisissent en mars 2006 de revenir à la FNEEQ. Caroline Senneville est secrétaire générale de la Fédération à ce moment-là: «La création de la FAC, je ne l’ai pas vécue, mais sa mort, oui. Le retour de Valleyfield fut un grand moment. L’accueil au conseil fédéral restera mémorable. Ce fut un moment emballant, historique. Il est rare qu’un groupe qui quitte une organisation y revienne, même si les personnes ont changé&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Senneville le 14 juin 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2008, un deuxième verrou saute. Les enseignantes et les enseignants du Cégep Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, choisissent la FNEEQ-CSN dans une proportion de 72% au détriment de la FEC-CSQ. En 2009, lorsque les enseignantes et les enseignants du Collège Dawson choisissent à leur tour la FNEEQ, ils signent en quelque sorte l’arrêt de mort de la FAC. Elle annonce sa dissolution à l’été 2009, mais auparavant deux autres syndicats l’auront quittée, ceux du Collège Vanier et du Centre d’études collégiales Baie-des-Chaleurs en Gaspésie. Les 12 syndicats qui restent choisissent leur nouvelle affiliation. Au total, 11 syndicats choisissent la FNEEQ et six la FEC-CSQ. Le seul syndicat du collégial privé membre de la FAC, celui du campus Notre-Dame-de-Foy, choisit aussi la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’arrivée massive de ces nouveaux syndicats rend nécessaire la tenue d’un Congrès spécial, qui a lieu à Montréal en novembre 2009. La FNEEQ représente dorénavant 46 des 59 syndicats de cégep et 84% des enseignantes et enseignants du collégial. Déjà une force majeure chez les chargées et chargés de cours universitaires et dans le domaine de l’enseignement privé, la Fédération est devenue la fédération de l’enseignement collégial. Jean Trudelle, président de la FNEEQ en 2009, est un artisan majeur du retour de ces syndicats dans le giron de la CSN.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, le comité de direction de la Fédération passe à cinq membres alors que trois postes de vice-présidence sont ajoutés pour chacun des regroupements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Grève étudiante ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 suscite un mouvement de contestation sans précédent. Les personnels des établissements touchés respectent en général les lignes de piquetage dressées par les étudiantes et les étudiants. Le pouvoir tente la répression à plusieurs moments, sans trop de succès. Police dans la rue, loi spéciale exigeant le retour des personnels au travail, escouade antiémeute à l’Université de Montréal, poursuites des «carrés verts» contre les actions des «carrés rouges», tout est tenté sans que la situation ne bascule. Dans l’étrange position dans laquelle se trouvent les enseignantes et les enseignants des établissements touchés, la CSN et son fonds de défense professionnelle appuient la FNEEQ et ses syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Sommet sur l’enseignement supérieur ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la crise étudiante, le Parti québécois est de nouveau aux commandes. Il convoque en 2013 le Sommet sur l’enseignement supérieur, qui regroupe cette fois des représentants de l’enseignement supérieur et de la société civile. La Fédération défend l’accessibilité à l’enseignement supérieur et s’oppose à sa marchandisation. Elle y amène deux revendications claires: une reconnaissance du rôle des chargées et chargés de cours à l’université et celle de l’enseignement collégial comme partie intégrante et essentielle de l’enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’exercice satisfait les chargées et chargés de cours, qui trouvent à ce Sommet une visibilité qu’ils n’ont pas au sein de l’université, où ils sont exclus des décisions, des orientations et de la planification. La restructuration salariale des enseignantes et des enseignants de cégep continue d’avancer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2014, le Parti libéral revient au pouvoir à la faveur de nouvelles élections. Sourd et aveugle, il remet de l’avant sa réingénierie et la destruction des programmes et des services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces politiques s’inscrivent directement dans cette mouvance idéologique mondiale de la nouvelle gestion publique (NGP) qui vise essentiellement à appliquer à l’État les logiques du marché. Les secteurs de la santé et des services sociaux et de l’éducation sont devenus des exemples éloquents des résultats de l’application de cette orientation idéologique. Privatisation, sous-traitance, dérèglementation, concurrence, tarification, fusions, antisyndicalisme, hiérarchie, assurance qualité, centralisation de l’organisation du travail; voici les visages de la (NGP)&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport des activités 2015-2018, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les états généraux de l’enseignement supérieur  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme s’il n’a rien retenu de l’effervescence de 2012, le gouvernement Couillard fait face en 2015 à une mobilisation croissante contre ses mesures d’austérité et à des grèves en 2016 dans le cadre des négociations du secteur public. Le Sommet sur l’enseignement supérieur de 2013 a laissé tout le monde sur sa faim, ce qui incite la FNEEQ, sous la pression de son conseil, à mettre de l’avant la tenue d’États généraux de l’enseignement supérieur (ÉGES). La Fédération s’y attaque et implique un collectif regroupant les principaux acteurs des cégeps et des universités. Leur but: dégager une vision commune de l’enseignement supérieur et tisser des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier rendez-vous se tient en 2017 à l’Université Laval. Plus de 500 personnes y participent sous le thème «L’enseignement supérieur: un droit collectif, un service public». C’est un succès. Trois enjeux ressortent : le financement, la gouvernance et la précarité. Les échanges se continuent dans des rencontres régionales à l’hiver et au printemps 2018, qui permettent une mobilisation plus large et une meilleure connaissance de la réalité quotidienne dans les cégeps et les universités partout au Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un deuxième rendez-vous des ÉGES se tient à Montréal en mai 2018. Tous les partenaires du milieu y sont. Les trois thèmes issus des premiers ÉGES, financement, administration et précarité, alimentent les débats. Sous la plume de Marie-Hélène Alarie, la présidente Caroline Quesnel explique dans le quotidien Le Devoir:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le financement est toujours au cœur des revendications des partenaires du collectif, et de la FNEEQ en particulier. «On le sait, le réinvestissement consenti par le gouvernement lors du dernier budget n’est pas à la hauteur, ce n’est même pas un rattrapage par rapport à ce qu’on avait il y a cinq ou six ans. Cette perte est très dangereuse puisqu’elle amène les administrations d’université ou de cégep à se considérer comme des entités qui doivent générer des revenus. On entre alors dans une logique où l’enseignement est perçu comme une marchandise», déplore Caroline Quesnel.[…]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La gouvernance, la gestion et la transparence sont d’autres éléments déterminants du projet. «C’est la revendication de tous les acteurs du milieu : avoir son mot à dire, que ce soit dans les CA, dans les conseils d’études ou dans le processus de réflexion, dit la présidente. C’est l’inclusion et la transparence qu’on réclame.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième thème discuté regroupe les précarités, et on a bien insisté sur le pluriel de ce thème, explique Caroline Quesnel. «On considère ici non seulement les conditions de travail du personnel, mais aussi les conditions d’études des étudiants, puisqu’eux aussi ont à conjuguer plusieurs rôles.» Ces conditions ont un impact direct sur la santé psychologique, et particulièrement sur celle des étudiants puisqu’ils subissent une immense pression qui affecte leur santé. C’est une pression semblable qui est présente partout dans le monde de l’enseignement, où par définition l’enseignant est soumis à un stress constant&amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Hélène Alarie, «Pour des solutions concrètes en enseignement supérieur», collaboration spéciale Le Devoir, 25 aout 2018.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La judiciarisation des relations de travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La judiciarisation occupe une place toujours grandissante dans les relations de travail pour la Fédération et les syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette judiciarisation entraine des coûts faramineux tant pour les établissements où œuvrent nos membres que pour la fédération. Une simple demande d’un document se retrouve, le plus souvent, devant la Commission d’accès à l’information du Québec. Des violations flagrantes de nos contrats de travail aboutissent devant l’arbitre de grief. Bien qu’un très grand nombre de décisions arbitrales nous soit favorable, rares sont celles qui ne seront pas contestées par la partie patronale devant les tribunaux supérieurs. Ces deux situations, pour ne nommer que celles-là, entrainent obligatoirement un référé du dossier au service juridique de la CSN et impliquent pour l’organisation des frais que nous ne pouvons contrôler. Il faut se rappeler que l’équipe avait, dans ce contexte, émis le souhait de réduire le nombre de dossier transmis à des procureurs du service juridique de la CSN. Bien qu’un travail colossal ait été fait et qu’une très grande majorité de dossiers aient été assumés à l’interne, les frais juridiques sont demeurés très élevés, et ce, précisément par le nombre grandissant d’audiences devant les tribunaux supérieurs&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, Bilan des services, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de cégep ont souvent fait face à des lois spéciales. Retrouver le droit de négocier est la priorité, mais la restructuration salariale est toujours à l’avant-plan ainsi que la vulnérabilité des cégeps en région qui prend de plus en plus d’importance. La question qui va rapidement s’imposer cependant est celle de l’existence même du réseau des cégeps. La mobilisation pour sa défense a refait l’unité de la Fédération. L’attaque sur les cégeps a réuni contre un ennemi commun ceux qui s’opposaient hier encore au sein de la Fédération. Et la CSN a répondu présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Reid, ministre de l’Éducation, suggère en 2004 l’abolition des cégeps. La CSN organise une vaste mobilisation nationale et plusieurs mobilisations régionales. Une grosse manifestation a lieu sur les Plaines le 9 juin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseiller syndical Guy Beaulieu a vécu cette période difficile:&lt;br /&gt;
«On craint vraiment la fin des cégeps, la menace est réelle. Dans les négociations, la FNEEQ est toujours la dernière à régler et ce n’est pas un hasard : l’employeur veut notre peau. Mais la FSSS a toujours pris soin d’inclure les cégeps dans le règlement. Grâce à la force de la CSN dans le secteur public, la FSSS pouvait dire à la table : on ne règle pas si la FNEEQ ne règle pas&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La menace sur les cégeps s’éloigne un temps. L’employeur possède d’autres moyens et le regroupement, une force nouvelle:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le coup de force du gouvernement Charest, en décembre dernier [le décret de 2005], a été vécu comme une insulte législative, une marque de mépris pour les employé-es des services publics en général et, peut-on ajouter, pour les enseignantes et enseignants de cégep en particulier. L’arsenal répressif de la Loi concernant les conditions de travail dans le secteur public est tel qu’il va nécessairement bouleverser, pour un temps du moins, la pratique de nos actions syndicales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui importe […] c’est de constater que, fort d’une cohésion nouvelle, le regroupement et les assemblées syndicales se sont tenues debout, tout au long de ces mois passés à défendre les cégeps, la formation générale, la nécessité d’un réseau et la survie des cégeps en région, de même qu’à dénoncer la lourdeur de la tâche et le sort fait aux enseignantes et aux enseignants à statut précaire&amp;lt;ref&amp;gt;«Une profession engagée», Procès-verbal du 27e Congrès FNEEQ, juin 2006, Bilan du regroupement cégep, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) demande que le baccalauréat devienne le diplôme d’entrée dans la profession infirmière. Elle remet ainsi en question la valeur qualifiante du DEC en sciences infirmières. La FNEEQ s’oppose et prépare la réaction. Le ministre de la Santé et des Services sociaux annonce en ouverture du Congrès de l’OIIQ qu’il met sur pied un comité interministériel sur la formation de la relève infirmière. La FNEEQ est exclue du comité, mais y fait des représentations. Le comité remet un rapport où il n’y a pas consensus. La revendication de l’OIIQ tombe à plat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2016, le gouvernement remet l’enseignement supérieur sur la sellette. Il consulte sur un projet de création de deux conseils ainsi que d’une commission mixte, de même qu’il propose des suggestions de modifications au Règlement sur le régime des études collégiales (RREC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’est penché sur ces projets et s’est prononcé sur le contenu des mémoires présenté par la CSN conjointement avec la FNEEQ, la FEESP et la FP. La facture du projet ministériel a particulièrement agacé les déléguées et les délégués du regroupement qui ont décrié l’omniprésence du vocabulaire de la performance qu’on retrouve tout au long du document à travers les notions d’assurance qualité, d’amélioration continue et de recherche des meilleures pratiques. Si le regroupement cégep se montre, malgré tout, favorable à la création d’un lieu permettant davantage de collaboration et de cohésion entre les établissements tant collégiaux qu’universitaires, ce n’est toutefois pas dans la perspective d’inféoder l’enseignement supérieur à une conception marchande et managériale de l’éducation&amp;lt;ref&amp;gt;«État des effectifs étudiants à la rentrée automne 2015-2016», carnets collégial, no 18, septembre 2015, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mobilisation sur le thème «Un DEC, c’est un DEC, partout au Québec!» porte ses fruits et le ministère ne retient pas plusieurs éléments soumis à la consultation concernant la création d’un conseil des collèges et les modifications au RREC proposées à l’automne 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un portrait des cégeps en 2015 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon la Fédération des cégeps, le nombre d’étudiantes et d’étudiants inscrits au cégep public cette année [2015] est stable par rapport à l’an­née dernière. Ils seront 178 131 étudiants, en majorité des filles (57,7%), répartis dans les 48 établissements du Québec, parmi lesquels 78 785 nouveaux venus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La population étudiante sera en nette hausse à Laval, qui accueillera 377 étudiants de plus (+5,2%) à la rentrée. Les effectifs seront en aug­mentation plus modérée dans les cégeps de la Côte-Nord (+2,4%), de la Montérégie (+2%) et de l’Outaouais (+1%).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sera en nette baisse en revanche au Saguenay–Lac-Saint-­Jean, avec 434 étudiants en moins par rapport à la rentrée 2014 (­5,2%), en Gaspésie et aux Îles-­de-­la-­Madeleine (­4,5%), en Abitibi-Témiscamingue (­4,4%), en Mauricie (­2,3%), dans le Centre-­du-­Québec (­2,1%), en Estrie (­1,5%) et à Québec (­1%).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partout ailleurs, à Montréal, dans les Laurentides, dans Lanaudière, dans la région de Chaudière-Appalaches et au Bas-Saint-Laurent, les chiffres sont quasi stables. Cette stabilité vient contredire les prévisions ministérielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cégépiens sont inscrits à parts égales dans le secteur technique (46,9 %) et le secteur préuniversitaire (46,5%), contre 6,6% au tremplin [sic] Dec. Les programmes soins infirmiers (11 121 étudiantes et étu­diants) et gestion de commerces (5146) sont les plus fréquentés dans le secteur technique, tandis que les sciences humaines (43 654) et les sciences de la nature (21 792) sont les programmes les plus populaires du préuniversitaire&amp;lt;ref&amp;gt;Nicole Lefebvre, «Échos des regroupements», Carnets 34, automne 2016, p. 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous étions, entre autres, fortement opposés à la décentralisation vers les collèges de l’élaboration de deux des compétences des programmes d’études et aux modifications visant à accroître l’autonomie des collèges relativement à la gestion des programmes d’études. Nous devons toutefois rester vigilants puisque la fédération des cégeps s’est dit insatisfaite. Elle pourrait être à l’offensive, car elle voyait là une solution au délai trop long de révision et de mise à jour des programmes d’études&amp;lt;ref&amp;gt;Nicole Lefebvre, «Échos des regroupements», Carnets 36, automne 2017, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les universités ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1995, le rôle principal du regroupement université demeure la concertation lors des négociations et la coordination dans l’application des conventions collectives, mais la précarité du statut des chargées et chargés de cours est toujours au centre des discussions, d’autant plus que les universités rencontrent des problèmes de financement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La part du financement gouvernemental dans les universités a chuté de 25% dans les trois dernières années et on prévoit de nouvelles compressions budgétaires pour les deux années à venir. Cela exige des établissements universitaires des efforts de rationalisation qui touchent aussi bien les structures administratives et académiques que les programmes. On réduit la taille des administrations, on regroupe des unités académiques et des services, on ferme des programmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette situation financière précaire fait également pression sur les conditions salariales des personnes chargées de cours de sorte que des syndicats ont dû faire des concessions à cet égard et renoncer à une progression salariale normale lors de la dernière ronde de négociations&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», 24e congrès FNEEQ, juin 1997, Annexe 10, rapport-bilan du regroupement université, p. 6-7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours, malgré des gains en négociation, demeurent insatisfaits de leur place dans l’université. Ils veulent améliorer leur statut et multiplient les efforts pour faire reculer la marginalité à laquelle ils sont confinés. Plusieurs syndicats ont fait des gains qui les mènent sur la bonne voie, notamment au niveau de la participation institutionnelle et de la réalisation de projets d’intégration pédagogique. Mais une question demeure et les chargées et chargés de cours la posent:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sommes-nous tous et toutes condamnés, nonobstant notre statut d’emploi, à limiter notre prestation de travail dans le strict cadre d’un court mandat à durée déterminée ? Pouvons-nous envisager une importante modification de l’ampleur de notre tâche, notamment au chapitre d’une contribution accrue de l’encadrement étudiant?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certain que des milliers de chargé-es de cours, parmi les plus précaires, aspirent à un régime d’emploi, où l’obligation de compléter leur maigre revenu annuel au moyen de prestations de chômage ne sera plus qu’un mauvais souvenir&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, juin 2000, annexe 7, rapport des activités de la fédération, p.28.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation évolue à l’aube des années 2000. Les chargées et chargés de cours donnent en moyenne 50 % des cours de premier cycle dans l’ensemble des établissements universitaires québécois. Les syndicats du regroupement revendiquent l’équité salariale avec les professeurs réguliers pour une prestation de cours. Le regroupement s’appuie sur une étude de l’Institut de la statistique du Québec de 2009 sur l’écart entre la rémunération de ses membres et celle des professeurs. Les gains sont appréciables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’effet des réductions dans les subventions aux universités se fait sentir dans la décennie suivante. Les universités revoient leurs priorités et diminuent l’offre de cours, ce qui affecte particulièrement les enseignantes et les enseignants à statut précaire. Les administrations sont en demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement université a travaillé à consolider sa négociation regroupée et à accroître son rapport de force collectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet effort de cohésion a été confronté à des attaques d’une grande violence, sans compter la série de compressions survenues dans le secteur de l’éducation depuis 2014. Alors que la quasi-totalité des syndicats du regroupement université est en négociation, ces luttes, même si elles ont mené à plusieurs gains, ont été difficiles dans un tel contexte. Les impacts néfastes des compressions sauvages dans le financement des universités ont d’ailleurs laissé des traces profondes, peut-être indélébiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, il faut s’indigner devant la disparition de nombreux cours, programmes, voire même de facultés, car ceux-ci ne reverront sans doute jamais le jour. On a même entendu un vice-recteur parler de ne conserver que les programmes « rentables». On assiste présentement à l’élagage de l’échantillon des cours offerts, à l’amincissement du savoir disponible et donc à la disparition de tout un pan des connaissances. Ainsi, non seulement, le parcours étudiant passe de plus en plus obligatoirement par des cours à distance, il s’effectue maintenant dans des classes de plus en plus bondées, face à une offre de cours déficiente et à des coûts toujours plus élevés&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Grands dossiers du regroupement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs universités explorent le modèle d’affaires à la mode, la formation à distance. Elles cherchent ainsi à combler les pertes de financement en exportant l’expertise que les enseignantes et les enseignants ont développée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc réfléchir ensemble sur le droit d’auteur, les droits de suite, la rémunération, le nombre d’étudiants, bref sur plusieurs enjeux. L’objectif est de pouvoir ainsi mieux baliser nos conventions collectives&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements », Carnets 34, automne 2016, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La transformation de la gouvernance des universités depuis au moins le milieu des années 1990, qui est passée de collégiale à managériale, préoccupe les chargées et chargés de cours. Cette approche managériale issue du monde des affaires n’est pas étrangère aux difficultés vécues dans les relations de travail et à la présence accrue d’avocats aux tables de négociations. La situation est complexe et exige de tenir compte de multiples facteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’augmentation des dépenses liées aux frais juridiques et aux arbitrages est incontestable. Toutefois, la réflexion doit dépasser largement celle de l’argent. La défense de nos droits est et doit demeurer prioritaire. Mais, on ne peut dénoncer une telle situation sans réfléchir à notre participation à la judiciarisation. Cela dit, comment faire en sorte de rétablir des relations de travail saines au sein des universités tout en défendant nos droits&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La privatisation inquiète également. La situation vécue par le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université (STTTU) fait craindre une dégradation des conditions de travail. Une université publique, l'Université TÉLUQ, crée un statut d’enseignant encore plus précaire que celui des chargées et chargés de cours en sous-traitant à l’entreprise privée l’encadrement des étudiantes et des étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en résulte une grève des tuteurs et tutrices de plus de six mois qui est résolue sur la base des recommandations d’un conciliateur. Les emplois des tuteurs et tutrices sont protégés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans le privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement privé a connu une forte croissance dans les années 2000. Alors que le nombre de syndicats plafonne toujours autour de la vingtaine jusque-là, voilà que le regroupement compte maintenant plus de 42 syndicats. La position clarifiée de la Fédération sur l’école privée y est certainement pour beaucoup. Ce qui caractérise surtout ce regroupement et qui le distingue des deux autres, c’est la grande variété des établissements qui le compose, allant du préscolaire à l’universitaire en passant par tous les ordres: primaire, secondaire et collégial&amp;lt;ref&amp;gt;Un établissement offre des cours du préscolaire jusqu’au collégial; deux, des cours de niveaux secondaire et collégial; un n’offre que le primaire; onze, le secondaire seulement; deux, le collégial seulement dont un se limite au collégial technique; un se retrouve dans le secteur universitaire. Il y a également une école de conduite automobile, deux écoles spécialisées en enfance inadaptée et enfin une école de musique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Coordonner les négociations et l’application des conventions collectives dans un tel contexte relève de l’exploit. D’autant plus que les conditions de l’exercice syndical varient énormément d’un établissement à l’autre, mais présentent une caractéristique commune: la pratique de l’action syndicale y est difficile et beaucoup de syndicats ne participent pas ou peu aux activités de la Fédération. La coordination et la concertation entre syndicats en souffrent. La situation change au début des années 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Question d’illustrer l’exercice du syndicalisme dans un établissement privé, la présidente Caroline Quesnel, enseignante au collège Jean-de-Brébeuf, nous raconte: «J’enseigne au collégial, où les enseignantes et les enseignants sont regroupés dans le Syndicat des professeurs de l’enseignement universitaire du Collège Jean-de-Brébeuf, un des plus vieux syndicats de la FNEEQ, qui a fêté ses 50 ans en 2015. J’ai participé à la négociation locale en 2005. C’est la première négociation à Brébeuf avec un conseiller venu de la Fédération. La première fois aussi que notre syndicat obtient des libérations pour toutes les activités syndicales. Un fait exceptionnel pour le privé&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Quesnel le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2005, la Fédération précise sa position sur l’existence des établissements privés, qui réconcilie son engagement en faveur d’un réseau d’éducation public de qualité pour toutes et tous ainsi que la protection des emplois des personnels du secteur privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Historique de la position FNEEQ sur les établissements privés», 31e congrès FNEEQ, 26-29 mai 2015, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Trudelle participe à ces discussions : « La position de la Fédération sur le privé est courageuse. Quel que soit le lieu de l’enseignement, chacun a droit à de bonnes conditions de travail. Nous nous sommes aussi opposés à ce moment-là [à] la ségrégation scolaire, qui existe aussi dans le public. Notre position a amené beaucoup de syndicats du privé à la FNEEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Trudelle le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Pouliot, du Collège de Lévis, identifie deux grands moments qui ont favorisé l’acceptation du privé à la FNEEQ: «En juin 2008, lors du conseil fédéral, les syndicats du privé font accepter que le financement du privé ne puisse ni être diminué ni aboli. Le débat a eu lieu. Il est toujours facile d’avoir les [chargées et chargés] de cours de notre côté. Ils connaissent la précarité. Même chose pour les cégeps en région, qui comprennent nos problèmes. Leur situation est aussi précaire. Mais c’est plus difficile de s’entendre avec les gros cégeps. Ils nous ont finalement donné leur appui&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Pouliot le 9 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’existence des établissements privés reste un sujet sensible, souvent remis en discussion. Des positions contradictoires s’affrontent. Ont-ils droit à un financement public? Le gouvernement Marois de 2012-2013 remet en cause ce financement des établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, lors du Congrès de la FNEEQ à Shawinigan, la question revient sur la table. Jean Pouliot explique: «Les syndicats du privé sont bien préparés. La position défendue: on ne diminue pas nos subventions, et on prône l’intégration dans le secteur public s’il y a fermeture d’une école privée. Nous voulons éviter la situation vécue par notre collège en 2000, alors que le Cégep Lévis-Lauzon a refusé de nous intégrer. On a encore gagné notre point. La vieille mentalité sur l’abolition du privé a été battue et la Fédération a réitéré sa position sur la préservation de l’emploi. Nous avons aussi expliqué que la vision que le privé recrute par sélection n’est plus valable, la plupart des collèges ne font plus de sélection. Nous avons la même clientèle que l’école publique. La position des établissements privés a changé comme les écoles ont aussi changé. Ce n’est plus l’élite qu’on recrute, et aujourd’hui les élèves sont libres d’y venir sans sélection. La CSQ continuant de revendiquer l’abolition du privé, la Fédération recrute de nouveaux syndicats&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier mandat de Caroline Senneville est marqué par une vague de syndicalisation. Une douzaine de syndicats s’ajoutent. Caroline Quesnel indique: «Ce n’est peut-être pas anodin. Cela correspond à la période des coupes gouvernementales dans l’éducation et particulièrement dans l’école privée, ce qui a amené une détérioration des conditions de travail. Cela a suscité cet élan de syndicalisation&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Quesnel le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le contexte de baisse démographique et de compressions budgétaires au MELS et au MESRS a grandement fragilisé le réseau des écoles privées depuis quelques années. Les fermetures successives de trois de nos établissements ont constitué des événements tristement marquants de ce mandat. L’échec de la conversion du Collège Antoine-Girouard au réseau public a profondément ébranlé les membres du regroupement qui ont exprimé le désir de mettre à jour la position de la FNEEQ sur les établissements privés afin qu’elle reflète la réalité et qu’elle défende mieux les emplois de ses membres&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», procès-verbal du 32e congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Confronté par la fragilité du système privé d’éducation, le regroupement demande en effet en 2018 une modification de la position de la FNEEQ sur l’enseignement privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la lumière de l’échec récent de l’intégration du Collège Antoine-Girouard à la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, les membres du privé considèrent que la position fédérale accuse un décalage par rapport à la réalité et qu’elle devrait se porter plus concrètement à la défense des emplois dans les collèges privés. Par conséquent, le regroupement privé a constitué un comité de réflexion pour proposer des idées de renouvellement de la position de la FNEEQ sur le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan regroupement privé, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne manquera jamais de défis à relever pour le regroupement privé. Le premier: favoriser la participation des membres du regroupement privé aux activités de la Fédération. Déjà la participation étant meilleure au regroupement, il reste aux syndicats à être plus présents aux activités de la Fédération, surtout aux conseils et aux congrès. La question des libérations syndicales est à résoudre. D’un point de vue professionnel, l’état de la situation demande une attention particulière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autonomie professionnelle et la valorisation de la profession enseignante sont de plus en plus mises à mal. Dans leur quotidien, les enseignants du privé observent qu’ils ont moins de latitude pour exercer leur travail. L’ingérence des parents et des directions dans la gestion de la classe, dans les évaluations et dans leur jugement professionnel, discréditent la compétence des enseignants et rendent leur travail de plus en plus difficile&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan regroupé.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et signe d’une évolution positive, le regroupement monte en 2016 un projet pilote de négociation coordonnée, selon le modèle de celui de l’université. Quatre syndicats en négociation dans les deux prochaines années participent au projet, deux conseillers y sont attachés. De même, les syndicats du collégial privé vont se rapprocher de ceux du collégial public, puisque leur sort y est lié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Les négociations =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce début de période, les parties patronales des trois secteurs, université, privé et cégep, remettent en question les acquis des conventions collectives. Elles sont bien appuyées par le discours public, tout axé sur le déficit zéro et les générations futures, comme si l’éducation ne concernait pas les « générations futures». Les cégeps sont en négociation permanente et mobilisent beaucoup d’énergie à la Fédération. Les syndicats des universités ne sont pas de reste. Ils viennent tous de renouveler leur convention collective. Dans les établissements privés, où la négociation est locale, sans trop de ligne directrice, plusieurs ententes sont conclues. Contrairement à l’université et au cégep, le secteur privé est si diversifié qu’une concertation poussée semble impossible. Ce qui n’empêche pas le patron d’un collège privé d’avouer que ce sont les syndicats de la FNEEQ qui ont conservé les meilleures conventions collectives dans le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, annexe 14, rapport-bilan des services 1995-1997, p. 8&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Au cégep ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au regroupement cégep, les négociations occupent pratiquement tout l’espace. La préparation, les consultations, puis les négociations peuvent souvent durer plus de deux ans, que le résultat soit une convention signée ou un décret. Puis, tout est à recommencer pour la suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1995 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation de 1995 se déroule en même temps que le référendum de 1995: toute l’animosité est concentrée vis-à-vis le gouvernement péquiste. On se demande: «Fait-on la grève pendant la période référendaire?». La chape de plomb du Parti québécois (PQ) telle que ressentie à la CSN est importante. Une situation qui rappelle le référendum de 1980 et qui fait craindre une répétition des lois spéciales qui ont suivi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’automne 1995 a été une période particulièrement intense au chapitre de la négociation. Celle-ci, amorcée depuis quelques mois déjà, s’est intensifiée en aout, septembre et octobre pour en arriver à une entente de principe à la fin d’octobre 1995. Compte tenu de l’imminence du référendum sur la souveraineté du Québec, le gouvernement souhaitait arriver à un règlement avec les composantes du secteur public avant le 30 octobre 1995, ce qui a donné lieu à un blitz de négociation&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, annexe 12, rapport-bilan du regroupement cégep, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’entente est obtenue juste avant le référendum et comporte des gains, principalement pour les enseignantes et les enseignants à statut précaire. La demande patronale comporte la suppression de poste de 1200 enseignantes et enseignants ETC (équivalent temps complet) alors que le regroupement cégep s’en sort avec 144 et une heure d’encadrement gratuite. La convention n’est signée qu’en avril 1996.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette entente, bien qu’elle comportait [sic] des concessions au chapitre des ressources — 144 ETC pris dans les fonctions dites périphériques — apportait une amélioration significative aux conditions de travail des enseignantes et enseignants à statut précaire et des bonifications au chapitre des salaires et de la retraite. Par ailleurs, l’introduction d’une mesure visant à améliorer le taux de réussite des élèves — l’heure d’encadrement — a permis d’empêcher une diminution accrue des ressources, telle que le souhaitait la partie patronale obsédée par la réduction immédiate des coûts, ce qui a constitué l’originalité de l’entente FNEEQ (CSN) en regard des deux autres fédérations d’enseignantes et d’enseignants de cégep [NDLR: FEC et FAC] qui ont dû endosser à 100 % les objectifs patronaux&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, Bilan du regroupement cégep, p. 3-4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le référendum de 1995 passé, le mouvement syndical se trouve confronté par le gouvernement Bouchard à un vaste programme d’austérité. Le PQ se lance alors dans la lutte au déficit public. À l’automne 1996, il convoque un Sommet sur l’économie et l’emploi pour discuter de l’avenir social et économique du Québec. Syndicats, patrons et groupes communautaires s’y retrouvent pour discuter de compressions de plus de 3 milliards de dollars dans le budget de l’État dans le but de rééquilibrer le budget à l’aube de l’an 2000. Un autre sommet est convoqué en octobre 1996 pour discuter d’emploi. Le gouvernement «propose» une réduction des dépenses de l’État de 6%, que chaque partenaire doit appliquer à son niveau. Cela inclut les établissements publics, les collèges privés et les universités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les départs volontaires, nombreux, une réduction du temps de travail et une ponction dans les surplus du régime de retraite ne sont pas suffisants. Il exige une ouverture des conventions au chapitre de la tâche et du plancher d’emploi. C’est rejeté. En mars, le couperet tombe. L’Assemblée nationale vote la loi 104.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ est la seule organisation à refuser de signer la reddition. Elle se retrouve aussi la seule visée par la loi. Les autres groupes du secteur public signent à la dernière minute. La FAC et la FEC acceptent des concessions salariales et ouvrent sur la tâche. La loi 104 vise les trois regroupements. Des moments difficiles pour la FNEEQ, dont tous les syndicats se retrouvent ainsi sous le coup de la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats [de cégep] décidèrent alors d’intensifier la grève du zèle et de mandater leurs représentantes et représentants afin qu’ils cherchent à conclure une entente comportant, en sus des économies réalisées par les départs à la retraite, des concessions salariales, et ce, afin d’éviter une hausse de tâche et les pertes d’emploi massives que cela aurait occasionnées. Des démarches ont alors été entreprises et, finalement, une entente conforme à ces objectifs est intervenue au début d’avril, laquelle fut adoptée par les assemblées. Une telle entente qui préserve l’emploi n’a été possible qu’au prix d’une réduction salariale de 3,57% accordée sous forme de congés compensatoires sans traitement. […] plusieurs dossiers, dont la reconnaissance des heures pour l’assurance emploi, la réduction et l’aménagement du temps de travail, la reconnaissance des années d’enseignement effectuées dans les écoles d’infirmières aux fins de la retraite et la mise en application du mandat concernant l’heure d’encadrement, ont été réglés dans la foulée de cette entente&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Patry, «La négociation dans le secteur public», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu’est connue la décision gouvernementale d’inclure le privé et les universités dans la loi 104, FNEEQ et CSN interpellent le gouvernement et entreprennent de les exclure de la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet des universités, nous avons dû rappeler au gouvernement qu’au cours des dernières années, celui-ci avait coupé de 25% son aide au milieu universitaire. Les fluctuations à la baisse du financement des universités avaient d’ailleurs produit des effets sans précédent: alourdissement de la tâche d’enseignement, diminution significative de la masse salariale des chargé-es de cours, diminution importante du nombre de charges de cours, etc. Pourtant les chargé-es de cours ont toujours constitué une mesure d’économie pour les universités québécoises. En effet, ils donnent à peu près 50% de l’enseignement pour le cinquième des coûts relatifs à l’enseignement universitaire!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui a trait aux établissements d’enseignement privé agréés aux fins de subventions, l’aide gouvernementale au financement a également été réduite de 15 % au cours des trois dernières années. Tout comme leurs camarades des universités, les enseignantes et enseignants du secteur privé ont fait largement leur part pour répondre aux diminutions récurrentes des subventions. Ces diminutions se sont notamment traduites par un alourdissement de la tâche d’enseignement et, pour certains, par des diminutions de salaire&amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Claire Chouinard, Denise Trudeau, «La loi 104, non merci», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril, le gouvernement renonce à appliquer sa médecine à ces deux groupes. Le privé a livré une bataille exemplaire menée par Denise Trudeau et Pierre Lachance: mobilisations importantes, retenue des notes. Cette dernière action a particulièrement l’heur de déplaire à la Fédération des cégeps. Pour répondre à la réduction des couts de 3,57 % imposée par la loi 104, la FNEEQ donne comme mot d’ordre de retenir les notes pendant 3,57 jours. Le mot d’ordre est appliqué dans 21 des 34 établissements syndiqués à la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tout se règle avant le Congrès de 1997. Tout le monde sort de la loi 104.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une particularité lors de cette négociation, la présence d’une femme au comité de négociation avec une préoccupation féministe. Flavie Achard accepte ce rôle : « On avait aussi développé l’idée de la présence d’une femme, la négociatrice, [au] comité de négo. J’ai joué ce rôle en 1995, avec l’appui du réseau femmes. Me retrouver à ce poste en tant que femme n’a pas été facile, l’opposition a été rude. Après un premier vote négatif au regroupement, j’ai eu ma nomination à la réunion suivante&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Flavie Achard le 5 juin 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une session femmes négo-cégep se tient en mars 1998 afin d’élaborer les demandes en matière de harcèlement sexuel, de droits parentaux et d’accès à l’égalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Regroupement cégep n’a pas retenu la structure particulière qui sous-tendait la négociation des dossiers femmes et, conséquemment, a mis fin à la désignation d’une négociatrice recevant ses mandats du Comité femmes ou des sessions femmes&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, Bilan du comité femmes, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1999 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après 18 mois de négociation, les centrales syndicales s’entendent juste avant Noël avec les représentants du gouvernement du Québec sur le renouvellement des conventions collectives du secteur public. La nouvelle convention, qui s’étendra jusqu’au 30 juin 2002, prévoit des augmentations de 9% sur trois ans pour les 400 000 personnes employées syndiquées du secteur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre négociation difficile où les trois fédérations du collégial, FNEEQ, FAC et FEC, ne peuvent s’entendre sur un cadre stratégique malgré de nombreuses rencontres. Pierre Patry est alors président de la Fédération: «Le règlement est arrivé juste avant Noël, comme c’est souvent le cas. Après des années de lois spéciales, la négociation de 1999 en fut une vraie, la première depuis 1989. Nous avons fait des gains sur le plancher d’emploi et la diminution de salaire de 3,57% a presque été effacée. On retrouvait le droit de négocier&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron se souvient d’avoir été actif dans l’acceptation de cette réduction de 3,57%: «J’avais mis tout mon poids pour la reconnaissance de la précarité et l’acceptation de cette coupure temporaire plutôt que de s’en prendre aux précaires. Tout le monde n’était pas d’accord, mais ce fut un élément majeur dans la reconstruction de la FNEEQ. Le règlement de 1999, tout en ne laissant pas tomber les précaires, a fait beaucoup pour compléter le travail de reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Ronald Cameron le 29 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2002 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans conteste, le succès le plus important de cette négociation est l’entente sur la structure salariale, l’aboutissement pour la FNEEQ d’une longue lutte, de recherches et de discussions qui ont mené à une conclusion logique: les enseignantes et enseignants de cégep font bel et bien partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors de cette négociation de 2002, les trois fédérations du collégial, FNEEQ, FAC et FEC, préparent un projet commun de négociation. Trois thèmes sont retenus: le financement, la tâche et la formation continue. Le projet avorte une fois de plus, la FEC et la FAC mettent fin aux travaux communs et rompent l’alliance pour des raisons distinctes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociateurs gouvernementaux proposent une prolongation d’un an de la convention de 1999. La FEC accepte cette prolongation et classe la négociation entreprise sur la structure salariale comme partie de la discussion sur l’équité salariale. Ce qui est un pieux mensonge, car les enseignantes et enseignants de cégep n’ont pas vraiment de comparatif. La FAC, de son côté, se prononce contre la prolongation et dit ne pas avoir d’opinion arrêtée sur la structure salariale. La FNEEQ refuse cette prolongation. La raison majeure de ce refus est que la tâche a augmenté de façon telle qu’il devient difficile de cautionner le prolongement de l’application des conditions de travail. La revendication de la FNEEQ est un allègement de 10% de la tâche. La FNEEQ se voit alors offrir une négociation sur la structure salariale, rendue nécessaire par l’acceptation par la CSQ de l’échelle unique du primaire au collégial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La reconnaissance par le Conseil du trésor des services professionnels rendus par les enseignantes et les enseignants du collégial ouvre la porte à une entente. Les négociations s’accélèrent en décembre et l’accord survient en janvier, alors que les diplômes de maitrise et de doctorat sont reconnus au collégial pour fin de rémunération. La FNEEQ est la seule fédération syndicale à avoir exigé ce statut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] au lendemain de la prolongation et en pleine consultation sur les demandes sectorielles, et tout en poursuivant la bataille sur l’habilitation, nous avons développé une véritable stratégie de mobilisation, adaptée aux circonstances. Ça nous a permis de nous positionner auprès du Conseil du trésor pour faire valoir ce que nous avions toujours défendu depuis plusieurs années. L’enseignement collégial appartient à l’enseignement supérieur et la profession enseignante doit être reconnue à ce titre&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation… pour agir!», Procès-verbal du 26e Congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p. 9-10.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La restructuration salariale ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2002, la CSQ règle sur la question de l’échelle unique. Si la FNEEQ n’arrive pas à une entente différente sur la question, à peu près la moitié des enseignantes et les enseignants de cégep vont gagner moins que celles et ceux du primaire et secondaire. D’où la nécessité d’un échelon supplémentaire pour un diplôme de maitrise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Fédération a donc travaillé sur deux choses: d’abord elle maintient que les enseignantes et les enseignants de cégep constituent une catégorie d’emplois distincte qui doit avoir une structure salariale qui lui est propre. De plus, dans la loi même sur l’équité salariale, il est dit qu’on peut justifier des différences salariales sur la base de la diplomation. Le regroupement introduit donc la maitrise dans l’équation. À l’époque, 35% des enseignantes et enseignants au collégial avaient une maitrise, contre 5% ou 6% au secondaire. Cette question de la scolarité fait pencher la balance du côté de la FNEEQ, qui obtient cette reconnaissance des cégeps comme partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pouvait justifier notre différence par notre scolarité. Nous avons demandé l’introduction d’un échelon particulier pour la maîtrise. On a réglé avec Marcel Gilbert au Conseil du trésor. Nous avons alors obtenu la reconnaissance que l’enseignement collégial était du domaine de l’enseignement supérieur. D’une importance majeure, car cela ouvrait la porte à une révision plus profonde de la structure professionnelle des profs du collégial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est alors président de la FNEEQ: «On n’a pas fait dans la facilité. Nous défendions le principe que personne ne devait perdre de salaire, mais une catégorie de membres n’en gagnait pas avec ce règlement. La FNEEQ a proposé de devancer les augmentations de salaire pour contrer cette conséquence. Le négociateur du Conseil du trésor a répondu que notre demande équivalait au cout de l’introduction de la maitrise dans la structure salariale. La FNEEQ a refusé ce troc. Tout le monde aurait gagné, individuellement, mais on n’aurait pas fait reconnaitre les enseignantes et enseignants de cégep comme une catégorie distincte des profs du primaire [et du] secondaire et on n’aurait probablement pas obtenu le rangement 23 en 2019. Le vote sur la restructuration salariale qui a suivi a été très disputé. Lorsque nous sommes entrés en instance, notre position était perdante, mais a finalement prévalu à plus de deux tiers des votes&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2005 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est assez courant lorsque commencent les négociations du secteur public que le gouvernement fasse tout à coup le constat que les finances publiques sont au plus mal. Cela ne diffère pas cette fois encore. La négociation de 2005 se déroule sous le signe de la contrainte. Le gouvernement Charest continue d’imposer ses politiques néolibérales et veut une entente à ses conditions, brandissant la menace d’un décret. Tout semble écrit d’avance. Les négociateurs patronaux veulent amener les syndicats à accepter des clauses de convention sur lesquelles il n’y a même pas eu de négociation. Tout le processus d’ailleurs est un excellent exemple de non-négociation planifiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 2004, le gouvernement dépose ses offres et met dans le même cadre financier l’équité et les augmentations salariales pour l’ensemble de son personnel, incluant même le traitement des médecins et des députés, soit une augmentation de 12,6% sur six ans et neuf mois. Le front commun syndical travaille pour un règlement à l’automne 2005. La cohésion syndicale ne dure pas: la CSQ quitte le bateau pour s’allier au Secrétariat intersyndical des services publics à la recherche d’un règlement au printemps 2005. C’est un échec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Auparavant, en octobre 2004, la FNEEQ lance une invitation pour une alliance sectorielle avec la FAC et la FEC (CSQ). Elle apprend en novembre la formation d’un cartel FAC-FEC (CSQ) constitué à son insu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron, président de la Fédération, commente cette alliance dans la revue de la Fédération:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La constitution de ce cartel n’est pas surprenante. Depuis sa fondation, la FAC a toujours privilégié les relations avec la FEC-CSQ plutôt qu’avec la FNEEQ. Créée à la suite du départ de syndicats de la FNEEQ, il est plus facile pour elle de se tourner vers la FEC-CSQ que de revenir vers la FNEEQ. Représentant au total le tiers du personnel enseignant des cégeps, ces deux groupes cherchent de toute évidence à constituer ainsi un pôle alternatif à la FNEEQ. Or la relation entre la FAC et la FEC-CSQ s’est renforcée d’autant plus que la FAC avait écarté une proposition d’alliance avec la FNEEQ sur une nouvelle structure salariale pour le personnel enseignant de cégep, consentie par le Conseil du trésor en décembre 2002. Nous revenons sur cet épisode dans le numéro spécial du bulletin INFO NÉGO sur la négociation dans les cégeps&amp;lt;ref&amp;gt;Ronald Cameron, «Les limites du syndicalisme indépendant», Carnets, no 12, hiver 2005, p. 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire pression sur le gouvernement, des mouvements de grève sont organisés, comme celle du 25 avril dans les cégeps et les quatre journées de grève votées par la CSN et la FTQ à exercer de façon rotative par région à l’automne. Ce vote de grève reçoit l’appui de 97% des membres de la FNEEQ. Une première à la Fédération. Trois vagues de débrayage se succèdent en novembre et décembre. Si la mobilisation n’a pas donné les résultats escomptés au national, elle donne de l’élan au niveau local.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Front commun syndical soumet une contre-proposition salariale à l’automne 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la mi-décembre, le gouvernement donne 18 heures aux parties syndicales pour accepter les offres sinon il y aura décret. Il y a décret. Les conventions sont renouvelées jusqu’en mars 2010.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] ce décret constitue un coup de force pour réduire la place des services publics au Québec et un élément stratégique majeur pour renforcer le plan de «réingénierie» du gouvernement Charest. C’est une pièce maîtresse de sa politique générale, qui vient compléter ce qui a été entrepris dans différents secteurs, entre autres par le projet de partenariats privé-public (PPP)&amp;lt;ref&amp;gt;«Une profession engagée», Procès-verbal du 27e Congrès FNEEQ, juin 2006, rapport du comité exécutif de la FNEEQ, p. 114.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement offre aux parties syndicales de signer la nouvelle convention. La FAC et la FEC le font, ce que la FNEEQ refuse. Le résultat des négociations de 2005 est décevant. Les syndicats du regroupement sont mobilisés, font la grève, mais à la fin le gouvernement décrète. Une constatation: d’un décret à l’autre, le pouvoir d’achat des enseignantes et des enseignants diminue, leur tâche s’alourdit et ils se trouvent continuellement sous la menace de voir le réseau démantelé et leur mode de négociation autant à la table centrale qu’à la table sectorielle disparaitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’en sera-t-il de la négociation de 2010?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2010 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le front commun du secteur public de 2010 réunit 475 000 syndiquées et syndiqués, le plus grand nombre à ce jour pour une négociation au Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois n'est pas coutume; la négociation de 2010 est rapide. Le dépôt se fait le 30 octobre 2009, la signature, le 24 juin 2010. Jean Trudelle est président de la Fédération lors de cette négociation:&lt;br /&gt;
«Entre 2005-2010, un comité conjoint syndical patronal réalise une étude sur la condition enseignante, à laquelle participe une équipe syndicale très solide. Lorsque les négociations de 2010 arrivent, la partie patronale sait très bien que nous allons revendiquer sur la tâche, puisque l'étude conjointe identifie le problème.&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Trudelle le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;» La FNEEQ dresse le portrait:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nécessité de réinvestir dans les services publics n’est pas à démontrer. Les pénuries de main-d’œuvre qui se font durement sentir, dans les services de santé et dans l’éducation, sont directement à mettre en lien avec des conditions de travail qui se sont dégradées. Dans le réseau des cégeps, on relève partout des difficultés de recrutement d’enseignantes et d’enseignants, et ce, dans toutes les disciplines. Le nombre de départs à la retraite n’explique pas le phénomène, bien plus lié à la lourdeur de la tâche et au retard important de la rémunération par rapport à des emplois comparables&amp;lt;ref&amp;gt;Micheline Thibodeau, «Les négociations du secteur public», Carnets, no 20, printemps 2009, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement demande un ajout de 1200 nouvelles enseignantes et nouveaux enseignants (calculés en équivalents temps complet ou ETC). Ce sont finalement 403 postes qui s'ajouteront sur une période de cinq ans, un gain important compte tenu des reculs subis dans le passé. L’entente est signée le 13 juin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Localement, il semble y avoir concertation entre beaucoup de directions pour remettre en cause la représentativité syndicale, particulièrement sur les questions touchant la pédagogie. La convention est claire: les enseignantes et les enseignants siégeant aux divers comités sont nommés par l’assemblée syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2015 ===&lt;br /&gt;
La négociation de 2015 s'est distinguée par l'obtention du rangement 23 pour les enseignantes et les enseignants du réseau collégial, un gain de dernière seconde. Le gouvernement a d’abord tenté un rangement 21. Alors que l’entente est sur la table, que la fin approchait, le négociateur syndical, Norman Thibault, un conseiller de la FNEEQ, a suspendu l'entente pour régler une fois pour toutes la question du rangement 23, un dossier en marche depuis 2002. Un coup d'éclat réussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une surprise dans cette négociation: la FEC et la FNEEQ créent l'Alliance des syndicats des professeures et des professeurs de cégep (ASPPC). Pour la première fois, les enseignantes et les enseignants de cégep vont négocier d'une seule voix. Un protocole conclu en automne 2014 prévoit un mode de fonctionnement basé sur le consensus, un cahier commun de demandes, un seul comité de négociation et une instance commune regroupant les représentantes et les représentants des syndicats de la FNEEQ et de la FEC-CSQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tant à la table centrale qu'à la table sectorielle, des ententes de principe sont conclues en décembre 2015. La rédaction de la convention s'est poursuivie jusqu'en juin 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Et le futur? ===&lt;br /&gt;
Il reste de nombreux défis à relever, mais surtout le défi de la consolidation du réseau: diminuer la précarité et travailler à l’intégration de la formation continue au secteur régulier, consolider la place des cégeps en région, renforcer l’autonomie professionnelle et la culture de la collégialité, assurer le respect de notre vision humaniste dans la transformation du réseau, limiter et baliser le développement des partenariats et du téléenseignement et revendiquer des moyens et des ressources qui tiennent compte de la diversité grandissante de la population étudiante&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l'horizon des possibles», procès-verbal, 32e congrès FNEEQ, mai 2018, rapport du comité exécutif, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;[…]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l'université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l'université la situation est ambivalente. En même temps que la concertation entre les syndicats évolue et se peaufine, que les conventions s'améliorent, la situation économique et les coupes dans les budgets mettent de la pression sur les administrations. Les chargées et chargés de cours, le les salariés les plus précaires du milieu universitaire, sont les plus touchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années 1995-2005 verront la négociation regroupée prendre vraiment son envol. De 1995 à 1997, l'ensemble des syndicats du regroupement université sont en négociation. Les premiers règlements entre les personnes chargées de cours et les administrations interviennent à l'Université du Québec à Hull (UQAH), qui devient l'UQO en 2002 (Université du Québec en Outaouais) et à Concordia, suivis de l'UQAM. À l'Université de Montréal, une entente est signée en novembre 1996, après des négociations ardues et un vote de grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de l'Université du Québec à Rimouski, à Chicoutimi et en Abitibi-Témiscamingue de même que celui de l'ÉTS et des maîtres de langues de Laval finalisent leurs négociations au printemps 1997. Les règlements à l'Université Laval et à l'Université McGill ferment le cycle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le processus de négociation regroupée mis en place pendant ces négociations comporte deux objectifs: 1) favoriser des échanges rapides d'information entre les syndicats et la coordination du regroupement pour enrichir les négociations de chacun et 2) élaborer un tronc commun de discours sur les différents sujets de négociation pour avoir plus d'impact sur la place publique et dans les négociations locales&amp;lt;ref&amp;gt;«L'éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p. 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il sert à la fois à la négociation et à la concertation, sur la loi 104 par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1997, lorsque le gouvernement Bouchard adopte sa loi 104 sur la diminution des coûts de main-d'œuvre dans le secteur public – qui ne s'adresse qu'à la FNEEQ finalement –, on constate avec étonnement qu'elle s'applique aussi à l'université et au privé alors que le gouvernement n'a rien à voir avec la négociation dans ces deux secteurs. La CSN et la FNEEQ réagissent et le gouvernement recule, excluant les deux secteurs de la loi après quelques mois d'hésitation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Chargées et Chargés de cours sont Là pour rester sur le plan syndical, la désormais fameuse bataille du rattrapage salarial avec les professeurs d'université a donné lieu à une première série de gains salariaux importants mais aussi à un élargissement des démarches d'intégration pédagogique et politique des chargées et chargés de cours. mais le principal fait saillant de ce cycle de négociations est sans contredit l'acceptation consensuelle, 25 ans après la création du premier syndicat de chargés de cours, de la thèse fondatrice de ce type de syndicalisme qu'on croyait impossible. Les chargées et chargés de cours ne sont pas un accident de l'histoire dont la résorption se fera naturellement par l'élargissement des effectifs du corps régulier des professeurs. Cette masse de salariés précaires est là pour rester et son existence a notamment permis aux universités d'assurer leur mission de démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur. Civiliser la précarité en organisant syndicalement les chargées et chargés de cours et en négociant des conventions collectives de plus en plus complète[s] et contraignante[s] pour les employeurs: tel[le] fut la contribution du syndicalisme des chargées et chargés de cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce sens, le syndicalisme des chargées et chargés de cours apparaît avec le recul comme une forme de réponse sociale au sein des universités à ce profond bouleversement dans le monde du travail caractérisé entre autres choses par la flexibilité accrue des conditions de travail, par la précarisation du travail. C'est d'ailleurs un peu pour mesurer l'ampleur de ce phénomène et les réponses sociales et syndicales qu'il suscite, que le regroupement université de concert avec d'autres regroupements et comités a organisé à Montréal la cinquième édition de COCAL.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réseau nord-américain d'enseignantes et d'enseignants précaires, organisé syndicalement ou pas, la ''Coalition of Contingent academic Labor'' met en relief le caractère généralisé de ce phénomène de précarisation du travail dans les institutions d’enseignement en Amérique du nord et l'importance stratégique décisive du syndicalisme affilié pour lutter contre cette nouvelle forme d’exclusion sociale qu'est l'explosion du travail précaire. Rendons à César ce qui appartient à César en soulignant, au passage, que la FNEEQ fut la première fédération syndicale en Amérique du nord à saisir l'importance de ce combat et à accueillir les premiers syndicats de chargées et chargés de cours et leur bien étrange discours fortement imprégné d’indignation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l'aube de l'an 2000, la concertation prend un nouvel élan: on ajoute le besoin d'actions communes au partage d'information et au discours commun. Une série d'actions s'organise. Ainsi, le 22 novembre 2000, les syndicats tiennent la première Journée nationale des chargés de cours dans leurs établissements, une opération de reconnaissance et de visibilité. À l'automne 2001, les présidences de syndicats du regroupement se rendent à Chicoutimi, en appui à leurs collègues du SCCCUQAC en négociation. En mars 2002, le regroupement tient une réunion à Québec afin de soutenir le SCCCUL en campagne de rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'histoire du regroupement, cette négociation marque une avancée importante: outre la nécessité d'un discours commun, la concertation des actions est apparue primordiale. Les gains ont été appréciables autant en ce qui a trait aux conditions normatives de travail que de la rémunération – un rattrapage salarial variant de 8% à 11%, ainsi que les paramètres du secteur public et parapublic. Lors de cette négociation, les chargées et chargés de cours sont parvenus à une reconnaissance certaine dans le monde universitaire et dans l'opinion publique&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l'éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, rapport bilan du regroupement université, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours connaissent ensuite une série de négociations gagnantes sur tous les points de la plateforme commune de revendications. Tout au long, la solidarité se manifeste dans le plus grand respect de l'autonomie de chaque syndicat, particulièrement lors des grèves à l'Université Laval et à l'Université TÉLUQ.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
[…] La rémunération d'une charge de cours […] est passée en dix ans de 5000$ à 8000$, soit une augmentation moyenne de 6% par année. Au fil du temps, l'expérimentation de la négociation regroupée a mis en lumière certains éléments essentiels à la réussite, notamment la bonne préparation d'un cycle de négociation. De l'élaboration de la plateforme commune aux sessions de formation, c'est un ensemble de facteurs qui permettent aux syndicats de s'outiller afin d'arriver fin prêts aux tables locales&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation… pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, Bilan du regroupement université, p.3-4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase de négociation 2005-2009 se termine avec la signature de la convention à l'UQAT. Ce cycle, marqué par des grèves à l'Université Laval, à l'Université du Québec en Outaouais et à la TÉLUQ, a permis un important rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement dit du cycle suivant qu'il est «sans doute une des négociations regroupées les plus importantes entre des syndicats CSN.» Neuf syndicats en provenance de six régions sont en négociation pendant cette période. Les chargées et chargés de cours veulent faire reconnaitre leur apport à l'université, eux qui donnent en moyenne 50% des cours de premier cycle dans l'ensemble des établissements universitaires  québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En décembre 2009, les syndicats se rendent à l'Université de Montréal pour manifester leur solidarité aux chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal, pris dans une négociation difficile. Ils sont les premiers à enclencher le nouveau cycle. Ils feront la grève pendant sept semaines pour éloigner les prétentions autoritaires de l'administration de l'Université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette négociation du SCCCUM marque le début de la nouvelle phase de négociation. Une quatrième entente de solidarité est entérinée par le regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sept semaines de grève ont permis des avancées notables quant à des enjeux importants, mais aussi de contrer des attaques de l'employeur, notamment la perte éventuelle du lien d'emploi à la suite d'un désistement. Le règlement prévoit une augmentation salariale de 6,55%, montant auquel s'ajouteront les paramètres négociés dans le secteur public, et ce, pour les quatre années de la convention collective&amp;lt;ref&amp;gt;Claire Tremblay, «un mode singulier, des résultats probants», Carnets, no 20, printemps 2009, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre autres syndicats du regroupement sont en négociation en 2010: ceux des chargées et chargés de cours de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), de l'Université Laval ainsi que de l'éducation permanente de l'Université Concordia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Syndicat des chargés-es de cours et instructeurs-trices de l'Université McGill (SCCIM) signe enfin une première convention collective après quatre ans de négociation. Une longue lutte pour la reconnaissance. […] De leur côté, les auxiliaires d'enseignement de McGill ont accepté l'offre de l'employeur lors d'une assemblée générale tenue le 30 septembre&amp;lt;ref&amp;gt;«Les chargé-es de cours de l’Université de Montréal: on a eu raison de faire la grève», Carnets, no 23, automne 2010, p. 8 .&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2012, les universités ont subi en quatre ans des compressions de plus de 700 millions$, une mutation entrepreneuriale et une augmentation du nombre d'étudiantes et d'étudiants par groupe les universités sont dans un piètre état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut camper les négociations dans ce contexte «austéritaire», fermé et sans dialogue. Ainsi, à l'Université de Montréal, à l'UQAM, à l'ÉTS et à Concordia, on s'arme de patience et de détermination. Les chargées et chargés de cours de l'UdeM, au cœur d'une vaste restructuration de l'université, font face à une judiciarisation croissante qui alourdit les relations de travail et qui génère aussi des coûts énormes. À l'UQAM, la situation est explosive!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les étudiantes et les étudiants salariés sont en grève depuis décembre 2015 et le conflit ne semble pas près de se résoudre. Les professeurs et les chargés de cours sont aussi en négociation, ce qui a permis de belles mobilisations intersyndicales. La solidarité est au rendez-vous, mais la vidéosurveillance et la répression aussi! À Concordia, les compressions et les menaces liées au projet de loi sur les régimes de retraite (PL 75) ont, ici aussi, permis de réaliser des travaux en intersyndicale et des actions communes, du jamais vu à Concordia. Quant à l'ÉTS, on est à négocier la première convention des chargées et chargés de cours. La progression est lente, mais stable. En 2016-2017, près de la moitié des syndicats de chargés de cours de la FNEEQ seront en négociation&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cycle de négociation 2015-2018 se termine avec des gains et sans exercice de grève. Des votes de grève forts dans plusieurs syndicats et une bonne mobilisation ont fait pencher la balance du côté syndical même si, budget après budget, les compressions continuent de s'abattre sur l'université. À croire que l'équilibre budgétaire si cher au gouvernement Couillard passe par l'université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SCCCUQ connait une autre mobilisation gagnante en 2017:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation regroupée porte ses fruits. Au début de février dernier, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ–CSN) a approuvé une entente de principe avec une augmentation totale de 8,61 % sur quatre ans, une clause remorque avec les professeurs pour 2019 et d’autres gains en matière d’accès à la recherche. Après une grande mobilisation sur le terrain et l’adoption d’une banque de jours de grève, la direction de l’Université du Québec a rapidement réglé avec le syndicat. Voilà une première leçon à retenir. La présente ronde de négociation regroupée compte sur la participation de presque tous les syndicats de chargé-es de cours affiliés à la FNEEQ — sauf deux, ce qui représente plus de 10 000 chargé-es de cours&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 33, printemps 2016, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations à l'Université de Montréal et à Concordia se passent bien et des accords sont obtenus. Un dossier cependant peine à se régler, celui des tuteurs et tutrices de l'Université TÉLUQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] tout le regroupement université (RU) se mobilise derrière le syndicat des tuteurs et des tutrices de la TÉLUQ qui fait face à une attaque frontale de la part de la partie patronale. En effet, dans un assaut d’une rare violence, l'administration transforme profondément les tâches des tuteurs et des tutrices. Ces derniers, responsables de l'encadrement, donc de l'enseignement à proprement parler, seraient relégués à un rôle d'auxiliaire et de correcteur. Il est important ici de rappeler les luttes historiques menées par le syndicat et la FNEEQ pour la professionnalisation et la reconnaissance du travail des membres du STTTU. La grève de 2008 n'aura pas été vaine et les syndicats du RU ont déjà donné leur soutien au STTTU&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation à l'Université TÉLUQ s'étend sur deux années. Exaspérés, les tutrices et les tuteurs sortent en grève générale illimitée fin janvier 2019 et y restent jusqu'à leur acceptation des recommandations du conciliateur le 10 juillet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le règlement négocié en présence d'un conciliateur du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale vient encadrer plusieurs enjeux cruciaux, dont la rémunération et la sous-traitance. Il établit également des balises protégeant les emplois des tuteurs et des tutrices. Finalement, le règlement met fin à tous les litiges en cours dans le dossier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations entre le STTTU-CSN et l'Université TÉLUQ durent depuis plus de deux ans, alors que la convention collective est échue depuis décembre 2016. Tout au long des négociations, le syndicat a dû faire face à un employeur exigeant et peu flexible, ce qui a mené au plus long conflit du monde de l'enseignement au Québec. Les membres du Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-Université-CSN ont mené, au cours des derniers mois, une mobilisation exemplaire. Ayant toutefois à cœur l'avenir de la TÉLUQ, ils ont souhaité ne pas mettre davantage en péril le parcours de leurs étudiantes et étudiants. La nouvelle convention collective prendra fin en 2024&amp;lt;ref&amp;gt;Communiqué de presse FNEEQ, publié sur le site Web de la fédération: [https://fneeq.qc.ca/fr/la-greve-a-la-teluq-prend-fin/?highlight=gr%C3%A8ve%20%C3%A0%20TELUQ https://fneeq.qc.ca/fr/ la-greve-a-la-teluq-prend- fin/].&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Au privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation dans les établissements privés, c'est un autre monde. Outre son hétérogénéité et la difficile pratique syndicale dans plusieurs établissements, ce qui caractérise le regroupement à ce stade-ci, c'est le désir de s'affirmer, de prendre sa place. De plus en plus d'enseignantes et d'enseignants du privé vont adhérer à la FNEEQ alors que des établissements ferment. La Fédération revendique la protection des emplois lorsque des établissements privés passent au public, mais lorsque le Collège Antoine-Girouard de Saint-Hyacinthe ferme, il n'y a pas d'entente, pas d'emplois protégés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le contexte de la baisse démographique en région et des compressions budgétaires fragilise le réseau des écoles privées. Les enseignantes et les enseignants des écoles privées constatent qu'ils ont de moins en moins d'autonomie professionnelle, qu'ils font face une dévalorisation constante de la profession enseignante. Les administrations tentent aussi de plus en plus de s'en remettre à la sous-traitance pour les autres catégories de personnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La présence de la sous-traitance est également de plus en plus observable dans nos institutions. Après avoir vu les dommages causés aux employés de soutien au Collège Stanislas, les dérives possibles inquiètent nos membres. Certaines directions pourraient être tentées, par souci d’économie, de sous-traiter du travail normalement effectué par nos membres syndiqués&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», procès-verbal, 32e congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan du regroupement privé, p. 26.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les compressions budgétaires imposées par le gouvernement et la baisse des subventions qui s'ensuit font mal aux établissements privés et entraînent des fermetures. Négocier dans ce contexte est difficile. Une meilleure concertation entre les syndicats et avec la Fédération devient un outil essentiel. La grande diversité des syndicats, l'absence de culture syndicale chez plusieurs, particulièrement chez les nouveaux syndicats, laisse peu de choix au regroupement, qui doit miser sur l'information, les échanges et la formation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours des années, nous constatons que les négociations s'avèrent de plus en plus ardues et complexes parce qu'elles sont tributaires, entre autres, des diminutions de subventions. Le regroupement a […] tenté de se donner les moyens de répondre aux exigences et retombées des décisions prises par le gouvernement et par les employeurs. La voie de la concertation et celle de la formation ont à cet égard été privilégiées et bien appréciées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des sessions de formation sur la négociation, le règlement des litiges et l'analyse financière ont été données aux personnes dirigeantes des syndicats en tenant compte de leurs besoins spécifiques. L'évaluation qu'elles en ont faite est positive. À l'heure présente, il semble clair que l'organisation de sessions de formation adaptées aux besoins et réalités du regroupement soit appréciée et suscite, par le fait même, une meilleure et plus grande participation des militantes et des militants&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l'éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, rapport bilan du regroupement privé, Annexe 11, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations débouchent généralement, à quelques exceptions près, sur des ententes acceptables. Personne ne veut voir son école acculée à la fermeture et le récit de quelques négociations illustre assez bien le dilemme auquel les syndicats sont confrontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs négociations ont été conclues [en 1995], telles l'École de conduite de Québec, le Petit Séminaire de Québec, les collèges de La Pocatière, de Notre-Dame-de-Lourdes, de Jean-de-Brébeuf, de Stanislas à Québec (première convention), le Pensionnat de l'école primaire Les Arbrisseaux et l'École Vanguard. Plusieurs autres syndicats sont actuellement en négociation, soit le Séminaire de Lévis (en conciliation depuis août 1996), le Séminaire Saint-François, le Collège de Montréal (première convention), l'École de musique de Jonquière, le Séminaire salésien de Sherbrooke et l'École Saint-Sacrement de Terrebonne. Dans ce secteur, le rapport de force est essentiellement lié aux fluctuations de la clientèle. Cependant, en qui concerne les conventions collectives FNEEQ, le patron d’un collège privé nous avouait dernièrement que «C'est, vous autres, à la FNEEQ, qui avez conservé les meilleures conventions dans le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, Bilan des services 1995-1997, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les employeurs ont souvent le même réflexe. En cas de baisse de revenus (clientèle ou subventions), ils tentent d'aller chercher l'argent au plus près, c'est-à-dire dans les poches des employés. C'est encore plus vrai lorsqu'un syndicat entre pour la première fois dans un établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Six syndicats envisagent d'entreprendre une première ronde de négociations pendant l'année qui vient [1998]. Le nerf de la guerre sera bien entendu de faire face aux compressions annoncées. […] Ainsi, nous devons déjà constater, chez certains employeurs, des réductions d'échelles salariales comme une alternative aux compressions budgétaires. Par ailleurs, certains syndicats (Petit Séminaire de Québec, Collège Jean-de-Brébeuf, Institut Teccart, École Notre-Dame-de-Lourdes, Collège Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, École Vanguard, Collège Mont-Royal, Séminaire St-François) ont tous convenu d'un règlement le printemps dernier. Si certains syndicats ont réussi à faire des gains, ils ont tous eu à consentir à des augmentations de tâche ou à des pertes salariales. Dans les circonstances, certains règlements ont, somme toute, été positifs pour quelques syndicats. L'année qui vient s'annonce très cruciale pour les membres du regroupement privé. Le financement du réseau est très sérieusement remis en cause. Or, la tâche des enseignantes et des enseignants est plafonnée, les services offerts par les collèges sont largement amputés et la contribution des parents atteint, dans plusieurs cas, la limite permise par la loi. Bref, la pression qui va s'exercer sur les enseignantes, les enseignants et le personnel sera, dans un proche avenir, excessivement forte&amp;lt;ref&amp;gt;Denise Trudeau, Pierre Lachance, « Dernières nouvelles», FNEEQ actualité, vol. 10, no 3, octobre 1996, p. 27.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fermeture du secteur collégial au Petit séminaire de Québec a permis de mettre en pratique la politique de la FNEEQ en cas de transfert au public dans une situation de fermeture d'établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, en ce qui concerne la relocalisation au secteur public, une entente avec le ministère de l'Éducation, les directions des cégeps de la région de Québec, les syndicats et la FNEEQ accordait à l'enseignante ou l'enseignant du Petit Séminaire de Québec qui postulait dans un de ces collèges d'être automatiquement reçu en comité de sélection. Certains enseignants et enseignantes ont ainsi pu obtenir des charges d'enseignement dans trois cégeps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] signalons que ces ententes, jumelées à celles concernant les départs à la retraite et celles sur la cessation d'emploi ont donné des résultats satisfaisants, puisqu'il n'y a pas eu de perte d'emplois au Petit Séminaire de Québec. Dans la même veine, un programme spécial de 30 crédits a été offert aux enseignantes et enseignants qui souhaitaient obtenir une autorisation pour enseigner au secondaire du Petit Séminaire de Québec&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», procès-verbal, 25e congrès FNEEQ, juin 2000, rapport bilan du regroupement privé, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un cas similaire se présente en 2002 au Collège de Lévis qui ferme son secteur collégial. Le Collège veut concentrer ses activités sur l'enseignement secondaire. Malgré la fermeture, le syndicat sauvegarde tous les emplois à la faveur de mises à la retraite, de relocalisation dans un autre collège ou d’affectation au niveau secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réforme gouvernementale de l'enseignement primaire et secondaire de la fin des années 1990 est aussi préoccupante pour les syndicats, le regroupement et la Fédération. La majorité des établissements syndiqués du regroupement privé sont au secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] L’ampleur de cette réforme est considérable et implique, en plus des changements au curriculum, aux programmes et aux méthodes pédagogiques, des répercussions sur les conditions de travail des enseignantes et des enseignants. […] ce sujet fut largement traité par le regroupement. Afin de tracer un portrait fidèle de la situation à l’intérieur des syndicats, un comité pour étudier l’impact de la réforme sur les conditions de travail fut formé. Ce travail a permis de constater un danger de précarisation des emplois dans les syndicats des établissements d’enseignement privé. En effet, l’apparition de nouveaux champs disciplinaires, la disparition des certaines disciplines [sic], les changements parfois importants imposés à la grille horaire sont autant de facteurs qui viennent fragiliser les emplois&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e  congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p.19-20.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l'équité salariale, que la CSN et la FNEEQ ont gagnée de haute lutte, n'est pas simple à appliquer dans les établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] plusieurs établissements d'enseignement privés devaient se conformer à l'obligation de s'inscrire dans une démarche d'équité dans le contexte d'une entreprise privée. Amorcée durant le […] mandat [1998-2000], le processus fut intensifié à partir de l'hiver 2000, date à laquelle la coordination du regroupement offrit aux syndicats une formation surmesure. A l'issue de ces rencontres, la majorité des comités locaux retenait le canevas CSN comme outil de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, au fur et à mesure que les travaux en équité évoluaient, des cas de figures apparaissaient et mettaient en cause le maintien de clauses de parité salariale avec le secteur public. En effet, selon les établissements, la prédominance des sexes à l'intérieur des catégories d’emploi pouvait être différente. Comment alors préserver l'intégrité des clauses de parité salariale gagnées de haute lutte?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement analysa la situation sous divers angles. De ses travaux est ressortie l’importance de maintenir la parité salariale avec le secteur public correspondant, bien que l’arrimage puisse présenter certaines difficultés d'application dans le contexte de la loi sur l'équité salariale. À cet effet, le regroupement privé entend demeurer vigilant&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p.19-20.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2005 et 2007, trois syndicats sont touchés par des conflits. La FNEEQ demande alors que les conseils d'administration de ces établissements ne soient plus cooptés et qu'il y ait élections pour y retrouver des parents et des membres du personnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est plutôt rare dans le secteur de l'enseignement privé que les syndicats utilisent la grève comme moyen de pression lors des négociations. Pour le personnel enseignant, un moyen de pression ne doit toucher les services aux élèves qu'en dernier recours. Malgré cette volonté, des syndicats du regroupement privé ont vécu des conflits de travail importants, dont deux lock-out survenus en 2005 et une grève en 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Lockout au Collège Notre-dame-de-Lourdes à LongueuiL ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 22 avril 2005, après deux années de négociation, la direction du Collège Notre-Dame-de-Lourdes à Longueuil décide de mettre ses 48 enseignants en lockout, prétextant avoir un problème de relations de travail avec leur syndicat. Pourtant, il n’y a aucun grief actif à ce moment-là. L’objectif de la direction est d’augmenter la tâche des enseignants et de restreindre l’accès à la permanence, sans raison valable. Les 800 élèves ont donc été privés d’enseignement pendant trois semaines. La direction du Collège va lever le lockout après l’intervention d’un médiateur du ministère du Travail. Malgré le retour en classe des enseignantes et enseignants, l’impasse demeure totale. Le règlement de la convention collective n’a lieu qu’un an plus tard, quelques jours après que le syndicat eut déposé une plainte pour négociation de mauvaise foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Lockout au Collège Saint-Sacrement de Terrebonne ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines après la fin du lockout au Collège Notre-Dame-de-Lourdes, c'est au tour des 65 enseignants du Collège Saint-Sacrement de Terrebonne de se retrouver à la rue. En effet, le 27 juin 2005, trois jours avant le versement des paies d'été, l'employeur décrète un lockout et tente de laisser croire aux enseignants qu'ils seront privés de leur rémunération durant la période des vacances estivales. Après 1984 et 1999, c'est la troisième fois que la direction du Collège utilise le lockout comme stratégie de négociation. La direction menace de ne pas ouvrir ses portes en septembre si une entente n'est pas signée avant la fin des vacances. La menace est mise à exécution et 1400 élèves ne peuvent reprendre les cours à la rentrée. Le conflit de travail prend fin le 30 septembre 2005 alors que les deux parties apposent leurs signatures sur une entente d'une durée de quatre ans. Ce n'est que le 4 octobre que les élèves pourront reprendre leurs cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Syndicalisation et grève au Collège Villa Maria ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de l'hiver 2005, les enseignants du Collège villa maria en ont assez de l'attitude de la direction et organisent une campagne de syndicalisation. Le manque de respect de l'employeur, l'augmentation de la charge de travail et le salaire sont au cœur des demandes des enseignantes et enseignants. Ils obtiennent leur accréditation en mai 2005, mais ceux qui espèrent avoir rapidement un premier contrat de travail se rendent compte, après quelques séances de négociations, que la partie sera difficile. Après 21 mois de négociation et de conciliation, la charge de travail, les congés sociaux et le régime d'assurance sont toujours au cœur des pourparlers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 19 novembre 2007, les 80 enseignants se prononcent à 80 % en faveur d'un mandat de grève de trois jours. Après une première et dernière journée de grève le 6 décembre, la direction s'empresse de demander l'arbitrage de première convention collective. L'arbitre rend sa décision quelques semaines plus tard en faveur des enseignantes et enseignants, dénonçant l'attitude «marchande» de l'employeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2010, le regroupement veut aller plus loin dans la concertation des négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement compte 34 syndicats, souvent très différents les uns des autres. Un projet de convention unique est impensable, mais les syndicats s'entendent sur une plateforme de revendication concernant les droits parentaux, les droits syndicaux, incluant les libérations syndicales et les divers types de congés&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Senneville, «Des objectifs communs de négociation», Carnets, no 23, automne 2010, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En quelques années, les adhésions de syndicats du privé à la FNEEQ se multiplient, amenant des gains souvent importants à ces enseignantes et ces enseignants nouvellement syndiqués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ met au service de ces nouveaux venus des ressources et une expertise qui permettent de franchir avec succès la délicate et importante étape d'une première négociation de convention collective. L'entente obtenue par le syndicat du Collège Jean de la Mennais, en février dernier [2016], en est un parfait exemple. Après deux ans de mobilisation et de rencontres, le comité de négociation a présenté aux membres un contrat de travail qui améliorait substantiellement leurs conditions de travail sur les plans de la tâche, de la consultation pédagogique, des congés et des droits parentaux. C'est la preuve éclatante que se syndiquer au XXIe siècle constitue toujours un geste collectif qui a de l'impact dans un milieu de travail&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Quesnel, «Échos des regroupements», Carnets, no 33, printemps 2016, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'année 2016-2017 est une « grosse » année de négociation: plus de la moitié des membres du regroupement sont en renouvellement de leur convention, soit près de 2 500 enseignantes, enseignants et membres du personnel des établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette perspective, la coordination a profité du cadre des réunions régulières du regroupement de l'an dernier [2016] pour préparer le terrain en proposant aux déléguées et aux délégués des formations condensées sous forme d'ateliers: en février s'est tenue la formation «Comité de relations de travail», en avril, «Membre du conseil d'administration» et nous ajouterons l'hiver prochain «Mobilisation» et «Information sur les réseaux sociaux». Cette formule adaptée à la réalité du regroupement a beaucoup plu aux déléguées et aux délégués, car ils ne bénéficient pas d'un grand nombre de libérations syndicales. Elle a favorisé les échanges et le partage d'informations&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Quesnel, «Échos des regroupements», Carnets, no 34, automne 2016, p. 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au printemps 2017, plusieurs ententes sont conclues. Cinq établissements, soit le Collège de Montréal, Villa Maria, Mont-Royal, Regina Assumpta et le Collège André-Grasset, renouvellent leur convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La coordination du regroupement privé se réjouit du fait que chaque table de négociation a pu négocier des gains significatifs à sa convention collectives: diminution de la tâche, réduction de la précarité, augmentation de la contribution de l'employeur aux assurances collective, amélioration des dispositions entourant les droits parentaux, etc. Ces améliorations locales constituent autant d'exemples que pourront évoquer les autres syndicats du regroupement dans leur propre négociation. Douze d'entre eux se préparent à négocier en 2017-2018.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le syndicat des travailleuses et des travailleurs de Mashteuiatsh ainsi que celui de l'École de joaillerie de Montréal ont obtenu leur toute première convention collective de travail en mai et en juin derniers. Ces ententes permettent à leurs enseignantes et leurs enseignants de vivre, pour la première fois, une rentrée scolaire en profitant de conditions de travail négociées&amp;lt;ref&amp;gt;Léandre Lapointe, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fondateurs de la FNEEQ, premiers syndicats d'enseignantes et d'enseignants à la CSN, on dirait bien que les syndicats des établissements privés sont de retour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La profession enseignante au cégep =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quelques jalons dans l'affirmation ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait périlleux de faire l'historique de la négociation et des luttes enseignantes dans les cégeps en quelques pages. Ainsi, trois morceaux d'histoire choisis, soit l'épanouissement de la culture de collégialité, l'obtention du rangement 23 et les questions relatives à l'accès à l'égalité, permettront d'illustrer concrètement comment l'affirmation de la profession enseignante au collégial se traduit au fil des négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L'épanouissement de la culture de collégialité ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des cégeps répond à une vision humaniste de l’éducation où les formations comprennent une dimension citoyenne essentielle. La culture de collégialité présente dans les cégeps semble également découler naturellement d’une vision humaniste qui aplanit la hiérarchie au profit de la coopération. La notion de collégialité précède d’ailleurs la création des cégeps, puisqu’elle fait partie intégrante de leur projet. Le rapport Parent de 1963 envisage en effet une gestion participative et la constitution de départements où la responsabilité est portée par la communauté du collège qui anime et oriente l’établissement:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«C’est le principal, ses assistants et le conseil des études qui porteront la responsabilité de la direction de l’enseignement. […] Le principal, ses assistants, les chefs de départements et des professeurs élus par leurs collègues formeront le Conseil des études dont les fonctions seront de première importance pour la coordination des départements, des programmes et des différentes institutions engagées dans ces programmes. C’est ce Conseil qui sera comme le centre nerveux qui animera et donnera une orientation à tout l’institut. Enfin, l’enseignement dépendra beaucoup de la valeur de chaque département. C’est dans les départements que se fera l’intégration des étudiants et des professeurs; c’est par le département que chaque étudiant se développera dans sa spécialité, en contact avec des confrères et des maîtres.&amp;lt;ref&amp;gt;Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec, Rapport Parent, Tome II Les structures pédagogiques du système scolaire, 1963, alinéa 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, le texte souligne l’importance de l’expertise du terrain et la reconnaissance de cet apport pour une coordination institutionnelle efficace:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le principal devra être choisi avec soin: surtout au début, le succès de la mise en commun des ressources dépendra largement de lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éducateur forcément spécialisé dans un secteur, il devra avoir une expérience suffisante pour comprendre les particularités de tous les programmes, pour diriger et coordonner un ensemble vraiment polyvalent&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, le rapport Parent met en évidence l’importance que la personne qui dirige l’établissement soit issue du milieu de l’enseignement et qu’elle ait une expérience disciplinaire, mais aussi du terrain, pour assurer la coordination d’un «ensemble vraiment polyvalent». Ce principe ne s’est pas incarné comme tel à travers le temps, mais il est intéressant de constater que, dès l’origine, l’expertise enseignante est identifiée comme une qualité essentielle pour la gouvernance de ce type d’établissement. Ce principe s’incarnera notamment à travers les instances collégiales que sont les départements et les comités de programme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les départements et leur coordination ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lieu où s’exprime sans doute le plus fortement la notion de collégialité est le département, qui regroupe les enseignantes et les enseignants d’une même discipline ou de plusieurs disciplines apparentées. Il est particulièrement intéressant de se pencher sur l’épanouissement du concept de collégialité à travers l’évolution de la notion de coordination départementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premières conventions collectives des enseignantes et des enseignants de cégeps prévoient, de 1969 à 1979, des chefs de département que le collège nomme en fonction d’une liste soumise par le département: c’est le collège qui fixe la date de leur entrée en fonction et la durée de leur mandat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1979, on passe de la notion de «chef de département», dont la connotation est très hiérarchique, à la désignation plus collégiale de «responsable de la coordination départementale». Cette personne est désignée par le département selon ses propres critères, puis nommée par le collège. La durée du mandat n’est plus laissée à la discrétion du collège, mais fixée à un an et le mandat peut être renouvelé, comme c’est toujours le cas dans les conventions actuelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1983, la convention collective ne parle plus de responsable à la coordination, mais simplement de coordonnateur et, depuis 1986, de coordonnatrice, la féminisation étant désormais appliquée au texte de l’ensemble de la convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, de 1972 à 1988, un supplément était accordé aux personnes qui assumaient le rôle de la coordination départementale et pouvait varier d’un département à l’autre après avoir été déterminé au comité des relations du travail. Une telle prime contribuait à créer l’impression d’une hiérarchie remplacée de nos jours par l’idée fortement ancrée que la coordination départementale est assumée par un pair parmi les pairs. Le travail de coordination départementale est reconnu selon un rapport par des ressources déterminées qui s’ajoutent à celles du département en fonction du nombre de membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’évolution de la notion de coordination départementale témoigne d’une maturation de la convention collective au fil des négociations qui a donné lieu à une plus grande démocratisation des structures par et pour les enseignantes et les enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L’approche programme et les comités de programme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’approche programme qu’instaure la réforme Robillard de 1993 ne se fait pas sans heurts dans les cégeps. La gestion des programmes par compétences est décentralisée vers les collèges, et un cadre législatif les force à se doter de politiques institutionnelles en conséquence et à mettre en place une commission des études. Témoin de ce changement, la convention collective intègre en 2000 les comités de programme, des structures interdisciplinaires comprenant des enseignantes et des enseignants de toutes les disciplines d’un programme concerné. Associée à la réforme Robillard, cette instance sera loin de faire l’unanimité et, au départ, elle fait même parfois l’objet d’un boycottage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les comités de programme ont pour fonction de participer au développement, à l’implantation et à l’évaluation des programmes ainsi que d’en assurer la qualité et l’harmonisation pédagogiques. Ils reposent sur l’expertise enseignante que suppose la complexité des savoirs enseignés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire des départements et des comités de programme nous ramène au principe énoncé dans le rapport Parent voulant que l’expertise enseignante soit au cœur de la gouvernance institutionnelle. Ainsi, la «gouvernance pédagogique» est assurée par les enseignantes et les enseignants au sein des départements et des comités de programme précisément parce qu’ils cumulent la double expertise de spécialistes disciplinaires et de spécialistes de l’enseignement de leur discipline.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le rangement 23 et la confirmation de l’appartenance à l’enseignement supérieur ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le secteur public, le processus de relativité salariale qui relève du Conseil du trésor évalue chacune des catégories d’emploi en fonction de dix-sept critères auxquels un pointage est accordé pour en déterminer l’appartenance à l’un des 28 rangements existants. À chacun des rangements correspond une rémunération maximale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant la négociation de 2015, les enseignantes et les enseignants de cégep n’étaient pas rangés, mais classés provisoirement au rangement 22 en vertu d’une clause de parité salariale, c’est-à-dire au même rangement que les enseignantes et les enseignants des commissions scolaires et selon la même rémunération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte du personnel enseignant des cégeps pour son propre rangement se fera en deux étapes : d’abord, la reconnaissance de cette catégorie d’emploi comme une catégorie mixte distincte de celle de l’enseignement primaire et secondaire; ensuite, l’inscription du rangement dans les travaux de relativité salariale plutôt que dans ceux de l’équité salariale. Il faudra dix-sept ans de travaux et de mobilisation pour atteindre l’objectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès octobre 1998, le regroupement cégep mandate le comité de stratégie — seule instance de recommandation en ce qui a trait à la négociation et à la mobilisation — pour « mener des travaux permettant d’établir la spécificité de l’enseignement collégial et le caractère distinct du groupe d’enseignantes et d’enseignants de l’ordre collégial&amp;lt;ref&amp;gt;Résolution prise par le regroupement cégep les 22 et 23 octobre 1998.&amp;lt;/ref&amp;gt;». Cette demande se précise dans le temps notamment par la revendication de la reconnaissance de l’enseignement collégial comme appartenant à l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2006, les parties nationales, alors formées du CPNC (Fédération des cégeps et ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport) ainsi que de la FNEEQ-CSN, la FEC-CSQ et la FAC&amp;lt;ref&amp;gt;CPNC: Comité patronal de négociation des collèges; FEC-CSQ: Fédération des enseignantes et enseignants de cégep; FAC: Fédération autonome du collégial, dissoute en 2009.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mènent des travaux importants qui donneront lieu au rapport ''Enseigner au collégial…Portrait de la profession'', paru en 2008. Il s’agit d’un document phare qui brosse un portrait de la profession enseignante au collégial, de l’ensemble des activités accomplies et des aspects individuel et collectif de cette pratique. Ce rapport aura une incidence sur la négociation de la convention collective, mais aussi sur la reconnaissance de la complexité, des caractéristiques et des exigences de la pratique enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2013, alors que les enseignantes et les enseignants de cégep de la FNEEQ attendent avec impatience la conclusion des discussions relatives au rangement, le Conseil du trésor marque un recul important et jette de l’huile sur le feu en déclassant le personnel enseignant des cégeps au rangement 21. Il crée une véritable onde de choc chez les enseignantes et les enseignants de la FNEEQ, qui se mobiliseront massivement avec l’opération «Dérangement 21». Cette forte mobilisation force le Conseil du trésor à revenir sur sa décision, mais il place alors le personnel enseignant au rangement 22, qui ne tient pas compte de la réalité de la pratique en enseignement supérieur. Les enseignantes et les enseignants de cégep donnent alors comme mandat à leurs représentantes et représentants nationaux à la table centrale d’inclure leur revendication pour un rangement cohérent dans la négociation nationale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’automne 2015, alors que la dernière ligne droite de la négociation se dessine, le Conseil du trésor se rend aux arguments de la FNEEQ et de la CSN, notamment sur les facteurs de l’autonomie, de l’expérience et de l’initiation à la profession qui distinguent notre catégorie d’emploi. La négociation permet de maintenir dans l’échelle salariale les échelons pour la maîtrise et le doctorat, qui n’existent dans aucune autre échelle salariale du secteur public. Le rangement 23 est ainsi obtenu, reconnaissant la profession enseignante au collégial dans sa complexité et son appartenance à l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les correctifs salariaux relatifs au rangement 23 ont pour leur part été appliqués en avril 2019.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La FNEEQ à l’avant garde sur les questions d’accès à l’égalité ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ a été une précurseure dans la réflexion sur la discrimination positive envers les femmes, qui sera plus tard désignée par la notion d’accès à l’égalité et qui s’étendra à d’autres groupes. La FNEQ intègre le féminin dans son nom et devient la FNEEQ en 1982. La féminisation de la convention collective est effective à partir de 1986-1988: désormais, «enseignantes et enseignants» remplace le masculin «professeur». Au-delà de la féminisation des textes, l’évolution des conventions collectives du personnel des cégeps place sans conteste la FNEEQ à l’avant-garde de la réflexion sur l’accès à l’égalité des femmes, puis à celle d’autres groupes qui sont, eux, minoritaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Québec, la Commission des droits de la personne et la Charte des droits et libertés de la personne sont créées en 1975 et, en 1982, des modifications apportées à la Charte rendent légaux les programmes d’accès à l’égalité pour les groupes victimes de discrimination en emploi. Si le gouvernement du Québec lance un programme de subventions pour la mise en œuvre de programmes d’accès à l’égalité pour les femmes en 1987, la convention collective les précède en mettant en place dès 1983 le comité national d’accès à l’égalité, qui a pour mandat d’établir un programme relatif aux femmes et touchant les domaines de l’embauche, de la sécurité d’emploi et du perfectionnement. Une dizaine de collèges participeront au projet de démarrage volontaire des programmes, qui ont pour objectif l’égalité entre les femmes et les hommes. La FNEEQ précède ainsi la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est intéressant de faire une parenthèse pour noter que la convention suivante, soit celle de 1986-1988, inclut deux nouvelles clauses: l’une sur la non-discrimination, l’autre sur le harcèlement sexuel. Les négociations des années 1980 sont donc marquées par une importante préoccupation syndicale pour que les conditions de travail soient liées de façon intrinsèque au cadre plus large du respect des droits de la personne et que cela se traduise dans la culture organisationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’ensemble de ces clauses apparaissent toujours dans la convention collective actuelle et, depuis 2005, des clauses sur la violence et le harcèlement psychologique s’y ajoutent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1989, des comités locaux se greffent au comité national d’accès à l’égalité. Ils ont pour mandat d’étudier tout problème d’accès à l’égalité, de faire des recommandations aux collèges et d’élaborer un programme d’accès à l’égalité au besoin. Il faut souligner que les enseignantes et les enseignants siègent aux comités de sélection et que cela rend d’autant plus pertinent le rôle qu’ils jouent quant à l’accès à l’égalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mandat des comités d’accès à l’égalité, tant sur le plan national que local, s’élargira à compter de 2000 en raison de la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics qui rend obligatoires les programmes d’accès à l’égalité au sein des organismes publics. À partir de 2000, la loi vise, en plus des femmes, les Autochtones ainsi que les personnes faisant partie des minorités visibles et des minorités ethniques et, en 2005, elle inclut les personnes handicapées. L’obligation légale à laquelle sont soumis les cégeps confirme la pertinence des comités d’accès à l’égalité, qui ont devancé la loi et qui permettent de traiter de questions cruciales avec l’expertise spécifique des gens du milieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n’est cependant acquis. On peut ressentir une grande fierté à l’égard de l’avant-garde dont fait preuve la FNEEQ en matière d’accès à l’égalité. Par contre, on doit se désoler du recul important que la partie patronale a fait en la matière lors de la négociation de 2015 alors qu’elle a travaillé avec acharnement à retirer des conventions collectives les comités d’accès à l’égalité, heureusement sans succès du côté des enseignantes et des enseignants. Elle y est quand même parvenue dans les conventions des personnels de soutien et professionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte pour préserver ces comités, dont l’importance nous est sans cesse rappelée par l’actualité, sera encore à faire. Les 50 ans de militantisme à la FNEEQ sont le parfait exemple que la force du nombre et la mobilisation nous donnent les moyens de mener nos luttes jusqu’au bout!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chargées et chargés de cours =&lt;br /&gt;
== La négociation regroupée des années 2000 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est en 1987 que les syndicats de chargées et chargés de cours des universités se sont rencontrés pour la première fois pour échanger entre eux les informations concernant leurs négociations locales. Les rondes de négociation des syndicats du regroupement université&amp;lt;ref&amp;gt;Font partie du regroupement université la majorité des syndicats de chargées et chargés de cours du Québec ainsi que le Syndicat des tuteurs et tutrices de la télé-université et l’Association des maîtres d’enseignement de l’ÉTS.&amp;lt;/ref&amp;gt; se déroulent sur une période de deux ou trois ans, à la suite de laquelle un bilan est fait par la coordination du regroupement en collaboration avec les représentants des syndicats. Lors de la ronde de négociations des années 1999-2001, les membres du regroupement se sont entendus pour formuler des demandes communes, définir un plan d’action commun et favoriser une plus grande circulation de l’information. Cette formule de négociation a permis aux syndicats de réaliser des gains majeurs, particulièrement en ce qui concerne les salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un protocole de négociation et une plateforme commune ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant chaque période de négociation, les syndicats signent ce qu’il est convenu d’appeler le «Protocole de solidarité». En signant ce protocole (ou entente), les syndicats reconnaissent l’importance de s’unir dans l’action, entre autres pour échanger de l’information et se mobiliser, de constituer une plateforme commune de revendications et d’être solidaires envers les syndicats en grève. Toute cette démarche est faite de façon volontaire: l’autonomie des syndicats n’est à aucun moment remise en question et les gains obtenus au fil du temps ont renforcé, pour les syndicats de chargées et chargés de cours, l’importance de joindre leurs forces&amp;lt;ref&amp;gt;Le texte du protocole est repris d’une année à l’autre. On peut consulter celui de la ronde 2016-2019 en accédant à ce lien: https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/Universite-Entente-mai-2016-pour-web-1.pdf?highlight=mai%202016.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De leur côté, les employeurs, se méfiant d’une telle démarche de concertation, en sont venus eux aussi à échanger informations et stratégies pour tenter de contrer les demandes syndicales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la réunion du regroupement tenue en octobre 2000, les sujets de négociation suivants ont fait l’objet de demandes communes: avantages sociaux (assurance-salaire, assurance-médicament, assurance-maladie, congé de maternité, régime de retraite, autres congés), l’intégration politique et pédagogique, le perfectionnement, le soutien pédagogique, les nouvelles formes d’enseignement (NTIC et enseignement à distance) et l’évaluation&amp;lt;ref&amp;gt;Regroupement université, ''Bilan et perspective'', juin 2002, p. 43.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La bataille principale porte toutefois sur le rattrapage salarial avec les professeurs. D’importants gains sont alors faits par les syndicats, toujours avec l’appui du regroupement, de l’équipe des personnes salariées de la FNEEQ, du Service d’action à la mobilisation et à la vie régionale (SAMVR) et de l’appui financier de la FNEEQ et du Fonds de défense professionnelle de la CSN (FDP). C’est ainsi que, par exemple, les chargées et chargés de cours de l’UQAR, de l’UQAT et de l’UQAC ont obtenu un rattrapage salarial de 16,5%; les chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal, 12%; et ceux de l’UQAH (aujourd’hui UQO), 19,4%. Tous ces gains se sont réalisés sur une période de deux ou trois ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des appuis au rattrapage salarial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour étayer leurs revendications, les chargées et chargés de cours du regroupement, qui font maintenant partie de l’Intersyndicale (SCCCUS, CUPFA et section locale 2661 du SCFP-FTQ, soit les chargées et chargés de cours de l’UQTR), peuvent compter sur une étude de l’Institut de la statistique du Québec présentée au Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQTR. Les résultats de cette étude sont divulgués publiquement le 3 novembre 1999. Cette étude, dont personne ne remet en cause le sérieux et la démarche, vient confirmer ce que tout le monde savait déjà: les chargées et chargés de cours sont payés beaucoup moins cher que les professeurs. Les membres de l’Intersyndicale s’entendent pour collaborer à une campagne portant sur le thème du rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de chargées et chargés de cours du regroupement vont chercher des appuis pour cette revendication au sein de la communauté universitaire: la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération des professionnelles et des professionnels d’université (FPPU) vont toutes appuyer la demande de rattrapage salarial des chargées et chargés de cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs documents sont produits en guise de soutien et sont distribués en dizaines de milliers d’exemplaires sur les campus universitaires. Un encart est inséré dans Le Devoir du 2 septembre 2001 (''Les chargées et chargés de cours: mieux les connaître pour enfin les reconnaître''). Un discours public commun s’articule autour de trois thèmes: la présence indispensable des chargées et chargés de cours, l’iniquité dans les conditions de travail et de rémunération; la contribution des chargées et chargés de cours à la qualité de la formation universitaire&amp;lt;ref&amp;gt;Regroupement université, ''Bilan et perspectives'', 2002, p. 22.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De 1987 à aujourd’hui: plus de 30 années de négociation coordonnée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore aujourd’hui, les syndicats de chargées et chargés de cours se réunissent pour définir des positions communes. Même si les discussions ne sont pas toujours évidentes, des priorités finissent par se dégager. L’arrimage des stratégies locales et des actions communes du regroupement présentent également certains défis. D’un autre côté, les rencontres fréquentes des membres du regroupement aident à créer une solidarité entre les membres. En brisant l’isolement du syndicat local, ces rencontres permettent de mettre en commun les bons et les moins bons coups, d’échanger sur les stratégies et de coordonner des actions. Plusieurs enjeux reviennent d’une ronde de négociations à l’autre dont l’équité de la rémunération, les assurances et l’évaluation des enseignements ne sont que quelques exemples. Certaines batailles sont plus longues que d’autres, mais les gains obtenus par l’un des syndicats du regroupement tracent bien souvent le chemin pour les autres. Le slogan de la dernière ronde de négociations (2016-2019) en est un bon exemple: «''Un gain pour les uns = un gain pour tous''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La syndicalisation des enseignants et des enseignantes en milieu autochtone =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Des organisations de Blancs? ==&lt;br /&gt;
Par: le comité exécutif, Syndicat des travailleuses et des travailleurs de l’éducation de Mashteuiatsh CSN&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Syndiquer un nouveau milieu n’est jamais facile, mais syndiquer un milieu autochtone est encore plus difficile. Évidemment, il y a les obstacles habituels, mais à cela s’ajoute la perception que les syndicats sont des organisations de Blancs qui viennent dire aux Autochtones comment gérer leurs relations de travail. Certaines personnes croyaient que les activités culturelles et tout ce qui faisait la particularité de notre milieu allaient disparaitre et que la syndicalisation allait appauvrir la communauté. Étrangement, ces propos ne venaient pas de notre employeur, mais de nos élèves et de nos membres syndiqués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions de travail offertes par le conseil de bande étaient acceptables et comparables à celles du Québec, jusqu’au jour où le conseil a installé des mesures restrictives pour se donner une gestion financière plus saine. Beaucoup de secteurs ont subi une coupure de deux heures dans leur semaine de travail. En compensation, le conseil a mis en place un ajustement d’horaire qui permettait de fermer les bureaux à 12h tous les vendredis. Les membres du personnel enseignant ont vu leur salaire coupé de deux heures comme les autres secteurs de la communauté, mais en continuant de travailler le même nombre d’heures, puisqu’une école ne ferme pas à midi le vendredi. Malgré les contestations du personnel des écoles, on ne tient pas compte de leurs arguments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le personnel de l’école secondaire s’opposait à la syndicalisation initiée par le personnel de l’école primaire. Lors du vote, la syndicalisation est passée avec une majorité très mince. Le 3 avril 2014, nous avons reçu notre accréditation. Il fallait maintenant négocier une première convention collective. La tâche ne s’annonçait pas facile, puisque le milieu était divisé, et nous devions composer avec l’opposition d’une bonne part des employés et des employées. Heureusement, notre employeur a facilité le travail en respectant nos droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons signé notre première convention en avril 2017. Tout était nouveau. Il y avait beaucoup de difficultés et de résistance aux changements. Malgré l’attitude fermée de certaines personnes, les membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs de l’enseignement de Mashteuiatsh (STTEM) ont été agréablement surpris par les résultats de la négociation. Les conditions de travail se sont grandement améliorées. Par exemple, comme nous sommes une communauté autochtone, l’employeur peut pratiquer une embauche préférentielle pour les membres de la communauté qui ont la qualification. Chaque année, les postes des employés et des employées qui ne sont pas membres de la bande étaient affichés. N’importe quel membre de la bande pouvait prendre le poste désiré. La syndicalisation visait une équité entre les employés. La nouvelle convention collective respectait l’embauche préférentielle, mais les membres de la bande devaient prendre le poste de la personne la plus jeune. Maintenant, les postes sont attribués par ancienneté et les personnes employées sont consultées sur leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité exécutif a dû et doit travailler encore très fort pour rassembler ses membres et pour diminuer les tensions. Actuellement, les comportements sont positifs et la participation est meilleure. Chacun et chacune est à même de constater que les valeurs du syndicat sont proches de celles des Autochtones. Nous avons la liberté de nous diriger en profitant de conseils juridiques et du soutien de personnes d’expérience. Finalement, les activités culturelles et les budgets n’ont pas été affectés par la syndicalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Activiste et solidaire! ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brosser le tableau de l’action internationale de la FNEEQ des 50 dernières années représente tout un défi! La toute jeune Fédération se préoccupe d’enjeux internationaux peu après sa fondation. La présidence représente la Fédération auprès de la Confédération syndicale mondiale de l’enseignement (CSME) associée à la Confédération mondiale du travail (CMT). C’est le comité exécutif qui voit aux demandes de solidarité d’ici et d’ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1985, devant la demande croissante d’aide et d’appuis solidaires, la FNEEQ met en place un comité d’action internationale afin de conseiller les instances de la Fédération quant aux formes de solidarité à exercer, d’assurer son implication internationale et de multiplier son action sociopolitique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Commençons donc par le nom du comité puisqu’il n’est pas anodin: il est ici question d’action internationale. Car pour la FNEEQ, la solidarité, c’est une question d’actions et d’échanges d’expériences. Au cours de cette période, la Fédération accueille bon nombre de délégations et verse des dons en appui à des luttes que mènent des organisations enseignantes du Sud, entre autres, d’Amérique latine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christiane Malet, membre-fondatrice du comité de solidarité internationale, était une militante intègre et d’une indéfectible loyauté envers ses idéaux. Emplie d’une grande empathie naturelle, elle était sensible aux réalités différentes des communautés dans le monde, particulièrement celles des femmes et des enfants, ainsi que celles de tous les enseignants, les enseignantes et les maîtres/alphabétiseurs. Les liens développés par le comité au cours des années avec des organisations enseignantes de partout dans le monde ont permis à la FNEEQ de se porter à la défense des droits humains et syndicaux hors des frontières nationales. Christiane, décédée trop tôt, en 2010, aura été et demeure une inspiration.&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Isabelle Éthier, enseignante, cégep du Vieux Montréal, membre du comité action internationale de 1985 à 2000&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ est également affiliée à la Confédération des éducateurs américains (CÉA) depuis 1997.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le tournant des années 2000 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années 2000 marquent une nouvelle ère en conjoncture internationale alors que le phénomène d’altermondialisation et la tenue de forums sociaux se manifestent avec force. Le Québec est l’un des foyers de cette dimension d’action internationale et la FNEEQ, l’une des fédérations syndicales les plus actives sur la scène québécoise et internationale. L’action internationale de la Fédération se déploie bien au-delà du discours et reflète les orientations mises de l’avant par le comité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que ''Le Courrier de l’UNESCO'' rapporte en novembre 2000 que le secteur de l’éducation représente un «marché» de 2 000 milliards de dollars, les enjeux pour l’éducation sont immenses. La riposte s’organise: pas question de laisser le marché décider des finalités et de l’organisation de l’éducation. Les organisations syndicales, les organisations gouvernementales et les mouvements citoyens redoublent d’efforts pour contrecarrer ce scénario.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des Amériques solidaires pour le droit à l’éducation  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril 2001, à la veille du Deuxième Sommet des peuples des Amériques, qui se tient à Québec, quelque 300 personnes répondent à l’invitation de la Fédération et prennent part à un colloque international sous le thème «Des Amériques solidaires pour le droit à l’éducation». La FNEEQ et la CSN sentent la nécessité de développer davantage leur expertise au sujet du phénomène de la mondialisation afin de mieux analyser ses impacts sur les politiques nationales d’éducation. Cela montre une volonté clairement affirmée de contribuer au développement de véritables options syndicales populaires vis-à-vis des projets de libéralisation économique qui constituent des attaques à la souveraineté réelle des États, aux droits économiques et sociaux des populations. L’éducation est essentielle au développement de la démocratie. Ce colloque, organisé conjointement par le comité d’action internationale et le comité école et société, est un évènement déterminant dans la suite des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des lignes directrices  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2003, la Fédération adopte une politique de solidarité internationale qui définit les principaux axes d’intervention: la délégation et la représentation, les dons à des organismes reconnus et les actions solidaires, la participation de la Fédération à des activités organisées au Québec par des organismes ou des coalitions travaillant en solidarité internationale, la participation à des colloques, forums, sessions de formation en action internationale; l’information et la promotion de l’action internationale auprès des syndicats locaux; l’intervention du comité dans les publications de la Fédération, publications ad hoc du comité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ promeut et participe activement aux activités en lien avec les Journées québécoises de solidarité internationale (JQSI) organisées par l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), avec l’appui du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec. De nombreuses activités ont alors lieu dans les écoles, les cégeps, les universités, et le personnel enseignant y joue un rôle de premier plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut aujourd’hui ignorer l’influence des dynamiques mondiales sur l’ensemble de nos conditions de travail et de vie. Le milieu syndical ne peut rester indifférent au sort de millions de travailleuses et de travailleurs à travers le monde. En ce sens, la FNEEQ a historiquement assumé un leadership important à la CSN et dans d’autres organisations en matière de solidarité internationale.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Jean Murdock, secrétaire général et trésorier de la FNEEQ-CSN de 2012 à 2017 et président de 2017 à 2018&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des lieux d’engagement politique et solidaire ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2001, la FNEEQ-CSN a officiellement joint les rangs de l’Internationale de l’éducation (IE), le secrétariat professionnel international associé à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). Au sein de cette organisation, la FNEEQ a clairement établi sa position stratégique de fédération de l’enseignement supérieur. Fait à remarquer : plusieurs organisations affiliées à l’IE sont des organisations indépendantes, ce qui permet d’établir des liens avec des réseaux qui ne se fréquentent pas normalement. Cela offre une occasion de créer des contacts bilatéraux avec des organisations que l’on ne trouve pas ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ joint sa voix à des milliers d’autres pour souligner annuellement la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants le 5 octobre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ, fédération la plus représentative en enseignement supérieur au Québec et qui regroupe la grande majorité des personnes chargées de cours, souhaitait défendre, valoriser et faire reconnaitre la contribution essentielle de ces milliers d’enseignantes et enseignants universitaires contractuels. Notre travail au sein de l’Internationale de l’Éducation (IE) a contribué à une meilleure compréhension de leurs conditions de travail et à plus de respect envers ces précaires de l’enseignement supérieur.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(Sylvain Marois, chargé de cours, université Laval, vice-­président de la FNEEQ de 2012 à 2018)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forums et missions à l’étranger ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Conformément à ses orientations, la FNEEQ donne priorité à ceux qui visent l’enseignement supérieur et la défense de l’éducation publique plus particulièrement dans des pays membres de la francophonie. La FNEEQ favorise la participation de tout membre de la Fédération à plusieurs de ces évènements. C’est ainsi que des délégations ont pris part aux Forums sociaux à Montréal en 2016, à Tunis en 2013 dans la foulée du printemps arabe (29 personnes déléguées), à Dakar en 2011, à Belém en 2009, à Caracas en 2006 (forum polycentrique, quelque 45 personnes déléguées), à Mumbai en 2004, à Porto Alegre en 2002 et à Seattle en 1999. Des délégations aussi participé au Forum social en éducation à Ramallah en 2010, au premier Forum sur la mondialisation et l’éducation à Ramallah en 2004, au Sommet des peuples à Ottawa en 2014 et à Québec en 2001 ainsi qu’au forum éducation à Porto Alegre en 2001. Cette liste n’est pas exhaustive. Mais participer à des délégations n’est pas tout; le retour s’accompagne de rapports, de bilans et de conférences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Nul n’est une île ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sein de la CSN, la FNEEQ participe activement aux rencontres du collectif international, un comité consultatif qui réunit fédérations et conseils centraux. Ces réunions sont l’occasion d’échanger avec tous les organismes de la Confédération sur les questions internationales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au fil des ans, la Fédération a joué un rôle essentiel de sensibilisation et d’information auprès de ses syndicats locaux au sujet d’Alliance Syndicats et Tiers monde (ASTM), un fonds de la CSN qui soutient des dizaines de projets dans une vingtaine de pays. Il s’agit de projets de coopération au développement, de renforcement des capacités des organisations syndicales, de souveraineté alimentaire et de défense des droits. La Fédération aussi est membre du Centre international de solidarité ouvrière (CISO) et achemine régulièrement le bulletin d’information du CISO à ses membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ soutient les initiatives des établissements par l’octroi de dons pour des projets de coopération et de solidarité internationale impliquant notamment des groupes d’étudiantes et d’étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons sont essentiels. Ils soutiennent concrètement l’engagement des enseignantes et des enseignants qui sortent des murs des classes pour donner une formation irremplaçable sur le terrain. À titre d’exemple, durant le mandat 2015-2018, la fédération a soutenu 111 projets en accordant près de 75 000$.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Caroline Quesnel, présidente de la FNEEQ&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En collaboration avec d’autres organisations (comme le CISO), la Fédération offre une formation aux stagiaires étudiantes et étudiants et aux enseignantes et aux enseignants qui accompagnent ces groupes sur les enjeux du monde du travail et sur les droits syndicaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== A Luta Continua! ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’évolution de l’action internationale à la FNEEQ illustre une volonté de poser des gestes concrets et de faire en sorte que les membres des syndicats locaux soient partie prenante de la vie internationale de la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je terminerai sur ces mots de Ronald Cameron: «Une fédération d’enseignants qui ne fait pas d’action internationale n’est pas à la hauteur des exigences contemporaines du syndicalisme!».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Solidarité d’abord =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève étudiante de 2012 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 est la plus longue et la plus importante qu’ait connu le Québec depuis le premier mouvement de grève en 1958. Du 13 février au 7 septembre 2012, des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants sont en grève dans presque tous les établissements d’enseignement supérieur. Le sommet de ce qui a été qualifié de «printemps érable» est atteint le 22 mars, alors que plus de 300 000 étudiantes et étudiants sont en grève et que près de 200 000 d’entre eux défilent dans les rues de Montréal. Les associations étudiantes protestent contre une hausse importante des frais de scolarité annoncée dans le budget de mars 2011 par le gouvernement libéral de Jean Charest, qui ferait passer les frais de scolarité de 2 168$ à 3 793$ en cinq ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs organisations, personnalités ou simples citoyens ont appuyé les étudiantes et étudiants dans le conflit avec le gouvernement: ''Profs contre la hausse, Parents contre la hausse'', sorties publiques de différentes personnalités, regroupement d’artistes, marches spontanées dans plusieurs villes du Québec après l’adoption du projet de loi 78, etc. De son côté, la FNEEQ, par sa représentativité en éducation supérieure et la tradition militante de la CSN (le 2e front), n’est pas en reste. Dès l’annonce de la hausse des droits de scolarité dans le budget présenté le 17 mars 2011 par le gouvernement libéral, la Fédération dénonce les impacts à prévoir sur la fréquentation scolaire et sur le profil socio-économique de celles et ceux qui auront désormais les moyens de fréquenter&amp;lt;ref&amp;gt;«Bienvenue l’élitisme!», FNEEQ, [en ligne], 18 mars 2011, https://fneeq.qc.ca/fr/comm-003-164/.&amp;lt;/ref&amp;gt; les établissements d’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les étudiantes et étudiants prennent le reste de l’année pour s’organiser et les votes de grève débutent en février 2012&amp;lt;ref&amp;gt;C’est le 7 février 2012, au Collège de Valleyfield, que le premier mandat de grève illimité est voté.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le mouvement étudiant est lancé et la Fédération emboite le pas, entre autres par la publication d’un numéro spécial de la revue Carnets en soutien à la cause étudiante. Sous la plume de son président Jean Trudelle, la Fédération confirme son soutien aux étudiants dans le conflit qui les oppose au gouvernement. La revue sera envoyée à toutes les associations syndicales affiliées à la FNEEQ, qui vont la faire circuler dans les établissements d’enseignement. Une place sera donnée dans la publication aux représentants des trois principales associations étudiantes, soit la FECQ, la CLASSE et la FEUQ&amp;lt;ref&amp;gt;«Le mouvement étudiant a raison», Carnets, édition spéciale, no 26, février 2012.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er mars, la Fédération réclame le gel des frais de scolarité et des États généraux sur l’avenir des universités. La question du sous-financement des universités doit être étudiée sous un angle plus large que celui de la seule question du budget et doit inclure tous les acteurs du milieu de l’enseignement&amp;lt;ref&amp;gt;«Solidaire de la lutte des étudiantes et des étudiants», FNEEQ, [en ligne], 1er mars 2012,  https://fneeq.qc.ca/fr/comm-001-956/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le président de la Fédération va aussi donner un appui public au mouvement étudiant lors de nombreuses entrevues dans les médias, tant à la télé qu’à la radio. Le rôle de la FNEEQ ne se limite pas à dénoncer publiquement les décisions gouvernementales et déclarer son soutien à la cause étudiante. Sur le terrain, les salariés et les militants s’activent : participation aux manifestations, soutien logistique et financier aux associations étudiantes (service d’ordre, location d’autobus) et à d’autres groupes&amp;lt;ref&amp;gt;Il importe de souligner l’appui important de l’équipe de salariés et d’élus du conseil central du Montréal métropolitain en matière de soutien logistique pendant cette période.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les services d’un conseiller syndical sont aussi prêtés à quatre associations étudiantes collégiales non affiliées et du soutien juridique leur est offert gratuitement&amp;lt;ref&amp;gt;Les associations étudiantes sont celles des cégeps de l’Outaouais, de Terrebonne, de Sherbrooke et de Montmorency.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au 30e Congrès de la FNEEQ qui se tient à la fin mai, un don de 30 000 $ est fait pour les fonds légaux du mouvement étudiant. Jean Trudelle, président sortant, souligne dans le rapport de la présidence le rôle important joué par la Fédération dans le conflit&amp;lt;ref&amp;gt;«Rapport des activités de la présidence: mandat 2009-2012 », FNEEQ, [en ligne], p. 10, https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/2-Rapport-des-activites-de-la-federation.pdf.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un tournant: la judiciarisation du conflit ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 30 mars 2012, une étudiante du Collège d’Alma s’adresse à la Cour supérieure pour demander une injonction du tribunal en vertu de son droit de poursuivre ses études et terminer sa scolarité dans les délais prévus&amp;lt;ref&amp;gt;''Déry'' c. ''Duchesne'', 30 mars 2012, 2012 QccS1563, décision du juge Jean Lemelin.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La FNEEQ dénonce immédiatement la décision du juge Lemelin, tout comme la judiciarisation du conflit&amp;lt;ref&amp;gt;«La FNEEQ dénonce la judiciarisation du débat» FNEEQ, [en ligne], 30 mars 2012, https://fneeq.qc.ca/fr/comm-001-163/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le syndicat des professeurs et professeures s’inquiète quant à lui de l’impact de cette décision sur le climat au Collège. Le 3 avril, une seconde demande d’injonction est faite par un étudiant de l’Université Laval. C’est à ce moment que le terme de boycott apparait pour la première fois dans une décision, le juridique empruntant au politique un terme que le gouvernement avait commencé à utiliser&amp;lt;ref&amp;gt;''Morasse'' c. ''Université Laval'', 18 avril 2012, 2012QccS 1565&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les médias le reprendront de plus en plus, malgré le refus des associations étudiantes, des syndicats, de nombreux autres groupes, incluant des juristes&amp;lt;ref&amp;gt;Association des juristes progressistes, [en ligne], http://www.ajpquebec.org/la-greve-etudiante-nest-pas-un-simple-boycott-historique-et-perspectives/.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la vingtaine de demandes d’injonctions déposées par des étudiantes et étudiants au mois d’avril, seule trois seront gagnées par les associations étudiantes, la plus marquante étant sans doute la décision du juge Marc-André Blanchard, qui reconnait la validité des arguments de l’association étudiante, allant même jusqu’à qualifier le droit à la liberté d’expression de « droit constitutionnel ou quasi-constitutionnel&amp;lt;ref&amp;gt;''Beausoleil'' c. ''Cégep régional de Lanaudière'', 23 avril 2012, 2012 QccS 1673, décision du juge Marc-André Blanchard. Le procureur de l’association étudiante est Jonathan Leblanc, conseiller syndical à la FNEEQ.&amp;lt;/ref&amp;gt;». Cette décision ne sera pourtant pas reprise, les autres juges se rangeant aux arguments du juge Lemelin, qui refuse de reconnaitre la légalité du droit de grève des étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est toute la question des droits collectifs par rapport aux droits individuels qui se pose à travers ce changement de vocabulaire. Alors que, depuis les années 1960, on a toujours parlé de grève étudiante, on se met à utiliser le terme boycott, tant au plan politique que juridique&amp;lt;ref&amp;gt;En 2005, alors que le conflit entre les étudiants et le gouvernement portait sur le régime de prêts et bourses, on parlait de grève étudiante. L’utilisation du terme boycott est spécifique au conflit de 2012.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Par le fait même, on remet en question la légitimité des processus démocratiques des associations étudiantes, l’objectif étant évidemment d’opérer un changement dans les perceptions et de renvoyer la question d’assister ou non à ses cours à un simple choix individuel, les conséquences de ne pas y assister reposant alors sur l’étudiante ou étudiant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, en dépit des nombreuses injonctions, les étudiantes et étudiants tiennent bon et la mobilisation se poursuit. Au Collège de Valleyfield, la direction tente de forcer la reprise des cours, tentative qui se solde par un échec complet, des centaines d’étudiants s’étant déplacés sur les lieux tôt le matin pour bloquer les entrées&amp;lt;ref&amp;gt;«Le collège de Valleyfield capitule devant les étudiants en grève», Radio-Canada, [en ligne], 12 avril 2012, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/557257/greve-boycott-etudiants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du côté des enseignantes et enseignants, le gouvernement semble tenir pour acquis qu’ils vont simplement retourner enseigner à partir du moment où une injonction est émise ou que la direction d’un établissement annonce la reprise des cours&amp;lt;ref&amp;gt;Émilie Bilodeau, «les enseignants invités à franchir les piquets de grève», La Presse, [en ligne], 18 février 2012 https://www.lapresse.ca/actualites/education/201202/17/01-4497345-les-enseignants-invites-a-franchir-les-piquets-de-greve.php.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La situation est pourtant loin d’être simple et soulève de nombreuses questions: comment donner ses cours dans le contexte où des étudiants font du piquetage et bloquent les entrées? Comment faire fi de la solidarité avec les étudiants? Comment franchir des piquets de grève en tant que syndicaliste? Enfin, question centrale s’il est en une: qu’en est-il de l’autonomie des enseignants? La FNEEQ et son président vont par ailleurs dénoncer la position du gouvernement et de certains collèges, en s’opposant fermement à briser la solidarité syndicale et en refusant que les professeurs soient mis devant des situations où leur santé et leur sécurité risquent d’être compromises&amp;lt;ref&amp;gt;«Communiqué du 16 avril 2012», FNEEQ, [en ligne], https://fneeq.qc.ca/fr/comm-004-440/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette position est bien illustrée par l’attitude des professeurs du Collège de Valleyfield, qui refusent d’entrer dans l’établissement malgré l’annonce de la reprise des cours par la direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que les votes de grève sont reconduits dans les établissements et que le conflit se prolonge, on s’inquiète de plus en plus des modalités entourant le retour au travail. Chaque semaine, les conseillers de la FNEEQ font la tournée des assemblées des syndicats de professeurs pour leur présenter les hypothèses de reprise des cours dans le cas où les étudiants mettent fin à la grève. Tout est à refaire en prévision de la prochaine assemblée, le calendrier de retour en classe étant différent d’une semaine à l’autre. Depuis le début du conflit, la grève est le principal sujet des relations de travail. Les conseillers de la FNEEQ ont par ailleurs mis beaucoup de temps et d’énergie à aller plaider, en soutien aux associations étudiantes, les demandes d’injonctions déposées au mois d’avril&amp;lt;ref&amp;gt;Une vingtaine de demandes d’injonction ont été déposées au mois d’avril.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’adoption de la loi 12 (ou projet de loi 178) le 18 mai oblige le retour en classe et limite le droit de manifester. La réaction citoyenne sera forte, tout comme celle des étudiants et des centrales syndicales&amp;lt;ref&amp;gt;La grève étudiante de 2012 est la première grève qui fait l’objet d’une loi spéciale au Québec.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Devant ce mouvement de protestation populaire, «aucune contravention, aucune arrestation ni aucune amende n’a été émise en vertu de la loi 78», si l’on se fie au porte-parole de la CLASSE&amp;lt;ref&amp;gt;Gabriel Nadeau-Dubois, Tenir tête, Montréal, lux éditeur, 2013, p. 224.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés de retourner en classe, les membres des syndicats vont voter des résolutions qui soulignent l’importance de leur droit de travailler dans des conditions de travail sécuritaires, propices à l’enseignement. Les salariées et salariés de la FNEEQ, quant à eux, s’affairent à négocier les protocoles de retour au travail. Deux ententes sont négociées dans les cégeps. Du côté des universités, les protocoles de retour au travail sont négociés établissement par établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Conclusion ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 a marqué la FNEEQ à bien des égards. Non seulement la FNEEQ a-t-elle répondu présente à toutes les occasions pour appuyer publiquement les étudiantes et étudiants, mais il importe de souligner aussi l’implication de son équipe de salariés. Les conseillers et les employées de bureau ont participé aux grèves, aux mobilisations, à la défense des associations étudiantes lors des demandes d’injonction. Les enseignantes et enseignants ont quant à eux soutenu les étudiants dans leurs demandes, en émettant des communiqués, en participant aux actions et, surtout, en refusant de franchir les piquets de grève, certains allant même rejoindre la masse étudiante. Enfin, s’il y a un point positif à retenir de ce conflit, au-delà de la solidarité de la FNEEQ avec les étudiants, c’est le renouvellement des effectifs syndicaux par l’arrivée d’une nouvelle génération socialement impliquée, particulièrement dans le mouvement Profs contre la hausse&amp;lt;ref&amp;gt;Plus de 1 600 professeurs ont signé le manifeste des Profs contre la hausse publié dans les pages du journal Le Devoir le 12 mars 2012: https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/345039/nous-sommes-tous-etudiants-manifeste-des-professeurs-contre-la-hausse.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaFNEEQauCarrefour&amp;diff=457</id>
		<title>LaFNEEQauCarrefour</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LaFNEEQauCarrefour&amp;diff=457"/>
		<updated>2021-05-17T19:31:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:La FNEEQ au carrefour 1988-1995}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1993-Devant députés FneeqHistoire015 pb.png|vignette]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Affaiblie par les divisions internes et les attaques répétées des parties patronales, la FNEEQ se retrouve livrée à elle-­même. Peut-­elle continuer sur la même voie? Que ce soit la baisse des effectifs, les tiraille­ments entre regroupements ou les difficul­tés économiques, différents évènements vont contribuer à la définition de la nou­velle fédération, non sans difficultés. Le regroupement cégep est pris dans des négociations qui ne mènent nulle part, les chargées et chargés de cours s’organisent pour des jours meilleurs et le regroupe ment privé connait des ratés. Mais il y a une certitude: tout le monde travaille fort à la solution. Et la question nationale est toujours d’actualité.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1988, 16 syndicats quittent la Fédération : 13 des cégeps, un des collèges privés et deux de l'Université du Québec, le Syndicat des professeurs de l'Université du Québec (SPUQ), à Montréal, et le Syndicat des professeurs de l'Université du Québec à Rimouski (SPPUQAR). C’est un total de près de 4000 membres, soit près de 20 % des effectifs. Les syndicats de cégep dissidents créent une nouvelle structure, la Fédération autonome du collégial (FAC), alors qu’un des deux syndicats d’enseignants universitaires, le SPUQ, reste fidèle à la CSN et s’intègre à une autre fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les désaffiliations ouvrent la porte à la réflexion. D’où viennent-elles ? Pourquoi ? La FNEEQ est plongée dans le débat, à la recherche d’un nouvel équilibre, le début d’une longue route. Ronald Cameron commente: « J’arrive dans le monde des cégeps à 35 ans, au début des années 1990, au moment de la transition, selon moi, entre l’ancienne et la nouvelle FNEEQ. La scission de la FAC est un événement majeur de notre histoire&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Ronald Cameron le 29 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trouver la bonne structure pour une organisation regroupant trois milieux de travail de tailles inégales, mais surtout d'environnements différents, ne semble pas simple. La Fédération, malgré les défections, est encore largement majoritaire dans les trois secteurs où elle est présente, mais il y a un déséquilibre, un secteur étant plus important numériquement que les deux autres, celui des cégeps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1989-Denis Choinière-v2 pb.png|vignette|Denis Choinière, à gauche, lors d’une réunion syndicale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, qui milite depuis les années 1970, a suivi l’évolution : « Quand les cégeps entraient en négo, les autres syndicats n’avaient plus de services. Pour nous, du privé, la FNEEQ disparaissait. Est alors arrivée l’idée des ateliers sectoriels, qui n’ont pas donné les résultats attendus, puis les regroupements, auxquels on attribue des ressources. Une évolution majeure, la structure actuelle en découle. C’était l’avenir&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’avènement de la FAC n’est pas un hasard. S’y sont concentrés tous les mécontentements des années passées : autant la droite – nous serions mieux entre nous, hors d’une centrale syndicale – que la gauche – la Fédération n’est pas assez radicale, la CSN est trop près du Parti québécois (PQ) – y trouvent des raisons de quitter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, alors président de la FNEEQ, n’est pas tendre avec le mouvement qui a amené les désaffiliations : « Pour beaucoup, dans la négociation, s’applique la théorie du ciel : le lieu où il n’y a plus de&lt;br /&gt;
rapport de force, où tout a été gagné, le résultat parfait. Ça crée des prêtres, anti-négociation, qui ont toujours raison. Il y a un catéchisme à respecter obligatoirement. Et on serait bien mieux si on n’était qu’entre profs, on éblouirait le monde et tous comprendraient notre rôle&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Guy Beaulieu, conseiller syndical à la Fédération à ce moment-là, « [l]e règlement de la négociation de 1986 a suscité la grogne et favorisé la division interne. Beaucoup jugeaient qu’on n’était pas maitres de nos destinées en étant membres de la CSN. Les décrets imposés par René Lévesque et le PQ, ils les avaient dans la gorge. Pour eux, l’appareil CSN était trop près du PQ. Cette grogne était encore plus forte dans les cégeps anglophones.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Il y avait aussi la prédominance de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) dans les négociations du secteur public CSN et la question de la démocratie directe. Selon les dissidents, les syndicats n’étaient pas assez consultés avant les décisions finales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et il faut dire que, depuis 1983, la composition du comité exécutif était problématique : la présidente Rose Pellerin et le secrétaire général, Denis Choinière, venaient tous deux du privé. Ce dernier était même responsable de la négociation des cégeps. D’évidence, cela portait beaucoup à critique&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qui dit perte de membres dit aussi diminution des budgets et des services, et nouvelles difficultés au quotidien. Guy Beaulieu ajoute : « La désaffiliation nous a fait perdre non seulement de l’argent, mais aussi le tempo, la crédibilité. Et n’eût été de la stupidité des choix constitutionnels de la FAC – n’engager aucun permanent, les remplacer par des enseignants libérés pour un maximum de quatre ans –, les dissidents nous auraient fait bien plus mal. Mais la structure de la FAC a fait qu’ils n’accumulaient aucune expérience de négociation, aucune expertise leur permettant de se développer&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement de dissidence de syndicats vers la FAC s’arrête donc dès sa naissance en 1989, parce qu’ils n’ont jamais réussi à recruter d’autres membres par la suite. Ronald Cameron enseigne au cégep de Saint-Laurent lorsque la FAC tente de nouveau sa chance au milieu des années 1990 : « À mon arrivée au cegep, la situation syndicale est bloquée. En 1994-1995, il y a une tentative de désaffiliation de la FNEEQ par la FAC et ses partisans. La FAC le sait, elle y joue son avenir. Leur action réveille la vieille croute FNEEQ, qui était dormante. Et la FAC a perdu. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début des années 1990, la création de la FAC fait aussi douter la Fédération des enseignants de cégep (FEC) affiliée à la CEQ. Sa faible attraction et son petit nombre de membres remettent en cause son existence même. Elle vient de perdre deux syndicats, ceux des cégeps de Sherbrooke et d’Abitibi, devenus indépendants dans un premier temps. Puis ses liens avec la FAC sont fragilisés après qu'elle ait rompu le cartel de négociation qui les liait, mettant fin à leur entente de services. Les dirigeants de la FEC lancent alors le « projet rassembleur», une sorte d’états généraux syndicaux réservés aux enseignantes et enseignants de cégep. Selon la proposition, chaque syndicat est représenté indépendamment de sa fédération syndicale, sans affiliation, pourrait-on dire. Puis, au sortir de l’exercice de discussion et de consultation, un vote d’affiliation a lieu en avril 1992.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ refuse de participer, préférant mettre son énergie sur la négociation à venir :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[...] Nous avons offert un cartel de négociation à la FEC et quelques rencontres pour discuter de l’unification des syndicats d’enseignantes et d’enseignants de cégeps. Pour nous, l’unification devrait passer par la négociation, afin que tous ensemble nous puissions travailler à l’amélioration des conditions d’exercice de la profession des membres que nous représentons&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Patry, « le travail du regroupement cégep pour 1991-1992 », FNEEQ Actualité, octobre 1991, vol. 5, no 1, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La fédération =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dans ce contexte que se tient en 1989 le premier Congrès biennal de la FNEEQ, en remplacement du conseil fédéral de juin qui tenait lieu de congrès jusque là. Ainsi se présentait la proposition de modification de structure :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette réforme vise principalement à tenir compte de nos luttes communes en même temps que de la particularité de chaque groupe qui compose la FNEEQ. Ainsi, par exemple, chaque groupe se verra attribué le contrôle sur l’application de ses conventions collectives. Le Conseil fédéral, lieu de décision sur les sujets communs, serait dorénavant dissocié des regroupements. Il y aurait un Congrès d’orientation électif, à tous les deux ans. Par ailleurs, les membres du Bureau fédéral seraient désignés par les regroupements et élus par le Congrès. Le Bureau fédéral verrait accentuées ses missions régionales&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, juin 1988, p. 55.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1992 -Nasser Mazani, madame x, choinière-grey.png|vignette|De gauche à droite : Nacer Mazani, 2e vice­ président, Lyne Boyer, 1re vice­-présidente et Denis Choinière, président, lors du Conseil fédéral de la FNEEQ le 9 avril 1992.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois regroupements sont ainsi créés : cégep (29 syndicats), privé (20 syndicats) et université (cinq syndicats). La crise et la baisse des ressources ont largement contribué à la création de ces regroupements. Sans le rôle joué par ceux-ci, la Fédération ne s’en serait peut-être pas sortie. La prise en charge des négociations par chaque regroupement est capitale dans le redressement. « Il fallait faire les négociations de manière différente», nous dit Denis Choinière, « on a modifié le processus de négociation en construisant, définissant nos demandes en regroupement. Chaque modification, chaque stratégie est approuvée au niveau du regroupement et non du comité de négociation ou de stratégie. On s’est aussi fixé une règle de majorité des deux tiers pour avancer. Clairement, on recherche le consensus&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À ce moment-là, les négociations du groupe cégep sont déjà entreprises et celles des chargées et chargés de cours sont en phase préparatoire, sans oublier que huit syndicats du regroupement privé sont bientôt en renouvellement de convention.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux premiers regroupements se constituent assez rapidement dans le privé et à l’université, mais les syndicats de cégep sont méfiants devant cette nouvelle structure. Ils mettent quelques années à constituer leur regroupement: ce n’est qu’en 1993 qu’il rejoint les deux autres dans la structure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au départ, la coordination de chaque regroupement est assumée par un membre du comité exécutif. L’absence de représentation des cégeps au comité de 1993 impose la nomination à la coordination du regroupement d’un délégué membre du bureau fédéral. Claude Racine, membre libéré du comité consultatif sur la tâche, fait consensus et est élu par ses pairs premier délégué à la coordination du regroupement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mise en place de ce regroupement change la dynamique. Dorénavant, les trois secteurs arrivent aux instances fédérales avec des décisions et des politiques sectorielles clairement établies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Va-et-vient à la direction ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Congrès de 1993, Jean Salmon remplace Pierre Patry, candidat à la présidence, comme secrétaire général. À l’élection, l’équipe Patry remporte tous les postes, sauf un, celui du président. Denis Choinière bat Patry d’un vote et se retrouve à la direction, seul de son équipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au printemps 1994, Edith Massicotte part volontairement et retourne à son collège, pour des raisons liées à sa précarité d’emploi. Quelques semaines plus tard, Jean Salmon quitte à son tour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ne restent alors en position de direction que Denis Choinière et Nacer Mazani. Cela représente beaucoup de travail pour deux personnes, car commence alors la négociation des cégeps. Les deux postes vacants sont pourvus quelques mois plus tard, au conseil fédéral de septembre : Oliva Bouchard remplace Jean Salmon et Madeleine Ferland prend la place d’Édith Massicotte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité exécutif n’est pas au bout de ses peines. En décembre de la même année, Nacer Mazani annonce son départ aux membres du bureau fédéral. Le comité est de nouveau complet en janvier 1995 lorsque Marie-Claire Chouinard prend le poste vacant de Nacer Mazani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un premier syndicat d’étudiants employés ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la même époque, la FNEEQ se lance sur un terrain encore vierge au Québec, celui de la syndicalisation des étudiantes salariées et étudiants salariés de leur université. Un premier syndicat se crée à l’Université McGill en 1993, qui s’affilie à la CSN et devient membre de la FNEEQ : l’Association des étudiant-e-s diplômé-e-s employé-e-s de McGill (AÉÉDEM), mieux connue sous son vocable anglophone Association  of  Graduate  Students  Employed  at  McGill (AGSEM).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La CSN est la première organisation à se lancer dans ce type de syndicalisation et ne sera pas la dernière, puisque d’autres syndicats s’y mettent et syndiquent plusieurs universités québécoises. Denis Choinière se questionne : « Pourquoi la CSN, qui avait si bien fait à McGill, n’en a pas récolté les fruits ? Difficile à dire&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce genre de milieu est difficile à organiser : les membres étudiants ne restent pas longtemps à l’université, entre trois et quatre ans la plupart du temps. Le roulement que cela occasionne dans l’Association est difficile à gérer. L’administration le sait bien et elle a l’habitude de tout reprendre à zéro. Denis Choinière est président de la Fédération au moment de la syndicalisation de l’AÉÉDEM: « Nous avons mis beaucoup d’énergie pour trouver de nouveaux syndicats chez les chargés de cours ou dans le privé. Lorsque nous avons organisé le syndicat de l’AÉÉDEM, nous avons recueilli 825 des 842 votes. Un de nos plus beaux succès. La FNEEQ a ensuite eu des demandes de l’UQAM, de l’Université Laval et d’ailleurs, mais on les a tous échappées. On comprend mal ce qui s’est passé. Nous avions pourtant le leadeurship&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fait remarquable, plus tard, en 2011, après des années de lutte pour la reconnaissance, la Commission des relations de travail reconnait la syndicalisation des chargées et chargés de cours de l’Université McGill en les intégrant au sein de l’Association des étudiantes et étudiants diplômé-e-s employé-e-s de McGill ((AÉÉDEM). « C’est une immense victoire pour les chargées et chargés de cours et ça fait longtemps qu’on attend ce résultat » déclare alors Lerona Lewis, présidente du syndicat&amp;lt;ref&amp;gt;« les chargées et chargés de cours de l’université McGill se syndiquent», FNEEQ, [en ligne], 31 aout 2011. [https:// fneeq. qc.ca/fr/comm-006559/ ]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La réforme Robillard ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1993-Réforme cégeps pb.png|vignette|La CSN et ses deux fédérations présentes dans les cégeps – FEESP et FNEEQ – ont mené une vive campagne d’opposition à la Réforme Robillard.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1993-Réforme cégeps02-v2.png|vignette|La CSN et ses deux fédérations présentes dans les cégeps – FEESP et FNEEQ – ont mené une vive campagne d’opposition à la Réforme Robillard.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1993, la ministre Robillard met de l’avant le « renouveau collégial» et la réforme des cégeps. Un autre chapitre du discours sur l’utilitarisme : l’éducation doit servir le marché du travail, répondre aux besoins des employeurs. L’approche par compétences fait son apparition. C’est le volet « éducation » du plan gouvernemental de réingénierie de l’État pour une plus grande place au secteur privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cégeps sont entrés dans le processus de décentralisation avec la Réforme Robillard en 1993. Celle-ci a complètement décentralisé les « activités d’apprentissage » (ou cours) de la formation technique et partiellement celles de la formation générale et préuniversitaire. Le découpage des cours, leur définition et leur durée, qui étaient les mêmes pour l’ensemble des collèges, varient maintenant d’un collège à l’autre. Seuls les objectifs des cours demeurent nationaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette réforme a aussi imposé une révision des programmes autour des compétences à acquérir plutôt que des connaissances, mis en place les conditions pour que les collèges puissent éventuellement délivrer leurs propres diplômes et fractionner les programmes en modules. Elle a aussi modifié la composition du conseil d’administration pour diminuer la représentation de l’interne, remplacé la commission pédagogique par une commission des études, obligé les collèges à se doter de politiques institutionnelles diverses, etc. Cette autonomie accrue des cégeps se paie par un contrôle plus serré de la « qualité » et un processus plus élaboré de reddition de comptes. La Commission d’évaluation de l’enseignement collégial (CEEC) fut mise en place dans ce but. Son jugement se fait selon des critères formels et visant essentiellement la conformité des pratiques au cadre défini par elle&amp;lt;ref&amp;gt;Flavie Achard, « Menaces sur l’enseignement collégial », Nouveaux cahiers du socialisme, no 8, automne 2012,&lt;br /&gt;
p. 118&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Daniel Mary enseigne au cégep de Saint-Félicien : « La réforme de 1993 a changé les choses. Les programmes se sont diversifiés localement, mais sans ajout de ressources. Pour répondre aux nouvelles règles, les profs augmentent leur tâche en augmentant le nombre d’étudiants par groupe. Un groupe de 40 au lieu de 35, par exemple, amène plus d’encadrement, plus de corrections. Chaque cégep pouvait ainsi développer de nouveaux cours pour répondre à la demande locale, ajouter des options dans les programmes techniques&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Daniel Mary le 12 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l’université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1989, les 25 représentantes et représentants des cinq syndicats de chargées et chargés de cours, en réunion à Lanoraie, s’entendent sur un protocole de négociation regroupée. La négociation demeure locale, mais les syndicats se concertent sur les revendications, le déroulement des négociations et l’action. Ils mettent en place un fonds de solidarité pour les syndicats aux ressources limitées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[...] Les stratégies locales étaient soumises au débat, non pour être remises en question, mais bien dans l’esprit d’être renforcées, raffinées par les dernières informations disponibles. Il y a, en effet, entre les administrateurs d’universités, un réseau d’échange d’informations et d’expériences très actif. Ce phénomène est surtout perceptible dans le réseau de l’Université du Québec, mais également, nous l’avons constaté, entre les universités publiques et privées. La découverte des « mandats réseau» était impérative pour distinguer ce qui pouvait avoir un caractère « national » de ce qui n’était que local, donc en principe plus aisément négociable. En quelque sorte, la concertation patronale rendait encore plus nécessaire la concertation syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;« l’éducation plus que jamais», Procès-verbal, 21e Congrès FNEEQ, juin 1991, annexe 7, regroupement université, Bilan de la période 19901991, p. 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors d’une rencontre internationale des chargées et chargés de cours des Amériques, dans les années 1990, le regroupement FNEEQ impressionne ses pairs par son organisation et ses résultats. Parmi ces syndicats canadiens et états-uniens, ceux de la FNEEQ sont les seuls à faire partie d’un regroupement national. Ailleurs, la rémunération pour la charge de cours n’atteint même pas la moitié de ce qu’on touche ici en moyenne; le retour au travail de session en session est non garanti, l’administration décide. Les syndicats canadiens sont ceux qui s’approchent le plus du modèle québécois, même si pour la plupart ils sont intégrés dans les syndicats de professeurs d’université, leur laissant donc très peu d’autonomie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La montée des Chargées et Chargés de Cours ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est secrétaire général de la Fédération à cette époque:&lt;br /&gt;
« La négociation de 1988-1989 est marquante. Elle a donné un nouvel élan au mouvement de syndicalisation chez les chargées et chargés de cours. Le vent a tourné avec l’arrivée du syndicat de Sherbrooke en 1991, par une entente de services. Les États généraux sur l’éducation de 1995 ont aussi montré l’importance de la place des chargés de cours dans ce débat. Tout cela a donné un élan considérable pour la reconnaissance et l’intégration des chargés de cours dans l’enseignement&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’autres syndicats d’universités viennent ensuite se joindre à la FNEEQ. En 1992, on y trouve l’Association des chargées et chargés d’enseignement de l’École de technologie supérieure (ACCEÉTS), qui deviendra en 2004 l’Association des Maîtres d’Enseignement de l’ÉTS (AMEETS). L’Association veut ainsi se distinguer des chargées et chargés de cours, car ses membres sont des enseignants réguliers, à temps plein. En 1993 s’y joignent les chargées et chargés de cours de l'Université du Québec à Hull – depuis 2002, l'Université du Québec en Outaouais –, puis celles et ceux de l’Université Concordia et de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue en 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement des chargées et chargés de cours à la FNEEQ représente alors [en 1995] plus de 70 % des 10 500 chargées et chargés de cours dans les universités québécoises&amp;lt;ref&amp;gt;« l’éducation… passionnément ! », Procès verbal, 23e Congrès FNEEQ, mai-juin 1995, annexe 6, regroupement des enseignant-es chargé-es de cours d’université, p. 2 et entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université s’ajoutera en 1996-1997.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guy Beaulieu est affecté à ce dossier en 1988 lors de l’arrivée des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal à la FNEEQ.&lt;br /&gt;
« À cette époque, les chargées et chargés de cours étaient peu considérés au sein de la Fédération et leur niveau de frustration était très élevé. En période de difficultés financières, beaucoup trouvaient qu’ils coutaient très cher à la FNEEQ. Disons que le rapport qualité-prix des syndicats des universités par rapport à ceux des cégeps n’était pas très favorable aux chargées et chargés de cours. Beaucoup d’énergie et d’argent y étaient investis. La Fédération a finalement réussi à gérer la question. La création des regroupements a aidé&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans le Privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les établissements privés souffrent de la concurrence, comme l’écrit le regroupement dans son rapport au Congrès de 1991 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[...] La logique même du libre marché implique que certains établissements doivent disparaître pour laisser la place à d’autres plus « adaptés». Ainsi, la concurrence accrue entre les institutions scolaires se vit, bien sûr, entre le réseau public et le réseau privé, mais elle se vit aussi à l’intérieur du réseau privé, comme dans le réseau public&amp;lt;ref&amp;gt;« l’éducation plus que jamais», Procès-verbal, 21e Congrès FNEEQ, juin 1991, annexe 7,&lt;br /&gt;
regroupement privé, Bilan de la période 1990-1991, p. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Très peu d’établissements privés ont réussi au fil du temps à intégrer le réseau public. Quatre réussites des années 1990 sont notables : le Séminaire de Saint-Georges devient le cégep Beauce-Appalaches (1990), le Collège Marie-Victorin devient le cégep Marie-Victorin (1993), l’École de musique Sainte-Croix est intégrée au cégep de Saint-Laurent (1997) et le Collège de l’Assomption est intégré au cégep régional de Lanaudière (1998). Ce sont quand même des pertes pour le privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Séminaire de Saint-Georges n’arrive plus à joindre les deux bouts et la clientèle diminue. Après moult péripéties, tractations et négociations, l’archevêché de Québec abandonne et vend les bâtiments au nouveau cégep Chaudière-Appalaches, qui intègre les étudiantes et les étudiants de niveau collégial. Ceux du secondaire sont intégrés dans la commission scolaire locale, grâce à l’ouverture d’esprit des personnes en cause, avec l’appui du syndicat de la CEQ. À ce jour, ce cas d’intégration particulièrement réussi n’a jamais été répété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire de la conversion du Collège Marie-Victorin est différente. Au début des années 1990, le Collège connait une baisse de clientèle et doit mettre à pied une partie importante de son personnel enseignant. Ces enseignantes et enseignants se syndiquent alors à la CSN et demandent en 1991 une conversion du Collège au public. Ils croient que la FNEEQ et la CSN sont le bon véhicule pour mener le projet à terme. Ils n’ont pas tort. Le manque de places au collégial dans la région de Montréal à l’automne 1992 facilite le processus. Dès janvier suivant, le MESS annonce la création d’un cégep de 3000 places: le cégep Marie-Victorin est né.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est alors secrétaire général : « Les conversions de Saint-Georges-de-Beauce en 1990 et de Marie-Victorin en 1993 se sont réalisées dans des contextes très différents. Saint-Georges-de-Beauce avait réclamé un cégep lors du sommet économique régional, les deux institutions publiques de proximité étant trop loin, à Thetford et à Lévis. Dans le cas de Marie-Victorin, la problématique est plus simple : les cégeps montréalais sont bondés et l’est de la ville n’est pas bien desservi. Les enseignants de Collège se sont affiliés à la FNEEQ dans l’espoir de passer au secteur public. La direction et le syndicat le voulaient. La situation est identique pour le Collège de l’Assomption après 1997 avec la création du cégep régional de Lanaudière. En 1999, on assiste cependant à l’échec d’intégration du Petit Séminaire de Québec au Cégep Garneau : la communauté religieuse refuse le transfert&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement des syndicats du privé constate depuis un certain temps que la participation aux activités syndicales est problématique. À leur défense, les conditions de pratique syndicale sont difficiles dans le secteur, en comparaison de ce qu’on retrouve au cégep ou à l’université : la disparité dans le type d’établissements, l’isolement, les différents rapports vis-à-vis de l’autorité, certes, mais surtout l’absence d’une personne déléguée à la coordination.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’obstacle majeur à la réalisation de nos objectifs a été la disponibilité des délégué-es à la coordination pour le regroupement. La bonne volonté des personnes concernées n’est absolument pas mise en cause, mais plusieurs facteurs de taille expliquent cette situation. Pensons, entre autres, aux horaires sur 7, 10 ou 15 jours lorsque la personne déléguée provient du secondaire, et surtout à la lourdeur du travail syndical local, etc. Les difficultés furent telles qu’aucune libération ne fut utilisée au cours de la deuxième année. La conséquence directe fut qu’aucun bulletin de liaison n’est paru au cours du mandat qui se termine. Malgré cette situation, le regroupement, après de longues discussions, a résolu de maintenir le poste de personne déléguée à la coordination et de consacrer de nouveaux efforts afin que « le bulletin de liaison» reprenne vie durant le mandat qui s’amorce&amp;lt;ref&amp;gt;« l'avenir en tête », FNEEQ, Procès-verbal, 22e Congrès, juin 1993, annexe 7, regroupement privé, p. 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement corrige la situation après le Congrès de 1993. On organise une tournée des syndicats pour comprendre les attentes et les besoins. Dès l’année suivante, l’atmosphère change. Le regroupement reprend vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, le financement des établissements privés inquiète, tout comme la réforme du collégial pour les quatre établissements privés de ce niveau: les collèges Jean-de-Brébeuf et de Lévis, l’Institut Teccart et le Petit Séminaire de Québec. La question de l’évaluation du personnel enseignant est sur la table. Voilà un dossier où la position de la Fédération est difficile à appliquer au privé. Le regroupement cherche une position sur laquelle les syndicats pourraient s’appuyer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, à la faveur de l’étude sur le projet de loi 141 sur l’enseignement privé, la FNEEQ témoigne et réitère sa position sur le statut de ces établissements:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La position de la CSN et de la FNEEQ est claire: « Nous revendiquons le développement d’un seul réseau public d’enseignement en s’assurant de l’intégration, à ce dernier, des personnels œuvrant actuellement dans les institutions privées.» Tel fut le cas l’an dernier, lors de la transformation du Séminaire Saint-Georges de Beauce: des enseignantes et enseignants ont été intégrés au cégep, les autres à la commission scolaire. Cette année, une campagne s’amorce dans le nord-est de Montréal visant la transformation du Collège Marie-Victorin en cégep public&amp;lt;ref&amp;gt;Line Boyer, « la révision de la loi de l’enseignement privé », FNEEQ Actualité, vol. 5, no 1, octobre 1991, p. 15&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Les négociations =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En septembre 1989, en pleine campagne électorale, les syndicats des cégeps font grève pendant six jours. On n’aurait pu croire au début de la négociation que cela pourrait se produire, plusieurs syndicats étant toujours sous le choc de la négociation précédente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations de 1989 se sont étendues sur plus de deux ans ! L’entente de principe, tant à la table CSN qu’à la table sectorielle, n’intervient que fin mars 1990. Au sectoriel, une première entente est obtenue le 29 octobre, aussitôt dénoncée par une partie patronale bicéphale qui aurait outrepassé son mandat en acceptant la clause concernant la formule de calcul de la charge de travail&amp;lt;ref&amp;gt;« l’atelier cégep recommande l’adoption de l’entente finale », FNEEQ Actualité, vol. 3, no 4, avril. 1990, p. 1&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’unification des tables sectorielles FNEEQ et FEC en février facilite le règlement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les principaux gains concernent les conditions le travail des femmes tels que l’équité salariale, l’accès à l’égalité, le harcèlement sexuel et les droits parentaux. Mais le plus important est la reconnaissance de la discrimination salariale faite aux femmes. Des gains également sur la tâche et le plancher d’emploi, l’ajout d’environ 400 enseignantes et enseignants équivalents à temps complet dans le réseau et une clause ascenseur basée sur les inscriptions aux cours qui permettra d’ajuster le nombre d’enseignantes et d’enseignants au nombre d’inscriptions aux cours. Sur le plan salarial, nous avons obtenu la protection du pouvoir d’achat pour l’année 1990, et fort probablement pour l’année 1991, année de l’introduction de la TPS fédérale&amp;lt;ref&amp;gt;« le bilan, pour celles et ceux qui le trouvent trop long à lire », FNEEQ Actualité, vol. 4, no 2, décembre 1990, p. 13&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, président de la Fédération à ce moment, précise : « En 1989-1990, le règlement au collégial a été celui de la FNEEQ, ce qui a fait mal à l’image de la FEC. La Fédération autonome du collégial (FAC) venait d’être créée grâce au soutien de la FEC-CSQ. Cette dernière lui avait offert un cartel de négo, dans l’espoir sans doute de les intégrer. Mais la réalité s’est imposée. Si on compare les forces à ce moment-là, la FNEEQ reste dominante dans les cégeps et la FEC lutte pour sa survie&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1989-09-12 FrontCommun1989 Greve 101 pb.png|vignette|Jour de grève au Cégep de Maisonneuve. À gauche, Claudette Carbonneau, au centre Nicole Benjamin et à droite, le conseiller syndical Gilles Duceppe.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le conseiller Guy Beaulieu, « [...] la FNEEQ a toujours été dans les derniers à régler. Pourquoi ? Grâce à la force du groupe, mais aussi grâce à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) qui n’acceptait pas de règlement tant que les autres groupes n’avaient pas réglé. La FNEEQ a survécu et profité grâce à cela. Ce n’est pas le message le plus avancé à l’interne&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La « négociation » de 1992 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement libéral de Robert Bourassa ne manque pas de suite dans les idées. En 1991, devant une conjoncture économique et un contexte inflationniste difficiles, il demande aux syndicats du secteur public d’accepter une prolongation d’un an avec gel de salaires. Les organisations syndicales acceptent un gel et une prolongation de six mois, jusqu’en juin 1992.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant même l’échéance, le gouvernement renie l’entente, demande le statu quo pour deux ans sur les clauses normatives et le renoncement à l’augmentation prévue le 1er juillet 1992. Devant l’opposition syndicale, il abandonne finalement son projet. Le ministre responsable déclare alors de privilégier la négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un an plus tard, il revient avec son idée en imposant la loi 102. « Le gel des salaires pour deux ans et la récupération du 1 % de la masse salariale s’appliquent à toutes et tous les salarié-es de l’État, qu’il y ait négociation ou non. Quant à nous, la FNEEQ, les composantes CSN du secteur public et d’autres organisations syndicales, le choix a été fait : ne pas négocier la récupération à même nos conditions de travail&amp;lt;ref&amp;gt;Mot de la direction, procès-verbal du conseil fédéral, annexe 2, novembre 1993, p. 2&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Le gouvernement prolonge donc de deux ans les conventions collectives en vigueur dans le secteur public. De plus, toujours question d’économie, il menace la qualité des services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette loi remet en question les principes démocratiques et le droit de négocier. Pour la première fois dans l’histoire moderne du secteur public, les organisations syndicales ne peuvent même pas déposer leurs demandes. Pour le gouvernement, tout est clair : Faisons payer aux employées et employés cette récupération de 1 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignantes et enseignants de cégeps ne sont pas ces individus privilégiés que nous présentent la partie patronale. Trente-trois pour cent sont précaires. La négociation devait entre autres servir à en réduire les effets et à étendre les conditions de travail de l’enseignement général à l’éducation des adultes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi 102 vient effectivement tout bousiller, souligne Denis Choinière. La loi 102 nous empêche de négocier des améliorations aux conditions de vie au travail et à la qualité de l’enseignement, surtout dans un contexte d’expansion des effectifs étudiants où, de nos jours, la formation de niveau collégial est indispensable&amp;lt;ref&amp;gt;« les précaires», Nouvelles CSN, no 364, 17 septembre 1993, p. 5&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le même gouvernement prévoit, avec sa loi 198, que d’ici cinq ans il effectuera une réduction de 20 % du personnel cadre et jusqu’à 12 % des personnes salariées. Une solution inacceptable alors que le problème principal est celui de la précarité. En effet, plus de 40 % des enseignantes et enseignants ainsi que des chargées et chargés de cours membres de la FNEEQ sont en état de précarité. Plus de 25 % de la population active du Québec est sans emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre parti pris pour les plus mal pris dépasse la question salariale. Il englobe une volonté de s’attaquer à la question du sous-emploi dans le secteur privé et à la question de la précarité des emplois dans le secteur public, le taux de précarité y étant plus élevé que dans le secteur privé. Actuellement, 55 % des salarié-es du réseau de la santé et des services sociaux et 30 % des salarié-es du réseau de l’éducation ont un emploi précaire&amp;lt;ref&amp;gt;Mot d’ouverture, procès-verbal du conseil fédéral spécial, annexe 2, septembre 1993, p. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1995 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Certaines négociations sont plus courtes que d’autres. Celles de 1995 dans le secteur public, par exemple. Le Parti québécois est revenu au pouvoir et prépare un deuxième référendum sur la souveraineté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’automne 1995 a été une période particulièrement intense au chapitre de la négociation. Celle-ci, amorcée depuis quelques mois déjà, s’est intensifiée en août, septembre et octobre pour en arriver à une entente de principe à la fin d’octobre 1995. Compte tenu de l’imminence du référendum sur la souveraineté du Québec, le gouvernement souhaitait arriver à un règlement avec les composantes du secteur public avant le 30 octobre 1995, ce qui a donné lieu à un blitz de négociation. Les syndicats du regroupement ont accepté de s’inscrire dans cette démarche et ont défini à la fin août les objectifs de cette ronde. La demande patronale était considérable : elle consistait à vouloir opérer une ponction équivalant à 1200 ETC [équivalents temps complet] dans le réseau. Les négociations se sont avérées assez âpres et rapidement elles se sont transportées au plus haut niveau. Il nous a fallu, entre autres, contourner l’approche dite d’obligation de résultats. Cette ronde de négociation s’est finalement conclue par-dessus la tête du ministre de l’Éducation d’alors. D’ailleurs, celui-ci fera longuement attendre sa signature au bas de l’entente, répondant, peut-être, ainsi au souhait de la présidente de la CEQ voulant qu’il se montre « têtu » avec nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette entente, bien qu’elle comportât des concessions au chapitre des ressources – 144 ETC pris dans les fonctions dites périphériques – apportait une amélioration significative aux conditions de travail des enseignantes et enseignants à statut précaire et des bonifications aux chapitres des salaires et de la retraite. Par ailleurs, l’introduction d’une mesure visant à améliorer le taux de réussite des élèves – l’heure d’encadrement – a permis d’empêcher une diminution accrue des ressources, telle que le souhaitait la partie patronale obsédée par la réduction immédiate des coûts, ce qui a constitué l’originalité de l’entente FNEEQ (CSN) en regard des deux autres fédérations d’enseignantes et d’enseignants de cégep qui ont dû endosser à 100 % les objectifs patronaux. De plus, l’entente prévoyait la mise sur pied d’un comité paritaire dont les travaux devaient porter sur l’organisation du travail afin de tenir compte des impacts de la réforme et de la prise en compte des transformations du réseau sur l’emploi. Les travaux de ce comité prendront une importance très grande au cours des mois qui suivront&amp;lt;ref&amp;gt;rapport-bilan du regroupement cégep, congrès FNEEQ 1997, p. 3-4&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1995-Loi 102 FneeqHistoire018 pb.png|vignette|En 1995, les négociations et les actions du secteur public avaient comme but d’effacer les effets de la loi 102.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1995-05-10-FNEEQ Manifestation 05101995-v2.png|vignette|Les négociations du secteur public de 1995 ont été ponctuées de nombreuses manifestations.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l’université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours abordent les années 1990 avec confiance. Laval Rioux, qui est là depuis le début, a vécu la progression :&lt;br /&gt;
« Les chargés de cours ont constitué un des premiers regroupements, par nécessité. Les négociations locales amenaient continuellement des grèves. Finalement tous les syndicats de chargés de cours sont venus chez nous, excepté celui de l’Université du Québec à Trois-Rivières qui est allé au Syndicat canadien de la fonction publique (FTQ). J’ai vécu l’aventure tout au long depuis 1976. Nous avons adhéré à la négociation regroupée à partir de 1993, sous la coordination de Gilles Bégin, selon le modèle développé dans l’hôtellerie&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Laval Rioux le 29 mai 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant cette coordination formelle, les chargées et chargés de cours voient le protocole de Lanoraie porter fruits. Dès 1990, plusieurs ententes s’enchainent, avec des résultats satisfaisants et très semblables d’un syndicat à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal signent en septembre 1990 une convention de rattrapage après un an de négociation. Avec succès, ils se sont mis à niveau avec les chargées et chargés de cours des autres universités affiliés à la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le négociateur Guy Beaulieu : « Au début de la négociation, le syndicat était démobilisé, épuisé par huit ans de lutte pour sa reconnaissance. Les premières assemblées générales se tenaient à 12, 15. Lorsque la négociation a commencé, tous les doyens étaient à la table. Ils ne voulaient pas d’une « convention d’usine » à l’Université de Montréal comme celle de l’UQAM. Mais pour le syndicat le problème était que des chargés de cours allaient perdre leur emploi. L’Université préférait répartir la misère sur 1300 chargés de cours alors que le budget proposé aurait permis d’améliorer les conditions de travail de 1000 d’entre eux. Ce fut un long débat&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Montréal (SCCUQ) accepte à 90 % une nouvelle convention à la fin novembre Fait à remarquer, pour la première fois sans conflit de travail. La dernière négociation avait entrainé « la grève des cœurs», une grève interrompue après sept semaines par une loi spéciale forçant le retour au travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Constat est fait après cet épisode difficile que la nature des relations de travail doit changer. Un comité de suivi entre le syndicat et l’université est mis en place. Une des conclusions: il y a nécessité d’intégrer les chargées et chargés de cours à toute la vie universitaire, dans tous les aspects directement liés aux questions d’enseignement et de pédagogie&amp;lt;ref&amp;gt;Nacer MAZANi,« entente historique entre le syndicat des chargé-e-s de cours et l’administration de l’UQAM », FNEEQ Actualité, vol. 4, no 2, p. 19&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un dossier prometteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les gains sont conséquents: 10 % de la masse salariale de l’Université va aux chargées et chargés de cours, qui seront représentés à la commission des études et au niveau départemental et profiteront de financement pour des projets qu’ils initieront. Enfin, il y aura coopération entre le corps professoral et les chargées et chargés de cours. De plus, l’évaluation sera désormais formative et non plus punitive. En 1993, la charge de cours sera rémunérée 5000 $ au lieu des 4100 $ en 1990&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques mois plus tard, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Chicoutimi (SCCCUQAC) approuve à 94 % une nouvelle convention qui s’aligne sur celle du SCCUQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au niveau normatif, le syndicat a réussi à repousser les volontés patronales d’opérer des « réaménagements » à l’économie de la convention collective. Des gains ont plutôt été obtenus sur l’évaluation, la reconnaissance des qualifications pour l’enseignement, sur la reconnaissance syndicale et en matière de perfectionnement. Les 435 chargées et chargés de cours, représentés par le SCCCUQAC, pourront espérer une ère nouvelle dans les relations de travail qui ont été plutôt tendues et parfois conflictuelles avec l’administration de l’UQAC, ces dernières années&amp;lt;ref&amp;gt;« un règlement à l’UQAC», FNEEQ Actualité, vol. 4, no 3, mars 1991, p. 1&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils sont imités en mai par celles et ceux de l’Université Laval, qui acceptent une nouvelle entente par un vote très serré à 55 %. La nouvelle convention est aussi bonne que celles de Chicoutimi et Montréal, mais les chargées et chargés de cours de Laval veulent passer un message d’impatience à une administration qui a généré plus de 200 griefs en trois ans&amp;lt;ref&amp;gt;Serge Morin, « un règlement à l’université Laval», FNEEQ Actualité, vol. 4, no 4, mai 1991, p. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En octobre, c’est au tour des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Rimouski d’en arriver à une entente. Selon le même modèle que les autres. Cette stratégie de miser sur la parité a des répercussions au-delà de la FNEEQ, puisque les chargées et chargés de cours de l’Université de Sherbrooke (CEQ) l’adoptent et ont gain de cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guy Beaulieu : « J’ai négocié les deux premières conventions de Montréal, les deux de Laval, la première de Chicoutimi et la première de Rimouski. La première de Chicoutimi était en rose, toute au féminin. Un travail exceptionnel a été réalisé dans le dossier des chargés de cours à la FNEEQ. Leur situation s’est grandement améliorée ! Un problème persiste cependant, l’accès au travail de professeur est pratiquement impossible. Les professeurs sont les patrons des chargés de cours, ils ne partagent pas la même salle. Il y a déjà eu des clauses passerelles qui ne fonctionnaient pas beaucoup. J’ai aussi négocié la première convention collective des étudiants diplômés employés de McGill (teaching assistants). On y a fait une grève. Ils ont travaillé très fort, ce fut le premier syndicat étudiant au Québec. Nous y avons créé la banque de répartition des tâches, qui aurait été reprise ailleurs au Canada&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Gilles Bégin a été aux premières loges de cette montée des chargées et chargés de cours : « On m’a demandé dès 1989 de travailler à la mobilisation dans les négociations des chargés de cours. Puis, au Congrès de la FNEEQ en 1991, on m’a sollicité pour le poste de délégué à la coordination, qui était alors un poste élu parmi les membres du bureau fédéral. J’étais trésorier au syndicat des chargés de cours de l’UQAC. Les négociations de 1991 marquent le début de la stabilisation des conventions des chargés de cours, qui voient leur rôle reconnu par les universités&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Gilles Bégin le 8 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré le succès, le regroupement demeure critique. Dans son rapport au Congrès de 1993, il précise l’orientation recherchée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui nous concerne, et dans la mesure où les conditions actuelles prévalent, l’avenir du regroupement des chargé-s [sic] de cours, repose sur trois éléments fondamentaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* 1 — Le respect intégral de l’autonomie de chaque syndicat.&lt;br /&gt;
* &lt;br /&gt;
* 2 — Un processus d’échange entre les syndicats, qui soit total, varié, profond sur toutes les questions relatives à la négociation.&lt;br /&gt;
* &lt;br /&gt;
* 3 — Un échange entretenu dans l’esprit de créer en priorité des références générales libres de toutes contraintes pour les uns et les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’un et l’autre de ces aspects se répondent. Il ne peut y avoir d’échange que dans le strict respect des autonomies et des choix de chaque syndicat. Il ne peut y avoir d’autonomie que l’on respecte sans que, en toute honnêteté, en toute confiance, chaque syndicat n’ait fait partager aux autres, sa réflexion, sa démarche, ses hésitations, ses conclusions sur le sens de son action. Il ne peut y avoir de confiance que si l’échange est libre de contrainte et n’aboutit qu’à créer des référents. Cela n’exclut bien sûr aucune entente plus formelle au terme du processus d’échange. Mais au terme du processus seulement et dans la mesure où cela découle de soi. L’objectif est donc l’échange, pas l’entente. L’entente n’étant qu’un résultat heureux qui s’ajoute en plus, au bonheur d’avoir échangé&amp;lt;ref&amp;gt;« l’avenir en tête », Procès verbal, 22e Congrès FNEEQ, juin 1993, annexe 5, regroupement université, p. 6-7&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années suivantes, les syndicats concentrent leurs efforts sur la préparation des négociations en cours ou à venir. Quatre négociations sont en cours, dont deux – Concordia et Université du Québec à Hull – pour une première convention, échappant ainsi aux effets de la loi 102 (gel des salaires pour deux ans et récupération de 1 % de la masse salariale). Deux autres négocient le renouvellement de leur convention collective – Université de Montréal et Université Laval. Montréal réussit à régler avantageusement avant l’application de la loi 102, ce qui n’est pas le cas pour Laval, qui cherche à obtenir la parité des chargées et chargés de cours de médecine dentaire avec leurs consœurs et confrères du reste de I’Université&amp;lt;ref&amp;gt;« l’éducation… passionnément ! », Procès verbal, 23e Congrès FNEEQ, mai-juin 1995, annexe 6, regroupement des enseignant-es chargé-es de cours d’université, p. 5-6&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans le Privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rose Pellerin écrivait dans le journal de la FNEEQ en 1989 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est aussi cette année que nous retrouvons le plus de lockouts ou de grèves dans l’ensemble du secteur privé d’enseignement et cela, autant chez les personnels enseignants que chez les personnels de soutien. Les sujets de grève : la tâche, le salaire, les mises à pied, l’ancienneté. Lors du dernier regroupement des syndicats du privé de la FNEEQ le 30 mars, nous avons pu constater que certains syndicats vivent des négociations difficiles, que les employeurs sont en demande sur la tâche, et que les déficits des administrations grossissent de mois en mois. Le niveau de la clientèle a de la difficulté à se maintenir, même dans les institutions les plus anciennes&amp;lt;ref&amp;gt;« public-privé… c’est pareil… », FNEEQ Actualité, vol. 2, no 2, mai 1989, p. 8-9&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le privé, les relations de travail et les négociations sont difficiles. Les administrations invoquent souvent des difficultés financières pour exiger des concessions sur la tâche ou les salaires. Certains menacent de fermeture, d’autres ferment réellement. On réalise mal les difficultés rencontrées par les enseignantes et enseignants qui travaillent dans ces institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une particularité du Privé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 1990, le Syndicat des professeurs du Petit Séminaire de Québec signe une nouvelle convention. Cette signature présente un aspect qu’on ne voit pas dans le public :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dernière signature remontait à 1982. Les crises économiques, les difficultés rencontrées dans les écoles privées, les changements de structures, une clause intérimaire et l’alignement sur les salaires du public expliquent en partie cette situation. Ce qui a été le plus complexe a été de moderniser un texte qui avait de l’âge. Quelques gains importants sur la définition de l’ancienneté, le mouvement de maind’œuvre, les congés parentaux, spécialement les congés de maternité, l’introduction d’un article sur un régime de congé à traitement différé, où une reconnaissance des coûts par le gouvernement a beaucoup facilité le règlement&amp;lt;ref&amp;gt;« l’avenir en tête », Procès-verbal, 22e Congrès FNEEQ, juin 1993, annexe 7, regroupement privé, p. 11&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’avantage de se syndiquer ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Syndicat des salarié-e-s du Pensionnat de Compton (CSN) est accrédité fin juin 1990. C’est un petit syndicat dans un pensionnat pour 170 enfants du primaire, qui regroupe la vingtaine de personnes qui y travaillent. La négociation dure plus d’un an, avec à la clé une première convention collective en janvier 1993. Des gains substantiels sont obtenus tant sur le normatif que le monétaire. L’écart salarial avec le public, qui était de 40 à 50 %, est réduit à 15 % à l’expiration en juin 1994&amp;lt;ref&amp;gt;l’avenir en tête », FNEEQ, Procès-verbal du 22e Congrès, juin 1993, annexe  7, regroupement privé, p. 5-13&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes employées du Collège de musique Sainte-Croix sont accréditées avec la CSN et entreprennent une négociation pour une première convention collective. En cours de route, elles optent finalement pour une intégration au cégep de Saint-Laurent, par un contrat de service d’abord, qui survient en début de session 1994-1995. L’école de musique Sainte-Croix devient publique et partie intégrante du cégep en 1997.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Des départs et des retours =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== par Benoit Lacoursière ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au fil de son histoire, la FNEEQ a été marquée par des débats qui ont parfois mené à des désaffiliations. Qu’on se rappelle le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ) en 1972, les professeurs et professeures d’université dans les années 1970 et 1980, et plusieurs syndicats de cégep de la fin des années 1980 aux années 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le SPEQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la suite du front commun de 1972, le SPEQ décide de quitter la Fédération au moment où le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) quitte la CSN. Le SPEQ réagit également à la réforme des structures fédérales de 1972 qui faisait disparaitre les secteurs et appelait au démantèlement des syndicats provinciaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les Professeurs d’université ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début des années 1970, le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec (SPUQ) est formé et s’affilie à la CSN et à la Fédération. C’est la première fois en Amérique du Nord qu’un syndicat de professeurs d’université s’affilie à une centrale ouvrière&amp;lt;ref&amp;gt;Laval Rioux, « la FNEEQ au commencement, et la FNEEQ aujourd’hui», FNEEQ Actualité, vol. 3, no 1, septembre 1989, p. 11&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les professeures et professeurs de l’UQAM seront imités par ceux de l’UQAR et de l’UQTR&amp;lt;ref&amp;gt;« La FNEEQ: rappel historique», rapport du Bureau fédéral – conseil fédéral du 23 au 28 février 1979; comité des Statuts, règlements&lt;br /&gt;
et structures; « un peu d’histoire », rapport présenté au conseil fédéral du 14 au 17 avril 1988, p. 3&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais le SPUQTR quitte la CSN et la Fédération à peine quelques années plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que les syndicats de chargées et chargés de cours se constituent durant les années 1980 et s’affilient massivement à la Fédération, les syndicats des professeurs d’université semblent s’y sentir à l’étroit. Peu après la fondation de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) en 1987, le SPUQAR quitte la FNEEQ et la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;Le syndicat quitte la FNEEQ en octobre 1988. Voir le site du Syndicat des professeures et professeurs de l’université du Québec à Rimouski, « chronologie », [en ligne] https:// sppuqar.uqar.ca/ chronologie (page consultée le 29 mai 2019)&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le SPUQ demeure affilié à la CSN, mais sa juridiction est confiée, dans le cadre d’un compromis, à la Fédération des professionnèles (FP-CSN). L’affiliation du Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais (SPUQO) à la CSN et à la FP en 2014 a montré que le débat sur la juridiction des professeurs et professeures d’université n’est pas clos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La grogne dans Les Cégeps ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1988, treize syndicats de cégep se désaffilient de la FNEEQ. Cette crise était « latente depuis 1983, suite aux [sic] décrets gouvernementaux et elle s’est accentuée lors des négociations de 1985-1986&amp;lt;ref&amp;gt; « panorama historique », FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995, p. 10&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Ces syndicats forment alors la Fédération autonome du collégial (FAC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour Jean Murdock, ancien président de la FNEEQ et militant syndical au cégep de Jonquière pendant cette période, l’insatisfaction visait particulièrement le fonctionnement de la négociation du secteur public et la difficulté des cégeps d’influencer son déroulement face à la puissante Fédération des affaires sociales&amp;lt;ref&amp;gt;Elle s’intitule maintenant la fédération de la santé et des services sociaux&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le projet politique et organisationnel de la FAC visait à décentraliser le pouvoir et à secouer les syndiqués, alors en état de grande démobilisation. La FAC ne devait pas compter sur des conseillers et des conseillères permanentes, mais sur des personnes élues libérées dont les mandats seraient limités dans le temps. Dans une entrevue réalisée en 1995, l’ancienne présidente Rose Pellerin ajoute « qu’ils pensaient qu’une fois seuls, les syndicats de cégeps pourraient mieux défendre leurs intérêts. Il y avait un peu de corporatisme là-dedans&amp;lt;ref&amp;gt; « Rose Pellerin », FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995, p. 24&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Selon Denis Choinière, alors président de la FNEEQ, les désaffiliations étaient le fruit d’une alliance contre nature entre deux tendances opposées: « Un groupe ne voulait plus de syndicat et l’autre voulait des syndicats plus forts&amp;lt;ref&amp;gt; Entrevue réalisée par Jacques Gauthier, 29 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir du milieu des années 2000, des syndicats remettent en question leur affiliation à la FAC et, au printemps 2009, celle-ci annonce sa dissolution. Une dizaine d’anciens syndicats de la FAC joindront la FNEEQ-CSN. Selon Jean Murdock, les différents changements structurels opérés à la FNEEQ et à la CSN (le comité de coordination des secteurs public et parapublic fonctionnant selon la règle du consensus) ont contribué au retour de ces syndicats. De plus, certains syndicats avaient porté un jugement sévère à l’endroit de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ) lors de la négociation de 2005. En effet, alors que les deux fédérations formaient un cartel, la FEC-CSQ la quittait avant la fin de la négociation. La FAC fut d’ailleurs la seule fédération syndicale d’enseignantes et d'enseignants du collégial à se voir imposer un décret en 2005. Pour l’ancien conseiller syndical Guy Beaulieu, le mode de fonctionnement de la FAC, l’absence de permanents et la limite des mandats ne permettaient pas de conserver l’expertise&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue réalisée par Jacques Gauthier, 27 mars 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le retour des anciens syndicats à la FNEEQ s’explique donc par la qualité des services offerts par la Fédération. Jean Murdock estime également que l’appartenance à une centrale ouvrière permettait d’augmenter le pouvoir au sein du rapport de force et de refaire l’unité et la solidarité du mouvement syndical des enseignantes et enseignants de cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’automne 2019, quarante-sept ans après avoir quitté la FNEQ, les enseignantes et les enseignants de l’Institut de technologie agroalimentaire ainsi que celles et ceux de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec expriment le souhait de revenir au sein de la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Regroupement privé =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Pionniers du syndicalisme enseignant ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la FNEEQ, les plus vieux certificats d’accréditation proviennent des syndicats du regroupement des établissements privés. Le syndicat du Collège François-de-Laval est, sans conteste, le doyen de la Fédération&amp;lt;ref&amp;gt;on peut ajouter que l’établissement d’enseignement, qui a longtemps porté le nom du petit Séminaire de Québec, est le plus ancien collège du Québec. il a été fondé à l’époque de la Nouvelle-France, en 1668, par le premier évêque de la colonie, Monseigneur François de Laval&amp;lt;/ref&amp;gt; : le 8 janvier 1947, la Commission des relations ouvrières accorde aux professeurs laïques à l’emploi du Séminaire de Québec (l’ancien nom du collège) « un certificat de reconnaissance syndicale aux fins de conclure une convention collective de travail, le tout conformément aux dispositions de la Loi des relations ouvrières&amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la FNEEQ, certificat d’accréditation du syndicat des professeurs du collège François-de-Laval&amp;lt;/ref&amp;gt; ». À l’époque, dans les collèges classiques, dirigés par les congrégations religieuses, les professeurs laïques doivent mener une vie professionnelle astreignante et exemplaire calquée sur celle de leurs collègues religieux qui avaient « la vocation&amp;lt;ref&amp;gt;Au Québec, les membres des communautés religieuses sont très présents dans le milieu de l’éducation. « en 1940, les religieux et religieuses représentaient 49 % du personnel enseignant dans les écoles», Thérèse Hamel,&lt;br /&gt;
« enseignantes et enseignants laïques et religieux et  formation  des  maîtres à la veille de la révolution tranquille », Revue des sciences de l’éducation, volume XVII, no 2, 1991, p. 247&amp;lt;/ref&amp;gt; ». Les conditions de travail des enseignantes et des enseignants laïques, on le devine, sont loin d’être idéales: faible rémunération, aucune possibilité d’avancement, forte emprise des membres des communautés religieuses, précarité des emplois. À l’évidence, l’Association des professeurs du Petit Séminaire de Québec fait alors partie de l’avant-garde du syndicalisme enseignant, et ce, plus de deux décennies avant la naissance de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme au Petit Séminaire, les professeurs de plusieurs collèges classiques se regroupent, à cette époque, en créant l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement classique (APPLEC). Ils posent alors les premiers jalons d’une émancipation collective de l’Église, tout en revendiquant une professionnalisation du corps enseignant au Québec. En juin 1964, lors du congrès annuel, les syndicats de l’APPLEC prennent la décision de s’affilier à la CSN. Ces quelque 30 syndicats, représentant près de 800 membres, créent un précédent: aucun groupement provincial d’enseignantes et d’enseignants n’est alors affilié à une centrale syndicale. L’Association change alors son nom pour celui du Syndicat professionnel des enseignants (SPE).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un an plus tard, le témoignage de Gilles Therrien, membre du SPE, dans Le Travail, publication mensuelle de la CSN, est particulièrement éclairant. Il explique pourquoi les professeurs des collèges classiques ont été les premiers enseignants à se joindre à une centrale ouvrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éduquer les élèves dans une perspective d’engagement syndical. Leur apprendre à respecter le monde du travail. Donner aux professionnels de demain un sens de la démocratie, de l’égalité de tous les hommes dans ce qui conditionne leur vie quotidienne, le travail […]. [Les enseignants] préparent une société où […] ils veulent faire cesser la noirceur de l’ignorance qui tient la masse ouvrière loin de l’»  élite » et entretient chez elle le sentiment de révolte. […] Comme professeur, je crois que le rapprochement avec le monde ouvrier est la seule perspective réaliste de la vie quotidienne. J’apprends alors les conditions de vie des ouvriers et j’apprends à m’engager pour eux, autrement qu’en paroles ou en vagues théories&amp;lt;ref&amp;gt;Le Travail, vol. 41, juin 1965, p. 16&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux syndicats du SPE se joignent, l’année suivante, ceux du SPEQ, et bientôt ceux des cégeps pour former, cinq ans plus tard, en 1969, une nouvelle fédération à la CSN, la Fédération nationale des enseignants québécois (FNEQ), composée de trois secteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parallèlement à la sécularisation rapide de la société québécoise, le nombre de membres des communautés religieuses dans les collèges privés décline rapidement à partir de la fin des années 1970. Conséquemment, au cours de la décennie suivante, la plupart des congrégations cèdent leurs établissements à des corporations laïques qui transforment les collèges en organismes à but non lucratif. Les religieuses et les religieux restent toutefois en poste à la direction de la plupart des collèges jusqu’au milieu des années 1990&amp;lt;ref&amp;gt;on peut signaler deux exceptions : Sœur Annette Bellavance a quitté le Collège Regina Assumpta en 2005, après avoir occupé le poste de directrice générale durant 34 ans; le père Jean-Marc Boulé est décédé alors qu’il était encore en fonction en 2013, 41 ans après être devenu directeur du Séminaire Saint-François&amp;lt;/ref&amp;gt;. Leur ouverture à l’égard du syndicalisme est, à dire vrai, inégale. La négociation des conditions de travail est parfois assortie de reproches singuliers qui n’ont pas d’équivalents ailleurs dans la Fédération : « Vos valeurs syndicales ne sont pas compatibles avec la mission du collège», « les frères considèrent la syndicalisation des professeurs comme une insulte», « vous faites de la peine aux sœurs de la Congrégation », « l’abbé est décédé par votre faute»… La militance syndicale, dans les collèges privés, est souvent accompagnée d’un supplément de culpabilisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Objectif : négociation collective des conditions de travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, Sœurs de Sainte-Anne, Sœurs de la Providence, Sœurs Saint-Joseph, Jésuites, Sulpiciens, Capucins, Salésiens, Eudistes, Maristes, Clercs de Saint-Viateur, Frères des écoles chrétiennes, Frères de l’Instruction chrétienne, Pères de la Congrégation de Sainte-Croix : au départ, la liste des interlocuteurs patronaux est aussi longue que variée. Les conventions collectives des syndicats du regroupement privé ont d’ailleurs longtemps porté des traces des relations particulières avec ces employeurs congréganistes. Par exemple, bon nombre de contrats de travail prévoyaient des clauses de congés spéciaux pour « la prise d’habit, l’ordination, les vœux perpétuels de son enfant, de son frère, de sa sœur&amp;lt;ref&amp;gt;Convention collective de travail du Syndicat du Collège Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, (1998-2001),&lt;br /&gt;
p. 16&amp;lt;/ref&amp;gt; ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À son arrivée à la CSN, le SPE est l’agent négociateur de ses membres. Au cours des années 1950, les négociations se déroulent localement en misant sur le fait que les gains des uns deviennent les objectifs des autres. Lors de l’arrivée des syndicats des collèges classiques à la CSN et à la FNEQ, le SPE adopte une stratégie plus ambitieuse : elle mise sur les transformations des réseaux de l’éducation pour regrouper la négociation de l’ensemble de ses syndicats. En février 1968, Le Travail rapporte que le SPE « groupe environ 1000 professeurs qui enseignent dans quelque 30 collèges classiques privés. Pour la première fois, il y a dans ce secteur une négociation d’envergure provinciale&amp;lt;ref&amp;gt;Le Travail, vol. 44, février 1968, p. 7&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Durant les douze années qui vont suivre, des efforts considérables seront déployés par la FNEQ pour réaliser cet objectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’union des forces syndicales marque la ronde de 1972 avec la création du Front commun de la CSN, de la FTQ et de la CEQ qui rassemble 210 000 employées et employés de l’État. À l’instar des cégeps et du SPEQ, les 17 syndicats des collèges privés de la FNEQ sont, eux aussi, partie prenante du Front commun. Les représentants syndicaux du SPE et leurs vis-à-vis patronaux négocient à une table qui leur est réservée. Tout comme les autres personnes syndiquées du secteur public, ils rejettent les offres du gouvernement libéral de Robert Bourassa en mars 1972 et votent la grève générale illimitée. Ils subiront eux aussi le décret gouvernemental qui les forcera à retourner au travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du conseil fédéral de la FNEQ en juin, l’heure est à un bilan mitigé. La présidente, Francine Lalonde, dénonce vigoureusement l’attitude patronale : « le conflit a éclairé de la lumière du grand jour la vraie nature des administrations locales […]. [Elles] ont agi en contremaîtresses du Ministère de l’éducation [sic] et du Gouvernement […]. Plus que jamais donc, nous sommes forcés en tant que syndicat, à la lucidité, à la prospective et à l’organisation&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 2-3-4 juin 1972&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, la transformation des structures de la FNEQ entraine la dissolution du SPE et l’affiliation séparée de chacun de ses syndicats. Par conséquent, lors de la ronde de 1975, c’est la FNEQ qui négocie au nom des syndicats des collèges privés à la table provinciale. Seule une partie des conditions de travail communes a pu être négociée à cette table, car les patrons ont fait valoir auprès du gouvernement leurs particularités locales et l’impossibilité de respecter une convention collective unique. Le rapport de cette négociation, fait lors du conseil fédéral de l’été 1976, montre que les employeurs se sont servis de la bonne vieille recette qui consiste à diviser pour mieux régner: « Quand les moyens de pression ont commencé, [les employeurs] ont tout mis en œuvre pour dissocier les syndicats locaux de la négociation provinciale, entre autres en assurant certains qu’il leur serait beaucoup plus facile d’avoir gain de cause au collège&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 16 juin et 24-25-26-27 aout 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec quelques années de recul, la FNEQ fait le constat, dans la revue Nouveau Pouvoir, que cette négociation provinciale de 1975 a été un point tournant pour les collèges privés:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré le projet commun de convention collective, c’était le début de la différence entre les syndicats. Le règlement avait devancé celui du secteur public. Les syndicats s’étaient donné des clauses remorques qui leur garantissaient le même salaire que le secteur public. Cependant, l’échéance des conventions n’était plus la même. Une stratégie patronale avait réussi à briser le regroupement naturel d’avant 1975&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, décembre 1981, p. 16&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1979, le projet d’unifier les forces syndicales des collèges privés est toujours vivant, mais le nombre de syndicats ayant réussi à coordonner leur calendrier avec celui du secteur public se limite à six. Pour ces syndicats, une table provinciale est bel et bien créée, mais la ronde de négociation se solde avec la rupture de la table et le report des négociations sur le plan local.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les compressions budgétaires imposées en 1980 mènent, sans surprise, plusieurs établissements à vivre une situation financière précaire et même à menacer de fermeture. Les pertes sont considérables en ce qui a trait aux conditions de travail qui s’éloignent de plus en plus de celles du secteur public : diminution des salaires, augmentation du rapport maitre-élèves, mises à pied, octroi de la permanence reporté indéfiniment, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1981, la FNEQ fait une dernière tentative pour regrouper les syndicats du privé en revendiquant leur inclusion à la loi 55 (Loi sur l’organisation des parties patronale et syndicale aux fins des négociations collectives dans les secteurs de l’éducation, des affaires sociales et des organismes gouvernementaux). Peine perdue : les collèges privés ne font pas partie de la liste des organismes visés par la Loi et, désormais, les négociations au secteur privé se feront exclusivement de manière locale, en conservant toutefois, dans la plupart des établissements, des clauses de parité avec le secteur public en ce qui a trait aux échelles salariales et au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’aube des années 2010, les syndicats du privé s’intéressent de près aux mécanismes de la négociation regroupée des chargées et chargés de cours des universités, qui a donné des résultats intéressants, notamment celui d’un rattrapage salarial de 60 % dans la décennie précédente. Le regroupement privé adopte alors des demandes communes concernant les congés parentaux et les congés sociaux.&lt;br /&gt;
« C’est une nouveauté qui vise à mettre en place une approche plus concertée des négociations pour les syndicats du regroupement tout en respectant l’unicité des établissements. […] Le but de cette démarche n’est pas d’avoir le même nombre de congés dans tous les établissements, mais bien de se doter d’une approche de négociation commune&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan 2009-2012 du regroupement privé, 30e congrès FNEEQ, p.8-9&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Cette première phase obtient du succès, on observe des gains dans presque tous les collèges, si bien que les syndicats du regroupement privé décident en 2015 de s’attaquer à des sujets plus ambitieux: la transparence financière, la sous-traitance, les conditions de fermeture d’établissement, le soutien auprès des EHDAA et EESH et les libérations syndicales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette dernière demande constitue précisément le talon d’Achille des syndicats du regroupement privé. Les conditions de militance sont véritablement médiocres si on les compare à celles des deux autres regroupements de la Fédération. Les syndicats les plus anciens doivent lutter contre la tradition bien ancrée du bénévolat syndical. Quant aux milieux récemment syndiqués, la situation s’améliore un peu dans la mesure où les cotisations soutiennent davantage les libérations locales des officières et des officiers. Cela dit, peu importe l’établissement, il est clair que le petit nombre de membres à l’intérieur des syndicats du regroupement privé, conjugué à la volonté affichée des employeurs de ne pas « payer une personne qui travaille contre lui », limite grandement les moyens de reconnaitre l’engagement syndical. Par conséquent, la participation aux activités de la FNEEQ se voit limitée, le plus souvent, aux formations et aux réunions du regroupement privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La position de la FNEEQ sur le réseau privé : Ménager la chèvre et le chou ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La position de la Fédération au sujet du financement des écoles privées s’articule depuis près de 50 ans autour de deux préoccupations qui pourraient sembler contradictoires : d’une part, la revendication d’une école publique de qualité, gratuite et accessible à toutes et à tous; d’autre part, la défense des conditions de travail de celles et ceux qui œuvrent dans le secteur de l’enseignement privé. La singularité de la position de la FNEEQ tient précisément dans la réconciliation de ces deux perspectives. Cependant, il faudra plusieurs années avant d’y arriver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la foulée des recommandations du rapport Parent, le gouvernement adopte en 1969 la loi 56 sur l’enseignement privé qui entraine la disparition des collèges classiques et la création des collèges privés subventionnés par l’État. Cette réforme passe par le renoncement à l’autonomie institutionnelle et l’obligation de se conformer aux programmes officiels et aux règlements édictés par le ministère de l’Éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que certains établissements maintiennent leurs activités au secteur privé, d’autres les transfèrent dans le réseau public. La réorganisation majeure du système d’éducation entraine, peu de temps après la fondation de la FNEQ, une reconfiguration des allégeances syndicales : le nombre de membres du SPE et du SPEQ diminue considérablement au profit des cégeps et de la CEQ. Concrètement, les 30 syndicats du SPE affiliés à la CSN en 1964 ne sont plus que 17 lors de la négociation collective de 1972. La chute est encore plus brutale au SPEQ: des 25 syndicats fondateurs, il n’en reste plus que quatre cette même année, pendant laquelle ils prennent d’ailleurs la décision de quitter la FNEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’emblée, la Fédération adhère sans réserve à l’objectif central de la réforme qui vise la démocratisation de l’éducation en favorisant l’accès à un enseignement de qualité à tous les jeunes, peu importe leur statut social ou leur lieu de résidence. Cette optique crée des tensions à l’intérieur des rangs entre les collèges privés et les cégeps. Les premiers, qui voient leur groupe se décimer, cherchent un appui auprès des seconds. En 1972, les membres du SPE souhaitent faire adopter une recommandation sur la reconnaissance du système d’enseignement privé. Elle sera déposée en raison des « divisions profondes et inutiles, dans le contexte actuel, qui pourraient résulter d’une discussion et d’un vote à la FNEQ sur la proposition en cause&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 2-3-4 juin 1972&amp;lt;/ref&amp;gt;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’élection du gouvernement péquiste en 1976 ravive le débat en raison de sa volonté d’apporter de nouvelles orientations au système scolaire québécois. La FNEQ s’engage dans une tournée des syndicats de la Fédération pour nourrir une réflexion sur l’enseignement privé. Le conseil fédéral de novembre 1977 adopte une recommandation qui vise la conversion des établissements privés dans le secteur public:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	Que le gouvernement déclare publiques et traite comme telles les actuelles institutions privées dispensant des enseignements réguliers qui se soumettront au régime pédagogique, aux critères d’accessibilité par la clientèle scolaire et aux normes de financement du réseau public;&lt;br /&gt;
—	Que les institutions ne répondant pas à ces critères ne soient plus subventionnées par l’État;&lt;br /&gt;
—	Que les employés des actuelles institutions privées soient donc intégrés au réseau public avec leur unité d’accréditation et, par conséquent, les garanties syndicales nécessaires (expérience, ancienneté, classement, sécurité d’emploi, etc.);&lt;br /&gt;
—	Que le gouvernement révise ses politiques de formation des nouveaux maîtres de manière à rendre possible l’intégration du personnel en place sans provoquer des coûts additionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que la FNEQ dénonce :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
a)	la fermeture d’écoles publiques lorsque ce n’est pas strictement nécessaire;&lt;br /&gt;
b)	la fermeture d’une école publique tant qu’existe une école privée dans cette région;&lt;br /&gt;
c)	l’ouverture de nouvelles écoles privées&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 25-26-27 novembre 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que cette position permette de concilier la défense des droits au travail et l’engagement envers la démocratisation de l’enseignement, elle ne fait pas l’unanimité. On rapporte dans Nouveau Pouvoir que « cette position a suscité et suscite encore des divisions profondes dans les assemblées syndicales des professeurs des institutions privées. Elle apparaît à certains comme une menace à leur emploi. Plusieurs employeurs l’utilisent pour développer un sentiment antisyndical&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, décembre 1981, p. 7&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au milieu des années 90, la position de la FNEEQ est précisée dans le cadre des consultations de la Commission sur les États généraux sur l’éducation&amp;lt;ref&amp;gt;comité de travail du regroupement des établissements privés, « Mise à jour du portrait de l’enseignement privé : une vision enseignante et syndicale », FNEEQ, juin 1996, p. 2&amp;lt;/ref&amp;gt;. À la revendication de l’intégration au secteur public s’ajoute alors la demande du maintien des subventions gouvernementales, puisque toute diminution menace directement les conditions de travail de celles et ceux qui œuvrent dans le secteur privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question revient dans les manchettes presque tous les dix ans : après les États généraux de 1995 survient une demande de suppression complète des subventions de la part de la Fédération des commissions scolaires du Québec et de la CSQ en 2005, tandis qu’en 2014, le ministre Bolduc jongle avec l’idée de réduire les subventions de 50 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces menaces secouent profondément le regroupement privé qui est aux prises avec la fermeture potentielle d’un grand nombre d’établissements et la perte des emplois de leurs membres. Elles affectent aussi la Fédération qui revisite, chaque fois, sa position tout en la maintenant à peu près identique au terme de débats particulièrement houleux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dernière recommandation, adoptée au Congrès de 2015, continue à réconcilier les deux perspectives auxquelles la Fédération adhère: son engagement en faveur d’un réseau d’éducation public de qualité pour toutes et tous, ainsi que la protection des emplois des personnels du secteur privé. Cette fois, on y ajoute la nécessité d’un protocole d’intégration négocié par le gouvernement advenant la fermeture d’un établissement ou la révision du financement du réseau privé. Cette dernière revendication est tributaire de l’échec retentissant et douloureux de la tentative d’intégration du Collège Antoine-Girouard au réseau public en 2013.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut mentionner que la FNEEQ a réussi, au cours des années 1990, à transférer les activités d’enseignement de plusieurs établissements privés au secteur public. Ces conversions ont eu lieu au Petit Séminaire de Saint-Georges (devenu le cégep Beauce-Appalaches en 1990), au Collège Marie-Victorin (devenu cégep en 1993), à l’École de musique Sainte-Croix (intégrée au cégep Saint-Laurent en 1997), et au Collège de l’Assomption (composante du cégep régional de Lanaudière à partir de 1998). Ces conversions ont été favorisées par l’appartenance à l’ordre collégial : le passage du privé au public est facilité par l’intégrité structurelle et l’autonomie financière de chacun des cégeps appartenant au réseau public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au printemps 2013, l’annonce de la fermeture du Collège Antoine-Girouard et le projet de transfert de ses activités d’enseignement à la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe met en lumière les obstacles bien plus considérables d’une conversion à l’ordre secondaire. Les espoirs « d’une intégration, par conversion, au secteur public dans le respect des droits des personnels qui y œuvrent» sont largement contrés par le manque de planification de la direction du Collège, par l’intransigeance de la Commission scolaire ainsi que par l’absence d’ouverture de la part du syndicat FSE-CSQ en place. La FNEEQ met tout en œuvre pour amener les parties à discuter et à trouver des solutions pour maintenir les emplois des enseignantes et des enseignants qu’elle représente. Malheureusement, le Collège est racheté par la Commission scolaire, grâce à une subvention du Ministère, et en septembre 2016, le Collège rouvre ses portes en offrant les mêmes programmes en l’absence de la totalité du corps enseignant d’Antoine-Girouard&amp;lt;ref&amp;gt;à l’exception de l’entraineur de l’équipe de hockey midget AAA, les Gaulois, transférée à la commission scolaire de Saint-Hyacinthe&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Portrait de nouvelles réalités ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd’hui, le regroupement des établissements privés s’est beaucoup diversifié. Il compte 42 syndicats en provenance de presque toutes les régions du Québec. Au cours des sept dernières années, 13 nouveaux membres se sont ajoutés au regroupement, ce qui correspond à une augmentation du tiers de ses syndicats. Cette forte tendance à la hausse de la syndicalisation des travailleuses et des travailleurs des établissements privés à la FNEEQ s’explique par plusieurs facteurs: précarité accrue de l’emploi dans les collèges privés, gestion administrative plus rigide, complexification et détérioration des relations de travail, impact significatif des politiques d’austérité gouvernementales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Trois ordres d’enseignement sont représentés au regroupement privé de la FNEEQ, le primaire (7), le secondaire (30), le collégial (10). Plusieurs collèges offrent une formation qui couvre deux ordres d’enseignement, alors que le Collège Stanislas en compte trois : le primaire, le secondaire et le collégial. Plus récemment se sont joints de nouveaux syndicats représentant des professeurs qui enseignent dans les écoles de langue, de danse ou de musique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le français est la langue d’enseignement de la majorité des collèges, mais l’anglais est aussi parlé dans six d’entre eux et la langue innue dans deux autres. C’est près de 3700 personnes syndiquées du secteur privé que la FNEEQ représente en ce moment dans le regroupement, qui est composé principalement d’enseignantes et d’enseignants, mais aussi de professionnels et de personnel de soutien dans 17 établissements.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=ChangementDeParadigme&amp;diff=456</id>
		<title>ChangementDeParadigme</title>
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		<updated>2021-05-17T19:30:11Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:Changement de paradigme 1981-1988}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1981-11 FNEEQ vote-grey.png|vignette]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dynamique syndicale favorable du début des années 1970 est bien disparue en ce début des années 1980. Les relations patronales ­syndicales se sont durcies, le chômage augmente, l’inflation galope, les taux d’intérêts bancaires atteignent des sommets. Tout est en place pour une expli­cation, à l’allure de coupures et de restric­tions pour les personnes employées des secteurs public et parapublic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait d’abord les effets directs de la conjoncture économique : les licenciements massifs frappèrent avec force les travailleuses et travailleurs du secteur privé. De plus, la syndicalisation est devenue encore plus difficile : surabondance de main-d’œuvre, nombreuses petites unités, code du travail déficient, etc. Il y avait aussi des divisions comme on en retrouve dans tout organisme démocratique: conflit entre les élu-e-s et les permanent-e-s, divisions également entre les fédérations du secteur public et celles du privé sur les relations à avoir avec le gouvernement (ex.: participation à la CSST). Il semble que les syndiqué-e-s du secteur public considèrent le gouvernement plutôt comme un boss alors que ceux du privé le voient souvent comme un arbitre ; cependant, cette constatation n’explique pas tout.&amp;lt;ref&amp;gt;« Bilan des « négociations» fNeeQ 1982-1983 », Info-FNEEQ, vol. 2, no 3, mars 1984, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec la prise du pouvoir par le Parti québécois en 1976, les syndicats pensent qu’un gouvernement mené par cet allié leur sera favorable. Ce n’est pas vraiment le cas. Sans tenter de mesurer l’impact de la défaite référendaire de 1980 chez les uns et les autres, on peut penser que la morosité qui a suivi en fut aussi une conséquence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En tout cas, la négociation qui s’est déroulée autour de ce référendum en a été teintée. Les suites de la défaite du « oui » ont été rudes. Les difficultés économiques, le désir de certains patrons d’en découdre après les succès syndicaux des années 1970, le cumul des lois spéciales dans le cadre des négociations, les législations anti-inflation, les coupures d’emploi et de salaires: la décennie 1980 a affaibli l’organisation et a fait fleurir la dissidence dans les rangs syndicaux, jusqu’à la désaffiliation d’une quinzaine de syndicats à la fin de la décennie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Au sein de la Fédération ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès la fin des années 1970, la Fédération a d’importants défis à relever. Une négociation difficile qui a laissé d’importantes divisions internes, une négociation à venir où l’employeur a le couteau entre les dents, une situation économique difficile qui ne favorise pas vraiment les revendications syndicales et n’incite pas à la sympathie de la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement encourage cette animosité en martelant que les personnes employées du secteur public sont privilégiées par rapport à celles du privé, touchées de plein fouet par la crise, alors qu’elles jouissent d’emplois garantis et ont de bonnes conditions de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La division entre lignes politiques, qui se manifeste autant au sein des syndicats qu’à la Fédération, n’aide aucunement dans un tel contexte. Cette polarisation devient un obstacle à la démocratie syndicale et à l’ouverture, qui favoriserait des positions de ralliement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEQ entreprend alors un processus de réflexion « sur la vie de la fédération et sur les causes des problèmes de fonctionnement rencontrés depuis plusieurs années, tant au niveau des débats menés par les instances qu’à celui de l’unité d’action&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 10, no 2, novembre 1980, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parallèlement, les établissements du secteur privé se questionnent, d’abord sur les orientations politiques annoncées, mais jamais matérialisées du gouvernement du Parti québécois concernant le réseau éducatif privé, ensuite sur les restrictions budgétaires imposées au secteur de l’éducation, qui affectent aussi les enseignantes et les enseignants du secteur privé et, enfin, sur leur place dans la Fédération: un secteur minoritaire peut-il y être reconnu et respecté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement profite des difficultés syndicales pour gruger dans ses prérogatives. Sur la lancée des lois 24 et 25, il veut imposer un nouveau régime pédagogique au collégial, qu’il décrit lui-même comme le projet du Gouvernement à l’endroit des CÉGEPS et vise, selon sa campagne de promotion, un accueil plus large à la collectivité, le droit à l’étude, et le renforcement des responsabilités locales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEQ rétorque : aux besoins de qui veut-on vraiment répondre lorsqu’on parle de l’accueil plus large à la collectivité ? À ceux de la population en général ou de l’entreprise privée ? Quant au droit à l’étude, de quoi parle-t-on quand la quasi-totalité des cours est imposée, la formation professionnelle limitée ? Quant au renforcement des responsabilités locales, il faut comprendre qu’il s’agit du renforcement de la capacité d’obéir aux règles dictées d’en haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEQ n’est pas d’accord avec ce renouveau proposé et rappelle les principes qu’elle défend : un enseignement de qualité égale tant pour les étudiantes et les étudiants adultes que pour les réguliers ; la nécessité de la polyvalence ; l’accès des travailleuses et des travailleurs à une éducation adéquate dans le respect de leurs choix et de leurs besoins ; l’autonomie départementale et le respect de la liberté scolaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dans ce contexte qu'à l’automne 1980, le gouvernement annonce des coupures dans les secteurs public et parapublic, dont 165 millions de dollars en éducation. Dans le collégial public, les emplois des enseignantes et des enseignants étant protégés, ce sont les employées et employés de soutien et les professionnelles et professionnels qui écopent. L’éducation aux adultes aussi. Les universités, les cégeps autant que les collèges privés sont touchés. La lutte contre les compressions budgétaires s’active. Les enseignantes et les enseignants des établissements privés se voient confrontés à une augmentation de la tâche ainsi qu’à des menaces de mises à pied, de réduction de salaire ou de fermetures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La table est mise pour les négociations ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Confrontées à la division qui mine la Fédération, les instances cherchent des solutions. Un quatrième membre est ajouté à l’exécutif lors du conseil fédéral de juin 1981, avec le souci de voir les trois secteurs représentés au nouveau comité de direction. Cela plait particulièrement au secteur privé. Symboliquement peut-être, c’est un militant du privé qui est élu, Gérard Dionne du Collège de Lévis. À compter de ce moment, les trois secteurs seront toujours représentés à l’exécutif de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde démissionne en octobre 1981, en réaction aux affrontements politiques qui divisent la Fédération et la CSN depuis des mois. Elle cible les militantes et militants politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’est jamais facile pour les membres de faire abstraction de leur engagement politique individuel, pour partager l’analyse politique faite à titre collectif en tant que syndicat et centrale: ce n’est pas facile pour personne dans l’éventail des engagements politiques actuels. À plus forte raison, s’il est déjà difficile pour les syndicats de partager l’analyse politique de la CSN et les conclusions qu’elle tire, la perspective pour les membres de voir utiliser leur syndicat aux fins politiques de quelques-uns est-il d’au- tant plus inacceptable. N’est-ce pas cette crainte, justifiée ou non, qui en grande partie, nous mine, nous divise, nous affaiblit? Si bien que, de part et d’autre, ce sont des raisons politiques qui ont été à l’origine de la polarisation parfois violente qui s’est manifestée pendant toute la négociation du Front commun et qui se manifeste souvent dans les ins- tances de la FNEQ et de la CSN surtout chez les militant-e-s qui ont le gouvernement comme employeur&amp;lt;ref&amp;gt;« Entrevue avec Francine Lalonde », Nouveau Pouvoir, vol. 11, no 2, novembre 1981, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1981-10-31 FNEEQ ConseilFederal 283-v2.png|vignette|Francine Lalonde démissionne lors du Conseil fédéral d’octobre 1981.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’élection d’un nouvel exécutif en 1982 ne règle rien : les deux équipes, en forte opposition, font élire chacune deux de leurs candidats. C’est un exécutif divisé. Moins d’un an plus tard, la crise politique est toujours à l’avant-plan et le nouvel exécutif démissionne à son tour. La Fédération semble être devenue ingouvernable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] les divisions à la Fédération, qui ne sont pas nouvelles ont été exacerbées au cours de l’année qui vient de s’écouler. Elles se sont manifestées notamment lors de la ronde de négociation dans les cégeps ; qu’on pense ici aux discussions importantes, qui se sont produites au moment de la proposition d’avril 1982, du cadre stratégique d’automne, de l’établissement des priorités, de la contre-proposition, du défi à la loi 111, du rapport de conciliation. Ces divisions transparaissent également lors des grands débats qui se mènent à l’intérieur de la centrale: négociations nationales, organisation des services, politique de présence et d’intervention de la CSN. […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’an prochain, la lutte aux décrets dans les cégeps, la pour- suite des négociations dans les universités et dans les collèges privés, les modifications au règlement des études collégiales, les modifications à l’enseignement professionnel, la restructuration scolaire, les changements technologiques, les modifications au régime de négociation dans le secteur public, les orientations de la CSN vont exiger des positions claires de la Fédération. Nous devons être prêts à soutenir ces positions par une mobilisation de tous les membres. La condition essentielle : retrouver notre unité&amp;lt;ref&amp;gt;« Il faut refaire l’unité », Info-FNEEQ, mai 1983, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une des solutions en gestation pendant les années 1980 est de rem- placer les ateliers sectoriels par des regroupements et modifier les rapports de force.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1983-conseil fédéral juin-grey.png|vignette|Le nouvel exécutif du président Claude Gauthier est divisé et ne tiendra pas longtemps.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La création du comité Femmes et la Fneq devient la FNEEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au conseil de juin 1982, la FNEQ se féminise et devient la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ). Un comité femmes est aussi constitué lors du même conseil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Flavie Achard est élue à l’exécutif à ce moment:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un réseau-femmes a ensuite été mis sur pied et est demeuré très actif un temps. Ce fut une belle invention, mais « on n’a plus besoin de ça » et c’est disparu. Triste.&lt;br /&gt;
On avait aussi développé l’idée de la présence d’une femme, la négociatrice, sur le comité de négo. J’ai joué ce rôle en 1995, avec l’appui du réseau-femmes. Me retrouver à ce poste en tant que femme n’a pas été facile, l’opposition a été rude. Après un premier vote négatif au regroupement, j’ai eu ma nomination à la réunion suivante&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Flavie Achard le 5 juin 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1983-86 FNEEQ comité -grey.png|vignette|Le réseau­ femmes a eu son rôle à jouer dans la féminisation du nom de la fédération.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1982 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation du secteur public de 1982 se déroule dans un contexte difficile. Le référendum perdu, le gouvernement Lévesque se requalifie en « bon gouvernement» pour sa réélection en 1981, sur fond de crise économique. Il trouve un bon bouc émissaire chez les syndicats, les travailleuses et les travailleurs du secteur public en particulier, où tout n’est pas complètement rose par ailleurs. On parle à l’interne&lt;br /&gt;
« d’occasions manquées» pour souligner le refus des membres devant des concessions jugées inacceptables par la majorité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent, les enseignantes et enseignants sont dénigrés, même au sein de leur centrale : ils sont qualifiés de privilégiés, ayant de bons salaires, un emploi garanti, du luxe en ces temps difficiles. Pour plusieurs, il ne faut pas trop s’exposer, faire profil bas et régler la négociation rapidement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette négociation est une catastrophe, une descente aux enfers pour les enseignantes et les enseignants de cégeps comme pour tout le secteur public et parapublic québécois. Dans une situation économique&lt;br /&gt;
favorisant toutes les manipulations, l’État employeur use de ses 95 pouvoirs, impose des conditions de travail à son avantage, réduit les salaires et les services publics. De plus, les employées et employés de l’État sont dénigrés, dévalorisés, leurs organisations qualifiées de corporatistes, d’égoïstes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1982-11-10 Debrayage24Heures 3-v2.png|vignette|Piquetage devant un cégep durant la grève de 24 heures du 10 novembre 1982.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1982-06-11-CommissionParlementaire Lois68-70-72 19820611 2-v3.png|vignette|Réal Lafontaine de la FTQ, les présidents Louis Laberge de la FTQ et Donatien Corriveau de la CSN, le négociateur à la table centrale, Jean­-François Munn, aussi coordonnateur du CCSNP et le président de la CEQ Robert Gaulin lors de la Commission parlementaire sur les lois 68, 70 et 72, le 11 juin 1982.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation même des enseignantes et des enseignants n’est qu’une parodie. Après les décrets, il en résulte une grève de trois semaines vaincue par la loi 111, une des lois anti-travailleurs des plus répressives, qui ne sera défiée que quelques jours. Si des épisodes passés de négociation se présentent comme des succès, celui-ci est un échec cuisant, qui coute cher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Jamais, dans l’histoire du syndicalisme au Québec, nous n’avons été aussi attaqués. Dans le cas des cégeps, c’est la négation de la négociation des deux dernières rondes sur les chapitres les plus importants: tâche, sécurité d’emploi, département&amp;lt;ref&amp;gt;Info-Négo, bulletin no 12, 13 décembre 1982, p. 2&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignantes et les enseignants de 37 cégeps participent à un débrayage de deux heures le 13 octobre. Ce ne sont pas seulement les conditions de travail qui sont menacées, mais le maintien des services publics, la qualité de l’éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 29 novembre, la partie patronale met sur la table son cadre de règlement, refusé puis imposé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À part les quelques articles que nous avons réussi à négocier dans ce simulacre de négociation, le décret contient, à peu de choses près, les « demandes » patronales initiales. Le décret s’appliquera dès le 1&amp;lt;sup&amp;gt;er&amp;lt;/sup&amp;gt; janvier 1983, alors que les coupures de salaires prévues à la loi 70 se feront sentir sur les chèques de paie des mois de mars, avril et, mai[…]&amp;lt;ref&amp;gt;« Les boss et le gouvernement se paient tout un décret ! », Info- Négo, bulletin no 12, 13 décembre 1982, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement Lévesque passe à l’offensive en fin d’année en adoptant une série de décrets qui visent à imposer les conditions de travail. La loi 68 modifie le régime de retraite et fait épargner, selon lui, 700 millions de dollars au gouvernement. La loi 72 restreint l’exercice du droit de grève, la loi 70 impose une réduction salariale et la loi 105, qui contient 109 décrets, vient déterminer l’ensemble des conditions de travail et les salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En février 1983, après trois semaines de grève en réaction aux décrets, la loi 111 s’abat sur les enseignantes et les enseignants, ordonne le retour au travail, sous la menace de perte d’ancienneté et de suspension de droits syndicaux. La majorité des syndicats du secteur cégep décident de poursuivre la lutte et votent le défi à la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Trudelle assiste à l’assemblée générale de son syndicat, qui décide de défier la loi : « Le vote était égal, exactement de 50/50. Dans un tel cas, c’est au président d’assemblée de trancher et il décide : on sort, on défie la loi. Et tout le syndicat est sorti, tous solidaires. Quelle démonstration !&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Trudelle le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Flavie Achard participe au regroupement cégep alors qu’on vient juste de prendre connaissance de l’étendue de la loi 111 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Nous avons affronté la loi 111. Les assemblées locales ont lieu dans la journée aussitôt la loi connue et le regroupement est à minuit. La réunion est longue et l’assemblée vote la résistance à la loi 111 vers 3 h du matin. La réunion se termine à 4h et on se déplace sur la ligne de piquetage, morts de fatigue. Vingt-quatre syndicats sur 40 font la grève la première journée, puis deux autres s’ajoutent. Des profs passent quand même les lignes de piquetage, ils ont peur des conséquences. On défie la loi quelques jours, mais vient le moment où on s’est retrouvés seuls dehors. On a appelé à rentrer. Le PQ nous a proposé un conseil de conciliation. Son rapport atténuait le décret sur certains points. Les syndicats l’ont accepté. Cela a donné treize permanences de plus à Montmorency. La période qui a suivi en a été une de démobilisation. Beaucoup de membres étaient mécontents. Les négociations qui ont suivi (1985-1986) ont été difficiles.&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Flavie Achard le 5 juin 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1983-01-27 FrontCommun1983 Debrayage 01 pb.png|vignette|Les enseignantes et les enseignants du Cégep de Saint­-Hyacinthe dressent une ligne de piquetage devant leur collège lors d’un débrayage le 27 janvier 1983.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu’on se fait décréter des conditions de travail vraiment défavorables, que nos salaires sont réduits, il est facile pour nous, les membres, de penser que les syndicats qui nous défendent ont failli. Le militantisme en prend un coup. C’est là qu’en est la Fédération fin 1983.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1983-01-FrontCommun1983 ManifestationDecret 19830129 1-v2.png|vignette|Grande manifestation du Front commun devant l’Assemblée Nationale le 29 janvier 1983.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette négociation a accentué les divisions dans la Fédération. Au nom de l’autonomie syndicale, certains syndicats refusent de se solidariser avec les politiques fédérales, ce qui provoque une cassure. Le politique a pris le dessus sur le syndical. Les votes de ralliement deviennent difficiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Léonard, secrétaire général de 1979 à 1983, est un témoin privilégié:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Le gouvernement voulait ouvrir la convention, nous avons refusé. Ses difficultés financières étaient telles qu’il disait ne pas pouvoir honorer les hausses salariales prévues pour la dernière année. Une partie de la FNEEQ voulait continuer à revendiquer, l’autre était prête à renoncer. On n’a pas trouvé d’aménagement, le gouvernement a décrété et coupé les salaires de 20 %. Il a récupéré les augmentations de la dernière année en trois mois.&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Léonard, 4 juin 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 1983, la Fédération est dirigée par Rose Pellerin, la première présidente issue du secteur privé. Des quatre personnes élues, deux viennent du public et deux du privé, mais toutes ont participé à l’élaboration des politiques fédérales et les appuient. Dans les pages du journal de la Fédération, la présidente lance un appel, mais fait surtout le constat de la piètre situation syndicale:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Force nous est d’admettre que le gouvernement par ses attaques et ses stratégies lors de la dernière ronde de la soi-disant négociation a fortement déstabilisé le mouvement syndical et que maintenant il ne chôme pas pour exploiter cette lassitude, cet affaiblissement des syndiqué-e-s et des assemblées générales. Pendant que les syndicats autant du privé que du public se questionnent sur la forme de syndicalisme à exercer, le gouvernement agit et nous force à réagir. Comment allons-nous réagir&amp;lt;ref&amp;gt;« Reprendre l’offensive », Info-FNEEQ, vol. 1, no 2, décembre 1983, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière est secrétaire général de cet exécutif:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Je suis arrivé à l’exécutif en 1983, après les lois spéciales 70, 105 et 111 et les grèves illégales. Ces lois spéciales s’appliquent à tous, y compris le privé. La loi 111 fut finalement déclarée inconstitutionnelle en 1999-2000, parce que non traduite en anglais. Des syndicats anglophones de la FNEEQ avaient intenté ce recours, ce qui avait bien embêté la CSN.»&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 29 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry, qui siège à l’exécutif de la Fédération de 1989 à 1993 puis de 1995 à 2004, est alors un tout nouveau membre de la FNEEQ:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Arrivé dans l’enseignement collégial une année après le décret de 1982, je découvre des syndiqué-es très démoralisés, les assemblées générales peu courues, faibles. Les membres sont démobilisés, ont de la difficulté à faire ne serait-ce que de petites actions. Je suis devenu membre de l’exécutif du syndicat du Cégep de Saint-Félicien en 1984 à la faveur de la démission de l’exécutif au complet. Le conseil syndical est alors devenu l’exécutif. J’ai participé à mes premières instances fédérales en 1985-1986. L’atmosphère est tendue, les votes serrés. Beaucoup de syndicats n’avaient même pas d’exécutif.&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On trouve à cette époque d’autres raisons au mécontentement qui mènera plus tard aux désaffiliations. Denis Choinière:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1983-03-13 CSN EtatsGenerauxLoi111 PGE-F50-6.png|vignette|Roger Valois, ouvrier métallurgiste et président du Conseil Central de Sorel, s’adresse aux états généraux de la Confédération sur la loi 111 le 13 mars 1983.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Beaucoup de syndicats n’ont pas senti que la CSN les a défendus correctement face à la loi 111. Ils pensent et disent que si l’organisation n’avait regroupé que des profs, ils auraient été mieux défendus et auraient obtenu de meilleures conditions de travail. Beaucoup de critiques contre le mouvement: pourquoi n’y a-t-il pas eu de grève générale illimitée pour soutenir les profs? Un autre facteur qui explique les désaffiliations de la fin des années 1980&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 29 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L’entreDeux ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La lutte aux décrets est engagée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette rentrée scolaire n’est certainement pas une des plus gaies de notre vie syndicale. Dans les cégeps, il s’agit de la deuxième année de décrets avec une deuxième augmentation de tâche, un salaire de 80 % pour les MED, etc., et les premières applications du Règlement du régime pédagogique au collégial (politiques institutionnelles d’évaluation, refontes de programmes...), etc. ; les universités font face à des coupures de plus en plus dramatiques et les collèges privés doivent se débrouiller avec les effets à la baisse dus à la situation dans le secteur public&amp;lt;ref&amp;gt;« Mot de l’exécutif », Info-FNEEQ, vol.1, no 1, septembre 1984, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement impose une réforme du régime de négociation dans le secteur public (loi 37) en 1985. Il propose dans cette réforme la fin de la négociation de la rémunération, qui serait dorénavant fixée par un mécanisme de comparaison des salaires des secteurs public et privé, réalisé par l’Institut de recherche sur la rémunération, une création gouvernementale. De même, le droit de grève est pratiquement aboli. Il est accordé pour la négociation des salaires la première année, mais les deux années subséquentes seront décrétées. Pourquoi se battre pour des salaires la première année de la convention alors que le gouvernement a le loisir de décréter les conditions de travail pour les deux années suivantes? Il met également en place le Conseil des services essentiels, plus orienté vers le secteur de la santé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''[À la FNEEQ] Des sujets majeurs comme l’organisation du travail, les mouvements de personnel et les droits syndicaux deviendraient l’objet d’une négociation locale. Et comme par hasard, toute matière de négociation locale serait soustraite à l’exercice du droit de grève. Aussi bien le dire clairement, l’avant-projet de loi c’est l’abolition du droit de grève dans le secteur public&amp;lt;ref&amp;gt;Info-FNEEQ, vol. 2, no 6, 24 janvier 1985.&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1986 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dans cette atmosphère polluée qu’arrive la négociation de 1986. Le mandat de l’équipe de négociation est clair : il faut redynamiser les assemblées générales si l’on veut effacer l’affront de 1982 et en arriver à une convention négociée. Mais la négociation ne sera pas facile. Certes, une convention collective est signée, mais selon le bilan de la FNEEQ, il s’en dégage un mécontentement et de la méfiance qui s’accumulent depuis 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré une perspective de règlement à l’automne, les divisions manifestes à la Fédération amènent des mésententes sur les priorités de négociation: les salaires pour les uns, la tâche pour les autres. Les tentatives de rapprochement ont peu de succès. Les débats sont aussi houleux autour de l’accès à l’égalité. Les premiers moyens d’action sont peu suivis chez les enseignantes et les enseignants. Même l’entente concernant l’Annexe A, la négociation locale, pose problème. Malgré une forte majorité, des syndicats refusent la décision du secteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, un sprint de négociation a lieu à l’automne et aboutit à une entente de principe à la fois sur les questions salariales à la table centrale et sur les parties normatives à la table sectorielle. L’atelier sectoriel, les 42, refuse, par un vote très serré, de recommander l’entente aux assemblées générales, lesquelles refusent de s’engager plus loin dans l’action. Le rejet de la proposition des 42 de refuser l’entente de principe par une majorité d’assemblées générales est considéré comme une acceptation de cette entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations se poursuivent sur les textes et la Fédération des cégeps signe enfin la convention collective le 12 juin. Il aura fallu au moins 45 réunions des responsables à la négociation (RLN) et 18 ateliers sectoriels; la ronde de négociation aura duré en tout deux ans et demi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les tentatives de la partie patronale pour faire éclater le cadre unitaire de négociation, l’accord en fin de course est de conserver le même texte pour les clauses normatives et de négocier les questions salariales à la table centrale. Cela fonctionne encore ainsi jusqu’à maintenant. On n’ouvre la négociation sur l’une ou l’autre des clauses normatives qu’à la demande d’une des deux parties.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1985-05 Occupation.1-grey.png|vignette|Des enseignantes et enseignants de cégep, dont Flavie Achard et Jean­-Claude St­onge, lors d’une occupation du ministère de l’éducation en mai 1985.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les universités ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’enseignement universitaire se précarise de plus en plus ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les universités québécoises ont toujours recours massivement au temps partiel. Les universités au Québec embauchent au moins 6000 chargé(e)s de cours par année: ceci signifie qu’une grande partie (près de 50 %) de l’enseignement universitaire est réservée à des « temps partiels ». Par comparaison, le secteur tertiaire au Québec embauche 25 % de « temps partiel » et l’ensemble de l’économie québécoise y recourt dans une proportion de 11 %. À l’université du Québec à Montréal, les chargé(e)s de cours sont syndiqués et en sont à leur troisième négociation; le SCCUQ est pour l’instant le seul syndicat de « temps partiel » dans l’enseignement universitaire à avoir une convention collective négociée. Au cours de la dernière année, plus de 1000 personnes différentes ont signé un contrat comme chargé(e) de cours: la proportion des femmes y atteint 30% et l’âge moyen de l’ensemble, 36 ans&amp;lt;ref&amp;gt;« les universités québécoises ont toujours recours massivement au temps partiel», Info-FNEEQ, mai 1983, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1987, des conflits marquent le renouvèlement des conventions collectives des chargées et chargés de cours des universités, notamment une grève à l’UQAM qui dure sept semaines. Les négociations entre le SCCUQ et l’UQAM se déroulent autour de deux axes majeurs: l’équité salariale avec les professeurs réguliers et l’obtention d’un programme de perfectionnement dans le but de favoriser la recherche et d’améliorer la qualité de l’enseignement des chargées et chargés de cours. Une loi spéciale votée par le gouvernement Bourassa met un terme à la grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une requête en accréditation est déposée pour les chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Chicoutimi, au nombre de 225. Ils signent leur première convention fin 1984. Ils renégocieront en 1988 une entente prévoyant les mêmes conditions de salaire et de perfectionnement qu’à Montréal et Rimouski. En 1986, après sept années de lutte, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal est accrédité. En 1988, les chargées et chargés de cours de l’Université Laval ont gain de cause dans leur négociation après sept mois d’affrontement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans le secteur privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement des établissements privés, dans un mémoire présenté au Conseil supérieur de l’éducation en avril 1984, dénonce le piètre état des conditions de travail dans leur secteur: augmentation continuelle de la tâche, diminutions salariales, menaces constantes de fermeture et de pertes d’emploi. Les enseignantes et les enseignants ont l’impression que les directions s’intéressent plus à leur image pour fins de recrutement d’étudiantes et d’étudiants qu’à la qualité de l’enseignement&amp;lt;ref&amp;gt;« Mémoire sur la condition enseignante des « favorisés» du secteur privé », Info-FNEEQ, vol. 2, no 14, avril 1984.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1987-03--Grève SCCUQ Mars1987-v2.png|vignette|Piquetage de chargées et chargés de cours devant les portes du pavillon Judith­-Jasmin de l’UQAM lors de la grève de 1987.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats du secteur privé rappellent qu’ils ne sont pas quantité négligeable dans le monde de l’éducation au Québec. L’enseignement privé y compte 135 maisons d’enseignement, dont 30 sont syndiquées. Elles forment plus de 90 000 étudiantes et étudiants. Le taux de syndicalisation de leur personnel enseignant est de 29,4 %&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, janvier 1982, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La quasi-vingtaine de syndicats membres de la FNEEQ demande à être incluse dans les négociations des secteurs public et parapublic, mais sa demande est de nouveau refusée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les Désaffiliations ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premiers mois de 1988 voient 13 syndicats de cégep quitter la Fédération et se désaffilier de la CSN : André-Laurendeau, Campus Héritage, Dawson, Enseignement maritime, Gaspésie, Jonquière, Lionel-Groulx, Rimouski, Rivière-du-Loup, Rosemont, Sorel-Tracy, Valleyfield et Vanier. Le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ) est aussi en démarche de quitter la Fédération, ce qu’il fera quelque temps plus tard. Un syndicat du privé est également parti.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le recours aux lois spéciales ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait difficile de parler de l’histoire de la FNEEQ, dont le mandat est de négocier des conventions collectives pour ses membres, sans aborder la question des lois spéciales décrétant les conditions de travail, imposant des pénalités, interdisant la grève ou forçant le retour au travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lois spéciales font leur apparition dans l’arsenal juridique du gouvernement dès la syndicalisation en masse de ses employées et employés au milieu des années 1960. Comme si les législateurs n’avaient pas compris que les syndicats allaient utiliser le droit de grève qu’on leur avait accordé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Québec est, pour ainsi dire, à l’avant-garde sur cette question. Entre octobre 1967 et novembre 1972, les sept lois spéciales concernant des conflits de travail au Canada sont toutes édictées au Québec:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''À l’exception de celle de 1969, qui met un terme à la grève illégale des policiers et des pompiers de Montréal, ces lois québécoises visent toutes à mettre fin à des grèves légales, c’est-à-dire déclenchées en conformité avec les dispositions du Code du travail. Ces lois susciteront la colère du mouvement syndical et contribueront fortement à sa radicalisation dans les années 1970&amp;lt;ref&amp;gt;Martin Petitclerc et Martin Robert, Grève et paix, une histoire des lois spéciales au Québec, lux éditeur, 2018, p. 49&amp;lt;/ref&amp;gt;.''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPEQ est le premier syndicat à gouter à la médecine législative dès 1966. Douze de ses membres et leur conseiller syndical sont condamnés à 20 jours de prison pour non-respect de l’injonction de retour au travail. Sur sa lancée, le gouvernement décrète les conditions salariales pour les enseignantes et enseignants du primaire et du secondaire. La CIC, qui deviendra bientôt la CEQ, déclenche une grève en novembre 1966. Cette grève ne connait pas le succès espéré et le gouvernement impose un règlement avec la loi 25.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nouvelle loi spéciale, adoptée quelques mois plus tard pour mettre fin à une grève d’un mois des 6300 personnes employées de la Commission de transport de Montréal, comporte la particularité d’imposer pour la première fois des dispositions pénales allant bien au-delà de celles prévues au Code du travail: amendes quotidiennes pour les grévistes, les élus et leur syndicat ne respectant pas la loi, peines d’emprisonnement et révocation de l’accréditation syndicale pour une année si plus de 30 % des membres ne se conforment pas à la loi, mettant ainsi fin aux conventions collectives en vigueur&amp;lt;ref&amp;gt;Id., p. 54.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De 1965 à 1975, les lois spéciales adoptées visent essentiellement à décréter les conditions de travail, à suspendre le droit de grève des salariées et des salariés et à imposer de lourdes amendes à ceux qui refuseraient de s’y conformer&amp;lt;ref&amp;gt;Comité de stratégie de la FNEEQ, « Historique des lois spéciales», annexe au document « organisation de la résistance à une éventuelle loi spéciale, Négociation 2015 », 26 octobre 2015, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis, en 1976, deux lois successives, la loi 61 (''Loi concernant les services de santé dans certains établissements'') et la loi 23 (''Loi concernant le maintien des services dans le domaine de l’éducation''), deviennent plus répressives et font école avec une présomption de culpabilité pour les grévistes, la possibilité de mettre fin temporairement au précompte syndical et le bannissement d’une fonction syndicale pour deux ans des militants syndicaux qui ont contrevenu à la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début des années 1980, le Parti québécois, qui se dit favorable aux travailleuses et travailleurs, adopte l’une des pires lois spéciales de l’histoire du Québec, la loi 111.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir adopté par décret à la fin de l’automne 1982 les conditions de travail des employées et des employés des secteurs public et parapublic, le gouvernement de René Lévesque, sentant l’imminence d’une grève générale, martèle en janvier 1983 l’importance de préserver les services à la population. Au même moment, il tente de convaincre le Front commun syndical d’accepter les nouvelles conditions de travail décrétées en y apportant des modifications.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après le rejet par les membres de cette dernière offre, le gouvernement change de stratégie lors du déclenchement d’une grève rotative du 26 au 31 janvier 1983. La rencontre du Conseil des ministres du 26 janvier est décisive. Selon le compte-rendu de la rencontre, les ministres trouvent que les « revendications syndicales sont exagérées » et que les « syndicats sont dirigés par des fanatiques ». Jacques Parizeau, alors ministre de l’Économie, affirme même:&lt;br /&gt;
« Cette grève constitue un précédent au Québec en ce qu’elle est à la fois générale, illimitée et illégale. Une loi spéciale de retour au travail ne doit pas rater son effet. En cas d’échec, il ne restera pas de solution de rechange autre qu’une élection générale. La loi doit donc être assez sévère&amp;lt;ref&amp;gt;Extraits du compte rendu du conseil des ministres du 26 janvier 1983, cité par Martin Robert lors d’une conférence organisée par le collectif printemps 2015, le 2 décembre 2014.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Sévère, c’est précisément ce qu’est la loi 111 qui est annoncée par la suite&amp;lt;ref&amp;gt;Comité de stratégie de la FNEEQ, op. cit., 26 octobre 2015, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
Les pénalités sont de taille. Cette loi reprend les pénalités des lois antérieures en y ajoutant des menaces aux individus : perte de trois ans d’ancienneté par jour de grève illégale, autorisation de modifier par décret les règles de congédiement, des amendes sévères et la suspension des protections accordées par la charte des droits et libertés des personnes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour compléter le propos, nous reprenons ici une recension des lois spéciales dans les secteurs public et parapublic tels qu’établis par la FNEEQ en 2015&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid., p. 4.Ibid., p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 25 (1967) –''' Loi assurant le droit de l’enfant à l’éducation et instituant un nouveau régime de convention collective dans le secteur scolaire&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''': Grève variant de 6 à 26 jours selon les établisse­ments scolaires.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''': Suspension du droit de grève. Centralisation des négociations futures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 19 (1972) –''' Loi assurant la reprise des services dans le secteur public&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''': Grève en front commun de 11 jours pour environ 210000 salariés. Certains grévistes (hôpitaux et Hydro-Québec) défient une injonction ordonnant le retour au travail. Cette grève mène à l’emprisonnement des présidents de la CSN, de la FTQ et de la CEQ.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularité''': Suspension du droit de grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 61 (1976) –''' Loi concernant les services de santé dans certains établissements&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''': Grève tournante des infirmières et des infirmiers d’une durée de 37 jours dans plus d’une trentaine d’hôpitaux. Certains grévistes défient une injonction leur ordonnant d’assurer certains services essentiels.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''': Présomption de culpabilité pour les salarié­es qui ne retournent pas au travail. Permet la cessation du précompte  syndical.  Les  représentantes  et  les  représentants syndicaux qui ne respectent pas la loi peuvent se voir interdire l’accès à une fonction syndicale pour une durée de deux ans. Finalement, le paiement rétroactif des salaires peut être diminué de 10 % par jour d’absence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 23 (1976) –''' Loi concernant le maintien des services dans le domaine de l’éducation et abrogeant une disposition législative&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''' : Grève tournante de huit jours dans les collèges et les commissions scolaires. Certains syndicats défient la loi pendant deux jours, ce qui mène à des poursuites totalisant 50 millions de dollars.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''': Suspension du droit de grève. Présomption de culpabilité pour les salarié­es qui ne retournent pas au travail. Permet la cessation du précompte syndical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 62 (1979) –''' Loi sur les propositions aux salariés des secteurs de l’éducation, des affaires sociales et de la fonction publique&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''' : Grève d’une journée déclenchée par certains syndicats du front commun. Certains défient la loi pour un maxi­mum de deux jours.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''' : Suspension du droit de grève. les syndicats ont l’obligation de présenter les propositions gouvernementales à leurs membres et de procéder à un vote secret.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 113 (1980) –''' Loi sur certains différends entre des enseignants et des commissions scolaires&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''' : Entre 34 et 55 jours de grève au sein de huit com­ missions scolaires.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''' : Suspension du droit de grève. possibilité de mettre fin au précompte syndical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 111 (1983) –''' Loi assurant la reprise des services dans les collèges et les écoles du secteur public&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''' : Un an avant l’échéance des conventions collectives, le gouvernement fixe par décret les conventions collectives par les lois 68, 70 et 105. Grève illégale de 23 jours dans les secteurs primaire et secondaire et de 24 jours dans le réseau collégial. La quasi­totalité des syndicats défie la loi pendant deux jours.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''' : Perte de trois ans d’ancienneté par jour de grève. Possibilité de congédier les enseignantes et les enseignants qui refusent de retourner au travail. Double pénalité salariale pour chaque jour de grève. Interdiction de manifester sur les lieux de travail. Cessation du précompte syndical pour une période de 6 mois pour chaque jour d’infraction. Présomption de culpabilité. Suspension de la charte des droits et libertés. La loi 111 est dénoncée par l’organisation internationale du travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 160 (1986) –''' Loi assurant le maintien des services essentiels dans le secteur de la santé et des services sociaux contexte : Deux jours de grève illégale dans les établissements de la santé et des services sociaux.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''' : Pour assurer le maintien des services essentiels, la loi rend possible la modification par décret des conditions d’embauche et des dispositions relatives à l’organisation du travail. Possibilité de mettre fin au précompte syndical. Perte d’un an d’ancienneté pour chaque jour de grève illégale. Responsabilité civile des syndicats dans le cas où des préjudices seraient causés par le non-respect de la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 72 (1999) –''' Loi concernant la prestation des services de soins infirmiers et des services pharmaceutiques&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''' : Grève illégale de 23 jours de la fédération des infir­mières et des infirmiers du Québec (FIIQ). Certains syndicats continuent la grève jusqu’à 16 jours après l’adoption de la loi. &amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''' : Obligation pour la FIIQ de recommander la fin de la grève à ses membres. Pénalité équivalente à un jour de salaire pour les représentantes et les représentants syndicaux libérés si leur accréditation transgresse la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 43 (2005) –''' Loi concernant les conditions de travail dans le secteur public&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''' : Grève légale d’une journée et demie au prin­temps 2005 et quatre jours de grève rotative (CSN et FTQ) à l’automne 2005.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''' : Suspension du droit de grève. Double pénalité pour chaque jour de grève. Suspension du précompte syndical. Coupe des libérations syndicales pendant 12 semaines pour chaque jour de grève.&lt;br /&gt;
Le Bureau international du travail (2007) et la commission des relations du travail du Québec (2012) ont dénoncé le caractère excessif de la loi 43.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Loi 12 (2012) –''' Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau post­ secondaire&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Contexte''' : Grève de près de quatre mois des étudiantes et des étudiants des réseaux collégial et universitaire.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''Particularités''' : Suspension des sessions scolaires jusqu’au mois d’aout 2012. Pour assurer la reprise des cours, la loi prévoit plusieurs dispositions et des amendes en cas de déso­béissance. De plus, la loi encadre toutes les manifestations de plus de 50 personnes. Possibilité pour les établissements d’enseignement de retenir les cotisations prélevées par les associations étudiantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Des structures en constante évolution ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au fil de son histoire, la FNEEQ a su adapter sa structure organisationnelle aux défis rencontrés. L’évolution de ses structures d’une période à l’autre jusqu’à la dualité des regroupements et du conseil fédéral constitue une solution équilibrée et intéressante qui permet à la fois de nourrir le pôle de la négociation de convention collective et celui de l’orientation politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1969 -1972 : Les secteurs dominent ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1969, les trois constituantes de la FNEQ, le Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), le Syndicat professionnel des enseignants (SPE) et les syndicats des enseignants de cégep, se sont donné un rôle central au sein de la Fédération. L’article 6 de sa constitution prévoit d’ailleurs que celles-ci « ont pleine autonomie quant à leur constitution et règlement&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal de l’assemblée de fondation d’une fédération des enseignants à la CSN, 19-20- 21 septembre 1969.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Si le Congrès annuel est l’autorité suprême de la Fédération, sa composition est basée sur les secteurs. Il s’agit de la même chose pour le bureau fédéral, aussi contrôlé par les secteurs, auxquels on ajoute les membres du conseil exécutif : présidence, trésorerie et secrétariat général et trois vice-présidences, lesquelles se trouvent à être les présidences de secteur. Chaque secteur est doté de sa propre structure: syndicats locaux, congrès, exécutif, etc. D’une certaine façon, la FNEQ prend plus la forme d’une confédération que d’une fédération. La vie syndicale est dynamique, « mais plutôt étanche en secteur&amp;lt;ref&amp;gt;« Panorama historique », FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995.&amp;lt;/ref&amp;gt;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès juin 1971, le Congrès met sur pied un comité de réflexion sur les structures de la FNEQ afin, notamment, de donner « un plus grand pouvoir à la base.&amp;lt;ref&amp;gt;« Une longue marche », Nouveau pouvoir, vol. 3, no 1, 7 février 1972.&amp;lt;/ref&amp;gt; » Pour plusieurs militantes et militants, les structures en place « ne prévoient pas et ne permettent pas la possibilité de contrôle des syndicats sur l’exécutif et le Bureau fédéral en cours d’année&amp;lt;ref&amp;gt;conseil fédéral, « la FNEQ: rappel historique », 23 au 28 février 1979. [rapport du bureau fédéral] cité dans comité des statuts, règlements et structures FNEEQ, « un peu d’histoire », 14 au 17 avril 1988. [rapport présenté au conseil  fédéral].&amp;lt;/ref&amp;gt;. » De plus, le bricolage que constitue la FNEQ à sa naissance ne vient pas à bout des rivalités entre les secteurs, juge le comité: « la Fédération est née d’un difficile racolage d’autonomies qui, souvent encore, continuent de jalouser cette pouliche difficile à dompter&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid&amp;lt;/ref&amp;gt;!» On peut également ajouter que l’affiliation de syndicats de professeures et professeurs d’université à cette structure contribue à la nécessité de la faire évoluer. Le comité juge que l’on doit présenter une fédération qui est plus qu’un regroupement de services (ou d’assurances) et se méfie qu’elle puisse pratiquer un syndicalisme d’affaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1972-1988 : une Fédération Centralisée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les secteurs sont abolis au Congrès de février 1972. Le conseil fédéral devient l’autorité suprême de la Fédération et doit se réunir au moins trois fois par année. La représentation provient de chaque syndicat ou accréditation syndicale selon le nombre de cotisants. Dans un rapport de 1979, un comité vante les mérites du conseil fédéral ainsi créé :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseil fédéral, structure éprouvée et rodée à la FNEQ, est un lieu où la démocratie doit pouvoir s’exercer de la façon la plus large possible. Cette démocratie se fonde sur les assemblées générales qui lui fournissent la seule base qui vaille. […] Il faut que les syndicats locaux voient le conseil fédéral comme leur instrument et s’y préparent en s’assurant d’avoir fait les débats aux instances locales&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bureau fédéral est maintenu et sa composition est déterminée périodiquement par le conseil fédéral. La constitution de 1972 prévoit toutefois que « les différentes catégories d’enseignement et les différentes régions […] sont représentées au Bureau fédéral&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, congrès FNEEQ, 17-18-19- 20 février 1972.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Le bureau fédéral est dit à représentation indirecte, n’offrant pas la chance à tous les syndicats de siéger à cette instance. Il est aussi présenté comme un exécutif élargi. Une proposition visant à permettre la représentation directe de chaque syndicat est défaite à l’automne 1981.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’exécutif prend maintenant la forme d’un comité composé d’une présidence, du secrétariat général et d’une vice-présidence à l’information et à l’éducation. La proposition de 1972 est toutefois incomplète, comme en témoigne le rapport d’un comité de la constitution en novembre 1976 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Elle ne prévoit pas de définition de la fonction collective du comité exécutif;&lt;br /&gt;
— Elle laisse se recouvrir fortement les fonctions et les responsabilités du président et celles du secrétaire général;&lt;br /&gt;
— Elle laisse subsister inutilement de nombreuses ambiguïtés sur les responsabilités spécifiques de chacun&amp;lt;ref&amp;gt;Conseil fédéral des 26 au 28 novembre 1976. [rapport du comité de la constitution de la FNEQ].&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la suite du rapport de ce comité, le conseil fédéral d’avril 1977 corrige la constitution en ajoutant des responsabilités collectives au comité exécutif et en départageant plus clairement les responsabilités de chacun de ses membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’autonomie des sections locales ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les militantes et les militants estiment, dans la réforme de 1972, que les syndicats pourront y trouver un contrôle direct sur les décisions. Cela entrainera par ailleurs « l’acquisition d’une accréditation locale des syndicats constituants&amp;lt;ref&amp;gt;la FNEQ : rappel historique », op. cit., note 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;», notamment les sections locales des établissements d’enseignement privé regroupées dans le SPE. Cette transformation ne plait pas au SPEQ qui, en plus de critiquer l’issue du front commun de 1972, décide de se désaffilier de la FNEQ en juin 1972&amp;lt;ref&amp;gt;Rappelons qu’à la même époque le SFPQ quitte la CSN comme plusieurs syndicats du privé qui formeront la CSD.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au même moment, certains syndicats du secteur privé quittent aussi la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’il est exact que l’organisation ainsi définie met les syndicats au centre du processus décisionnel, elle a néanmoins pour effet de centraliser les négociations dans les instances fédérales : le bureau assume le contrôle direct de la négociation et le conseil traite des enjeux de négociation. Notons par ailleurs que des instances de concertation, entre autres pour les cégeps, sont mises en place (notamment les responsables locaux à la négociation (RLN), connus comme les 39-4041, selon le nombre de syndicats&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal de la réunion des 14, 18 et 19 décembre 1984. Notez que le chiffre évolue en fonction du nombre de syndicats des cégeps.&amp;lt;/ref&amp;gt;). Il y a là une volonté claire des militantes et des militants de grouper toutes les négociations pour tous les syndicats de la Fédération&amp;lt;ref&amp;gt;« Panorama historique », op. cit., note 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il appert toutefois qu’au cours des années 1980 le modèle de la Fédération centralisée connait des limites. D’abord, la place prépondérante des cégeps dans l’organisation tend à négliger les autres secteurs. Afin d’y pallier, une deuxième vice-présidence est ajoutée lors du conseil fédéral de juin 1981, une proposition rejetée une première fois en 1976. Cette démarche est le fruit des syndicats des établissements d’enseignement privé, lesquels « considéraient que la vie de la Fédération était trop orientée en fonction des cégeps&amp;lt;ref&amp;gt;« Quelques éléments de 1979 à nos jours… » cité dans comité des statuts, règlements et structures FNEEQ , « un peu d’histoire », op. cit., note 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » De plus, l’arrivée massive des syndicats de chargées et chargés de cours motive également la reconnaissance des réalités multiples de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi on voit la naissance durant cette décennie des « ateliers » propres aux cégeps, au privé et aux universités à l’intérieur des sessions du conseil fédéral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1984, la Fédération adopte des nouvelles règles pour le fonds de négociation, en y permettant l’accès à tous ses secteurs. Le conseil fédéral vote également périodiquement des libérations de militantes et de militants de chaque secteur, en soutien à la négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1985, le conseil fédéral créé un comité de coordination des chargées et chargés de cours des universités. Selon Denis Choinière, « la séparation entre les questions de négociation et celles d’orientation politique est alors apparue clairement&amp;lt;ref&amp;gt;« Denis Choinière », FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995, p. 29.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Le ton était donné pour une révision supplémentaire de la constitution de la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’apparition des regroupements ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est dans ce contexte que le conseil fédéral de juin 1987 demande au bureau fédéral de former un comité des statuts, règlements et structures en vue de faire des recommandations aux assemblées générales pour un retour au conseil fédéral de juin 1988. Le comité doit comprendre au moins une personne par groupe (privé, université, cégep)&amp;lt;ref&amp;gt;« Rapport d’étape du comité sur les statuts, les règlements et les structures », conseil fédéral du 25 au 27 novembre 1987.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un rapport d’étape au conseil fédéral en novembre 1987, un projet de refonte majeure est présenté à la même instance en avril 1988 et adopté l’automne suivant après consultation des syndicats. Selon ce comité : « l’histoire de la fédération nous démontre que la FNEEQ est passée d’une extrême [sic] à l’autre en 1972 […] À trop vouloir abolir cette sectorialisation néfaste, nous sommes passés à l’autre extrême. À un point tel que les syndicats autres que ceux des cegeps ont été presque totalement ignorés. […] Il s’agit donc de trouver la juste médiane entre les deux extrêmes énoncées [sic] plus haut 16. » Le principal changement apporté par cette réforme est la constitution des regroupements et la renaissance du Congrès fédéral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1988 à aujourd’hui: La force du regroupement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseil fédéral de décembre 1988 adopte une réforme en profondeur des statuts et règlements de la FNEEQ et crée les regroupements, avec mandat « de favoriser la vie syndicale, la discussion et la solution de problèmes communs, la négociation et l’application de conventions collectives.&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 1er au 4 décembre 1988.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Congrès fédéral de juin 1989 suit avec les critères qui déterminent la constitution de ces regroupements : la similitude des conditions de travail et des conventions collectives, la similitude des négociations et des problèmes d’application de convention ainsi que le type d’établissement selon les regroupements existants à la FNEEQ&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, congrès FNEEQ, juin 1989, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi entrent en scène les trois regroupements de la FNEEQ: les enseignantes et enseignants des cégeps, celles et ceux d’établissements d’enseignement privé et des universités. Les nouveaux statuts et règlements donnent l’autonomie nécessaire aux regroupements pour adopter des règles de fonctionnement qui leur sont propres. Dès le Congrès de 1989, le regroupement cégep adopte ses premières règles de fonctionnement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bureau fédéral est donc dépouillé de son rôle dans les négociations. Pour Denis Choinière, il s’agit d’un compromis historique: « Après un fonctionnement expérimental de quelques années, on a formalisé la réalité des regroupements dans de nouveaux statuts, mais en évitant de revenir à la situation d’avant 1972 où les secteurs avaient pleine autonomie. Il s’agit d’une situation mitoyenne: l’autonomie pour les négociations est acquise pour les regroupements, mais le budget reste fédéral et les orientations politiques aussi&amp;lt;ref&amp;gt;« Denis Choinière », op. cit., note 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Il ajoute : « Le rôle des élus à l’exécutif et au bureau fédéral est de voir avant tout à l’administration et à la direction politique de la fédération. Ils ne détiennent pas leur mandat de leur regroupement de provenance, mais des instances fédérales. Ainsi, on tient compte de deux réalités, celle des regroupements pour la négociation et celle de la Fédération pour la représentation publique et politique&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Congrès ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réforme réintroduit le Congrès comme instance suprême de la Fédération. Composé des délégations des syndicats et des membres du bureau fédéral, il se tient aux deux ans. La proportion de personnes déléguées au Congrès est proche de celle de l’ancien conseil fédéral.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Congrès concentre le pouvoir de définir les orientations politiques, d’élire les membres du comité exécutif, du bureau fédéral et des comités&amp;lt;ref&amp;gt;les statuts et règlements de 1988 prévoient toutefois que les membres du comité femmes sont désignées par une « session femmes ».&amp;lt;/ref&amp;gt;, de modifier les statuts et règlements et d’adopter le budget fédéral. Les motivations de ce changement sont moins documentées que celles relatives à la création des regroupements sinon un certain constat de la proximité avec la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;« rapport d’étape du comité sur les statuts, les règlements et les structures», op.cit., note 15, p. 106.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseil fédéral est maintenu, lequel doit se réunir au moins deux fois par année. Sa composition est plus restreinte que son prédécesseur, mais il conserve un large éventail de pouvoirs, pouvant combler une vacance au comité exécutif ou modifier le budget (par une majorité qualifiée des deux tiers des voix). Il ne peut cependant modifier les statuts et règlements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le bureau fédéral est maintenu. La représentation y est toujours indirecte. Ses membres sont élus par le Congrès, mais désignés par les regroupements, chaque regroupement y ayant un nombre de chaises correspondant au nombre de membres de chacun. Le regroupement cégep y maintient une représentation régionale&amp;lt;ref&amp;gt;regroupement cégep, procès-verbal, congrès FNEEQ, juin 1989, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Si les membres du bureau sont désignés par leur regroupement, ils doivent représenter leur regroupement, voir aux intérêts généraux de la Fédération et être sensibles aux réalités des autres regroupements&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, 21e congrès FNEEQ, juin 1991, annexe 4 « Amendements aux Statuts et règlements », p. 36 et 37.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité exécutif est composé de la présidence, du secrétariat général et de deux vice-présidences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les statuts et règlements de 2019 sont sensiblement les mêmes que ceux de 1988. Quelques modifications ont été apportées au fil des congrès. Parmi les plus importantes, il y a la modification de la fréquence des réunions du Congrès, portée à trois ans lors du Congrès de 1997&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette modification est effectuée pour établir une concordance avec ceux de la CSN, adoptés au milieu de l’année 1995&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, op. cit., note 24. [rapport sur les travaux amendements aux statuts et règlements].&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une modification importante est apportée lors du Congrès de 2006 : l’inscription dans les statuts et règlements de la fonction de personne déléguée à la coordination des regroupements et la création du comité de coordination (composé du comité exécutif et des personnes déléguées à la coordination). La nouvelle coordination doit porter les préoccupations de son regroupement auprès de toutes les instances de la Fédération; seconder le membre du comité exécutif responsable de son regroupement et représenter le regroupement dans l’organisation de différentes activités de la Fédération&amp;lt;ref&amp;gt;27e congrès FNEEQ, juin 2006, p. 16. [rapport du comité des statuts et règlements].&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut néanmoins noter que la fonction de personne déléguée à la coordination existe depuis la fin des années 1980&amp;lt;ref&amp;gt;« les chargé-es de cours des universités: plus concerté-es que jamais», FNEEQ actualité, vol. 2, no 1, novembre 1988, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt; sans avoir été codifiée dans les statuts. La croissance de la Fédération impose une lourde charge aux membres du comité exécutif ayant la responsabilité des regroupements. C’est ainsi que le regroupement cégep décide en décembre 1993 de créer cette fonction&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, réunion élargie du regroupement cégep, 4 décembre 1993,&lt;br /&gt;
p. 1-2.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Claude Racine, alors membre du comité consultatif sur la tâche, devient le premier délégué à la coordination du regroupement cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du Congrès de 2012, une autre modification est apportée aux statuts et règlements en créant une troisième vice-présidence. Chacune des vice-présidences se voit alors confirmer la responsabilité d’un regroupement et doit être issue de « son» regroupement. Cette dernière transformation vient compléter le processus amorcé en 1988 en montrant le rôle central des regroupements comme illustration de l’identité professionnelle immédiate. Cependant, l’attachement de la Fédération à un syndicalisme industriel reste manifeste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Congrès de 2012, enfin, formalise l’existence des comités fédéraux. Plusieurs comités existaient depuis longtemps, tel le comité école et société depuis près de 30 ans, mais leur constitution relevait uniquement du Congrès. Il existe maintenant neuf comités fédéraux à la FNEEQ qui couvrent des enjeux variés, de la santé et de la sécurité au travail à la diversité sexuelle en passant par les assurances et l’environnement. Cela démontre aussi l’attachement de la Fédération aux enjeux de société qui dépassent les enjeux immédiats des relations de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Femmes enseignantes, toujours en lutte ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une reconnaissance tardive ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Québec est la dernière province canadienne à adopter une loi rendant l’école obligatoire en mai 1943. Alors que l’école québécoise est encore sous l’emprise du clergé, on y compte bon nombre de femmes enseignantes, laïques ou religieuses, mais elles sont presque toutes confinées à l’enseignement primaire. À cette époque, la « vocation » pour l’enseignement ne mène pas les institutrices à une carrière bien enviable : conditions d’emploi médiocres, travail peu ou mal rémunéré, précarité, le tout sous domination masculine et religieuse. Du reste, jusque dans les années 1960, être femme entraine des sacrifices supplémentaires, puisque les maîtresses d’école doivent renoncer à leur carrière dès qu’elles se marient. Leur place étant, bien entendu, au foyer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 50 ans, la situation a considérablement évolué. Tout d’abord, la Révolution tranquille a ouvert les portes des classes de l’enseignement supérieur aux filles. À titre d’exemple, dans le milieu collégial, on observe que le nombre d’étudiantes est en constante progression : alors qu’elles comptent pour 20 % des effectifs en 1967, elles passent à 49 % à peine dix ans plus tard et représentent aujourd’hui plus de 58 % de la population étudiante&amp;lt;ref&amp;gt;Lucie Héon, Denis Savard et Thérèse Hamel (dir.), Les cégeps: une grande aventure collective québécoise, Québec, pul, 2008, p.100; Données du Spoc, année 2015-2016.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La proportion des enseignantes a suivi cette tendance, mais beaucoup moins rapidement. Jusqu’au milieu des années 1980, les femmes ne constituaient que le tiers du personnel enseignant des cégeps, alors qu’elles représentent aujourd’hui plus de 55 % du corps professoral&amp;lt;ref&amp;gt;Données du Spoc, année 2015-2016. un avis du conseil supérieur de l’éducation, daté de juin 1984, brosse un portrait de l’embauche des femmes en enseignement pour l’année 1981-82 : elles constituaient 99,2 % des effectifs  d’enseignants au préscolaire, 88,7 % au primaire, 40,8 % au secondaire, 35,1 % au collégial et 16,1 % à l’université. conseil supérieur de l’éducation, La situation des femmes dans le système d’enseignement: une double perspective, juin 1984, p.13.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les documents d’archives de la FNEQ, les procès-verbaux des instances restent longtemps muets sur les questions des femmes dans l’enseignement. Il faut attendre le conseil fédéral de novembre 1977 pour voir apparaitre, pour la première fois, l’adoption d’une recommandation de mettre sur pied un comité de condition féminine, à l’instar de celui de la CSN, qui a été créé en 1974 pour « lutter activement contre les diverses formes d’oppression, les discriminations et les inégalités vécues par les femmes que ce soit au travail, dans la vie militante ou dans la société&amp;lt;ref&amp;gt;https://www.csn. qc.ca/plan-de-travail-condition-feminine-2014-2017/.&amp;lt;/ref&amp;gt; ». Dans les faits, ce comité est quasi inactif durant cinq ans. C’est la récession économique du début des années 1980 qui ranime le projet, car la chute du marché de l’emploi et la flambée du taux de chômage menacent directement les femmes qui « vivent doublement la crise&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 17-18-19-20 juin 1982, Annexe iV, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt; » en raison de leur statut précaire (elles sont les premières mises à pied) et des pressions exercées pour qu’elles retournent au foyer (on les traite de « voleuses de job»).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du conseil fédéral de juin 1982, un comité provisoire formé six mois plus tôt présente une « Étude sommaire de la situation des femmes à la FNEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid.&amp;lt;/ref&amp;gt; » qui expose les conditions de travail inégalitaires des enseignantes à travers l’analyse des conventions collectives de tous les secteurs de la Fédération. Cette étude cible, par ailleurs, quatre revendications nationales majeures : l’implantation d’un réseau public de garderies, un programme d’actions positives dans les entreprises comprenant des mesures d’égalité, l’amélioration des droits parentaux et l’instauration de mesures pour contrer le harcèlement sexuel. En conséquence, les personnes déléguées au conseil fédéral adoptent la recommandation de créer un comité de condition féminine permanent composé de huit représentantes et doté d’un budget récurrent pour des libérations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité de condition féminine est donc le second comité officiel de la Fédération, après la mise en place du comité école et société au conseil fédéral de juin 1975 (comité action-école-société). Dans la foulée de cette prise de conscience collective, la Fédération change aussi de nom: la Fédération nationale des enseignants québécois (FNEQ) devient la Fédération nationale des enseignants et des enseignantes du Québec (FNEEQ) en juin 1982. Un an plus tard, après le conseil fédéral de juin 1983, elle conserve le même acronyme, mais s’appelle désormais la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La force du réseau ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« S’trouver une job c’est ben dur, pis se marier c’est pas sûr&amp;lt;ref&amp;gt;FNEEQ Actualité, vol. 1, no 1, octobre 1987, p. 6. c’est le titre d’un manifeste du comité de condition féminine publié en 1985 dans le cadre de la négociation des cégeps.&amp;lt;/ref&amp;gt; », pouvait-on lire dans un article du comité de condition féminine dans la publication FNEEQ Actualité en 1987. Le meilleur chemin pour assurer son avenir passe, à la Fédération comme ailleurs, par la militance et par la solidarité. Pendant les années 1980, des comités syndicaux de condition féminine locaux et nationaux naissent et se développent un peu partout au Québec. Un avis du Conseil supérieur de l’éducation, en juin 1984, permet d’en rappeler les objectifs communs: la création de ces comités semble vitale, puisque « la lutte des femmes à l’intérieur des syndicats est ghettoïsée, les hommes ne leur permettant d’aborder que les points classiques des congés de maternité et des garderies […] si les femmes veulent déborder sur d’autres questions (par exemple, les horaires, la santé et la sécurité au travail), on ne l’accepte pas. » Si l’amélioration concrète des conditions de travail des enseignantes est l’objectif à atteindre, le moyen privilégié pour y arriver repose d’abord sur le réseautage afin de « briser [l’] isolement, développer de plus en plus des liens entre les femmes de la Fédération d’abord et être les plus nombreuses possibles à défendre les dossiers de la condition des femmes&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 9 et 10 décembre 1982, annexe 2, p.1.&amp;lt;/ref&amp;gt;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pleinement conscientes de leur statut minoritaire à l’intérieur de la Fédération, les femmes ont construit un réseau de répondantes dans chaque syndicat qui se réunissent deux fois par année en « sessions », lors desquelles les femmes ciblent les enjeux qui les préoccupent et proposent des solutions. Les positions prises par les militantes sont ensuite défendues dans toutes les instances de la Fédération, incluant le comité de négociation des cégeps, où l’un des postes est alors réservé à une négociatrice qui est nommée par une session femmes. Les dossiers avancent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’au début des années 2000, les actions des femmes de la FNEEQ ciblent trois sujets : l’accès à l’égalité, le harcèlement sexuel et la pédagogie féministe. Le texte suivant, tiré de FNEEQ-Actualité&amp;lt;ref&amp;gt;Rose Pellerin, « Quand les femmes s’organisent… », FNEEQ Actualité, vol. 3, no 3, mars 1990, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;, en résume les objectifs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Devant nous, l'an 2000 - Les actions prioritaires du comité ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Accès à l'égalité'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le collégial, obtenir un programme national d’accès à l’égalité conventionné et complété localement afin de répondre à la réalité du milieu. Il est urgent que les femmes soient présentes à tous les niveaux d’enseignement. Pour le secteur universitaire et privé, chaque établissement doit mettre sur pied son propre programme d’accès à l’égalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Harcèlement sexuel'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’implantation d’une politique contre le harcèlement sexuel partout. Si le milieu est exempt de harcèlement, les conditions de travail s’améliorent. Travailler en paix, étudier en paix, vivre en paix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''Pédagogie féministe'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Programme d’accès à l’égalité pour les étudiantes qui inclut:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	la valorisation des ghettos féminins (entre autres, par l’équité salariale);&lt;br /&gt;
—	la présence de modèles des deux sexes pour les étudiantes et les étudiants (entre autres, par l’accès à l’égalité);&lt;br /&gt;
—	recherche de méthodes pédagogiques qui respectent nos objectifs féministes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant des années 2000, on peut constater que les gains réalisés par les femmes de la FNEEQ sont tangibles. Les syndicats ont été à l’avant-garde de la question de l’accès à l’égalité en emploi : dès 1983, la convention collective des enseignantes et des enseignants des cégeps prévoit un comité national qui se penche sur l’implantation d’un programme d’accès à l’égalité en emploi, alors qu’il faut attendre 2001 avant que cette pratique ne soit instituée par le gouvernement du Québec. Quant au harcèlement sexuel, dès le printemps 1987, le conseil fédéral adopte une politique type qu’il recommande aux assemblées générales locales d’adopter. La FNEEQ est la première fédération à entreprendre une telle démarche à la CSN. Pour sa part, le gouvernement modifie la Loi sur les normes du travail en 2003 et l’entrée en vigueur des dispositions concernant le harcèlement psychologique au travail (incluant le harcèlement sexuel) se fera l’année suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les femmes et le pouvoir ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est à partir du Congrès de l’an 2000 que les intérêts du comité femmes de la FNEEQ se centrent davantage vers la conciliation famille-travail, les conditions de militance et la présence des militantes dans les structures syndicales. En 2006, le comité a documenté la place qu’occupent les femmes dans les différents « lieux de pouvoir » de la Fédération : les comités exécutifs, les instances fédérales, le bureau fédéral et les comités exécutifs locaux, par regroupement (cégep, privé, université). Malgré l’immense avancée des femmes à l’intérieur de la profession enseignante et dans la société québécoise au cours des trente dernières années, le portrait statistique indique qu’elles sont toujours sous-représentées dans les instances et dans les syndicats de la FNEEQ. Alors qu’elles comptent désormais pour 50 % des membres, le pourcentage de femmes élues ou déléguées officielles oscille entre 30 et 40 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité femmes a abordé de front, en 2008, cette réalité du pouvoir sous un angle féministe, en privilégiant l’organisation d’un colloque qui s’est tenu à la fin du mois de mai dans le cadre du conseil fédéral devant 200 personnes déléguées et invitées de la CSN. Des femmes ayant occupé divers lieux de pouvoir (politique, juridique, associatif et syndical) sont venues témoigner, à commencer par la présidente de la centrale, Claudette Carbonneau, la première femme à la tête de la CSN depuis sa fondation en 1921. Le colloque « Femmes et pouvoir » a donc permis de mettre en évidence l’écart de représentativité au sein des instances fédérales. La parité reste un objectif à atteindre, puisque aujourd’hui, 60 % des membres de la FNEEQ sont des femmes, alors que leur poids politique stagne autour de 40 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les violences à caractère sexuel ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dix dernières années ont été fortement marquées par la question des violences à caractère sexuel. La dénonciation médiatisée des inconduites et des violences a fait les manchettes de l’actualité à répétition. Sur les réseaux sociaux, des milliers de Québécoises et de Québécois ont pris la parole par l’entremise des mots-clics&lt;br /&gt;
#AgressionNonDénoncée (#BeenRapedNeverReported), #MoiAussi (#MeToo) et #BalanceTonPorc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sceptiques qui croyaient le milieu de l’enseignement supérieur exempt de ces violences ont été détrompés par le dévoilement en janvier 2017 du rapport de recherche ESSIMU&amp;lt;ref&amp;gt;Manon Bergeron et autres, Violences sexuelles en milieu universitaire au Québec: Rapport de recherche de l’enquête ESSIMU, Montréal, université du Québec à Montréal, 2016, 99 p.&amp;lt;/ref&amp;gt; (Enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire), sous la direction de Manon Bergeron de l’UQAM, qui présente des données alarmantes sur la vie universitaire : près de 37 % des répondantes et des répondants ont subi une forme de violence sexuelle depuis leur arrivée à l’université. Les violences à caractère sexuel ne sont pas des faits isolés, elles se manifestent potentiellement au quotidien dans tous les milieux de l’enseignement supérieur au Québec. Le nombre et la gravité de ces cas ont mis en évidence des lacunes importantes dans les collèges et les universités quant au climat de travail et d’études, quant à la culture patriarcale dominante, quant à la sécurité de leur milieu et à la gestion de ces situations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Face à l’ampleur grandissante de cette prise de conscience, la FNEEQ n’est pas restée indifférente. Les dossiers à caractère sexuel ont fait l’objet de nombreuses discussions au sein de ses instances. Le comité école et société, en collaboration avec le comité femmes et le comité orientations et identités sexuelles, a mené une réflexion sur le sujet. La Fédération a aussi joué un rôle précurseur en prenant officiellement position avec ses syndicats, au conseil fédéral de décembre 2016, pour proscrire les relations intimes entre le personnel enseignant et les étudiantes et les étudiants. Rappelons aussi l’appui donné à la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, qui a déposé en décembre 2017 un projet de loi pour contrer les violences à caractère sexuel. La FNEEQ a alors salué cette démarche nécessaire dans l’espoir que cet exercice cerne le problème sans complaisance et qu’il y apporte de véritables solutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Regarder en avant ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 1984, alors qu’il examinait la place des femmes enseignantes dans le milieu syndical, le Conseil supérieur de l’éducation formulait la réflexion suivante: « les comités de la condition féminine constituent un palliatif : à long terme, ils disparaîtront, une fois que le mouvement syndical aura pris en charge les droits des femmes. Il est cependant évident que cette étape ne pourra être franchie qu’avec l’accession, en grand nombre, de femmes dans les structures de représentations syndicales&amp;lt;ref&amp;gt;conseil supérieur de l’éducation, La situation des femmes dans le système d’enseignement : une double perspective, juin 1984, p.18.&amp;lt;/ref&amp;gt;. » Loin de s’être entièrement réalisée, cette prédiction quelque peu « optimiste » montre, avec le recul, qu’il reste encore des luttes importantes à mener pour que les femmes prennent la place qui leur revient dans le milieu syndical comme ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La négociation coordonnée =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cinq syndicats de chargées et chargés de cours d’universités québécoises négocient le renouvèlement de leur convention collective en 1987. Quatre d’entre eux doivent recourir à la grève pour faire valoir leur pouvoir au sein de ce rapport de force.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’UQAM, une loi spéciale répressive met fin à une grève de sept semaines. À l’Université de Montréal, une grève d’une semaine, la première grève d’enseignants et d’enseignantes dans l’histoire de l’institution, aboutit à la signature de leur première convention collective. À l’Université Laval, le conflit dure vingt jours et se termine aussi par la signature d’une première convention. Le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Chicoutimi (SCCC UQAC) est le seul à ne pas appliquer un mandat de grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La grève des Cœurs et la Loi 48 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Une grève différente, en rupture avec certaines pratiques syndicales traditionnelles dans un contexte de démobilisation généralisée des forces syndicales», peut-on lire dans le SCCUQ@ spécial 25e anniversaire du SCCUQ. Cette grève porte le nom de « grève des cœurs» et est festive, imaginative et colorée. Les principales revendications tournent autour de deux axes, soit l’obtention d’un véritable programme de perfectionnement et un réajustement salarial. Cette deuxième revendication est commune à plusieurs syndicats. En 1983, le gouvernement impose unilatéralement une coupe salariale de 20 %, qui n’épargne pas les enseignants universitaires. L’augmentation salariale pour un chargé de cours se situe autour de 18 % depuis 1981, alors que le coût de la vie a grimpé de 35 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi 48 force le retour au travail des chargées et chargés de cours le 11 mai au matin. Le 10 mai, les membres réunis en assemblée générale renoncent à défier la loi. La présidente de la FNEEQ, Rose Pellerin, en profite pour exprimer la fierté de la FNEEQ face à la lutte des chargées et chargés de cours. Les membres du syndicat expriment leur désaccord dans un télégramme envoyé aux députés de l’Assemblée nationale :&lt;br /&gt;
« Félicitations pour avoir voté une loi marteau visant à assommer des précaires. Votre courage est sans bornes. Nous vous en saurons gré longtemps.» Les négociations se poursuivent pour atténuer les effets pernicieux de la loi et mènent à la signature de deux lettres d’entente, dont une prévoit la rémunération suivante pour une charge de cours : 3300 $ pour 1987, 3500 $ pour janvier à avril 1988 et 3650 $ à compter du 1er mai 1988. En février, le SCCCUM a obtenu 3432,75 $ par charge à compter du 1er septembre 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Regroupement et négociation coordonnée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une plateforme commune est déposée dans le cadre d’un conseil fédéral de la FNEEQ en mars 1987. Elle porte sur quatre revendications ralliant les chargées et chargés de cours des différentes universités : la reconnaissance des droits syndicaux, une équité avec le corps professoral pour la rémunération et les avantages sociaux, l’attribution des charges de cours selon l’ancienneté et un réel soutien au perfectionnement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ procède en 1987 à une refonte de ses structures accordant plus de place aux syndicats de chargées et chargés de cours. C’est la naissance des regroupements cégep, privé et université. Ce dernier regroupe les chargées et chargés de cours de l’UQAM, de l’UQAR, de l’UQAC, de l’Université de Montréal, de l’Université Laval ainsi que les maîtres de français langue seconde de cette même institution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cinq syndicats de chargées et chargés de cours membres du regroupement s’entendent en février 1989 pour coordonner leurs actions dans le cadre de revendications communes et d’actions concertées. Ils adoptent le Protocole de Lanoraie, qui prévoit: des rapports de solidarité entre les syndicats dans le respect des autonomies locales; l’identification d’une série d’objets communs de revendications comprenant un « plancher», soit un minimum requis pour chacun des objets; la mise en place d’un fonds intersyndical de solidarité en vue d’une consolidation des syndicats aux ressources limitées; et le lancement d’une campagne d’information et la production d’un journal intersyndical. Ils se préparent ainsi à la ronde de négociations regroupées de 1989-1990.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=NaissanceDeLaFNEQ&amp;diff=455</id>
		<title>NaissanceDeLaFNEQ</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=NaissanceDeLaFNEQ&amp;diff=455"/>
		<updated>2021-05-17T19:28:47Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:Naissance de la FNEQ: premières luttes 1969-1981}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-07 FrontCommun1972 ForumMontreal.png|vignette|Rassemblement du Front Commun au Forum de Montréal le 7 mars 1972]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=Premières luttes=&lt;br /&gt;
Si les années 1960 sont celles du changement et de la transition au Québec, celles qui voient et qui suivent la création de la FNEQ sont marquées par l’affirmation et la revendication. Le développement accéléré et la syndicalisation des secteurs public et parapublic modifient complètement l’équilibre des forces dans la société. Les soins de santé, l’éducation, la prise de parole : tout se démocratise, les lieux d’expression se multiplient. Les syndicats y participent et en sont souvent le fer de lance. La CSN est particulièrement active.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La voix de l’éducation à la CSN, la voix de la CSN en éducation==&lt;br /&gt;
La FNEQ nait dans l’enthousiasme en septembre 1969 à Lac-Beauport, dans la région de Québec. Les trois groupes d’enseignantes et d’enseignants affiliés à la CSN (SPE-SPEQ-CEGEP) s’unissent alors pour créer la Fédération nationale des enseignants québécois (FNEQ)&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal de l’assemblée de fondation d’une fédération des enseignants à la CSN (regroupant les enseignantes et les enseignants&lt;br /&gt;
du Syndicat professionnel des Enseignants (SPE), du Syndicat des Professeurs de l’État du Québec (SPEQ) et des syndicats de CEGEP affiliés au Secteur CEGEP (CSN) tenue au Manoir Saint-Castin (Lac Beauport), les 19, 20 et 21 septembre 1969.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la douzième fédération de la CSN. Ils choisissent la CSN pour être partie prenante de la lutte de tous les travailleurs du Québec, pas seulement de celle des enseignantes et des enseignants. Ils aspirent à être la voix de l’éducation à la CSN et la voix de la CSN en éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines après le Congrès de fondation, Bernard Chaput remplace Jean-Pierre Boutin, démissionnaire pour se porter candidat du Parti québécois (PQ) aux prochaines élections provinciales. Le conseiller juridique de la FNEQ, Robert Burns, se porte aussi candidat du PQ. Ces départs participent au débat interne sur l’indépendance de la CSN vis-à-vis des partis politiques. Francine Lalonde, fervente indépendantiste, est alors présidente du secteur cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À peine un an plus tard, automne 1970, Bernard Chaput doit à son tour quitter ses fonctions alors qu’il obtient un poste de professeur à l’Université de Sherbrooke. La crise d’Octobre par l’action du Front de libération du Québec (FLQ) empêche la réunion des instances et force M. Chaput à rester en poste jusqu’au Congrès de décembre, à la suite duquel Francine Lalonde est élue présidente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div style=&amp;quot;font-style: italic;&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==Qu'est-ce qu’un individu isolé, dans un monde agité==&lt;br /&gt;
Vous avez […] besoin d’un syndicalisme fort, bien structuré, militant, tant pour vous affirmer et vous défendre comme salariés dans une situation souvent tumultueuse et mouvante, que pour faire peser tout le poids de votre influence professionnelle dans les grands débats culturels, pédagogiques, sociaux et politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’est-ce qu’un individu isolé, dans un monde ainsi agité, aussi changeant ? Qu’est-ce qu’un syndicat isolé ? Qu’est-ce qu’une profession qui s’isolerait, dans une conjoncture pareille ? Peu de chose ! Vous devez être à la fois syndiqués, fédérés, affiliés, appuyés sur un vaste mouvement démocratique et progressiste, pour que votre profession s’organise vraiment, pour qu’elle soit une force, pour que la bureaucratie ne puisse pas régner sur l’éducation, pour que vous ne soyez pas les jouets du pouvoir, et pour que ce soit vous qui inspiriez et défendiez les valeurs et les progrès du monde de l’éducation dans une société qui aurait tôt fait, autrement, de vous utiliser au gré de ce pouvoir. […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] Les autres travailleurs auront d’ailleurs besoin de vous, de votre réflexion, de votre formation générale, comme vous aurez besoin des leurs, différente souvent, mais aussi réelle. Vous ne faites pas partie d’une Église dogmatique. Vous faites partie d’un mouvement. Ne craignez pas d’y être à l’étroit. Le syndicalisme, à la CSN, a tendance, ce qui est précieux, à s’agrandir à la mesure des pensées&lt;br /&gt;
libres qui s’y exercent. Je ne dis pas qu’il y réussit toujours, ce serait impossible. Mais je dis que nous faisons notre possible, tous ensemble, malgré des divergences parfois très sérieuses, pour faire à la liberté la place dont elle a besoin pour rayonner et féconder ce mouvement dont on constate à maints égards que, loin de vieillir, il a heureusement tendance à rajeunir. […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div&amp;gt;Extraits du discours de Marcel Pepin au Congrès de fondation de la FNEQ, 21 septembre 1969&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-09 FrontCommun1972 VoteGreve 09-v3.png|vignette|Le front commun vote la grève le 3 mars 1972. Au centre, Michèle Juneau, conseillère aux communications, et Géraldine Dumas, une des plus grandes responsables du succès de l’organisation devant le tableau des résultats pour la FNEQ.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==De 1969 à 1972, les secteurs sont rois et maîtres==&lt;br /&gt;
Cette première mouture de la FNEQ est extrêmement décentralisée, où les trois secteurs, SPE, SPEQ et cégeps, jouissent d’une autonomie quasi complète, chacun ayant son propre exécutif et son congrès. Les secteurs ont le pouvoir et la FNEQ agit pratiquement comme une confédération de secteurs. Les délégations au Congrès fédéral sont choisies par les secteurs. Le comité exécutif – présidence, secrétariat général et trésorerie élus en Congrès fédéral – est complété à la vice-présidence par les trois présidences de secteur. Il en est ainsi jusqu’en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPEQ, fort de sa lutte de 1968, en retire un certain pouvoir, une autorité, à tout le moins du prestige : ses membres se sont battus, ont fait la grève et la prison. Mais c’est un secteur en perte de vitesse, vidé de sa substance parce que tout le côté technique et technologique – le plus important – est passé sous le contrôle des commissions scolaires, des cégeps et des universités. Ne reste plus au SPEQ que les secteurs de l’enseignement supérieur (écoles normales et École des Beaux-Arts de Québec), des conservatoires de musique et d’art dramatique, de l’enseignement professionnel (enseignement spécialisé des écoles de divers ministères) et de l’enseignement agricole (professeures et professeurs des instituts de technologie agricole). En 1969 et 1970, le syndicat est en négociation. En 1972, après la réforme des structures, le SPEQ ne s’y retrouve plus ; amoindri, il se désaffilie de la FNEQ et de la CSN.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1969, le SPE est encore un syndicat centralisé avec sections locales. Il a surtout perdu beaucoup de membres au profit de la nouvelle structure collégiale publique. En fait, on retrouve des écoles privées à la base de tous les nouveaux cégeps. Il reste quand même vigoureux grâce à ses 26 sections locales dans les collèges privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cégeps – le mot n’est pas encore dans le dictionnaire en 1969 – prennent de plus en plus de place, d’importance, par le nombre et avec ce mélange de militants d’expérience issus des collèges classiques et des écoles techniques ou spécialisées et des militants plus jeunes, souvent fraichement sortis de l’université. Ce mélange crée une dynamique, le secteur est en pleine croissance. En 1969, déjà 21 des 30 cégeps sont membres de la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;Le ???, vol. 1 no 00, novembre 1969, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette prédominance des secteurs à la Fédération perdure jusqu’en juin 1972, alors que le conseil fédéral laisse tomber un constat d’échec et propose de déplacer le pouvoir de décision vers les membres, les syndicats locaux et les instances fédérales. Un revirement complet. La réforme de 1972 remet le pouvoir à la Fédération. Le Congrès est aboli. Le pouvoir se déplace. Le conseil fédéral de mai-juin (aux deux ans) tient lieu d’assemblée générale et remplace le Congrès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Art. 13 POUVOIRS&lt;br /&gt;
::Le Conseil fédéral est l’autorité suprême de la Fédération. Il détermine les grands objectifs d’éducation, d’enseignement et de négociation de la Fédération, de même que ses priorités syndicales, sociales et politiques&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Congrès FNEEQ, février 1972, p. 57.&amp;lt;/ref&amp;gt; […]&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
::Le Conseil fédéral doit se réunir au moins trois (3) fois par année dont une assemblée en mai ou juin constitue l’assemblée annuelle pour fin de constitution, cotisation, budget et affiliation. Le Conseil fédéral élit les membres du Bureau fédéral et du Comité exécutif au cours de cette assemblée, tous les deux (2) ans&amp;lt;ref&amp;gt;Id., p. 59.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Congrès établit également l’abolition des syndicats provinciaux et l’autonomie à chaque syndicat local. Le SPE est évidemment touché, mais n’entre pas dans les délais pour redonner légalement l’autonomie à toutes ses sections. C’est donc en 1975 que nous assistons à la dissolution du SPE et à l’affiliation directe des collèges privés à la FNEQ. Les syndicats d’enseignantes et d’enseignants de dix-huit collèges privés sont concernés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Plusieurs syndicats des collèges privés discutent actuellement du problème de l’affiliation et pour cause. En effet, l’accréditation des syndicats des collèges privés de la FNEQ était, jusqu’à maintenant détenue à l’échelle provinciale par le Syndicat professionnel des Enseignants (SPE), secteur dissout lors de la restructuration de la FNEQ. Dorénavant, et ce, d’ici le 30 juin 1975, chaque section devra demander et détenir sa propre accréditation pour ensuite s’affilier directement à la FNEQ. Cette opération ne constitue pas simplement un transfert de juridiction, mais représente une orientation réelle visant à ramener la décision au plan local. Chaque syndicat reconnu et autonome pourra librement décider de son affiliation. C’est un geste normal qui s’inscrit dans la grande tradition de la CSN. Le droit de décider est un droit inaliénable qui doit se situer à la base de tout regroupement. Si la situation était jusqu’ici autre, c’est dû à des raisons historiques et légales, aujourd’hui périmées&amp;lt;ref&amp;gt;« L’affiliation à la FNEQ (CSN) », Nouveau Pouvoir, vol. 6, no 3, février 1975, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===&amp;lt;u&amp;gt;NE COMPTONS QUE SUR NOS PROPRES MOYENS&amp;lt;/u&amp;gt;===&lt;br /&gt;
En 1971, un document confédéral propose le rejet du capitalisme et prône de se battre pour une société socialiste. Le document n’est jamais adopté par les instances, mais prend une place majeure dans l’histoire de la CSN à ce moment-là et depuis. Il devient une des raisons de la scission au sein de l’exécutif de la CSN et de la création de la CSD en 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au même moment, la FTQ et la CEQ publient aussi des manifestes politiques très orientés à gauche : « L’État rouage de notre exploitation » (FTQ) et « L’école au service de la classe dominante » (CEQ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Les négociations==&lt;br /&gt;
Le travail d’une fédération à la CSN, c’est de négocier et d’appliquer des conventions collectives. À la FNEQ, les cadres de négociation sont alors bien différents d’un secteur à l’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPEQ a perdu son lustre d’antan, il s’est beaucoup affaibli syndicalement, ses sections les plus militantes ayant intégré le cégep ou l’université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les collèges privés, la situation est tout autre, malgré le transfert de plusieurs d’entre eux vers le secteur public. La volonté de s’intégrer à la FNEEQ est forte, et la dissolution du SPE ne fait que renforcer l’adhésion des sections, devenues syndicats autonomes. L’autonomie des syndicats donne cependant un argument aux directions pour refuser la négociation à une table unique, comme cela s’était fait sous le SPE. Le gouvernement, qui participe au financement, l’aurait préféré, mais les collèges refusent. Le refus des syndicats des collèges privés de participer à une table commune FNEQ n’aide pas non plus. Les négociations ont donc lieu collège par collège. La difficile réalité de la négociation s’impose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux cégeps, c’est tout nouveau, tout beau : on veut déjà négocier la meilleure convention, l’ultime. La réalité même du réseau des cégeps incite à cette quête. Après une première négociation en 1969, considérée par plusieurs comme une reddition, le moral est plutôt bas, le désir de vengeance, élevé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===DANS LE SECTEUR PUBLIC===&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1971-1972&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
La CSN a créé en 1970 le comité de coordination des négociations du secteur public (CCNSP), dont font partie la FNEQ et les trois autres fédérations ayant des membres dans les secteurs public et parapublic.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette coordination s’élargit lorsque, à l’invitation du président Marcel Pepin, la CSN, la FTQ et la CEQ s’unissent en front commun en janvier 1972. Un front uni devant un employeur unique. Ils obtiennent une table centrale de négociation pour les questions salariales. Les négociations des clauses normatives se font aux tables sectorielles. À la table centrale, les négociations se heurtent rapidement à l’intransigeance gouvernementale, qui refuse de négocier les demandes du front commun : salaire minimal de 100 $, indexation, sécurité d’emploi, régimes d’assurance et de retraite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1972-03-09 FrontCommun1972 VoteGreve 05.png|vignette|La couverture médiatique donne l’importance dans notre histoire de ce premier vote de grève du secteur public le 9 mars 1972. Lors de la conférence de presse annonçant les résultats, en soirée, on remarque à la table Nicole Gladu du Montréal Matin, Gisèle Tremblay du Devoir et Pierre Vennat de La Presse, trois journalistes importants à ce moment­-là pour le mouvement syndical.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour débloquer la situation, les personnes syndiquées des trois centrales se donnent rapidement un mandat de grève générale illimitée, qu’elles exercent en mars puis en avril jusqu’à ce que la loi 19 rende la grève illégale. Tout s’enclenche ensuite à grande vitesse et mène au début de mai à l’emprisonnement des présidents de la CSN, la FTQ et la CEQ pour non-respect de la loi d’exception. La révolte gagne alors les quatre coins du Québec. Le mois de mai 1972 est mouvementé : on voit le déclenchement de débrayages massifs, tant au privé qu’au public, en plus de l’occupation de quelques villes. Les enseignantes et les enseignants des cégeps y participent activement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette loi 19 est une des premières utilisées dans le secteur public 35 québécois pour contrer des mouvements de grève. Les différents gouvernements québécois, de toute allégeance, useront largement par la suite de cette arme législative dans leurs relations de travail, la loi ordonnant le retour immédiat au travail après 11 jours de grève. La négociation se termine en décembre 1972, alors que le gouvernement décrète les conditions de travail des enseignantes et des enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette période a défini le syndicalisme pratiqué à la CSN. La négociation de 1972 a d’ailleurs permis des gains appréciables, y compris pour les enseignantes et les enseignants : la mise en place d’un régime de retraite indexé, le RREGOP, l’instauration en dernière année de convention d’un salaire minimal de 100 $ par semaine pour les personnes salariées de l’État, et des hausses salariales de plus de 22 % sur 4 ans en plus de l’indexation des salaires au cout de la vie. Les enseignantes et les enseignants obtiennent aussi un régime amélioré de sécurité d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseiller syndical Guy Beaulieu, qui sera plus tard conseiller à la FNEEQ, dit de cette période : « Le mouvement syndical québécois vit des moments historiques avec la mise en place du premier front commun syndical face au gouvernement employeur. La revendication du 100 $ par semaine pour tous était la demande phare de ce front commun. Or que les enseignantes et les enseignants, des privilégiés de ce point de vue, se battent pour un tel objectif était grandiose. Nous étions crédibles dans la population. Le mouvement syndical avait un rôle de locomotive à cette époque. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais la CSN implose. L’orientation politique de la centrale, le front commun, la grève dans le secteur public ainsi que les occupations de villes en mai 1972 amplifient le malaise au sein du comité exécutif, et la centrale se divise. C’est la scission. Les trois dissidents Dion, Dalpé et Daigle quittent l’exécutif et la centrale, entrainant avec eux quelques dizaines de milliers de personnes syndiquées, principalement du secteur privé. Elles se réunissent dans une nouvelle centrale, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). Dans la contestation, plusieurs syndicats de la fonction publique quittent aussi le navire pour devenir indépendants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;ATTAQUER LE DÉCRET&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
La période de transition entre les négociations de 1972 et celles de 1975 n’est pas de tout repos. Les syndicats de la FNEQ n’ont qu’une idée en tête : attaquer le décret, principalement sur la question de la participation des enseignantes et des enseignants à la vie pédagogique que le gouvernement veut limiter, sinon éliminer. Des conflits locaux éclatent au COFI de Laprairie et au cégep de Saint-Hyacinthe. Au premier conseil fédéral qui suit le décret, à la mi-février, la stratégie présentée dans le document « Les mêmes objectifs, d’autres moyens » est étudiée :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« Les objectifs visés par le gouvernement et les administrations locales sont clairs : démunir les professeurs en les isolant, en les coupant de leur moyen d’organisation, le syndicat ; rendre les recours plus difficiles ; mais aussi asseoir et garantir le pouvoir et les privilèges des administrations locales. Comment ? En voulant faire du chef de département, un patron ; en constituant une commission pédagogique fantoche ; en offrant un CRT décisionnel, mais qui nous coupe de possibilités de griefs ; en faisant du comité de sélection des professeurs, un organisme patronal ; en se voulant unilatéralement maître de la classification &amp;lt;ref&amp;gt;« Les mêmes objectifs, d’autres moyens », annexe au Procès-verbal du conseil fédéral, 17 février 1973, p. 2.. »&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est cependant sur ce point de la classification des enseignantes et des enseignants que la mobilisation va se construire. En février, la Fédération n’a pas encore saisi l’ampleur de la crise de la déclassification. Elle démarre une enquête puis une autre. Le portrait se précise à la mi-mars, lorsque le gouvernement est dans l’obligation de payer la rétroactivité des salaires comme stipulé dans le décret. Pour les enseignantes et les enseignants, le salaire se calcule selon l’ancienneté et la scolarité, facteurs qui sont remis en cause pour 35 % des enseignantes et des enseignants dans la déclassification gouvernementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Commencé en 1969, le classement des enseignantes et des enseignants par comité paritaire se voit interrompu et remplacé en 1971 par un manuel de classification rédigé par la partie patronale. Le décret de décembre 1972 fait le reste du travail : le ministre seul décide à la fois de la manière de classer et du classement, sans droit de regard de l’enseignante ou de l’enseignant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une opposition au décret s’organise : peut-on accepter que les droits des enseignantes et des enseignants soient ainsi bafoués, qu’on les prive rétroactivement d’une partie parfois importante de leur salaire sans qu’ils ne puissent rien dire ? Il semble que non. Gel des cours, retenue des notes et journées d’étude se succèdent. Les syndiqués du cégep de Saint-Laurent mènent la lutte et tiennent trois mois en grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nouvelle classification dévalue à la fois les années de scolarité et les années d’expérience. Les enseignantes et les enseignants du secteur technique sont particulièrement touchés. De même, si une enseignante ou un enseignant a combiné deux années d’étude en une seule, cela compte pour une seule année de scolarité. Certaines directions de cégep sont sensibles au sort de leur personnel enseignant. Le conseil d’administration du cégep Vanier, par exemple, décide de payer cette rétroactivité salariale selon son propre classement provisoire, sans tenir compte du manuel gouvernemental. Le gouvernement réagit en gelant les fonds du cégep à la banque. Même chose au cégep de Saint-Laurent, où les enseignantes et les enseignants décident de geler les cours. Le cégep est mis en tutelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril, les syndicats de huit collèges ont gelé les cours. Une semaine plus tard, le gouvernement revient à la table de négociation et fait une proposition pour régler la rétroactivité, que les syndicats rejettent. Une semaine plus tard, 24 syndicats gèlent les cours. La retenue des notes s’ensuit, ainsi qu’une nouvelle proposition gouvernementale sur la rétroactivité et un nouveau rejet par les présidentes et présidents des syndicats. La lutte est reportée à l’automne. La session est annulée au cégep de Saint-Laurent. Pour appuyer le personnel enseignant touché, le conseil lui verse une allocation de grève de 100 $ par semaine. En aout, les négociations reprennent sur l’annulation de la session. Finalement, une entente de principe intervient en septembre, une entente satisfaisant les principales revendications de la Fédération, y compris l’absence de représailles pour les syndiqués qui ont mené l’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Mêmes objectifs, d’autres moyens était le mot d’ordre que nous lancions dès janvier 1973 lors d’une réunion de présidents. Il s’agissait alors de rendre inopérantes ::plusieurs clauses du décret concernant la participation par la cohésion syndicale dans chaque CEGEP.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La loi 19 et le décret pesaient lourd alors sur la vie syndicale. Il n’était pas facilement pensable que les professeurs soient prêts quelques mois plus tard à ::entreprendre des actions sur un point du décret. Même la réunion des présidents du 31 mars, la première portant sur la déclassification, ne permettait pas de penser ::que le mouvement pourrait reprendre. Il ne faut pas négliger ici l’impact du nouveau moyen d’action généré par l’action elle-même, au CÉGEP de Saint-Laurent : le gel ::de cours, et ce, même si le Gouvernement a annulé la session.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La déclassification a pris les professeurs de plusieurs collèges par surprise. Ils ont réagi, ont fait preuve de solidarité, en particulier, devant l’acharnement du ::ministère de l’Éducation envers le syndicat du CÉGEP de Saint-Laurent. Les réunions de présidents ont joué le rôle de comité de stratégie et ont servi à mobiliser et ::informer ceux qui ne participaient pas encore à l’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::L’entente intervenue permet d’atteindre complètement ou dans une large mesure les principaux objectifs que nous nous étions fixés lors du Conseil fédéral du 5 mai […]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::La meilleure façon de ne plus avoir de décret, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait pas, dans les faits, de décret. La déclassification, c’était un des articles du ::décret dont les effets étaient inacceptables. Il y en a d’autres&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 4, no 4, septembre 2013, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;AU COFI DE LAPRAIRIE&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 2, no 5, 4 octobre 1971. Le numéro complet est consacré à la situation au COFI de Laprairie.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
En 1972 et 1973, le gouvernement alimente l’insécurité dans les Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI), qu’il met en place depuis 1970. La question de l’intégration des immigrants à la culture majoritaire est alors une question de société. C’était avant la loi 101 et l’obligation de franciser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les enseignantes et les enseignants du COFI de Laprairie s’organisent en syndicat et arrachent durement de bonnes conditions de travail après un long lockout de cinq semaines. Quelques mois plus tard, la direction ministérielle à l’Immigration ferme des classes à Laprairie pour en ouvrir dans des écoles désaffectées de la CÉCM. La moitié des enseignantes et enseignants sont immédiatement touchés et tous sont menacés de perdre leur emploi à court terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les revendications des enseignantes et des enseignants sont claires : augmenter les heures de cours de français de 20 heures à 40 heures tout en conservant les 20 heures de cours d’anglais et assurer une certaine sécurité d’emploi au personnel enseignant afin de permettre une véritable carrière de spécialistes de l’enseignement aux immigrants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Bienvenue, ministre de l’Immigration, veut de toute évidence casser le mouvement de syndicalisation dans ces centres d’intégration des immigrants. Finalement, il y a entente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::[…] le conflit au COFI de Laprairie a pris fin le 20 novembre. Les professeurs et autres employés ont approuvé la convention collective signée aux conditions du ::syndicat. Du même coup, l’administration en a profité pour congédier une vingtaine d’employés non syndiqués&amp;lt;ref&amp;gt;Le Travail, vol. 48, no 18, novembre 1972, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les COFI ont été abolis en 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;AU CÉGEP DE SAINT-HYACINTHE&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 3, no 7, novembre 1972. Tout le journal est consacré au conflit au cégep de Saint-Hyacinthe.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit au campus de Saint-Hyacinthe du cégep Bourgchemin éclate autour d’une expérience de collégialité dans les services aux étudiants du campus et de la répression qui s’en est suivie. Certaines directions de cégep semblent prendre à leur compte l’attitude autoritaire du gouvernement, sur l’idée de la participation, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Début 1971, les intervenants des services aux étudiants du campus 39 de Saint-Hyacinthe entreprennent une réflexion sur la gestion de leur service. Ils réalisent que la mise en commun de leurs connaissances en atelier, quel que soit le rôle de chacun dans l’organisation, rend leur travail plus intéressant et plus efficace. Lorsque le directeur des services démissionne en juin, ils en demandent l’autogestion. La direction refuse, puis demande que l’atelier de cogestion soit démembré. Deux points agacent particulièrement la direction : l’aspect décisionnel de l’atelier et la participation du personnel de soutien. Une menace pour le pouvoir, un mauvais exemple pour la communauté collégiale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Madeleine Jacques, animatrice aux activités socioculturelles, est congédiée en septembre :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« L’arrêt de l’expérience et l’attitude de l’administration jusqu’à maintenant (menaces, congédiement, retenues de salaires, télégrammes et lettres exigeant une ::soumission inconditionnelle à leur idéologie) montrent sans l’ombre d’un doute que dans la conception actuelle de la démocratie, l’individu est libre de poursuivre ::ses fins et intérêts individuels sur la base des conditions générales existantes, mais qu’il n’est pas libre de poursuivre la transformation de ces conditions ::générales selon des fins et des besoins communs&amp;lt;ref&amp;gt;Madeleine JACQUES, « L’autogestion, bête noire des patrons », Nouveau Pouvoir, vol. 3, no 2, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, l’animateur à la pastorale est à son tour congédié, pour son refus de se conformer aux décisions de la direction. Le jour même, les enseignantes et les enseignants réagissent, une quarantaine d’entre eux débraient. Une soixantaine de personnes rencontrent quatre membres de la direction, les questionnant sur les raisons des deux congédiements. Revirement : ces quatre membres de la régie interne font parvenir à la direction générale une lettre demandant la poursuite de l’expérience d’autogestion et le réengagement des deux personnes congédiées, sans quoi ils démissionnent. Dans les jours qui suivent, ils déclarent avoir subi des pressions de la part de 23 enseignantes et enseignants, « les personnes agissantes », qu’ils identifient. Ces derniers sont appelés par pli recommandé à leur domicile à se présenter devant le directeur du campus. Ils y vont en groupe de 60 personnes, ceux n’ayant pas été convoqués agissant en tant que membres de leur syndicat. La direction refuse la rencontre dans ces conditions. Le conflit durera neuf semaines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LE COMITÉ ÉCOLE ET SOCIÉTÉ&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité école et société, créé en 1975, est l’équipe de recherche, le laboratoire d’idées de la FNEQ, sa force diront plusieurs. Formé d’enseignantes et d’enseignants libérés de leur tâche régulière, parfois aussi peu que trois ou quatre, le comité alimente par ses recherches les grands débats qui traversent la Fédération. Dès sa création, il travaille beaucoup sur les positions de la CSN en éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière donne la mesure de l’importance du comité :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Le travail du comité école et société depuis 1975 donne une idée de tous les grands débats qui ont eu lieu à la FNEEQ. Tous les sujets discutés au comité tracent un ::portrait éloquent des oppositions et des politiques, des débats à la FNEEQ. Je ne peux pas décrire l’histoire de mon exécutif sans parler du travail du comité école, ::des 30 mémoires qu’on a déposés au gouvernement, ni à combien de commissions parlementaires nous avons participé. J’ai rencontré 12 ministres de l’Éducation durant ::mon mandat. En rendre compte serait un immense travail&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
====&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1975-1976&amp;lt;/u&amp;gt;====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nouvelle ronde de négociation des secteurs public et parapublic débute en 1975. Il y a beaucoup d’inquiétude dans les cégeps, où la mobilisation est plutôt faible. Le décret de 1972 a fait mal et de nombreuses directions de collège en profitent pour s’imposer face aux syndicats. Il y a aussi un important malaise concernant la centralisation des négociations de 1972. Il n’est pas question de répéter cette erreur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nouvelle structure, les 40, a été mise en place. Quarante parce qu’il y a 40 cégeps au sein de la FNEQ ayant chacun son délégué au comité de négociation. Cela crée une dynamique invraisemblable qui ouvre la négociation avec force. Plus tard, on apprendra que la partie patronale surnommait la structure « Francine Lalonde et ses 40 voleurs ». La perte d’un syndicat de cégep fait en sorte que le comité devient le comité des 39 pendant la négociation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les priorités de négociation à la table sectorielle : la tâche, la classification et les salaires, la participation et la reconnaissance syndicale, l’éducation aux adultes et la sécurité d’emploi. À la table centrale : les salaires, une échelle unique de classement et une réduction des écarts salariaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tâche est le dossier chaud pour les enseignantes et les enseignants. La norme 1/15 négociée en 1969 a montré ses limites, particulièrement en enseignement professionnel, où elle ne peut être appliquée de manière uniforme. Marcel Gilbert, le négociateur pour la FNEQ, qui en devient le président en juin 1976, propose diverses formules mathématiques pour susciter la discussion. La version H est choisie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon cette formule, le calcul de la tâche n’est plus basé sur une charge individuelle, mais sur une allocation de postes à chaque collège selon les inscriptions reçues. Ensuite, le collège fait la répartition selon la convention collective. Les enseignantes et les enseignants obtiennent aussi une enveloppe budgétaire protégée, qui ne peut servir qu’à eux, ce qui équivaut à un plancher d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::« À chaque négociation, les syndicats doivent défendre cette enveloppe que la partie patronale voudrait « ouvrir » pour l’utiliser à d’autres fins que l’enseignement ::(équipements, immobilisations, etc.). Les syndicats doivent aussi régulièrement défendre la structure départementale et son autonomie, considérées par les professeurs ::comme des leviers essentiels de leur compétence. La première lutte en ce sens eut lieu en 1975, au moment où le Rapport Nadeau voulait remplacer les départements par ::des modules. Les professeurEs devaient être regroupéEs selon le programme (module) et non selon la discipline. Par exemple, le module de soins infirmiers devait ::regrouper les professeurEs de soins infirmiers, mais également ceux de biologie, de psychologie et de sociologie enseignant aux étudiantEs de soins ::infirmiers&amp;lt;ref&amp;gt;Flavie ACHARD, « Menaces sur l’enseignement collégial », Nouveaux cahiers du socialisme, no 8, automne 2012, p. 114.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette négociation permet une nouvelle fois au gouvernement de peaufiner son arsenal juridique comme soutien à la négociation. Des lois spéciales sont votées pour contrôler les mouvements de grève dans les services de santé (loi 61 pour mettre fin à une grève tournante de 37 jours des infirmières) et dans l’enseignement (loi 23 pour mettre fin à une grève tournante de huit jours dans les collèges et les commissions scolaires). Ces nouvelles lois spéciales ne se contentent pas de mettre fin aux débrayages, elles s’attaquent directement aux syndicats et à leurs membres : présomption de culpabilité pour les grévistes, pénalités pour les représentants syndicaux, poursuites devant les tribunaux, suspension de la formule Rand, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une mobilisation grandissante, des mouvements de grève et de débrayage, une forte présence à la table de négociation font en sorte que la présidente Francine Lalonde et son équipe arrachent une convention exemplaire, qui est toujours la base de la convention actuelle des enseignantes et des enseignants de cégep. Cette convention a été obtenue par décret, mais les technocrates et les codirections de collèges l’ont qualifiée de « décret syndical ». Vingt-trois jours de grève non consécutifs ont appuyé cet effort de négociation. Le vote d’une loi spéciale en avril 1976, la loi 23, visant à empêcher tout mouvement de grève en enseignement, a un effet mobilisateur sur les membres et leur syndicat. Son caractère excessif a relancé la mobilisation au lieu de la réprimer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-Marcel Gilbert-grey.png|vignette|Lors des négociations de 1975, Marcel Gilbert pose les premières pierres qui permettront avec le temps de mieux définir la tâche d’enseignement.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats considèrent que la loi 23 a permis de donner un second 43 souffle à la mobilisation. Plusieurs d’entre eux notent que le débat et la consultation sur la résistance à une éventuelle loi ayant été fait [sic] dès le début, les assemblées votèrent de défoncer la loi dans un climat bien différent de celui de 1972 pour la loi 19. Cette loi par trop excessive a stimulé la combativité des troupes et permis de réunir le secteur de l’éducation à celui des affaires sociales, déjà aux prises avec la loi 253 sur les services essentiels depuis janvier&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 4, Annexe 8, mai 1978, p. 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;UNE ENTREVUE AVEC FRANCINE LALONDE 20 ANS PLUS TARD&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
« Q : Avez-vous des souvenirs particuliers de la FNEQ, des souvenirs heureux de négociatrice ou de présidente ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
R : J’en ai beaucoup. En particulier, le règlement de 1976 pour les cégeps, quand j’étais enceinte jusqu’au cou. J’ai accouché le 2 juillet et le règlement s’était fait en avril. Les négociateurs patronaux s’inquiétaient pour moi, mais je les rassurais. Nous étions passés à travers la phase finale dans la nuit, après trente-six heures d’affilée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut une victoire arrachée, un extraordinaire moment pour moi, personnellement. Après l’affront des décrets de 1972, ce règlement pour les cégeps était une remise au monde. La nouvelle sécurité d’emploi qu’on avait alors obtenue allait nous permettre de faire les débats sur l’importance de la pédagogie, d’avoir une liberté d’action, de consolider nos bases. Quand on a commencé à faire du syndicalisme enseignant, on avait deux choix : soit on faisait un syndicalisme ordinaire en délaissant les questions pédagogiques, soit on tentait de faire un syndicalisme qui se sente responsable de la pédagogie. C’est fondamental, comme engagement professionnel et syndical, d’occuper le terrain de la pédagogie&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue avec Francine LALONDE, FNEEQ Actualité, vol. 9, no 3, mai 1995, p. 13-15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==L’ENTRE DEUX==&lt;br /&gt;
À la fin des années 1970, les relations de la Fédération avec le gouvernement du Parti québécois sont, disons, partagées. D’un côté la revendication d’un pays, de l’autre la revendication syndicale. Le dilemme n’est pas nouveau. La Fédération demande à la CSN de prendre position sur la question nationale, mais certaines actions du gouvernement péquiste sont très mal reçues dans les rangs syndicaux. L’idée que l’économie va mal, qu’il faut réduire les dépenses et se serrer la ceinture est bien implantée. Les politiques d’austérité font leur apparition autant au palier fédéral qu’au provincial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 14 octobre 1976, le mouvement syndical canadien au complet déclenche une grève générale de 24 heures pour protester contre les lois fédérale (C-73) et provinciale (loi 64) imposant des mesures de contrôle des salaires. Ce sont 5500 des 8000 membres de la FNEQ qui participent au mouvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-10-14 ManifestationLoiC73 20.png|vignette|Manifestation des centrales syndicales contre les mesures Trudeau (loi c­73) le 14 octobre 1976.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, le gouvernement Lévesque publie son Livre blanc sur les collèges, élaboré sans consultation auprès du milieu syndical. Un virage rondement mené, puisque dès l’année suivante, il vote les lois 24 et 25 qui modifient considérablement l’équilibre des forces dans l’enseignement collégial. La loi 24 crée le Conseil des collèges, « une sorte d’organisme de surveillance des collèges au service du MEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;», alors que la loi 25 concentre le pouvoir au Ministère et chez le ministre. Les lois adoptées, le mouvement syndical n’a que 12 jours pour préparer et présenter un mémoire au gouvernement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA CRISE DU NON-RENOUVÈLEMENT&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Les relations patronales-syndicales se basent sur le rapport de force que les deux parties établissent entre elles. La FNEQ pense avoir établi au long des années 1970 un excellent rapport de force dans son environnement : vis-à-vis les patrons et vis-à-vis les syndicats membres. Le décret « syndical » de 1976 en est une démonstration.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les patrons, et plus particulièrement les directions de collège, cherchent à faire mal à la structure syndicale et à prendre l’initiative dans les négociations qui s’en viennent. Coordonnés, ils attaquent collège par collège les règles de sécurité d’emploi incluses dans la convention de 1976.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque la question se retrouve devant les instances fédérales, la majorité des syndicats refuse d’en faire une lutte commune. La suite est une série de luttes locales, avec des résolutions diverses. Plusieurs collèges sont touchés (Saint-Jérôme, Saint-Hyacinthe, Vanier, Joliette, André-Laurendeau, Saint-Laurent, Lévis-Lauzon, Trois-Rivières…). La clause 8-4.12 prévoit que toute enseignante ou tout enseignant ayant 75 % ou plus d’une tâche complète doit la compléter par des cours à l’éducation aux adultes ou autre cours. Les directions de certains collèges ne déclarent une enseignante ou un enseignant temps complet que lorsqu’il a atteint son 100 %. Les syndicats ne sont évidemment pas d’accord et soutiennent que le soin de combler le 75 % revient au collège. Et si le collège n’arrive pas à ce 100 %, il doit quand même déclarer l’enseignante ou l’enseignant concerné à temps complet et le rémunérer comme tel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Devant le malaise que cette lutte syndicale non coordonnée a suscité dans la Fédération, le secteur cégep – premier concerné – crée un comité d’enquête. Son rapport arrive à un constat majeur : cette épreuve de force sur la sécurité d’emploi a été un échec. Perte de confiance des membres envers la Fédération, manifestation de faiblesses devant les patrons, manque de solidarité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==TURBULENCES DEVANT==&lt;br /&gt;
En prévision de la négociation à venir, le conseil fédéral définit en 1978 un ensemble de politiques, dites fédérales, encadrant la négociation et vote une politique de ralliement. Lorsqu’une décision est prise, la minorité se rallie à la majorité. En principe, les regroupements devaient appliquer les politiques fédérales adoptées en conseil. Cela ne s’est pas révélé aussi simple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christophe Auger a vécu cette négociation : « Dans la négociation de 1976, quand les 39 ou 40 décidaient, tous les syndicats se ralliaient. Autrement, il est absurde et irréaliste qu’on revendique une négociation centralisée et qu’ensuite on puisse dire dans le syndicat local : «Cela n’a pas d’importance, faites ce que vous voulez&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Christophe Auger et Pierre Léonard le 8 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fonctionnement est lourd. Certains conseils fédéraux durent jusqu’à six jours et ne se terminent qu’avec une entente sur toutes les revendications de tous les secteurs par tout le monde. La Fédération n’est jamais allée aussi loin dans la recherche de la convention collective parfaite. Lucille Beauchemin, du public, et Denis Choinière, du privé, défendent une fédération unitaire, une fédération politique plutôt que de services.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière participait aux instances : « Tout cela a eu raison de l’équipe Beauchemin, démissionnaire en février 1979. Il devenait de plus en plus difficile de garder une ligne, de maintenir les politiques fédérales, les regroupements se prononçant contre les décisions du conseil. On a assisté à une fronde des regroupements contre la Fédération. Selon eux, il y avait contradiction entre les politiques fédérales et leur application dans la convention collective. Dans une telle situation, les comités de négociation devenaient les maitres du débat et, par le fait même, prenaient le contrôle des services et des ressources. S’il y a problème entre négociation et politiques fédérales, les politiques fédérales s’appliquent&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA DÉMISSION DE L’EXÉCUTIF BEAUCHEMIN&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Dans un tel contexte, la Fédération est difficile à gouverner. Les positions semblent irréconciliables. Une ligne de fracture syndicale, qui en voisine une autre, politique, concernant la question nationale. Le Parti québécois au pouvoir prépare un référendum sur la souveraineté, mais doit se comporter en patron face à des organisations syndicales qui lui sont plutôt favorables. Et beaucoup de militantes et militants syndicaux tant à la CSN qu’à la FNEEQ sont des souverainistes qui poursuivent politiquement le même but que le PQ. Ils ne veulent pas nuire à la cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, les trois membres du comité exécutif de la Fédération démissionnent. Pierre Léonard, qui accepte de faire partie de l’exécutif suivant, a vécu la situation de près : « C’est le vide complet, on finalise le projet de convention collective, les négociations vont commencer bientôt et il n’y a personne qui veut aller à l’exécutif. Un comité intérimaire de six ou sept personnes essaie de tenir le fort, une situation vraiment difficile. Quelques-uns sont approchés et finalement décident de faire le pas. On demande à Francine Lalonde de revenir. Battue à la vice-présidence de la CSN, elle est retournée travailler au cégep. Elle accepte et forme un nouvel exécutif avec Shirley Roy et moi-même. Nous ne savions pas dans quoi nous nous embarquions, nous avons ramassé les pots cassés&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée&lt;br /&gt;
à Jacques Gauthier par Christophe Auger et Pierre Léonard le 8 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1978-FNEEQ Lucille Beauchemin 097-grey.png|vignette|Audette Landry, secrétaire générale, et Lucille Beauchemin, présidente de la FNEQ, lors d’une rencontre des exécutifs de la fédération le 25 août 1978.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est sous la présidence de Francine Lalonde qu’on ajoute un quatrième membre au comité exécutif, avec une obligation que les trois secteurs y soient représentés. Un gain pour le secteur privé. Apparaissent aussi les ateliers sectoriels, véritables ancêtres des regroupements tels qu’ils existent maintenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1980-Nadine Pirotte 2-grey.png|vignette|Rencontre des délégations des cégeps pendant la négociation de 1979­-1980. Nadine Pirotte au micro.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-10-Debrayage24Heures.19791025.1-v2.png|vignette|Débrayage de 24 heures du secteur public le 25 octobre 1979.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1979&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Pendant ce temps vient la négociation, où deux lignes s’affrontent : le premier courant affirme que beaucoup de gains ont été réalisés en 1976, le temps du peaufinage approche ; le deuxième courant désire obtenir la convention parfaite dès maintenant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si l’on ajoute à cette fracture les problèmes de gouvernance, les incompréhensions entre le public et le privé, les négociations simultanées des deux secteurs, le refus d’accès à la table centrale pour le privé, la négociation du SPUQ et le SCCUQ en pleine organisation, on peut dire que la marmite bout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 1979, le gouvernement rencontre le front commun syndical, constitué de nouveau. Les demandes syndicales concernent les salaires, le régime de retraite, les primes d’éloignement et les droits parentaux, la mise en place d’un réseau universel et gratuit de garderies et l’éducation permanente. Les enjeux liés à la sécurité d’emploi et à l’application de la clause 8-4.12 incitent à une amélioration du processus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les droits parentaux deviennent un enjeu majeur de la négociation à la table centrale. À la table sectorielle, la partie patronale cherche à renforcer ses droits de gestion et à réduire la marge de manœuvre des professeures et professeurs et de leur syndicat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Début novembre, les personnes syndiquées rejettent à 90 % les offres patronales ; un vote de grève générale illimitée, qui devrait débuter le 13 novembre, est pris à 56 %. La veille, le gouvernement vote une loi spéciale, qui suspend le droit de grève et de lockout jusqu’à la fin du mois. La loi est peu défiée. La partie syndicale est dans l’obligation de présenter les offres patronales aux assemblées générales et de procéder à un vote secret. Le front commun demande aux syndicats de défier la loi et de reporter le débrayage au 19 novembre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contrairement aux syndicats de la Fédération des affaires sociales, seulement sept syndicats de la FNEQ – pour 44 % des membres – se prononcent pour défier la loi. Des négociations intensives se poursuivent et le 19 novembre, comme voté, les syndicats des affaires sociales de la CSN sont en grève illégale. Deux jours plus tard, il y a entente à la table centrale et à la table des affaires sociales. Le projet de règlement est présenté à la FNEQ et la présidente Lalonde le déclare inacceptable. Des négociations intensives reprennent aux tables sectorielles et le comité de négociation présente aux 40, une semaine plus tard, un projet de règlement soumis aux assemblées générales comme stipulé par la loi spéciale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La règle de la double majorité (majorité de syndicats et majorité de personnes syndiquées) n’est pas obtenue : 55 % des syndicats approuvent l’entente, mais 52 % des personnes syndiquées la rejettent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le projet rejeté, les 40 recommandent le recours à la grève générale. Un nouveau projet de règlement est déposé par la partie patronale et est aussi rejeté. Les personnes syndiquées de la FNEQ s’opposent de nouveau à la grève générale. De leur côté, les enseignantes et enseignants de la FEC-CEQ, ceux du primaire et du secondaire, les professionnels non enseignants et les employés de soutien du secteur scolaire et des cégeps sortent en grève, paralysant 22 cégeps syndiqués à la FNEQ. Cette grève durera de quelques semaines à plusieurs semaines selon les secteurs. Finalement, début mars, le comité de négociation de la FNEQ recommande l’acceptation des offres, à certaines conditions&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, no 9, mars 1980, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sortir de cette négociation, les gains syndicaux sont tangibles : congé de maternité de 20 semaines ; congé de paternité de cinq jours ; congé d’adoption de dix semaines ; congé sans traitement de deux ans après l’accouchement ; primes de disparité régionale en hausse de 60 % ; gain salarial de 42,9 % sur 4 ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce fut une période difficile. Pour beaucoup, la graine de la désaffiliation, qui surviendra à la fin des années 1980, était semée. Beaucoup de double discours, décalage entre ce qui se dit dans les instances et dans les syndicats, clivage entre les assemblées syndicales et la structure. Dynamique malsaine dans le fonctionnement syndical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DANS LES ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS==&lt;br /&gt;
En 1972, les établissements privés sont décrétés tout comme ceux du public, sur le normatif et le salarial. C’est la seule fois que cela se produit, puisque le gouvernement ne voudra plus s’occuper des conditions de travail, surtout pas localement. C’est surtout une indication que les conditions salariales et de travail du privé s’aligneront de plus en plus sur celles du public, ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. Les enseignantes et les enseignants du privé ont souvent eu de meilleures conditions de travail que leurs vis-à-vis du public, principalement concernant la tâche. De négociation en négociation, cet avantage de qualité, sur lequel le privé a tablé pour son recrutement, tend à diminuer sinon à disparaitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sentiment d’insatisfaction des syndicats du privé envers la Fédération grandit. Ils voient leur rapport de force diminuer et ne se sentent pas appréciés dans leur Fédération, même s’ils sont parmi les fondateurs. Ils ne sentent surtout pas que la Fédération met autant d’énergie qu’au public pour appuyer la négociation. Beaucoup choisiraient d’être membres de la CSN sans affiliation fédérale si cela avait été possible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La position floue de la Fédération sur la présence du secteur privé dans l’offre en éducation ne règle rien, et irrite les membres du privé. En fait, tout le monde sait qu’elle est contre, même si elle ne l’affirme pas ainsi. En 1976, l’élection du PQ, qui s’est prononcé dans son programme pour l’abolition du secteur privé en éducation, augmente leur insécurité. Qui va les défendre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Car la FNEEQ est absente du débat. Cela vient surtout de l’indifférence des syndicats de cégep à leur égard, voire de l’hostilité : pourquoi sont-ils ici ? Voici un exemple de cette indifférence : le syndicat du collège de Lévis, très militant, négocie en 1976 sans l’aide de la FNEQ. Ses membres arrachent une bonne convention, mais refusent de signer : ils attendent l’entente sur le salarial négocié par le secteur public. Ils auraient aimé faire partie des négociations du secteur public. Pour manifester leur solidarité, ils choisissent de débrayer en même temps que les syndicats de cégep. Ils demandent donc à la FNEQ de faire partie de la chaine téléphonique qui diffuse les mots d’ordre de débrayage, mais ils attendent les communications en vain. Ils se débrouillent donc seuls : chaque jour un militant se lève tôt le matin, s’informe par la radio sur les actions à venir et démarre en cas d’action la chaine téléphonique mise en place. Et ils débrayent comme les syndicats du public. Finalement, ils gagnent leur point et, encore aujourd’hui, ils ont la même échelle de salaires que le secteur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le débat sur la pertinence du secteur privé dans l’enseignement a été tenu sous le boisseau depuis la création de la FNEQ. Les positions sont ambigües, n’ont jamais été définies clairement. La parution du rapport Nadeau, qui prône un financement public égal pour le public et le privé, force la Fédération à se positionner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mandaté en 1973 pour rédiger un rapport sur l’éducation collégiale, le comité Nadeau remet son rapport en 1975. Parmi les points traités, celui du collégial privé. Le comité recommande que le public et le privé soient traités sur un même pied, à financement égal :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« À la FNEQ, le débat sur l’enseignement privé a resurgi à l’occasion de l’étude du Rapport Nadeau. Les participants à une session de travail, en mars dernier, s’opposaient au financement public des écoles privées. Ces participants étaient en majorité des membres des syndicats d’enseignants de cégep&amp;lt;ref&amp;gt;Lucille BEAUCHEMIN, « La question de l’enseignement privé », Nouveau Pouvoir, vol. 8, no 1, janvier 1977, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vis-à-vis de ses membres et de la CEQ qui prône la suppression du financement des institutions privées, la Fédération se doit d’adopter une position claire par rapport au secteur privé. Un des premiers mandats du comité école et société est alors de clarifier cette position. Un numéro complet du journal de la Fédération est consacré à la question&amp;lt;ref&amp;gt;« L’enseignement privé au Québec, droits ou privilèges ? », Nouveau Pouvoir, vol. 7, no 3, (numéro spécial), mai 1976.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après une consultation des syndicats du privé, le bureau fédéral puis le conseil prennent position dans les années 1976-1977. La Fédération favorise l’intégration du secteur privé dans le secteur public tout en protégeant les emplois des enseignantes et des enseignants qui y travaillent&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 16 au 19 juin 1977, document de travail à l’intention du conseil fédéral sur la question de l’enseignement privé, p. 125-145.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::[…] le Conseil fédéral de novembre 1977 adopte la désormais célèbre proposition en 5 points. Cette proposition a pour but l’intégration du privé au public. Il ne ::serait pas inutile de la rappeler :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::— QUE le gouvernement déclare publiques et traite comme telles les actuelles institutions privées dispensant des enseignements réguliers qui se soumettront au régime&lt;br /&gt;
::pédagogique, aux critères d’accessibilité par la clientèle scolaire et aux normes de financement du réseau public ;&lt;br /&gt;
::— QUE les institutions ne répondant pas à ces critères ne soient plus subventionnées par l’État ; &lt;br /&gt;
::— QUE les employés des actuelles institutions privées soient donc intégrés au réseau public avec leur unité d’accréditation et, par conséquent, les garanties ::syndicales nécessaires (expérience, ancienneté, classement, sécurité d’emploi, etc.) ;&lt;br /&gt;
::— QUE le gouvernement révise ses politiques de formation des nouveaux maîtres de manière à rendre possible l’intégration du personnel en place sans provoquer de&lt;br /&gt;
::coûts additionnels ;&lt;br /&gt;
::— QUE la FNEQ dénonce : a) la fermeture d’écoles publiques lorsque ce n’est pas strictement nécessaire ; b) la fermeture d’une école publique tant qu’existe une école ::privée dans cette région ; c) l’ouverture de nouvelles écoles privées.&amp;lt;ref&amp;gt; « Les syndicats du privé dans la Fédération », Interaction, 11 novembre 1978, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière, enseignant au Petit Séminaire de Québec, a participé aux discussions : « L’éducation, selon la décision, est un service public et on doit abolir les écoles privées sans que cela se fasse sur le dos des personnes qui y travaillent. Donc vous nous intégrez. C’est une position forte. Les assemblées ont approuvé cette position. Cela favorisait même notre rapport de force dans la négociation : si ça ne va pas, on demande l’intégration&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis&lt;br /&gt;
Choinière, Pierre Patry, Ronald Cameron et Jean Murdock le 29 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette politique de la FNEQ sur le secteur privé – on négocie un financement correct et on les intègre dans le secteur public – n’a vu sa réalisation que dans quatre collèges : le Petit Séminaire de Saint-Georges, qui devient le cégep Beauce-Appalaches (1990) ; le Collège Marie-Victorin, qui devient le cégep Marie-Victorin (1993) ; l’École de musique Sainte-Croix, qui est intégrée au cégep de Saint-Laurent (1997) et le Collège de l’Assomption, qui est intégré au cégep régional de Lanaudière (1998).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette politique fédérale ne sera révisée qu’en 2015.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=Les négociations=&lt;br /&gt;
Quand le Syndicat professionnel des enseignants (SPE) est aboli entre 1972 et 1976, au fil de la transformation des sections locales en syndicats autonomes, les employeurs se déclarent libérés de l’obligation de négociation provinciale. Effectivement, les négociations qui suivent se font collège par collège. Pour plusieurs, les syndicats du privé et la Fédération ont eu tort de ne pas défendre à ce moment-là la négociation provinciale. Le privé est donc confronté à des négociations locales difficiles et fait même face à des grèves importantes au Petit Séminaire de Québec ainsi qu’au Collège Notre-Dame.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==DES CONFLITS MARQUANTS DANS DEUX ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS==&lt;br /&gt;
Les membres du Syndicat des enseignants du Petit Séminaire de Québec ont fait la grève en 1975 pour obtenir une convention collective satisfaisante. Les 57 enseignantes et enseignants laïques qui y travaillent, au secondaire comme au collégial, y assurent la grande majorité des charges de cours. Après plusieurs mois de négociation infructueuse et de moyens de pression divers, les enseignantes et les enseignants déclenchent la grève le 24 janvier après l’avoir votée à 95 %. Au cœur du litige : les salaires et les avantages sociaux ainsi que la sécurité d’emploi et la charge de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde, alors présidente de la FNEQ, donne la mesure du conflit dans le journal de la Fédération :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi parler de la grève du Séminaire de Québec ? Parce que cette institution résume peut-être de diverses manières les problèmes et les attitudes retrouvés dans l’ensemble du réseau et que de ce fait, ce conflit met en lumière la nécessité  de ne pas sous-estimer la résistance patronale vis-à-vis les revendications syndicales. S’il y a grève au Séminaire de Québec, c’est que quelque chose a changé tant chez tes syndiqués que chez les employeurs des institutions privées. Si cette grève dure si longtemps, c’est que ces changements n’iront pas sans heurter des habitudes et des mentalités. En ceci, la grève au Séminaire mérite une analyse afin d’en tirer des leçons, là comme ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Francine LALONDE, « Quelque chose a changé », Nouveau Pouvoir, vol. 6, no 2, février 1975, p. 2.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;AU COLLÈGE NOTRE-DAME&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
La négociation au Collège Notre-Dame (CND) se déroule autrement. La congrégation des frères de Sainte-Croix, propriétaires du Collège Notre-Dame et de l’Oratoire, tente un coup de force. Sous la gouverne du frère Bastien, franchement anti-CSN, antisyndicale, antisocialiste, la congrégation donne du poing sur la table et se distingue. Le collège participe à une négociation regroupée avec sept autres collèges. Leurs huit syndicats d’enseignantes et d’enseignants remportent cette table unique de négociation (le Collège Jean-de-Brébeuf, le Séminaire de Saint-Hyacinthe, le Séminaire de Joliette, le Séminaire Saint-François de Cap-Rouge, le Séminaire des Salésiens (Sherbrooke), le Séminaire Saint-Georges-de-Beauce et le Collège Notre-Dame). Alors que les négociations communes sont entreprises depuis mai 1975, qu’elles progressent plus que lentement, voilà qu’en novembre la partie patronale dissout la table de négociation et renvoie le tout au niveau local. Le syndicat du CND ne l’entend pas ainsi et tient un vote de grève. Les négociations reprennent au niveau local, difficilement, jusqu’au 18 décembre, où le syndicat rejette les offres patronales en assemblée générale et renouvèle son vote de grève au moment jugé opportun. Informée, la partie patronale déclenche le lockout dès le lendemain, à la veille du congé des Fêtes. Ce lockout ne touche que les 34 professeures et professeurs syndiqués du Collège, les privant ainsi de leur paye de vacances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lockout est levé le 3 janvier, mais le 5 janvier les professeures et professeurs ne rentrent pas au travail, aucune condition de retour au travail n’ayant été négociée. C’est la grève. Malgré cela, le collège reste ouvert au moyen d’une restructuration des groupes-cours et des horaires et d’une vaste entreprise de communication de la partie patronale vers les parents d’élèves. Dans le but de faire croire que rien n’a changé, que tout se passe pour le mieux. Neuf étudiants, qui se sont informés de la situation auprès du syndicat, sont mis à la porte. La grève se termine le 3 mars.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde en parle ainsi dans son rapport au conseil fédéral du 5 mars 1976 :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Il faut souligner avec force que malgré toutes les difficultés rencontrées et la détermination des frères de Sainte-Croix forts de l’appui de l’Association des ::Institutions de l’Enseignement privé de casser le syndicat, les professeurs du Collège Notre-Dame pourront rentrer au travail la tête haute lundi matin. Il y a, bien ::sûr, entre le projet de convention et la convention, un écart important, mais des gains certains laissent loin derrière le décret, et ce, à plusieurs égards. L’appui ::certain que nous avons apporté, en tant que fédération, a été lent à s’organiser – il a fallu compter avec le rodage des structures d’appui des cégeps et le retour ::tardif à la session d’hiver des professeurs de cégep – mais il y a certes un autre facteur qui a joué, et c’est l’enseignement privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
::Il y a des professeurs de collèges privés qui s’identifient au système d’enseignement privé, comme des travailleurs d’autres secteurs à leur usine par exemple, mais ::avec, en plus, le rôle d’intellectuels de service. C’est une constatation qu’il faut faire. Il y a aussi des professeurs de cégeps [sic] et d’universités [sic] qui ::identifient les professeurs des collèges privés à l’enseignement privé. Quand les syndicats des collèges privés seront tous combattifs comme quelques-uns qui ont fait ::leurs preuves, l’enseignement privé ne sera plus ce havre à l’abri des conflits syndicaux où tout se passe comme il y a 20 ans. Les conditions de lutte sont plus ::difficiles pour les syndicats des collèges privés : ils sont petits, très près des patrons – qui-agissent-en-propriétaires-paternalistes – et constamment menacés de ::fermeture du collège. Lors de la prochaine ronde de négociation, il faudra établir une coordination plus étroite entre les négociations des collèges privés, des ::cégeps et, souhaitons-le, de l’Université du Québec&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, 5 et 6 mars 1976, annexe 2, p. 2-3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==&amp;lt;u&amp;gt;LA NÉGOCIATION DE 1979&amp;lt;/u&amp;gt;==&lt;br /&gt;
Neuf des 16 syndicats que compte la FNEQ dans les établissements privés veulent une négociation commune, un comité de négociation unique. Ils aimeraient une table provinciale où tous les patrons seraient réunis. De plus, ils revendiquent leur place au front commun, aux côtés des enseignantes et des enseignants des cégeps, dont ils partagent les objectifs&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, no 2, 27 aout 1979.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs points de leurs conventions se ressemblent d’un collège à l’autre, mais ils recherchent une harmonisation plus poussée des conditions de travail dans les établissements concernés. Surtout, ils recherchent un mécanisme de sécurité d’emploi comme celui des cégeps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’esprit de collaboration – ou le rapport de force – qui existait au temps du SPE semble avoir disparu. Une négociation commune n’est plus à l’ordre du jour chez les patrons, qui rejettent la table provinciale à la faveur de négociations locales. Ils y ajoutent pour un temps le refus de libérer le comité de négociation syndical&amp;lt;ref&amp;gt;Interaction, 21 janvier 1979, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le public comme dans le privé, les syndicats n’arrivent pas à faire libérer leurs comités de négociation. Simplement de la mauvaise foi, une volonté d’exacerber la situation, de faire perdre du temps à la partie syndicale. Un affrontement éclate au Collège de Rosemont, où la direction refuse de réengager un professeur de philosophie, au mépris de la recommandation majoritaire du comité de sélection de ce département. La décision relève de la discrimination politique, la direction disant que ce professeur avait appuyé la grève étudiante lors de la session précédente et y avait même participé en présidant des assemblées générales. Le bras de fer dure une dizaine de jours et, finalement, le Collège réengage le professeur, « compte tenu des plus grandes difficultés appréhendées suite à la décision de votre A.G. [sic ]&amp;lt;ref&amp;gt;Nouveau Pouvoir, vol. 9, no 8, février 1979, p. 2&amp;lt;/ref&amp;gt;.» L’assemblée syndicale avait décidé de faire connaitre sur plusieurs tribunes la discrimination politique exercée par la direction du cégep.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les comités de négociation syndicaux libérés, chaque collège mène sa négociation de son côté, ce qui n’empêche pas la coordination. Tous sont partis sur la base des politiques fédérales décidées en conseil. Certains syndicats, dont celui du Séminaire de Saint-Georges de Beauce, arrachent une convention pratiquement identique à celle développée en conseil fédéral, exception faite du chapitre sur la sécurité d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;ref&amp;gt;Syndicat des moniteurs en conduite automobile&lt;br /&gt;
Ce nouveau syndicat accrédité depuis juillet 1979, rencontre toutes les difficultés imaginables que peut rencontrer un nouveau syndicat que le patron veuf [sic] absolument pas voir s’installer dans sa boîte: congédiement pour activités syndicales, tentatives pour marauder à l’aide d’un syndicat de boutique, tentatives pour faire démissionner des membres en leur promettant la concession de nouvelles franchises, non-prélèvement des cotisations syndicales, lenteurs indues pour déposer les propositions patronales (qui ne respectent même pas les conditions minimales de travail prévues à la Loi). Certaines des sections de ce syndicat (celles regroupant les écoles de conduite Lauzon ) ont déclenché une grève de 3 semaines durant l’été et ont dû y mettre fin suite à une nouvelle procédure de contestation de leur accréditation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nouveau Pouvoir, vol. 10, no 1, octobre 1980, p. 4&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l'Université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le Syndicat des Professeurs de L’Université du Québec (SPUC) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Université du Québec est instituée en 1968 et son campus montréalais, l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ouvre ses portes en 1969. Dès l’ouverture, des professeures et professeurs s’organisent en association, qui est rejetée, puis en syndicat. Le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec (SPUQ) est créé en 1970, s’affilie à la FNEEQ et à la CSN, et est accrédité en 1971. Il est le premier syndicat de professeures et professeurs d’université à s’affilier à une centrale ouvrière. En 2019, il est toujours membre de la CSN, mais a quitté la FNEEQ pour la Fédération des professionnèles (FP-CSN) en 1989.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-SPUQ Greve 1976 1-v2.png|vignette|Ligne de piquetage lors de la grève de 1977.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès leur première négociation à l’automne 1971, les professeures et professeurs tiennent une grève de deux semaines et demie, prolongée de trois jours après l’entente afin que l’Université donne un plein salaire aux employés de soutien qui n’avaient pas traversé leurs lignes de piquetage. Ils obtiennent la permanence des enseignantes et des enseignants ainsi que l’autonomie départementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SPUQ joue un rôle déterminant dans la formation, en 1973, du Comité de liaison intersyndical de l’Université du Québec (CLIUQ), une instance de concertation pour les syndicats de professeures et professeurs des différentes constituantes de l’Université du Québec. Louis Gill, professeur d’économie à l’UQAM et membre du SPUQ, nous raconte: « À l’initiative du CLIUQ, un comité de coordination des négociations dans le secteur universitaire (CCNSU) a vu le jour en 1975, réunissant les syndicats de professeurs des constituantes de Montréal, Trois-Rivières et Rimouski, alors affiliés à la CSN, et les syndicats de professeurs de la constituante de Chicoutimi, de l’INRS et du Centre universitaire de l’Ouest québécois (CEUOQ), alors affiliés à la CEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Louis Gill, « Vingt-cinq années de syndicalisme universitaire 1971-1996 », 25 ans de&lt;br /&gt;
syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p. 48&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1976-SPUQ Greve 1976 2.png|vignette|En 1977, le SPUQ fait la grève pendant 123 jours, tenant tête à l'Université qui s'attaque à l'autonomie départementale.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1977, le SPUQ fera une autre grève, plus dure celle-là, qui durera 123 jours. La préservation des salaires des employées et employés de soutien sera encore un enjeu dans le règlement, et un gain comme en 1971. Jean-Marc Piotte nous raconte : « Le siège social – l’Université du Québec – voulait casser le syndicat. On a gagné, mais ce fut difficile. Les profs de Science de la gestion continuaient de donner leurs cours dans d’autres locaux, avec salaires. Cela est ensuite devenu impossible avec la loi anti-scabs que notre grève a concouru à créer. Une grève très dure avec comme enjeu le contrôle de la commission des études. Nous y avions la majorité, que nous avons perdue avec l’ajout des chargées et chargés de cours et des étudiantes et étudiants&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean-Marc Piotte le 18 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. » L’assemblée départementale, composée uniquement de professeures et professeurs, conserve l’approbation du choix des nouveaux profs. Sur les autres sujets, ses décisions doivent être entérinés par la commission des études. Il revient aussi à l’assemblée générale du syndicat de désigner les délégations professorales aux instances universitaires. Ce contrôle échappe ainsi à la direction de l’Université, qui le revendiquait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce conflit marque un jalon important dans l’histoire de l’Université du	Québec, comme l’écrit Simone Landry, présidente du SPUQ de 1993 à 1997, dans le document syndical du 25e : « […] la plus grande offensive des années soixante-dix contre la démocratie universitaire dans le réseau de l’UQ se retrouve dans le projet de réforme du président Robert Després, adopté par l’Assemblée des gouverneurs le 26 juin 1974. Cette réforme centralisatrice visait à transformer en profondeur l’Université du Québec et l’ensemble de ses constituantes. […] Une grève de quatre mois à l’UQAM, en 1976 et 1977, événement mythique dans l’histoire de notre syndicat, eut raison de cet effort inouï pour détruire l’autonomie des universités en même temps que la démocratie universitaire. À l’UQAM, ce fut le dernier grand affrontement sur ces principes fondamentaux, qui furent maintenus dans les conventions collectives subséquentes&amp;lt;ref&amp;gt;Simone Landry, « Démocratie et syndicalisme universitaires en contexte de décroissance économique », 25 ans de syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p. 34&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit du SPUQ suscite de nombreux appuis de syndicats, fédérations et centrales syndicales, de personnalités du monde des arts, des sciences et des médias, et du monde universitaire. Le SPUQ bénéficie également à l’interne de l’appui du SEUQAM, du SCCUQ et de l’AGEUQAM&amp;lt;ref&amp;gt;SPUQ, « Historique du syndicat », Qui sommes-nous ?, [en ligne]. [spuq.uqam.ca/ profil/ historique/ faits_ marquants/] (page consultée le 10 juin 2019)&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fortes tensions au sein du SPUQ. À l’assemblée générale statutaire du printemps 1979, pour la première fois dans l’histoire du syndicat, deux équipes complètes sont candidates à la direction du syndicat, l’une incarnant la continuité militante du syndicat, jusque-là en contrôle; l’autre plus modérée, voire conservatrice, qui l’emporte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les années 1970, dans les Universités, les syndicats de professeures et professeurs et de chercheuses et chercheurs suivants sont affiliés à la FNEQ-CSN :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Chercheurs de l’Université du Québec (SCUQ), qui représente les employés des groupes bureau, métier et service, aide technique, professionnel et technique de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Le SCUQ comprend plus de deux cents membres répartis dans quatre centres de recherche ainsi qu’à l’administration générale. Il sera affilié à la FESP après avoir quitté la FNEQ ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Professeurs de l’Université du Québec (SPUQ) à l’UQAM ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des Professeurs de l’Université du Québec à l’UQTR, Trois-Rivières ;&lt;br /&gt;
—	le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec à l’UQAR, Rimouski, affilié en 1976.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre mois à peine après la création du Centre d’études universitaires de Rimouski, premier nom de l’UQAR, une association de professeurs et de professeures se crée en novembre 1969. Ce regroupement se transforme en syndicat professionnel l’automne suivant, puis devient un syndicat accrédité en février 1973.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1974-1975, un mouvement de centralisation des pouvoirs patronaux entre les mains de la direction de l’Université du Québec, à l’initiative du président Robert Després, incite les membres du SPPUQAR à s’affilier à la CSN en mars 1976, où se trouvent déjà nos collègues de l’UQAM (SPUQ). Le premier résultat tangible de ce mouvement est l’obtention, en 1977, d’une nouvelle convention collective, mais celle-là modelée sur celle du SPUQ et dont l’armature essentielle subsiste encore aujourd’hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la deuxième partie des années 1980, un sentiment de malaise croissant est ressenti par les membres du SPPUQAR à l’égard de la CSN et ils décident de se désaffilier de la centrale en octobre 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les Chargées et Chargés de Cours ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire des chargées et chargés de cours à la FNEEQ est exceptionnelle. Avant leur syndicalisation, ces travailleuses et ces travailleurs sont carrément le lumpenprolétariat de l’enseignement à l’université. Ils sont précaires, mal payés, mais éduqués. Leur niveau de frustration très élevé leur donne la force de se regrouper et d’innover. Il n’est pas exagéré de dire que les conditions de travail des chargées et chargés de cours au Québec sont aujourd’hui les meilleures en Amérique du Nord dans cette catégorie d’emploi. Un modèle, initié par les chargées et chargés de cours de l’UQAM dans les années 1970. Le choix était simple: soit on répartissait la misère, soit on s’attaquait à la précarité pour en arriver à avoir un travail intéressant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Précaires et sans protection, les chargées et chargés de cours de l’UQAM des années 1970 y donnent la moitié des cours au premier cycle. Ils sont dans une position ambigüe : le SPUQ aimerait bien avoir une section « chargées et chargés de cours», mais ces derniers craignent de se retrouver dans le même syndicat que leurs « patrons ». Après un bref regroupement des chargés de cours (RCC), le SCCUQ demande son accréditation en décembre 1976, en pleine grève du SPUQ. Il est accrédité 14 mois plus tard, en février 1978.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les relations SPUQ et SCCUQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis Gill : « Dès 1972, s’est développé à l’UQAM un mouvement de syndicalisation des chargés de cours. Le SPUQ, qui a appuyé ce mouvement dès le départ, favorisait cette syndicalisation dans le cadre d’une section du SPUQ. L’équipe qui s’est emparée du projet au moment de la grève de 1976-1977 a plutôt opté pour la formation d’un syndicat indépendant. Déjà tendus au moment de cette formation, les rapports entre le SPUQ et le SCCUQ se sont considérablement détériorés, plus particulièrement au cours de la première grève que le SCCUQ a menée en 1979. Ces rapports se sont améliorés par la suite pour s’envenimer de nouveau en 1987 au cours de la deuxième grève du SCCUQ. Dans un climat beaucoup plus serein aujourd’hui subsistent néanmoins des germes de tension. Ceux-ci tiennent à des conceptions fondamentalement différentes, voire diamétralement opposées, de l’enseignement universitaire et de ses liens essentiels avec la recherche&amp;lt;ref&amp;gt;Louis Gill, « Vingt-cinq années de syndicalisme universitaire 1971-1996 », 25 ans de syndicalisme universitaire, SPUQ, 1996, p.  47-48&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:1979-04-SCCUQ Viree 26041979-v2.png|vignette|Les chargées et chargés de cours de l'UQAM reçoivent l'appui des autres syndicats de l'Université lors de leur grève de 1979.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Finalement, alors que le SCCUQ négocie sa première convention collective, chargées et chargés de cours ainsi que professeures et professeurs s’entendent sur un protocole d’harmonisation de leurs conventions collectives. Cette première négociation du SCCUQ, marquée par une grève de deux mois à la session d’hiver, se soldera par une première convention collective de haut niveau, même si imposée par voie d’arbitrage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et les chargés de cours de l’Université de Montréal s’organisent à compter de l’été 1978. Insatisfaits de leurs conditions de travail et de l’indifférence du syndicat des professeurs (SGPUM) à leur égard, une quarantaine de chargées et chargés de cours mettent sur pied un syndicat et entreprennent une campagne de signatures de cartes. Ils vont mettre huit ans avant de négocier une première convention !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève des permanents de la CSN ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1980, un événement exceptionnel se produit dans l’univers de la CSN: les permanents – c’est ainsi qu’on nommait alors les conseillers et les employés de soutien – se mettent en grève. Il y a incompréhension entre les employés et la partie confédérale sur la question du pouvoir. Les uns désirent plus d’autonomie dans leur travail, privilégient le travail d’équipe et la coordination, alors que les autres craignent de perdre le contrôle. Une histoire qui pourrait ressembler à ce qui s’est passé dans les années 1970 dans les cégeps. Ce n’est donc pas surprenant que la FNEQ ait joué un rôle important dans la résolution du conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Comité école et société ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Le laboratoire d’idées de la Fédération =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sixième année d’existence de la FNEQ (1974-1975) se déroule dans un climat social et syndical tendu, voire explosif: le taux annuel d’inflation dépasse les 10 %, le deuxième front commun a été formé de peine et de misère sous fond de tensions et de luttes intersyndicales (notamment dans les chantiers de construction à la Baie-James et au futur stade olympique), la lutte pour la défense de la langue française continue à prendre de l’ampleur&amp;lt;ref&amp;gt;En juillet 1974, le gouvernement libéral de Robert Bourassa fait adopter le controversé projet de loi 22 qui fait du français la seule langue officielle au Québec. Au cours de l’année, le Conseil fédéral de la FNEQ recommande aux comités exécutifs syndicaux de soumettre au vote de leur assemblée générale la recommandation suivante : « le Syndicat des professeurs recommande à ses membres d’exiger désormais de leurs fournisseurs l’emploi de la langue française, dans les factures que ces derniers leur adressent.» procès-verbal, conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt; malgré des avancées récentes, des conflits de travail surgissent dans tous les domaines et l’essoufflement de l’élan de la Révolution tranquille se constate de plus en plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas moins de quinze nouveaux syndicats s’étant affiliés à la FNEQ durant l’année&amp;lt;ref&amp;gt;Les syndicats des établissements suivants : Cégep Ahuntsic, Cégep Champlain-St.Lawrence, Collège Jean-de-Brébeuf (collégial et secondaire), Collège de Lévis, Séminaire Saint-Georges, Collège Sainte-Anne de la Pocatière, Séminaire Saint-François, Séminaire Salésien, Séminaire de Joliette, Collège Saint-Damien, Collège Notre-Dame, Séminaire de Chicoutimi, Séminaire de Saint-Hyacinthe, Collège du Lac-Saint-Jean (Alma)&amp;lt;/ref&amp;gt;, on devine que les besoins entourant cette forte croissance sont imposants. Le rapport du vice-président, Guy Demers, fait état de la profusion des mandats donnés par les conseils fédéraux et de la difficulté de les remplir tous, notamment par manque de disponibilité des membres des comités ad hoc de la Fédération et du trop grand nombre de réunions auxquelles doivent assister les membres du comité exécutif. Il termine sa présentation par un cri du cœur : « Moins mais mieux&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt;! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De toute évidence, la Fédération a un urgent besoin de renforts. Lors du conseil fédéral de juin, un sous-comité du bureau fédéral recommande que la FNEQ se dote d’un comité sur l’école et la société qui mènerait deux types de recherche : l’une, à court terme, pour procéder à une analyse détaillée des rapports sur l’éducation publiés récemment par différents organismes&amp;lt;ref&amp;gt;On fait allusion, plus spécifiquement, au rapport du comité de liaison enseignement supérieur – enseignement collégial (CLESEC) paru en janvier 1975, ainsi que le rapport Nadeau du Conseil supérieur de l’éducation paru en juillet 1975, dont les conclusions menacent tous deux la sécurité d’emploi des enseignantes et des enseignants&amp;lt;/ref&amp;gt; ; la seconde, à moyen terme, dont l’objectif serait de « former une équipe qui aurait comme tâche d’expliciter la politique de la FNEQ en matière d’éducation dans une perspective socialiste, préparant les futurs travailleurs et travailleuses à avoir prise sur la société dans laquelle ils vivent et ils vont vivre&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, juin 1975&amp;lt;/ref&amp;gt;. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est le coup d’envoi du Comité école et société, le tout premier comité permanent créé par la FNEQ. À l’origine, il est constitué de deux personnes militantes, libérées partiellement de leurs fonctions d’enseignement, ainsi que du vice-président ou de la vice-présidente de la Fédération. Le conseil fédéral adopte, l’année suivante, un budget annuel récurrent pour en assurer la pérennité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une orientation politique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que la création de ce comité s’inscrit résolument dans l’optique d’un élargissement des fronts de résistance de la Fédération. Il s’agit d’un geste syndical significatif et audacieux qui transcende la défense traditionnelle des intérêts immédiats, tels que les conditions de travail et les salaires. Le comité école et société est conçu comme un véhicule du deuxième front ; Guy Demers assure que « c’est la seule façon de stopper l’asservissement de plus en plus marqué de l’enseignement aux impératifs de la division sociale et de l’entreprise privée au détriment de la démocratie, de la culture, de la critique&amp;lt;ref&amp;gt;Procès-verbal, Conseil fédéral FNEEQ, août 1976&amp;lt;/ref&amp;gt; ». La Fédération a fait le choix délibéré de miser sur l’expertise terrain de celles et ceux qui œuvrent dans le milieu. En résulte une lecture engagée et toujours actualisée des débats du monde de l’enseignement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès les débuts, on demande au comité école et société de centrer son action autour de deux missions complémentaires : la réflexion et l’orientation. Il pose son regard sur l’actualité québécoise, tout en s’inspirant des courants de pensée sur l’éducation à travers le monde afin de renseigner les membres et d’éclairer leurs débats pour que la Fédération prenne des positions sur les enjeux qui touchent le monde de l’éducation. Jusqu’à ce jour, le comité est resté fidèle à son engagement politique et à ses mandats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une bibliothèque vivante ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La publication de mémoires, d’avis et de documents de référence constitue le mode principal de diffusion des idées du comité école et société. Au cours des années, suivant l’actualité, le comité a proposé quantité d’analyses sur des sujets très variés. Pour donner une idée de l’ampleur de ses travaux, le tableau suivant dresse une liste non exhaustive des sujets abordés par le comité école et société au cours des quatre décennies de son existence :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1975-1985 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation professionnelle – Réforme de l’enseignement collégial – Nouveau programme pédagogique au secondaire – Changements technologiques – Rôle de l’école publique – Éducation des adultes –	Plateforme de pédagogie progressiste – Modes d’évaluation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1985-1995 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Privatisation des services publics en éducation – Plateforme CSN en éducation – Impact du libre-échange – Autonomie professionnelle – Précarisation de l’emploi – Dossier sur l’école privée – Modifications aux lois – Financement des universités&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 1995-2005 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Populations étudiantes diversifiées – Relève enseignante – Harmonisation interordres – États généraux sur l’éducation – Nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) – Formation professionnelle et technique – Réforme de l’éducation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 2005 à aujourd’hui ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bilan de la réforme – Évaluation de l’enseignement – Financement de l’école privée – Enseignement de l’histoire – Internationalisation&lt;br /&gt;
– États généraux de l’enseignement supérieur – Violences à caractère sexuel – Formation des maîtres – Téléenseignement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’à la fin des années 1980, le comité école et société organisait des « sessions », environ deux fois par année, afin d’assurer la diffusion des idées et de nourrir sa réflexion au contact des membres de la Fédération. Lors de ces rencontres, les représentants et représentantes des comités école et société locaux étaient invités à partager leur expérience, à étudier des documents de travail sur des enjeux collectifs et à proposer des pistes permettant éventuellement de baliser les positions de la Fédération. La formule a été renouvelée à partir des années 2000 avec la préparation ponctuelle de formations ou de tournées du comité afin de rejoindre les membres des syndicats, notamment dans les régions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À partir de 2007, le comité école et société choisit d’ajouter une autre corde à son arc en publiant régulièrement des chroniques. La brièveté de ce format lui permet de faire un compte rendu de ses travaux, mais aussi de cibler des sujets qui marquent l’actualité du monde de l’éducation ici et ailleurs : décrochage scolaire, plateformes électorales des partis, comptes rendus de colloques, finances publiques, etc. Souvent reprises dans les journaux syndicaux locaux, ces chroniques marquent les moments forts des quinze dernières années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour terminer ce portrait du comité école et société, laissons la parole à ses rédacteurs et rédactrices. Même s’il n’est pas facile de faire un choix parmi les 85 chroniques, nous proposons d’abord la lecture de la toute première, qui porte sur la libéralisation du commerce international (dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS)) et ses impacts, notamment, sur le secteur de l’éducation. Il s’agit d’une question récurrente abordée par le comité. La chronique sur la mobilisation étudiante du printemps érable, écrite en mai 2012, nous semble un véritable incontournable, car elle montre la portée sociale et politique de cet événement tout en témoignant de l’effervescence de cette période. Enfin, nous avons choisi de partager la chronique du comité publiée à la veille de la première rencontre des États généraux de l’enseignement supérieur à Québec, car elle présente à la fois les enjeux et l’ampleur de cet événement. Ces chroniques, publiées à cinq années d’intervalle, donnent le pouls de l’actualité de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 1 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résistance contre l’AGCS ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les nouvelles stratégies ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Septembre 2006 – la suspension des négociations du cycle de Doha à l’organisation mondiale du commerce (OMC), en juillet 2006, n’a pas sou­ levé une grande attention médiatique. pourtant, cet événement aura des conséquences majeures sur les populations des 149 pays membres de cette grande organisation, qui a comme objectif de libéraliser le com­merce international.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rappelons les faits. Le cycle de Doha, appelé fallacieusement « cycle du développement », proposait principalement l’élimination des subventions et des barrières tarifaires dans le domaine de l’agriculture, la réduction des tarifs douaniers pour les produits non agricoles et une libéralisation des services suite à une complexe opération de marchandage, à travers laquelle les pays demanderaient la soumission de certains secteurs – tels éducation, eau, poste et courrier, télécommunications, etc. – aux règles de la concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’arrêt des négociations a eu comme conséquence de paralyser l’en­semble de l’OMC. Ainsi était-­il prévu, dans le cadre de l’AGCS, de s’attaquer aux réglementations intérieures, normes, qualifications, standards pouvant être vus comme des « obstacles au commerce ». Ces lois pour­raient être soumises à des « tests de nécessité », forçant les pays à les défendre devant des panels d’experts à l’OMC. subissant les contre­ coups de l’échec du cycle de Doha, ces négociations semblent elles aussi stoppées. Mais l’OMC n’a jamais cessé de nous réserver des surprises : à tout moment, les négociations peuvent reprendre. Plusieurs pays ont exprimé la volonté que soit relancé le cycle de Doha et de nombreux négociateurs s’activent dans l’ombre pour remettre l’OMC sur ses rails.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur de l’éducation – entre autres par la voie de l’internationale de l’éducation – a manifesté à plusieurs reprises son désaccord avec les politiques de l’OMC et avec la façon dont on considère l’éducation dans l’accord général sur le commerce des services (AGCS). Selon de nombreux intervenants, ce secteur ne doit pas se plier aux lois de l’offre et de la demande ; il doit éviter une marchandisation généralisée qui empê­cherait de rendre l’école accessible à tous, qui la rendrait servile aux besoins du marché et accorderait une importance démesurée au critère de rentabilité. Pourtant, plusieurs pays ont affirmé leur volonté de libé­raliser leur secteur de l’éducation dans les négociations reliées au cycle de Doha. Suite au dernier sommet de l’OMC, qui a eu lieu à Hong Kong en décembre 2005, un groupe de pays, dirigé par la Nouvelle­Zélande, a adressé des demandes de libéralisation qui concernent, entre autres, l’éducation supérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des pays tels que l’Inde et le Canada défendent ce qu’on appelle, dans le jargon de l’OMC, le « mode 4 ». Ce « mode » permettrait, dans le secteur de l’éducation par exemple, l’exportation d’enseignants pour un temps limité. Les conditions de travail de ces enseignants se rapprocheraient de celles du pays d’origine, et non pas de celles du pays d’accueil. Ceci provo­querait une inquiétante concurrence entre les travailleurs et aurait comme conséquence de dégrader de façon considérable les conditions d’emploi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du temps pour résister, revoir ses stratégies ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc considérer la suspension des négociations comme une excellente nouvelle. Plusieurs opposants à l’AGCS étaient déconcertés par les pas de géant avec lesquels l’OMC avançait. Comment pouvait-­on alarmer les populations sur des sujets larges et complexes, alors que le cycle de Doha devait se terminer en décembre 2006 et que tout devait se résoudre avant que George W. Bush ne perde, en juillet 2007, son&lt;br /&gt;
« fast track », obtenu le lendemain du 11 septembre ? (ce « fast track » lui permet de faire adopter tout accord de commerce sans que ceux-­ci ne puissent être amendés par le congrès).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, il ne faut pas oublier que la suspension des négociations n’est en rien reliée à une remise en question de la libéralisation des services. Le cycle de Doha a échoué parce que les pays membres de l’OMC ne parvenaient pas à s’entendre sur la question de l’agriculture, essentiellement. L’AGCS reste donc intact.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais les opposants à l’AGCS ont désormais un allié précieux : ils ont du temps. Ils ne sont plus bousculés par des échéances trop serrées, ils peuvent s’organiser, réfléchir à des stratégies de lutte, à des alternatives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conjoncture internationale leur est désormais favorable. Les plans d’ajustement structurel dans les pays du sud, qui exigeaient une libé­ralisation systématique des services, ont donné des résultats catastrophiques. Le fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, qui prônent cette libéralisation, sont désormais en crise, et de nombreux pays évitent désormais d’avoir recours à eux. Dans les pays du nord, des libéralisations dans des secteurs vitaux comme l’eau et les transports ont donné, comme dans le sud, des résultats déplorables. Exemple parmi tant d’autres : la privatisation du chemin de fer au Royaume-Uni a été un flagrant échec ; le prix des billets a augmenté, la qualité du service a diminué et les accidents sont devenus plus nombreux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La libéralisation des services se défend donc très mal. Pourtant elle reste à l’agenda politique dans tous les pays, elle continue à être souhaitée par les grandes compagnies et l’AGCS demeure pour celles­-ci un instrument privilégié permettant de la favoriser à une très large échelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De nouveaux Fronts de résistance ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les villes ont été parmi les premières à agir activement contre l’AGCS. À la suite de Vancouver en 2000, de nombreuses municipalités ont demandé une exemption de l’AGCS, ce que leur a refusé le gouvernement cana­ dien. En Europe, de très nombreuses villes, régions, communes se sont déclarées hors AGCS. Au Québec, plus de trente villes, dont Montréal et Québec, ainsi que les deux fédérations de municipalités, ont adopté des résolutions qui s’opposent à cet accord. Depuis trois ans, en Europe, les collectivités locales contre l’AGCS se réunissent une fois par année pour organiser la lutte et défendre les services publics. Cette année, leur convention, qui rassemble aussi bien des élus, des syndicalistes et des représentants de la société civile, se veut internationale et aura lieu à Genève les 28 et 29 octobre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le secteur de l’éducation, l’Internationale de l’éducation est deve­nue l’un des observateurs les plus attentifs de l’évolution des négo­ciations dans le cadre de l’AGCS. ses rapports nous renseignent avec précision sur les positions des différents pays quant à la libéralisation du secteur. Cette solide connaissance du dossier permet de faire pres­sion sur les négociateurs et d’interpeller plus efficacement les représen­tants des gouvernements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Québec et au canada, se sont créés de façon informelle des comi­tés AGCS, composés de syndicats et de regroupements de citoyens. Ces comités ont comme objectifs d’informer les populations québécoise et canadienne sur les méfaits de l’AGCS et de sensibiliser les élus aux conséquences d’une libéralisation étendue du secteur des services. La suspension des négociations à l’OMC laisse place à une grande remise en question de cette libéralisation effrénée dans laquelle nous sommes engagés. Comment la mise aux enchères des services peut-­elle profiter à l’ensemble des populations ? Comment peut-­on valoriser, répandre et rendre plus efficaces les services publics ? Y a-­t-­il moyen de revoir le financement des services publics par une fiscalité plus équitable, plutôt que de tout abandonner à l’entreprise privée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà des questions qui concernent tous les citoyens et auxquelles il fau­dra répondre suite à un vaste débat. La suspension des négociations à l’OMC nous en donne clairement la possibilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 47 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Un printemps québécois ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un printemps québécois : Les étudiants portent l’étendard du Bien Commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mai 2012, les jeunes Québécois se sont mobilisés pour la défense col­lective d’un héritage issu du pacte social québécois : l’équité dans la dis­tribution des richesses et la transmission des acquis sociaux entre les générations. La FNEEQ et la CSN ont largement appuyé leur lutte, qui est aussi la nôtre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une mobilisation exemplaire ! ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les manifestations urbaines se sont multipliées dans les rues, tout au long des mois de mars et d’avril, mobilisant des masses popu­laires dépassant tout ce qu’on a vu depuis longtemps. De nombreuses citoyennes et citoyens de tous âges et de toutes allégeances s’y sont joints, et plusieurs ont signalé leur sympathie à la cause commune. Il ne faudrait pas croire que cette lutte, comme certains ont voulu la réduire, était l’expression de l’égoïsme d’une génération immature, celle qui refuse d’assumer sa « juste part » des coûts toujours croissants de la formation. La jeunesse fait face à un déni de démocratie de repré­sentation, tout en vivant une expérience concrète d’éducation à la par­ticipation politique. Elle a appris que l’exercice cynique et méprisant du pouvoir doit être dénoncé. Avec la hausse des frais de scolarité, le gouvernement du Québec a choisi les étudiants comme première cible dans sa stratégie pour transformer le rôle de l’état. Il savait que les jeunes n’avaient pas en leur faveur la protection des lois du travail ni d’autres lois protégeant les moins nantis. La plupart de ces jeunes ne paient pas d’impôt, travaillent au salaire minimum et n’ont pas droit à l’aide sociale. Les voilà boucs émissaires d’un gouvernement autoritaire qui recherche la division sociale et impose aux plus pauvres des tarifications élevées et des augmentations de taxes, des mesures nettement régressives. Les jeunes répondent très justement : la grève est étudiante, la lutte est populaire. Leur victoire sera celle de tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des enjeux de société ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La riposte à cette stratégie ignoble s’est manifestée par un appui popu­laire que les prétendus sondages par internet – peu fiables­ ont mal éva­lué et que les médias ont claironné : la société québécoise est divisée sur l’enjeu des frais de scolarité, mais elle serait prête à payer plus d’impôt pour le maintien des services sociaux, selon un récent sondage fiable, celui­-là (NPD canada). L’éducation supérieure est un service public de premier ordre, qui devrait être assumé par tous et non un bénéfice per­sonnel acquis comme marchandise. Il n’y a pas d’investissement collectif plus important pour l’avenir et pour les nouvelles générations. Les aînés qui ont connu la révolution tranquille le savent bien et ils ont encouragé leurs enfants (les babyboumeurs) à faire des études poussées jusqu’à l’université, si possible. c’est en ce sens que Guy Rocher a rappelé que le	rapport Parent, dont il était l’un des auteurs, préconisait la gratuité sco­laire, et ce, même jusqu’à l’université. C’est aussi la revendication émise par de nombreux groupes sociaux et qui est reprise dans la nouvelle plateforme CSN en éducation ( première orientation et proposition 46 ).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte des étudiantes et des étudiants se joint à celle de la grande coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics qui regroupe plus d’une centaine d’organisations de la société civile pour la défense du bien commun (dont l’ASSE et la FECQ), contre la dégradation de notre pacte social de solidarité collective. Comme pour nous tous, c’est cet enjeu principal que défendent actuellement les étudiants. La contestation étudiante soulève un important débat de société ; elle s’attaque à des mesures qui menacent tous les services publics et notre devenir collectif. Les citoyennes et les citoyens du Québec ne doivent pas se diviser sur cet enjeu, comme certains incitent à le faire en stigmatisant l’actuelle lutte étudiante par des pirouettes sémantiques et des propos démagogues. Il suffit d’entendre les blâmes unanimes des ténors de la droite pour comprendre à quel point on cherche à monter la population contre les grévistes. Cette stratégie du gouvernement mène à un cul-­de-­sac. Elle est irresponsable, autoritaire et divisante. Nous devons la dénoncer fermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le dénouement à venir ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement libéral du Québec semble ne rien comprendre à l’im­portant mouvement social qui bouleverse le Québec. Il est empêtré dans un fouillis des scandales depuis deux ans et plus. Il n’arrive plus à sur­ monter les crises, et pas seulement celle du mouvement étudiant. Un gouvernement désemparé est un mauvais gouvernement, car il sème de l’inquiétude plutôt que d’assurer la cohésion sociale. La flopée d’injonctions infligées aux universités et aux cégeps révèle bien ce désarroi de nos dirigeants. Aux droits collectifs démocratiquement exprimés, on a opposé des droits individuels et privés, brimant ainsi le droit de mani­fester librement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Québec vit la renaissance d’un mouvement social en action. De nombreux citoyennes et citoyens prennent la rue comme lors du grand rassemblement pour la défense du bien commun, le Jour de la terre, le 22 avril. Le mouvement spontané des profs contre la hausse a aussi su s’affirmer. Les enseignantes et les enseignants qui en font partie tra­vaillent quotidiennement avec les étudiants et sont très conscients des enjeux de la grève. Certains leur reprochent d’avoir un parti­ pris en faveur de la cause étudiante !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après onze semaines de grève, plusieurs groupes et personnalités ont proposé des plans de sortie de crise, ou d’agir comme médiateurs, mais le gouvernement a refusé et s’est entêté dans son intransigeance. Des&lt;br /&gt;
blagues désobligeantes du Premier ministre sur les étudiants, le 20 avril dernier, ont ajouté l’insulte à l’injure et ont fait la preuve de sa grande incompréhension des revendications étudiantes. Une trêve a été accep­tée par les associations étudiantes afin d’entreprendre la négociation, mais le gouvernement a ensuite décidé de négocier sur la place publique, en tentant au passage de diviser le mouvement étudiant. L’issue reste incertaine au moment d’écrire ces lignes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Québec est mûr pour aller aux urnes afin de déloger ce gouvernement irresponsable qui a trop duré, un gouvernement qui brade nos richesses et qui met en péril notre pacte social de solidarité. « libérez-­nous des libéraux », disait Loco Locas ; mais aussi de la corrup­tion, des amis du régime et du cynisme de nos dirigeants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chronique 78 =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== États généraux de l’enseignement supérieur au Québec ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mai 2017 ­- le coup d’envoi des états généraux de l’enseignement supé­rieur (ÉGES) aura lieu le 18 mai 2017 à l’Université Laval, à Québec. L’objectif visé par cet événement consistera, notamment, à définir différentes stratégies communes pour identifier des éléments de conver­gence et tenter de dégager une vision commune de l’enseignement supérieur émancipateur, de qualité et gratuit et en faire une priorité poli­ tique d’ici les prochaines élections provinciales. Il s’agit d’un événement unique, voire historique. Jamais, dans l’histoire récente du Québec, n’a­ t­on vu une telle convergence de l’ensemble des acteurs de l’éducation supérieure pour l’organisation d’une telle rencontre citoyenne, non par­ tisane, libre, ouverte et gratuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait facile, voire plus simple, de baisser les bras et d’abandonner face à la montée du fondamentalisme managérial, plutôt que de com­battre cette tendance qui s’incruste de plus en plus profondément dans tous les secteurs de l’éducation. De moins en moins collégiale et de plus en plus néolibérale, la gouvernance de l’enseignement supérieur tend maintenant plutôt vers le profit, l’efficience, la performance et la compé­tition que vers la création et la diffusion d’un savoir libre, démocratique et gratuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’éducation « humaniste », celle qui vise, entre autres, à faciliter l’inté­gration citoyenne, le développement de soi et le progrès social, est en perte de vitesse un peu partout dans le monde. Elle est progressivement remplacée par une éducation toute proche des besoins des entreprises. Bien qu’elle puisse avoir sa place en principe, cette « adéquation forma­tion ­emploi » ne fait que répondre aux pressions des entrepreneurs et du privé, aux dépens des besoins de la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment s’opposer, ralentir voire renverser ce mouvement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) a déjà fait obstacle à plusieurs assauts contre l’enseigne­ment supérieur, comme les projets de loi sur la gouvernance ou l’instauration de l’assurance qualité. Elle a soutenu les missions humanistes d’enseignement, de recherche et de création spécifiques à l’enseigne­ment supérieur ainsi que la nécessité de préserver la liberté acadé­mique et l’autonomie professionnelle du personnel enseignant. Elle a toujours milité en faveur de l’amélioration des conditions de travail, et a fermement soutenu les chargées et chargés de cours, et les autres caté­gories de personnel dont la contractualisation est maintenant devenue la norme. Mais la tendance managériale en enseignement est dominante et nos institutions sont mises à mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis plusieurs années, la FNEEQ souhaitait la tenue d’états généraux de l’enseignement supérieur pour faire le point sur la condition de nos institutions collégiales et universitaires, et proposer de nouvelles pers­pectives pour que l’éducation supérieure retrouve une place prioritaire dans la construction d’une société juste et prospère. On rappelle qu’en 2012­-2013, le gouvernement du Québec avait organisé un sommet de l’enseignement supérieur et que la FNEEQ, à l’instar d’autres acteurs en enseignement supérieur, y avait participé, malgré les risques d’instru­mentalisation par une entreprise de légitimation politique du parti qué­bécois, sans grandes avancées pour l’éducation supérieure. Nous avions alors l’espoir de nous faire entendre, notamment sur l’instauration d’une structure de gestion participative des universités, sur la gratuité sco­laire et sur l’offre des programmes dans le réseau collégial. Quelques mois plus tard, dans la cadre d’une instance fédérale, considérant que le sommet était loin d’avoir apporté les avancées espérées, la FNEEQ recevait le mandat d’organiser des états généraux de l’enseignement supérieur, le tout avec le plus grand nombre possible de partenaires des secteurs universitaires et collégiaux. Le grand défi était de créer une vaste coalition. Grâce à plusieurs activités, toutes axées sur les divers secteurs de l’enseignement supérieur, la coalition a pris forme. Notre premier véritable test a été l’organisation de l’espace éducation dans le cadre du Forum social mondial de Montréal en août 2016. Lors du bilan, très positif, de ce travail collectif, nous avons présenté notre pro­ jet d’états généraux aux partenaires de l’enseignement supérieur. Les discussions ont été longues et les intérêts des différents partenaires étaient diversifiés, mais pas incompatibles. Ces derniers ont rapidement reconnu l’importance de se porter ensemble à la défense de l’enseigne­ment supérieur. Le projet a ainsi pris forme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ÉGES sont organisés par des syndicats d’enseignantes et d’ensei­gnants, de personnel de soutien, de professionnels, d’associations étudiantes, de groupes communautaires ainsi que d’organisations inté­ressées à l’enseignement supérieur. Les objectifs qui font consensus sont les suivants :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—	Créer un espace de débat et de réflexion autour des enjeux en enseignement supérieur ;&lt;br /&gt;
—	Se servir de cet événement pour remettre à l’ordre du jour certains enjeux, tels que : la gratuité scolaire, l’aide finan­cière aux étudiants-­es, la marchandisation, l’assurance qualité, le financement (mal­financement, sous­finance­ ment, définancement), la gouvernance, l’éducation popu­laire et la formation continue, l’accessibilité, la recherche, la tâche enseignante, etc. ;&lt;br /&gt;
—	Créer ou renforcer les liens avec d’autres organisations qui œuvrent en éducation pour partager nos analyses et unir nos actions et faire de l’éducation une priorité nationale ;&lt;br /&gt;
—	Débattre des solutions qui correspondent à notre vision de l’enseignement supérieur et des conditions nécessaires à sa réalisation ;&lt;br /&gt;
—	prévoir un plan d’action et mobiliser la société québécoise pour faire pression sur les pouvoirs politiques pour aller dans ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puisque des élections provinciales auront lieu en octobre 2018, les organisations souhaitent utiliser ce premier rendez-­vous comme levier politique, mais au­-delà du calendrier électoral, cette démarche donne d’emblée à la communauté de l’enseignement supérieur une voix nou­velle. Il reste à espérer que ce grand rassemblement permettra de raffermir les points de convergence et d’identifier des objectifs et des stratégies communes afin de devenir une force incontournable. Car s’il est vrai que l’éducation est menacée, il est tout aussi vrai qu’une oppo­sition concertée a plus de chance de réussir à l’orienter dans le sens que nous souhaitons. nous sommes toujours plus forts unis que divisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève des permanents de 1980 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 13 mai 1980, les personnes salariées de la CSN ont déclenché une grève générale illimitée qui va durer onze semaines. La FNEQ va jouer un rôle significatif dans le dénouement de ce conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 7 mai 1979, Pierre Léonard assiste, en compagnie de Francine Lalonde, à son premier bureau confédéral, réunion où il est question de la confrontation entre la CSN et ses personnes salariées. Nous sommes un an avant le conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Guy Morin, secrétaire général de la CSN, et son conseiller, Gilles Grenier, déposent alors le document « Orientation pour l’utilisation optimale du personnel». Ce document décrit les droits que devraient détenir les officières et les officiers sur le personnel pour promouvoir les intérêts des travailleuses et des travailleurs. En résumé, la centrale est un instrument de lutte et les droits des travailleuses et des travailleurs doivent prédominer sur l’ancienneté, la volonté et les caprices des permanentes et des permanents. Il y a aussi en arrière-plan la crainte du pouvoir parallèle du personnel permanent, qui évoluent vers le travail d’équipe et l’obsession de l’infiltration communiste de la centrale par le biais du Syndicat des employés de la CSN (SECSN)&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019 et Pierre Boulet, « une grève vraiment pas comme les autres », Le Soleil, 5 juillet 1980, page B-1&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La CSN et ses organisations affiliées composent, parfois difficilement, avec certaines et certains membres et salariés associés à l’extrême gauche. Les débats menés par les gauchistes sont purement idéologiques et toute proposition peut être interprétée comme une collaboration avec le pouvoir. La CSN est une organisation syndicale qui, bien qu’aspirant à un socialisme démocratique, doit rester indépendante de toute idéologie partisane, quoiqu’en disent ou qu’en souhaitent certaines personnes militantes et salariées du mouvement. Le rôle des personnes salariées devrait se limiter, selon plusieurs, à appuyer techniquement les élues et élus lors de l’exécution de leurs mandats et ils ne devraient pas être impliqués dans le processus décisionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La bonne personne à la bonne place ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, le 13 juin 1979, la partie confédérale dépose le « Document de réflexion et de travail sur le rôle des salariés de la CSN» qui propose quatre changements majeurs à la convention collective du SECSN: 1) la formation des nouvelles personnes salariées sera déterminée par la seule partie confédérale ; 2) la mobilité des personnes salariées sera décidée par la partie confédérale, le principe de la bonne personne à la bonne place s’appliquera sans égard pour l’ancienneté; 3) la permanence sera accordée après six ans pour les conseillers et les conseillères et trois ans pour les employés et les employées de bureau, « Ce n’est pas un job à vie » ; 4) des mesures disciplinaires pouvant aller jusqu’au congédiement peuvent s’appliquer pour des personnes salariées qui ne servent plus adéquatement la classe ouvrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C’est de la dynamite. Vous voulez une grève de combien de temps?» fut la première réaction de Francine Lalonde&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. La mèche est allumée, le feu est mis aux poudres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors de la ronde de négociation précédente, les deux parties s’étaient entendues sur la mise en place d’équipes de travail. Jacques Deveault, ex-professeur au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu et conseiller syndical à la FNEQ, libéré par le SECSN pour la négociation&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981, p. 6&amp;lt;/ref&amp;gt; de 1980, propose un nouveau mode de nomination des coordinations calquée sur celui des chefs de département dans les cégeps. Cependant, une coordonnatrice ou un coordonnateur membre de l’unité de négociation et libéré de ses dossiers de conseillère ou conseiller syndical est manifestement incompatible avec la position confédérale tout comme un éventuel droit de veto syndical sur les mesures disciplinaires. Ces demandes sont au cœur du litige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le document de la partie confédérale est l’objet de discussions en assemblée générale du SECSN les 15, 16 et 17 juin 1979. La décision des salariés et salariées est unanime :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que le document de la partie confédérale intitulé « Document de réflexion et de travail sur le rôle des salariés de la CSN » ne peut servir de document de base à une discussion saine et sérieuse et qu’en conséquence, l’assemblée générale du SECSN rejette ce document.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que l’assemblée générale réaffirme cependant que le SECSN est toujours disposé à débattre avec la partie confédérale des difficultés réelles vécues à la CSN ou soulevées par l’application de la convention collective&amp;lt;ref&amp;gt;procès-verbal de l’assemblée du SECSN, 15, 16 et 17 juin 1979&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le syndicat défend sa position dans un document déposé le 31 janvier 1980, « Le SECSN : Une démarche différente, engageante et liée à la nature même de notre milieu de travail ». Le syndicat y affirme que, bien qu’il soit conscient des nombreuses confusions et divergences qui existent sur le rôle des personnes salariées, les textes de la partie confédérale, quant à eux, sont des caricatures&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid. p. 20&amp;lt;/ref&amp;gt;. Remettre en question pratiquement tous les mécanismes codécisionnels de la convention collective, c’est de les renvoyer au niveau d’objets serviles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations débutent le 8 avril 1980. Le 3 mai, les membres du SECSN votent à 93,5 % un mandat de grève générale illimitée, qu’ils appliquent dix jours plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une grève médiatisée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève des permanents ne sera pas une grève comme les autres. Ce n’est pas un conflit de travail ordinaire du seul fait qu’il concerne une centrale syndicale, fer de lance du syndicalisme de combat, et ses personnes salariées, qui revendiquent essentiellement ce que la centrale revendique pour ses membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guy Marsolais, secrétaire du SECSN, affirmera au journaliste Pierre Boulet que cette grève vise un partage des responsabilités pour faire contrepoids aux dirigeants élus trop influencés par les pressions extérieures&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Boulet, « une grève vraiment pas comme les autres », Le Soleil, 5 juillet 1980, page B-1&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le malaise est profond. Les médias, et particulièrement le journal Le Devoir, s’emparent de la nouvelle et assimilent le conflit à une lutte de pouvoir. Pour le journaliste Jean-Claude Leclerc, le litige aurait dû être débattu au sein des instances de la centrale&amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Claude Leclerc,&lt;br /&gt;
« Le pouvoir à la CSN », Le Devoir, 15 mai 1980, p. 10&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il en appelle même à un arbitrage décisif par les congressistes de la CSN&amp;lt;ref&amp;gt;Le 50e Congrès de&lt;br /&gt;
la CSN a lieu la semaine du 26 mai 1980, soit pendant la grève&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le rôle de la FNEQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEQ voit la situation d’un autre œil. Ses salariées et ses salariés sont respectés et travaillent en étroite collaboration avec les personnes élues. On n’y trouve ni lien hiérarchique ni guerre de pouvoir : les moyens financiers et le niveau de connaissance des élus leur accordent une grande autonomie tant pour les négociations que pour l’application des conventions collectives et la gestion syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981, p. 10&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde, Shirley Roy et Pierre Léonard, lequel fait partie du comité de négociation confédéral, sont professeures et professeur de cégep et sont donc familiers avec la collégialité. Forts de cette expérience, selon Pierre Léonard, ils auraient pu accepter facilement l’équivalent d’un chef de département dans les cégeps, mais ils doivent rester solidaires avec la partie confédérale. Le protocole de fonctionnement confédéral exige l’unanimité des organisations membres pour la signature de la convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 19 mai, la négociation se poursuit en comité restreint afin de dégager des pistes de solution. C’est Pierre Gingras, conseiller syndical à la FNEQ, qui convainc Michel Gauthier d’accepter ce fonctionnement&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Sonia Beauchamp par Pierre Léonard le 8 avril 2019&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pierre Léonard, Sylvio Gagnon de la Fédération de la métallurgie et Jean-Guy Morin, secrétaire général de la CSN, représentent la partie confédérale. La négociation se poursuit du 22 mai au 5 juin et un compromis sera trouvé et ratifié en assemblée générale du SECSN le 25 juillet, mettant ainsi fin à la grève&amp;lt;ref&amp;gt;Rapport de l’exécutif du SECSN pour l’année 1979-1980, 28 octobre 1980, p. 15&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La question délicate de la nomination de la coordination ne trouvera son issue que trois ans plus tard. Entretemps, chacune des parties produit un document de réflexion sur le travail en équipe et la coordination. Un groupe de travail produit un document unique à présenter aux instances des différentes organisations&amp;lt;ref&amp;gt;Bilan de la grève du SECSN déposé au Bureau fédéral les 3, 4 et 5 juin 1981,&lt;br /&gt;
p. 1&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pierre Léonard siège aussi à ce comité et il est le principal rédacteur du texte final.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour toutes sortes de raisons, dont la période de vacances des membres, la grève n’a pas eu à la FNEQ l’impact qu’elle a pu avoir dans les autres fédérations en termes de désorganisation des services. Elle n’a pas davantage suscité d’animosité ou de confrontation entre les personnes élues et salariées de la Fédération. Mais il est clair à ce moment-là que la Fédération, comme la CSN, doit s’interroger sur le rôle respectif des personnes élues et salariées dans une organisation syndicale&amp;lt;ref&amp;gt;Ibid&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des syndicats de la FNEQ revendiquent même d’être impliqués directement dans ce débat, citant Norbert Rodrigue : « Le mouvement appartient aux travailleuses et aux travailleurs affiliés ». Il y va du pouvoir qu’ils détiennent sur leur propre organisation&amp;lt;ref&amp;gt;« un débat qui doit se faire ! Un enjeu qui nous concerne ! », lettre du Syndicat des enseignants du cégep Champlain aux délégués du Conseil fédéral, le 17 juin 1981&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La syndicalisation des chargées et chargés de cours ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier syndicat de contractuels précaires en Amérique du Nord a été accrédité en février 1978. Mais la naissance du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ) et son adhésion à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) ne se sont pas réalisées sans heurts ni en harmonie avec les autres composantes de l’Université. Effectuons un petit retour dans le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’établissement nait le 9 avril 1968 et le Syndicat des professeurs de l’UQAM (SPUQ), accrédité en janvier 1971, est le premier syndicat d’enseignantes et d’enseignants universitaires à s’affilier à la FNEEQ. La moitié des charges de cours du premier cycle sont toutefois données par des chargées et chargés de cours aux conditions de travail difficiles: aucune sécurité d’emploi, aucun avantage social au-delà des normes minimales du travail, aucune liste de pointage ni de liste de rappel. « Leur sort est à la merci de la convention collective du SPUQ, soumis aux humeurs arbitraires des assemblées départementales auxquelles ils sont rattachés et aux relations plus ou moins bonnes qu’ils entretiennent avec le corps professoral », peut-on lire dans le numéro spécial du SCCUQ@, produit à l’occasion du 25e anniversaire du syndicat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une première tentative du SPUQ de syndiquer les chargées et chargés de cours pour contrôler les nouvelles embauches en limitant les charges données par les chargées et chargés de cours s’avère un échec au printemps 1971. Puis, en octobre de la même année, les membres du SPUQ font la première grève de professeurs et professeures universitaires en Amérique du Nord, ce qui leur permet d’obtenir parmi les meilleures conditions au sein des universités. Dans le cadre d’un autre renouvèlement de convention marquée par une grève d’octobre 1976 à février 1977, ils négocient une clause engageant l’UQAM à ouvrir 383 postes d’ici la fin 1982, clause que l’Université n’applique finalement pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des chargées et chargés de cours entreprennent une campagne de recrutement en octobre 1976 en vue de mettre en place un syndicat. Ce syndicat appuie la grève des professeures et professeurs. Au cœur de cette campagne, une question est débattue : le syndicat doit-il être une section autonome au sein du SPUQ ou devenir un syndicat à part entière? Lors de l’assemblée de fondation, le 12 novembre, les membres optent pour la formation d’un syndicat indépendant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Une certaine méfiance se dégage des positions du SPUQ envers les chargés de cours. L’attitude paternaliste ou le comportement de &amp;quot;petit boss&amp;quot; de certains professeures et professeurs créait une certaine animosité chez plusieurs chargés de cours. La position majoritaire de ces derniers était de ne pas se retrouver dans la même situation que leurs consœurs et confrères des cégeps, c’est-à-dire membres du même syndicat que les professeures et professeurs, où leurs conditions étaient peu souvent prises en considération », peut-on lire dans un autre extrait du spécial 25e anniversaire du SCCUQ@. Les intérêts divergents et le lien de subordination entre les chargées et chargés de cours et le corps professoral ont prévalu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La requête en accréditation du SCCUQ est d’abord refusée par le commissaire enquêteur Charles Devlin, le 13 juin 1977, sur la base que les conditions de travail sont régies par la convention collective du SPUQ et qu’il n’est pas utile que les personnes chargées de cours aient leur propre syndicat. Ces dernières font appel et, le 9 février 1978, le juge René Beaudry renverse la décision et reconnait le caractère spécifique des chargées et chargés de cours, l’homogénéité du groupe et leur non-participation à la gestion interne de la communauté universitaire. Entretemps, la direction du SCCUQ se démobilise et ses principaux leadeurs perdent leurs charges de cours en guise d’intimidation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Première convention collective du SCCUQ ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation d’une première convention collective est ardue pour les quelque 500 chargées et chargés de cours. Ils partent de loin. Le salaire de base se situe alors à 1200 $ par charge, le tiers payable à la mi-session et le reste, après la remise des notes. Ils ne reçoivent ni avantages sociaux, ni fonds de pension ou assurances, ni allocations de vacances. Les premières négociations débutent le 10 aout 1978. Le SCCUQ doit composer avec la direction de l’Université, qui tente de limiter les concessions, et le SPUQ, qui cherche à réduire les charges confiées aux personnes chargées de cours. Ces dernières doivent recourir à la grève du 6 mars au 1er mai 1979. Cette grève de 55 jours sera la plus longue de l’histoire du SCCUQ. Le retour au travail est ordonné en vertu de la loi 45, qui impose l’arbitrage d’une première convention lorsque la négociation ne permet pas une entente. Il s’agit tout de même de la première convention collective pour un syndicat de chargées et chargés de cours québécois, et elle viendra à échéance en aout 1980.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le spécial 25e anniversaire du SCCUQ@ précise que cette « première négociation laissera cependant un profond malaise dans les relations entre le SPUQ et le SCCUQ. Plusieurs membres du corps professoral perçoivent très mal le conflit et entraineront le SPUQ dans une démarche plus défensive et corporatiste. Par cette grève, la place, le rôle et l’importance des [personnes chargées] de cours figurent désormais sur la place publique.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une longue saga judiciaire à l’UdeM ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’Université de Montréal, les chargées et chargés de cours doivent affronter l’administration universitaire, qui résiste à leur démarche de syndicalisation dès la fin des années 1970, et le Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal (SGPUM). « Tout comme cela s’était produit à l’UQAM, les relations entre les chargées, chargés de cours de l’Université de Montréal et le SGPUM se sont vite envenimées pour donner lieu à une campagne parallèle de syndicalisation lancée par l’exécutif du syndicat des professeurs», explique Henri Goulet dans son ouvrage intitulé Histoire du syndicat des chargé-e-s de cours de l’Université de Montréal, 1978-1998. Leur démarche contraste avec l’indifférence généralisée à l’égard de la situation des chargées et chargés de cours jusque-là. Cette campagne s’avère un échec. L’assemblée de fondation du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal (SCCCUM) se tient le 8 juin 1978. Ils choisissent d’adhérer à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) plutôt qu’à la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ). La requête en accréditation du syndicat est déposée le 13 décembre 1978 et accordée en janvier 1979.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors une véritable saga judiciaire qui ne prend fin qu’en aout 1988, l’Université utilisant tous les moyens à sa disposition pour bloquer juridiquement la reconnaissance du SCCCUM. Le SCCCUM est officiellement accrédité le 11 décembre 1979, le commissaire René Gosselin considérant que les chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal constituent « un groupe approprié » selon le Code du travail et que ce groupe est distinct de celui des professeures et professeurs, tout comme à l’UQAM. L’Université obtient la permission de porter sa cause en appel et tente d’amener le litige jusqu’à la Cour suprême sans succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Laval et Rimouski ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université Laval (SCCCUL) obtient une première accréditation le 11 avril 1986, accréditation qui est contestée par l’Université. Le Commissaire général du travail confirme l’accréditation du SCCCUL le 5 mars 1987.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un débat similaire sur l’autonomie syndicale a lieu dans d’autres composantes de l’Université du Québec. Les chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Rimouski optent d’abord pour une section distincte au sein du Syndicat des professeurs et des professeures de l’Université du Québec à Rimouski (SPPUQAR) en 1981, mais le processus d’autonomie prend de l’ampleur jusqu’au départ du SPPUQAR de la FNEEQ et de la CSN en juin 1988. Le certificat d’accréditation sera divisé en 1989. Le SPUQ quittera également la FNEEQ au printemps 1988, mais pas la CSN. Il aboutira à la Fédération des professionnèles.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=LuttePourLaReconnaissance&amp;diff=454</id>
		<title>LuttePourLaReconnaissance</title>
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		<updated>2021-05-17T19:25:22Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{DISPLAYTITLE:Lutte pour la reconnaissance 1995-2019}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''La FNEEQ est aujourd’hui une fédération en santé et ce n’est pas à grâce au gouverne­ment et aux administrations locales qui ont tout tenté, surtout depuis les années 1980, pour déstabiliser les organisations syndicales et démoraliser les enseignantes et les enseignants. L’organisation a tenu le coup dans la tempête, ses militantes et ses militants se sont retroussé les manches et ont trouvé les parades et les solutions.'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la résilience, la FNEEQ en a. Elle a connu plus que sa part d’attaques et d’incompréhension. La philosophie néolibérale qui a déferlé sur l’Occident dans les années 1980 n’a pas épargné le Québec et a charmé ses élites financières et ses gouvernements. L’éducation, comme d’autres secteurs sous responsabilité publique, en a largement fait les frais : compressions dans les budgets, précarisation de l’emploi, privatisation des programmes. La Fédération n’a pas cédé et a sans cesse défendu la cause de l’éducation accessible pour toutes et tous, partout sur le territoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La fédération =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats d’enseignantes et d’enseignants sont aux prises avec des administrations et des gouvernements qui rêvent d’entreprises privées et de contrôle. Ils agissent pour enlever tout moyen d’action aux syndicats. Leur gestion est de plus en plus opaque: insatisfaits des résultats obtenus à la régulière, ils utilisent les moyens de répression de l’État; lois spéciales, décrets. Les désaffiliations de 1989 ainsi que l’assurance avec laquelle ils imposent ou tentent d’imposer de nouvelles règles: tout semble concourir à une démobilisation syndicale ou tout au moins à un affaiblissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est pas le cas. Malgré les embuches et les discours creux, les syndicats et la Fédération s’organisent, s’adaptent aux nouvelles réalités et acceptent la lutte, mais sur un terrain syndical. L’organisation évolue et leurs revendications sont porteuses: ils vont se battre pour le respect et la reconnaissance de leur rôle dans l’enseignement et dans la société. À la FNEEQ, le deuxième front n’est jamais loin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les attaques au système d’éducation se multiplient et depuis longtemps. La qualité de l’enseignement et la reconnaissance de la profession sont sous une menace constante. La FNEEQ se bat sur les deux fronts. Que le gouvernement soit libéral ou péquiste, elle dénonce la politique de l’État.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] il faut insister sur l’interminable succession de compressions budgétaires imposées par les gouvernements libéral et péquiste au cours des dernières années qui a attaqué durement le monde de l’éducation. Chaque regroupement de la FNEEQ en a subi les contrecoups: coupures dans les services directs aux étudiants dans les cégeps et les universités, abolition de charges de cours et de cours dans les universités, pertes d’emplois et fermetures de collèges au secteur privé. La FNEEQ a, maintes fois, dénoncé l’obsession gouvernementale d’atteindre le déficit zéro, elle s’est prononcée contre les politiques d’austérité et le démantèlement des services publics&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Fédération dénonce aussi une forme de répression qui se manifeste de manière insidieuse au-delà des mesures d’austérité par la judiciarisation des relations de travail, mais aussi de la contestation sociale: règlements municipaux pour limiter la liberté d’expression, recours au devoir de loyauté pour museler les travailleuses et les travailleurs, dont les enseignantes et les enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la FNEEQ les exemples sont éloquents : la suspension du président du Syndicat des enseignantes et des enseignants du cégep Lévis Lauzon pour son travail syndical, la suspension des deux enseignants du cégep d’Alma pour leurs propos concernant leurs inquiétudes sur le climat de travail, l’escalade de la répression à l’UQAM engendrée par l’attitude de l’administration ou la requête du CPNC [Comité patronal de négociation des collèges] auprès de la Commission des relations du travail qui a mené aux remontrances et aux mesures disciplinaires contre plusieurs de nos camarades pour leur participation à la grève sociale du 1er mai&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès de la FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une belle victoire cependant: à la même époque, l’École de musique Sainte-Croix, propriété des sœurs de Sainte-Croix et opérant à l’intérieur du Cégep de Saint-Laurent, menace de fermer. Il y a 55 enseignantes et enseignants impliqués, surtout des femmes. L’école veut passer au secteur public. Si on applique strictement les règles d’intégration du collégial public, seulement une quinzaine de professeures et de professeurs peuvent sauver leur emploi, ce qui signifie la fin de l’École telle qu’elle est. La négociation se poursuit pendant cinq mois et les 55 emplois sont finalement sauvés. Une belle bataille de la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, la Fédération de enseignants de cégep FEC) et la Fédération autonome du collégial (FAC) discutent de la possibilité de fusionner&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, juin 2000, rapport des activités de la fédération, p. 10-11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Affaiblie par les départs en 1989 alors qu’elle se retrouve avec 17 000 membres et 54 syndicats, la Fédération se refait graduellement une santé et aujourd’hui, 30 ans plus tard, elle fédère plus de 34 000 membres et 100 syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’enseignement en 1995 n’est pas présenté comme une profession d’avenir. On vante l’importance de l’éducation, mais on dénigre les personnes qui la dispensent quotidiennement. Les gains réalisés en négociation sont continuellement remis en cause, que ce soit l’autonomie pédagogique, la lutte à la précarité, la réduction de la tâche ou les salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron, qui arrive au comité exécutif en 2000, voit ainsi la situation: «La FNEEQ doit rompre avec le traumatisme de 1989 et réaffirmer son autonomie. Nous sommes une fédération autonome et solidaire de l’ensemble de la classe ouvrière. Sur la planète entière, il y a très peu de fédérations d’enseignants affiliées à une centrale ouvrière, c’est surtout très rare dans l’enseignement supérieur. Or cette appartenance est dans l’acte de naissance de la FNEEQ: autonomie et solidarité. La création de la FAC a forcé la FNEEQ à réfléchir à nouveau sur sa place dans une centrale ouvrière. Et elle a réaffirmé son acte de naissance. La CSN a joué un rôle majeur dans l’évolution du syndicalisme enseignant; elle a toujours résisté aux attaques gouvernementales contre les services publics&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Ronald Cameron le 29 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les états généraux de L’éducation et le sommet socio-économique ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1995, le gouvernement convoque les États généraux de l’éducation. Les relations des syndicats avec le gouvernement péquiste ne sont pas très bonnes. L’austérité et son pendant, le déficit zéro, font mal. Le discours du gouvernement est axé sur la réussite et la performance, du préscolaire à l’université, mais en réalité sa préoccupation principale est de diminuer les couts du système, d’en arriver au déficit zéro.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes leur réticence, les syndicats de la FNEEQ y participent. Ils sont méfiants, mais ne peuvent rester à l’écart. Ils revendiquent depuis longtemps une discussion de fond sur l’éducation au Québec et toutes les tribunes doivent être utilisées. Durant ces États généraux, la Fédération maintient la nécessité d’investir en éducation:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos choix syndicaux pour l’éducation passent plutôt par l’articulation d’un financement adéquat avec l’ensemble des besoins de formation. Ils passent par le développement d’une politique nationale de l’éducation qui touche tous les ordres d’enseignement, intégrant l’harmonisation et le principe de formation continue. Ils nécessitent de tisser des liens opérationnels avec les milieux de travail en matière de formation professionnelle et technique. Ils passent surtout par la valorisation de la profession enseignante et la participation réelle des enseignantes et enseignants aux mécanismes de décision touchant l’éducation&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès de la FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’impact réel de ces États généraux est plus médiatique que pratique. Ils servent à préparer le secteur de l’éducation au Sommet socio-économique qui suit et qui doit définir les limites du cadre budgétaire que le gouvernement veut respecter. C’est le déficit zéro, de nouvelles compressions, des mises à la retraite anticipée et plus de privatisation de services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ et la CSN ont une autre vision. Les difficultés économiques devraient plutôt être l’occasion d’une réorganisation du travail, une occasion d’introduire les personnels dans les processus de décision, autant dans les établissements d’enseignement que dans les entreprises. Une telle lutte serait favorable aux travailleuses et travailleurs précaires, dont les chargées et chargés de cours à l’université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est évident que pour les chargé-es de cours comme pour d’autres personnes à statut précaire dans la société, la perspective d’une réorganisation du travail apparaît comme une ouverture vers quelque chose de mieux dans un monde du travail par ailleurs fermé&amp;lt;ref&amp;gt;«Réorganiser le travail», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;[…].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les universités sont sous la loupe du gouvernement. Répondent-elles aux besoins de la société (comprendre des entreprises) ? Le système d’enseignement au Québec a atteint un niveau de performance reconnu. Les cégeps y sont pour beaucoup et la formation technique y a grandement contribué. Elle s'attribue une des missions traditionnelles de l’université, celle de former des travailleuses et des travailleurs de haut niveau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un contexte de remise en cause de l’université, les attentes sont grandes pour la reconnaissance des chargées et chargés de cours. Ils se sont mis en évidence lors des États généraux et ont vigoureusement plaidé leur cause. Certes les conditions de travail s’améliorent continuellement, mais il y a toujours un hic : quelle est leur place dans l’université ? Cette quête devient leur dossier principal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est de retour sur le comité exécutif de la Fédération en 1995 et confirme son avancée: « Les [chargées et chargés] de cours, soutenus par la Fédération, ont profité des États généraux pour défendre leur position d’une meilleure intégration au sein de l’université. Les professeurs sont reconnus, ont leur place dans la structure alors que les [chargées et chargés] de cours ne se retrouvent nulle part; comme s’ils ne font que donner leurs cours et retourner chez eux&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ministre Marois rend publique sa politique de l’éducation au début de 1997, sous l’intitulé ''Prendre le virage du succès''. Elle annonce alors « d’importants bouleversements dans les façons de faire, une nouvelle répartition des pouvoirs et une modification de nos habitudes&amp;lt;ref&amp;gt;Comité école et société, «une autre réforme en éducation», FNEEQ actualité, vol. 11, no 1, mars 1997, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;». On serait porté à rectifier ainsi: «que du nouveau pour le système d’éducation!»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Peut-on mettre en place une nouvelle réforme tout en imposant des compressions budgétaires et des coupures? Oui, si la réforme se limite à comprimer et à réduire encore. La Fédération, en tout cas, ne voit pas trop comment le gouvernement pourra réussir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De 1994 à 1999, les universités se sont vu amputer de 450 millions de dollars et les cégeps de 250 millions, ce qui constitue environ 25 % des budgets de ces établissements. Les établissements d’enseignement privé subissaient des compressions équivalentes à celles effectuées dans le secteur public. Les coupures en éducation ont été, toute proportion gardée, plus importantes que celles effectuées dans la santé. Alors que les dépenses en éducation représentaient 24 % du budget du Québec, les compressions en éducation ont représenté 29% du total des coupures&amp;lt;ref&amp;gt;Mot du comité exécutif, Procès-verbal du 24e Congrès de la FNEEQ, juin 2000, p. 84.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La ministre Marois cherche à briser le tronc commun de formation et favorise un enseignement technique « allégé » qui réponde plus directement aux besoins des entreprises. La FNEEQ défend un enseignement collégial de qualité égale partout, comme le voulait le rapport Parent il y a plus de 40 ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La force des programmes techniques, leur reconnaissance par les employeurs, leur attrait auprès des jeunes tiennent à la qualité d’une formation générale et polyvalente qui associe un fond culturel commun à un champ de spécialisation assurant une réelle insertion professionnelle. C’est là le véritable défi de l’arrimage de la formation générale et de la formation technique&amp;lt;ref&amp;gt;Comité école et société, «La défense de l’enseignement collégial», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’engage à fond dans la campagne visant à contrer une décentralisation majeure des responsabilités de l’enseignement collégial, qui mettrait en péril l’avenir du réseau. Il s’engage de plain-pied dans la bataille contre l’habilitation des collèges à décerner le diplôme d’études collégiales (DEC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’engage à fond dans la campagne visant à contrer une décentralisation majeure des responsabilités de l’enseignement collégial, qui mettrait en péril l’avenir du réseau. Il s’engage de plain-pied dans la bataille contre l’habilitation des collèges à décerner le diplôme d’études collégiales (DEC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1999, la question du classement de l’enseignement collégial revient sur la table: dans un mémoire sur la formation du personnel enseignant au collégial, la Fédération affirme à nouveau que les enseignantes et&lt;br /&gt;
les enseignants du collégial constituent une catégorie distincte de celle du personnel enseignant du primaire et du secondaire et affirme qu’ils font partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le plan de l’organisation, au lendemain de la négociation de 2000 et au regard des résultats, la FNEEQ relance la FAC et l’invite à débattre de l’unité des forces syndicales. La FAC refuse parce que la FNEEQ est membre d’une centrale syndicale. Mais de l’aveu même de la FAC, cette question d’unité provoque de nombreux débats dans ses instances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La loi 111 jugée inconstitutionnelle ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En décembre 2000, les trois juges de la Cour d’appel, le plus haut tribunal du Québec, déclarent à l’unanimité la loi 111 inconstitutionnelle:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les salarié-es ayant déposé des griefs concernant les pertes subies en vertu de cette loi pourront donc réclamer les pertes encourues avec intérêt. Adoptée par l’Assemblée nationale du Québec en février 1983, la Loi 111 visait à assurer la reprise des services dans les collèges et écoles du secteur public. La loi mettait fin aux grèves et obligeait les salarié-es à travailler selon les conditions prescrites par les Lois 70 et 105. Ces dernières, promulguées en juin 1982, déterminaient les conditions de travail et de rémunération des enseignantes et enseignants du secteur public du 1erjanvier 1983 au 31 décembre 1985. Près de 30000 plaintes pénales avaient été déposées par le gouvernement, mais la Cour suprême du Canada déclarait lesdites lois inconstitutionnelles en février 1990.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’inconstitutionnalité de la Loi 111 signifie l’acquittement de quelque 8000 membres de la FNEEQ et évite à la FNEEQ et à la CSN de payer des amendes qui auraient pu varier de 1,5 million à 14 millions de dollars&amp;lt;ref&amp;gt;France Desaulniers, «Les juges unanimes à déclarer la loi 111 inconstitutionnelle», Carnets, no 1, p. 13.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’internationale de l’éducation ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ adhère à l’Internationale de l’Éducation (IE)&amp;lt;ref&amp;gt;L’internationale de l’éducation (IE) regroupe 32 millions d’employées et employés de l’éducation réunis dans 391 organisations réparties dans&lt;br /&gt;
179 pays et territoires à travers le monde. [ei-ie.org/ fr/detailpage/4350/a-pro- pos-de-lie].&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2000. Elle s’implique au comité éducation supérieure, où elle est un incontournable, selon Laval Rioux&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Laval Rioux le 29 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle s’était déjà engagée au Congrès de 1997 à développer des axes d’intervention à l’international, dont une affiliation à la Confédération des éducateurs américains (CEA). La FNEEQ participe de manière assidue aux instances de ces organisations, congrès, colloques, actions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La présence de la Fédération à l’IE l’a mise en lien avec les syndicats canadiens et américains. Ils sont jaloux des conditions de travail que les chargées et chargés de cours québécois ont obtenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2001, autour du Sommet des Amériques qui se tient à Québec en avril, la FNEEQ réunit plus de 300 personnes dans un colloque sur l’éducation et la mondialisation&amp;lt;ref&amp;gt;France Desaulniers, «L’éducation face à la mondialisation», Carnets, vol. 1, no 2, juin 2001.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les effets de la mondialisation sur l’éducation sont peut-être moins apparents que dans d’autres secteurs d’activités, mais ils sont tout aussi pernicieux et dommageables pour l’ensemble de la population. L’éducation est essentielle au développement de la démocratie, il importe de contrer le principal danger qui la guette, soit une vision utilitariste qui compromet l’objectif de formation de citoyennes et de citoyens libres et actifs&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Patry, «extraits du mot de bienvenue de Pierre Patry», Carnets, vol. 1, no 2, juin 2001, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Carmen Quintana ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La solidarité internationale fait partie de l’ADN du mouvement syndical. Denis Choinière nous raconte un moment émouvant vécu lors d’un conseil de la Fédération des affaires sociales, aujourd’hui FSSS-CSN, au début des années 2000, où il accompagne Carmen Quintana. Pour mémoire, en 1986, au Chili, cette étudiante de 18 ans manifeste dans un quartier populaire contre le régime Pinochet en compagnie d’un ami photographe, Rodrigo Rojas, 19 ans, de retour d’exil des États-Unis et ayant vécu quatre ans au Québec. Durant la manifestation, ils sont pris à partie par une patrouille militaire, aspergés d’essence et brulés vifs puis laissés pour morts dans un champ. Des paysans les trouvent et les transportent à l’hôpital. Le photographe décède alors que Carmen survit avec des brulures au troisième degré sur plus de 60 % du corps. Elle sera soignée à Montréal : « La FAS manquait de temps à l’horaire et se montrait réticente à ce que Quintana s’adresse au conseil sur une question de privilège. Nous avons insisté et on nous a finalement alloué quatre minutes. Après 15 ou 20 minutes, Quintana parlait toujours, la traduction simultanée avait cessé, c’était en espagnol seulement, les gens écoutaient comme jamais même si la plupart ne comprenaient pas ce qu’elle disait, plusieurs pleuraient. On a fait une collecte et on a récolté près de 50000 $ d’un coup. Pour moi, ce fut un moment de solidarité exceptionnel&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Denis Choinière le 14 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Des années plus tard, en 2019, un juge chilien condamne six militaires pour ces actes atroces.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le réseau collégial à nouveau menacé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès juin 2003, le nouveau gouvernement libéral annonce son intention de procéder rapidement à la réorganisation, la réingénierie, de l’État québécois. Axée principalement sur une remise en question du rôle de l’État et des services publics et de fortes réductions d’impôts, cette réorganisation ne peut qu’entrainer une remise en question du système éducatif. Dans la mire du gouvernement se trouve le réseau collégial. La Fédération des commissions scolaires du Québec propose même d’abolir le réseau collégial et de partager sa dépouille avec l’université. Dès lors, la FNEEQ annonce qu’elle sera de tous les rendez-vous pour défendre le réseau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette suggestion d’abolition allait très loin, probablement beaucoup plus que ce que le ministre de l’Éducation d’alors, Pierre Reid, avait en tête. Les universités, au début plus ou moins réceptives à l’idée, allaient au bout de quelques mois commencer à y trouver un intérêt. Le ministre quant à lui n’a rien fait pour calmer le jeu, lorsqu’il a annoncé qu’au Forum sur l’avenir de l’enseignement collégial, tenu au printemps 2004, tout serait sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Coalition-cégeps, mise sur pied en octobre 2003, regroupe les associations étudiantes, les parents et l’ensemble des personnels à l’œuvre quotidiennement dans les cégeps. Elle réaffirme que le réseau collégial tel qu’il a été créé favorise l’accessibilité aux études supérieures : le cégep est un acquis pour tous les jeunes et tous les adultes partout au Québec. La création des cégeps a permis le développement d’une société plus démocratique, plus ouverte sur le monde et mieux adaptée aux changements en cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrive le forum, voulu par le ministre Reid, sur l’avenir des cégeps. Surprise : les enseignantes et les enseignants ne sont pas invités. Le forum sera l’affaire des directions et des conseils d’administration. On reste entre gens bien. La Coalition et le regroupement cégep organisent la riposte, investissent le Forum par toutes les ouvertures possibles et tiennent un contre-forum sur les Plaines d’Abraham, où 2000 personnes se questionnent sur le bienfondé des réformes envisagées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce branlebas semble fonctionner. Les orientations ministérielles promises pour la fin de l’été 2004 n’arrivent qu’en début 2005. Le loup est devenu agneau : il laisse intactes les fondations du réseau collégial et reconnait l’importance de la formation générale pour tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais l’hydre néolibérale a la vie dure. En 2006, les Lucides font surface. Ils revendiquent moins d’intervention de l’État, une plus grande présence du secteur privé, plus de productivité et un système d’éducation au service de l’entreprise. Selon eux, on travaille mieux et plus au privé. La FNEEQ n’a pas l’intention de rester les bras croisés devant ces pyromanes qui tentent de mettre le feu aux services publics. La Coalition-cégeps se réunit à Québec à la fin de novembre et fait le point sur le sous-financement du réseau collégial:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les investissements dans les cégeps, annoncés en décembre dernier par le gouvernement du Québec, étaient de l’ordre de 20 millions de dollars par année. Cela ne représente que 25% des nouvelles sommes consenties en enseignement supérieur, alors que la dépense courante de l’État pour les cégeps représente 40% de l’ensemble des dépenses pour le même secteur. Par ailleurs, nous sommes bien loin des 300 millions de dollars estimés par la Fédération des cégeps pour retrouver le niveau de financement du milieu des années 90, et encore plus loin de ce qui serait nécessaire pour permettre au réseau un développement répondant aux défis du nouveau siècle&amp;lt;ref&amp;gt;Micheline Thibodeau, «Le sous-financement a assez duré: investissons dans le réseau des cégeps!», Carnet collégial, no 1, mars 2007, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dossier sur la table depuis longtemps trouve un dénouement en 2006: les syndicats de la fonction publique et parapublique et le gouvernement s’entendent sur l’équité salariale. Plus de 30000 travailleuses sont concernées, un règlement estimé à plus de 700 millions de dollars.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le défi des Petits marchés ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un des acquis de la révolution tranquille et du rapport parent est sans aucun doute l’accessibilité à l’éducation supérieure partout au Québec. Il faut se rappeler la situation antérieure, où cette accessibilité était très limitée, davantage encore pour les gens vivant en région.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tournant des années 2000, le gouvernement modifie le mode de financement du réseau collégial, fixé désormais selon le nombre d’étu­diantes et d’étudiants  inscrits.  Moins  de  personnes  inscrites  signi­fie moins d’argent, moins de programmes offerts, moins de personnel enseignant, moins de cours, moins d’attraction. Daniel Mary, enseignant au cégep de Saint-Félicien, en a vécu les conséquences: «cela a affecté tout de suite les petits cégeps, particulièrement ceux dans les régions en baisse démographique. certains ont dû fermer des programmes d’étude. la question est devenue comment survivre. Le nombre d’étu­diantes et d’étudiants régionaux diminuant, les conditions de travail du personnel, moins nombreux, se sont détériorées et il y a eu une augmen­tation de la tâche pour les enseignantes et enseignants restants. Cela affecte aussi la région. Un programme d’étude qui ferme est une perte d’expertise technique, sociale et humaine pour la région. Une perte de personnes compétentes et actives, qui vont souvent aller chercher un emploi ailleurs&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Daniel Mary le 12 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.» Les établissements ont développé différentes straté­gies pour pallier à la situation: développement de programmes pointus pour attirer des étudiantes et étudiants d’autres régions et recrutement de clientèle étrangère. Plusieurs établissements ne survivent que grâce à leur créativité à trouver des solutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation est la même chose pour les universités. Traditionnellement, elles se retrouvent dans les grands centres. Avec le réseau de l’UQ, elles sont arrivées en régions et ont favorisé une accessibilité à des étudiantes et des étudiants qui seraient partis étudier ailleurs. Défavorisées par les règles de financement, les universités régionales font de plus en plus appel à la clientèle internationale ou à la délocalisation. L'UQAC a maintenant un pavillon à Montréal. À quand un volet de financement qui maintiendrait le rôle des universités en région?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Implosion de la fac ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats qui ont quitté la Fédération en 1989 pour créer la FAC y reviennent graduellement. Les premiers à bouger sont les enseignantes et les enseignants du collège de Valleyfield, qui choisissent en mars 2006 de revenir à la FNEEQ. Caroline Senneville est secrétaire générale de la Fédération à ce moment-là: «La création de la FAC, je ne l’ai pas vécue, mais sa mort, oui. Le retour de Valleyfield fut un grand moment. L’accueil au conseil fédéral restera mémorable. Ce fut un moment emballant, historique. Il est rare qu’un groupe qui quitte une organisation y revienne, même si les personnes ont changé&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Senneville le 14 juin 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2008, un deuxième verrou saute. Les enseignantes et les enseignants du Cégep Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, choisissent la FNEEQ-CSN dans une proportion de 72% au détriment de la FEC-CSQ. En 2009, lorsque les enseignantes et les enseignants du Collège Dawson choisissent à leur tour la FNEEQ, ils signent en quelque sorte l’arrêt de mort de la FAC. Elle annonce sa dissolution à l’été 2009, mais auparavant deux autres syndicats l’auront quittée, ceux du Collège Vanier et du Centre d’études collégiales Baie-des-Chaleurs en Gaspésie. Les 12 syndicats qui restent choisissent leur nouvelle affiliation. Au total, 11 syndicats choisissent la FNEEQ et six la FEC-CSQ. Le seul syndicat du collégial privé membre de la FAC, celui du campus Notre-Dame-de-Foy, choisit aussi la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’arrivée massive de ces nouveaux syndicats rend nécessaire la tenue d’un Congrès spécial, qui a lieu à Montréal en novembre 2009. La FNEEQ représente dorénavant 46 des 59 syndicats de cégep et 84% des enseignantes et enseignants du collégial. Déjà une force majeure chez les chargées et chargés de cours universitaires et dans le domaine de l’enseignement privé, la Fédération est devenue la fédération de l’enseignement collégial. Jean Trudelle, président de la FNEEQ en 2009, est un artisan majeur du retour de ces syndicats dans le giron de la CSN.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, le comité de direction de la Fédération passe à cinq membres alors que trois postes de vice-présidence sont ajoutés pour chacun des regroupements.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Grève étudiante ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 suscite un mouvement de contestation sans précédent. Les personnels des établissements touchés respectent en général les lignes de piquetage dressées par les étudiantes et les étudiants. Le pouvoir tente la répression à plusieurs moments, sans trop de succès. Police dans la rue, loi spéciale exigeant le retour des personnels au travail, escouade antiémeute à l’Université de Montréal, poursuites des «carrés verts» contre les actions des «carrés rouges», tout est tenté sans que la situation ne bascule. Dans l’étrange position dans laquelle se trouvent les enseignantes et les enseignants des établissements touchés, la CSN et son fonds de défense professionnelle appuient la FNEEQ et ses syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Sommet sur l’enseignement supérieur ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après la crise étudiante, le Parti québécois est de nouveau aux commandes. Il convoque en 2013 le Sommet sur l’enseignement supérieur, qui regroupe cette fois des représentants de l’enseignement supérieur et de la société civile. La Fédération défend l’accessibilité à l’enseignement supérieur et s’oppose à sa marchandisation. Elle y amène deux revendications claires: une reconnaissance du rôle des chargées et chargés de cours à l’université et celle de l’enseignement collégial comme partie intégrante et essentielle de l’enseignement supérieur&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, rapport des activités de la fédération, p. 4.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’exercice satisfait les chargées et chargés de cours, qui trouvent à ce Sommet une visibilité qu’ils n’ont pas au sein de l’université, où ils sont exclus des décisions, des orientations et de la planification. La restructuration salariale des enseignantes et des enseignants de cégep continue d’avancer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2014, le Parti libéral revient au pouvoir à la faveur de nouvelles élections. Sourd et aveugle, il remet de l’avant sa réingénierie et la destruction des programmes et des services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces politiques s’inscrivent directement dans cette mouvance idéologique mondiale de la nouvelle gestion publique (NGP) qui vise essentiellement à appliquer à l’État les logiques du marché. Les secteurs de la santé et des services sociaux et de l’éducation sont devenus des exemples éloquents des résultats de l’application de cette orientation idéologique. Privatisation, sous-traitance, dérèglementation, concurrence, tarification, fusions, antisyndicalisme, hiérarchie, assurance qualité, centralisation de l’organisation du travail; voici les visages de la (NGP)&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport des activités 2015-2018, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Les états généraux de l’enseignement supérieur  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme s’il n’a rien retenu de l’effervescence de 2012, le gouvernement Couillard fait face en 2015 à une mobilisation croissante contre ses mesures d’austérité et à des grèves en 2016 dans le cadre des négociations du secteur public. Le Sommet sur l’enseignement supérieur de 2013 a laissé tout le monde sur sa faim, ce qui incite la FNEEQ, sous la pression de son conseil, à mettre de l’avant la tenue d’États généraux de l’enseignement supérieur (ÉGES). La Fédération s’y attaque et implique un collectif regroupant les principaux acteurs des cégeps et des universités. Leur but: dégager une vision commune de l’enseignement supérieur et tisser des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier rendez-vous se tient en 2017 à l’Université Laval. Plus de 500 personnes y participent sous le thème «L’enseignement supérieur: un droit collectif, un service public». C’est un succès. Trois enjeux ressortent : le financement, la gouvernance et la précarité. Les échanges se continuent dans des rencontres régionales à l’hiver et au printemps 2018, qui permettent une mobilisation plus large et une meilleure connaissance de la réalité quotidienne dans les cégeps et les universités partout au Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un deuxième rendez-vous des ÉGES se tient à Montréal en mai 2018. Tous les partenaires du milieu y sont. Les trois thèmes issus des premiers ÉGES, financement, administration et précarité, alimentent les débats. Sous la plume de Marie-Hélène Alarie, la présidente Caroline Quesnel explique dans le quotidien Le Devoir:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le financement est toujours au cœur des revendications des partenaires du collectif, et de la FNEEQ en particulier. «On le sait, le réinvestissement consenti par le gouvernement lors du dernier budget n’est pas à la hauteur, ce n’est même pas un rattrapage par rapport à ce qu’on avait il y a cinq ou six ans. Cette perte est très dangereuse puisqu’elle amène les administrations d’université ou de cégep à se considérer comme des entités qui doivent générer des revenus. On entre alors dans une logique où l’enseignement est perçu comme une marchandise», déplore Caroline Quesnel.[…]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La gouvernance, la gestion et la transparence sont d’autres éléments déterminants du projet. «C’est la revendication de tous les acteurs du milieu : avoir son mot à dire, que ce soit dans les CA, dans les conseils d’études ou dans le processus de réflexion, dit la présidente. C’est l’inclusion et la transparence qu’on réclame.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le troisième thème discuté regroupe les précarités, et on a bien insisté sur le pluriel de ce thème, explique Caroline Quesnel. «On considère ici non seulement les conditions de travail du personnel, mais aussi les conditions d’études des étudiants, puisqu’eux aussi ont à conjuguer plusieurs rôles.» Ces conditions ont un impact direct sur la santé psychologique, et particulièrement sur celle des étudiants puisqu’ils subissent une immense pression qui affecte leur santé. C’est une pression semblable qui est présente partout dans le monde de l’enseignement, où par définition l’enseignant est soumis à un stress constant&amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Hélène Alarie, «Pour des solutions concrètes en enseignement supérieur», collaboration spéciale Le Devoir, 25 aout 2018.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La judiciarisation des relations de travail ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La judiciarisation occupe une place toujours grandissante dans les relations de travail pour la Fédération et les syndicats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette judiciarisation entraine des coûts faramineux tant pour les établissements où œuvrent nos membres que pour la fédération. Une simple demande d’un document se retrouve, le plus souvent, devant la Commission d’accès à l’information du Québec. Des violations flagrantes de nos contrats de travail aboutissent devant l’arbitre de grief. Bien qu’un très grand nombre de décisions arbitrales nous soit favorable, rares sont celles qui ne seront pas contestées par la partie patronale devant les tribunaux supérieurs. Ces deux situations, pour ne nommer que celles-là, entrainent obligatoirement un référé du dossier au service juridique de la CSN et impliquent pour l’organisation des frais que nous ne pouvons contrôler. Il faut se rappeler que l’équipe avait, dans ce contexte, émis le souhait de réduire le nombre de dossier transmis à des procureurs du service juridique de la CSN. Bien qu’un travail colossal ait été fait et qu’une très grande majorité de dossiers aient été assumés à l’interne, les frais juridiques sont demeurés très élevés, et ce, précisément par le nombre grandissant d’audiences devant les tribunaux supérieurs&amp;lt;ref&amp;gt;«Porter le flambeau!», Procès-verbal du 31e Congrès FNEEQ, mai 2015, Bilan des services, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les cégeps ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de cégep ont souvent fait face à des lois spéciales. Retrouver le droit de négocier est la priorité, mais la restructuration salariale est toujours à l’avant-plan ainsi que la vulnérabilité des cégeps en région qui prend de plus en plus d’importance. La question qui va rapidement s’imposer cependant est celle de l’existence même du réseau des cégeps. La mobilisation pour sa défense a refait l’unité de la Fédération. L’attaque sur les cégeps a réuni contre un ennemi commun ceux qui s’opposaient hier encore au sein de la Fédération. Et la CSN a répondu présente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Reid, ministre de l’Éducation, suggère en 2004 l’abolition des cégeps. La CSN organise une vaste mobilisation nationale et plusieurs mobilisations régionales. Une grosse manifestation a lieu sur les Plaines le 9 juin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conseiller syndical Guy Beaulieu a vécu cette période difficile:&lt;br /&gt;
«On craint vraiment la fin des cégeps, la menace est réelle. Dans les négociations, la FNEEQ est toujours la dernière à régler et ce n’est pas un hasard : l’employeur veut notre peau. Mais la FSSS a toujours pris soin d’inclure les cégeps dans le règlement. Grâce à la force de la CSN dans le secteur public, la FSSS pouvait dire à la table : on ne règle pas si la FNEEQ ne règle pas&amp;lt;ref&amp;gt;entrevue accordée à Jacques Gauthier par Guy Beaulieu le 27 mars 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La menace sur les cégeps s’éloigne un temps. L’employeur possède d’autres moyens et le regroupement, une force nouvelle:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le coup de force du gouvernement Charest, en décembre dernier [le décret de 2005], a été vécu comme une insulte législative, une marque de mépris pour les employé-es des services publics en général et, peut-on ajouter, pour les enseignantes et enseignants de cégep en particulier. L’arsenal répressif de la Loi concernant les conditions de travail dans le secteur public est tel qu’il va nécessairement bouleverser, pour un temps du moins, la pratique de nos actions syndicales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais ce qui importe […] c’est de constater que, fort d’une cohésion nouvelle, le regroupement et les assemblées syndicales se sont tenues debout, tout au long de ces mois passés à défendre les cégeps, la formation générale, la nécessité d’un réseau et la survie des cégeps en région, de même qu’à dénoncer la lourdeur de la tâche et le sort fait aux enseignantes et aux enseignants à statut précaire&amp;lt;ref&amp;gt;«Une profession engagée», Procès-verbal du 27e Congrès FNEEQ, juin 2006, Bilan du regroupement cégep, p. 1.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) demande que le baccalauréat devienne le diplôme d’entrée dans la profession infirmière. Elle remet ainsi en question la valeur qualifiante du DEC en sciences infirmières. La FNEEQ s’oppose et prépare la réaction. Le ministre de la Santé et des Services sociaux annonce en ouverture du Congrès de l’OIIQ qu’il met sur pied un comité interministériel sur la formation de la relève infirmière. La FNEEQ est exclue du comité, mais y fait des représentations. Le comité remet un rapport où il n’y a pas consensus. La revendication de l’OIIQ tombe à plat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2016, le gouvernement remet l’enseignement supérieur sur la sellette. Il consulte sur un projet de création de deux conseils ainsi que d’une commission mixte, de même qu’il propose des suggestions de modifications au Règlement sur le régime des études collégiales (RREC).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement cégep s’est penché sur ces projets et s’est prononcé sur le contenu des mémoires présenté par la CSN conjointement avec la FNEEQ, la FEESP et la FP. La facture du projet ministériel a particulièrement agacé les déléguées et les délégués du regroupement qui ont décrié l’omniprésence du vocabulaire de la performance qu’on retrouve tout au long du document à travers les notions d’assurance qualité, d’amélioration continue et de recherche des meilleures pratiques. Si le regroupement cégep se montre, malgré tout, favorable à la création d’un lieu permettant davantage de collaboration et de cohésion entre les établissements tant collégiaux qu’universitaires, ce n’est toutefois pas dans la perspective d’inféoder l’enseignement supérieur à une conception marchande et managériale de l’éducation&amp;lt;ref&amp;gt;«État des effectifs étudiants à la rentrée automne 2015-2016», carnets collégial, no 18, septembre 2015, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mobilisation sur le thème «Un DEC, c’est un DEC, partout au Québec!» porte ses fruits et le ministère ne retient pas plusieurs éléments soumis à la consultation concernant la création d’un conseil des collèges et les modifications au RREC proposées à l’automne 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un portrait des cégeps en 2015 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon la Fédération des cégeps, le nombre d’étudiantes et d’étudiants inscrits au cégep public cette année [2015] est stable par rapport à l’an­née dernière. Ils seront 178 131 étudiants, en majorité des filles (57,7%), répartis dans les 48 établissements du Québec, parmi lesquels 78 785 nouveaux venus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La population étudiante sera en nette hausse à Laval, qui accueillera 377 étudiants de plus (+5,2%) à la rentrée. Les effectifs seront en aug­mentation plus modérée dans les cégeps de la Côte-Nord (+2,4%), de la Montérégie (+2%) et de l’Outaouais (+1%).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle sera en nette baisse en revanche au Saguenay–Lac-Saint-­Jean, avec 434 étudiants en moins par rapport à la rentrée 2014 (­5,2%), en Gaspésie et aux Îles-­de-­la-­Madeleine (­4,5%), en Abitibi-Témiscamingue (­4,4%), en Mauricie (­2,3%), dans le Centre-­du-­Québec (­2,1%), en Estrie (­1,5%) et à Québec (­1%).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Partout ailleurs, à Montréal, dans les Laurentides, dans Lanaudière, dans la région de Chaudière-Appalaches et au Bas-Saint-Laurent, les chiffres sont quasi stables. Cette stabilité vient contredire les prévisions ministérielles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cégépiens sont inscrits à parts égales dans le secteur technique (46,9 %) et le secteur préuniversitaire (46,5%), contre 6,6% au tremplin [sic] Dec. Les programmes soins infirmiers (11 121 étudiantes et étu­diants) et gestion de commerces (5146) sont les plus fréquentés dans le secteur technique, tandis que les sciences humaines (43 654) et les sciences de la nature (21 792) sont les programmes les plus populaires du préuniversitaire&amp;lt;ref&amp;gt;Nicole Lefebvre, «Échos des regroupements», Carnets 34, automne 2016, p. 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous nous étions, entre autres, fortement opposés à la décentralisation vers les collèges de l’élaboration de deux des compétences des programmes d’études et aux modifications visant à accroître l’autonomie des collèges relativement à la gestion des programmes d’études. Nous devons toutefois rester vigilants puisque la fédération des cégeps s’est dit insatisfaite. Elle pourrait être à l’offensive, car elle voyait là une solution au délai trop long de révision et de mise à jour des programmes d’études&amp;lt;ref&amp;gt;Nicole Lefebvre, «Échos des regroupements», Carnets 36, automne 2017, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans les universités ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1995, le rôle principal du regroupement université demeure la concertation lors des négociations et la coordination dans l’application des conventions collectives, mais la précarité du statut des chargées et chargés de cours est toujours au centre des discussions, d’autant plus que les universités rencontrent des problèmes de financement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La part du financement gouvernemental dans les universités a chuté de 25% dans les trois dernières années et on prévoit de nouvelles compressions budgétaires pour les deux années à venir. Cela exige des établissements universitaires des efforts de rationalisation qui touchent aussi bien les structures administratives et académiques que les programmes. On réduit la taille des administrations, on regroupe des unités académiques et des services, on ferme des programmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette situation financière précaire fait également pression sur les conditions salariales des personnes chargées de cours de sorte que des syndicats ont dû faire des concessions à cet égard et renoncer à une progression salariale normale lors de la dernière ronde de négociations&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», 24e congrès FNEEQ, juin 1997, Annexe 10, rapport-bilan du regroupement université, p. 6-7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours, malgré des gains en négociation, demeurent insatisfaits de leur place dans l’université. Ils veulent améliorer leur statut et multiplient les efforts pour faire reculer la marginalité à laquelle ils sont confinés. Plusieurs syndicats ont fait des gains qui les mènent sur la bonne voie, notamment au niveau de la participation institutionnelle et de la réalisation de projets d’intégration pédagogique. Mais une question demeure et les chargées et chargés de cours la posent:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sommes-nous tous et toutes condamnés, nonobstant notre statut d’emploi, à limiter notre prestation de travail dans le strict cadre d’un court mandat à durée déterminée ? Pouvons-nous envisager une importante modification de l’ampleur de notre tâche, notamment au chapitre d’une contribution accrue de l’encadrement étudiant?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est certain que des milliers de chargé-es de cours, parmi les plus précaires, aspirent à un régime d’emploi, où l’obligation de compléter leur maigre revenu annuel au moyen de prestations de chômage ne sera plus qu’un mauvais souvenir&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, juin 2000, annexe 7, rapport des activités de la fédération, p.28.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La situation évolue à l’aube des années 2000. Les chargées et chargés de cours donnent en moyenne 50 % des cours de premier cycle dans l’ensemble des établissements universitaires québécois. Les syndicats du regroupement revendiquent l’équité salariale avec les professeurs réguliers pour une prestation de cours. Le regroupement s’appuie sur une étude de l’Institut de la statistique du Québec de 2009 sur l’écart entre la rémunération de ses membres et celle des professeurs. Les gains sont appréciables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’effet des réductions dans les subventions aux universités se fait sentir dans la décennie suivante. Les universités revoient leurs priorités et diminuent l’offre de cours, ce qui affecte particulièrement les enseignantes et les enseignants à statut précaire. Les administrations sont en demande.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement université a travaillé à consolider sa négociation regroupée et à accroître son rapport de force collectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cet effort de cohésion a été confronté à des attaques d’une grande violence, sans compter la série de compressions survenues dans le secteur de l’éducation depuis 2014. Alors que la quasi-totalité des syndicats du regroupement université est en négociation, ces luttes, même si elles ont mené à plusieurs gains, ont été difficiles dans un tel contexte. Les impacts néfastes des compressions sauvages dans le financement des universités ont d’ailleurs laissé des traces profondes, peut-être indélébiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, il faut s’indigner devant la disparition de nombreux cours, programmes, voire même de facultés, car ceux-ci ne reverront sans doute jamais le jour. On a même entendu un vice-recteur parler de ne conserver que les programmes « rentables». On assiste présentement à l’élagage de l’échantillon des cours offerts, à l’amincissement du savoir disponible et donc à la disparition de tout un pan des connaissances. Ainsi, non seulement, le parcours étudiant passe de plus en plus obligatoirement par des cours à distance, il s’effectue maintenant dans des classes de plus en plus bondées, face à une offre de cours déficiente et à des coûts toujours plus élevés&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Grands dossiers du regroupement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs universités explorent le modèle d’affaires à la mode, la formation à distance. Elles cherchent ainsi à combler les pertes de financement en exportant l’expertise que les enseignantes et les enseignants ont développée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc réfléchir ensemble sur le droit d’auteur, les droits de suite, la rémunération, le nombre d’étudiants, bref sur plusieurs enjeux. L’objectif est de pouvoir ainsi mieux baliser nos conventions collectives&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements », Carnets 34, automne 2016, p. 8.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La transformation de la gouvernance des universités depuis au moins le milieu des années 1990, qui est passée de collégiale à managériale, préoccupe les chargées et chargés de cours. Cette approche managériale issue du monde des affaires n’est pas étrangère aux difficultés vécues dans les relations de travail et à la présence accrue d’avocats aux tables de négociations. La situation est complexe et exige de tenir compte de multiples facteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’augmentation des dépenses liées aux frais juridiques et aux arbitrages est incontestable. Toutefois, la réflexion doit dépasser largement celle de l’argent. La défense de nos droits est et doit demeurer prioritaire. Mais, on ne peut dénoncer une telle situation sans réfléchir à notre participation à la judiciarisation. Cela dit, comment faire en sorte de rétablir des relations de travail saines au sein des universités tout en défendant nos droits&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La privatisation inquiète également. La situation vécue par le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université (STTTU) fait craindre une dégradation des conditions de travail. Une université publique, l'Université TÉLUQ, crée un statut d’enseignant encore plus précaire que celui des chargées et chargés de cours en sous-traitant à l’entreprise privée l’encadrement des étudiantes et des étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il en résulte une grève des tuteurs et tutrices de plus de six mois qui est résolue sur la base des recommandations d’un conciliateur. Les emplois des tuteurs et tutrices sont protégés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dans le privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement privé a connu une forte croissance dans les années 2000. Alors que le nombre de syndicats plafonne toujours autour de la vingtaine jusque-là, voilà que le regroupement compte maintenant plus de 42 syndicats. La position clarifiée de la Fédération sur l’école privée y est certainement pour beaucoup. Ce qui caractérise surtout ce regroupement et qui le distingue des deux autres, c’est la grande variété des établissements qui le compose, allant du préscolaire à l’universitaire en passant par tous les ordres: primaire, secondaire et collégial&amp;lt;ref&amp;gt;Un établissement offre des cours du préscolaire jusqu’au collégial; deux, des cours de niveaux secondaire et collégial; un n’offre que le primaire; onze, le secondaire seulement; deux, le collégial seulement dont un se limite au collégial technique; un se retrouve dans le secteur universitaire. Il y a également une école de conduite automobile, deux écoles spécialisées en enfance inadaptée et enfin une école de musique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Coordonner les négociations et l’application des conventions collectives dans un tel contexte relève de l’exploit. D’autant plus que les conditions de l’exercice syndical varient énormément d’un établissement à l’autre, mais présentent une caractéristique commune: la pratique de l’action syndicale y est difficile et beaucoup de syndicats ne participent pas ou peu aux activités de la Fédération. La coordination et la concertation entre syndicats en souffrent. La situation change au début des années 2000.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Question d’illustrer l’exercice du syndicalisme dans un établissement privé, la présidente Caroline Quesnel, enseignante au collège Jean-de-Brébeuf, nous raconte: «J’enseigne au collégial, où les enseignantes et les enseignants sont regroupés dans le Syndicat des professeurs de l’enseignement universitaire du Collège Jean-de-Brébeuf, un des plus vieux syndicats de la FNEEQ, qui a fêté ses 50 ans en 2015. J’ai participé à la négociation locale en 2005. C’est la première négociation à Brébeuf avec un conseiller venu de la Fédération. La première fois aussi que notre syndicat obtient des libérations pour toutes les activités syndicales. Un fait exceptionnel pour le privé&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Quesnel le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2005, la Fédération précise sa position sur l’existence des établissements privés, qui réconcilie son engagement en faveur d’un réseau d’éducation public de qualité pour toutes et tous ainsi que la protection des emplois des personnels du secteur privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Historique de la position FNEEQ sur les établissements privés», 31e congrès FNEEQ, 26-29 mai 2015, p. 5.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Trudelle participe à ces discussions : « La position de la Fédération sur le privé est courageuse. Quel que soit le lieu de l’enseignement, chacun a droit à de bonnes conditions de travail. Nous nous sommes aussi opposés à ce moment-là [à] la ségrégation scolaire, qui existe aussi dans le public. Notre position a amené beaucoup de syndicats du privé à la FNEEQ&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Trudelle le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Pouliot, du Collège de Lévis, identifie deux grands moments qui ont favorisé l’acceptation du privé à la FNEEQ: «En juin 2008, lors du conseil fédéral, les syndicats du privé font accepter que le financement du privé ne puisse ni être diminué ni aboli. Le débat a eu lieu. Il est toujours facile d’avoir les [chargées et chargés] de cours de notre côté. Ils connaissent la précarité. Même chose pour les cégeps en région, qui comprennent nos problèmes. Leur situation est aussi précaire. Mais c’est plus difficile de s’entendre avec les gros cégeps. Ils nous ont finalement donné leur appui&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Pouliot le 9 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’existence des établissements privés reste un sujet sensible, souvent remis en discussion. Des positions contradictoires s’affrontent. Ont-ils droit à un financement public? Le gouvernement Marois de 2012-2013 remet en cause ce financement des établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2012, lors du Congrès de la FNEEQ à Shawinigan, la question revient sur la table. Jean Pouliot explique: «Les syndicats du privé sont bien préparés. La position défendue: on ne diminue pas nos subventions, et on prône l’intégration dans le secteur public s’il y a fermeture d’une école privée. Nous voulons éviter la situation vécue par notre collège en 2000, alors que le Cégep Lévis-Lauzon a refusé de nous intégrer. On a encore gagné notre point. La vieille mentalité sur l’abolition du privé a été battue et la Fédération a réitéré sa position sur la préservation de l’emploi. Nous avons aussi expliqué que la vision que le privé recrute par sélection n’est plus valable, la plupart des collèges ne font plus de sélection. Nous avons la même clientèle que l’école publique. La position des établissements privés a changé comme les écoles ont aussi changé. Ce n’est plus l’élite qu’on recrute, et aujourd’hui les élèves sont libres d’y venir sans sélection. La CSQ continuant de revendiquer l’abolition du privé, la Fédération recrute de nouveaux syndicats&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier mandat de Caroline Senneville est marqué par une vague de syndicalisation. Une douzaine de syndicats s’ajoutent. Caroline Quesnel indique: «Ce n’est peut-être pas anodin. Cela correspond à la période des coupes gouvernementales dans l’éducation et particulièrement dans l’école privée, ce qui a amené une détérioration des conditions de travail. Cela a suscité cet élan de syndicalisation&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Caroline Quesnel le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le contexte de baisse démographique et de compressions budgétaires au MELS et au MESRS a grandement fragilisé le réseau des écoles privées depuis quelques années. Les fermetures successives de trois de nos établissements ont constitué des événements tristement marquants de ce mandat. L’échec de la conversion du Collège Antoine-Girouard au réseau public a profondément ébranlé les membres du regroupement qui ont exprimé le désir de mettre à jour la position de la FNEEQ sur les établissements privés afin qu’elle reflète la réalité et qu’elle défende mieux les emplois de ses membres&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», procès-verbal du 32e congrès FNEEQ, mai 2018, rapport de l’exécutif, p. 16-17.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Confronté par la fragilité du système privé d’éducation, le regroupement demande en effet en 2018 une modification de la position de la FNEEQ sur l’enseignement privé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la lumière de l’échec récent de l’intégration du Collège Antoine-Girouard à la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, les membres du privé considèrent que la position fédérale accuse un décalage par rapport à la réalité et qu’elle devrait se porter plus concrètement à la défense des emplois dans les collèges privés. Par conséquent, le regroupement privé a constitué un comité de réflexion pour proposer des idées de renouvellement de la position de la FNEEQ sur le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan regroupement privé, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne manquera jamais de défis à relever pour le regroupement privé. Le premier: favoriser la participation des membres du regroupement privé aux activités de la Fédération. Déjà la participation étant meilleure au regroupement, il reste aux syndicats à être plus présents aux activités de la Fédération, surtout aux conseils et aux congrès. La question des libérations syndicales est à résoudre. D’un point de vue professionnel, l’état de la situation demande une attention particulière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’autonomie professionnelle et la valorisation de la profession enseignante sont de plus en plus mises à mal. Dans leur quotidien, les enseignants du privé observent qu’ils ont moins de latitude pour exercer leur travail. L’ingérence des parents et des directions dans la gestion de la classe, dans les évaluations et dans leur jugement professionnel, discréditent la compétence des enseignants et rendent leur travail de plus en plus difficile&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», Procès-verbal du 32e Congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan regroupé.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et signe d’une évolution positive, le regroupement monte en 2016 un projet pilote de négociation coordonnée, selon le modèle de celui de l’université. Quatre syndicats en négociation dans les deux prochaines années participent au projet, deux conseillers y sont attachés. De même, les syndicats du collégial privé vont se rapprocher de ceux du collégial public, puisque leur sort y est lié.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Les négociations =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce début de période, les parties patronales des trois secteurs, université, privé et cégep, remettent en question les acquis des conventions collectives. Elles sont bien appuyées par le discours public, tout axé sur le déficit zéro et les générations futures, comme si l’éducation ne concernait pas les « générations futures». Les cégeps sont en négociation permanente et mobilisent beaucoup d’énergie à la Fédération. Les syndicats des universités ne sont pas de reste. Ils viennent tous de renouveler leur convention collective. Dans les établissements privés, où la négociation est locale, sans trop de ligne directrice, plusieurs ententes sont conclues. Contrairement à l’université et au cégep, le secteur privé est si diversifié qu’une concertation poussée semble impossible. Ce qui n’empêche pas le patron d’un collège privé d’avouer que ce sont les syndicats de la FNEEQ qui ont conservé les meilleures conventions collectives dans le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, annexe 14, rapport-bilan des services 1995-1997, p. 8&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Au cégep ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au regroupement cégep, les négociations occupent pratiquement tout l’espace. La préparation, les consultations, puis les négociations peuvent souvent durer plus de deux ans, que le résultat soit une convention signée ou un décret. Puis, tout est à recommencer pour la suivante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1995 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation de 1995 se déroule en même temps que le référendum de 1995: toute l’animosité est concentrée vis-à-vis le gouvernement péquiste. On se demande: «Fait-on la grève pendant la période référendaire?». La chape de plomb du Parti québécois (PQ) telle que ressentie à la CSN est importante. Une situation qui rappelle le référendum de 1980 et qui fait craindre une répétition des lois spéciales qui ont suivi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’automne 1995 a été une période particulièrement intense au chapitre de la négociation. Celle-ci, amorcée depuis quelques mois déjà, s’est intensifiée en aout, septembre et octobre pour en arriver à une entente de principe à la fin d’octobre 1995. Compte tenu de l’imminence du référendum sur la souveraineté du Québec, le gouvernement souhaitait arriver à un règlement avec les composantes du secteur public avant le 30 octobre 1995, ce qui a donné lieu à un blitz de négociation&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, annexe 12, rapport-bilan du regroupement cégep, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’entente est obtenue juste avant le référendum et comporte des gains, principalement pour les enseignantes et les enseignants à statut précaire. La demande patronale comporte la suppression de poste de 1200 enseignantes et enseignants ETC (équivalent temps complet) alors que le regroupement cégep s’en sort avec 144 et une heure d’encadrement gratuite. La convention n’est signée qu’en avril 1996.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette entente, bien qu’elle comportait [sic] des concessions au chapitre des ressources — 144 ETC pris dans les fonctions dites périphériques — apportait une amélioration significative aux conditions de travail des enseignantes et enseignants à statut précaire et des bonifications au chapitre des salaires et de la retraite. Par ailleurs, l’introduction d’une mesure visant à améliorer le taux de réussite des élèves — l’heure d’encadrement — a permis d’empêcher une diminution accrue des ressources, telle que le souhaitait la partie patronale obsédée par la réduction immédiate des coûts, ce qui a constitué l’originalité de l’entente FNEEQ (CSN) en regard des deux autres fédérations d’enseignantes et d’enseignants de cégep [NDLR: FEC et FAC] qui ont dû endosser à 100 % les objectifs patronaux&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», Procès-verbal du 24e Congrès FNEEQ, juin 1997, Bilan du regroupement cégep, p. 3-4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le référendum de 1995 passé, le mouvement syndical se trouve confronté par le gouvernement Bouchard à un vaste programme d’austérité. Le PQ se lance alors dans la lutte au déficit public. À l’automne 1996, il convoque un Sommet sur l’économie et l’emploi pour discuter de l’avenir social et économique du Québec. Syndicats, patrons et groupes communautaires s’y retrouvent pour discuter de compressions de plus de 3 milliards de dollars dans le budget de l’État dans le but de rééquilibrer le budget à l’aube de l’an 2000. Un autre sommet est convoqué en octobre 1996 pour discuter d’emploi. Le gouvernement «propose» une réduction des dépenses de l’État de 6%, que chaque partenaire doit appliquer à son niveau. Cela inclut les établissements publics, les collèges privés et les universités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les départs volontaires, nombreux, une réduction du temps de travail et une ponction dans les surplus du régime de retraite ne sont pas suffisants. Il exige une ouverture des conventions au chapitre de la tâche et du plancher d’emploi. C’est rejeté. En mars, le couperet tombe. L’Assemblée nationale vote la loi 104.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ est la seule organisation à refuser de signer la reddition. Elle se retrouve aussi la seule visée par la loi. Les autres groupes du secteur public signent à la dernière minute. La FAC et la FEC acceptent des concessions salariales et ouvrent sur la tâche. La loi 104 vise les trois regroupements. Des moments difficiles pour la FNEEQ, dont tous les syndicats se retrouvent ainsi sous le coup de la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats [de cégep] décidèrent alors d’intensifier la grève du zèle et de mandater leurs représentantes et représentants afin qu’ils cherchent à conclure une entente comportant, en sus des économies réalisées par les départs à la retraite, des concessions salariales, et ce, afin d’éviter une hausse de tâche et les pertes d’emploi massives que cela aurait occasionnées. Des démarches ont alors été entreprises et, finalement, une entente conforme à ces objectifs est intervenue au début d’avril, laquelle fut adoptée par les assemblées. Une telle entente qui préserve l’emploi n’a été possible qu’au prix d’une réduction salariale de 3,57% accordée sous forme de congés compensatoires sans traitement. […] plusieurs dossiers, dont la reconnaissance des heures pour l’assurance emploi, la réduction et l’aménagement du temps de travail, la reconnaissance des années d’enseignement effectuées dans les écoles d’infirmières aux fins de la retraite et la mise en application du mandat concernant l’heure d’encadrement, ont été réglés dans la foulée de cette entente&amp;lt;ref&amp;gt;Pierre Patry, «La négociation dans le secteur public», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 18.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès qu’est connue la décision gouvernementale d’inclure le privé et les universités dans la loi 104, FNEEQ et CSN interpellent le gouvernement et entreprennent de les exclure de la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sujet des universités, nous avons dû rappeler au gouvernement qu’au cours des dernières années, celui-ci avait coupé de 25% son aide au milieu universitaire. Les fluctuations à la baisse du financement des universités avaient d’ailleurs produit des effets sans précédent: alourdissement de la tâche d’enseignement, diminution significative de la masse salariale des chargé-es de cours, diminution importante du nombre de charges de cours, etc. Pourtant les chargé-es de cours ont toujours constitué une mesure d’économie pour les universités québécoises. En effet, ils donnent à peu près 50% de l’enseignement pour le cinquième des coûts relatifs à l’enseignement universitaire!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui a trait aux établissements d’enseignement privé agréés aux fins de subventions, l’aide gouvernementale au financement a également été réduite de 15 % au cours des trois dernières années. Tout comme leurs camarades des universités, les enseignantes et enseignants du secteur privé ont fait largement leur part pour répondre aux diminutions récurrentes des subventions. Ces diminutions se sont notamment traduites par un alourdissement de la tâche d’enseignement et, pour certains, par des diminutions de salaire&amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Claire Chouinard, Denise Trudeau, «La loi 104, non merci», FNEEQ actualité, vol. 11, no 2, juin 1997, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril, le gouvernement renonce à appliquer sa médecine à ces deux groupes. Le privé a livré une bataille exemplaire menée par Denise Trudeau et Pierre Lachance: mobilisations importantes, retenue des notes. Cette dernière action a particulièrement l’heur de déplaire à la Fédération des cégeps. Pour répondre à la réduction des couts de 3,57 % imposée par la loi 104, la FNEEQ donne comme mot d’ordre de retenir les notes pendant 3,57 jours. Le mot d’ordre est appliqué dans 21 des 34 établissements syndiqués à la Fédération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le tout se règle avant le Congrès de 1997. Tout le monde sort de la loi 104.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une particularité lors de cette négociation, la présence d’une femme au comité de négociation avec une préoccupation féministe. Flavie Achard accepte ce rôle : « On avait aussi développé l’idée de la présence d’une femme, la négociatrice, [au] comité de négo. J’ai joué ce rôle en 1995, avec l’appui du réseau femmes. Me retrouver à ce poste en tant que femme n’a pas été facile, l’opposition a été rude. Après un premier vote négatif au regroupement, j’ai eu ma nomination à la réunion suivante&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Flavie Achard le 5 juin 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une session femmes négo-cégep se tient en mars 1998 afin d’élaborer les demandes en matière de harcèlement sexuel, de droits parentaux et d’accès à l’égalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Regroupement cégep n’a pas retenu la structure particulière qui sous-tendait la négociation des dossiers femmes et, conséquemment, a mis fin à la désignation d’une négociatrice recevant ses mandats du Comité femmes ou des sessions femmes&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», Procès-verbal du 25e Congrès FNEEQ, Bilan du comité femmes, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 1999 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après 18 mois de négociation, les centrales syndicales s’entendent juste avant Noël avec les représentants du gouvernement du Québec sur le renouvellement des conventions collectives du secteur public. La nouvelle convention, qui s’étendra jusqu’au 30 juin 2002, prévoit des augmentations de 9% sur trois ans pour les 400 000 personnes employées syndiquées du secteur public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre négociation difficile où les trois fédérations du collégial, FNEEQ, FAC et FEC, ne peuvent s’entendre sur un cadre stratégique malgré de nombreuses rencontres. Pierre Patry est alors président de la Fédération: «Le règlement est arrivé juste avant Noël, comme c’est souvent le cas. Après des années de lois spéciales, la négociation de 1999 en fut une vraie, la première depuis 1989. Nous avons fait des gains sur le plancher d’emploi et la diminution de salaire de 3,57% a presque été effacée. On retrouvait le droit de négocier&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron se souvient d’avoir été actif dans l’acceptation de cette réduction de 3,57%: «J’avais mis tout mon poids pour la reconnaissance de la précarité et l’acceptation de cette coupure temporaire plutôt que de s’en prendre aux précaires. Tout le monde n’était pas d’accord, mais ce fut un élément majeur dans la reconstruction de la FNEEQ. Le règlement de 1999, tout en ne laissant pas tomber les précaires, a fait beaucoup pour compléter le travail de reconstruction&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Ronald Cameron le 29 avril 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2002 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans conteste, le succès le plus important de cette négociation est l’entente sur la structure salariale, l’aboutissement pour la FNEEQ d’une longue lutte, de recherches et de discussions qui ont mené à une conclusion logique: les enseignantes et enseignants de cégep font bel et bien partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors de cette négociation de 2002, les trois fédérations du collégial, FNEEQ, FAC et FEC, préparent un projet commun de négociation. Trois thèmes sont retenus: le financement, la tâche et la formation continue. Le projet avorte une fois de plus, la FEC et la FAC mettent fin aux travaux communs et rompent l’alliance pour des raisons distinctes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociateurs gouvernementaux proposent une prolongation d’un an de la convention de 1999. La FEC accepte cette prolongation et classe la négociation entreprise sur la structure salariale comme partie de la discussion sur l’équité salariale. Ce qui est un pieux mensonge, car les enseignantes et enseignants de cégep n’ont pas vraiment de comparatif. La FAC, de son côté, se prononce contre la prolongation et dit ne pas avoir d’opinion arrêtée sur la structure salariale. La FNEEQ refuse cette prolongation. La raison majeure de ce refus est que la tâche a augmenté de façon telle qu’il devient difficile de cautionner le prolongement de l’application des conditions de travail. La revendication de la FNEEQ est un allègement de 10% de la tâche. La FNEEQ se voit alors offrir une négociation sur la structure salariale, rendue nécessaire par l’acceptation par la CSQ de l’échelle unique du primaire au collégial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La reconnaissance par le Conseil du trésor des services professionnels rendus par les enseignantes et les enseignants du collégial ouvre la porte à une entente. Les négociations s’accélèrent en décembre et l’accord survient en janvier, alors que les diplômes de maitrise et de doctorat sont reconnus au collégial pour fin de rémunération. La FNEEQ est la seule fédération syndicale à avoir exigé ce statut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] au lendemain de la prolongation et en pleine consultation sur les demandes sectorielles, et tout en poursuivant la bataille sur l’habilitation, nous avons développé une véritable stratégie de mobilisation, adaptée aux circonstances. Ça nous a permis de nous positionner auprès du Conseil du trésor pour faire valoir ce que nous avions toujours défendu depuis plusieurs années. L’enseignement collégial appartient à l’enseignement supérieur et la profession enseignante doit être reconnue à ce titre&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation… pour agir!», Procès-verbal du 26e Congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p. 9-10.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La restructuration salariale ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2002, la CSQ règle sur la question de l’échelle unique. Si la FNEEQ n’arrive pas à une entente différente sur la question, à peu près la moitié des enseignantes et les enseignants de cégep vont gagner moins que celles et ceux du primaire et secondaire. D’où la nécessité d’un échelon supplémentaire pour un diplôme de maitrise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Fédération a donc travaillé sur deux choses: d’abord elle maintient que les enseignantes et les enseignants de cégep constituent une catégorie d’emplois distincte qui doit avoir une structure salariale qui lui est propre. De plus, dans la loi même sur l’équité salariale, il est dit qu’on peut justifier des différences salariales sur la base de la diplomation. Le regroupement introduit donc la maitrise dans l’équation. À l’époque, 35% des enseignantes et enseignants au collégial avaient une maitrise, contre 5% ou 6% au secondaire. Cette question de la scolarité fait pencher la balance du côté de la FNEEQ, qui obtient cette reconnaissance des cégeps comme partie de l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pouvait justifier notre différence par notre scolarité. Nous avons demandé l’introduction d’un échelon particulier pour la maîtrise. On a réglé avec Marcel Gilbert au Conseil du trésor. Nous avons alors obtenu la reconnaissance que l’enseignement collégial était du domaine de l’enseignement supérieur. D’une importance majeure, car cela ouvrait la porte à une révision plus profonde de la structure professionnelle des profs du collégial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry est alors président de la FNEEQ: «On n’a pas fait dans la facilité. Nous défendions le principe que personne ne devait perdre de salaire, mais une catégorie de membres n’en gagnait pas avec ce règlement. La FNEEQ a proposé de devancer les augmentations de salaire pour contrer cette conséquence. Le négociateur du Conseil du trésor a répondu que notre demande équivalait au cout de l’introduction de la maitrise dans la structure salariale. La FNEEQ a refusé ce troc. Tout le monde aurait gagné, individuellement, mais on n’aurait pas fait reconnaitre les enseignantes et enseignants de cégep comme une catégorie distincte des profs du primaire [et du] secondaire et on n’aurait probablement pas obtenu le rangement 23 en 2019. Le vote sur la restructuration salariale qui a suivi a été très disputé. Lorsque nous sommes entrés en instance, notre position était perdante, mais a finalement prévalu à plus de deux tiers des votes&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Pierre Patry le 27 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2005 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est assez courant lorsque commencent les négociations du secteur public que le gouvernement fasse tout à coup le constat que les finances publiques sont au plus mal. Cela ne diffère pas cette fois encore. La négociation de 2005 se déroule sous le signe de la contrainte. Le gouvernement Charest continue d’imposer ses politiques néolibérales et veut une entente à ses conditions, brandissant la menace d’un décret. Tout semble écrit d’avance. Les négociateurs patronaux veulent amener les syndicats à accepter des clauses de convention sur lesquelles il n’y a même pas eu de négociation. Tout le processus d’ailleurs est un excellent exemple de non-négociation planifiée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En juin 2004, le gouvernement dépose ses offres et met dans le même cadre financier l’équité et les augmentations salariales pour l’ensemble de son personnel, incluant même le traitement des médecins et des députés, soit une augmentation de 12,6% sur six ans et neuf mois. Le front commun syndical travaille pour un règlement à l’automne 2005. La cohésion syndicale ne dure pas: la CSQ quitte le bateau pour s’allier au Secrétariat intersyndical des services publics à la recherche d’un règlement au printemps 2005. C’est un échec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Auparavant, en octobre 2004, la FNEEQ lance une invitation pour une alliance sectorielle avec la FAC et la FEC (CSQ). Elle apprend en novembre la formation d’un cartel FAC-FEC (CSQ) constitué à son insu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron, président de la Fédération, commente cette alliance dans la revue de la Fédération:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La constitution de ce cartel n’est pas surprenante. Depuis sa fondation, la FAC a toujours privilégié les relations avec la FEC-CSQ plutôt qu’avec la FNEEQ. Créée à la suite du départ de syndicats de la FNEEQ, il est plus facile pour elle de se tourner vers la FEC-CSQ que de revenir vers la FNEEQ. Représentant au total le tiers du personnel enseignant des cégeps, ces deux groupes cherchent de toute évidence à constituer ainsi un pôle alternatif à la FNEEQ. Or la relation entre la FAC et la FEC-CSQ s’est renforcée d’autant plus que la FAC avait écarté une proposition d’alliance avec la FNEEQ sur une nouvelle structure salariale pour le personnel enseignant de cégep, consentie par le Conseil du trésor en décembre 2002. Nous revenons sur cet épisode dans le numéro spécial du bulletin INFO NÉGO sur la négociation dans les cégeps&amp;lt;ref&amp;gt;Ronald Cameron, «Les limites du syndicalisme indépendant», Carnets, no 12, hiver 2005, p. 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour faire pression sur le gouvernement, des mouvements de grève sont organisés, comme celle du 25 avril dans les cégeps et les quatre journées de grève votées par la CSN et la FTQ à exercer de façon rotative par région à l’automne. Ce vote de grève reçoit l’appui de 97% des membres de la FNEEQ. Une première à la Fédération. Trois vagues de débrayage se succèdent en novembre et décembre. Si la mobilisation n’a pas donné les résultats escomptés au national, elle donne de l’élan au niveau local.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Front commun syndical soumet une contre-proposition salariale à l’automne 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la mi-décembre, le gouvernement donne 18 heures aux parties syndicales pour accepter les offres sinon il y aura décret. Il y a décret. Les conventions sont renouvelées jusqu’en mars 2010.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] ce décret constitue un coup de force pour réduire la place des services publics au Québec et un élément stratégique majeur pour renforcer le plan de «réingénierie» du gouvernement Charest. C’est une pièce maîtresse de sa politique générale, qui vient compléter ce qui a été entrepris dans différents secteurs, entre autres par le projet de partenariats privé-public (PPP)&amp;lt;ref&amp;gt;«Une profession engagée», Procès-verbal du 27e Congrès FNEEQ, juin 2006, rapport du comité exécutif de la FNEEQ, p. 114.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement offre aux parties syndicales de signer la nouvelle convention. La FAC et la FEC le font, ce que la FNEEQ refuse. Le résultat des négociations de 2005 est décevant. Les syndicats du regroupement sont mobilisés, font la grève, mais à la fin le gouvernement décrète. Une constatation: d’un décret à l’autre, le pouvoir d’achat des enseignantes et des enseignants diminue, leur tâche s’alourdit et ils se trouvent continuellement sous la menace de voir le réseau démantelé et leur mode de négociation autant à la table centrale qu’à la table sectorielle disparaitre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’en sera-t-il de la négociation de 2010?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2010 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le front commun du secteur public de 2010 réunit 475 000 syndiquées et syndiqués, le plus grand nombre à ce jour pour une négociation au Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois n'est pas coutume; la négociation de 2010 est rapide. Le dépôt se fait le 30 octobre 2009, la signature, le 24 juin 2010. Jean Trudelle est président de la Fédération lors de cette négociation:&lt;br /&gt;
«Entre 2005-2010, un comité conjoint syndical patronal réalise une étude sur la condition enseignante, à laquelle participe une équipe syndicale très solide. Lorsque les négociations de 2010 arrivent, la partie patronale sait très bien que nous allons revendiquer sur la tâche, puisque l'étude conjointe identifie le problème.&amp;lt;ref&amp;gt;Entrevue accordée à Jacques Gauthier par Jean Trudelle le 31 mai 2019.&amp;lt;/ref&amp;gt;» La FNEEQ dresse le portrait:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nécessité de réinvestir dans les services publics n’est pas à démontrer. Les pénuries de main-d’œuvre qui se font durement sentir, dans les services de santé et dans l’éducation, sont directement à mettre en lien avec des conditions de travail qui se sont dégradées. Dans le réseau des cégeps, on relève partout des difficultés de recrutement d’enseignantes et d’enseignants, et ce, dans toutes les disciplines. Le nombre de départs à la retraite n’explique pas le phénomène, bien plus lié à la lourdeur de la tâche et au retard important de la rémunération par rapport à des emplois comparables&amp;lt;ref&amp;gt;Micheline Thibodeau, «Les négociations du secteur public», Carnets, no 20, printemps 2009, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement demande un ajout de 1200 nouvelles enseignantes et nouveaux enseignants (calculés en équivalents temps complet ou ETC). Ce sont finalement 403 postes qui s'ajouteront sur une période de cinq ans, un gain important compte tenu des reculs subis dans le passé. L’entente est signée le 13 juin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Localement, il semble y avoir concertation entre beaucoup de directions pour remettre en cause la représentativité syndicale, particulièrement sur les questions touchant la pédagogie. La convention est claire: les enseignantes et les enseignants siégeant aux divers comités sont nommés par l’assemblée syndicale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La négociation de 2015 ===&lt;br /&gt;
La négociation de 2015 s'est distinguée par l'obtention du rangement 23 pour les enseignantes et les enseignants du réseau collégial, un gain de dernière seconde. Le gouvernement a d’abord tenté un rangement 21. Alors que l’entente est sur la table, que la fin approchait, le négociateur syndical, Norman Thibault, un conseiller de la FNEEQ, a suspendu l'entente pour régler une fois pour toutes la question du rangement 23, un dossier en marche depuis 2002. Un coup d'éclat réussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une surprise dans cette négociation: la FEC et la FNEEQ créent l'Alliance des syndicats des professeures et des professeurs de cégep (ASPPC). Pour la première fois, les enseignantes et les enseignants de cégep vont négocier d'une seule voix. Un protocole conclu en automne 2014 prévoit un mode de fonctionnement basé sur le consensus, un cahier commun de demandes, un seul comité de négociation et une instance commune regroupant les représentantes et les représentants des syndicats de la FNEEQ et de la FEC-CSQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tant à la table centrale qu'à la table sectorielle, des ententes de principe sont conclues en décembre 2015. La rédaction de la convention s'est poursuivie jusqu'en juin 2016.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Et le futur? ===&lt;br /&gt;
Il reste de nombreux défis à relever, mais surtout le défi de la consolidation du réseau: diminuer la précarité et travailler à l’intégration de la formation continue au secteur régulier, consolider la place des cégeps en région, renforcer l’autonomie professionnelle et la culture de la collégialité, assurer le respect de notre vision humaniste dans la transformation du réseau, limiter et baliser le développement des partenariats et du téléenseignement et revendiquer des moyens et des ressources qui tiennent compte de la diversité grandissante de la population étudiante&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l'horizon des possibles», procès-verbal, 32e congrès FNEEQ, mai 2018, rapport du comité exécutif, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;[…]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== À l'université ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l'université la situation est ambivalente. En même temps que la concertation entre les syndicats évolue et se peaufine, que les conventions s'améliorent, la situation économique et les coupes dans les budgets mettent de la pression sur les administrations. Les chargées et chargés de cours, le les salariés les plus précaires du milieu universitaire, sont les plus touchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années 1995-2005 verront la négociation regroupée prendre vraiment son envol. De 1995 à 1997, l'ensemble des syndicats du regroupement université sont en négociation. Les premiers règlements entre les personnes chargées de cours et les administrations interviennent à l'Université du Québec à Hull (UQAH), qui devient l'UQO en 2002 (Université du Québec en Outaouais) et à Concordia, suivis de l'UQAM. À l'Université de Montréal, une entente est signée en novembre 1996, après des négociations ardues et un vote de grève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de l'Université du Québec à Rimouski, à Chicoutimi et en Abitibi-Témiscamingue de même que celui de l'ÉTS et des maîtres de langues de Laval finalisent leurs négociations au printemps 1997. Les règlements à l'Université Laval et à l'Université McGill ferment le cycle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le processus de négociation regroupée mis en place pendant ces négociations comporte deux objectifs: 1) favoriser des échanges rapides d'information entre les syndicats et la coordination du regroupement pour enrichir les négociations de chacun et 2) élaborer un tronc commun de discours sur les différents sujets de négociation pour avoir plus d'impact sur la place publique et dans les négociations locales&amp;lt;ref&amp;gt;«L'éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p. 14.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il sert à la fois à la négociation et à la concertation, sur la loi 104 par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1997, lorsque le gouvernement Bouchard adopte sa loi 104 sur la diminution des coûts de main-d'œuvre dans le secteur public – qui ne s'adresse qu'à la FNEEQ finalement –, on constate avec étonnement qu'elle s'applique aussi à l'université et au privé alors que le gouvernement n'a rien à voir avec la négociation dans ces deux secteurs. La CSN et la FNEEQ réagissent et le gouvernement recule, excluant les deux secteurs de la loi après quelques mois d'hésitation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Chargées et Chargés de cours sont Là pour rester sur le plan syndical, la désormais fameuse bataille du rattrapage salarial avec les professeurs d'université a donné lieu à une première série de gains salariaux importants mais aussi à un élargissement des démarches d'intégration pédagogique et politique des chargées et chargés de cours. mais le principal fait saillant de ce cycle de négociations est sans contredit l'acceptation consensuelle, 25 ans après la création du premier syndicat de chargés de cours, de la thèse fondatrice de ce type de syndicalisme qu'on croyait impossible. Les chargées et chargés de cours ne sont pas un accident de l'histoire dont la résorption se fera naturellement par l'élargissement des effectifs du corps régulier des professeurs. Cette masse de salariés précaires est là pour rester et son existence a notamment permis aux universités d'assurer leur mission de démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur. Civiliser la précarité en organisant syndicalement les chargées et chargés de cours et en négociant des conventions collectives de plus en plus complète[s] et contraignante[s] pour les employeurs: tel[le] fut la contribution du syndicalisme des chargées et chargés de cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce sens, le syndicalisme des chargées et chargés de cours apparaît avec le recul comme une forme de réponse sociale au sein des universités à ce profond bouleversement dans le monde du travail caractérisé entre autres choses par la flexibilité accrue des conditions de travail, par la précarisation du travail. C'est d'ailleurs un peu pour mesurer l'ampleur de ce phénomène et les réponses sociales et syndicales qu'il suscite, que le regroupement université de concert avec d'autres regroupements et comités a organisé à Montréal la cinquième édition de COCAL.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Réseau nord-américain d'enseignantes et d'enseignants précaires, organisé syndicalement ou pas, la ''Coalition of Contingent academic Labor'' met en relief le caractère généralisé de ce phénomène de précarisation du travail dans les institutions d’enseignement en Amérique du nord et l'importance stratégique décisive du syndicalisme affilié pour lutter contre cette nouvelle forme d’exclusion sociale qu'est l'explosion du travail précaire. Rendons à César ce qui appartient à César en soulignant, au passage, que la FNEEQ fut la première fédération syndicale en Amérique du nord à saisir l'importance de ce combat et à accueillir les premiers syndicats de chargées et chargés de cours et leur bien étrange discours fortement imprégné d’indignation sociale&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l'aube de l'an 2000, la concertation prend un nouvel élan: on ajoute le besoin d'actions communes au partage d'information et au discours commun. Une série d'actions s'organise. Ainsi, le 22 novembre 2000, les syndicats tiennent la première Journée nationale des chargés de cours dans leurs établissements, une opération de reconnaissance et de visibilité. À l'automne 2001, les présidences de syndicats du regroupement se rendent à Chicoutimi, en appui à leurs collègues du SCCCUQAC en négociation. En mars 2002, le regroupement tient une réunion à Québec afin de soutenir le SCCCUL en campagne de rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'histoire du regroupement, cette négociation marque une avancée importante: outre la nécessité d'un discours commun, la concertation des actions est apparue primordiale. Les gains ont été appréciables autant en ce qui a trait aux conditions normatives de travail que de la rémunération – un rattrapage salarial variant de 8% à 11%, ainsi que les paramètres du secteur public et parapublic. Lors de cette négociation, les chargées et chargés de cours sont parvenus à une reconnaissance certaine dans le monde universitaire et dans l'opinion publique&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l'éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, rapport bilan du regroupement université, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les chargées et chargés de cours connaissent ensuite une série de négociations gagnantes sur tous les points de la plateforme commune de revendications. Tout au long, la solidarité se manifeste dans le plus grand respect de l'autonomie de chaque syndicat, particulièrement lors des grèves à l'Université Laval et à l'Université TÉLUQ.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
[…] La rémunération d'une charge de cours […] est passée en dix ans de 5000$ à 8000$, soit une augmentation moyenne de 6% par année. Au fil du temps, l'expérimentation de la négociation regroupée a mis en lumière certains éléments essentiels à la réussite, notamment la bonne préparation d'un cycle de négociation. De l'élaboration de la plateforme commune aux sessions de formation, c'est un ensemble de facteurs qui permettent aux syndicats de s'outiller afin d'arriver fin prêts aux tables locales&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation… pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, Bilan du regroupement université, p.3-4.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La phase de négociation 2005-2009 se termine avec la signature de la convention à l'UQAT. Ce cycle, marqué par des grèves à l'Université Laval, à l'Université du Québec en Outaouais et à la TÉLUQ, a permis un important rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement dit du cycle suivant qu'il est «sans doute une des négociations regroupées les plus importantes entre des syndicats CSN.» Neuf syndicats en provenance de six régions sont en négociation pendant cette période. Les chargées et chargés de cours veulent faire reconnaitre leur apport à l'université, eux qui donnent en moyenne 50% des cours de premier cycle dans l'ensemble des établissements universitaires  québécois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En décembre 2009, les syndicats se rendent à l'Université de Montréal pour manifester leur solidarité aux chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal, pris dans une négociation difficile. Ils sont les premiers à enclencher le nouveau cycle. Ils feront la grève pendant sept semaines pour éloigner les prétentions autoritaires de l'administration de l'Université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette négociation du SCCCUM marque le début de la nouvelle phase de négociation. Une quatrième entente de solidarité est entérinée par le regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les sept semaines de grève ont permis des avancées notables quant à des enjeux importants, mais aussi de contrer des attaques de l'employeur, notamment la perte éventuelle du lien d'emploi à la suite d'un désistement. Le règlement prévoit une augmentation salariale de 6,55%, montant auquel s'ajouteront les paramètres négociés dans le secteur public, et ce, pour les quatre années de la convention collective&amp;lt;ref&amp;gt;Claire Tremblay, «un mode singulier, des résultats probants», Carnets, no 20, printemps 2009, p. 11.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quatre autres syndicats du regroupement sont en négociation en 2010: ceux des chargées et chargés de cours de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), de l'Université Laval ainsi que de l'éducation permanente de l'Université Concordia.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Syndicat des chargés-es de cours et instructeurs-trices de l'Université McGill (SCCIM) signe enfin une première convention collective après quatre ans de négociation. Une longue lutte pour la reconnaissance. […] De leur côté, les auxiliaires d'enseignement de McGill ont accepté l'offre de l'employeur lors d'une assemblée générale tenue le 30 septembre&amp;lt;ref&amp;gt;«Les chargé-es de cours de l’Université de Montréal: on a eu raison de faire la grève», Carnets, no 23, automne 2010, p. 8 .&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2012, les universités ont subi en quatre ans des compressions de plus de 700 millions$, une mutation entrepreneuriale et une augmentation du nombre d'étudiantes et d'étudiants par groupe les universités sont dans un piètre état.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut camper les négociations dans ce contexte «austéritaire», fermé et sans dialogue. Ainsi, à l'Université de Montréal, à l'UQAM, à l'ÉTS et à Concordia, on s'arme de patience et de détermination. Les chargées et chargés de cours de l'UdeM, au cœur d'une vaste restructuration de l'université, font face à une judiciarisation croissante qui alourdit les relations de travail et qui génère aussi des coûts énormes. À l'UQAM, la situation est explosive!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les étudiantes et les étudiants salariés sont en grève depuis décembre 2015 et le conflit ne semble pas près de se résoudre. Les professeurs et les chargés de cours sont aussi en négociation, ce qui a permis de belles mobilisations intersyndicales. La solidarité est au rendez-vous, mais la vidéosurveillance et la répression aussi! À Concordia, les compressions et les menaces liées au projet de loi sur les régimes de retraite (PL 75) ont, ici aussi, permis de réaliser des travaux en intersyndicale et des actions communes, du jamais vu à Concordia. Quant à l'ÉTS, on est à négocier la première convention des chargées et chargés de cours. La progression est lente, mais stable. En 2016-2017, près de la moitié des syndicats de chargés de cours de la FNEEQ seront en négociation&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cycle de négociation 2015-2018 se termine avec des gains et sans exercice de grève. Des votes de grève forts dans plusieurs syndicats et une bonne mobilisation ont fait pencher la balance du côté syndical même si, budget après budget, les compressions continuent de s'abattre sur l'université. À croire que l'équilibre budgétaire si cher au gouvernement Couillard passe par l'université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le SCCCUQ connait une autre mobilisation gagnante en 2017:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation regroupée porte ses fruits. Au début de février dernier, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ–CSN) a approuvé une entente de principe avec une augmentation totale de 8,61 % sur quatre ans, une clause remorque avec les professeurs pour 2019 et d’autres gains en matière d’accès à la recherche. Après une grande mobilisation sur le terrain et l’adoption d’une banque de jours de grève, la direction de l’Université du Québec a rapidement réglé avec le syndicat. Voilà une première leçon à retenir. La présente ronde de négociation regroupée compte sur la participation de presque tous les syndicats de chargé-es de cours affiliés à la FNEEQ — sauf deux, ce qui représente plus de 10 000 chargé-es de cours&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 33, printemps 2016, p. 6.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations à l'Université de Montréal et à Concordia se passent bien et des accords sont obtenus. Un dossier cependant peine à se régler, celui des tuteurs et tutrices de l'Université TÉLUQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] tout le regroupement université (RU) se mobilise derrière le syndicat des tuteurs et des tutrices de la TÉLUQ qui fait face à une attaque frontale de la part de la partie patronale. En effet, dans un assaut d’une rare violence, l'administration transforme profondément les tâches des tuteurs et des tutrices. Ces derniers, responsables de l'encadrement, donc de l'enseignement à proprement parler, seraient relégués à un rôle d'auxiliaire et de correcteur. Il est important ici de rappeler les luttes historiques menées par le syndicat et la FNEEQ pour la professionnalisation et la reconnaissance du travail des membres du STTTU. La grève de 2008 n'aura pas été vaine et les syndicats du RU ont déjà donné leur soutien au STTTU&amp;lt;ref&amp;gt;Sylvain Marois, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation à l'Université TÉLUQ s'étend sur deux années. Exaspérés, les tutrices et les tuteurs sortent en grève générale illimitée fin janvier 2019 et y restent jusqu'à leur acceptation des recommandations du conciliateur le 10 juillet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le règlement négocié en présence d'un conciliateur du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale vient encadrer plusieurs enjeux cruciaux, dont la rémunération et la sous-traitance. Il établit également des balises protégeant les emplois des tuteurs et des tutrices. Finalement, le règlement met fin à tous les litiges en cours dans le dossier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations entre le STTTU-CSN et l'Université TÉLUQ durent depuis plus de deux ans, alors que la convention collective est échue depuis décembre 2016. Tout au long des négociations, le syndicat a dû faire face à un employeur exigeant et peu flexible, ce qui a mené au plus long conflit du monde de l'enseignement au Québec. Les membres du Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-Université-CSN ont mené, au cours des derniers mois, une mobilisation exemplaire. Ayant toutefois à cœur l'avenir de la TÉLUQ, ils ont souhaité ne pas mettre davantage en péril le parcours de leurs étudiantes et étudiants. La nouvelle convention collective prendra fin en 2024&amp;lt;ref&amp;gt;Communiqué de presse FNEEQ, publié sur le site Web de la fédération: [https://fneeq.qc.ca/fr/la-greve-a-la-teluq-prend-fin/?highlight=gr%C3%A8ve%20%C3%A0%20TELUQ https://fneeq.qc.ca/fr/ la-greve-a-la-teluq-prend- fin/].&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Au privé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La négociation dans les établissements privés, c'est un autre monde. Outre son hétérogénéité et la difficile pratique syndicale dans plusieurs établissements, ce qui caractérise le regroupement à ce stade-ci, c'est le désir de s'affirmer, de prendre sa place. De plus en plus d'enseignantes et d'enseignants du privé vont adhérer à la FNEEQ alors que des établissements ferment. La Fédération revendique la protection des emplois lorsque des établissements privés passent au public, mais lorsque le Collège Antoine-Girouard de Saint-Hyacinthe ferme, il n'y a pas d'entente, pas d'emplois protégés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le contexte de la baisse démographique en région et des compressions budgétaires fragilise le réseau des écoles privées. Les enseignantes et les enseignants des écoles privées constatent qu'ils ont de moins en moins d'autonomie professionnelle, qu'ils font face une dévalorisation constante de la profession enseignante. Les administrations tentent aussi de plus en plus de s'en remettre à la sous-traitance pour les autres catégories de personnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La présence de la sous-traitance est également de plus en plus observable dans nos institutions. Après avoir vu les dommages causés aux employés de soutien au Collège Stanislas, les dérives possibles inquiètent nos membres. Certaines directions pourraient être tentées, par souci d’économie, de sous-traiter du travail normalement effectué par nos membres syndiqués&amp;lt;ref&amp;gt;«Élargir l’horizon des possibles», procès-verbal, 32e congrès FNEEQ, mai 2018, Bilan du regroupement privé, p. 26.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les compressions budgétaires imposées par le gouvernement et la baisse des subventions qui s'ensuit font mal aux établissements privés et entraînent des fermetures. Négocier dans ce contexte est difficile. Une meilleure concertation entre les syndicats et avec la Fédération devient un outil essentiel. La grande diversité des syndicats, l'absence de culture syndicale chez plusieurs, particulièrement chez les nouveaux syndicats, laisse peu de choix au regroupement, qui doit miser sur l'information, les échanges et la formation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours des années, nous constatons que les négociations s'avèrent de plus en plus ardues et complexes parce qu'elles sont tributaires, entre autres, des diminutions de subventions. Le regroupement a […] tenté de se donner les moyens de répondre aux exigences et retombées des décisions prises par le gouvernement et par les employeurs. La voie de la concertation et celle de la formation ont à cet égard été privilégiées et bien appréciées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des sessions de formation sur la négociation, le règlement des litiges et l'analyse financière ont été données aux personnes dirigeantes des syndicats en tenant compte de leurs besoins spécifiques. L'évaluation qu'elles en ont faite est positive. À l'heure présente, il semble clair que l'organisation de sessions de formation adaptées aux besoins et réalités du regroupement soit appréciée et suscite, par le fait même, une meilleure et plus grande participation des militantes et des militants&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l'éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, rapport bilan du regroupement privé, Annexe 11, p. 12.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les négociations débouchent généralement, à quelques exceptions près, sur des ententes acceptables. Personne ne veut voir son école acculée à la fermeture et le récit de quelques négociations illustre assez bien le dilemme auquel les syndicats sont confrontés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs négociations ont été conclues [en 1995], telles l'École de conduite de Québec, le Petit Séminaire de Québec, les collèges de La Pocatière, de Notre-Dame-de-Lourdes, de Jean-de-Brébeuf, de Stanislas à Québec (première convention), le Pensionnat de l'école primaire Les Arbrisseaux et l'École Vanguard. Plusieurs autres syndicats sont actuellement en négociation, soit le Séminaire de Lévis (en conciliation depuis août 1996), le Séminaire Saint-François, le Collège de Montréal (première convention), l'École de musique de Jonquière, le Séminaire salésien de Sherbrooke et l'École Saint-Sacrement de Terrebonne. Dans ce secteur, le rapport de force est essentiellement lié aux fluctuations de la clientèle. Cependant, en qui concerne les conventions collectives FNEEQ, le patron d’un collège privé nous avouait dernièrement que «C'est, vous autres, à la FNEEQ, qui avez conservé les meilleures conventions dans le privé&amp;lt;ref&amp;gt;«Choisir l’éducation», procès-verbal, 24e congrès FNEEQ, juin 1997, Bilan des services 1995-1997, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les employeurs ont souvent le même réflexe. En cas de baisse de revenus (clientèle ou subventions), ils tentent d'aller chercher l'argent au plus près, c'est-à-dire dans les poches des employés. C'est encore plus vrai lorsqu'un syndicat entre pour la première fois dans un établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Six syndicats envisagent d'entreprendre une première ronde de négociations pendant l'année qui vient [1998]. Le nerf de la guerre sera bien entendu de faire face aux compressions annoncées. […] Ainsi, nous devons déjà constater, chez certains employeurs, des réductions d'échelles salariales comme une alternative aux compressions budgétaires. Par ailleurs, certains syndicats (Petit Séminaire de Québec, Collège Jean-de-Brébeuf, Institut Teccart, École Notre-Dame-de-Lourdes, Collège Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, École Vanguard, Collège Mont-Royal, Séminaire St-François) ont tous convenu d'un règlement le printemps dernier. Si certains syndicats ont réussi à faire des gains, ils ont tous eu à consentir à des augmentations de tâche ou à des pertes salariales. Dans les circonstances, certains règlements ont, somme toute, été positifs pour quelques syndicats. L'année qui vient s'annonce très cruciale pour les membres du regroupement privé. Le financement du réseau est très sérieusement remis en cause. Or, la tâche des enseignantes et des enseignants est plafonnée, les services offerts par les collèges sont largement amputés et la contribution des parents atteint, dans plusieurs cas, la limite permise par la loi. Bref, la pression qui va s'exercer sur les enseignantes, les enseignants et le personnel sera, dans un proche avenir, excessivement forte&amp;lt;ref&amp;gt;Denise Trudeau, Pierre Lachance, « Dernières nouvelles», FNEEQ actualité, vol. 10, no 3, octobre 1996, p. 27.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fermeture du secteur collégial au Petit séminaire de Québec a permis de mettre en pratique la politique de la FNEEQ en cas de transfert au public dans une situation de fermeture d'établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, en ce qui concerne la relocalisation au secteur public, une entente avec le ministère de l'Éducation, les directions des cégeps de la région de Québec, les syndicats et la FNEEQ accordait à l'enseignante ou l'enseignant du Petit Séminaire de Québec qui postulait dans un de ces collèges d'être automatiquement reçu en comité de sélection. Certains enseignants et enseignantes ont ainsi pu obtenir des charges d'enseignement dans trois cégeps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] signalons que ces ententes, jumelées à celles concernant les départs à la retraite et celles sur la cessation d'emploi ont donné des résultats satisfaisants, puisqu'il n'y a pas eu de perte d'emplois au Petit Séminaire de Québec. Dans la même veine, un programme spécial de 30 crédits a été offert aux enseignantes et enseignants qui souhaitaient obtenir une autorisation pour enseigner au secondaire du Petit Séminaire de Québec&amp;lt;ref&amp;gt;«J’enseigne… changeons le monde!», procès-verbal, 25e congrès FNEEQ, juin 2000, rapport bilan du regroupement privé, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un cas similaire se présente en 2002 au Collège de Lévis qui ferme son secteur collégial. Le Collège veut concentrer ses activités sur l'enseignement secondaire. Malgré la fermeture, le syndicat sauvegarde tous les emplois à la faveur de mises à la retraite, de relocalisation dans un autre collège ou d’affectation au niveau secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La réforme gouvernementale de l'enseignement primaire et secondaire de la fin des années 1990 est aussi préoccupante pour les syndicats, le regroupement et la Fédération. La majorité des établissements syndiqués du regroupement privé sont au secondaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] L’ampleur de cette réforme est considérable et implique, en plus des changements au curriculum, aux programmes et aux méthodes pédagogiques, des répercussions sur les conditions de travail des enseignantes et des enseignants. […] ce sujet fut largement traité par le regroupement. Afin de tracer un portrait fidèle de la situation à l’intérieur des syndicats, un comité pour étudier l’impact de la réforme sur les conditions de travail fut formé. Ce travail a permis de constater un danger de précarisation des emplois dans les syndicats des établissements d’enseignement privé. En effet, l’apparition de nouveaux champs disciplinaires, la disparition des certaines disciplines [sic], les changements parfois importants imposés à la grille horaire sont autant de facteurs qui viennent fragiliser les emplois&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e  congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p.19-20.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l'équité salariale, que la CSN et la FNEEQ ont gagnée de haute lutte, n'est pas simple à appliquer dans les établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[…] plusieurs établissements d'enseignement privés devaient se conformer à l'obligation de s'inscrire dans une démarche d'équité dans le contexte d'une entreprise privée. Amorcée durant le […] mandat [1998-2000], le processus fut intensifié à partir de l'hiver 2000, date à laquelle la coordination du regroupement offrit aux syndicats une formation surmesure. A l'issue de ces rencontres, la majorité des comités locaux retenait le canevas CSN comme outil de travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, au fur et à mesure que les travaux en équité évoluaient, des cas de figures apparaissaient et mettaient en cause le maintien de clauses de parité salariale avec le secteur public. En effet, selon les établissements, la prédominance des sexes à l'intérieur des catégories d’emploi pouvait être différente. Comment alors préserver l'intégrité des clauses de parité salariale gagnées de haute lutte?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement analysa la situation sous divers angles. De ses travaux est ressortie l’importance de maintenir la parité salariale avec le secteur public correspondant, bien que l’arrimage puisse présenter certaines difficultés d'application dans le contexte de la loi sur l'équité salariale. À cet effet, le regroupement privé entend demeurer vigilant&amp;lt;ref&amp;gt;«L’éducation pour agir!», procès-verbal, 26e congrès FNEEQ, mai 2003, rapport des activités de la fédération, p.19-20.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2005 et 2007, trois syndicats sont touchés par des conflits. La FNEEQ demande alors que les conseils d'administration de ces établissements ne soient plus cooptés et qu'il y ait élections pour y retrouver des parents et des membres du personnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est plutôt rare dans le secteur de l'enseignement privé que les syndicats utilisent la grève comme moyen de pression lors des négociations. Pour le personnel enseignant, un moyen de pression ne doit toucher les services aux élèves qu'en dernier recours. Malgré cette volonté, des syndicats du regroupement privé ont vécu des conflits de travail importants, dont deux lock-out survenus en 2005 et une grève en 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Lockout au Collège Notre-dame-de-Lourdes à LongueuiL ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 22 avril 2005, après deux années de négociation, la direction du Collège Notre-Dame-de-Lourdes à Longueuil décide de mettre ses 48 enseignants en lockout, prétextant avoir un problème de relations de travail avec leur syndicat. Pourtant, il n’y a aucun grief actif à ce moment-là. L’objectif de la direction est d’augmenter la tâche des enseignants et de restreindre l’accès à la permanence, sans raison valable. Les 800 élèves ont donc été privés d’enseignement pendant trois semaines. La direction du Collège va lever le lockout après l’intervention d’un médiateur du ministère du Travail. Malgré le retour en classe des enseignantes et enseignants, l’impasse demeure totale. Le règlement de la convention collective n’a lieu qu’un an plus tard, quelques jours après que le syndicat eut déposé une plainte pour négociation de mauvaise foi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Lockout au Collège Saint-Sacrement de Terrebonne ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines après la fin du lockout au Collège Notre-Dame-de-Lourdes, c'est au tour des 65 enseignants du Collège Saint-Sacrement de Terrebonne de se retrouver à la rue. En effet, le 27 juin 2005, trois jours avant le versement des paies d'été, l'employeur décrète un lockout et tente de laisser croire aux enseignants qu'ils seront privés de leur rémunération durant la période des vacances estivales. Après 1984 et 1999, c'est la troisième fois que la direction du Collège utilise le lockout comme stratégie de négociation. La direction menace de ne pas ouvrir ses portes en septembre si une entente n'est pas signée avant la fin des vacances. La menace est mise à exécution et 1400 élèves ne peuvent reprendre les cours à la rentrée. Le conflit de travail prend fin le 30 septembre 2005 alors que les deux parties apposent leurs signatures sur une entente d'une durée de quatre ans. Ce n'est que le 4 octobre que les élèves pourront reprendre leurs cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Syndicalisation et grève au Collège Villa Maria ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de l'hiver 2005, les enseignants du Collège villa maria en ont assez de l'attitude de la direction et organisent une campagne de syndicalisation. Le manque de respect de l'employeur, l'augmentation de la charge de travail et le salaire sont au cœur des demandes des enseignantes et enseignants. Ils obtiennent leur accréditation en mai 2005, mais ceux qui espèrent avoir rapidement un premier contrat de travail se rendent compte, après quelques séances de négociations, que la partie sera difficile. Après 21 mois de négociation et de conciliation, la charge de travail, les congés sociaux et le régime d'assurance sont toujours au cœur des pourparlers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 19 novembre 2007, les 80 enseignants se prononcent à 80 % en faveur d'un mandat de grève de trois jours. Après une première et dernière journée de grève le 6 décembre, la direction s'empresse de demander l'arbitrage de première convention collective. L'arbitre rend sa décision quelques semaines plus tard en faveur des enseignantes et enseignants, dénonçant l'attitude «marchande» de l'employeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2010, le regroupement veut aller plus loin dans la concertation des négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regroupement compte 34 syndicats, souvent très différents les uns des autres. Un projet de convention unique est impensable, mais les syndicats s'entendent sur une plateforme de revendication concernant les droits parentaux, les droits syndicaux, incluant les libérations syndicales et les divers types de congés&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Senneville, «Des objectifs communs de négociation», Carnets, no 23, automne 2010, p. 3.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En quelques années, les adhésions de syndicats du privé à la FNEEQ se multiplient, amenant des gains souvent importants à ces enseignantes et ces enseignants nouvellement syndiqués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ met au service de ces nouveaux venus des ressources et une expertise qui permettent de franchir avec succès la délicate et importante étape d'une première négociation de convention collective. L'entente obtenue par le syndicat du Collège Jean de la Mennais, en février dernier [2016], en est un parfait exemple. Après deux ans de mobilisation et de rencontres, le comité de négociation a présenté aux membres un contrat de travail qui améliorait substantiellement leurs conditions de travail sur les plans de la tâche, de la consultation pédagogique, des congés et des droits parentaux. C'est la preuve éclatante que se syndiquer au XXIe siècle constitue toujours un geste collectif qui a de l'impact dans un milieu de travail&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Quesnel, «Échos des regroupements», Carnets, no 33, printemps 2016, p. 7.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'année 2016-2017 est une « grosse » année de négociation: plus de la moitié des membres du regroupement sont en renouvellement de leur convention, soit près de 2 500 enseignantes, enseignants et membres du personnel des établissements privés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cette perspective, la coordination a profité du cadre des réunions régulières du regroupement de l'an dernier [2016] pour préparer le terrain en proposant aux déléguées et aux délégués des formations condensées sous forme d'ateliers: en février s'est tenue la formation «Comité de relations de travail», en avril, «Membre du conseil d'administration» et nous ajouterons l'hiver prochain «Mobilisation» et «Information sur les réseaux sociaux». Cette formule adaptée à la réalité du regroupement a beaucoup plu aux déléguées et aux délégués, car ils ne bénéficient pas d'un grand nombre de libérations syndicales. Elle a favorisé les échanges et le partage d'informations&amp;lt;ref&amp;gt;Caroline Quesnel, «Échos des regroupements», Carnets, no 34, automne 2016, p. 9.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au printemps 2017, plusieurs ententes sont conclues. Cinq établissements, soit le Collège de Montréal, Villa Maria, Mont-Royal, Regina Assumpta et le Collège André-Grasset, renouvellent leur convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La coordination du regroupement privé se réjouit du fait que chaque table de négociation a pu négocier des gains significatifs à sa convention collectives: diminution de la tâche, réduction de la précarité, augmentation de la contribution de l'employeur aux assurances collective, amélioration des dispositions entourant les droits parentaux, etc. Ces améliorations locales constituent autant d'exemples que pourront évoquer les autres syndicats du regroupement dans leur propre négociation. Douze d'entre eux se préparent à négocier en 2017-2018.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le syndicat des travailleuses et des travailleurs de Mashteuiatsh ainsi que celui de l'École de joaillerie de Montréal ont obtenu leur toute première convention collective de travail en mai et en juin derniers. Ces ententes permettent à leurs enseignantes et leurs enseignants de vivre, pour la première fois, une rentrée scolaire en profitant de conditions de travail négociées&amp;lt;ref&amp;gt;Léandre Lapointe, «Échos des regroupements», Carnets, no 36, automne 2017, p. 19.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fondateurs de la FNEEQ, premiers syndicats d'enseignantes et d'enseignants à la CSN, on dirait bien que les syndicats des établissements privés sont de retour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La profession enseignante au cégep =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Quelques jalons dans l'affirmation ==&lt;br /&gt;
Par: Virginie L'Hérault&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il serait périlleux de faire l'historique de la négociation et des luttes enseignantes dans les cégeps en quelques pages. Ainsi, trois morceaux d'histoire choisis, soit l'épanouissement de la culture de collégialité, l'obtention du rangement 23 et les questions relatives à l'accès à l'égalité, permettront d'illustrer concrètement comment l'affirmation de la profession enseignante au collégial se traduit au fil des négociations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L'épanouissement de la culture de collégialité ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La création des cégeps répond à une vision humaniste de l’éducation où les formations comprennent une dimension citoyenne essentielle. La culture de collégialité présente dans les cégeps semble également découler naturellement d’une vision humaniste qui aplanit la hiérarchie au profit de la coopération. La notion de collégialité précède d’ailleurs la création des cégeps, puisqu’elle fait partie intégrante de leur projet. Le rapport Parent de 1963 envisage en effet une gestion participative et la constitution de départements où la responsabilité est portée par la communauté du collège qui anime et oriente l’établissement:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«C’est le principal, ses assistants et le conseil des études qui porteront la responsabilité de la direction de l’enseignement. […] Le principal, ses assistants, les chefs de départements et des professeurs élus par leurs collègues formeront le Conseil des études dont les fonctions seront de première importance pour la coordination des départements, des programmes et des différentes institutions engagées dans ces programmes. C’est ce Conseil qui sera comme le centre nerveux qui animera et donnera une orientation à tout l’institut. Enfin, l’enseignement dépendra beaucoup de la valeur de chaque département. C’est dans les départements que se fera l’intégration des étudiants et des professeurs; c’est par le département que chaque étudiant se développera dans sa spécialité, en contact avec des confrères et des maîtres.&amp;lt;ref&amp;gt;Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec, Rapport Parent, Tome II Les structures pédagogiques du système scolaire, 1963, alinéa 294.&amp;lt;/ref&amp;gt;»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En outre, le texte souligne l’importance de l’expertise du terrain et la reconnaissance de cet apport pour une coordination institutionnelle efficace:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«Le principal devra être choisi avec soin: surtout au début, le succès de la mise en commun des ressources dépendra largement de lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Éducateur forcément spécialisé dans un secteur, il devra avoir une expérience suffisante pour comprendre les particularités de tous les programmes, pour diriger et coordonner un ensemble vraiment polyvalent&amp;lt;ref&amp;gt;Loc. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;.»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, le rapport Parent met en évidence l’importance que la personne qui dirige l’établissement soit issue du milieu de l’enseignement et qu’elle ait une expérience disciplinaire, mais aussi du terrain, pour assurer la coordination d’un «ensemble vraiment polyvalent». Ce principe ne s’est pas incarné comme tel à travers le temps, mais il est intéressant de constater que, dès l’origine, l’expertise enseignante est identifiée comme une qualité essentielle pour la gouvernance de ce type d’établissement. Ce principe s’incarnera notamment à travers les instances collégiales que sont les départements et les comités de programme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Les départements et Leur coordination ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lieu où s’exprime sans doute le plus fortement la notion de collégialité est le département, qui regroupe les enseignantes et les enseignants d’une même discipline ou de plusieurs disciplines apparentées. Il est particulièrement intéressant de se pencher sur l’épanouissement du concept de collégialité à travers l’évolution de la notion de coordination départementale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premières conventions collectives des enseignantes et des enseignants de cégeps prévoient, de 1969 à 1979, des chefs de département que le collège nomme en fonction d’une liste soumise par le département: c’est le collège qui fixe la date de leur entrée en fonction et la durée de leur mandat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1979, on passe de la notion de «chef de département», dont la connotation est très hiérarchique, à la désignation plus collégiale de «responsable de la coordination départementale». Cette personne est désignée par le département selon ses propres critères, puis nommée par le collège. La durée du mandat n’est plus laissée à la discrétion du collège, mais fixée à un an et le mandat peut être renouvelé, comme c’est toujours le cas dans les conventions actuelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 1983, la convention collective ne parle plus de responsable à la coordination, mais simplement de coordonnateur et, depuis 1986, de coordonnatrice, la féminisation étant désormais appliquée au texte de l’ensemble de la convention collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, de 1972 à 1988, un supplément était accordé aux personnes qui assumaient le rôle de la coordination départementale et pouvait varier d’un département à l’autre après avoir été déterminé au comité des relations du travail. Une telle prime contribuait à créer l’impression d’une hiérarchie remplacée de nos jours par l’idée fortement ancrée que la coordination départementale est assumée par un pair parmi les pairs. Le travail de coordination départementale est reconnu selon un rapport par des ressources déterminées qui s’ajoutent à celles du département en fonction du nombre de membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’évolution de la notion de coordination départementale témoigne d’une maturation de la convention collective au fil des négociations qui a donné lieu à une plus grande démocratisation des structures par et pour les enseignantes et les enseignants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L’approche programme et les comités de programme ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’approche programme qu’instaure la réforme Robillard de 1993 ne se fait pas sans heurts dans les cégeps. La gestion des programmes par compétences est décentralisée vers les collèges, et un cadre législatif les force à se doter de politiques institutionnelles en conséquence et à mettre en place une commission des études. Témoin de ce changement, la convention collective intègre en 2000 les comités de programme, des structures interdisciplinaires comprenant des enseignantes et des enseignants de toutes les disciplines d’un programme concerné. Associée à la réforme Robillard, cette instance sera loin de faire l’unanimité et, au départ, elle fait même parfois l’objet d’un boycottage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les comités de programme ont pour fonction de participer au développement, à l’implantation et à l’évaluation des programmes ainsi que d’en assurer la qualité et l’harmonisation pédagogiques. Ils reposent sur l’expertise enseignante que suppose la complexité des savoirs enseignés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire des départements et des comités de programme nous ramène au principe énoncé dans le rapport Parent voulant que l’expertise enseignante soit au cœur de la gouvernance institutionnelle. Ainsi, la «gouvernance pédagogique» est assurée par les enseignantes et les enseignants au sein des départements et des comités de programme précisément parce qu’ils cumulent la double expertise de spécialistes disciplinaires et de spécialistes de l’enseignement de leur discipline.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le rangement 23 et la confirmation de l’appartenance à l’enseignement supérieur ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le secteur public, le processus de relativité salariale qui relève du Conseil du trésor évalue chacune des catégories d’emploi en fonction de dix-sept critères auxquels un pointage est accordé pour en déterminer l’appartenance à l’un des 28 rangements existants. À chacun des rangements correspond une rémunération maximale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant la négociation de 2015, les enseignantes et les enseignants de cégep n’étaient pas rangés, mais classés provisoirement au rangement 22 en vertu d’une clause de parité salariale, c’est-à-dire au même rangement que les enseignantes et les enseignants des commissions scolaires et selon la même rémunération.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte du personnel enseignant des cégeps pour son propre rangement se fera en deux étapes : d’abord, la reconnaissance de cette catégorie d’emploi comme une catégorie mixte distincte de celle de l’enseignement primaire et secondaire; ensuite, l’inscription du rangement dans les travaux de relativité salariale plutôt que dans ceux de l’équité salariale. Il faudra dix-sept ans de travaux et de mobilisation pour atteindre l’objectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès octobre 1998, le regroupement cégep mandate le comité de stratégie — seule instance de recommandation en ce qui a trait à la négociation et à la mobilisation — pour « mener des travaux permettant d’établir la spécificité de l’enseignement collégial et le caractère distinct du groupe d’enseignantes et d’enseignants de l’ordre collégial&amp;lt;ref&amp;gt;Résolution prise par le regroupement cégep les 22 et 23 octobre 1998.&amp;lt;/ref&amp;gt;». Cette demande se précise dans le temps notamment par la revendication de la reconnaissance de l’enseignement collégial comme appartenant à l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2006, les parties nationales, alors formées du CPNC (Fédération des cégeps et ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport) ainsi que de la FNEEQ-CSN, la FEC-CSQ et la FAC&amp;lt;ref&amp;gt;CPNC: Comité patronal de négociation des collèges; FEC-CSQ: Fédération des enseignantes et enseignants de cégep; FAC: Fédération autonome du collégial, dissoute en 2009.&amp;lt;/ref&amp;gt;, mènent des travaux importants qui donneront lieu au rapport ''Enseigner au collégial…Portrait de la profession'', paru en 2008. Il s’agit d’un document phare qui brosse un portrait de la profession enseignante au collégial, de l’ensemble des activités accomplies et des aspects individuel et collectif de cette pratique. Ce rapport aura une incidence sur la négociation de la convention collective, mais aussi sur la reconnaissance de la complexité, des caractéristiques et des exigences de la pratique enseignante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2013, alors que les enseignantes et les enseignants de cégep de la FNEEQ attendent avec impatience la conclusion des discussions relatives au rangement, le Conseil du trésor marque un recul important et jette de l’huile sur le feu en déclassant le personnel enseignant des cégeps au rangement 21. Il crée une véritable onde de choc chez les enseignantes et les enseignants de la FNEEQ, qui se mobiliseront massivement avec l’opération «Dérangement 21». Cette forte mobilisation force le Conseil du trésor à revenir sur sa décision, mais il place alors le personnel enseignant au rangement 22, qui ne tient pas compte de la réalité de la pratique en enseignement supérieur. Les enseignantes et les enseignants de cégep donnent alors comme mandat à leurs représentantes et représentants nationaux à la table centrale d’inclure leur revendication pour un rangement cohérent dans la négociation nationale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’automne 2015, alors que la dernière ligne droite de la négociation se dessine, le Conseil du trésor se rend aux arguments de la FNEEQ et de la CSN, notamment sur les facteurs de l’autonomie, de l’expérience et de l’initiation à la profession qui distinguent notre catégorie d’emploi. La négociation permet de maintenir dans l’échelle salariale les échelons pour la maîtrise et le doctorat, qui n’existent dans aucune autre échelle salariale du secteur public. Le rangement 23 est ainsi obtenu, reconnaissant la profession enseignante au collégial dans sa complexité et son appartenance à l’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les correctifs salariaux relatifs au rangement 23 ont pour leur part été appliqués en avril 2019.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La FNEEQ à l’avant garde sur les questions d’accès à l’égalité ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ a été une précurseure dans la réflexion sur la discrimination positive envers les femmes, qui sera plus tard désignée par la notion d’accès à l’égalité et qui s’étendra à d’autres groupes. La FNEQ intègre le féminin dans son nom et devient la FNEEQ en 1982. La féminisation de la convention collective est effective à partir de 1986-1988: désormais, «enseignantes et enseignants» remplace le masculin «professeur». Au-delà de la féminisation des textes, l’évolution des conventions collectives du personnel des cégeps place sans conteste la FNEEQ à l’avant-garde de la réflexion sur l’accès à l’égalité des femmes, puis à celle d’autres groupes qui sont, eux, minoritaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Québec, la Commission des droits de la personne et la Charte des droits et libertés de la personne sont créées en 1975 et, en 1982, des modifications apportées à la Charte rendent légaux les programmes d’accès à l’égalité pour les groupes victimes de discrimination en emploi. Si le gouvernement du Québec lance un programme de subventions pour la mise en œuvre de programmes d’accès à l’égalité pour les femmes en 1987, la convention collective les précède en mettant en place dès 1983 le comité national d’accès à l’égalité, qui a pour mandat d’établir un programme relatif aux femmes et touchant les domaines de l’embauche, de la sécurité d’emploi et du perfectionnement. Une dizaine de collèges participeront au projet de démarrage volontaire des programmes, qui ont pour objectif l’égalité entre les femmes et les hommes. La FNEEQ précède ainsi la loi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est intéressant de faire une parenthèse pour noter que la convention suivante, soit celle de 1986-1988, inclut deux nouvelles clauses: l’une sur la non-discrimination, l’autre sur le harcèlement sexuel. Les négociations des années 1980 sont donc marquées par une importante préoccupation syndicale pour que les conditions de travail soient liées de façon intrinsèque au cadre plus large du respect des droits de la personne et que cela se traduise dans la culture organisationnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’ensemble de ces clauses apparaissent toujours dans la convention collective actuelle et, depuis 2005, des clauses sur la violence et le harcèlement psychologique s’y ajoutent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1989, des comités locaux se greffent au comité national d’accès à l’égalité. Ils ont pour mandat d’étudier tout problème d’accès à l’égalité, de faire des recommandations aux collèges et d’élaborer un programme d’accès à l’égalité au besoin. Il faut souligner que les enseignantes et les enseignants siègent aux comités de sélection et que cela rend d’autant plus pertinent le rôle qu’ils jouent quant à l’accès à l’égalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mandat des comités d’accès à l’égalité, tant sur le plan national que local, s’élargira à compter de 2000 en raison de la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics qui rend obligatoires les programmes d’accès à l’égalité au sein des organismes publics. À partir de 2000, la loi vise, en plus des femmes, les Autochtones ainsi que les personnes faisant partie des minorités visibles et des minorités ethniques et, en 2005, elle inclut les personnes handicapées. L’obligation légale à laquelle sont soumis les cégeps confirme la pertinence des comités d’accès à l’égalité, qui ont devancé la loi et qui permettent de traiter de questions cruciales avec l’expertise spécifique des gens du milieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n’est cependant acquis. On peut ressentir une grande fierté à l’égard de l’avant-garde dont fait preuve la FNEEQ en matière d’accès à l’égalité. Par contre, on doit se désoler du recul important que la partie patronale a fait en la matière lors de la négociation de 2015 alors qu’elle a travaillé avec acharnement à retirer des conventions collectives les comités d’accès à l’égalité, heureusement sans succès du côté des enseignantes et des enseignants. Elle y est quand même parvenue dans les conventions des personnels de soutien et professionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La lutte pour préserver ces comités, dont l’importance nous est sans cesse rappelée par l’actualité, sera encore à faire. Les 50 ans de militantisme à la FNEEQ sont le parfait exemple que la force du nombre et la mobilisation nous donnent les moyens de mener nos luttes jusqu’au bout!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Chargées et chargés de cours =&lt;br /&gt;
== La négociation regroupée des années 2000 ==&lt;br /&gt;
Par: Caroline Labelle&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est en 1987 que les syndicats de chargées et chargés de cours des universités se sont rencontrés pour la première fois pour échanger entre eux les informations concernant leurs négociations locales. Les rondes de négociation des syndicats du regroupement université&amp;lt;ref&amp;gt;Font partie du regroupement université la majorité des syndicats de chargées et chargés de cours du Québec ainsi que le Syndicat des tuteurs et tutrices de la télé-université et l’Association des maîtres d’enseignement de l’ÉTS.&amp;lt;/ref&amp;gt; se déroulent sur une période de deux ou trois ans, à la suite de laquelle un bilan est fait par la coordination du regroupement en collaboration avec les représentants des syndicats. Lors de la ronde de négociations des années 1999-2001, les membres du regroupement se sont entendus pour formuler des demandes communes, définir un plan d’action commun et favoriser une plus grande circulation de l’information. Cette formule de négociation a permis aux syndicats de réaliser des gains majeurs, particulièrement en ce qui concerne les salaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un protocole de négociation et une plateforme commune ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant chaque période de négociation, les syndicats signent ce qu’il est convenu d’appeler le «Protocole de solidarité». En signant ce protocole (ou entente), les syndicats reconnaissent l’importance de s’unir dans l’action, entre autres pour échanger de l’information et se mobiliser, de constituer une plateforme commune de revendications et d’être solidaires envers les syndicats en grève. Toute cette démarche est faite de façon volontaire: l’autonomie des syndicats n’est à aucun moment remise en question et les gains obtenus au fil du temps ont renforcé, pour les syndicats de chargées et chargés de cours, l’importance de joindre leurs forces&amp;lt;ref&amp;gt;Le texte du protocole est repris d’une année à l’autre. On peut consulter celui de la ronde 2016-2019 en accédant à ce lien: https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/Universite-Entente-mai-2016-pour-web-1.pdf?highlight=mai%202016.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De leur côté, les employeurs, se méfiant d’une telle démarche de concertation, en sont venus eux aussi à échanger informations et stratégies pour tenter de contrer les demandes syndicales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la réunion du regroupement tenue en octobre 2000, les sujets de négociation suivants ont fait l’objet de demandes communes: avantages sociaux (assurance-salaire, assurance-médicament, assurance-maladie, congé de maternité, régime de retraite, autres congés), l’intégration politique et pédagogique, le perfectionnement, le soutien pédagogique, les nouvelles formes d’enseignement (NTIC et enseignement à distance) et l’évaluation&amp;lt;ref&amp;gt;Regroupement université, ''Bilan et perspective'', juin 2002, p. 43.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La bataille principale porte toutefois sur le rattrapage salarial avec les professeurs. D’importants gains sont alors faits par les syndicats, toujours avec l’appui du regroupement, de l’équipe des personnes salariées de la FNEEQ, du Service d’action à la mobilisation et à la vie régionale (SAMVR) et de l’appui financier de la FNEEQ et du Fonds de défense professionnelle de la CSN (FDP). C’est ainsi que, par exemple, les chargées et chargés de cours de l’UQAR, de l’UQAT et de l’UQAC ont obtenu un rattrapage salarial de 16,5%; les chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal, 12%; et ceux de l’UQAH (aujourd’hui UQO), 19,4%. Tous ces gains se sont réalisés sur une période de deux ou trois ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des appuis au rattrapage salarial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour étayer leurs revendications, les chargées et chargés de cours du regroupement, qui font maintenant partie de l’Intersyndicale (SCCCUS, CUPFA et section locale 2661 du SCFP-FTQ, soit les chargées et chargés de cours de l’UQTR), peuvent compter sur une étude de l’Institut de la statistique du Québec présentée au Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQTR. Les résultats de cette étude sont divulgués publiquement le 3 novembre 1999. Cette étude, dont personne ne remet en cause le sérieux et la démarche, vient confirmer ce que tout le monde savait déjà: les chargées et chargés de cours sont payés beaucoup moins cher que les professeurs. Les membres de l’Intersyndicale s’entendent pour collaborer à une campagne portant sur le thème du rattrapage salarial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les syndicats de chargées et chargés de cours du regroupement vont chercher des appuis pour cette revendication au sein de la communauté universitaire: la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération des professionnelles et des professionnels d’université (FPPU) vont toutes appuyer la demande de rattrapage salarial des chargées et chargés de cours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs documents sont produits en guise de soutien et sont distribués en dizaines de milliers d’exemplaires sur les campus universitaires. Un encart est inséré dans Le Devoir du 2 septembre 2001 (''Les chargées et chargés de cours: mieux les connaître pour enfin les reconnaître''). Un discours public commun s’articule autour de trois thèmes: la présence indispensable des chargées et chargés de cours, l’iniquité dans les conditions de travail et de rémunération; la contribution des chargées et chargés de cours à la qualité de la formation universitaire&amp;lt;ref&amp;gt;Regroupement université, ''Bilan et perspectives'', 2002, p. 22.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De 1987 à aujourd’hui: plus de 30 années de négociation coordonnée ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore aujourd’hui, les syndicats de chargées et chargés de cours se réunissent pour définir des positions communes. Même si les discussions ne sont pas toujours évidentes, des priorités finissent par se dégager. L’arrimage des stratégies locales et des actions communes du regroupement présentent également certains défis. D’un autre côté, les rencontres fréquentes des membres du regroupement aident à créer une solidarité entre les membres. En brisant l’isolement du syndicat local, ces rencontres permettent de mettre en commun les bons et les moins bons coups, d’échanger sur les stratégies et de coordonner des actions. Plusieurs enjeux reviennent d’une ronde de négociations à l’autre dont l’équité de la rémunération, les assurances et l’évaluation des enseignements ne sont que quelques exemples. Certaines batailles sont plus longues que d’autres, mais les gains obtenus par l’un des syndicats du regroupement tracent bien souvent le chemin pour les autres. Le slogan de la dernière ronde de négociations (2016-2019) en est un bon exemple: «''Un gain pour les uns = un gain pour tous''».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La syndicalisation des enseignants et des enseignantes en milieu autochtone =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Des organisations de Blancs? ==&lt;br /&gt;
Par: le comité exécutif, Syndicat des travailleuses et des travailleurs de l’éducation de Mashteuiatsh CSN&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Syndiquer un nouveau milieu n’est jamais facile, mais syndiquer un milieu autochtone est encore plus difficile. Évidemment, il y a les obstacles habituels, mais à cela s’ajoute la perception que les syndicats sont des organisations de Blancs qui viennent dire aux Autochtones comment gérer leurs relations de travail. Certaines personnes croyaient que les activités culturelles et tout ce qui faisait la particularité de notre milieu allaient disparaitre et que la syndicalisation allait appauvrir la communauté. Étrangement, ces propos ne venaient pas de notre employeur, mais de nos élèves et de nos membres syndiqués.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les conditions de travail offertes par le conseil de bande étaient acceptables et comparables à celles du Québec, jusqu’au jour où le conseil a installé des mesures restrictives pour se donner une gestion financière plus saine. Beaucoup de secteurs ont subi une coupure de deux heures dans leur semaine de travail. En compensation, le conseil a mis en place un ajustement d’horaire qui permettait de fermer les bureaux à 12h tous les vendredis. Les membres du personnel enseignant ont vu leur salaire coupé de deux heures comme les autres secteurs de la communauté, mais en continuant de travailler le même nombre d’heures, puisqu’une école ne ferme pas à midi le vendredi. Malgré les contestations du personnel des écoles, on ne tient pas compte de leurs arguments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le personnel de l’école secondaire s’opposait à la syndicalisation initiée par le personnel de l’école primaire. Lors du vote, la syndicalisation est passée avec une majorité très mince. Le 3 avril 2014, nous avons reçu notre accréditation. Il fallait maintenant négocier une première convention collective. La tâche ne s’annonçait pas facile, puisque le milieu était divisé, et nous devions composer avec l’opposition d’une bonne part des employés et des employées. Heureusement, notre employeur a facilité le travail en respectant nos droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons signé notre première convention en avril 2017. Tout était nouveau. Il y avait beaucoup de difficultés et de résistance aux changements. Malgré l’attitude fermée de certaines personnes, les membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs de l’enseignement de Mashteuiatsh (STTEM) ont été agréablement surpris par les résultats de la négociation. Les conditions de travail se sont grandement améliorées. Par exemple, comme nous sommes une communauté autochtone, l’employeur peut pratiquer une embauche préférentielle pour les membres de la communauté qui ont la qualification. Chaque année, les postes des employés et des employées qui ne sont pas membres de la bande étaient affichés. N’importe quel membre de la bande pouvait prendre le poste désiré. La syndicalisation visait une équité entre les employés. La nouvelle convention collective respectait l’embauche préférentielle, mais les membres de la bande devaient prendre le poste de la personne la plus jeune. Maintenant, les postes sont attribués par ancienneté et les personnes employées sont consultées sur leurs intérêts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité exécutif a dû et doit travailler encore très fort pour rassembler ses membres et pour diminuer les tensions. Actuellement, les comportements sont positifs et la participation est meilleure. Chacun et chacune est à même de constater que les valeurs du syndicat sont proches de celles des Autochtones. Nous avons la liberté de nous diriger en profitant de conseils juridiques et du soutien de personnes d’expérience. Finalement, les activités culturelles et les budgets n’ont pas été affectés par la syndicalisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Activiste et solidaire! ==&lt;br /&gt;
Par: France Desaulniers&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Brosser le tableau de l’action internationale de la FNEEQ des 50 dernières années représente tout un défi! La toute jeune Fédération se préoccupe d’enjeux internationaux peu après sa fondation. La présidence représente la Fédération auprès de la Confédération syndicale mondiale de l’enseignement (CSME) associée à la Confédération mondiale du travail (CMT). C’est le comité exécutif qui voit aux demandes de solidarité d’ici et d’ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1985, devant la demande croissante d’aide et d’appuis solidaires, la FNEEQ met en place un comité d’action internationale afin de conseiller les instances de la Fédération quant aux formes de solidarité à exercer, d’assurer son implication internationale et de multiplier son action sociopolitique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Commençons donc par le nom du comité puisqu’il n’est pas anodin: il est ici question d’action internationale. Car pour la FNEEQ, la solidarité, c’est une question d’actions et d’échanges d’expériences. Au cours de cette période, la Fédération accueille bon nombre de délégations et verse des dons en appui à des luttes que mènent des organisations enseignantes du Sud, entre autres, d’Amérique latine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Christiane Malet, membre-fondatrice du comité de solidarité internationale, était une militante intègre et d’une indéfectible loyauté envers ses idéaux. Emplie d’une grande empathie naturelle, elle était sensible aux réalités différentes des communautés dans le monde, particulièrement celles des femmes et des enfants, ainsi que celles de tous les enseignants, les enseignantes et les maîtres/alphabétiseurs. Les liens développés par le comité au cours des années avec des organisations enseignantes de partout dans le monde ont permis à la FNEEQ de se porter à la défense des droits humains et syndicaux hors des frontières nationales. Christiane, décédée trop tôt, en 2010, aura été et demeure une inspiration.&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Isabelle Éthier, enseignante, cégep du Vieux Montréal, membre du comité action internationale de 1985 à 2000&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ est également affiliée à la Confédération des éducateurs américains (CÉA) depuis 1997.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le tournant des années 2000 ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les années 2000 marquent une nouvelle ère en conjoncture internationale alors que le phénomène d’altermondialisation et la tenue de forums sociaux se manifestent avec force. Le Québec est l’un des foyers de cette dimension d’action internationale et la FNEEQ, l’une des fédérations syndicales les plus actives sur la scène québécoise et internationale. L’action internationale de la Fédération se déploie bien au-delà du discours et reflète les orientations mises de l’avant par le comité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que ''Le Courrier de l’UNESCO'' rapporte en novembre 2000 que le secteur de l’éducation représente un «marché» de 2 000 milliards de dollars, les enjeux pour l’éducation sont immenses. La riposte s’organise: pas question de laisser le marché décider des finalités et de l’organisation de l’éducation. Les organisations syndicales, les organisations gouvernementales et les mouvements citoyens redoublent d’efforts pour contrecarrer ce scénario.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des Amériques solidaires pour le droit à l’éducation  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En avril 2001, à la veille du Deuxième Sommet des peuples des Amériques, qui se tient à Québec, quelque 300 personnes répondent à l’invitation de la Fédération et prennent part à un colloque international sous le thème «Des Amériques solidaires pour le droit à l’éducation». La FNEEQ et la CSN sentent la nécessité de développer davantage leur expertise au sujet du phénomène de la mondialisation afin de mieux analyser ses impacts sur les politiques nationales d’éducation. Cela montre une volonté clairement affirmée de contribuer au développement de véritables options syndicales populaires vis-à-vis des projets de libéralisation économique qui constituent des attaques à la souveraineté réelle des États, aux droits économiques et sociaux des populations. L’éducation est essentielle au développement de la démocratie. Ce colloque, organisé conjointement par le comité d’action internationale et le comité école et société, est un évènement déterminant dans la suite des choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des lignes directrices  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2003, la Fédération adopte une politique de solidarité internationale qui définit les principaux axes d’intervention: la délégation et la représentation, les dons à des organismes reconnus et les actions solidaires, la participation de la Fédération à des activités organisées au Québec par des organismes ou des coalitions travaillant en solidarité internationale, la participation à des colloques, forums, sessions de formation en action internationale; l’information et la promotion de l’action internationale auprès des syndicats locaux; l’intervention du comité dans les publications de la Fédération, publications ad hoc du comité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ promeut et participe activement aux activités en lien avec les Journées québécoises de solidarité internationale (JQSI) organisées par l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), avec l’appui du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec. De nombreuses activités ont alors lieu dans les écoles, les cégeps, les universités, et le personnel enseignant y joue un rôle de premier plan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut aujourd’hui ignorer l’influence des dynamiques mondiales sur l’ensemble de nos conditions de travail et de vie. Le milieu syndical ne peut rester indifférent au sort de millions de travailleuses et de travailleurs à travers le monde. En ce sens, la FNEEQ a historiquement assumé un leadership important à la CSN et dans d’autres organisations en matière de solidarité internationale.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Jean Murdock, secrétaire général et trésorier de la FNEEQ-CSN de 2012 à 2017 et président de 2017 à 2018&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Des lieux d’engagement politique et solidaire ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 2001, la FNEEQ-CSN a officiellement joint les rangs de l’Internationale de l’éducation (IE), le secrétariat professionnel international associé à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). Au sein de cette organisation, la FNEEQ a clairement établi sa position stratégique de fédération de l’enseignement supérieur. Fait à remarquer : plusieurs organisations affiliées à l’IE sont des organisations indépendantes, ce qui permet d’établir des liens avec des réseaux qui ne se fréquentent pas normalement. Cela offre une occasion de créer des contacts bilatéraux avec des organisations que l’on ne trouve pas ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ joint sa voix à des milliers d’autres pour souligner annuellement la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants le 5 octobre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ, fédération la plus représentative en enseignement supérieur au Québec et qui regroupe la grande majorité des personnes chargées de cours, souhaitait défendre, valoriser et faire reconnaitre la contribution essentielle de ces milliers d’enseignantes et enseignants universitaires contractuels. Notre travail au sein de l’Internationale de l’Éducation (IE) a contribué à une meilleure compréhension de leurs conditions de travail et à plus de respect envers ces précaires de l’enseignement supérieur.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(Sylvain Marois, chargé de cours, université Laval, vice-­président de la FNEEQ de 2012 à 2018)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Forums et missions à l’étranger ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Conformément à ses orientations, la FNEEQ donne priorité à ceux qui visent l’enseignement supérieur et la défense de l’éducation publique plus particulièrement dans des pays membres de la francophonie. La FNEEQ favorise la participation de tout membre de la Fédération à plusieurs de ces évènements. C’est ainsi que des délégations ont pris part aux Forums sociaux à Montréal en 2016, à Tunis en 2013 dans la foulée du printemps arabe (29 personnes déléguées), à Dakar en 2011, à Belém en 2009, à Caracas en 2006 (forum polycentrique, quelque 45 personnes déléguées), à Mumbai en 2004, à Porto Alegre en 2002 et à Seattle en 1999. Des délégations aussi participé au Forum social en éducation à Ramallah en 2010, au premier Forum sur la mondialisation et l’éducation à Ramallah en 2004, au Sommet des peuples à Ottawa en 2014 et à Québec en 2001 ainsi qu’au forum éducation à Porto Alegre en 2001. Cette liste n’est pas exhaustive. Mais participer à des délégations n’est pas tout; le retour s’accompagne de rapports, de bilans et de conférences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Nul n’est une île ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au sein de la CSN, la FNEEQ participe activement aux rencontres du collectif international, un comité consultatif qui réunit fédérations et conseils centraux. Ces réunions sont l’occasion d’échanger avec tous les organismes de la Confédération sur les questions internationales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au fil des ans, la Fédération a joué un rôle essentiel de sensibilisation et d’information auprès de ses syndicats locaux au sujet d’Alliance Syndicats et Tiers monde (ASTM), un fonds de la CSN qui soutient des dizaines de projets dans une vingtaine de pays. Il s’agit de projets de coopération au développement, de renforcement des capacités des organisations syndicales, de souveraineté alimentaire et de défense des droits. La Fédération aussi est membre du Centre international de solidarité ouvrière (CISO) et achemine régulièrement le bulletin d’information du CISO à ses membres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La FNEEQ soutient les initiatives des établissements par l’octroi de dons pour des projets de coopération et de solidarité internationale impliquant notamment des groupes d’étudiantes et d’étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les dons sont essentiels. Ils soutiennent concrètement l’engagement des enseignantes et des enseignants qui sortent des murs des classes pour donner une formation irremplaçable sur le terrain. À titre d’exemple, durant le mandat 2015-2018, la fédération a soutenu 111 projets en accordant près de 75 000$.&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
(&amp;lt;small&amp;gt;Caroline Quesnel, présidente de la FNEEQ&amp;lt;/small&amp;gt;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En collaboration avec d’autres organisations (comme le CISO), la Fédération offre une formation aux stagiaires étudiantes et étudiants et aux enseignantes et aux enseignants qui accompagnent ces groupes sur les enjeux du monde du travail et sur les droits syndicaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== A Luta Continua! ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’évolution de l’action internationale à la FNEEQ illustre une volonté de poser des gestes concrets et de faire en sorte que les membres des syndicats locaux soient partie prenante de la vie internationale de la FNEEQ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je terminerai sur ces mots de Ronald Cameron: «Une fédération d’enseignants qui ne fait pas d’action internationale n’est pas à la hauteur des exigences contemporaines du syndicalisme!».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= Solidarité d’abord =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== La grève étudiante de 2012 ==&lt;br /&gt;
Par: Caroline Labelle&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 est la plus longue et la plus importante qu’ait connu le Québec depuis le premier mouvement de grève en 1958. Du 13 février au 7 septembre 2012, des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants sont en grève dans presque tous les établissements d’enseignement supérieur. Le sommet de ce qui a été qualifié de «printemps érable» est atteint le 22 mars, alors que plus de 300 000 étudiantes et étudiants sont en grève et que près de 200 000 d’entre eux défilent dans les rues de Montréal. Les associations étudiantes protestent contre une hausse importante des frais de scolarité annoncée dans le budget de mars 2011 par le gouvernement libéral de Jean Charest, qui ferait passer les frais de scolarité de 2 168$ à 3 793$ en cinq ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs organisations, personnalités ou simples citoyens ont appuyé les étudiantes et étudiants dans le conflit avec le gouvernement: ''Profs contre la hausse, Parents contre la hausse'', sorties publiques de différentes personnalités, regroupement d’artistes, marches spontanées dans plusieurs villes du Québec après l’adoption du projet de loi 78, etc. De son côté, la FNEEQ, par sa représentativité en éducation supérieure et la tradition militante de la CSN (le 2e front), n’est pas en reste. Dès l’annonce de la hausse des droits de scolarité dans le budget présenté le 17 mars 2011 par le gouvernement libéral, la Fédération dénonce les impacts à prévoir sur la fréquentation scolaire et sur le profil socio-économique de celles et ceux qui auront désormais les moyens de fréquenter&amp;lt;ref&amp;gt;«Bienvenue l’élitisme!», FNEEQ, [en ligne], 18 mars 2011, https://fneeq.qc.ca/fr/comm-003-164/.&amp;lt;/ref&amp;gt; les établissements d’enseignement supérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les étudiantes et étudiants prennent le reste de l’année pour s’organiser et les votes de grève débutent en février 2012&amp;lt;ref&amp;gt;C’est le 7 février 2012, au Collège de Valleyfield, que le premier mandat de grève illimité est voté.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le mouvement étudiant est lancé et la Fédération emboite le pas, entre autres par la publication d’un numéro spécial de la revue Carnets en soutien à la cause étudiante. Sous la plume de son président Jean Trudelle, la Fédération confirme son soutien aux étudiants dans le conflit qui les oppose au gouvernement. La revue sera envoyée à toutes les associations syndicales affiliées à la FNEEQ, qui vont la faire circuler dans les établissements d’enseignement. Une place sera donnée dans la publication aux représentants des trois principales associations étudiantes, soit la FECQ, la CLASSE et la FEUQ&amp;lt;ref&amp;gt;«Le mouvement étudiant a raison», Carnets, édition spéciale, no 26, février 2012.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er mars, la Fédération réclame le gel des frais de scolarité et des États généraux sur l’avenir des universités. La question du sous-financement des universités doit être étudiée sous un angle plus large que celui de la seule question du budget et doit inclure tous les acteurs du milieu de l’enseignement&amp;lt;ref&amp;gt;«Solidaire de la lutte des étudiantes et des étudiants», FNEEQ, [en ligne], 1er mars 2012,  https://fneeq.qc.ca/fr/comm-001-956/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le président de la Fédération va aussi donner un appui public au mouvement étudiant lors de nombreuses entrevues dans les médias, tant à la télé qu’à la radio. Le rôle de la FNEEQ ne se limite pas à dénoncer publiquement les décisions gouvernementales et déclarer son soutien à la cause étudiante. Sur le terrain, les salariés et les militants s’activent : participation aux manifestations, soutien logistique et financier aux associations étudiantes (service d’ordre, location d’autobus) et à d’autres groupes&amp;lt;ref&amp;gt;Il importe de souligner l’appui important de l’équipe de salariés et d’élus du conseil central du Montréal métropolitain en matière de soutien logistique pendant cette période.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les services d’un conseiller syndical sont aussi prêtés à quatre associations étudiantes collégiales non affiliées et du soutien juridique leur est offert gratuitement&amp;lt;ref&amp;gt;Les associations étudiantes sont celles des cégeps de l’Outaouais, de Terrebonne, de Sherbrooke et de Montmorency.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au 30e Congrès de la FNEEQ qui se tient à la fin mai, un don de 30 000 $ est fait pour les fonds légaux du mouvement étudiant. Jean Trudelle, président sortant, souligne dans le rapport de la présidence le rôle important joué par la Fédération dans le conflit&amp;lt;ref&amp;gt;«Rapport des activités de la présidence: mandat 2009-2012 », FNEEQ, [en ligne], p. 10, https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/2-Rapport-des-activites-de-la-federation.pdf.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un tournant: la judiciarisation du conflit ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 30 mars 2012, une étudiante du Collège d’Alma s’adresse à la Cour supérieure pour demander une injonction du tribunal en vertu de son droit de poursuivre ses études et terminer sa scolarité dans les délais prévus&amp;lt;ref&amp;gt;''Déry'' c. ''Duchesne'', 30 mars 2012, 2012 QccS1563, décision du juge Jean Lemelin.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La FNEEQ dénonce immédiatement la décision du juge Lemelin, tout comme la judiciarisation du conflit&amp;lt;ref&amp;gt;«La FNEEQ dénonce la judiciarisation du débat» FNEEQ, [en ligne], 30 mars 2012, https://fneeq.qc.ca/fr/comm-001-163/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le syndicat des professeurs et professeures s’inquiète quant à lui de l’impact de cette décision sur le climat au Collège. Le 3 avril, une seconde demande d’injonction est faite par un étudiant de l’Université Laval. C’est à ce moment que le terme de boycott apparait pour la première fois dans une décision, le juridique empruntant au politique un terme que le gouvernement avait commencé à utiliser&amp;lt;ref&amp;gt;''Morasse'' c. ''Université Laval'', 18 avril 2012, 2012QccS 1565&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les médias le reprendront de plus en plus, malgré le refus des associations étudiantes, des syndicats, de nombreux autres groupes, incluant des juristes&amp;lt;ref&amp;gt;Association des juristes progressistes, [en ligne], http://www.ajpquebec.org/la-greve-etudiante-nest-pas-un-simple-boycott-historique-et-perspectives/.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De la vingtaine de demandes d’injonctions déposées par des étudiantes et étudiants au mois d’avril, seule trois seront gagnées par les associations étudiantes, la plus marquante étant sans doute la décision du juge Marc-André Blanchard, qui reconnait la validité des arguments de l’association étudiante, allant même jusqu’à qualifier le droit à la liberté d’expression de « droit constitutionnel ou quasi-constitutionnel&amp;lt;ref&amp;gt;''Beausoleil'' c. ''Cégep régional de Lanaudière'', 23 avril 2012, 2012 QccS 1673, décision du juge Marc-André Blanchard. Le procureur de l’association étudiante est Jonathan Leblanc, conseiller syndical à la FNEEQ.&amp;lt;/ref&amp;gt;». Cette décision ne sera pourtant pas reprise, les autres juges se rangeant aux arguments du juge Lemelin, qui refuse de reconnaitre la légalité du droit de grève des étudiants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est toute la question des droits collectifs par rapport aux droits individuels qui se pose à travers ce changement de vocabulaire. Alors que, depuis les années 1960, on a toujours parlé de grève étudiante, on se met à utiliser le terme boycott, tant au plan politique que juridique&amp;lt;ref&amp;gt;En 2005, alors que le conflit entre les étudiants et le gouvernement portait sur le régime de prêts et bourses, on parlait de grève étudiante. L’utilisation du terme boycott est spécifique au conflit de 2012.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Par le fait même, on remet en question la légitimité des processus démocratiques des associations étudiantes, l’objectif étant évidemment d’opérer un changement dans les perceptions et de renvoyer la question d’assister ou non à ses cours à un simple choix individuel, les conséquences de ne pas y assister reposant alors sur l’étudiante ou étudiant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, en dépit des nombreuses injonctions, les étudiantes et étudiants tiennent bon et la mobilisation se poursuit. Au Collège de Valleyfield, la direction tente de forcer la reprise des cours, tentative qui se solde par un échec complet, des centaines d’étudiants s’étant déplacés sur les lieux tôt le matin pour bloquer les entrées&amp;lt;ref&amp;gt;«Le collège de Valleyfield capitule devant les étudiants en grève», Radio-Canada, [en ligne], 12 avril 2012, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/557257/greve-boycott-etudiants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du côté des enseignantes et enseignants, le gouvernement semble tenir pour acquis qu’ils vont simplement retourner enseigner à partir du moment où une injonction est émise ou que la direction d’un établissement annonce la reprise des cours&amp;lt;ref&amp;gt;Émilie Bilodeau, «les enseignants invités à franchir les piquets de grève», La Presse, [en ligne], 18 février 2012 https://www.lapresse.ca/actualites/education/201202/17/01-4497345-les-enseignants-invites-a-franchir-les-piquets-de-greve.php.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La situation est pourtant loin d’être simple et soulève de nombreuses questions: comment donner ses cours dans le contexte où des étudiants font du piquetage et bloquent les entrées? Comment faire fi de la solidarité avec les étudiants? Comment franchir des piquets de grève en tant que syndicaliste? Enfin, question centrale s’il est en une: qu’en est-il de l’autonomie des enseignants? La FNEEQ et son président vont par ailleurs dénoncer la position du gouvernement et de certains collèges, en s’opposant fermement à briser la solidarité syndicale et en refusant que les professeurs soient mis devant des situations où leur santé et leur sécurité risquent d’être compromises&amp;lt;ref&amp;gt;«Communiqué du 16 avril 2012», FNEEQ, [en ligne], https://fneeq.qc.ca/fr/comm-004-440/.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette position est bien illustrée par l’attitude des professeurs du Collège de Valleyfield, qui refusent d’entrer dans l’établissement malgré l’annonce de la reprise des cours par la direction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que les votes de grève sont reconduits dans les établissements et que le conflit se prolonge, on s’inquiète de plus en plus des modalités entourant le retour au travail. Chaque semaine, les conseillers de la FNEEQ font la tournée des assemblées des syndicats de professeurs pour leur présenter les hypothèses de reprise des cours dans le cas où les étudiants mettent fin à la grève. Tout est à refaire en prévision de la prochaine assemblée, le calendrier de retour en classe étant différent d’une semaine à l’autre. Depuis le début du conflit, la grève est le principal sujet des relations de travail. Les conseillers de la FNEEQ ont par ailleurs mis beaucoup de temps et d’énergie à aller plaider, en soutien aux associations étudiantes, les demandes d’injonctions déposées au mois d’avril&amp;lt;ref&amp;gt;Une vingtaine de demandes d’injonction ont été déposées au mois d’avril.&amp;lt;/ref&amp;gt;. L’adoption de la loi 12 (ou projet de loi 178) le 18 mai oblige le retour en classe et limite le droit de manifester. La réaction citoyenne sera forte, tout comme celle des étudiants et des centrales syndicales&amp;lt;ref&amp;gt;La grève étudiante de 2012 est la première grève qui fait l’objet d’une loi spéciale au Québec.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Devant ce mouvement de protestation populaire, «aucune contravention, aucune arrestation ni aucune amende n’a été émise en vertu de la loi 78», si l’on se fie au porte-parole de la CLASSE&amp;lt;ref&amp;gt;Gabriel Nadeau-Dubois, Tenir tête, Montréal, lux éditeur, 2013, p. 224.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Forcés de retourner en classe, les membres des syndicats vont voter des résolutions qui soulignent l’importance de leur droit de travailler dans des conditions de travail sécuritaires, propices à l’enseignement. Les salariées et salariés de la FNEEQ, quant à eux, s’affairent à négocier les protocoles de retour au travail. Deux ententes sont négociées dans les cégeps. Du côté des universités, les protocoles de retour au travail sont négociés établissement par établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Conclusion ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grève étudiante de 2012 a marqué la FNEEQ à bien des égards. Non seulement la FNEEQ a-t-elle répondu présente à toutes les occasions pour appuyer publiquement les étudiantes et étudiants, mais il importe de souligner aussi l’implication de son équipe de salariés. Les conseillers et les employées de bureau ont participé aux grèves, aux mobilisations, à la défense des associations étudiantes lors des demandes d’injonction. Les enseignantes et enseignants ont quant à eux soutenu les étudiants dans leurs demandes, en émettant des communiqués, en participant aux actions et, surtout, en refusant de franchir les piquets de grève, certains allant même rejoindre la masse étudiante. Enfin, s’il y a un point positif à retenir de ce conflit, au-delà de la solidarité de la FNEEQ avec les étudiants, c’est le renouvellement des effectifs syndicaux par l’arrivée d’une nouvelle génération socialement impliquée, particulièrement dans le mouvement Profs contre la hausse&amp;lt;ref&amp;gt;Plus de 1 600 professeurs ont signé le manifeste des Profs contre la hausse publié dans les pages du journal Le Devoir le 12 mars 2012: https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/345039/nous-sommes-tous-etudiants-manifeste-des-professeurs-contre-la-hausse.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
= La solidarité toujours =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au fil des cinquante dernières années, la FNEEQ a su poser les balises permettant aux enseignantes et aux enseignants du Québec de jouer pleinement leur rôle dans leur classe, mais aussi à l’extérieur des murs de leur établissement, en étant un lieu de militantisme voué au progrès social. Mais avant tout, l’histoire de la fédération est une histoire de femmes et d’hommes engagés, de per­ sonnes élues et salariées, qui ont défendu avec passion des valeurs humanistes et citoyennes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 50 ans, les chargées et chargés de cours d’université, les professeures et professeurs de cégep et les enseignantes et enseignants des établissements privés apportent une contribution inestimable à la formation de la jeunesse et au développement de la pensée critique. La tâche est ardue. Les forces qui œuvrent à centrer la formation sur les besoins immédiats du marché du travail au détriment de la formation citoyenne sont toujours présentes. La pénurie de main ­d’œuvre qui pointe dans plusieurs secteurs d’activités va certainement accentuer la pression. Dans les prochaines années, nous devrons poursuivre notre engagement pour contrer cette vision strictement utilitariste de l’éducation. La performance économique d’une société ne doit pas se réaliser au désavantage de son développement social.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette question revêt une importance particulière en ces années troubles où les fausses informations sont brandies en vérités absolues. Les enseignantes et les enseignants en sont le principal paravent lorsqu’ils amènent les étudiantes et les étudiants à s’interroger sur la véracité ou non des informations et des faits rendant ainsi leur esprit moins malléable. Développer un esprit critique est tout aussi essentiel que l’acquisition de connaissances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À l’instar des autres travailleuses et travailleurs et avec l’appui de la confédération, les membres de la FNEEQ luttent pour une véritable reconnaissance de la valeur de leur travail et pour un salaire et des conditions à la hauteur de celle-­ci. Des gains ont été réalisés comme l’appartenance des professeures et professeurs de cégep à l’enseignement supérieur, les augmentations salariales des chargées et chargés de cours dans les années 2000 ou la contribution des enseignantes et des enseignants à la vie académique des établissements privés. Pour arriver à leurs buts, tous développent un point commun: une mobilisation et une solidarité à toute épreuve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La quête de ce qui est juste n’est cependant pas terminée. Le survol historique de ce livre nous permet de tirer des leçons du passé et de nous projeter dans l’avenir. Nous savons que les années à venir seront jalonnées d’embûches et de défis. Les enseignantes et les enseignants savent cependant qu’ils sauront toujours trouver en la FNEEQ et la CSN un instrument privilégié pour leur per­ mettre d’aller au bout de leurs aspirations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le comité exécutif tient à profiter de la publication de ce livre pour remercier toutes les militantes et tous les militants, salariés ou élus, qui ont contribué au fil du temps à faire de la fédération une organisation syndicale progressive, à l’avant-­garde du développement social. Sans eux, ni la fédération, ni la confédération, ni le Québec ne seraient devenus ce qu’ils sont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Longue vie à la fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec! Longue vie à la confédération des syndicats nationaux!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Votre passion, notre passion ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit souvent, avec raison, que le système d’éducation au Québec est unique en Amérique du nord. Cette particularité n’a d’égal que le syndicalisme enseignant développé par la FNEEQ depuis aujourd’hui 50 ans. Cette forme de militantisme, au service des étudiantes et des étudiants certes, mais également de l’ensemble de la société québécoise, est une source de fierté pour l’ensemble des membres de la CSN. C’est donc avec plaisir et honneur que je joins ma voix aux célébrations entourant le 50e anniversaire de la fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Inspiré par des enseignantes et des enseignants qui m’ont marqué, c’est au Cégep de Thetford, puis à l’Université de Sherbrooke, que j’ai embrassé le militantisme étudiant. Ce sont mes profs d’histoire, de sociologie et de science politique qui m’ont convaincu, au fil de cours captivants, de consacrer ma vie à combattre les injustices.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne le répète jamais assez: c’est au sein de nos écoles, de nos cégeps et de nos universités que nos jeunes s’épanouissent, que leur conscience s’éveille. Que ce soit au sein des organisations étudiantes, du mouvement environnemental ou dans l’action internationale, notre jeunesse trouve son inspiration d’abord et avant tout auprès des milliers de membres de la FNEEQ. Votre passion, votre implication et vos enseignements sont primordiaux pour aider nos jeunes à devenir des citoyennes et des citoyens intéressés et engagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est également dans nos institutions d’enseignement que nos jeunes commencent à prendre conscience de leurs responsabilités de demain, à se projeter dans l’avenir et à chercher leur voix. Votre accompagnement a un impact important sur leur cheminement et leurs réflexions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La démocratie syndicale pratiquée par les syndicats de la FNEEQ a toujours mené à d’importantes réflexions, non seulement au sein de la CSN, mais parmi l’ensemble de la société québécoise. Le combat des profs de la FNEEQ contre l’assujettissement de l’enseignement aux seules lois du marché ainsi que la lutte pour la reconnaissance par l’état québécois de l’appartenance des profs de cégep à l’éducation supérieure, que vous avez obtenue par votre acharnement et par la qualité de votre travail, comptent parmi les nombreux exemples de l’engagement de la fédération, à la fois envers ses membres et plus large­ ment envers la société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que cet engagement et cette détermination perdurent pour un autre 50 ans!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Solidarité,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Létourneau, président de la CSN&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=Annexes&amp;diff=453</id>
		<title>Annexes</title>
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		<updated>2021-05-17T19:16:57Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : SoniaBeauchamp a déplacé la page Annexes vers Exécutifs FNEEQ-CSN - 1969 à aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;#REDIRECTION [[Exécutifs FNEEQ-CSN - 1969 à aujourd'hui]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>http://wiki.fneeq.qc.ca/index.php?title=Ex%C3%A9cutifs_FNEEQ-CSN_-_1969_%C3%A0_aujourd%27hui&amp;diff=452</id>
		<title>Exécutifs FNEEQ-CSN - 1969 à aujourd'hui</title>
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		<updated>2021-05-17T19:16:57Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;SoniaBeauchamp : SoniaBeauchamp a déplacé la page Annexes vers Exécutifs FNEEQ-CSN - 1969 à aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;= Exécutifs FNEEQ-CSN - 1969 à aujourd'hui =&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Septembre 1969 - Assemblée de fondation de la FNEQ ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Boutin à la présidence, Francine Lalonde au secrétariat et Gilles Gauthier à la trésorerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Novembre 1969 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Chaput à la présidente, Thérèse Gravel au secrétariat et Yvon Hamel à la trésorerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-­Pierre Boutin démissionne lors du Bureau fédéral du 29 novembre 1969 puisqu’il sera candidat aux élections provinciales d’avril 1970. Le BF élit immédiatement un nouveau pré­sident, Bernard Chaput, par acclamation. Les présidences de secteur complètent l’exécutif avec trois postes à la vice-­présidence. On y retrouve Francine Lalonde (cégeps), Gilles Gauthier (SPEQ) et Jean-­Marie Boutin (SPE).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès novembre 1970 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Thérèse Gravel au secrétariat et Yvanhoé Leclerc à la trésorerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès février 1972 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Thérèse Gravel au secrétariat et Yvanhoé Leclerc à la trésorerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral 1972 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Christophe Auger au secrétariat général et Lucille Beauchemin à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral 1974 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Marcel Gilbert au secrétariat général et Guy Demers à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseils fédéraux de juin et août 1976 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marcel Gilbert à la présidence,	Annette Gélinas au secrétariat général et Lucille Beauchemin à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1977 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lucille Beauchemin à la présidence, Annette Gélinas au secrétariat général et Ubald Cloutier à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1978 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lucille Beauchemin à la présidence, Audette Landry au secrétariat général et Claude Chamberland à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral février 1979 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Démission en bloc de l’exécutif. Intérim assumé par le Bureau fédéral avec comité de « suivis»: Robert Couillard, Harout Géraniam, Yves Couture, Pierre Léonard et Shirley Roy.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral mars 1979 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Pierre Léonard au secrétariat général et Shirley Roy à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral septembre 1980 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Pierre Léonard au secrétariat général et Shirley Roy à la vice-présidence à l'éducation et à l'information.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1981 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Francine Lalonde à la présidence, Pierre Léonard au secrétariat général, Shirley Roy à la 1re vice-présidence et Gérard Dionne à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral octobre 1981 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Claude Gauthier devient président suite à la démission de Francine Lalonde. Le reste de l'exécutif est le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1982 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Claude Gauthier à la présidence, Pierre Léonard au secrétariat général, Flavie Achard à la 1re vice-présidence et Rose Pellerin à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1983 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rose Pellerin à la présidence, Denis Choinière au secrétariat général,	Flavie Achard à la 1re vice-présidence et Paul Jones à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1984 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rose Pellerin à la présidence, Denis Choinière au secrétariat général, Flavie Achard à la 1re vice-présidence et Paul Jones à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1986 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rose Pellerin à la présidence, Denis Choinière au secrétariat général,	Lise Pomerleau à la 1re vice-présidence et Paul Jones à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral juin 1988 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Lise Pomerleau au secrétariat général, Lyne Boyer à la 1re vice-présidence et Laval Rioux à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 1989 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Pierre Patry au secrétariat général, Lyne Boyer à la 1re vice-présidence et Laval Rioux à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 1991 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Pierre Patry au secrétariat général, Lyne Boyer à la 1re vice-présidence et Nacer Mazani à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 1993 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Jean Salmon au secrétariat général, Édith Massicotte à la 1re vice-présidence et Nacer Mazani à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entre avril 94 et juin 94, il y a le départ d’Édith Massicotte et de Jean Salmon. Les postes demeurent vacants jusqu’au Conseil fédéral spécial de septembre 1994. Quant au reste de l'exécutif, il demeure ainsi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral septembre 1994 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Oliva Bouchard au secrétariat général, Madeleine Ferland à la 1re vice-présidence et Nacer Mazani à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Bureau fédéral des 30 novembre, 1er, 2 et 3 décembre 1994, départ de Nacer Mazani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral janvier 1995 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Denis Choinière à la présidence, Oliva Bouchard au secrétariat général, Madeleine Ferland à la 1re vice-présidence et Marie­-Claire Chouinard à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Congrès mai 1995 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oliva Bouchard à la présidence, Pierre Patry au secrétariat général, Marie-Claire Chouinard à la 1re vice-présidence et Denise Trudeau à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès juin 1997 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry à la présidence, Hélène Boileau au secrétariat général, Marie-Claire Chouinard à la 1re vice-présidence et Denise Trudeau à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Congrès mai 2000 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry à la présidence, Ronald Cameron au secrétariat général, François Cyr à la 1re vice-présidence et Denise Trudeau à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral mai 2001 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Senneville prend place à la 2e vice-présidence. Le reste de l'exécutif étant le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2003 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre Patry à la présidence, Ronald Cameron au secrétariat général, François Cyr à la 1re vice-présidence et Caroline Senneville à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral mars 2004 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron à la présidence, Caroline Senneville au secrétariat général, François Cyr à la 1re vice-présidence et Jean Trudelle à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2006 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ronald Cameron à la présidence, Caroline Senneville au secrétariat général, Marie Blais à la 1re vice-présidence et Jean Trudelle à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2009 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Trudelle à la présidence, Caroline Senneville au secrétariat général, Marie Blais à la 1re vice-présidence et Micheline Thibodeau à la 2e vice-présidence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2012 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Senneville à la présidence, Jean Murdock au secrétariat général et trésorerie, Micheline Thibodeau à la vice-présidence du regroupement cégep, Caroline Quesnel à la vice-présidence du regroupement privé et Sylvain Marois à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2015 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Senneville à la présidence, Jean Murdock au secrétariat général et trésorerie, Nicole Lefebvre à la vice-présidence du regroupement cégep, Caroline Quesnel à la vice-présidence du regroupement privé et Sylvain Marois à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Senneville quitte en mai 2017. Le reste de l'exécutif étant le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral septembre 2017 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean Murdock à la présidence, Caroline Quesnel au secrétariat général et trésorerie, Nicole Lefebvre à la vice-présidence du regroupement cégep, Léandre Lapointe à la vice-présidence du regroupement privé et Sylvain Marois à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Congrès mai 2018 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Quesnel à la présidence, Benoît Lacoursière au secrétariat général et trésorerie, Josée Chevalier à la vice-présidence du regroupement cégep, Léandre Lapointe à la vice-présidence du regroupement privé et Richard Bousquet à la vice-présidence du regroupement université.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Départ de Josée Chevalier en février 2019. Le reste de l'exécutif étant le même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conseil fédéral mai 2019 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caroline Quesnel à la présidence, Benoît Lacoursière au secrétariat général et trésorerie, Yves De Repentigny à la vice-présidence du regroupement cégep, Léandre Lapointe à la vice-présidence du regroupement privé et Richard Bousquet à la vice-présidence du regroupement université.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>SoniaBeauchamp</name></author>
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